• Aucun résultat trouvé

La bienveillance, une valeur disruptive ?

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "La bienveillance, une valeur disruptive ?"

Copied!
3
0
0

Texte intégral

(1)

HAL Id: hal-02147728

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02147728

Submitted on 4 Jun 2019

HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers.

L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.

La bienveillance, une valeur disruptive ?

Jean-Christophe Weber

To cite this version:

Jean-Christophe Weber. La bienveillance, une valeur disruptive ?. 2018. �hal-02147728�

(2)

La bienveillance, une valeur disruptive?

Jean-Christophe Weber

La Lettre du CEERE, Janvier 2018, n° 114. Editorial

Comme notre marcheur présidentiel déclare à l’envi qu’il a adopté et qu’il cultive la bienveillance comme « règle de vie » qui s’applique aussi bien aux relations qu’il entretient avec les grands de ce monde qu’au souci de la planète terre, revenir sur cette notion semble de bon aloi à l’heure où les plus volontaristes déterminent leurs résolutions pour l’année 2018. Cette vertu généreuse à l'égard de l'humanité, cette qualité d'une volonté qui vise le bien et le bonheur d'autrui, cette disposition particulièrement favorable à l'égard d’autrui, pour reprendre les définitions du dictionnaire, se trouve ainsi mise en vedette. S’agit-il réellement d’un virage dans la morale politique ?

Dans le Gorgias, Platon met en scène un médecin accusé devant un tribunal d’enfants d’administrer d’amères potions en vue d’un bien supérieur, la santé.

Face à lui, le cuisinier flatte doucereusement les papilles pour une satisfaction immédiate. L’un et l’autre pourraient argumenter de leur bien-veillance, dont l’étymologie ne renvoie pas tant à une veille, un souci du bien, qu’à une volonté du bien, une béné-volence 1 . On pourrait, mutatis mutandis, considérer que le leader jupitérien n’entend pas câliner son peuple, mais le convaincre de la finalité salutaire de la diète qu’il impose. Entre les deux valences, humide et sèche, de la bienveillance1, le choix est fait. Il ne faudra pas confondre la bienveillance macronisée avec la sollicitude, l’attention au vulnérable, et la situer davantage dans la mise en mouvement des capacités de chacun à suivre et renforcer la dynamique impulsée : tous en marche !

Quelques récalcitrants semblent renâcler à s’animer de la sorte. Curieusement, il s’agit assez souvent de béné-voles. Ainsi, Geneviève Jacques, présidente de la Cimade 2 , s’inquiétait-elle récemment des conditions d’accueil réservées à ceux qui bravent la neige et le froid du col de l’Echelle pour gagner un lieu de sécurité et d’espoir sur notre territoire. Elle relayait, sur laplace publique, les témoignages de milliers de Français qui mettent en acte, dans les rues, dans les centres d’accueil, une bienveillance concrète, qui lutte discrètement contre la fin annoncée de l’hospitalité, conséquence d’une politique de la peur 3 . Mais il

1

Roland Barthes, « Bienveillance », Le Neutre, Cours au collège de France, 1978.

2

Association militante fondée en 1939, dont le slogan est : « l’humanité passe par l’autre »

3

Guillaume le Blanc, Fabienne Brugère, La fin de l’hospitalité, Flammarion, 2017.

(3)

faut aussi prendre acte des alertes lancent le défenseur des droits Jacques Toubon 4 , peu suspect d’insoumission.

Revenant à l’apologue du Gorgias, on pourrait suggérer que les propos gouvernementaux plutôt musclés contre l’étranger titillent les papilles de notre repli frileux, et qu’ils manquent singulièrement de courage et… de bienveillance. C’est alors qu’on peut examiner la bienveillance présidentielle à l’aune du « disruptif », autre vocable prisé par notre leader. Les éditorialistes ont cru bon de nous informer que le terme était importé depuis la Silicon Valley, ce champ magique de l’innovation en rupture avec le conservatisme, les moeurs et manières de faire habituelles. Mais, avant les ruptures annoncées de l’intelligence artificielle, et celles que rendent possible tant la mondialisation des échanges, les techniques d’optimisation financière des fonds de pension, que le nouveau management public des hôpitaux 5 , il en est une autre, qu’exploite notre chef de cordée pour redresser -avec succès disent les sondages- sa cote de popularité. Cette autre rupture, c’est celle de la subsistance de « l’égoïsme de la tribu », de « l’instinct primitif », pour reprendre les mots de Bergson : « Que l'instinct primitif subsiste, qu'il exerce une action disruptive, cela n'est pas douteux. On n'a qu'à le laisser faire, et la construction politique s'écroule » 6 .

Quel est ce monde, où le maintien de l’égoïsme et, en même temps, la disruption « bienveillante » vont de pair, vont l’amble ? C’est le nôtre ! En marche !

4

On écoutera avec profit son intervention récente, en ouverture des « Dix heures de l’éthique », manifestation organisée par Emmanuel Hirsch et son équipe de l’Espace éthique d’Ile de France : https://www.youtube.com/watch?v=wQUXM6-NETs.

5

La rupture est nette avec l’hospitalité, l’esprit d’équipe, le souci du soin, au profit du rendement, de l’interchangeabilité des soignants, de l’obsession productive.

6

Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, 1932.

Références

Documents relatifs

« Lors du confinement, situation inconnue et perturbante pour tous, je me suis efforcé de consacrer du temps à chacun des collaborateurs de mon équipe, à discuter de leur

Elles révèlent que les élèves coopèrent davantage (62 %) qu’ils ne s’opposent les uns aux autres (50 %). De plus, ceux qui coopèrent avec leurs pairs obtiennent de

◇ La coopération, l’école, le dialogue entre les élèves, entre élèves et enseignants, parents et enseignants et tous les adultes d’un établissement.. Un

veiller à la transition primaire- secondaire: les élèves restent dans leur classe, ce sont les profs qui bougent, prise en compte des acquis de base avant d’aborder de

→ Malgré la subjectivité observée dans les ressentis de bienveillance produits par les feedbacks, certaines pistes reviennent de manière assez récurrente pour proposer des

squelette post-crânien. En réaction, je présenterai quelques beaux passages, sans chercher à être exhaustif. Ovide, en décrivant le cerf de Cyparisse, et Virgile,

Pour sortir de cette situation, des organismes tels que DIRA-Estrie peuvent vous accompagner pour vous aider à y voir plus clair et à apporter les changements nécessaires..

Dans le même temps, la formation Travail en Hauteur est un des prérequis pour l’obtention du CAP Serru- rier-Métallier et pour le Bac Pro Technicien Constructeur Bois, à des