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L’Internationale des gens de la mer (1930-1937) Activités, parcours militants et résistance au nazisme
d’un syndicat communiste de marins et dockers
Constance Micalef Margain
To cite this version:
Constance Micalef Margain. L’Internationale des gens de la mer (1930-1937) Activités, parcours militants et résistance au nazisme d’un syndicat communiste de marins et dockers . Histoire. Université du Havre; ZZF Potsdam, 2015. Français. �tel-01676981�
Normandie Université / Université du Havre
Ecole doctorale 558 Histoire Mémoire Patrimoine Lettres Idées Le Havre (cirtai) UMR 6266 CNRS
Thèse pour obtenir le grade de docteur de l’université du Havre Discipline : Histoire
Présentée et soutenue publiquement le 3 avril 2015 par :
Constance MARGAIN
L’Internationale des gens de la mer (1930-1937) Activités, parcours militants et résistance au nazisme d’un
syndicat communiste de marins et dockers
Tome 1
Directeurs de thèse :
John Barzman, Université du Havre Mario Kessler, ZZF Potsdam
Membres du Jury : Sabine Dullin (Lille 3), Michel Pigenet (Paris I), Claude Pennetier (CNRS), Jean Vigreux (Dijon)
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Pour Pierre
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Remerciements
Que tous ceux et toutes celles qui ont contribué à ce travail en soient ici remercié(e)s. Je veux en particulier remercier les Professeurs John Barzman et Mario Kessler d’avoir accepté d’être mes directeurs de thèse.
Il y a bien longtemps de cela, la Professeure Marie-Pierre Rey m’avait accordé ma première bourse pour partir en Allemagne puis en Russie et m’avait rendue curieuse de ce grand pays. Je lui exprime ici ma gratitude.
La Fondation Rosa Luxemburg par le biais du Ministère des Affaires étrangères allemand, a financé ce travail entre octobre 2010 et octobre 2013.
Markus Hawel et Bernd Hüttner sont deux des organisateurs avec lesquels j’ai été le plus en contact. Ils réalisent un travail très actif au sein de la Fondation au bénéfice de tous les boursiers.
La Maison des sciences de l’homme de Dijon m’a permise de consulter certaines archives du RGASPI. Merci à Lilian Vincendeau pour sa gentillesse et sa disponibilité et aussi au Professeur Serge Wolikow.
Le Centre franco-russe de recherche en sciences sociales de Moscou m’a accordé une bourse de court séjour en Russie en 2012. Les remarques et les critiques bienveillantes d’Amandine Regamey, la directrice du centre, ont été précieuses. A Moscou, en octobre/novembre 2012, grâce au Professeur Alexander Vatlin de l’Université Lemonossov, j’ai pu rencontrer l’archiviste du RGASPI, Juri Tutotschkin qui est intervenu pour que les photocopies se fassent pendant le temps de mon séjour. Les échanges avec Juri Tutotschkin m’offrant du thé fumant, dans son bureau où s’entassaient des documents de toutes sortes, dans toutes les langues, entourés de murs jaunis, malgré ou à cause de la barrière de la langue, restent un des moments attachants de ce séjour dans la capitale russe.
L’Institut français d’histoire en Allemagne dirigé en 2009 par Thomas Lienhard a financé un de mes séjour en Allemagne. J’ai passé beaucoup de temps au Bundesarchiv, partant tôt le matin et rentrant tard le soir dans la brume froide de Berlin. Je souhaite remercier l’ensemble du personnel du Bundesarchiv et particulièrement Grete Ulrich, responsable des archives personnelles de Ruth
6 Weihe. Enfin, les chercheurs Klaus-Peter Sick et Peter Schöttler du Centre Marc
Bloch m’ont accueillie dans leur séminaire.
Le GIS d’histoire maritime m’a invitée plusieurs fois afin de présenter mes travaux. Jean-Baptiste Bruneau et Jean de Préneuf, spécialistes d’histoire maritime contemporaines, m’ont donné de très bons conseils.
J’ai assisté aux séminaires de Claire Lemercier et Claire Zalc sur la prosopographie à l’EHESS. Le succès de ce séminaire ne les a jamais empêchées d’accorder à chacun-e des doctorants-es, une critique constructive de leurs travaux avec soin et méthode. Ces échanges m’avaient enthousiasmée et je les en remercie tout particulièrement.
La Professeure Brigitte Studer mais aussi les chercheurs Romain Ducolombier et Jean-Numa Ducange ont eu la gentillesse de lire mes travaux sur l’autobiographie romancée de Jan Valtin et de me faire part de leurs remarques.
Françoise Blum a lu mes travaux sur l’aspect générationnel.
L’équipe du Maitron en me permettant de lire les biographies compulsées, a permis à ce travail, surtout sur la partie française, de s’enrichir de manière considérable.
A Berlin, Hartmut Rübner m’a accueillie chez lui dans son appartement de Prinzlauberg, pour discuter de l’ISH et me donner de nombreux documents. Andreas Hansen éditeur et historien, a été un soutien discret tout au long de ce parcours de recherche.
Une pensée finale aux soutiens mailés et lointains de : Bob Reinalda (Nimègue, Hollande), Heiko Heimann (Bâle), Lars Borgesrud (Oslo), Dieter Nelles (Wuppertal), Etienne Verhoeven (Bruxelles), L. Vernon Pedersen (Arabie Saoudite/Etats-Unis).
La correspondance en toute dernière partie avec l’historien anglais Norman Laporte m’a donnée du courage au moment du rendu de cette thèse. Merci enfin au Professeur Christian Chevandier d’avoir remarqué certaines de mes erreurs.
Ruth Weihe décédée le 28 juin 20091, a laissé aux Bundesarchiv à Berlin, soixante-dix cartons d’archives personnelles. Elle avait cherché à connaître la
1 Sa notice biographique est à retrouver en annexe 10 du tome 2.
7 destinée de certains des marins militants communistes résistants étudiés ici. Elle n’a
pas eu le temps de finir ses recherches. Cette thèse est un peu la sienne.
Je n’oublie pas Agnès, Jean-Jacques, Eurydice, Philippe, Célin et Marie- Claude en France et Rudiger et Brigitta à Berlin, qui se reconnaîtront.
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Liste des principales abréviations utilisées
ADGB : Allgemeiner Deutscher Gewerkschaftsbund, Confédération générale des syndicats allemands
CGTU : section française de l’ISR (Profintern)
CIC : Counter Intelligence Corps. Organisation de l’armée américaine de contre- espionnage opérant pendant la Seconde Guerre mondiale et au début de la Guerre froide.
DERUTRA : Deutsch-Russische Lager-und Transportsgeselleschaft, société russo- allemande d’entrepôt et de transports
EVSHBD : Einheitsverband der Seeleute, Hafenarbeiter und Binnenschiffer Deutschlands : syndicat unitaire de marins, dockers et mariniers d‘Allemagne Gestapo : Geheime Staatspolizei, police secrète politique
HAPAG : Hamburg-Amerika Packetfahrt Aktien Gesellschaft Interclub ou Interklub : club international de marins
IAH : International Arbeiter Hilfe, Secours rouge international, Workers International Relief (WIR)
IGB : Internationale Gewerkschaftsbund, International Trade Union Confederation (ITUC), Confédération syndicale internationale (CSI)
ITF : Internationale Transportarbeitern Föderation
ISH : Internationale der Seeleute und Hafenarbeiter, International of Seamen and Harbourworkers, IMD: Internationale des marins et des dockers, IMOP:
Internationale des marins et ouvriers des ports
IPK-Transport ou IPKT : Internationale Propaganda Kommittee-Transport, ITWPC: International Transport Workers Propaganda Committee, IPCTW : International Propaganda Committee of Transport Workers, TWICPA : Transport Workers International Committee for Propaganda and Agitation, CIP : Comité International de propagande CIPT : comité international de propagande des transports, MKDP Transport : Meshdunarodnyj Komitet Propagandy i Dejstwija Transport (russe)
10 Komintern : Internationale communiste KI : Kommunistische Internationale,
Koumounisstitcheskoï International
KPD : Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands, Parti communiste allemand MWIU : Marine Workers Industrian Union (section américaine de l’ISH)
NMM : The National Minority Movement (section anglaise de l’ISH) NSU : National Seamen’s Union (syndicat réformiste anglais)
OMS : (sigle russe) département pour les liaisons internationales du Komintern et du Profintern. Il supervisait le réseau d’agents clandestins à l’étranger et le travail de liaison politique.
Profintern : Prefessionalnyi Soïouz ; RGI : Rote Gewerkschafts Internationale ; ISR: Internationale syndicale rouge; RILU : Red International of Labour Unions RFB : Roter Frontkämpferbund : Ligue des combattants du Front rouge
RGO : Revolutionären Gewerkschafts-Opposition, syndicat révolutionnaire d’opposition
RM : Rote Marine
Tcheka : commission pour la contre-révolution et le sabotage (1917-1922) ; GPU:
services de sécurité soviétique (1922-1923) puis OGPU (1923-1934) et NKVD:
Ministère des Affaires intérieures, responsable de la sécurité à partir de 1934 jusqu’en 1943 (après le KGB)
V-Mann, V-Leute : Vertauensmann/Leute : agent travaillant pour la Gestapo Wasserkante : division régionale du KPD qui comprenait les côtes du Nord de l’Allemagne et des villes côtières comme Hambourg, Brême, Lübeck et Kiel. Région de Hambourg et du Schleswig-Holstein.
WEB : Das Westeuropaische Büro ; BEO : Bureau d’Europe de l’Ouest ; WES : Western European Secretariat ; SEO : Secrétariat pour l’Europe occidentale
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TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS ... 5
LISTE DES PRINCIPALES ABREVIATIONS UTILISEES ... 9
TABLE DES MATIERES ... 11
INTRODUCTION GENERALE... 21
LA DIFFICILE DEFINITION DU SYNDICALISME COMMUNISTE ... 22
L’ISH : un syndicat comme les autres ? ... 23
La relation au politique : Profintern et Komintern ... 24
Réseaux communistes et syndicalisme maritime ... 25
LES SOURCESPRIMAIRES ET SECONDAIRES : LA MISE EN ŒUVRE DU SUJET... 27
Bilan bibliographique ... 27
Les archives à Berlin et à Brême ... 30
Le RGASPI à Moscou ... 34
Les archives à Washington et en France ... 35
Sources secondaires et croisements des sources ... 37
ELABORER L’HISTOIRE DE L’ISH ... 39
CHAPITRE 1 ... 43
L’ISH, UN SYNDICAT INTERNATIONAL MECONNU ... 43
INTRODUCTION ... 43
A-FONDATION ET ORGANISATION DE L’ISH ... 45
La création de l’ISH ... 45
Un projet ancien ... 45
La théorie « classe contre classe » ... 46
Les CIP ou CIPA et le CIPT ... 47
Vers la création de l’ISH : janvier-août 1930 ... 51
La naissance discrète de l’ISH ... 53
Les principales revendications de l’ISH ... 55
L’organisation de l’ISH ... 56
Le comité provisoire de l’ISH... 56
L’ISH à Hambourg... 63
Les liens entre l’ISH et le Profintern ... 65
Le Sovbüro ou bureau soviétique des marins et dockers à Moscou ... 65
Les relations entre le secrétariat de l’ISH, le Profintern et le Sovbüro ... 67
Des liens étroits entre Profintern et Komintern... 69
12
Un budget sous influence soviétique ... 71
Le plénum de septembre 1931 ... 77
Octave Rabaté ... 80
B-LE CONGRES MONDIAL DE L’ISH A HAMBOURG EN MAI 1932 ... 80
L’organisation du congrès ... 80
Une intense propagande... 80
Les délégués ... 84
Le déroulement du congrès ... 85
Comptes rendus policiers et discours ... 85
La lutte contre la guerre impérialiste ... 87
L’organisation de la lutte dans les colonies ... 90
La clôture du congrès ... 91
Les décisions prises ... 91
Les retombées du congrès ... 93
C-LA FIN DE L’ISH:1933-1937 ... 94
L’ISH installée à Copenhague, à Anvers puis en France ... 95
Le secrétariat de l’ISH déplacé de Hambourg à Copenhague ... 96
Le plénum de juin 1934 et la conférence à Moscou sur l’ISH en juillet 1934 ... 99
L’ISH à Anvers puis en France ... 101
La fin de l’ISH : les négociations avec l’ITF ... 106
L’ISH et l’ITF ... 106
L’ISH en 1935 et 1936 ... 108
La fin de l’ISH et du Profintern ... 109
CONCLUSION ... 112
CHAPITRE 2 ... 115
UN SYSTEME INTERNATIONAL DE COMMUNICATION AU SERVICE DE LA REVOLUTION MONDIALE ... 115
INTRODUCTION ... 115
A-COMMUNICATIONS ET RESEAUX INTERNATIONAUX ... 119
Les réseaux internationaux de l’ISH ... 119
La section de l’OMS liée au Profintern ... 119
Hambourg, Leningrad et le réseau d’interclubs ... 122
Les entreprises Derutra et Stauereieinheit à Hambourg ... 125
L’interrogatoire de Richard Krebs au CIC sur le réseau d’espionnage du KPD ... 129
L’interclub de Hambourg relais de l’OMS du Profintern et du Komintern ... 131
Un réseau connu par les interrogatoires de la Gestapo ... 131
Un marin au service de l’OMS du Profintern ... 135
B-LES INTERETS STRATEGIQUES DE L’URSS ... 136
La nécessaire protection du “seul pays socialiste au monde” ... 136
13
L’accès à la mer : une ambition ancienne en Russie ... 137
Le socialisme dans un seul pays ... 139
Le mouvement pour la paix dit Amsterdam-Pleyel et l’ISH ... 145
La préparation du congrès ... 145
Le congrès de la salle Pleyel ... 147
La participation de l’ISH au mouvement contre la guerre et le fascisme ... 149
CONCLUSION ... 151
CHAPITRE 3 ... 153
LES INTERCLUBS : ESPACE LOCAL DE SOCIABILITE, DE PROPAGANDE INTERNATIONALE ET DE RESISTANCE AU NAZISME ... 153
INTRODUCTION ... 153
A-LES INTERCLUBS : UN RESEAU INTERNATIONAL ... 157
Les premiers pas des interclubs ... 157
Les fondations avant et après 1930 ... 157
Les interclubs allemands à partir de 1930 ... 158
Les interclubs : des foyers communistes éducatifs et récréatifs ... 160
La gestion des interclubs et des stagiaires ... 163
Les interclubs en France : Rouen, Le Havre, Dunkerque, Marseille ... 164
A Rouen ... 165
Au Havre ... 166
L’interclub de Dunkerque ... 168
L’interclub de Marseille ... 170
La propagande parmi les marins colonisés ... 172
Les interclubs en URSS ... 175
L’interclub de Vladivostok ... 175
La troupe d’agit-prop Kolonne Links à Vladivostok ... 177
L’interclub de Novorossisk ... 179
D’autres interclubs soviétiques ... 181
B-DEUX INTERCLUBS D’IMPORTANCE :LENINGRAD ET HAMBOURG ... 182
L’interclub de Leningrad... 182
Parcours de militants allemands de l’interclub de Leningrad ... 184
Communisme et anti-communisme dans l’interclub ... 187
Le roman La Grande Fraude et l’interclub de Leningrad ... 188
Compte rendu sur la section allemande de l’interclub de Leningrad ... 190
L’interclub de Hambourg ... 191
Présentation générale ... 191
Les permanents de l’interclub de Hambourg ... 194
Les activités de l’interclub en 1930 et 1931 ... 195
Les activités culturelles de l’interclub de Hambourg ... 197
14
Le RFB ... 200
Le comité international syndical des travailleurs noirs ... 200
C-PROPAGANDE ET RESISTANCE COMMUNISTES DANS LES INTERCLUBS ... 203
Les interclubs en URSS : la hantise de la Gestapo ... 203
L’interclub de Leningrad après 1933 ... 203
Les nazis en lutte contre la propagande communiste des interclubs ... 205
La peur de la contamination ... 206
Des méthodes rodées et ciblées dans les interclubs contre le régime nazi ... 207
L’interclub de Leningrad après 1939 ... 209
L’interclub de Copenhague ... 210
Richard Jensen et l’interclub de Copenhague ... 210
Les vapeurs allemands en partance de Copenhague ... 213
D’autres membres de l’interclub ... 213
D-LES GROUPES D’ACTION DE RESISTANCE A PARTIR DES INTERCLUBS ... 215
Le groupe d’actionRhin et marine autour de l’interclub de Rotterdam... 215
Un groupe connu de la Gestapo ... 215
Le groupe d’action Rhin et marine à Rotterdam ... 216
Le fonctionnement du groupe Rheinaktiv à partir de l’interclub de Rotterdam ... 219
L’étau de la Gestapo ... 221
La résistance à Rotterdam après 1935 ... 223
L’EVSHBD et l’ISH à Anvers lors du front uni ... 225
L’interclub d’Anvers après janvier 1933 ... 226
La scission des militants autour d’Hermann Knüfken à Anvers ... 229
La réaction de l’ISH/EVSHBD face à la scission de Knüfken... 232
CONCLUSION ... 234
CHAPITRE 4 ... 235
LES SECTIONS DE L’ISH DANS LE MONDE ... 235
INTRODUCTION ... 235
A-L’ISH EN FRANCE ... 239
La Fédération des ports et docks ... 240
La grève des dockers du Havre ... 242
La grève des mariniers (19-26 août 1933) : une coopération entre l’ISH et la CGTU ... 243
L’unité syndicale parmi les dockers en France ... 245
La fédération unitaire des marins et pêcheurs (FUMP) ... 247
La création de la FUMP ... 247
Les revendications de la FUMP ... 249
La FUMP : une organisation syndicale faiblement représentative ... 250
Les débuts de la collaboration entre la FUMP et l’ISH ... 251
Une crise ouverte entre l’ISH et la FUMP (janvier-mars 1931) ... 253
15
La mission de l’instructeur Tomsen en France (avril-mai 1931) ... 255
L’éviction de Dumay (juin-juillet 1931) ... 257
Une tentative du Profintern pour redynamiser la FUMP ... 259
B-L’ISH EN GRANDE-BRETAGNE ET AUX ETATS-UNIS ... 261
Les difficultés du syndicalisme communiste dans la marine ... 261
Communisme et syndicalisme communiste en Grande-Bretagne ... 262
Le difficile fonctionnement du SMM en Grande-Bretagne ... 263
Un conflit entre l’ISH et le Profintern... 265
La réorganisation du mouvement anglais ... 268
Le SMM entre 1933 et 1936 ... 270
Aux Etats-Unis : le MWIU ... 270
Le rattachement du MWIU à l’ISH ... 271
Les difficultés rencontrées ... 272
C-LES SECTIONS DE L’ISH AUX PAYS-BAS, EN BELGIQUE ET EN SCANDINAVIE ... 274
Aux Pays-Bas ... 274
Une section organisée autour de l’interclub de Rotterdam ... 274
Des actions de propagande dirigées vers les marins chinois ... 276
Des actions énergiques : la grève d’août 1932 et la mutinerie de février 1933 ... 276
En Belgique ... 278
A Anvers ... 278
A Gand ... 280
En Scandinavie ... 281
Le Danemark au cœur du dispositif de l’ISH en Scandinavie ... 281
La création du syndicat danois des dockers et marins ... 283
La fin de l’ISH au Danemark ... 286
En Suède ... 287
En Norvège ... 288
D-L’ISH DANS LE RESTE DU MONDE ... 292
Les Secrétariats syndicaux Pan-Pacifique : l’Asie et l’ISH ... 292
L’ISH à Shanghai ... 293
Le Secrétariat Pan-Pacifique de l’ISH à Vladivostok ... 295
Le Secrétariat Pan-Pacifique à San Francisco ... 299
La section chinoise de l’ISH ... 300
L’ISH et le Japon ... 300
Les liaisons illégales ... 301
En Australie ... 302
L’ISH en Europe ... 303
Dans les pays du Danube ... 303
En Pologne et à Dantzig ... 306
Les pays Baltes ... 308
En Italie : la FILM (Federazione Italiana Lavoratore del Mare) ... 310
16
En Espagne ... 312
En Grèce ... 313
En Irlande et au Portugal ... 314
Dans d’autres pays ... 315
En Inde ... 315
En Amérique latine et à Cuba ... 315
CONCLUSION ... 316
CHAPITRE 5 ... 319
LA SECTION ALLEMANDE DE L’INTERNATIONALE DES GENS DE LA MER : L’EVSHBD ... 319
INTRODUCTION ... 319
A-L’EVSHBD : DEBUTS ET ORGANISATION ... 322
Les débuts de l’EVSHBD ... 322
Une fondation sous la houlette du RGO ... 323
Le déroulement du premier congrès de l’EVSHBD en janvier 1931 ... 324
La grève de février 1931 des dockers à Hambourg ... 327
A Brême, à Stettin : des grèves organisées ... 329
L’organisation de l’EVSHBD ... 331
Les liens avec le Profintern et les statuts de l’EVSHBD ... 331
La gouvernance ... 333
Les cellules communistes dans les ports ... 335
Les adhésions ... 337
B-LES REVENDICATIONS ET LES SECTIONS DU SYNDICAT ... 343
Sections et propagande ... 343
Un syndicat au service des marins et dockers... 343
Militer dans la marine allemande ... 346
Les mariniers dans l’EVSHBD ... 347
La section des pêcheurs de l’EVSHBD ... 349
L’implantation de l’EVSHBD auprès des officiers, des femmes, dans les entreprises ... 351
La propagande communiste auprès des officiers ... 351
L’EVSHBD dans les entreprises ... 352
Les femmes dans l’EVSHBD ... 353
L’EVSHBD à Brême ... 354
Les particularités de la ville de Brême ... 354
Richard Krebs à Brême ... 355
C-CHRONIQUE D’UN ECHEC :1931-1933 ... 358
Les essais avortés de grèves dans les ports allemands en octobre 1931 ... 359
Conférence de l’EVSHBD (mars 1931) et premières critiques (avril 1931) ... 359
La préparation idéologique de la grève ... 361
Les comités de combat ... 362
17
La radicalisation du combat : le refus de négocier ... 363
Des actions sporadiques et aucune grève d’ampleur ... 365
Le mouvement de contestation à Brême en octobre 1931 ... 368
L’échec de la grève de novembre 1931 dans le port de Hambourg ... 371
Conclusion : la fin de l’année 1931 ... 372
La grève d’octobre 1931 en URSS organisée par l’EVSHBD et l’ISH ... 373
A Leningrad ... 374
Le déroulement de la grève à Leningrad ... 375
Le rôle de l’interclub à Odessa dans la grève du port ... 377
Dans les ports de Batumi et de Poti ... 379
Dans les autres ports... 380
Une grève entre intimidations et actions culturelles ... 381
Les Rollkommando (colonnes mobiles) ... 381
Des témoignages de marins en grève ... 382
Grève, diplomatie et politique ... 383
Des intérêts divergents ... 383
Les méandres politico-diplomatiques d’une grève particulière ... 386
De nouvelles propositions pour sortir de la grève ... 387
La fin du mouvement au niveau diplomatique ... 388
Les conséquences de cette grève ... 391
Procès et condamnations... 391
Rester dans la « patrie du prolétariat » ... 395
De nouveaux soubresauts en janvier 1932 ... 396
Une grève vouée à l’échec ... 397
Avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir : de nouveaux appels à la grève... 398
La grève, c’est la guerre ! ... 398
La grève des mariniers sur le fleuve Weser en octobre 1932 ... 402
L’EVSHBD en 1932 et au début de 1933 ... 404
Le mois de janvier 1933 ... 405
CONCLUSION ... 406
CHAPITRE 6 ... 409
LA RESISTANCE AU NAZISME LOCALE PUIS INTERNATIONALE DE L’EVSHBD ET DE L’ISH ... 409
INTRODUCTION ... 409
A-L’EVSHBD SOUS LE NAZISME ... 412
L’ESVHBD jusqu’à l’été 1933 ... 413
La fin de l’interclub de Hambourg ... 413
La valse des instructeurs et des V-Männer (hommes de confiance) à Hambourg ... 416
Une dernière tentative pour rétablir l’EVSHBD et l’ISH à Hambourg ... 421
La défection d’Albert Walter secrétaire général de l’ISH à Fuhlsbüttel ... 423
La résistance à Brême, Bremerhaven et Stettin ... 427
18
Dans le port de Brême ... 427
Un réseau de résistance sur le fleuve Weser ... 432
Karl Salomon et le réseau tardif de l’EVSHBD à Bremerhaven ... 434
Dans le port de Stettin ... 437
Entre Emden et Delfzijl (Groningen) ... 439
L’EVSHBD à Emden à partir de 1933 ... 440
Et ainsi la propagande communiste arrivait jusqu’à Emden… ... 445
Comment la résistance de de l’EVSHBD/ISH s’organisa en Hollande ... 448
L’EVSHBD laminé en Allemagne ... 450
L’activité éditoriale de résistance du syndicat après janvier 1933 ... 450
La réunion de l’EVSHBD/ISH à Rotterdam les 21 et 22 juillet 1933... 451
La fin de l’organisation syndicale en Allemagne ... 453
C-D’AUTRES ESPACES DE RESISTANCE ... 455
Une résistance méconnue dans le camp de concentration de Fuhlsbüttel ... 455
Tonio ... 455
L’organisation du réseau ... 457
Les ports scandinaves en résistance ... 462
Dans les ports ... 462
La frontière germano-danoise comme espace de résistance ... 465
Le marin suédois Kurt Mineur ... 469
La guerre d’Espagne et l’ISH ... 470
Les actions contre l’approvisionnement en matériel de guerre à Hambourg ... 472
La résistance des marins et mariniers allemands au Havre et à Strasbourg ... 476
Le Havre en résistance dès 1933 ... 476
Sur le Rhin à Strasbourg : un réseau de résistance méconnu ... 478
D-LA LUTTE CONTRE LE NAZISME EN MER ... 482
Des cellules et des hommes ... 483
La lutte contre les drapeaux à croix gammée ... 488
L’incident du Bremen à New York en juillet 1935... 491
Sur le Bremen : l’arrestation du militant Simpson ... 491
Une lutte politique ... 494
Une esclandre diplomatique ... 495
CONCLUSION ... 497
CHAPITRE 7 ... 502
LA GENERATION POLITIQUE DES MILITANTS DE L’EVSHBD/ISH ... 502
INTRODUCTION ... 502
Une méthode innovante au service de l’historien-ne : la prosopographie... 502
De la cohorte à la génération politique ... 504
Des militants appartenant à une même cohorte ... 504
19
Une génération politique de militants communistes ? ... 506
A-LA CONSTITUTION D’UNE COHORTE DE MILITANTS ... 508
La cohorte des militants de l’ISH/EVSHBD ... 509
Une cohorte d’âge ... 509
Jeunesse et radicalité politique... 511
Chômage et militantisme ... 513
Métier et politique ... 518
Formation professionnelle et activité professionnelle ... 518
Formation et activités politiques ... 521
D’autres caractéristiques de la cohorte des militants de l’ISH/EVSHBD ... 526
B-COHORTE ET CYCLE DE VIE : LA CREATION D’UNE CONSCIENCE GENERATIONNELLE ... 528
L’après 1933 en Allemagne sous le nazisme ... 528
La résistance contre le nazisme : l’identité confortée ... 529
Les membres de l’ISH/EVSHBD devenus agents de la Gestapo : l’identité scindée ... 532
La force de l’identité communiste ... 539
Une cohorte dans la cohorte : les micro-cohortes nazis et communistes ... 539
Rester communiste face aux menaces de mort et aux tortures ... 546
Engagement, désengagement, exil et mémoire ... 548
C-ETRE COMMUNISTE ET APPARTENIR A UNE GENERATION POLITIQUE ... 551
Le système interactif de formation d’une génération politique ... 552
La rupture avec le monde d’avant ... 552
La prise en compte du vécu historique ... 554
La force de l’événement dans une biographie individuelle ... 556
L’exemple du militant Avatin ... 559
Une nouvelle manière de militer : les instructeurs ... 560
Les instructeurs : figures de communistes inter- et transnationaux ... 560
Les instructeurs dans l’ISH envoyés à l’étranger ... 567
La carrière des instructeurs de l’ISH ... 571
CONCLUSION ... 574
CONCLUSION GENERALE ... 577
L’ISH : UN SYNDICAT SUPRANATIONAL ... 577
Emboîtements d’échelles et correspondances géographiques... 577
L’analyse transversale du communisme ... 579
GENERATION POLITIQUE ET CLASSE SOCIALE ... 582
Un syndicat de classe ? ... 582
L’homme communiste ... 584
La nécessaire histoire générationnelle du communisme ... 585
SOURCES D’ARCHIVES ... 587
ARCHIVES AMERICAINES ... 587
20
ARCHIVES ALLEMANDES ... 587
ARCHIVES RUSSES ... 600
ARCHIVES FRANÇAISES ... 603
SOURCES IMPRIMEES ... 605
PERIODIQUES ALLEMANDS ... 605
PERIODIQUES FRANÇAIS ... 617
BIBLIOGRAPHIE ... 619
Sources publiées ... 619
Outils de travail ... 619
Témoignages publiés ... 628
Témoignages non publiés ... 629
Table ronde, actes de colloque ... 629
Ouvrages, articles ... 630
INDEX DES PERSONNES ... 659
TABLE DES ILLUSTRATIONS ... 663
21
Introduction générale
L’Internationale des gens de la mer (Internationale der Seeleute und Hafenarbeiter ou ISH), syndicat des marins, mariniers et dockers rattaché au Profintern, a été fondée en 1930 et a disparu en 1937. Cette Internationale a été popularisée par l'autobiographie romancée de Jan Valtin, Sans patrie ni frontières (Out of the night, 1941)2. Aucune monographie exhaustive n’en avait été réalisée jusqu’à ce jour. Après avoir consacré mon mémoire de Master à l’ouvrage de Jan Valtin, j’ai entrepris de rédiger une thèse de doctorat sur l’ISH. Je me posais alors deux questions : premièrement, quel avait été le rôle exact de l’ISH dans le contexte du développement du mouvement communiste dans les années 30 ; et deuxièmement, qui étaient les militants de ce syndicat.
Les documents du fond 534 des archives d’Etat russes d’histoire sociale et politique à Moscou, le RGASPI, désignent cette Internationale en utilisant sa dénomination allemande. C’est cette appellation et son acronyme qui seront conservés tout au long de cette thèse, même si l’ISH est parfois désignée sous une autre appellation : International of Seamen and Harbourworkers en anglais, International des marins et dockers (IMD) ou Internationale des marins et ouvriers des ports en français notamment.
J’ai choisi pour titre de ma thèse « l’Internationale des gens de la mer ». Ce n’est pas la traduction littérale du nom de cette organisation, mais une désignation a posteriori reflétant bien, à mon sens, la vocation de cette organisation : regrouper dans un syndicat internationaliste communiste tous les travailleurs de la mer, qu’ils soient marins, dockers, mariniers ou chômeurs vivant dans les ports.
2 Jan Valtin, Out of the night, New York, Alliance Book Corporation, janvier 1941; Tagebuch der Hölle, Cologne, 1957; Sans patrie, ni frontières, édition Dominique Wapler, traduction Jean-Claude Henriot, 1947; Réédition chez J. C. Lattès, 1975; nouvelle réédition en 1997, Paris, Actes Sud,
« Révolutions ». Par commodité, nous avons uniquement utilisé la version française publiée chez Actes Sud.
22 Les bornes fixées à cette étude sont donc celles de la fondation et de la
disparition de cette organisation. Mais il aurait été possible d’en choisir d’autres, et de la faire commencer en 1921 par la création du Profintern ou 1923 par l’ouverture du premier interclub de marins à Hambourg. De même, la borne finale aurait pu être 1936, année où l’ISH cesse toute activité, voire 1945 avec la fin de la Seconde Guerre mondiale. De fait, cette étude reviendra à plusieurs reprises sur les origines et les prolongements de l’ISH, qui a pu s’appuyer sur des structures et des hommes dont l’histoire ne commence pas en 1930 et ne s’arrête pas en 1937.
Pour faire connaître la diversité des engagements militants à l’intérieur de l’ISH et de ses sections, nous avons utilisé la méthode prosopographique. Au fur et à mesure de la lecture des archives sur l’ISH, nous avons constitué des fiches sur chaque militant3. Ainsi établi, notre travail constitue une micro-analyse du phénomène communiste. Dans l’histoire du mouvement communiste, l’histoire politique du social consisterait à mettre en œuvre ce qu’a théorisé Gérard Noiriel4:
’sociologiser’ ou ’socialiser’ le politique. Dans notre cadre, il s’agit de confronter une histoire ‘vue d’en haut’, celle des comptes rendus, des réunions, des congrès à Berlin, à Moscou, et une histoire dite ‘vue d’en bas’, celle des acteurs, des militants par leurs biographie ; lier ‘le haut et le bas’ est une gageure pour créer un lien entre histoire politique et sociale5.
L’étude d’un milieu particulier, les gens de la mer et du syndicalisme maritime, focalisent ces problématiques larges à une échelle plus réduite. Cette thèse contribue à une meilleure compréhension de l’histoire du syndicalisme communiste, peu étudié jusqu’ici, ce qui rend sa définition difficile.
La difficile définition du syndicalisme communiste
Pour mener à bien cette étude, il convenait de comprendre le rôle exact de l’ISH : syndicat de marins et dockers, ou courroie de transmission du Profintern ? Cela nous a amené à étudier précisément les actions engagées par l’ISH ainsi que le
3 Pour une analyse détaillée et les résultats de ce travail, voir le chapitre 7.
4 Gérard Noiriel, Une histoire sociale du politique est-elle possible ?, Vingtième Siècle, revue d'histoire, n° 24, 1989, p. 81-96.
5 Lawrence Stone, Prosopography, Daedalus, Historical Studies Today, vol. 100, n° 1, 1971, p. 73:
“it [Prosopography] could form the missing connection between political history and social history (...).”
23 fonctionnement de cette organisation et d’intégrer dans cette réflexion une analyse
de l’interaction entre ce syndicat et la politique étrangère soviétique.
L’ISH : un syndicat comme les autres ?
L’ISH avait tous les attributs d’un syndicat classique. Cette organisation supranationale et ses sections défendaient les salaires et les conditions de travail des gens de la mer. Le cas le plus connu est la section allemande de l’ISH, l’EVSHBD, étudiée dans le chapitre 5.
L’EVSHBD se présenta comme un interlocuteur possible du patronat et des armateurs. De même, sous la bannière du RGO, elle se présenta à différentes élections professionnelles. Principalement par l’intermédiaire des interclubs mais aussi grâce au militantisme de ses militants sur les bateaux et dans les docks, l’ISH et l’EVSHBD recrutaient, formaient des militants. Ce recrutement et ces formations se faisaient en lien avec le Sovbüro à Moscou. De même, la gestion de cet ensemble l’ISH, ses sections, les interclubs se faisaient en lien avec les organes attenants en URSS. Dès lors, l’ISH et ses sections formèrent une culture syndicale particulière, que l’on peut qualifier de soviétisée, c’est-à-dire liée à l’URSS.
Cette culture6 a été constituée de références au marxisme sous l’angle de la lutte des classes, du refus de la propriété individuelle et d’autres éléments théorétiques et politiques qui pourront être adaptés aux slogans de l’Internationale des gens de la mer. La fin de l’exploitation des opprimés aux mains de la classe dominante et l’union internationale des peuples ne sont pas les plus anodins des arguments considérés ici comme culturels et politiques, qui ont pu motiver et faire adhérer tant d’hommes et de femmes de par le monde au communisme. Cette culture politique était avant tout un discours qui permettait aux membres du groupe de se
6 Jean-Marie Pernot, Les fondements de l’internationalisme syndical, in : Georges Seguy, Elyane Bressol (dir.), La place et les actions de la CGT dans le monde (1945-2000), Montreuil, Institut CGT d’histoire sociale, 2006, p. 20 : « Cette vision du monde « nationale internationaliste » caractérise en grande partie aussi le communisme français et rend compte à la fois de son patriotisme sourcilleux après la phase de « nationalisation » du parti (vers le milieu des années trente) et une certaine allégeance à l’URSS ou plutôt, pour reprendre l’heureuse expression de René Mouriaux, cette
« urssophilie » que la CGT cultivera très longtemps. La liaison opérée à distance entre la Révolution française et la Révolution bolchevique était le support qui autorisait la CGT à croire qu’elle partageait avec les Soviétiques une responsabilité propre dans la conduite du destin de l’Internationale. »
24 reconnaître à travers des symboles, des mots-clés, des rites, des croyances, des
modèles7.
La relation au politique : Profintern et Komintern
La relation complexe entre parti et syndicat est au cœur de la problématique du syndicalisme communiste, quand bien même ce dernier se définissait comme un syndicalisme « de type nouveau8 ». La fondation de l’ISH et celle d’autres syndicats communistes au même moment posent la question de l’indépendance syndicale non seulement vis-à-vis des Partis communistes mais aussi du Profintern et du Komintern. Si les syndicats étaient « l’école du communisme » prônés par Lénine9, l’action syndicale de l’ISH en a forcément été impactée.
Les bolcheviques étaient partisans d’une stricte subordination des syndicats aux partis. De 1920 à 1922, la question des relations entre partis communistes et syndicats fut au centre des discussions des bolchéviques. Dans son ouvrage La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »)10, Lénine prônait l’entrée « dans les syndicats réactionnaires » des communistes sous la direction de l’Internationale communiste. La neuvième condition pour adhérer au Komintern stipulait que le noyautage des syndicats devait être mis en œuvre par les partis communistes11.
7 Serge Berstein, L'historien et la culture politique, Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 35, juillet- septembre 1992, p. 67-77, ici p. 68 : « (…) l'historien retient généralement la définition de caractère anthropologique, qui voit dans la culture l'ensemble des comportements collectifs, des systèmes de représentation, des valeurs d'une société donnée. Quant à la culture politique, elle serait l'ensemble des composantes de cette culture s'appliquant au politique, ce qui implique que son extension peut varier d'une période à l'autre de l'histoire et d'un système politique à un autre.»
8 Stéphane Sirot, opus cité, p. 21.
9 Lénine, La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), Chine, Editions en langues étrangères, 1996 [1920], p. 40 : « Mais nulle part au monde le développement du prolétariat ne s’est fait et ne pouvait se faire autrement que par les syndicats, par l’action réciproque des syndicats et du parti de la classe ouvrière. La conquête du pouvoir politique par le prolétariat est, pour le prolétariat considéré comme classe, un immense pas en avant. Aussi le parti doit-il, plus encore que dans le passé, à la manière nouvelle et pas seulement à l’ancienne, éduquer les syndicats, les diriger, sans oublier toutefois qu’ils restent et resteront longtemps l’indispensable « école du communisme » et l’école préparatoire des prolétaires pour l’application de leur dictature, le groupement nécessaire des ouvriers afin que la gestion de toute l’économie du pays passe graduellement d’abord aux mains de la classe ouvrière (et non à telles ou telles professions) et puis à l’ensemble des travailleurs. »
10 Lénine, La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), Chine, Editions en langues étrangères, 1996 [1920].
11 Manifestes, thèses et résolutions des quatre premiers congrès mondiaux de l’Internationale communiste 1919-1923, conditions d’admission des Partis dans l’Internationale communiste, Bibliothèque communiste, 1984 [juin 1934], p. 40, 9e condition : « Tout Parti désireux d'appartenir à l'Internationale Communiste doit poursuivre une propagande persévérante et systématique au sein des syndicats, coopératives et autres organisations des masses ouvrières. Des noyaux communistes
25 Le premier article du Profintern affirmait que cette organisation devait :
« sans s’isoler de la IIIe Internationale et sans rester derrière elle, marcher au même pas que cette dernière12. » Pourtant Losovski affirma que sans le Profintern, le Komintern ne marchait que sur une jambe13. La dépendance du syndicalisme aux partis était-elle totale14 ou les syndicats pouvaient-ils bénéficier d’une certaine marge de manœuvre dans leur action15 ?
Dans ce contexte, il convient de déterminer si les sections nationales de l'ISH ont défendu les intérêts spécifiques de leurs adhérents ou si elles se sont inscrites dans une logique transnationale définie par les organes centraux de l’ISH, voire par le Profintern. Cette logique duale peut être analysée en étudiant les relations entre les cadres nationaux et internationaux de l’ISH.
Réseaux communistes et syndicalisme maritime
Il était particulièrement difficile d’animer des syndicats de marins : ces derniers étant rarement présents à terre, ils ne participaient pas à l’organisation. En outre, sur les bateaux de certains pays (Allemagne notamment), un code militaire s’appliquait à bord et il était impossible pour un syndicat d’y exercer légalement une activité. Par conséquent, la rotation des adhérents était très élevée, les marins ne
doivent être formés, dont le travail opiniâtre et constant conquerra les syndicats au communisme. Leur devoir sera de révéler à tout instant la trahison des social-patriotes et les hésitations du « centre ». Ces noyaux communistes doivent être complètement subordonnés à l'ensemble du Parti.»
12 Bruno Groppo, La formation de la politique syndicale de la 3ème Internationale,…, opus cité, p.
374.
13 BArch, R58/481, p. 141 : Quand l’ISR sera liquidé, le Komintern dans son entier va claudiquer sur une jambe. Un rapport de la Gestapo par un espion (V-Mann Adler), daté du 10 janvier 1940 prête ces mots à Losovski probablement un peu avant 1937 et la fin du Profintern.
14 Michel Launay dans Le syndicalisme en Europe, Paris, Imprimerie nationale, « Notre siècle », 1990, p. 316 : « Les syndicats étant nés après la confirmation du Parti bolchevique au pouvoir politique, le problème s’est posé de leur activité dans le domaine politique. Très vite, le Parti a considéré qu’il n’était pas possible de dissocier activité politique et activité économique (ou professionnelle). Les syndicats sont donc, d’entrée de jeu, considérés comme des éléments à part entière de l’organisation politique et, par voie de conséquence, de l’Etat soviétique. (...) Les postes de responsabilité ne sauraient être assurés que par des membres du PC. »
15 Michel Dreyfus, 1924-1927 : un moment privilégié de l’histoire de l’Internationale syndicale rouge, in : Mikhaïl Narinski, Jürgen Rojahn (dir.), Centre and Periphery. The History of the Comintern in the Light of New Documents, Amsterdam, International Institute of social History, 1996, p. 99 :
« L’ISR aurait manifesté une certaine autonomie vis à vis de l’IC. On retrouve trace de cette marge d’autonomie du syndical vis à vis du politique à maintes reprises dans toute l’histoire du mouvement communiste, y compris lorsque l’organisation syndicale est dirigée par des communistes. »
26 souhaitant pas renouveler leur adhésion après un long voyage, surtout lorsque le
travail venait à manquer.
L’objet de cette thèse n’est pas de faire une description exhaustive du syndicalisme communiste dans la marine, mais à mieux comprendre les ressorts de l’engagement des syndicalistes communistes au sein d’une organisation, l’ISH. Il est possible d’étudier le militantisme syndicaliste sous le seul angle de l’histoire des mouvements sociaux, en l’analysant à partir des textes, des activités, des grèves, des manifestations. Il nous est cependant apparu plus fructueux d’analyser ces phénomènes comme une pratique sociale commune à des hommes présentant des similitudes dans leurs parcours et leur origine sociale. La méthode prosopographique constitue un instrument pertinent pour passer d’une analyse globale du mouvement communiste à une ‘micro-histoire sociale’ du communisme.
La conjonction d’une approche qualitative et d’une approche quantitative, au sein de l’approche prosopographique, favorise, étant donné que la matière traitée est conséquente, l’examen en profondeur du fonctionnement des institutions ou des organisations. Il n’existe pas en effet de structure aussi politique soit-elle, qui ne soit liée aux hommes qui la modèlent. Les relations, les interdépendances entre les militants sont tout aussi importantes, sinon davantage, que l’organigramme de l’ISH mis en place par Moscou. Si l’on définit l’histoire politique du communisme pendant l’entre-deux-guerres comme un ensemble structurellement lié à des degrés divers mais bien réels à Moscou, on ne peut faire l’économie d’un travail prosopographique permettant de mettre en lumière les liens entre le militant et le monde auquel il appartient. Dit de manière prosaïque, ne pas faire d’analyse prosopographique des organisations, c’est visiter un appartement sans savoir qui habite à l’intérieur. Cette différenciation permet d’établir le caractère évolutif du fait politique communiste qui dès lors prend le pas sur les considérations strictement formelles et structurelles de l’histoire de ce mouvement.
Le paradigme principal de l’histoire du communisme est celui du totalitarisme16. Ce paradigme a été défendu par des philosophes ou des historiens, à
16 Six points définissent « le totalitarisme comme reposant sur : 1) une idéologie élaborée ; 2) un parti unique, de masse; 3) la terreur ; 4) un monopole des communications conditionné par la technologie ; 5) un monopole des armements ; 6) une économie centralisée. » Martin Malia, La Tragédie soviétique.
Histoire du socialisme en Russie, 1917-1991, Paris, Éditions du Seuil, « Points Histoire », 1995, p.
26. Ces six paramètres ont été définis par le politologue Carl Joachim Friedrich.
27 des époques différentes17. Il sous-tend l’unicité du communisme et ses liens
intrinsèques avec l’URSS. Or, si l’on ne peut contester l’empreinte de la révolution de 1917 et du stalinisme sur le mouvement dans son entier, l’histoire du communisme hors URSS, a été marquée par des temporalités, des géographies mais aussi par des engagements militants divers18. L’histoire sociale du communisme sans atrophier le politique, se doit de faire émerger ses acteurs. Le principal objectif scientifique de cette thèse est donc de montrer le fonctionnement de l’ISH, mais aussi et peut-être surtout, l’engagement des hommes et des femmes qui la firent exister.
Les sources primaires et secondaires : la mise en œuvre du sujet
La recherche en histoire est liée aux possibilités de consultation des sources disponibles. Grâce à l’ouverture des archives, à Moscou et à Berlin, les travaux sur le mouvement communiste international sont passés d’une échelle locale à une échelle internationale. Cette multiplicité des archives permet de croiser les sources et le travail sur le mouvement communiste d’avant-guerre ne peut se penser sans cela, au risque d’écrire une histoire parcellaire. La confrontation des archives n’est pas une nouveauté dans la recherche historique mais l’originalité de l’histoire du mouvement communiste est que cette confrontation se joue dans différents lieux. Dans notre cas, les archives se trouvent à Moscou, Berlin, Paris, Washington et Brême19.
Bilan bibliographique
17 La réception de ce concept a été forte dans les années trente jusqu’au Pacte germano-soviétique en 1939, puis pendant la Guerre froide et enfin après la chute de l’URSS. Sur le sujet : Enzo Traverso, Le Totalitarisme. Le XXe siècle en débat, Paris, Editions du Seuil, « Essais », 2001.
18 Michel Dreyfus, Bruno Groppo, Claude Pennetier (dir.), Le siècle des communismes, Les Editions de l’Atelier, Paris, 2000, p. 9-15.
19Am Staatsarchiv Bremen (StAB), Am Staatsarchiv 1, 28 203 Bremen (Brême)
28 Reiner Tosstorff20, Ruth Weihe21, Ludwig Eiber22 et Dieter Nelles23 ont mis
en relief la spécificité de l’ISH dans leurs recherches. L’ISH est également citée, de façon plus anecdotique, dans différents articles scientifiques publiés en France notamment dans le Dictionnaire biographique du Maitron24 ou dans certains articles de Sylvain Boulouque et Olivia Gomolinski dans la revue Communisme25. Le travail d’habilitation de John Barzman évoque également cette organisation26. Une vue d’ensemble très précise de l’activité de l’ISH en France a été réalisée, à partir des archives françaises, par Michel Pigenet en 199927.
L’histoire des organisations internationales au 20e siècle intéressent différents historiens dans une perspective d’histoire transnationale auquelle répond bien l’ISH.
C’est dans ce cadre que l’historien finlandais Holger Weiss a écrit en 2013 une brochure de 40 pages sur l’ISH qui fait un bilan historiographique assez complet sur l’organisation28.
En RDA, des travaux ont été entrepris sur la marine communiste dans les années quatre-vingt29. L’histoire du syndicalisme communiste connaît quelques
20Reiner Tosstorff, Profintern, die Rote Gewerkschaftsinternationale 1920-1937, Paderborn, Ferdinand Schöningh, 2004.
21 Ruth Weihe, Hamburger Hafenarbeiter…, opus cité.
22 Ludwig Eiber, Arbeiter und Arbeiterbewegung in der Hansestadt Hamburg in den Jahren 1929 bis 1939; Werftarbeiter, Hafenarbeiter und Seeleute: Konformität, Opposition, Widerstand, Frankfurt/Main, Peter Lang Verlag, 2000.
23 Dieter Nelles, Widerstand und internationale Solidarität; Die Gewerkschaft der Seeleute, Binnenschiffer und Hafenarbeiter und die Internationale Transportarbeiter-Föderation (ITF) im Widerstand gegen den Nationalsozialismus, Essen, Klartext Verlag, 2001, p. 110.
24 Voir par exemple, les notices biographiques écrites par Claude Pennetier sur Pierre Villon et Richard Krebs dans le Maitron.
25 Sylvain Boulouque, Vérification, rectification et interdépendance. Les relations entre la CGTU et l’ISR 1930-1932, Communisme, n° 65/66, 2001, p. 133-160 ; Olivia Gomolinski, Le Profintern:
organisation internationale et administration soviétique, Communisme, n° 70/71, 2002, p. 131-158.
26 John Barzman, Les dockers du Havre, de la brouette au portique (XIXe-XXe siècles), manuscrit de livre inédit présenté à l’Université de Paris I-Panthéon-Sorbonne en vue d’une habilitation à diriger des recherches, 2000.
27 Michel Pigenet, Dimensions et perspectives internationales du- syndicalisme docker en France dans la première moitié du XXe siècle, in : Jean Domenichino, Jean-Marie Guillon, Robert Mencherini (dir.), Dockers, de la Méditerranée à la mer du Nord, des quais et des hommes dans l’Histoire, Aix- en-Provence, Edisud, colloque international, 1999, p. 219-225.
28 Holger Weiss, CoWoPa – Comintern Working Paper 29/2013, The International of Seamen and Harbour Workers – A Radical Labour Union of the Waterfront or a Subversive World Wide Web?, http://www.abo.fi/fakultet/histcowopa, consulté en 2014.
29 Alexander Michailowitsch Gerassimow, Die revolutionären Traditionen der Seeleute der sowjetischen Handelsflotte (Übersicht aus der Sowjetliteratur), Warnemünde/Wustrow, Ingenieurhochschule für Seefahrt, Schriftenreihe, Traditionen und kommunistische Erziehung in der Seefahrt, Heft 9, traduction du russe à l’allemand, 1977; Alexander Michailowitsch Gerassimow, Internationalistische Beziehungen der sowjetischen Seeleute in der Zeit von 1921-1937, Warnemünde/Wustrow, Ingenieurhochschule für Seefahrt, Schriftenreihe, Traditionen und kommunistische Erziehung in der Seefahrt, Heft 10 (traduction du russe à l’allemand), 1978 ; Julius
29 précurseurs en France30 et aux Etats-Unis31. En Allemagne l’habilitation à diriger des
recherches et les articles de Reiner Tosstorff32, la thèse récente de Stephen Heinz33 ou certains travaux avant l’ouverture des archives34 annoncent d’autres travaux historiographiques sur le sujet. Le chercheur en histoire maritime Hartmut Rübner a écrit un article sur les interclubs et le RGO35 qui fait référence36.
D’une manière générale, l’histoire du syndicalisme communiste reste peu étudiée, tout comme l’histoire du communisme dans la marine. L’habilitation pionnière de Reiner Tosstorff est la seule synthèse à l’heure actuelle sur le Profintern, axée principalement sur l’histoire des premières années de l’organisation. Comment expliquer cette absence relative dans la recherche d’un tel sujet ? Bruno Groppo, dans sa thèse sur la fondation du Profintern, explique ce manque d’intérêt par la faible autonomie du mouvement syndical communiste par rapport à la politique syndicale du Komintern37.
Or, à la lecture des archives du RGASPI38 notamment, il est évident qu’une politique syndicale communiste a existé entre les deux guerres et que celle-ci reste à
Kiepers, Zur Arbeit des Internationalen Seemannsklubs in Hamburg von 1922-1933, in : Fred-Rainer Grosskopf, Martin Polzin (dir.), Proletarischer Internationalismus und Klassenkampf deutscher Seeleute 1917-1933, Warnemünde, Beiträge Schriftenreihe : Traditionen und kommunistische Erziehung in der Seefahrt, Heft 13, 1980, p. 18-23.
30 Sylvain Boulouque, Jean Charles, Michel Dreyfus, Olivia Gomolinski, Bruno Groppo : voir la bibliographie en fin de thèse. Jean Charles : A propos de la scission syndicale de 1921, Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez, n° 8-9, 1974, p. 280-308 ; Les débuts de l’Internationale syndicale rouge et le mouvement ouvrier français (1920-1923), deuxième partie, Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez, n° 25-26, 1978, p. 161-199.
31 L. Vernon Pedersen, George Mink, the Marine Workers Industrial Union and the Comintern in America, Labor History, vol. 41, n° 3, 2000. -Underfunded, Understaffed and Underground: The History of the San Francisco Bureau of the Pan-Pacific Trade Union Secretariat, Continuity, n° 26, printemps 2003. L’auteur de ces deux articles est en train d’écrire une histoire du syndicalisme communiste aux Etats-Unis dans la marine (2012).
32 Reiner Tosstorff, Profintern…, opus cité.
33 Stefan Heinz, Moskaus Söldner? Der Einheitsverband der Metallarbeiter Berlins : Entwicklung und Scheitern einer kommunistischen Gewerkschaft, Hamburg, VSA-Verlag, 2010.
34 Werner Müller, Lohnkampf, Massenstreik, Sowjetmacht ; Ziele und Grenzen der “Revolutionären Gewerkschafts-Opposition” (RGO) in Deutschland 1928 bis 1933, Köln, Bund-Verlag, 1988;
Geoffrey Swain, Was the Profintern really necessary ?, European History Quaterly, n° 1, 1987, p. 57- 77.
35 Le RGO a été fondé en 1928. Il s’agit de la branche syndicale allemande du Profintern.
36 Hartmut Rübner, Interklub, Bordzelle, und revolutionärer Seeleutestreik. Die „Revolutionäre Gewerkschaftsopposition“ in der Seeschifffahrt während der Weltwirtschaftskrise, Archiv für die Geschichte des Widerstandes und der Arbeit 17, Bochum, Germinal Verlag, 2003, p. 101-130.
37 Bruno Groppo, La formation de la politique syndicale de la 3e Internationale, IEP de Paris, thèse d’Etat, 1980, p. 4.
38 RGASPI : archives d'Etat russes d'histoire sociale et politique. Sur le détail des fonds, lire : Alexandre Courban, Christian Oppetit, Serge Wolikow, Guide des archives de l'Internationale communiste, 1919-1943, MSH Dijon, Archives Nationales, 2009.