A NNALES DE L ’I. H. P.
B RUNO DE F INETTI
La prévision : ses lois logiques, ses sources subjectives
Annales de l’I. H. P., tome 7, n
o1 (1937), p. 1-68
<http://www.numdam.org/item?id=AIHP_1937__7_1_1_0>
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La prévision :
ses
lois logiques,
ses sourcessubjectives
par
Bruno de FINETTI.
AVANT-PROPOS.
Dans les conférences
que j’ai
eu l’honneur de faire à l’Institut Henri Poincaré les 2,3, 8,
g et 10 mai1 g3 ~,
et dont les pagesqui
suiventreproduisent
le texte,je
me suisproposé
de donner une vue d’ensemblesur deux
sujets
dontje
me suisparticulièrement occupé,
et d’éclaircir la liaison étroitequi
les unit. Ils’agit,
d’unepart,
de la définition de laprobabilité (que je
considère comme une entitépurement subjective)
et de la
signification
de seslois,
et, d’autrepart,
des notions et de la théorie des événements et nombres aléatoires «équivalents » ;
le lien entreles deux
questions
réside en ce que cette dernière théorie constitue lasolution, pour
le cas leplus typique,
duproblème
du raisonnement inductif selon laconception subjective
de laprobabilité (et
éclaircitainsi,
engénéral,
lafaçon
dont leproblème
de l’induction estposé).
D’ailleurs,
même s’il n’en était pasainsi,
autrement dit même si l’onn’acceptait
pas lepoint
de vuesubjectif
que nous avonsadopté
dans lapremière partie.
la seconde n’en conserverait pas moins sa validité etconstituerait un
chapitre
intéressant du calcul desprobabilités.
L’exposé
est divisé en sixchapitres,
dont les deuxpremiers
ont pourobjet
lapremière question,
les deux suivants laseconde,
et les deuxderniers l’examen des conclusions
qu’on
peut en tirer. Laplupart
des
questions
traitées ont étédéveloppées,
tantôt endétail,
tantôtsuccincteriient,
maistoujours
d’unefaçon fragmentaire (~ ),
dans mes( 1 ) Un exposé plus complet de mon point de vue, sous forme d’essai purement critique et philosophique, sans formules, constitue l’ouvrage î 321.
, ~ .
. ’
travaux
antérieurs; parmi
eux, ceuxqui
ont trait auxquestions
étudiéesou effleurées dans ces conférences se trouvent
indiqués
dans la listebibliographique ( ~ ).
’Pour de
plus amples
détails concernant la matière de chacun des .chapitres, je
renvoie auxpublications
suivantes : :.Chapitre
I. - Lalogique
dr~probable : [26], ~3~~.
Chapitre
II. - L’évaluation d’uneprobabilité : [49], [65], [70].
Chapitre
III. -Evénements équivalents : [29], [40].
Chapitre
IV. - Nombres aléatoireséquivalents: [46], [47], [48].
Chap.
V. - Considérations sur la notiond’équivalence: [51], [62].
Chapitre
VI. - Observation etprévision: [32], [56], [62].
Chacun de ces
chapitres
constitue une descinq
conférences(2),
àl’exception
desChapitres
IV et Vqui correspondent
à laquatrième,
etdont le texte a été
amplifié
pour mieux éclaircir la notion utiliséed’intégration
dansl’espace
fonctionnel. Le texte des autres conférences n’a pas subi de modificationsessentielles,
àpart plusieurs améliorations,
entre autres au
début
duChapitre III,
où, pourplus
declarté, l’exposition
a été
complètement
remaniée. Pour ces retouchesj’ai profité
desprécieux
conseils de MM. Fréchet etDarmois, qui
ont bien vouluassister à ces
conférences,
et de M.Castelnuovo, qui
a luplusieurs
fois le manuscrit et les modifications
successives;
la rédaction dutexte a été revue par mon
collègue
M. V. Carmona et par M. Al.Proca, qui
m’ontsuggéré
un certainnombre
d.’heureuscs variantes de forme.Pour leur aimable aide
j’ai
le devoir de leurexprimer
ici ma sincèrereconnaissance.
Enfin, je
ne veux pas terminer ceslignes
sans renouvelermes remerciements à M. le Directeur et aux membres du Comité de Direction de l’Institut
Henri
Poincaré pour legrand
honneurqu’ils
m’ont fait en m’invitant à donner ces conférences à Paris.
Trieste, le 19 décembre iQ36, XV.
(1 ) Voir page 66; les nombres en chiffres gras renvoient toujours à cette liste ( chiffres romains pour les mémoires d’autres Auteurs; chiffres arabes pour ceux de
l’auteur, rangés par ordre chronologique général ).
(2) Leurs titres étaient ceux des six chapitres, à l’exclusion du Chapitre V.
INTRODUCTION.
Henri
Poincaré,
le savant Immortelauquel
cet Institut estdédié,
etqui
a vivifié avec ses idéesgéniales
tant de branches desmathématiques,
est sans doute aussi le penseur
qui
a attribué à la théorie desprobabi-
lités le domaine
d’application
leplus
vaste et un rôle tout à fait essentiel dans laphilosophie scientifique.
« Les faitsprévus, dit-il,
nepeuvent
, être que
probables.
Si solidement assise quepuisse
nousparaître
une
prévision,
nous ne sommesjamais
absolument sûrs quel’expé-
rience ne la démentira pas ». Le calcul des
probabilités
repose sur« un instinct
obscur,
dont nous ne pouvons nous passer; sans lui la Science seraitimpossible,
sans lui nous nepourrions
ni découvrirune
loi,
nil’appliquer
». « A ce compte, toutes les sciences ne seraientque des
applications
inconscientes du calcul desprobabilités;
con-damner ce
calcul,
ce serait condamner la Science tout entière »( ~ ).
Ainsi,
lesquestions
deprincipe
relatives à lasignification
et àla
valeur de la
probabilité,
cessent d’être isolées dans une branche,
particulière
desmathématiques,
etacquièrent l’importance
de pro- blèmes fondamentaux dupoint
de vuegnoséologique.
De
pareilles questions
admettent évidemment autant deréponses
différentes
qu’il y
a d’attitudesphilosophiques possibles;
en donnerune, ne
signifie
pas direquelque
chosequi puisse
convaincre et satisfairetout le
monde,
mais la connaissance d’unpoint
de vue donnépeut
néanmoins être intéressante et utile même à ceuxqui
ne sauraient lepartager. Le point
de vue quej’ai
l’honneurd’exposer
icipeut
être considéré comme la solution extrême ducôté.du subjectivisme ;
le lienunissant les diverses recherches que
je
me propose de résumer est constitué en effet par leprincipal
but communqu’elles poursuivent,
à côté d’autres
objectifs plus
immédiats etplus
concrets; ce but estcelui de ramener dans le cadre de la
conception subjective
etd’expliquer
même les
questions qui
semblent ladémentir,
etqui
sont courammentinvoquées
contre elle. Lapremière
conférence aura pourobjet
de montrer(1) [XXVIII], p. 213) 216, 2I,.
4
comment les lois
logiques
de la théorie desprobabilités
peuvent êtrerigoureusement
établies en seplaçant
aupoint
de vuesubjectif;
dansles autres on verra comment, tout en refusant d’admettre l’existence d’une
signification
et d’une valeurobjective,
onpeut
se rendre compte des raisons, elles-mêmessubjectives,
pourlesquelles
dans une foule deproblèmes
lesjugements subjectifs
de divers individus normaux nediflèrent pas essentiellement les uns des autres, ou même coincident
exactement. Les cas
les plus simples
ferontl’objet
de la deuxième con-férence ;
les conférences suivantes seront consacrées à laquestion
laplus
délicate de cetteétude,
savoir àl’explication subjective
del’usage
que nous faisons dans nos
prévisions
futures des résultats de l’observa-tion,
del’expérience
dupassé.
Ce
point
de vue n’estqu’un
despoints
de vuepossibles,
maisje
ne serais pas tout à fait sincère sije n’ajoutais qu’il
est le seulqui
ne soit pas en conflit avec lesexigences logiques
de monesprit.
Sije
ne veux pas en conclurequ’il
est «juste )).
c’est queje
sais bien que, aussiparadoxal
que celapuisse paraître,
rien n’estplus subjectif
etpersonnel
que cet « instinct de cequi
estlogique »
chez les divers.
mathématiciens, lorsqu’il s’agit
del’appliquer
à desquestions
deprincipe.
’
CHAPITRE I.
LA LOGIQUE DU PROBABLE.
Considérons la notion de
probabilité
tellequelle
est conçue par noustous dans la vie
quotidienne.
Considérons un événement biendéterminé,
et supposons que nous ne sachions pas à l’avance s’il se
produira
ou non ;le doute dans
lequel
nous sommes ausujet
de sonapparition
est suscep- tible d’unecomparaison,
et, parconséquent,
d’unegraduation.
Si l’onadmet
uniquement :
i 10qu’un
événement incertain nepeut
nousparaître
que :
(a)
aussiprobable, (b) plus probable
et(c)
moinsprobable qu’un
autre; 20
qu’un
événement incertain nous sembletoujours plus probable qu’un
événementimpossible
et moinsprobable qu’un
événementcertain ;
et
qu’enfin,
3° un événement E’ nepeut qu’apparaître plus probable
qu’un
autreE’!, lorsqu’on juge
E’plus probable qu’un
troisième E estimé .lui-lnêmeplus probable
que E"(propriété transitive),
il suffirad’ajouter
à ces trois axiomes évidemmentbanals,
unquatrième,
lui-mêmede nature purement
qualitative, pour pouvoir
construirerigoureu-
sement toute la théorie des
probabilités.
Cequatrième
axiome nous ditque les
inégalités
se conservent dans la sommelogique :
si E estun événement
incompatible
avecE1
et avecE~,
alors seraplus
ou
moins,
ouégalement probable
que selon queE1
estplus
oumoins,
ouégalement probable
queE2; plus généralement,
on en déduitalors
(1 )
que deuxinégalités,
commeEi est plus probable que E2, E’, est plus
probable
que E;~,peuvent
êtreajoutées
en donnantE1 + E’, est plus probable que E2 + E’2,
pourvu que les événements à
ajouter
soientincompatibles
entre eux(E,
avecE~, E2
avecE~).
Onpeut
alors démontrer que,lorsqu’il s’agit
d’événements pourlesquels
on connaît une subdivision en caspossibles
que nousjugeons également probables,
lacomparaison
entre leurs
probabilités
peut être ramenée à lacomparaison
purementarithmétique
desrapports
entre les nombres des cas favorables et descas
possibles (non
pas que lejugement
ait alors une valeurobjective,
mais parce que tout ce
qu’il
y a de substantiel et donc desubjectif,
estdéjà
inclus dans lejugement
que les cas constituant la subdivision sontégalement probables).
Ce rapport peut être alors choisi comme indiceapproprié
pour mesurer uneprobabilité,
etappliqué
engénéral,
mêmeen dehors des cas où l’on
peut
effectivementemployer
le critèrequi
nous y conduit. Dans les autres cas, on pourra évaluer cet indice par
comparaison :
ce sera en fait unnombre, univoquement déterminé,
telqu’à
des valeursplus grandes
ouplus petites
que celle de ce nombrelui-même, correspondront
des événementsrespectivement plus probables
ou moins
probables
que l’événement considéré. On arriveainsi,
tout enpartant
d’unsystème
d’axiomes purementqualitatifs,
à une mesurequantitative
de laprobabilité,
et ensuite au théorème desprobabilités totales,
cequi
permet de construire tout le calcul desprobabilités [pour
( 1) ) Voir [34], p. 32 l, note (1).
ce
qui
est desprobabilités subordonnées.
il fautcependant
introduireun
cinquième
axiome voir note(’ ),
p.14].
On peut
cependant
donner aussi une définitionquantitative,
numé-rique,
directe dudegré
deprobabilité
attribué par un individu donné àun événement
déterminé,
de tellefaçon
que toute la théorie desproba-
bilités
puisse
se déduire immédiatement d’une condition très naturelle ayant unesignification
évidente. Ils’agit simplement
depréciser mathématiquement
l’idée banale et évidente que ledegré
deprobabilité
attribué par un individu à un événement donné est révélé par les conditions dans
lesquelles
il seraitdisposé
deparier
sur cet événe-ment
( 1 ).
Leprocédé axiomatique
dont nous venonsd’indiquer plus
haut les
lignes générales présente l’avantage
de permettre uneanalyse plus poussée
etplus
détaillée des conceptsfondamentaux,
departir uniquement
de notionsqualitatives,
d’éliminer la notion de «monnaie », étrangère
à laquestion,
maisqui.est
nécessairepour parler
deparis;
cependant,
une fois démontré que l’on peut écarter la défiance que fait naître le caractère un peutrop
concret etpeut-être
artificiel de la définition fondée sur lesparis,
le secondprocédé
s’avèrepréférable,
surtout pour sa clarté. ,
Supposons qu’un
individu soitobligé
d’évaluer leprix
p pourlequel
il serait
disposé d’échanger
lapossession
d’une sommequelconque
S(positive
ounégative)
subordonnée à l’arrivée d’un événementdonné, E,
avec lapossession
de la sommep S ;
nous dirons par définition que cenombre p
est la mesure dudegré
deprobabilité
attribué par l’individu considéré à l’événementE,
ou,plus simplement,
que p est laprobabi-
lité de E
(selon
l’individuconsidéré;
cetteprécision
pourra d’ailleurs être sous-entendue s’iln’y
a pasd’ambiguïté).
’
Spécifions
deplus
que, dans laterminologie
queje
crois convenable desuivre,
un événement esttoujours
un faitsingulier;
si l’on a à ’considérer
plusieurs épreuves,
nous ne dironsjamais
«épreuves
d’unmême événement », mais «
épreuves
d’un mêmephénomène )),
etchaque
(1) Déjà Bertrand ([ 1 ], p. 2~ ), en partant de cette observation, avait donné quelques exemples de probabilités subjectives, mais uniquement dans le but de leur opposer d’autres « probabilités objectives ». La théorie subjective a été développée d’après le
schéma des paris comme dans cet exposé (Chap. 1 et II) dans mon premier Mémoire
de 1928 sur ce sujet, non publié sous sa forme initiale, mais résumé ou développé partiellement dans [27], [34J, [ 35 ], etc.
«
épreuve »
sera un « événement ». L/essentiel n’est pas,évidemment,
, le choix des termes : il
s’agit
depréciser
que, selon nous, on n’a pas le droit deparler
de la «probabilité
d’un événement » si l’on entend par« événement )) ce que nous
appelons
«phénomène )) ;
on nepeut
le faire que s’ils’agit
d’une (épreuve »
bien déterminée(’ ).
’
Ceci
posé, lorsqu’un
individu a évalué lesprobabilités
de certains événements, deux caspeuvent
seprésenter :
ou bien il estpossible
deparier
avec lui en s’assurant de gagner à coupsûr,
ou bien cettepossibilité
n’existe pas. Dans lepremier
cas on doit dire évidemment que l’évaluation de laprobabilité
donnée par cet individu contient uneincohérence,
une contradictionintrinsèque;
dans l’autre cas, nous dironsque l’individu est cohérent. C’est
précisément
cette condition de cohérencequi
constitue le seulprincipe
d’où l’onpuisse
déduire toutle calcul des
probabilités :
ce calculapparaît
alors comme l’ensembledes
règles auxquelles
l’évaluationsubjective
desprobabilités
de diversévénements par un même individu doive être
assujettie
si l’on ne veutpas
qu’il
y ait entreelles
une contradiction fondamentale.Voyons
comment ondémontre,
par cettevoie,
le théorème desproba-
bilités totales : c’est un résultat
important
par lui-même et aussi pour éclaircir lepoint
de vue suivi. SoientE,, E2,
...,En
des événementsincompatibles
dont un(et
unseul)
doive se vérifier(nous
dirons : uneclasse
complète
d’événementsincompatibles),
et soient p1, p2, ..., pn leursprobabilités
évaluées par un individudonné;
si l’on fixe lesenjeux (positifs
ounégatifs) S~, S~,
...,S,i,
lesgains
dans les n caspossibles
seront les différences entre
l’enjeu
dupari gagné
et la somme des n.
mises
payées
n
Gh .=
Sh-
lpiSi.En considérant les
Sh
commeinconnues,
on a unsystème d’équations
linéaires de déterminant
1- pl ... -pn
-p1 I-p2 ... - pn
=I-(p1+p2+...+pn);
.... .... ... ...
- pi - pa ... I-pn
( 1 ) Ce même point de vue a. été soutenu par von Kries [XIX] ; voir [65], [70], et
pour le point de vue contraire [XXV]. ’
si ce déterminant n’est pas
nul,
on peut fixer leSh
defaçon
que lesGlz
aient des valeursarbitraires,
enparticulier
toutespositives,
contraire- ,ment à la condition de
cohérence;
parconséquent,
la cohérenceoblige
à
imposer
la condition P1 + /?2-~-...-~-~,z
= i Cette condition nécessaire pour réaliser la cohérence est aussisuffisante,
parce que, si elle estsatisfaite,
on aidentiquement (quels que
soient lesenjeux Sh)
h
phGh = o,et les
Gh
ne peuventjamais,
parconséquent,
être touspositifs.
On a ainsi le théorème des
probabilités
totales sous la forme suivante : : dans une classecomplète
d’événementsincompatibles,
la somme desprobabilités
doit êtreégale
à I. La formeplus générale :
laprobabilité
de la somme
logique
de n événementsincompatibles
est la somme deleurs
probabilités,
n’en est que le corollaire immédiat.Cependant,
avons-nousajouté,
la condition est aussisuffisante;
il estutile d’éclaircir
quelque
peu le sens de cetteaffirmation,
car, à travers uncas concret, on pourra faire clairement ressortir la
distinction,
fondamen-tale pour ce
point
de vue, entre lalogique
duprobable
etles jugements
deprobabilité.
En disant que la condition est suffisante, on entend que, une classecomplète
dévouementsincompatibles ..., En
étantdonnée.
. toutes les évaluations de
probabilité qui
attribuent à p1, ~~, ..., ~" des valeursquelconques
nonnégatives
et de sommeégale
à l’unité sont desévaluations admissibles : chacune de ces évaluations
correspond
à uneopinion cohérente,
à uneopinion légitime
ensoi,
etchaque
individuest
libre
d’adopter
celle de cesopinions qu’il préfère,
ou, pour mieuxdire,
celle
qu’il
sent. Le meilleurexemple
est celui d’unchampionnat
où lespectateur
attribue à chacune deséquipes
uneprobabilité
de vaincreplus
ou moinsgrande d’après
son proprejugement;
la théorie ne peut repousser àpriori
aucun de cesjugements,
sauf si la somme desproba-
bilités attribuées à
chaque équipe
n’est paségale à l’unité. Get
arbitraireque
quiconque
admettrait dans le cascité,
existemême, d’après
la con-ception
que nous avons soutenue, dans tous les autresdomaines,
ycompris
ceux, déterminésplus
ou moins vaguement, danslesquels
lesdiverses
conceptions objectives
affirment leur validité.A cause de cet
arbitraire, l’objet
du calcul desprobabilités
n’est doncplus
une seule fonctionP(E)
des événementsE,
c’est-à-dire leurproba-
bilité considérée comme
quelque
chosed’objectivement déterminé,
maisI’ensemble de toutes les fonctions
P(E) correspondant
à desopinions
admissibles. Et
lorsqu’on
demande de calcule~° laprobabilité P(E)
d’un événement
E,
l’énoncé duproblème
esttoujours
àpréciser
en cesens : calculer la valeur
qu’on
estobligé
d’attribuer à l’événementE,
sil’on veut rester dans le domaine de la
cohérence, après
avoir évalué d’unefaçon
déterminée lesprobabilités
des événements constituant unecertaine classe &.
Mathématiquement,
on suppose la fonction P connue sur l’ensemble~,
et l’on demandequelle
est la valeurunique,
ouquelles
sont les valeurs que l’on
peut
attribuer àP(E)
sans que ceprolonge-
ment de P fasse
apparaître
uneincohérence.
Il est intéressant de poser en
général
laquestion
suivante :quels
sont lesévénements E pour
lesquels
laprobabilité
est déterminée par la connais-sance des
probabilités
attribuées aux événements d’une certaine classe & ? On est amené ainsi à introduire la notion(que je
croisnouvelle)
« d’événements linéairement
indépendants
o[26].
SoientE1’ E?,
... ,En
les événements de
~; parmi
ces névénements,
certains pourront se pro-duire,
d’autres non ; les sous-classes d’une classe de n éléments étant aunombre de 21l
(la
classe totale et la classe videincluses ),
il y aura, auplus,
2n caspossibles C1, Co,
...,Cs(s ~ 2n) qu’on appelle, d’après Boole,
les «constituants ». («
auplus »,
car un certain nombre de com-binaisons
pourraient
s’avérerimpossibles) (’). Formellement,
lesCh
sontles événements
qu’on
obtient àpartir
duproduit logique E,. E2.... , En
en y
remplaçant
un groupequelconque
desEi
par les événements con-traires
(négations) rv Ei (ou,
avec une notationabrégée, Ei).
Les cons-tituants forment une classe
complète
d’événementsincompatibles; les Ei
sont des sommes de
constituants,
et les événementsqui
sont sommesde constituants sont les seuls événements
logiquement dépendants
desEn
c’est-à-dire telsqu’on
peuttoujours
dire s’ils sont vrais ou fauxlorsque
l’onsait,
pourchaque
événementE1,
...,En,
s’il est t vraiou faux.
Donner la
probabilité
d’un événement Esignifie
donner la somme(’ ) Ces notions se trouvent appliquées au calcul des probabilités dans Medolaghi [XXIV].
des
probabilités
de ses constituantsc;, + ci2 + ... + c~h = p; ; ;
les
probabilités
deE,,
...,En
étantfixées,
on a néquations
de cetype,
lesquelles forment,
avecInéquation
c, -I~ cz-~-...-~- cs= i, unsystème de n +
iéquations
linéaires entre lesprobabilités
ch des constituants.On voit que, E étant un événement
logiquement dépendant
deE1 , ...,E,,,
donc une somme de constituants E =
Ch1
+ + ... +Chk,
saprobabilité,
p = Ca1-f- ch2 +...+chk
est
univoquement
déterminéelorsque
cetteéquation
est linéairementdépendante
dusystème précédent;
ce fait,observons-le,
nedépend
pas de la fonction
P,
mais seulement de la classe & et de l’évé-nement E et peut donc être
exprimé
en disant que E est linéairementdépendant
de&,
ou - cequi
revient au même si les & sont linéaire-ment
indépendants -
queE1, Ea,
...,En,
E sont reliés linéairemententre eux. ’
La notion de «
dépendance
linéaire » ainsi définie pour des événementsest
parfaitement analogue
à la notiongéométrique
bien connue, etjouit
des mêmes
propriétés;
au lieu de démontrer directement cefait.
onpeut le rendre tout de suite évident en introduisant une
représentation géométrique qui
faitcorrespondre
àchaque
événement unpoint,
et, à lanotion de «
dépendance
linéaire »logique,
la notion dedépendance
linéaire
géométrique.
Ils’agit
de lareprésentation
suivante : les consti-tuants
Ch
sontreprésentés
par les sommetsAh
d’unsimplexe
dansl’espace à (s-1 ) dimensions,
l’événement somme de k constituantspar le
centrede
gravité
des k sommetscorrespondants affecté
d’une massek,
et doncl’événement certain
( somme
de tous les sconstituants )
par le centre 0 dusimplexe,
affecté d’une masse s.Cette
représentation géométrique
permet de caractériser d’unefaçon
qui
faitimage
l’ensemble de toutes les évaluations deprobabilité
pos- sibles. On a vuqu’une
fonction deprobabilité P (E)
estcomplètement
déterminée .
lorsqu’on
en donne les valeurs relatives aux consti- tuants, C1 = P(C1),
C2 = P(C2),
... , cs = P( Cs) ,
valeursqui
doiventêtre non
négatives
et de sommeégale
à l’unité. Considérons maintenant la fonctionlinéaire f qui prend,
sur les sommetsAh,
les valeurs aupoint A,
centre degravité
deAh1, Ah2,
...,Ahk’
elleprendra
évidem-ment la valeur
f(A) = k
+ ch2 + ... +c,zk),
tandis que laProbabi,
lité
P (E)
de l’événementE,
sommelogique
des constituantsChi’
Ch2’
..., sera ch1 + ch2 + cilk. On adonc,
engénéral, P ( E) =
k. f (A)
:la
probabilité
d’un événement E est la valeurde f
dans sonpoint repré-
sentatif A
multipliée
par la massek, produit
que l’on peut définircomme valeur
de/’pour
lepoint
Adoué
d’une massek,
en écrivantP(E) = f (k.A).
Le centre 0correspondant
à l’événementcertain,
on a en
particulier I = f (s . 0 ) --- s . j~( 0 ),
c’es t-à-diref ( 0 )
=s .
On voit ainsi tout de suite que les lois de
probabilité possibles
corres-pondent
à toutes les fonctions linéaires del’espace, qui
sont nonnéga-
tives sur le
simplexe
et ont lavaleur s
àl’origine;
une telle fonctionf
étant caractérisée par
l’hyperplan f =
o, les lois deprobabilité
corres-pondent biunivoquement
auxhyperplans qui
ne coupent pas lesimplexe.
On
peut
noter que laprobabilité P ( E) = f ( k . A )
est le moment dupoint
doué de masse kA( distance
Xmasse)
par rapport àl’hyperplan f = o (en prenant
comme unité le moment desO); si,
enparticulier,
les s constituants sont
également probables, l’hyperplan
va à l’infini.En donnant la valeur
qu’elle prend
sur un certain groupe depoints,
une fonction linéaire
f .
est définie pour tous lespoints
linéairementdépendants,
mais elle reste indéterminée pour lespoints
linéairementindépendants :
lerapprochement
avec la définition donnée des événe-ments linéairement
dépendants
montre doncbien,
comme nous l’avionsannoncé,
quedépendance
etindépendance
linéaire des événementssignifie dépendance
etindépendance
despoints correspondants
dans lareprésentation géométrique
donnée. On peut endéduire.
d’unefaçon plus
intuitive que par la voiedirecte,
les deux critères suivantsqui
carac-térisent la
dépendance
linéaire des événements. Dans lesystème
decoordonnées
barycentriques
oùxJ = o (z ~ j ) représente
lepoint Ai,
les coordonnées du centre degravité
deAh1, A,z2,
... ,Ahk
affecté d’une masse k seront
E/1, = xh2 ... = I, = p
(j
~ h1, h2, ..., hk);les sornmes de constituants peuvent être
représentées
ainsi par unsym-
bole de s
chiffres,
1 ou o( par exemple
la sommeC
+C3
par1 o i oo ... o).
Des événements sont linéairement
dépendants lorsque
la matrice descoordonnées de leurs
points représentatifs
et du centre 0 estnulle,
leslignes
de cette matrice étant lessymboles précédents
relatifs auxévénements
considérés,
et, - pour la dernièreligne qui
est exclusi-vement constituée par des i, - à l’événement certain. L’autre condition dit que des événements sont linéairement
dépendants lorsque
l’onpeut
attribuer à chacun d’eux uncoefficient,
de tellefaçon
que, danstous les cas
possibles,
la somme des coefficients des événements vérifiés aittoujours
la même valeur.Si,
eneffet,
lespoints correspondants
auxévénements donnés et le
point
0 sont linéairementdépendants,
il estpossible d’exprimer
0 linéairement au moyen des autres, et celasignifie qu’il
existe une combinaison deparis
sur ces événementséquivalente
àun
pari
sur un événementcertain,
commel’exprime
la condition énoncée.Une évaluation de
probabilité
peut êtrereprésentée
non seulementpar
l’hyperplan f
= o mais aussi par unpoint
non extérieur ausimplexe, conjugué
àl’hyperplan (’ ),
et défini comme le centre degravité
des ssommets affectés de masses
proportionnelles
auxprobabilités
des évé-nements
(constituants) qu’ils représentent.
Cettereprésentation
estutile parce que le
simplexe
donne ainsi uneimage
intuitive del’espace
des lois de
probabilité,
et surtout parce que les relations linéaires sont conservées. Les OOJ’-I évaluations deprobabilité
admissiblespeuvent
en effet être combinées linéairement : siP 1, P 2,
... ;Pm
sont des fonctions deprobabilité,
P =03A303BBi Pi (03BBi ~
o. i),i -t )
l’estaussi,
etlepoint représen-
tatif de P est donné par la même
relation,
c’est-à-dire il est le centre degravité
despoints représentatifs
deP~,
...,Pm
avec les massesÀ1,
..., les évaluations deprobabilité
admissibles constituentdonc,
comme les
points
non extérieurs ausimplexe,
un ensemble convexe clos.Cette
simple
remarquepermet
decompléter
tout de suite nosrésultats,
en
précisant
l’indétermination dont reste affectée la valeur de laproba-
bilité d’un événement linéairement
indépendant
de certains autres,après
(1 j Dans la polarité
f x
= o (coordonnées barycentriques). Il est commode ici, ayant à employer des notions métriques, de considérer le simplexe comme équila-téral. On peut préciser alors qu’il s’agit de la polarité par rapport à l’hypersphère ima- ginaire = o, et qu’elle fait correspondre à un point A quelconque l’hyperplan ortho- gonal à la droite AO et passant par le point A’ correspondant à A dans une inversion
de centre O. Avec la notation vectorielle, l’hyperplan est le lieu des points Q tels que le produit intérieur ( A - O ) x ( Q -- 0 ) donne -- R~, avec R =
ç ~ t
= longueur de2s
chaque arête du simplexe.
que la probabilité
de ceux-ci a été fixée. Il suffit de noter que, en fixant la valeur de laprobabilité
de certainsévénements,
onimpose
des condi-tions linéaires à la fonction
P;
les fonctions P encore admissibles cons-tituent
donc,
ellesaussi,
un ensemble convexe clos. D’où l’on tire immé- diatement la conclusionimportante
que,lorsque
laprobabilité /7
d’unévénement E n’est pas
univoquement
déterminée par lesdonnées,
lesvaleurs admissibles sont tous les nombres d’un intervalle clos
~°.
Si E’ et E" sont
respectivement
la somme de tous les constituants con- tenus dans E oucompatibles
avecE, p’
sera laplus petite
valeur admis- sible pour laprobabilité
deE’, et pli
laplus grande
pour E".Lorsque
les événements considérés sont en nombreinfini,
notre défi-nition n’introduit aucune difficulté nouvelle : P est une fonction de pro- babilité pour la classe infinie dévouements &
lorsqu’elle
l’est pour toute sous-classe finie de &. Cette conclusionimplique
que le théorème desprobabilités
totales ne peut être étendu au cas d’uneinfinité,
mêmedénombrable,
d’événements(’ ) ;
une discussion sur cesujet
nous entraî-nerait
trop
loin.Nous devons encore nous occuper de la définition des
probabilités
subordonnées et de la démonstration du théorème des
probabilités
com-posées.
Soient deux événements E’ et,E";
nous pouvonsparier
sur E’et subordonner ce
pari
à E" : si E" ne se vérifie pas, lepari
seraannulé;
si E" se
vérifie.
il seragagné
ouperdu
selon que E’ sera ou ne sera pas vérifié. On peut considérer alors les « événements subordonnés »(ou
« tri-événements »
), qui
sont des événements d’unelogique
à troisvaleurs;
ce. « triévénement » « E’ subordonné à
E" », 5,/
est l’entitélogique capable
des trois valeurs :
vrai,
si E" et E’ sontvrais ; f aux,
si E" es t vrai et E’faux ; nul,
si E" est faux. On voit que deux triévénemcntsE’1 E"1
etE’2 E"2
sontégaux
SI
.
El! 1 == E" 2
etE’
on diraque E’ E" est
écrit sous la forme nor-male si
E",
et l’on voit que touttriévénement E’ E" peut
être écritd’une seule
façon
sous la forme normalequi
est . Onpeut
établir pour les triévénements unelogique
à trois valeursparfaitement
ana-(1) Voir [16J, [24], [X], [28], [XI], [64].