ENSILAGES
«GNOTOXÉNIQUES » ( 1 ) DE FOURRAGES
II. — CATABOLISME DES GLUCIDES ET MÉTABOLISME FERMÉNTAIRÉ DANS DES ENSILAGES «
GNOTOXÉNIQUES
» DE LUZERNE,FÉTUQUE
ET RAY-GRASS
J. BOUSSET Nathalie BOUSSET-FATIANOFF Ph. GOUET, M. CONTREPOIS
Annie BARDE Nadine MOUHOUS-RIOU Marie-France DORBE
Laboratoire de Microbiologie,
Centre de Recherches de Clermont-Ferrand, I. N. R. A.
63 - Saint-Genès-Champanelle
RÉSUMÉ
Pour dissocier les rôles respectifs des enzymes végétales et bactériennes dans la conservation des fourrages par ensilage, nous avons recouru à la stérilisation des fourrages par irradiation gamma (2 Mrad) suivie d’une inoculation de ces fourrages par différentes souches isolées d’ensi- lages « holoxéniques » : Lactobacillus Plantarum, Lactobacillus byevis, « branching » Lactobacillus, Streptococcus faecalis, Pediocoecus sp. Enterobacter sp., Clostridium tyrobutyricum et Clostridium
protéolytique. On a pu montrer que le rôle des bactéries hétérofermentaires (Lactobacillus brevis),
de la microflore Gram
négative
(Enteyobacter sp.) ou anaérobie sporulée (C. tyyobutyricum etC. butyricum) dans les
pertes
de matière sèche sous forme gazeuse est nettement plus importantque celui de la respiration du végétal. Les fructosanes des graminées sont hydrolysés par les enzymes végétales dont le pH optimum d’action doit être voisin de la neutralité. L’utilisation des glucides solubles n’est jamais totale et son intensité dépend de la souche bactérienne inoculée.
L’utilisation maximum est atteinte par Enterobacter sp. et L. brevis alors que L. plantarum (homo- fermentaire) est limité dans son développement par l’acide lactique qu’il produit. Le « branching » Lactobacillus et Pediococcus sp. apparaissent très intéressants car ils entraînent un abaissement du pH voisin de celui de L. plantarum pour une consommation plus faible de glucides solubles.
Les glucides des membranes semblent
dégradés
à la fois par les enzymes végétales et les enzymes bactériennes mais l’hydrolyse est toujours limitée. La composition centésimale des glucides des parois est peu affectée.Dans les témoins « holoxéniques » on assiste à une très forte augmentation du pouvoir tampon qui limite l’abaissement du pH et permet en fin de conservation le développement des Clostvidium entraînant une forte
production
d’acide butyrique. Dans les ensilages inoculés avec des souches pures (mono - ou a polygnotoxéniques H) le pH est toujours le plus faible dans le Ray-Grass et le plus élevé dans laFétuque ;
il ne semble pas étroitement lié à la quantité d’acide lactique produit.Le méthanol et surtout l’éthanol sont toujours présents dans les ensilages et peuvent atteindre
des valeurs élevées (2,4p. 100 sec dans les témoins « holoxéniques ») ; parmi les souches étudiées L. brevis et Enterobacter sp. sont les deux principaux responsables de leur production.
( 1
) La terminologie employée dans ce texte est celle proposée par RAIBAUDet al. (1966).
La solubilisation importante de l’azote est essentiellement due aux protéases végétales : la glycolyse dépend des actions enzymatiques conjuguées du végétal et des bactéries.
On établit pour chaque souche dans les trois fourrages les bilans de transformation du car-
bone des glucides solubles en carbone des métabolites fermentaires (acide lactique, acides gras volatils, alcools). Le rapport des poids de carbone est nettement supérieur à l’unité pour l’ensem-
ble des métabolites et même pour l’acide lactique seul dans le cas de L. Plantarum, Str.
faecalis, Pdiococcus sp. Les glucides solubles ne constituent donc pas l’unique source de
carbone des bactéries.
INTRODUCTION
Les recherches
ayant pour
but de dissocier les actionsenzymatiques végétales
des actions
enzymatiques
bactériennesqui
se manifestent au cours de la conservation desfourrages
parensilage
ontmontré
le rôle essentiel desprotéases végétales
dansla solubilisation de l’azote
protéique (M ABITT ,
i95i ;GoUET, FATiArro!!, ig6q. ; Gou>;T,
FATIANOFF etBouSSET, 1970 )-
Par contre, aucune étude n’a étéentreprise
pour confirmer in situ les résultats obtenus in vitro par
D EWAR ,
Me DONALDet WHIT-TË NBUR
Y
( 19 6 3 )
révélant une action des hémicellulasesvégétales
aboutissant à unelibération de
pentoses ;
on remarquepourtant fréquemment
que la concentrationen acides
lactique
etacétique
desensilages
estsupérieure
à celle que devrait per- mettre la seule fermentation de la totalité desglucides
solubles de laplante
verte.Ce
phénomène
est encoreplus
accusé si l’on tientcompte
de cequ’une partie
desglucides
estperdue
sous forme de gazcarbonique.
Il est doncprobable
que la mi-croflore
dispose dans l’ensilage
d’une sourceénergétique
autre que celleprovenant
des
glucides
solubles initialementprésents
dans laplante.
Cette étude se propose
d’analyser,
dans desensilages
«axéniques
u et «gnoto- xéniques
», le rôle des enzymesvégétales
et dequelques espèces
bactériennes vis-à-vis du catabolisme des fractionsglucidiques,
le taux de transformation de cesglucides
en acides et en alcools ainsi que les
pertes
de gazqui
en résultent.MATÉRIEL
ETMETHODES
Matériel
Une luzerne (variété Flamande), une Fétuque des prés et un Ray Grass d’Italie (variété Rina)
de première coupe sont ensilés dans des bocaux de 0,71 (400 g). Pour chaque fourrage, un bocal
sert de témoin «
holoxénique
» et le contenu des autres est stérilisé par irradiation gamma (2 Mrad)sitôt après remplissage. A l’exception des témoins « axéniques », on inocule dans chacun des bocaux stérilisés, soit une souche pure (ensilages « monoxéniques ») soit un mélange de ces souches (ensi- lages « polygnotoxéniques i>. La préparation des ensilages, le choix des souches bactériennes, et les méthodes de dénombrement sont décrits par GOUET et al. (1971). Les bocaux sont ouverts
après IOOjours de conservation à 220C et leur contenu échantillonné en vue des analyses.
Dans le but de déterminer les effets possibles de l’irradiation sur les constituants glucidiques,
des échantillons de
chaque
fourrage sont soumis à trois doses d’irradiation : l, 2 et 3 Mrad, puis congelés (― 20°C) et lyophilisés.A l’exception des fractions glucidiques, dosées sur les fourrages lyophilisés et broyés, toutes les analyses sont effectuées sur le produit frais (conservé à - 2ooC).
. Techniques analytiques
- Matière sèche (MS) : dessiccation à 7ooC et correction pour les pertes de composés volatils (F
ATIANOFFet GOUET, I969).
Les mesures du pH et du pouvoir tampon, les dosages d’acides gras volatils et d’alcools sont faits à partir d’une macération aqueuse au 1/10du fourrage frais. Cette macération est placée
une nuit au réfrigérateur à 4°C et filtrée.
- pH : mesuré au pH-mètre.
- Pouvoir tampon : deux courbes de titration sont réalisées à l’aide d’un appareil auto- matique, l’une avec de la soude 0,05 N et l’autre avec de l’acide lactique 0,01N. Le pouvoir tampon est calculé à partir de ces courbes en sommant le nombre de milliéquivalents d’acide et de base utilisés pour amener le pH de sa valeur initiale à 4 et à 6.
- Acide lactique : selon la méthode de BARNETT (1954).
- Acides gras volatils : purification de l’extrait par double distillation de FRIEDMANN (r938) puis dosage par chromatographie gaz-liquide selon la méthode de James et Martin modifiée
par ZELTER et LEROY (1958)
- Alcools : distillation à l’aide d’un
appareil
microkjeldahl de l’extrait alcalinisé par de la soude pour bloquer les acides gras volatils,puis
dosage par chromatographie en phase gazeuse.La colonne en acier inoxydable de I m de long et 3 mm de diamètre intérieur est remplie avec du Porapak T 80-100 mesh imprégné avec 5 p. Ioo de FFAP. Le gaz porteur est de l’azote U. La
chromatographie est réalisée en isotherme à I4o!C. La détection se fait par ionisation de flamme.
- Azote non protéique : azote non précipitable par l’acide trichloracétique à 5 p. zoo en concentration finale, dosé par microkjeldhal.
- Azote ammoniacal : selon la méthode de CONWAY
( I95 6).
- Glucides solubles totaux : extraits par épuisement par l’eau froide du fourrage homogé-
néisé à l’aide d’un Turmix et dosés selon les méthodes de SoMOGYI (Iggz) et NELSON (I944).
- Fractions glucidiques :
- les glucides alcoolosolubles et hydrosolubles sont extraits successivement par l’alcool à 95 p. Ioo à ébullition, puis par l’eau à 400C et dosés après hydrolyse
(S04H $ 0 , 02 N)
selonla méthode d’HAGEDORN et JENSEN (1923) ; 1
- les glucides des parois sont isolés par extraction des produits solubles par le lauryl sul-
fate de sodium, pH 7, puis fractionnés en hémicelluloses, cellulose et lignine ( JARRIGE, I9
6 I
). Les acides uroniques des parois sont dosés par acidimétrie (GAILLARD, 1966) ;
- les oses des différentes fractions sont déterminés par chromatographie en phase gazeuse
(BoussET, 1970).
- Pertes de matière sèche sous forme de gaz : déterminées par pesée des bocaux lors de leur remplissage et après 100 jours de conservation.
RÉSULTATS
ET DISCUSSIONDénombrement bactérien
Les
espèces inoculées
se sont toutesmultipliées dans
lesensilages
àl’exception
du
Clost y idium protéolytique,
de sorte que les résultats obtenus pour cetteespèce
sont à
rapprocher
de ceux du témoin «axénique (GoDET
etal., 1971 ).
Modification de la fraction glucidique
soluble au cours de lastérilisation des
fourrages (fig. i)
Des différences
parfois importantes
ont été observées dans la teneur et(ou)
la
composition
englucides
solubles desfourrages
avant etaprès
stérilisation à 2Mrad ;
nous avons voulu contrôler
l’apparition
de ces écarts en utilisant trois doses d’irra- diation pourchaque fourrage.
Nouspréciserons
que dans lepremier
cas( 2 Mrad),
les
analyses
ont été effectuées àpartir
du contenu de bocaux de 0,7 1 et que dans lesecond,
un seul bocal parfourrage
a été soumis à unsous-échantillonnage puis
irradiéaux doses de i, 2et 3 Mrad. Les résultats montrent une
légère
diminution desglucides
alcoolo-et
hydrosolubles (fig. i), principalement
pour la Luzerne et laFétuque,
ycompris
entre les deux échantillons(IS
et2 )
soumis à la même dose de 2 Mrad. Ces écarts doivent êtreprobablement
attribués aux erreursd’échantillonnage
liées àl’hétérogénéité
desfourrages,
enparticulier
de la Luzerne. Eneffet,
les résultats obtenus pour chacun desfourrages
soumis à trois doses d’irradiationaprès
sous-échan-tillonnage
sontbeaucoup plus homogènes ; cependant,
la fidélité relative des méthodesd’analyse
utilisées est certainement aussi en cause.Dans l’ensemble on observe que les remaniements
pendant
l’irradiation seproduisent
endeçà
de la dose de iMrad,
et ne s’accentuent pas entre i et 3 Mrad.Ils sont d’ailleurs
négligeables
dans le cas de la Luzerne irradiée à 2 Mrad où l’onpeut
noter seulement une tendance àl’augmentation
de sa très faible concentrationen
glucides hydrosolubles.
La diminution de la fractionhydrosoluble
est presque totalementcompensée
parl’augmentation
de la fraction alcoolosoluble dans le casdu
Ray-Grass ;
elle l’est enpartie
seulement pour laFétuque
et ceci entraîne uneréduction notable de la concentration en
glucides
solubles totaux.Il n’est
cependant
paspossible,
au vu de cesrésultats,
d’affirmerqu’il s’agit
biend’un effet propre de l’irradiation gamma. Ce traitement nécessite un
séjour
de i h 30 par Mrad dans l’irradiateur et entraîne un réchauffement dufourrage.
Dans cesconditions on ne
peut
donc pas exclure l’existence d’une activitéenzymatique
végétale.
Évolution
desfractions
alcoolosoluble ethydrosoluble
desfourrages
La fraction
glucidique hydrosoluble
desgraminées
est constituée de fructo-sanes. Ceux-ci sont
hydrolysés
par les enzymesvégétales puisqu’ils disparaissent
enquasi-totalité
dans les témoins «axéniques
» et aussi dans lesensilages
inoculés avecStr.
faecalis
dont lespH
sont élevés(tabl. i).
Parcontre, lorsque
lepH
baisse par suite de l’acidificationlactique,
l’activité des enzymes est d’autantplus
limitée que l’acidification estrapide
etimportante. Ainsi,
desglucides hydrosolubles
restentdans la
Fétuque
inoculée avec L.!lantarum ( 3 , 20
p. 100 de la MS ―pH 4 , 3 )
etle
Ray-Grass
inoculé avec L. brevis( 2 ,6 1
p. 100de la MS ―pH 4 , 5 )
et L.!lantarum (4,41
p. 100 de la MS ―pH 4,i). Lorsque
lesglucides
solubles sont peu ou pas méta- bolisés(témoin « axénique
» etStr. faecalis)
cettehydrolyse
contribue à l’accroissement de la fractionalcoolosoluble,
dont la concentration devient sensiblementégale
à celledes
glucides
solubles totaux dufourrage
vert. Mais nous avonsdéjà
observé(BoussEn, 19
6 7
)
que laprésence
depentoses
modifie alors sacomposition.
Les concentrations en
glucides
solubles totauxprésents
dans lesfourrages
ini-tiaux,
sont assez élevées pour la Luzerne(8, 4 6
p. 100 de laMS)
et laFétuque (
14 ,
42
p. 100 de laM.S.)
et trèsimportantes
dans leRay-Grass ( 25 , 79
p. 100 de laMS) (tabl. i).
Dans la Luzerne leur tauxaugmente
lors de l’irradiation(+
16 p.100 )
et durant la conservation de
l’ensilage
«axénique » (-!- 42
p.100 ) ;
dans laFétuque
et le
Ray
Grass il diminue lors de l’irradiation(respectivement
- 20 p. 100 et-
8 p. 100 ), puis augmente pendant
la conservation dufourrage
«axénique
»(respectivement +
4,37 p. 100et + 6 p.100 ).
I,’utilisation
desglucides
solubles initiaux ou apparus n’estjamais
totale(tabl..i).
Dans les témoins «
holoxéniques
» elle atteint au maximum 77 p. 100(Luzerne),
et, bien que les concentrations en
glucides
au début soientimportantes
pour les troisfourrages,
lesensilages
de Luzerne et deFétuque
ne se sont pas stabilisés(pH
res-pectifs : 6, 3
et6, 1 ).
Dans leRay-Grass,
où lesglucides
solubles utilisésatteignent 1
6, 2
6
p. 100 de laMS,
l’abaissement dupH ( 4 ,8)
est notable mais encore insuffisant pour inhiber ledéveloppement
des Clostridium(acide butyrique :
3,49 p. 100 de laMS).
La fermentation des
glucides
solubles par les différentes souches est très variable.L.
!lantarum, espèce homofermentaire,
les utilisejusqu’au pH
très bas de3 ,8
dansle
Ray-Grass,
alorsqu’il
semble être limitéplus rapidement (pH 4 , 1 )
dans la Luzerne.Dans la
Fétuque,
son activitéparaît plus complexe :
utilisation de 49 p. 100 desglucides
solubles initiaux pour unpH
de 4,3 etproduction
nonnégligeable
d’acideacétique ( 1 , 21
p. 100 de laMS).
Ce dernier fait n’est pasclassique
pour un homo- fermentaire mais adéjà
été noté par HUx2Ar!N et PENSACK( 19 6 3 ).
L. brevis et Enterobacter sp. sont les souchesqui
utilisent leplus
deglucides ;
l’action d’Entero-bacter sp. semble limitée par d’autres facteurs que le
pH
car pour despH
finaux trèsvoisins,
laquantité
deglucides
utilisée est d’autantplus
faible que celle dufourrage
initial est élevée. Les
comportements
de «branching
» Lactobacillus et Pediococcus sp.sont voisins et leur efficacité fermentaire semble
indépendante
de la nature du four-rage : 8 à 9 p. 100 de la M.S. des
glucides
utilisés pour les troisespèces. Néanmoins,
il
apparaît
que leur activité fermentaire se trouve limitée dans laFétuque puisqu’il
subsiste des
quantités
relativementimportantes
deglucides
alors que lepH
de ce«
fourrage
n’est abaisséqu’à
4,4(contre
4,2 et3 ,8 respectivement
pour la luzerne et leRay-Grass).
Str.faecalis
ne métabolise que très peu deglucides
et il ne semblepas que cette souche
puisse
abaisser lepH
au-dessous de4 ,6.
C.ty y obutyricum
sedéveloppe
enproduisant
desquantités
élevées d’acidebutyrique
directement àpartir
desglucides
solubles etpeut
doncs’implanter
en l’absence d’acidelactique
dans les milieux peu acides où il subsiste des
glucides
solubles. La souche de C.buty-
ricum
employée
catabolise 3,2g p. ioo de la matière sèche desglucides
dans laFétuque
en ne
produisant qu’une
trace d’acidebutyrique
et de faiblesquantités
d’acétone etde
butanol,
tandis que dans leRay
Grass l’utilisation desglucides
atteint 9 p. 100 de la MS avecproduction
d’acidelactique ( 1 , 17
p. 100 de laMS).
Chromatographie
desglucides
solublesLes
chromatogrammes
des fractionssolubles,
bien que difficilementinterprétables
du fait de nombreuses
interférences,
montrent que leglucose
et le fructose sont les deux osesmajeurs
des fractions alcoolosolubles desfourrages
initiaux.Après hydro- lyse
la fractionhydrosoluble
desgraminées
est essentiellement constituée de fruc- tose( 90
p.100 ).
Après irradiation,
ilapparaît
deuxpics
nouveaux dans la fraction soluble de la luzerne. Lepremier,
situé avant le fructosereprésente
unproduit
métabolisé par les différentes souchesbactériennes,
alors que lesecond, placé
immédiatementaprès
le
fructose, représente
par contre unproduit
non métabolisé. Ces deuxpics
avaientdéjà
été constatés dans uneexpérience
similairerapportée
parBoussET, F ATIANOFF ,
GOUET(1970).
En
plus
duglucose
et du fructose on constateaprès
conservation laprésence
demannose,
galactose,
arabinose etxylose, qui
ont leurorigine
dans les« polyholosides
non
cellulosiques &dquo; ;
la concentration de cesquatre glucides
nedépasse
pas 5 p. 100 de l’ensemble desglucides
solubles.L’étude cinétique n’ayant
pas été effectuée il n’est paspossible
d’établir unehiérarchie dans l’utilisation des oses
qui
semblentdisparaître
simultanément.Dans les
graminées
le fructose est moinsdégradé
que les autres oses car il setrouve dans la
plante
enpartie
sous forme de fructosanesqui
doivent être d’abordhydrolysés.
Polyholosides
noncellulosiques («
hémicellulosesu)
Les acides
uroniques (tabl. 2 ), engagés
dans les hémicelluloses par une liaisonuronosidyl particulièrement stable,
ne sont que très peu utilisés par les différentes bactéries. Seule la microflorecomplexe
des témoins «holoxéniques
» dans les gra- minées et Str.faecalis
dans laFétuque
manifesteraient unelégère
action sur cettefraction.
La
dégradation partielle
de lapartie
ose des hémicelluloses(tabl. 2 ) pourrait
avoir deux
origines :
l’activité des enzymesvégétales (DE WAR ,
Me DONA!,D et WHIT-2!rrsuRY,
19 6 3 )
et celle des bactéries(G O E RIN G et al., 1970 ).
On observe en effet dans les témoins «axéniques
o une réductionimportante
des hémicelluloses. La réduction de laproportion
d’arabinose parrapport
auxylose enregistrée
dans cesensilages (tabl.
3, 4,5) rejoint
aussi les résultats deDE WAR ,
Me DONALD et WHIT-TE
NBURY
( 19 6 3 )
et les nôtres(BoussET, ig6 7 ), qui
montraientégalement
une dimi-nution de la
proportion
deglucose.
Celui-ci doit en fait constituer unglucane
associéaux hémicelluloses mais non constitutif de ces
dernières ; GAILLARD ( 19 6 5 )
le doseavec le « linéaire B » mais ne tient pas
compte
dans lacomposition
de cepolysaccha-
ride des hémicelluloses.
L’action
des enzymesvégétales
est lente et leurpH optimum
se situe aux environs de
6 ;
elle devientquasiment
nulle dès que la fermentationlactique
abaisse lepH,
cequi
est le cas de L.plantarum.
Ces enzymespourraient
êtredéfinitivement inactivées par une acidification
temporaire
dumilieu,
cequi explique-
rait l’absence de
dégradation
des hémicelluloses dans les témoins «holoxéniques
»,malgré
lespH
élevésenregistrés
en fin de conservation. Les hémicelluloses sontéga-
lement assez fortement
dégradées
enprésence
de L. brevis et Str.faecalis.
Dans lecas de L.
brevis,
une faible action des enzymesvégétales
estpossible
en début deconservation,
car lespH
s’abaissent moins vitequ’avec
L.!lantarum. Ensuite,
lesglucides
solubles étantépuisés
et lepH
n’inhibant pas ledéveloppement
de L. brevis cette souchepeut
trouver sonénergie
dans les hémicellulosespuisqu’elle
fermenteles
pentoses. I,’attaque
des hémicelluloses par Str.faecalis
est du mêmeordre,
maisil faut remarquer que l’utilisation des
glucides
solubles dufourrage
vert ou apparuspendant
laconservation,
n’est pas totale dans lesgraminées.
« Hémicellulases » et
!ectinases
Les enzymes
susceptibles
dedégrader
despolyholosides
noncellulosiques
n’ontpu être mises en évidence de
façon
certaine dans notre travail. Nous avons seulementconstaté dans l’extrait par le
détergent
neutre de Van SOEST laprésence
d’un holosideprécipitant
dansl’alcool,
riche enxylose
et enarabinose, qui pourrait appartenir
auxsubstances
pectiques.
Partiellement entraînées par ledétergent
au début du frac-tionnement des constituants membranaires ces substances ne
peuvent
doncplus
être décelées par la suite.
Au vu de nos résultats
(tabl. 2 , 3 , 4 , 5 )
obtenus invivo,
il noussemble fort impro-
bable que la libération de
pentoses
constatée in vitro parDE WAR ,
Me DONALDet WHIT- TENBURY
( 19 63) puisse
êtreattribuée,
comme lesuggéraient
cesauteurs,
à des « hémi- cellulases » et nous pensonsplutôt qu’il s’agit
depectinases.
L’action d’enzymes végétales
n’est donc pas àrejeter,
et ce d’autantplus qu’une
difficulté
majeure
de cette étude réside dans la caractérisation de ces enzymesqui dépend
despolyholosides attaqués,
l’identification de ces derniersdépendant
de latechnique
de fractionnement utilisée.Cellulose et
lignine
L’augmentation
de la concentration en celluloses(tabl. 2 )
dans les témoins « holo-xéniques
» des troisfourrages
estimportante.
Ce fait est assez couramment observé dans lesensilages,
surtoutlorsqu’ils
sont fortementdégradés.
Il résulte de ladispa-
rition des autres constituants de la matière
sèche,
comme le démontre la corrélation existant entre les résultats des bilanspondéraux
et ceux calculés en considérant la cellulose constante(GouET,
résultats nonpubliés).
Deplus,
lacomposition
de cettefraction
qui englobe
la cellulose vraie et lesxylanes
associés reste invariable(tabl.
3,4
,
5 ).
Cephénomène
se retrouve moins intensément avec L.planta y um
car les rema-niements y sont limités par l’abaissement
rapide
dupH.
Dans ces
ensilages
on constateaussi,
engénéral,
uneaugmentation
de la concen-tration en
lignine.
Ces deux accroissements ne sont pasrigoureusement liés, peut-être
du fait de remaniements de ces
fractions,
que nous ne pouvons mettre en évidence dans leprésent
travail(absence
d’untraceur).
La concentration en cellulose des trois
fourrages
est fortement réduite enpré-
sence de L. brevis
(tabl. 2 ).
Les tableaux 3, 4,5 montrent
que cette souche métabolise essentiellement leglucose.
Ceci prouve quel’attaque porte
sur la cellulose vraie et non sur les autrespolysaccharides, également
dosés dans les fractionscellulosiques.
La forte
augmentation apparente
de la concentration enlignine peut
être due enpartie
à un faibledéplacement
de laséparation cellulose-lignine. I,’activité
de Str.faecalis
semble trèscomparable
à celle de L. brevis maispeut
êtrelégèrement
moins intense. La
dégradation
desglucides
desparois
par ces deux souchespermet d’expliquer
l’accumulationimportante
deproduits
defermentation,
enparticulier
par Str.faecalis
dontl’utilisation apparente
desglucides
solubles est trèsfaible.
Production des
différents acides, pH, Pouvoir tampon
L’augmentation
de.la concentration en acidelactique
que l’on observetoujours
dans les témoins «
axéniques
!>(tabl. 7 )
esttrop
faible pourexpliquer
les variations depH (respectivement
- 0,40, - 0,35 et + 0,20 dans laluzerne,
laFétuque
et leRay-Grass), d’autant plus
quel’augmentation
simultanée despouvoirs tampons est importante : + 92 p. 1 00 pourla Luzerne, -!--
23et!-
31 p. 100pour laFétuque
etle
Ray-Grass (tabl. 6).
Parailleurs,
la méthode dedosage
utilisée(B ARN ETT, r954)!
n’est pas
rigoureusement spécifique
de l’acidelactique
et il sepourrait
que les faiblesquantités
trouvéesproviennent
d’autrescomposés
donnant del’acétaldéhyde
paroxydation sulfurique.
Les variations depH enregistrées peuvent
être dues aux rema-niements des acides
organiques
que nous n’avons pas dosés(P LAYN E,
STERLING etMe
D ONA I, D , I g67;
MeD ONALD ,
HENDERSONet MacGR!GOR, I g68).
Dans les témoins«
holoxéniques
»l’acidification lactique
ne compense pas les fortesaugmentations
du
pouvoir tampon respectivement -!-
135,-i- 14 8
et-f- 30 8
p. 100pour le Ray- Grass,
laFétuque
et la Luzerne.L’abaissement
dupH quant
àlui,
estinsuffisant
pour inhiber le catabolisme de l’acidelactique
en acidebutyrique
par les Clostridium(ce
dernierreprésente respectivement
7,51, 2,5o et 3,49 p. 100 de la MS dans laLuzerne,
laFétuque
et leRay-Grass) .
Dans leRay-Grass
il reste néanmoins 3,07 p. Ioo de la M.S. sous forme d’acidelactique,
cequi
maintient lepH
à4 ,8.
La microflorede ces
ensilages
étantcomplexe,
lesproduits
du métabolisme sont très diversifiés tant pour les acides gras volatils que pour les alcools(tabl.
7 et8).
Les
pH
observés enprésence
des souches «lactiques
» sonttoujours les plus
faibles dans leRay-Grass
et lesplus
élevés dans laFétuque,
mais ne sont pasliés
auxquantités
d’acidelactique
accumulées(fig. 2 ).
Nous pensons quel’explication
de cephénomène
se trouvedans
les évolutions différentes dupouvoir tampon
entre ses valeurs initiale et finaleparallèlement
à laproduction plus
ou moinsrapide
de l’acidelactique.
La valeur initiale dupouvoir tampon
n’est pas déterminante dans la compa- raison deplusieurs fourrages. Cependant,
onpeut
constater que dansl’ensemble,
les concentrations en acidelactique
sontbeaucoup plus importantes,
àpH égal,
dans laFétuque
que dans la Luzerne et dans la Luzerne que dans leRay-Grass.
Les souches homofermentaires de L.
planta y um
et de «branching
» Lactobacillus acidifientplus
efficacement que L. brevis(hétérofermentaire) qui produit
desquantités importantes
d’acideacétique
depK
relativement élevé. Str.faecalis (homofermen- taire),
forme aussi de l’acideacétique
dans laLuzerne ;
ilprésente
dans les autresfourrages
une efficacité voisine de celle de L. brevis. Laproduction
d’acideacétique
par Sty.
faecalis
et L.!Lantarum
dans laFétuque rejoint les
résultats de HUHTANEN et P!rrsACx( 19 6 3 )
et montre que la notion d’homofermentation n’est pasabsolue,
mais varieprobablement
avec les conditions de milieu.Alcools
Les
alcools sont rarement étudiés dans lesfourrages
ensilés et, engénéral,
seulela concentration
globale
est déterminée. En fait ces métabolites sontprésents
danstous les
ensilages
que nous avonsétudiés (tabl.
7 et8)
et certains d’entre eux en renferment même une gamme assezlarge. Cependant l’éthanol
esttoujours
dominantet
représente
2,4, 2,2 et 2,o p. 100 de la MS pour laLuzerne,
laFétuque
et leRay-Grass.
La formation des alcools estprincipalement
due aux bactéries maisaussi,
pour une faible
part,
aux enzymesvégétales (accroissement
des concentrations enméthanol et éthanol dans les témoins «
axéniques »).
Les fermentations sontparticu-
lièrement diversifiées dans les témoins «
holoxéniques
» où l’on trouve enplus
duméthanol et de l’éthanol
(ce
dernier étant nettementdominant),
dubutanol,
du pro-panol,
del’isobutanol,
del’isopropanol
et aussi de l’acétone dans la Luzerne. Parmiles souches
étudiées,
ce sont surtout L. brevis et Enterobacter sp.qui produisent
desquantités importantes
d’alcools etprincipalement
d’éthanol.« Facteurs de
transformation
»Nous avons
établi
pourchaque
souche dans les 3fourrages
les « facteurs detransformation »
(F)
desglucides
encalculant
lerapport
dupoids
de carbone desmétabolites formés
(carbone
de l’acidelactique
seul(fig. 3 ), puis
carbone de l’ensem- ble acidelactique +
acides gras volatils+
alcools(fig. 4 )
aupoids
de carbonede
glucides
solublesdisparus.
Ces « facteurs de transformation » ont donc été calculés àpartir
des métabolites que nous avons dosés et les valeurs trouvées neprésagent
pas des valeurs absolues.
Ce mode
d’expression permet
de voir que pour l’ensemble des souches la compo- sition du milieu exerce une action assezimportante.
Ainsi le « facteur de transfor-mation » de l’acide
lactique
pour L.!lantarum augmente
de3 8
p. 100lorsque
l’onpasse de la I,uzerne
( 1 , 301 )
à laFétuque (i,8oi) ;
il varie de4 8
p. 100 avec L. brevis si l’on considère encore la ),uzerne( 0 , 75 8)
et laFétuque ( 0 , 395 ) ;
il progresse de270 p. 100 avec Str.
faecalis lorsque
l’on compare la Luzerne(i,8o8)
ou laFétuque (
1 ,8 20
)
auRay-Grass ( 4 ,8 11 ).
Deplus
on constate que lesglucides
solubles ne consti-tuent pas
toujours
la seule source de carbone ni mêmeparfois
la sourcepréférentielle
des bactéries
puisque (F)
est nettementsupérieur
à l’unité pour l’ensemble des méta- bolites et même pour la seuleproduction
d’acidelactique
dans le cas de L.!Lantayum,
Str.
faecalis
et Pediococcus sp.Compte
tenu de leur concentration dans la 1/uzerne les acidesorganiques jouent probablement
un rôleimportant.
Dans leRay-Grass
les
glucides disponibles
étant enlarge
excès nous pensons quel’origine
du carboneest
plutôt
à rechercher dans les acides aminés nécessaires pour le métabolisme azoté.Les « facteurs de transformation » de l’acide
lactique
inférieurs à l’unité corres-pondent
aux souches hétérofermentaires(L. brevis,
Enteyobacter sp., C.butyricum
et C.
tyrobutyricum)
car dans ces cas unepartie
du carbone desglucides
estperdue
avec le gaz
carbonique.
Parmi ces hétérofermentaires L. byevisjoue
un rôle très im-portant
car lesensilages
«polygnotoxéniques
» ont un(F)
inférieur à l’unité.Pour le Clostridium
protéolytique
dans les 3fourrages
et pourl’ensilage
«axénique
de luzerne il ne nous a pas été
possible
de calculer(F)
du fait del’augmentation
desglucides
solubles( 0 , 01
à 3,59points)
parrapport
à leurs témoinsrespectifs.
Ce facteur ne
permet cependant
pas de classer lesespèces
en fonction de leurefficacité vis-à-vis de la fermentation
lactique
dont on saitl’importance primordiale
dans l’abaissement du
pH
et la bonne conservation del’ensilage.
Ainsi Str.faecalis,
dont l’activité fermentaire est assez modérée passe
nettement,
avec cetindice,
aupremier
rang :i,8o8, 1 ,8 20 , 4 ,811 respectivement
dans laLuzerne,
laFétuque
et leRay-Grass.
Le classement de l’efficacité desespèces
doit donc se faired’après
lesconcentrations d’acide
lactique (tabl. 7 ) produites
dans les 3fourrages :
i L.planta-
rum, 2 Pediococcus sp., 3 «
branching
»Lactobacillus,
4L. brevis.Pertes durant la conservation
Les teneurs en matière sèche
corrigée
desensilages
sonttoujours plus
faiblesque celles des
fourrages
initiaux et lespertes
sous forme de gazatteignent
dans cer-tains cas, des valeurs très élevées :
respectivement
22et 10p. 100dans leRay-Grass
en
présence d’Enterobacter
sp. et de C.butyricum (tabl. 9 ) ;
l’effet des souches sur lespertes
variebeaucoup
selon lefourrage fermenté,
lespertes
lesplus
faibles se trouventavec L.
plantarum.
Nous avonsadmis
quel’ensilage
avec C.protéolytique (qui
nes’est pas
développé) pouvait
être considéré comme unensilage
«axénique » ;
onconstate que les
pertes
dues aux enzymesvégétales
sont alors extrêmement réduites et de l’ordre des erreursexpérimentales.
Par contre, dansl’ensilage
«polygnoto- xénique
» de luzernequi
s’est très bien conservé lespertes
sont anormalement élevées(g,
1
p. 100 de la MSensilée) ;
elles nous semblentbeaucoup plus
« normales »dans