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Texte intégral

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Les teignes de l’enfant dans la région de Tunis : profil épidémiologique, clinique et mycologique

Tinea capitis of children in the area of Tunis: epidemiological, clinical and mycological profile

M. Bouchekoua, T. Saidane, D. Aloui, S. Cheikhrouhou, S. Trabelsi, S. khaled

Laboratoire de Parasitologie-Mycologie, Hôpital Charles Nicolle, Tunis. Tunisie

*

Auteur correspondant : Meriam BOUCHEKOUA

E-mail : [email protected]

Résumé

Les teignes constituent l’une des mycoses les plus fréquentes en dermatologie pédiatrique.

Bien qu’il s’agisse d’affections souvent bénignes, elles peuvent engendrer un impact important sur le plan esthétique et psychologique. L’objectif de notre travail était d’étudier le profil épidémiologique, clinique et mycologique de ces mycoses chez les enfants. Il s’agissait d’une étude transversale réalisée entre 2010 et 2016. Elle a comporté des prélèvements mycologiques du cuir chevelu effectués chez des enfants âgés de moins de 16 ans. Nous avons colligé 298 enfants adressés pour suspicion de teigne. Le diagnostic a été retenu chez 50,6 % d’entre eux. Les teignes étaient significativement plus fréquentes chez les garçons et les enfants âgés entre deux et six ans. La teigne était associée à une épidermophytie circinée dans 25 cas, à un intertrigo des grands plis dans trois cas et à une onychomycose des mains dans deux cas. Les teignes microsporiques ont été les plus fréquentes (74,2 %).

Microsporum canis (67,4 %) et Trichophyton violaceum (12,1 %) ont été majoritaires.

Un contact avec les animaux (chat ou chien) a été significativement associé avec une teigne microsporique. Un cas similaire dans l’entourage familial a été significativement associé avec une teigne trichophytique. Les teignes sont fréquentes chez l’enfant. Un dermatophyte zoophile est le plus souvent incriminé. Le diagnostic mycologique s’avère nécessaire pour confirmer le diagnostic, guider le traitement et connaître l’origine de l’infection afin de prévenir les ré-infestations.

Mots clés :

Teigne ; dermatophytes ; enfant ; Tunisie

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ARTICLE ORIGINAL

Abstract

Tinea capitis is one of the most common mycoses in pediatric dermatology. Although they are often benign, they can have a significant aesthetic and psychological impact. The aim of this study was to determine the epidemiological, clinical and mycological profile of tinea capitis in children. This was a cross-sectional study carried out between 2010 and 2016.

It concerned mycological samples taken from children under 16 years of age. We collected 298 children referred for suspected tinea capitis. The diagnosis was confirmed for 50,6 % among them. Boys and children aged between 2 and 6 years were significantly more affected.

Tinea capitis was associated to tinea corporis in 25 cases, intertrigo of big skin folds in three cases and finger onychomycosis in two cases. Microsporic tinea was the most prevalent form (74,2 %). Microsporum canis (67,4 %) and Trichophyton violaceum (12,1 %) were the predominant dermatophytes. Contact with animals (cat, dog) was significantly associated to microsporic tinea capitis. Presence of similar cases in family or school was significantly associated to trichophytic form. Tinea capitis is frequent in children, with predominance of zoophilic dermatophytes as causative agent. Mycological examination is necessary to confirm the diagnosis, guide the treatment and determine the origin of the infection in order to prevent the recurrence of the infection.

Key words :

Tinea capitis; dermatophytes; child; Tunisia

Introduction

Les teignes sont des mycoses superficielles qui résultent de l’envahissement pilaire par les dermatophytes, champignons kératinophiles et kératinolytiques. Il s’agit de l’une des mycoses les plus fréquentes en dermatologie pédiatrique [1, 2]. Bien que ces dermatomycoses ne donnent pas de signes systémiques et qu’elles ne menacent pas le pronostic vital, elles posent un problème de morbidité élevée, engendrant un impact important sur le plan esthétique et psychologique. De plus, tout retard diagnostic et thérapeutique peut favoriser la dissémination de l’infection à l’enfant lui-même ou à son entourage. L’objectif de ce travail était d’étudier le profil épidémiologique, clinique et mycologique des teignes de l’enfant diagnostiquées à l’Hôpital Charles Nicolle de Tunis.

Matériel et méthodes

Il s’agissait d’une étude transversale menée sur une période de sept ans (entre janvier 2010 et décembre

2016). Elle a colligé des enfants âgés de moins de 16 ans qui ont été adressés pour prélèvement mycologique pour suspicion de teigne. Un interrogatoire systématique a permis de préciser l’âge, le genre, le lieu de résidence, les antécédents personnels, la notion de contact avec les animaux, la présence de cas similaires dans l’entourage et la date d’apparition des lésions.

L’examen mycologique s’est déroulé en quatre étapes : le prélèvement (du cuir chevelu et des éventuelles lésions associées, l’examen direct (ED) à la potasse 30 % (afin de préciser le type du parasitisme pilaire), la culture sur Milieu Sabouraud additionné de chloramphénicol avec et sans cycloheximide (Actidione®) et l’identification de l’agent pathogène (en se basant sur les aspects macroscopiques et microscopiques des colonies ayant poussé). Le diagnostic a été retenu devant la positivité de l’ED et/ou la culture.

L’analyse statistique des données a été faite par le logiciel SPSS 22. Le seuil de significativité des tests statistiques (p) retenu était de 0,05. L’interprétation de l’indice de

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concordance Kappa entre deux variables qualitatives a été effectuée selon l’échelle proposée par Landis et Koch [3].

Résultats

Au cours de la période d’étude, 298 enfants ont bénéficié de prélèvements mycologiques du cuir chevelu (soit 47,2 % de l’ensemble des enfants adressés pour suspicion de dermatomycoses). Une teigne a été confirmée chez 151 patients soit 50,6 %, dont 54 (35,7 %) étaient sous traitement antifongique.

Profil épidémiologique, clinique et mycologique des teignes

Une prédominance masculine a été notée au sein des enfants atteints (Sex-ratio H/F = 1, 75, p<0,001).

L’âge moyen des enfants était de 6,34± 0,49 ans [16 mois- 15 ans] avec une fréquence statistiquement significative de l’atteinte de la tranche d’âge entre deux et six ans (p=0,001).

A noter que 96 enfants (63,5 %) se rendaient aux jardins d’enfants ou aux crèches ou étaient scolarisés, mais sans association statistiquement significative (p=0,068).

La fréquence de teigne la plus élevée a été notée en 2011 (60,4%) (Figure 1).

Sur le plan clinique, la petite plaque alopécique sèche (dans 38 cas) était l’aspect clinique le plus fréquemment retrouvé (Figure 2). La teigne était isolée dans la majorité des cas (81,4 %). Elle était associée à une épidermophytie circinée dans 25 cas, à un intertrigo des grands plis dans trois cas et à une onychomycose des mains dans deux cas. Sur le plan mycologique, l’ED a été négatif chez 12 patients dont six étaient sous traitement antifongique.

Il a été positif dans 92 % des cas soit 139 patients. La culture a été positive dans 132 cas soit 87,4 %. Elle n’a pas

permis l’isolement de l’agent causal dans 19 cas. Les dermatophytes les plus fréquemment isolées étaient Microsporum (M.) canis (67,4 %) suivi de Trichophyton (T.) violaceum (12,1 %) (Figure 3).

Profil épidémiologique, clinique et mycologique des différentes formes cliniques de teigne

En tenant compte de la typologie des espèces isolées au niveau du cuir chevelu, nous avons diagnostiqué :

Une teigne tondante de type microsporique dans 98 cas (74,2 %) : due à M. canis chez 89 patients et M. langeronii chez neuf autres ;

Une teigne tondante de type trichophytique dans 21 cas (5,9 %) : due à T. violaceum chez 16 patients et T. rubrum chez cinq autres ;

Une teigne inflammatoire dans 13 cas (9,8 %) : due à T. verrucosum chez huit patients, T. mentagrophytes chez quatre patients et T. erinacei chez un patient.

Figure 1 : Evolution des cas de teigne en fonction des années

Figure 2 : Répartition des teignes selon l’aspect clinique

Figure 3 : Typologie des champignons responsables de teigne

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ARTICLE ORIGINAL

L’évolution selon les années de la répartition de ces trois types de teignes a montré une baisse de la fréquence des teignes trichophytiques au profit d’une progression de celle des teignes microsporiques à partir de l’année 2013 (Figure 4).

La notion de contact avec les animaux (chats, chiens) était significativement plus retrouvée chez les patients ayant une teigne microsporique que chez les patients n’ayant pas de teigne (72,4 % vs 49 % ; p<0,001).

La présence de teignes dans l’entourage familial était significativement plus rapportée par les patients ayant une teigne trichophytique que par les patients n’ayant pas de teigne (42,9 % vs 9,5 % ; p<0,001).

Sur le plan clinique, concernant les teignes microsporiques, l’aspect typique de grande plaque alopécique sèche n’a été retrouvé que dans 29,6 % des cas. Quant aux teignes trichophytiques sèches, les petites plaques alopéciques n’étaient objectivées que dans 23,9 % des cas. Pour les teignes inflammatoires, l’aspect des lésions était majoritairement inflammatoire (69 %) (Figure 5).

La concordance entre l’aspect clinique et l’agent causal correspondant était mauvaise dans les teignes microsporiques et trichophytiques (indice Kappa entre 0,01 et 0,2) et modérée dans les teignes inflammatoires (indice Kappa entre 0,41 et 0,6) (Tableau I).

Sur le plan mycologique, parmi les 98 cas de teignes microsporiques, l’ED a montré un parasitisme pilaire de type ectothrix dans 75 cas (76,5 %). Un parasitisme endothrix a été noté chez 11 patients dont six étaient sous traitement antifongique. Pour les teignes trichophytiques, le parasitisme endothrix était le plus fréquent (80,9 %) (Tableau II).

La concordance entre le type de parasitisme pilaire et l’agent causal était modérée aussi bien dans les teignes microsporiques que trichophytiques (indice Kappa entre 0,41 et 0,6) (Tableau III).

Figure 4 : Evolution de la fréquence des trois formes cliniques de teigne selon les années

Figure 5 : Aspects cliniques des différents types de teigne

Tableau I : Concordance entre l’aspect clinique et l’agent causal dans les différents types de teigne

Tableau II : Résultats de l’examen direct en fonction des différents types de teigne

Aspect clinique des plaques

Teigne microsporique

Indice Kappa P

Teigne

trichophytique Teigne inflammatoire Grande

(n=29) 0,161

0.001 0,842 < 0,001

0,19 0,411

Petite (n=5) Autres (n=69)

Autres (n=16)

Autres (n=4) inflammatoire

(n=9)

Teigne

microsporique Teigne

trichophytique Teigne inflammatoire n (%)

9 (9,2) 11 (11,2) 75 (76,5)

1 (1,0) 0 (0) 0 (0) 2 (2,1) 98 (100)

n (%) 1 (4,8) 17 (80,9)

0 (0) 0 (0) 0 (0) 1 (4,8) 2 (9,5) 21 (100)

n (%) 2 (15,4) 2 (15,4) 3 (23,1) 1 (7,7) 3 (23,0)

1 (7,7) 1 (7,7) 13 (100) Examen direct

Négatif

Parasitisme endothrix Parasitisme ectothrix Parasitisme ectothrix microïde

Parasitisme ectothrix mégaspore

Parasitisme difficile à préciser

Filaments mycéliens Total

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Discussion

Notre travail a permis une approche globale des teignes infantiles en étudiant leurs profils épidémiologiques, clinique et mycologique.

Sur le plan épidémiologique

Notre étude a confirmé que les teignes demeurent les mycoses les plus répandues chez la population pédiatrique puisqu’ elles ont représenté plus de la moitié des lésions du cuir chevelu (50,6 %).

Nos résultats sont comparables à ceux rapportés dans d’autres séries tunisiennes. Une fréquence de positivité de 59,18 % a été objectivée par une étude menée à Tunis, ayant colligé 947 cas de teignes sur une période de 10 ans (2005-2014) à partir de 1600 prélèvements de cheveu [4].

Dans la région de Sfax, cette fréquence était de 42 % entre 1995 et 2007 [5]. A Sousse, elle était de 53,2 % entre 1983 et 2008 [6].

Ces résultats tunisiens sont assez proches de ceux notés dans d’autres pays du Maghreb. En Algérie, une prévalence de 33,48 % a été rapportée entre 1995 et 2015 [7] et une incidence de 37,7/100 000 soit 4265 cas par an [8]. Au Maroc, la prévalence des teignes était de 43,85 % selon une étude réalisée entre 1993 et 2007 [9] et de 64,67 % selon une autre réalisée entre 2006 et 2013 [10].

De par le monde, les teignes sont particulièrement fréquentes en Afrique où elles ont fait l’objet de plusieurs études réalisées dans le cadre d’un dépistage scolaire, révélant une prévalence de 15,6 % en Ethiopie en 2016 [11]

et de 81,3 % au Kenya en 2013 [12]. Les teignes continuent à poser un problème de santé publique pour ces populations à cause des mauvaises conditions d’hygiène, du faible développement sanitaire et de la promiscuité [13].

Par contre, dans les pays développés tels que les USA, la prévalence des teignes est relativement faible variant de 3 à 8 % [14]. En Espagne, une étude menée sur des enfants de 3 à 16 ans, dans le cadre d’un dépistage scolaire, a montré une prévalence de 0,4% [15]. Ces faibles chiffres s’expliquent par de meilleures conditions socio-

économiques et l’efficacité des programmes nationaux de surveillance.

Une régression des teignes au fil des années a été notée dans notre série (de 60,4 % en 2011 à 33,3 % en 2016). Dans les années 50, la teigne était endémique en Tunisie, avec une infestation de 7,06 % chez une population scolaire [16]. Par la suite, la fréquence des teignes a régressé progressivement grâce à l’amélioration des structures sanitaires et à la mise en place de campagnes de dépistage et de traitement des teignes scolaires.

Cette constatation a été retrouvée dans plusieurs études comme celle de Saghrouni et al. [6] qui a montré une diminution significative du nombre de teignes entre 1983 et 2008. De même, dans l’étude de Litaiem et al. où le nombre de cas recensés est passé de 31 cas en 1995 à 14 cas en 2012 [17].

Concernant la répartition des teignes selon le genre, notre étude a montré une atteinte préférentielle des garçons, retrouvée également dans plusieurs travaux [11, 18]. Ceci pourrait s’expliquer par la plus grande tendance des garçons à jouer avec les animaux (spécialement ceux de la rue), leur chevelure plus courte rendant la contamination plus facile et leur moindre intérêt pour l’hygiène individuelle.

Cependant, d’autres études rapportent une répartition égale entre les deux sexes, voire une prédominance féminine, notamment pour les teignes trichophytiques anthropophiles, expliquée par l’échange plus fréquent de foulards et d’autres accessoires de cheveux [6, 9, 10, 19].

Par ailleurs, les enfants âgés de deux à six ans étaient les plus touchés. D’après la littérature, l’âge de prédilection se situe entre trois et dix ans [13], faisant des teignes des maladies de l’enfant d’âge scolaire ou préscolaire.

La rareté de l’atteinte pendant et après la période pubertaire est expliquée par la protection que confèrent à partir de cet âge les secrétions sébacées riches en acides gras saturés ayant un rôle fongistatique.

Sur le plan clinique

Les teignes peuvent revêtir des aspects cliniques multiples.

Dans notre étude, un polymorphisme clinique a été noté, concordant avec une autre série tunisienne [5]. La teigne tondante sèche (46,4 %) et notamment celle à petite plaque était la plus fréquente. D’autres aspects moins évocateurs ont été retrouvés, tels que les lésions squameuses sans chute de cheveux dans 11,9 % des cas. Cet aspect a été peu rapporté dans la littérature. Il a été noté dans 11 parmi les 99 cas de teignes dans une série Ethiopienne [11]. Il s’agit de lésions débutantes de teignes précédant la chute de cheveux.

En général, la présentation clinique dépend de l’agent causal et de la réponse immunitaire de l’hôte [20]. Dans Tableau III : Concordance entre le type de parasitisme pilaire

et l’agent causal dans les différents types de teigne Aspect

du parasitisme pilaire

Teigne microsporique

Indice Kappa P

Teigne trichophytique Endothrix

(n=75) 0,548

<0,001 <0,001

0 ,559 Endothrix

(n=16) Autres

(n=23)

Autres (n=5)

(6)

ARTICLE ORIGINAL

notre étude, en se basant sur les résultats mycologiques, nous avons conclu à une teigne microscopique dans 74,2 % des cas, trichophytique dans 15,9 % des cas et inflammatoire dans 9,8 %.

Parmi les teignes microsporiques, l’aspect typique de grande plaque alopécique sèche clinique était le plus fréquemment retrouvé (29,6 %). Cependant, la fréquence de petite plaque (26,5 %) peut être expliquée par une consultation précoce avant que les plaques ne s’agrandissent. En effet, les mères sont souvent alarmées par la présence de ces lésions au niveau du cuir chevelu de leurs enfants, ce qui les amène à consulter précocement. De plus, le seuil permettant de qualifier une plaque de petite ou grande n’a pas été préalablement défini dans notre étude. De ce fait, la description de la plaque est un critère subjectif pouvant varier d’un examinateur à un autre. Une plus grande rigueur dans le remplissage des fiches des patients aurait peut-être limité ces discordances notées entre l’aspect clinique et le type de la teigne.

D’autres critères cliniques peuvent orienter vers le type de teigne tels que le nombre de plaques et l’aspect des cheveux et leur niveau de coupe (à ras ou à quelques mm).

Parmi les autres particularités notées dans notre étude, la présence de teignes microscopiques d’aspect inflammatoire (11 % des teignes microsporiques). Ceci pourrait être expliqué par une surinfection secondaire ou des réactions inflammatoires engendrées par les dermatophytes zoophiles des teignes microsporiques qui sont mal adaptés à l’homme [21].

Quant aux teignes trichophytiques, nous avons noté la présence de grande plaque dans 4,8 % des cas. Ce dernier peut être en rapport avec une consultation parfois tardive laissant le temps aux petites plaques de confluer.

La concordance entre l’aspect clinique et le résultat mycologique a été jugée mauvaise dans notre étude aussi bien pour les teignes microsporiques que trichophytiques.

Il en ressort que les aspects cliniques ne sont pas toujours pathognomoniques, témoignant qu’une teigne tondante à petites plaques peut être en rapport avec une origine microsporique et qu’une teigne tondante à grande plaque peut être en rapport avec une origine trichophytique, d’où l’intérêt de l’examen mycologique.

D’autres mycoses peuvent être associées aux teignes, notamment les dermatophyties de la peau glabre, retrouvées chez 25 patients dans notre série. Les fréquences d’association entre ces deux dermatomycoses retrouvées dans la littérature sont très variables, allant de 0,42 [4] à 15 % [5]. Une onychomycose des mains peut être aussi associée. Ceci peut être expliquée par une auto-inoculation des dermatophytes à partir du cuir chevelu. En effet, le grattage des lésions prurigineuses chez les teigneux peut conduire à une localisation

secondaire des dermatophytes au niveau des ongles des mains [22]. Ainsi, devant une teigne, il faut rechercher d’autres localisations et les prélever.

Sur le plan mycologique

L’ED, par l’étude du type de parasitisme pilaire permet de prédire l’espèce en cause et par conséquent le mode de contamination. Ainsi, une action sur le réservoir peut être entamée dès l’étape de l’ED. Sachant que les teignes endothrix sont toutes anthropophiles, le clinicien peut proposer un traitement immédiat et déclencher une enquête familiale. Alors qu’en cas de parasitisme pilaire ectothrix, l’animal de compagnie est souvent incriminé. Son examen par un vétérinaire et sa mise sous antifongiques en cas d’infection sont nécessaires. Ces mesures sont primordiales pour limiter l’extension de la maladie et pour garantir l’efficacité du traitement.

Parmi les cas confirmés de teigne, l’ED était négatif dans 8 % des cas, avoisinant les valeurs retrouvées par d’autres études [6]. Ces faux négatifs peuvent être en rapport avec une prise d’antifongique, déclarée ou non, préalable au prélèvement. D’ailleurs, six patients parmi les 12 cas de teigne avec ED négatif étaient sous traitement antifongique. De plus, le résultat de l’ED dépend étroitement de la qualité du prélèvement.

Typiquement, les teignes microsporiques sont responsables de parasitisme pilaire de type ectothrix, les teignes trichophytiques de type endothrix et les teignes inflammatoires peuvent s’accompagner de parasitisme pilaire ectothrix mégasopore ou microïde selon l’espèce.

Les parasitismes pilaires les plus fréquents dans notre étude étaient de type microsporique dans 60,4 % et trichophytique dans 28,1% des cas.

Concernant les teignes microsporiques, la concordance entre l’ED et la culture était modérée. Le taux d’erreur dans notre étude était plus élevé que celui noté dans l’étude de Saghrouni et al (0,3 %) [6]. Un parasitisme endothrix pourrait être expliqué par la prise préalable de traitement ayant une action sur la gaine de spores. C’était d’ailleurs le cas dans notre série pour six parmi les 11 cas de teigne microsporique avec parasitisme pilaire endothrix. Dans l’étude de Saghrouni et al. [6], il n’a pas été précisé si les cas de teigne sous traitement antifongique ont été inclus ou non.

Quant aux teignes trichophytiques, aucun cas type de parasitisme pilaire discordant avec l’espèce isolée n’a été noté dans notre étude. Le taux d’erreur à l’ED rapporté par Saghrouni et al était de 0,08 % pour les teignes trichophytiques [6].

Ainsi, la concordance entre les résultats de l’ED et ceux de

(7)

la culture n’est pas absolue.

Dans notre étude, la culture était positive dans 87,4 % des cas, avoisinant celle trouvée par Kallel et al. (96,3 %) [4].

Elle n’a pas permis d’isoler le champignon en cause dans 19 cas. Ces cas peuvent être en rapport avec une prise antérieure de traitement antifongique ou avec la pousse de moisissures entravant celle du dermatophyte.

Microsporum M. canis, dermatophyte zoophile a représenté 67,4 % des pathogènes isolés. Pour les teignes trichophytiques, T. violaceum était le dermatophyte anthropophile prédominant. Cette prédominance des teignes microsporiques a été rapportée par la majorité des études récentes menées dans le Grand Tunis. En effet, des fréquences de 65,9 et de 63,76 % ont été notées respectivement dans l’étude de Kallel et al. [4] et dans l’étude de Litaiem et al. [17]. Par contre, dans une étude menée à Sousse, dans un centre hospitalier drainant les régions du centre du pays, les teignes trichophytiques ont devancé les teignes microsporiques (66,5 vs 29,2 %) [6]. De même, dans une étude réalisée à Sfax, les teignes anthropophiles étaient prédominantes avec 57,6 % de teignes à T. violaceum et 30,4 % de teignes à M. canis [23].

La répartition des différents types de teigne semble suivre un gradient nord-sud expliqué par des conditions socio- économiques plus défavorables, un climat plus chaud et des zones rurales plus étendues dans le sud du pays favorisant la survenue des teignes trichophytiques [17].

Dans les autres pays du Maghreb, la typologie des espèces identifiées et leur évolution sont comparables à celles notées en Tunisie. En effet, selon une étude menée au Maroc entre 2008 et 2013, M. canis était l’espèce prédominante avec une augmentation de sa prévalence par rapport à celle de T. violaceum (72,4 vs 20,28 en 2013) [10]. De même, en Algérie, M. canis a devancé T. violaceum à partir de 2011 [7]. L’extension de M. canis, initialement notée au niveau méditerranéen et au niveau de l’Europe du sud [13], a atteint récemment toute l’Europe. Ainsi, dans la majorité des pays développés, M. canis est l’espèce la plus fréquemment responsable de teignes [13, 24]. Ceci peut être attribué au mouvement migratoire, au tourisme de masse vers les pays endémiques (bassin méditerranéen) et à l’engouement de ces populations pour les animaux de compagnie [21].

Dans notre étude, l’évolution du type de teignes à travers les années est caractérisée par la recrudescence des teignes microsporiques. Cette donnée est confirmée en comparant nos résultats à ceux d’autres études [6, 25].

L’augmentation du nombre de cas causés par M. canis peut être expliquée par une cohabitation plus fréquente avec les animaux domestiques au cours des dernières années. Dans notre étude, la notion de contact avec les

animaux (chats et chiens) était significativement plus retrouvée chez les patients ayant une teigne microsporique que chez les patients n’ayant pas de teigne. En effet, le chat, réservoir principal de M. canis, représente la principale source de dissémination chez l’homme, d’autant plus que le portage chez cet animal est souvent asymptomatique [26]. En effet, un taux de 58,4 % de portage asymptomatique chez les chats a été rapporté par une étude Tunisienne [27]. Parallèlement à la recrudescence des teignes microsporiques, une régression des teignes trichophytiques a été notée, ceci rejoint les résultats d’une étude antérieure [17]. Ceci peut être en rapport avec l’amélioration des conditions socio-économiques et un meilleur accès aux soins.

Les teignes trichophytiques sont des teignes contagieuses.

Dans notre étude, la présence de cas similaires dans l’entourage était significativement plus rapportée par les patients ayant une teigne trichophytique.

La contamination au sein d’une même famille peut être favorisée par certaines habitudes comme l’échange d’objets contaminés tels que les peignes et les brosses [28] et le partage d’un même lit [11]. La contamination entre les membres de la famille est également favorisée par les faibles conditions économiques et la mauvaise hygiène [11].

Par ailleurs, les porteurs asymptomatiques, généralement des adultes, représentent une source importante de contamination et de maintien de l’infection au sein d’une même famille. En effet, le portage asymptomatique chez les parents d’enfants atteints de teigne a été estimé à 16 % selon une étude américaine [29]. Il en ressort l’importance d’examiner tous les membres de la famille d’un enfant teigneux, voire de prélever même les patients asymptomatiques.

Quant aux teignes inflammatoires, T. verrucosum était leur principal agent. Sa prévalence en Tunisie est variable selon les études [4, 5]. Ce dermatophyte zoophile touche surtout les ovins et les bovins, ce qui explique sa plus grande fréquence chez les populations rurales ou chez certaines professions comme les agriculteurs et les vétérinaires.

T. rubrum n’a été retrouvé que dans 3,8 % des cas dans notre étude. Bien qu’il soit le dermatophyte le plus incriminé dans les mycoses superficielles dans le monde, il est rarement impliqué dans les teignes.

Les teignes à T. rubrum sont généralement associées à l’atteinte d’autres sites comme la peau et les ongles. Dans notre étude, deux cas de teignes à T. rubrum associées à d’autres mycoses correspondaient à deux sœurs chez lesquelles une maladie dermatophytique a été retenue. La

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ARTICLE ORIGINAL

maladie dermatophytique est une affection rare, décrite notamment en Afrique du Nord, et plus particulièrement en Algérie. Elle survient sur un terrain familial particulier avec notion de consanguinité et déficit sélectif de l’immunité cellulaire vis-à-vis des dermatophytes du genre Trichophyton, à transmission autosomale récessive. La mycose se déclare souvent dans l’enfance, elle débute souvent au cuir chevelu ou sur la peau. Les lésions cutanées s’étendent progressivement et se transforment en nodules. Secondairement, les ongles sont atteints.

T. erinacei, peu incriminé dans les teignes, est un dermatophyte zoophile transmis par le contact avec des hérissons. En effet, cette notion a été retrouvée à l’interrogatoire d’un enfant présentant une teigne associée à une épidermophytie circinéé à T. erinacei.

T. schoenleinii, agent de teigne favique, fréquent dans les années 50 avec une proportion de 34 % de l’ensemble des teignes en Tunisie [16], est devenu exceptionnel de nos jours. En effet, aucun cas de teigne à T. schoenleinii n’a été trouvé dans notre étude. Dans celle de kallel et al [4], deux cas ont été isolés. La régression des teignes faviques est le résultat de multiples campagnes de lutte anti-favique menées dans les écoles. De même, en Algérie, aucun cas de favus n’a été diagnostiqué depuis les années 1987 [7]. D’autres dermatophytes anthropophiles, bien qu’endémiques dans certaines régions comme l’Afrique tropicale et l’Asie sont rares en Tunisie et en Europe [21]. En effet, M. langeronii n’a été isolé que dans 6,8 % des cas dans notre série.

En plus des implications épidémiologiques, l’identification de l’espèce permet d’adapter le choix thérapeutique. La griséofulvine, administrée pendant six semaines, reste le traitement de choix. Cependant, la durée du traitement pourrait être prolongée de 3 à 4 mois en cas de teigne microsporique [30]. Certains auteurs préconisent même de continuer le traitement deux semaines après la résolution des symptômes [31]. En cas de contre-indication ou d’effets indésirables, la terbinafine peut être utilisée dans le traitement des teignes trichophytiques à la place de la griséofulvine avec une durée plus courte [13]. Les études ont montré une efficacité supérieure de la griséofulvine en cas de teigne microsporique alors que celle de la terbinafine est supérieure en cas de teigne trichophytique [32].

Conclusion

Au terme de ce travail, il ressort que les teignes, notamment celles d’origine zoophile demeurent fréquentes

chez l’enfant tunisien. Une meilleure connaissance des facteurs épidémiologiques et cliniques associés à ce type de dermatomycoses, aussi bien par le clinicien que le biologiste, est importante pour conforter le diagnostic mycologique qui pourrait être difficile dans certains cas.

Ce dernier reste primordial pour confirmer toute suspicion clinique. En isolant le champignon en cause, il permet de guider la conduite thérapeutique et de connaître l’origine de l’infection afin d’éviter les récidives.

Conflit d’intérêt

Les auteurs déclarent n’avoir aucun lien d’intérêt.

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