VARIATIONS SAISONNIÈRES
DE LA COMPOSITION DES LAITS
D’ÉTABLE
ET DE
FROMAGERIE
DANS LARÉGION
DUGRUYÈRE
I. — PLATEAU DE NOZEROY
(JURA)
PAR
P. AURIOL G. MOCQUOT
E. BLANC-PATIN, R. JEUNET, C.
MOUCLIER
M. DUPONT Station de Recherches surl’Elevage
Station centrale de
Microbiologie
et Recherches laitières C. N. R. Z. Jouy-en-Josaset Station de Recherches laitières,
Poligny
INTRODUCTION
L’étude de la
composition
des laits defromagerie
et d’étable estintéressante à divers
points
de vue : ellepermet
au transformateur deprévoir
laqualité
et les variations de rendement des laitsqu’il
aura àtravailler selon
l’époque
del’année ;
ellepeut
servir de base pour l’établis-sement éventuel d’un
paiement
selon lesqualités fromagères
du lait livré par leproducteur ;
elleguide
enfin le sélectionneurquant
à lacomposi-
tion
optima
à rechercher pour les laits destinés à la fabrication du fro- mage. Deplus,
les relationsqui peuvent
exister aupoint
de vue techno-logique
entre lacomposition
du lait et lescaractéristiques
du caillé etdu
fromage
sontégalement
intéressantes à étudier.I,e travail dont nous
rapportons
ici lespremiers
résultats entre dansle cadre des recherches
entreprises
sur lespossibilités d’amélioration,
parsélection,
de laproduction fromagère
des vaches de la race Pie rouge de l’Est. Nous avons décrit ailleurs( 2 )
les conditions de milieu et de race,ainsi que les méthodes utilisées.
Rappelons simplement
que le lait pro- duit dans leJura
estdestiné,
pourplus
de 80 p. 100, à la fabrication degruyère
de Comté et que c’estgrâce
à cetteproduction
dequalité
que les éleveurs duJura
obtiennent unprix
relativement rémunérateur de leurlait ;
ce dernierreprésente
très souventl’unique spéculation qu’ils
peu-vent
entreprendre
par suite de larigueur
du climat.Nous examinerons :
- les variations saisonnières des laits de
mélange
de lafromagerie
et des laits
d’étable,
aupoint
de vue des caractères suivants :quantité
de laitportée
à lafromagerie, exprimée
enkg.
taux
butyreux (T. B.), exprimé
en g p. 1000 de lait.taux de matières azotées totales
(T.
m. a.t.), exprimé
en g p. iooo delait.taux de calcium
(T. Ca.), exprimé
en g p. 1000 de lait.rapport calcium/azote (Ca/N)
rendement du lait en
fromage, exprimé
enkg
defromage
par 100kg
de lait.
- les variations annuelles des laits d’étable et de
fromagerie ;
- les différences observées entre laits d’étable et les
possibilités
d’un
paiement
selon lesqualités fromagères
de ces laits.I. -
MATÉRIEL
ETMÉTHODES
Cette
première
étudeporte
sur unefromagerie
du troisième Plateau duJura,
dit « Plateau deNozeroy ».
Comme laplupart
desfromageries
decette
région,
celle-ci fonctionne encoopérative
localepuisqu’elle
traite lelait
produit
par une seule commune( 32 producteurs
et environ6 7 6
oookg
de lait livrés à la
fromagerie
paran).
l,es étables sont engénéral
de mo-yenne
importance (8
à 10 vacheslaitières).
Le lait de
chaque
traite est livré deux fois parjour
par leproducteur
et
pesé
à lafromagerie ;
on connait ainsi laproduction
de laitjournalière
par étable et la
quantité
totale de lait livréechaque jour
par l’ensemble desproducteurs
à lafromagerie.
l,esfromages
sontfabriqués
àpartir
dumélange
des laits de la traite du soir à ceux de la traite du matin. Nousavons fait peser les
fromages, chaque jour,
au moment où ils sortaient de presse, cequi
nous apermis
de calculer le rendement dulait,
enkg
de
fromage produit
par iookg
de laitemprésuré, compte
tenu d’une ventequotidienne
de lait en nature par lafromagerie.
Cette vente, sensiblement constante au cours del’année,
est de l’ordre de6 5 kg
de lait parjour.
I,a
composition
du lait a été suivie dans 5 étables de la même com- mune de lafaçon
suivante : leséchantillons, prélevés
lors des deux livrai-sons
quotidiennes
etreprésentant
le lait dechaque
traite pour chacunedes étables
contrôlées,
étaient additionnés de formol(o,i
p. 100 de formol à 40 p.100 ),
de manière à assurer au lait une durée de conservation suffi- sante. Tous les z5jours
ou tous lesmois,
suivant lapériode
del’année,
onprélevait
surchaque
échantillon unequantité
de laitproportionnelle
à laquantité
livrée par leproducteur
pour la traite considérée et lemélange
de tous les
prélèvements proportionnels
de laquinzaine
ou du mois écou- léspermettait
d’obtenir pourchaque
étable un échantillon moyen sur le-quel
on effectuait les déterminations suivantes : matière grasse, dosée selon leprocédé GERBER ;
matièresazotées,
dosées selon la méthodeK JEI .-
DAHL
(teneur
en N X6, 3 8) ; calcium,
dosé selon la méthode décrite parJ
ENNESS ( II ) :
cette méthode repose surl’emploi
de lacomplexon
III etdu murexide comme
indicateur, après
élimination des ionsphosphates
par passage sur colonne de résine
(duolite A 4 ).
Le
mélange proportionnel
des échantillons de lait et lesanalyses
ontété effectués à la Station de Recherches laitières de
Poligny.
Pour des raisons
matérielles,
nous n’avons pu dans cettepremière étude, analyser
les laits « de chaudière» (laits
contenus danschaque
cuveavant
l’emprésurage).
Aussi avons-nous admis que lemélange
du lait des 5étables avait la même
composition
que le lait de lafromagerie qui
corres-pond
aumélange
du lait de 32étables : lesorigines
souventidentiques
dubétail
(autrefois
taureaux dusyndicat communal, aujourd’hui
taureaux ducentre d’insémination
artificielle),
et surtout le fait que les 5 étables choisiesproduisent
à elles seules4 8
p. 100 environ du lait travaillé par lafromagerie.
nous autorisent à faire cetteextrapolation.
Les
analyses
de laits « de chaudière » que nous effectuons actuellementnous
permettront
de vérifier cepoint important.
II. -
RÉSULTATS
I,es
premières
observationsrapportées
ici concernent unepériode
deplus
de 2 ans,allant
du 16 mars rg!3 au yjuin
z93j.I,’ensemble des résultats
figurent
dans le tableau I. Les différentsparamètres
de laproduction fromagère
y sontexprimés
en valeur absolue et en p. 100 de la moyenne des deux années consécutives. La traductionen
pourcentage
nouspermet
de comparerplus
facilement les variations relatives de cesparamètres.
1° Evolution de la
quantité
et de laqualité
du laitporté
à lafromagerie.
L’examen des tableaux I et II nous conduit aux observations suivantes
a)
Laproduction
laitière est trèssaisonnière, l’amplitude
maxima desvariations étant de
8 0 ,8
p. 100 en moyenne, avec un minimum en novem-bre et un maximum de fin Mai à
juillet,
selon lapluviosité
de l’été.b)
Laproduction
defromage
est, elleaussi,
très saisonnière et suit d’unefaçon frappante
laproduction
laitière(graph. II) :
laquantité
delait
produite
est, deloin,
le facteur dont l’influence estprépondérante
surla
production fromagère.
En
effet,
letonnage
defromage fabriqué
passe dusimple
au doublesuivant la saison considérée
(
l5 4 8 kg
pour lapremière quinzaine
de dé-cembre contre 3
5 8r kg
au cours de la deuxièmequinzaine
demai, soit,
en p. 100 de la valeur moyenne
annuelle,
une variation de8 2 ,o
p. ioo.c)
Le rendement enfromage
d’unkilogramme
de lait varie relative- mentbeaucoup moins, l’amplitude
maxima des variations n’étant que de 13,
5 p. 100 en moyenne.
(de 8, 4
à g,5 enig j3 - j4 et 8,q.
àg,6
àzg jq.-jj), (graph.
Il etIII).
Ilprésente
néanmoins un maximum très net durantla
première quinzaine
d’octobre et un minimum à la fin de l’hiver et au dé- but duprintemps. (graph.
Il etIII).
d)
Variation de lacomposition
du lait defromagerie :
L’évolution observée dans le rendement au cours de l’année conduit à penser
qu’il
existe des variations sensibles de la richesse du lait en cons-tituants gras et
azotés ;
nous retrouvons effectivement ces variations dans les tableaux I et II et sur legraphique
I.Aux minima du rendement
(février-mars) correspondent
des minimaà la fois pour le taux
butyreux (T. B.) ;
le taux de matières azotées totales(T.
m. a.t.)
et le taux de calcium(T. Ca).
De même les maxima du T. B., du T. m. a. t. et du T. Ca coïncident avec les maxima durendement,
en sep- tembre-octobre.D’une
façon générale,
T. B. et T. m. a. t. évoluentparallèlement
aucours de
l’année ; toutefois,
lepremier
estlégèrement plus
variable que lesecond :
amplitude
maxima1 8,8
p. ioo contre 14, 4p. 100. I,es maxima se situent en octobre et les minima en Février-Mars.Quant
aucalcium,
c’est l’élément de loin leplus
stableparmi
lestrois que nous avons suivis :
amplitude
maxima de variation au cours de l’année :8, 7
p. 100 en moyenne. Son évolution restecependant parallèle
à celle du T. B. et du T. m. a. t. :
- maximum fin
septembre
et octobre.- minimum fin mars-début avril.
l!a teneur du lait en calcium par
rapport
à sa teneur en azote,(rap- port Ca/N)
dont MoCQUOT et coll.( 12 )
ont montré le rôleimportant
aupoint
de vue desqualités
du caillé defromagerie,
varie un peuplus
aucours de l’année : pour une
amplitude
maxima de l’ordre de m p. 100, les maxima se situent de Février à Avril et les minima de Mai à Octobre.En ce
qui
concerne laproduction fromagère,
onpeut
doncdistinguer
au cours de l’année deux
périodes
sensiblementd’égale
durée( 4
mois etdemi
environ) :
- une
période
de forteproduction fromagère (plus
de 120 p. 100 de laproduction
moyenne annuelle parquinzaine),
de lapremière quin-
zaine de mai à la
première quinzaine
deseptembre, correspondant
à uneproduction
laitière abondante et à des laits dont les teneurs en matièreAnnales de Zootechnie. - rg5;. 7.
grasse, matières azotées et calcium sont relativement élevées et vont en
augmentant,
lerapport Ca/N
restant relativement bas.- une
période
de faibleproduction fromagère (moins
de 80 p. 100de la
production
moyenne annuelle parquinzaine),
de la deuxièmequin-
zaine d’octobre à la deuxième
quinzaine
defévrier, correspondant
à unefaible
production laitière,
et à des laits dont les teneurs en matière grasse, matières azotées et calcium sont relativement basses et vont en diminuantprogressivement,
alors que lerapport Ca/N
se maintient à des valeurs élevées.Ces deux
périodes, qui
couvrent à elles seules environ 250jours
del’année,
sontséparées
par deuxpériodes
de transition très courtes :-
l’une,
au début de l’automne(de
q.o à 5ojours
enmoyenne),
pen- dantlaquelle
laproduction
laitière tombe très brutalement(de près
dela
moitié)
tandis que les teneurs du lait en matière grasse, matières azo-tées et
calcium,
ainsi que le rendement enfromage
sont à leur maxi-mum.
-
l’autre,
à la fin de l’hiver et au début duprintemps,
un peuplus longue
que laprécédente ( 70
à 80jours),
où laproduction
laitière aug- menteprogressivement
alors que la richesse du lait et le rendement enfromage passent
par leurs valeurs minima.I,es variations des constituants du lait
qui
contribuent au rendementen
fromage
étantbeaucoup plus
faibles que celles de laquantité
delait,
les courbes
représentant
l’évolution de laproduction
de matière grasse et de matières azotées totales sont très voisines de cellesreprésentant
la quan- tité de lait livré à lafromagerie.
’.3! Variations saisonnières de la
production
laitièreau niveau des étables.
Si la
physionomie générale
de l’évolution de laproduction
laitièredans chacune des
cinq
étables étudiées(graph. IV) rappelle
nettementcelle de la
quantité
totale de laitportée
à lafromagerie (maximum
enmai et minimum en
novembre),
il y a toutefois des différencesappréciables
entre
étables,
comme il fallait du restes’y
attendre étant donné les varia- tionsqui
existent de l’une à l’autre dans le niveau et laqualité
de l’ali-mentation,
les durées de stabulation et surtout larépartition
desvêlages
au cours de l’année.
A titre
d’exemple,
citons les étables n° i et n° 3, pourlesquelles
laproduction
et lacomposition
du lait varientbeaucoup
au cours del’année,
les
vêlages
étant trèsinégalement répartis.
A
l’opposé,
nous trouvons les étables n° 2 et n° 5, où laproduction
etla
composition
du lait varient nettement moins.(cf. graph. IV).
Malgré
ces variations propres àchaque étable ,
la moyenne descinq
étables donne des résultats en tous
points comparables
à ceux obtenus àpartir
de laproduction
totale livrée à lafromagerie (cf. graph. I.).
:JO Variations annuelles des laits de
fromagerie
et d’étable.Ce
problème
nepeut qu’être abordé,
notre étudeportant
seulementsur deux années consécutives.
Toutefois,
nous pouvonsdéjà
observer que les variationsquantita-
tives et
qualitatives
des laits defromagerie
sereproduisent
fidèlementd’une année à
l’autre,
dans leurslignes générales,
avecparfois
un déca-,
lage
d’unequinzaine
dejours
auxpériodes critiques :
mise à l’herbeet
début de la stabulation hivernale
(cf. graph.
I, II, etIII).
Au niveau des laits
d’étable,
lareproductibilité
est nettement moinsgrande, (cf. graph. IV).
Si nous comparons maintenant les valeurs moyennes annuelles de
ces différents
paramètres,
nous constatons que laquantité
moyenne delait
portée
à lafromagerie
parquinzaine
a étéremarquablement
constanted’une année à l’autre : 28 147
kg
de lait en z953-54 et 28164 kg
en ig54-55!L’effectif des vaches laitières n’a d’ailleurs
pratiquement
paschangé
aucours de la même
période.
En ce
qui
concerne la richesse moyenne dulait,
le tableau III montrequ’il
existecependant
des variations annuelles de la teneur du lait en ma-tière grasse, matières azotées totales et calcium au niveau des étables et, à un moindre
degré,
au niveau de lafromagerie.
Si l’on compare l’année 1954-55 à l’année 1953-54, on observe que
pendant
lapremière
de ces deuxannées,
le lait defromagerie
estplus
pauvre en matière grasse
( 35 , 9
contre3 6, 8),
trèslégèrement plus
richeen matières azotées totales
( 32 , 1
contre31 , 9 )
etplus
pauvre en calcium(z,i
5
contre1 , 1 8) :
le tableau I et legraphique
I font ressortir une chute anormale du taux de calcium durant l’été 1954, chutequ’il
est difficiled’expliquer
alors que le tauxbutyreux
et le taux de matières azotées to- tales ont évolué normalement. Onpeut
remarquer toutefois que, pen- dant lapériode considérée,
lapluviosité ayant
étéélevée,
laquantité
de lait
produite
aaugmenté
d’environ 5 à 10%
parrapport
à celle de l’annéeprécédente
à la mêmeépoque.
III. -
INTERPRÉTATION
DESRÉSULTATS
L’analyse précédente
faitapparaître
des variations trèsimportantes
de la
quantité
et de lacomposition
du laitporté
à lafromagerie
au coursde l’année et, dans une mesure
plus faible,
des variations d’une année surl’autre.
Si nous comparons ces résultats aux chiffres cités par d’autres au-
teurs, BERGMAN et
JoosT (7)
et VALEN( 19 )
notamment, nous constatons quel’amplitude
des variations observées par les chercheursscandinaves,
est nettement inférieure à celle que nous avons nous-mêmes
constatée, (
7 ,
4
p. 100 parexemple, d’après
BERGMANetJOOST,
pour le rendementen
fromage
contre i3,5 pour 100dans notrecas.)
Cette
amplitude plus grande
des variationspeut s’expliquer
enpartie
du fait que nous avons
analysé
les laits demélange
d’une seulefromagerie
dont la zone de ramassage est très
restreinte,
alors que les auteursprécé-
dents ont
analysé
le lait d’ungrand
nombre de laiteries situées dans diver-ses
régions
de laSuède,
cequi
a certainementprovoqué
une atténuation des fluctuations saisonnières.De toute
façon,
lacomparaison
en valeur absolue des résultats obte-nus dans des conditions de milieu et surtout de race
qui peuvent
être très différentes des nôtres neprésente qu’un
intérêt limité. Par contre, l’ana-lyse
des résultats serapportant
à l’évolutioncomparée
des différents cons-tituants du lait au cours de l’année est
plus
fructueuse : si BERGMAN etJ
OOST ( 7 )
constatent une évolution sensiblementparallèle
du tauxbuty-
reux et du taux de matières azotées totales, Var,!rr
(ig)
enNorvège, groupant
ses résultats parrégions naturelles,
met en évidence des cas où la matière grasse du laitaugmente beaucoup plus
que les matières azotéestotales,
parexemple
lors du passage durégime
de stabulation à celui de l’alimentation aupâturage.
Nous constatons
également
le mêmephénomène,
très net lapremière
année
(cf. graph. III).
D’unefaçon générale,
les laits d’hiver-début de.
! ! Matières azotées totales ! ! , < < -!
printemps
! ! ont unrapport
!!Matières azotées totales plus élevé que les laits s Matière grasses !
d’été-automne. Nous reviendrons
plus
loin sur cetteimportante question.
I,e T. B.
serait,
dansl’ensemble, plus
sensible auxchangements
durégime
alimentaire que le taux d’azote.Si nous comparons maintenant les T. B. et les T. m. a. t. du lait de la
fromagerie
étudiée avec ceux obtenus par les auteursprécédents,
nousconstatons que le lait de cette
fromagerie
duJura
est en moyenne un peu moins riche en matière grasse et matières azotées totales :Ces écarts sont vraisemblablement dus à des différences
raciales,
larace Pie rouge de l’Est
produisant
un lait un peu moins riche que les racessuédoises ou
norvégiennes
considérées : 37,r g. p. 1000pour le T. B. et 32,3 g. p.
iooo pour le T.
m. a. t.( 3 ).
1!
Quellc,
sont tes causes des variations saisonnières de laproduction
et de lacomposition
du laitau niveau des
fromageries?
l,es facteurs
qui peuvent
intervenir sont :- La
répartition inégale
desvêlages
au cours del’année,
combinéeà l’évolution
physiologique
de la sécrétion lactée(en quantité
et enqualité)
au cours de la lactation.
- les différences entre
régime
de stabulation hivernale etrégime
depâturage
durant la belle saison(alimentation,
exercice et facteurs clima-tiques) .
Evolution physiologique de la sécrétion lactée.
En ce
qui
concernel’évolution physiologique
de lacomposition
dulait au cours de la
lactation,
nous avons retrouvé(6),
sur des laits indi- viduelsanalysés
dans leJura (8 50 lactations),
sensiblement les mêmes résultats queJ ARRI G E
dans ses récents travaux( 9 ) : après
une chute bru-tale
pendant
lepremier
mois de lactation et unpalier
durant le deuxièmemois,
le T. m. a.t.augmente légèrement pendant
lesquatre premiers
moisde la
gestation
pourcroître plus
vite àpartir
ducinquième
mois. Le T. B.baisse moins vite que le T. m. a. t.
pendant
lepremier
mois et neprésente pratiquement
pas depalier.
Mais dansl’ensemble,
il évolue d’unefaçon parallèle
au T. m. a. t. au cours de lalactation,
cequi
laisserait d’ailleurs supposer que cette évolution est sous ladépendance
d’un facteur commun,comme le pense
J ARRIGE (io).
Le T. m. a. t.présente
au coursde
lalactation une
amplitude
maxima de variation( 24
p.100 ) pratiquement
aussi
importante
que celle du T. B.( 2 6
p.100 ), (cf. graph. V).
Par contre,
toujours d’après
nospremières données,
le taux de cal-cium
(T. Ca)
semble évoluer un peudifféremment,
du moinspendant
lapremière
moitié de la lactation : eneffet,
il subit comme le T. B. et le T.m. a. t. une chute brutale
pendant
lepremier
mois de lalactation,
mais il continue à baisser lentementjusqu’au
troisième mois de lagestation.
Apartir
de cestade,
il évolue de la mêmefaçon
que le T. m. a. t. et que le T. B.(cf. graph. V).
Le T. Ca se révèle êtrebeaucoup
moins variable au cours de la lactation que le T. B. et le T. m. a. t. :l’amplitude
maxima dela variation ne
représente
que z5 p. 100 de la valeur moyenne.Les laits de fin de lactation
(à partir
du 5e mois degestation),
demême que les laits succédant immédiatement à la
période colostrale,
se caractérisent doncpar leur
teneur élevée en matièregrasse,
matières azotéestotales et calcium. -
Le
graphique
V montreégalement
l’évolution de laproduction
lai-tière
journalière
en fonction du stade de lactation.Remarquons
que les vaches Pie rouge del’Est, exploitées
dans les conditions duJura,
semblent atteindre très vite leurproduction
maxima. Celle-ci s’observegénérale-
ment avant le trentième
jour
de lactation. Toutefois nos donnéesprovien-
nent d’animaux contrôlés seulement selon la
fréquence
du contrôle laitier officiel et il nous est parconséquent
difficile depréciser davantage
cepoint.
’Quant
aurapport Ca/N,
ilchange
peu au cours de la lactation. Sur legraphique
V, nous pouvons suivre son évolution :partant
de o,25 au trentièmejour
delactation,
il diminueprogressivement jusqu’au
8oejour
( 0 , 22
)
pour rester ensuite sensiblement constant.Exprimée
en p. ioo desa valeur moyenne,
l’amplitude
maxima des variations observées est de I3!5 p. ioo seulement. C’est leparamètre
leplus
stable de ceux que nousavons suivis.
Répartition des vêlages au cours de l’année.
La
répartition
desvêlages
au cours de l’année intervient sur la pro- duction laitière d’unefromagerie
ou d’une étable de deux manières : direc- tement, en commandant le nombre de vaches en lactation à uneépo-
que
donnée,
et indirectement en modifiant lacomposition
du lait en fonc-tion de l’évolution
physiologique
de ses constituants au cours de la lacta- tion.Dans le
Jura,
et toutparticulièrement
dans larégion
duplateau
deNozeroy,
larépartition
desvêlages
est trèsinégale :
55 p. 100environ des vaches vêlent enquatre mois,
de décembre à mars. Onpeut
suivre cetterépartition
sur le tableau IV : les mois où l’onenregistre
le moins de vê-lages
sontjuillet
etaoût,
le maximum se situe nettement en décembre.D’une année à
l’autre,
leschangements
dans cetterépartition
sontfaibles.
Influence de la saison.
Dans une étude
précédente ( 4 ),
nous avons mis en évidence la très grosse influence exercée par le mois devêlage,
et parconséquent
par la sai- son, sur laproduction
laitière dans cetterégion
duJura :
les vaches en-trant en lactation en décembre donnent en moyenne par lactation une
quantité
de lait de 25p. IOOsupérieure
à celle des vaches vèlant enjuin,
moment le
plus
défavorable de l’année pour, lesvêlages.
Nous n’avons pas
analysé
toutes nos données concernant l’influence de la saison sur lacomposition
du lait. Mais lespremiers résultats, qui
por- tent sur z35lactations, indiquent
toutefois que cette influence est relati- vementfaible,
surtout si on la compare à l’influence du stade de lactation.Par contre, la
quantité
de laitproduite, indépendamment
du stade de lac-tation,
serait nettementplus
sensible aux effets saisonniers( 4
à 5 foisplus) :
les mois lesplus
favorables à laproduction
laitière sont,d’après
nospremières observations, mai, juin
etjuillet. Septembre,
octobre et novem-bre semblent être les mois les
plus
défavorables. Nous avons résumé cesrésultats
provisoires
dans legraphique
V, où l’influence du stade de lac- tation a été éliminée en ne retenant que les vaches au même stade de lac- tation( 4 e
et 5econtrôles).
Une étude
plus
détaillée de ceproblème
serapubliée
ultérieure-ment
(6).
B ER G M A
N et
Joosn (7)
et, toutrécemment,
WAlTE et coll.( 17 )
ontétudié
systématiquement
l’influence de lasaison,
lespremiers
sur le T.m. a. t. et les seconds sur la
quantité
de lait et sesprincipaux
constituants(extrait
sec, extrait secdégraissé,
matière grasse, matières azotéestotales, caséine,
lactose etcendres).
NVAITE et coll. ont obtenu les résultats sui- vants :- les mois les
plus
favorables pour laproduction
de lait sont mai etjuin,
et lesplus
défavorablesoctobre,
novembre etdécembre,
c’est-à-dire sensiblement les mêmes résultats que ceux trouvés dans notre étude.- pour le T. B. les mois les
plus
favorables seraient les mois d’au-tomne, alors que la teneur en caséine serait maxima en
septembre
etoctobre,
minima en mars et avril etégalement
enjuillet.
Là encore, cesrésultats
correspondent
assez bien aux nôtres(graphique VI). Toutefois,
dans
l’ensemble,
la saison semblerait intervenirplutôt
moins dans leJura qu’en
Ecosse.2°
Quelle
estl’importance
relative des différents facteurs intervenant sur laquantité
et lacomposition
du laitporté
à lafromagerie?
Plusieurs auteurs ont abordé ce
problème.
Citonsparmi
les études lesplus récentes,
celles de BuRT(8),
de WaiT! et coll.( 17 ).
Partant de la courbe de
fréquence
desvêlages
pour larégion
de Noze-roy et de la courbe de lactation «
physiologique
» moyenne des vachesexploitées
dans cette zone(courbe indépendante
du mois devêlage),
nousavons tracé sur le
graphique
VII une courbe dite de« production
laitièrethéorique
» de lafromagerie qui
faisaitl’objet
de nos observations. Cettecourbe,
bienqu’approchée,
éliminepratiquement
le facteur saison.I,es
points
d’intersection de cette courbe deproduction
laitière théo-rique
avec la courbe deproduction
réelledélimitent,
au cours del’année,
deuxpériodes
très distinctes. Pendant l’une de cespériodes
laproduction
laitière réelle est
supérieure
à laproduction théorique :
le facteur « saison » exerce donc alors une action favorable. Pendant l’autrepériode
au con-traire,
laproduction
laitière réelle est nettement inférieure à laproduction théorique :
le facteur « saison »agirait
alors comme un frein de laproduc-
tion laitière.
Ces deux
périodes
coïncident d’unefaçon remarquable
avec celles devie au
pâturage
et de vie en stabulation du bétail comme onpeut
le voird’après
les dates de mises à l’herbe et de rentrée à l’établequi figurent
aubas du
graphique
VII. Larépartition inégale
desvêlages
nepermet
doncd’expliquer qu’une partie
des variations de laproduction
laitière. Enfait, d’après
notre estimation de laproduction théorique,
55 à 6o p. 100 de la variance totale de laproduction
laitière réelle seraient dus aux facteurs saisonniers. Si nous admettons que la saison intervientbeaucoup plus
enmodifiant les ressources
fourragères
que par action directe sur l’animal des facteursclimatiques
ou autres, nous pouvons conclure que, trèsgéné- ralement,
les vaches sont sous-alimentées ou mal alimentées durant lapériode
hivernale. Par contre, elles bénéficient vraisemblablement de con-ditions
optima
durant lapremière période
dupâturage.
Si la courbe de
répartition
desvêlages
au cours de l’année est très loind’expliquer
à elle seule les variations de laproduction laitière,
ellepermet
par contred’interpréter,
dans unelarge
mesure, l’évolution de la richesse du lait en ses différents constituants et nousrejoignons
ici lesconclusions de WAITEet coll.
( 17 ).
Les maxima de teneur en matière grasse matières azotées et calcium s’observent enseptembre
etoctobre,
au mo-ment où une
grande proportion
des vaches est en cours de tarissement(
50
p. 100 environ des vaches en lactation sont à leur 8e contrôle ou au-delà).
Dans cette
région
duJura,
les facteurs saisonniersagissent
sur lateneur du lait en matière grasse et matières azotées dans le même sens
que le facteur « stade de
lactation »,
du moins à la sortie de l’hiver et lors de la rentrée à l’étable.I,’évolution de la
qualité
du lait est suffisammentimportante
pour serépercuter
sur le rendement du lait enfromage. (graph.
Il etIII).
I,’examen des courbes du
graphique
III faitapparaître quelques
ano-malies
qu’il
nous est difficiled’expliquer
pour l’instant.Signalons
parexemple, l’augmentation
du rendement enfromage
au cours du mois defévrier, augmentation
que nous retrouvonspendant
les deux années con-sécutives. Ce
phénomène
est d’autantplus
étonnantqu’en
1954, le rende-ment
augmente
alors que le laits’appauvrit
en matières azotées totales et se maintient en matière grasse. Plusieurshypothèses peuvent
être envi-sagées :
ou bien l’échantillon des 5 étables suivies nereprésente plus, quali- tativement,
le lait travaillé par lafromagerie,
ou bien il y a uneaugmenta-
tion sensible de la
proportion
de caséine dans les matières azotées totales(indice
decaséine) (i 5 ),
ou enfin lacomposition
desfromages (teneur
eneau)
est différente. Nous nous proposons depréciser davantage
ces diffé-rents
points.
A ce
sujet,
BERGMAN etJoosT ( 7 ) rapportent,
dans une étude por- tant sur les laits demélange
de 20fromageries réparties
dans toute laSuède,
une variation sensible dupourcentage
d’azote caséine au cours de l’année(de 7 6,i
à 79,z p.Z oo),
cepourcentage
étantplus
faible durant lapériode
d’alimentation à l’herbe.Moc Q uoT (z 3 )
trouveégalement,
en ana-lysant
le laitde 4 fromageries
de la Bresse, que l’indice de caséine estplus
faible en moyenne
pendant
lapériode
depâturage
que lors de la stabula- tion.J ARRI G
E ( 9 )
n’a pu mettre en évidence de modification durable dans l’indice de caséine des laits individuels lors de la mise à l’herbe. D’autrepart,
le même auteur, dans une autre étude( 10 ) précise
que l’indice de caséine resteremarquablement
constant au cours de lalactation,
sauf durant le dernier mois où il baisse sensiblement. Par contre, WAi’r! et coll.( 17
)
observent une chuteplus précoce
de l’indice de caséine au cours de la lactation : dès le 5emois de lactation environ. Etant donné legroupement
desvêlages
en hiver dans larégion qui
nousintéresse,
cette diminution relative de la teneur en caséine des matières azotées du lait viendraits’opposer
dans une faible mesure àl’augmentation
du rendement en fro- mage lors de l’arrivée massive des laits de tarissement(automne),
lesholoprotéines
ne contribuantpratiquement
pas à laproduction
du fro-mage. Par contre, une élévation de l’indice de caséine
pourrait
contribuerà
augmenter légèrement
le rendement enfévrier,
mais ne suffirait sansdoute pas à
expliquer
entièrement lapointe
observée à ce moment.La
pauvreté
du lait en matière grasse, matières azotées et calciumpendant
l’hivers’explique également
par la courbe derépartition
desvêlages:
le tableau V donne laproportion
des vachesqui
se trouvent durantcette
période
hivernale à leur le, 2e ou 3econtrôle,
donc autour du minimumphysiologique
pour les constituants étudiés.Cette
proportion
est calculée en p. 100 du nombre total de vaches enlactation. On voit que,
pendant
les moisd’hiver,
elle atteint oudépasse
la moitié de l’effectif des étables contrôlées.
Parmi les autres
questions
de détailqui
seposent
à propos de l’évo- lution de laproduction
laitière et de saqualité, signalons
les différences observées entre l’été 1953 et l’été i95! : en 1953, année où la sécheresse s’est manifestée brutalementpendant l’été,
laproduction
laitière a fléchitrès nettement dès le mois de
juin ;
en 1954, année où l’été s’est montréau contraire
particulièrement pluvieux,
laproduction
n’a diminué que d’une manièreprogressive.
La sécheresseagit
directement sur laproduc-
tion de matières azotées totales
beaucoup plus
que sur la matière grasse(cf. graph. III). J ARRIGE ( 10 )
avaitdéjà
relevé cet effetdépressif
de lasécheresse sur le T. m. a. t. du lait dans diverses
régions
de 1,’rance.En
conclusion,
nous pouvons considérer que pour lafromagerie
étu-diée,
et vraisemblablement pour toutes celles de larégion
duHaut-Jura,
le
principal
facteurqui
intervient sur laproduction
du lait est le facteur« saison » mais il est
suivi de très près par le
facteur« répartition
desvêlages’)
»(
55
à 60p. 100de la variance totale sont dus au facteur « saison»).
Par contre, les variations dans la
composition
du lait defromagerie
en matière grasse, matières azotées et calcium
dépendent
essentiellement du facteur «répartition
desvêlages
» associé à l’évolutionphysiologique
deces constituants au cours de la lactation. La saison interviendrait relati- vement peu, sauf dans les cas extrêmes: mise à
l’herbe,
rentrée à l’étable etpériode
de sécheresse estivale.Nous n’avons
pu,dans
le cadre de cetteétude, décomposer
le facteur« saison » en ses différents éléments : alimentation
(quantité, qualité)
-facteurs-climatiques
etchangement
de mode de vie(exercice notamment).
Mais il semble bien que pour la
fromagerie
étudiée où l’alimentation des vaches repose presque exclusivement sur l’herbe consommée en nature ou sous forme defoin,
le facteur alimentaire soit leprincipal responsable
del’action de la saison sur la
production
laitière.Seules des études
systématiques
debioclimatologie entreprises
en stationnous
permettront d’analyser
deplus près
ce facteur « saison ».IV. - LIAISON ENTRE
MATIÈRE
GRASSEET
MATIÈRES AZOTÉES
DU LAIT1-l’étude de la relation entre matière grasse et matières azotées des laits de
mélange
nous intéresse àplus
d’un titre : en dehors del’importance qu’elle présente
aupoint
de vuetechnologique
etnutritionnel,
cette étudepermettra
de voir si l’onpeut
ou nonapprécier
lesqualité fromagères
d’un lait de
mélange
àpartir
de son tauxbutyreux
en vue d’unpaiement
du lait
d’après
saqualité fromagère.
Le
problème
dupaiement
du lait selon saqualité fromagère, problème déjà
abordé dans uneprécédente publication ( 5 ),
revêt uneimportance
considérable pour la
région
duJura.
Les éleveurs ne s’orienteront vers une sélectionfromagère
que dans la mesure où ils en tirerontbénéfice,
cequi
n’est pas le casactuellement, puisque
le lait est vendu aupoids.
Nousrejoignons,
là encore, les conclusions de WeiT!(i8).
Si les écarts entre valeurs annuelles moyennes du T. B. et du T. m. a. t des différentes étables suivies sont relativement faibles
(cf.
tableauIII),
il n’en est pas de même pour les différences entre valeurs mensuelles ou
bimensuelles
(cf.
tableau VI, colonnes desvaleurs-limites) :
ces dernièresvont de 27,5 g de m. a. t. par