N° 74 - LE NABAB DU GRAND MOGOL par JEAN COUÉ
" La figure singulière et pittoresque d'un Français qui a cherché au XVIII siècle l'aventure aux Indes."
Le Monde
"Jean Coué - qui prend place parmi nos plus au- thentiques auteurs pour adolescents - signe là une œuvre forte, colorée, qui ne se contente pas d'évo- quer une figure insolite de cette " guerre " des Indes, mais toute cette époque mal connue de la plupart des Français."
L'Ecole des Parents
"Par un maître du roman historique, l'histoire d'un vaillant marin breton, René Madec, qui saura dé- fendre, à Pondichéry, les intérêts du roi de France, qu'il représente."
Formule 1
"Un livre aussi passionnant que l'était Kopoli le renne-guide, du même auteur."
Le Bulletin des lettres
"Cette chronique historique relate de façon vivante la guerre franco-anglaise aux Indes, au XVIII siè- cle. Une évocation colorée de la vie des rajahs ajoute au pittoresque du récit."
Livres Jeunes Aujourd'hui
"Jean Coué a trouvé dans le sujet qu'il traite ici, à l'intention des lecteurs de tous âges, une source d'inspiration qui fait de ce récit historique un de ses meilleurs livres. Roman très vivant d'une vie vraie. Ici la réalité dépasse la fiction."
Sélection Jeunesse
émission de Radio Suisse Romande produite par Claude Bron
PLEIN VENT
COLLECTION DIRIGÉE PAR ANDRÉ MASSEPAIN
DU MÊME AUTEUR dans la même collection :
KOPOLI LE RENNE GUIDE, couronné par l'Académie française
L'ÉPAVE DU DRAKKAR
LA GUERRE DES VÉNÈTES, Prix Korrigan LE NABAB DU GRAND MOGOL
aux Éditions de la Farandole : LES VEILLÉES D'ALOUMA
Aux Éditions G.P. - Presses de la Cité : LE DERNIER REZZOU
JEAN COUÉ
L A C O L È R E D U M A I P U
ROMAN
ÉDITIONS ROBERT LAFFONT, 6, PLACE SAINT-SULPICE, PARIS-6
© Éditions Robert Laffont, S.A., 1972.
NOTE DE L'AUTEUR
Si le lecteur — et nous le souhaitons! — a pour habitude, en certains cas, de se référer à son dictionnaire habituel, il risque, après avoir pris connaissance de la définition du mot Calmar, de se trouver désorienté :
« Mollusque marin, voisin de la seiche; les calmars littoraux atteignent cinquante centi- mètres de long... »
Beruwaga déployant toute sa force contre une simple seiche? Allons donc!
« Certaines espèces pélagiques (des mers pro- fondes) dépassent quinze mètres. »
Nous y voilà!
Ce calmar des Abysses, et des mers froides, est donc un calmar géant, plus imposant que la plus énorme pieuvre et qui, outre une tête plus allongée en hauteur, se distingue d'elle par le simple fait d'avoir dix tentacules, là où la pieuvre commune n'en a que huit. Ces deux appendices supplémentaires, de six à huit mètres de long, possèdent la particularité de pouvoir s'allonger à volonté pour, tout aussi
rapidement, se rétrécir, au point de se confon- dre avec le corps de l'animal.
Ces calmars monstrueux peuvent atteindre des dimensions proprement gigantesques. Ainsi (voir L'Épave du drakkar — même auteur, même collection), sur une plage de la Nou- velle-Zélande, les pêcheurs eurent, un jour, la surprise de trouver, échoué de tout son long, un calmar qui, de l'extrémité des tentacules au sommet du crâne, atteignait la taille res- pectable de seize mètres, soit, dressé droit, la hauteur d'un immeuble de cinq étages! Et les naturalistes n'hésitent pas à assurer l'exis- tence, dans les grands fonds, de calmars dépas- sant vingt mètres!
Voilà donc un adversaire en tous points digne de Beruwaga, lequel, par ailleurs, pos- sède suffisamment de ressources et de force pour ne pas le redouter.
Cachalot ; (toujours le dictionnaire) :
« Mammifère marin, de l'ordre des cétacés, différent de la baleine, dont il a la dimension, par la possession de dents fixes à la mâchoire
inférieure... »
Différent aussi par la forme plus trapue, carrée, de la tête, mais surtout par cette mâchoi- re qui en fait un carnassier.
« Une cinquantaine de dents, en os dur, les plus grosses larges de douze centimètres, toutes plantées dans sa mâchoire inférieure, chacune correspondant à un alvéole aussi dur
dans le maxillaire supérieur » (George Blond : La grande aventure des baleines).
Dureté, tranchant des crocs, et force colos- sale, contre mobilité des tentacules, souplesse du calmar. Un combat de géants!
— Baleine, droit devant!
Au cours des siècles, les pêcheurs eurent tout autre chose à faire que de s'embarrasser de subtilités linguistiques! ...Sus à la baleine!
Pique! Pique!
Et la baleine pouvait tout aussi bien être un cachalot!
Traditionnelle image, de la queue dressée droite sur un ciel bas, menaçant les barques minuscules...
— Attention! Elle plonge!
Eh bien, non! IL plonge! La baleine, elle, s'enfonce brutalement, telle une masse de plomb.
Mais après tout, la baleine elle-même est suffisamment imposante pour un terrien! Et la coutume fait loi. Cachalot ou baleine ? Qu'im- porte, tant le cri est beau! Tant il fit passer, sur le dos des hommes, l' inappréciable frisson de l'Aventure!
— Baleine! Droit devant!
PREMIÈRE PARTIE
1
BERUWAGA-LE-SOLITAIRE
Par-dessus les vagues courtes qui venaient clapoter au long de son flanc, Beruwaga pro- mena son œil rond jusqu'à cette ligne où, il le devinait confusément, la mer et le ciel se fondaient, au point de n'être plus tout à fait la mer, plus tout à fait le ciel.
L'océan était vide et Beruwaga sentit son cœur battre plus vite, ses poumons se dilater.
Aux premiers mouvements de sa longue queue
horizontale, tous ses muscles se tendirent,
vibrants sous l'épaisse couche de graisse, et
les oiseaux de mer, phalaropes et autres qui,
de leurs becs, fouillaient les moindres replis
de sa peau à la recherche des parasites : ber-
niques vrillées dans le lard de la bête, poux
gros comme des noisettes, s'envolèrent pré-
cipitamment... Quelques secondes, ils tour-
noyèrent à dix mètres à peine au-dessus du
cachalot et leurs piaillements semblèrent lourds de reproches.
Quand Beruwaga accéléra les mouvements de sa queue, les oiseaux tentèrent vainement de se maintenir dans le double sillage de l'énorme bête. Puis, brusquement, comme répondant à un signal perçu d'eux seuls, ils obliquèrent vers la gauche et, le col dans le prolongement du corps, ils prirent le vent qui montait du Sud.
Près de trois heures, du même mouvement puissant, le cachalot poursuivit sa route, indif- férent au vol tournoyant d'oiseaux nouveaux sur les ailes desquels le soleil jouait de cou- leurs éclatantes qui n'étaient plus des cou- leurs de mer. Parfois, il s'immobilisait et se laissait mollement bercer par les vagues, tel le corps chaviré d'une frégate.
Quand les premières brumes annonçant l'île apparurent sur l'horizon, Beruwaga ten- dit tous ses muscles et plongea brusquement la tête dans la mer, puis toute la longueur de son corps roula lentement au-dessus des vagues, un mouvement majestueux qui sem- blait ne devoir jamais se terminer, jusqu'à ce que, enfin, dressée à la verticale, comme un défi à l'uniformément plat de l'océan, apparaisse un bref instant le double triangle noir de son énorme queue.
Lorsque, après un gigantesque bouillon- nement, la mer se fut calmée, les oiseaux pri- rent de l'altitude et, aussi longtemps qu'ils
le purent, ils suivirent sous l'eau la plongée de l'énorme masse aux contours déjà flous.
En quelques secondes, trait noir dans l'océan, le cachalot descendit à cinquante, puis à quatre-vingts mètres, et les lumières orangées venues du ciel, de l'air libre, là-haut, dispa- rurent brutalement. Ce n'étaient pas encore les ténèbres absolues des profondeurs, mais un halo bleuté, à peine irisé par la course fulgurante des poissons rapaces aux couleurs ternies.
Prise dans les remous du monstre qui plon- geait sans fin, une énorme touffe d'algues tournoya longuement derrière lui, jusqu'aux limites du néant, là où, pour tout autre que le cachalot, la baleine, l'orque, et les poissons des profondeurs, cesse toute forme de vie.
Beruwaga plongeait toujours.
Il était bien au-delà de trois cents mètres, quand il commença, à petits coups de queue précipités, à redresser son long corps à l'hori- zontale.
Un poisson rond, disque rouge moucheté de reflets argentés, s'immobilisa à trois centi- mètres à peine de son œil gauche, et le cacha- lot ralentit sensiblement sa course. Derrière ce poisson, il en viendrait d'autres, des dizai- nes d'autres, des centaines même, carnivores affamés.
Tout le corps du cachalot frémit, un long frémissement de contentement.
Il avait fallu des jours de nage épuisante,
et cette longue plongée pour en arriver là, en ce fond mystérieusement connu de tous les cétacés du globe : là, et nulle part ailleurs, où, plus vieux encore que la baleine, aussi âgés sans doute que pouvait l'être le Monde, évoluent les poissons épouilleurs.
Avec jouissance, Beruwaga sentit vivre son dos d'abord, puis tout son corps, jusqu'aux moindres replis de la peau plus tendre de son ventre... Pas un pou, une bernique ou une pernelle qui puissent espérer se soustraire à la voracité des épouilleurs!
Avec la certitude heureuse que dans guère plus de quelques minutes il aurait enfin cessé de ressembler à une vieille coque de navire abandonnée et que, dans tout son corps ainsi nettoyé, le sang coulerait plus vite, plus pur, Beruwaga s'abandonna à la nostalgie du souvenir né de l'île à peine entrevue dans les brumes effilochées...
... Il y avait trois ans de cela — et qu'est- ce que trois années dans la vie d'un cachalot?
— que aux alentours de cette même île, il était devenu Beruwaga-le-Solitaire.
Peu avant encore, il était Beruwaga, tout simplement, hardi combattant, heureux de vivre, fier de sa force de jeune mâle et qui, des mers du Nord aux mers du Sud, des eaux chaudes aux flots glacés, se jouait des vagues levées par les tempêtes d'équinoxe, compa- gnon balourd des dauphins, des phoques et des morses. Puis était venu le jour où, au
plus profond de lui-même, il avait jugé avoir atteint l'âge de fonder famille et de livrer son premier combat de printemps.
Abandonnant les eaux glacées de l'Antarc- tique, il avait piqué droit en direction du Nord, jusqu'à la hauteur du 40° parallèle où, de la Patagonie au cap de Bonne-Espérance, de Melbourne à l'île Chatham, vont et viennent, guidés chacun par un mâle féroce et exclusif, les troupeaux de femelles.
A quelques milles de l'île Tristan da Cunha, Beruwaga avait repéré un vieux pacha très digne qui, d'Est en Ouest, menait ses dix épouses. Le vieux mâle avait mugi féroce- ment avant de fouetter l'eau de sa queue.
Impressionné par la rangée de crocs jaunis et ébréchés de son adversaire, Beruwaga s'était d'abord refusé au combat. Des jours et des jours, nageant le plus souvent entre deux eaux, il avait suivi le vieux pacha, à distance res- pectueuse, jusqu'aux eaux moins profondes de l'île.
Le soleil venait à peine de se lever que, de toute sa fougue, son ardeur de jeune mâle ivre de combattre, Beruwaga avait lancé, enfin, son attaque.
Toutes les embarcations qui croisaient au large de l'île avaient mis le cap vers la terre.
L'océan n'appartenait plus aux hommes.
Comme aux temps les plus reculés, il était redevenu pour quelque temps le domaine de Léviathan.
Dans un éclaboussement d'eau giflée, sous le regard faussement indifférent des femelles, les deux adversaires s'étaient lancés l'un contre l'autre, front contre front, cent cin- quante tonnes contre cent cinquante tonnes.
Trois fois, il avait chargé, et trois fois, le choc, sur la mer, avait roulé comme un coup de canon. Les mâchoires avaient commencé à fouiller les chairs et la mer bouillonnante à se teinter de rouge.
Le soleil était déjà haut quand le souffle du vieux mâle s'était transformé en un inter- minable mugissement convulsif. Beruwaga dès lors avait su la victoire à sa portée et, magna- nime, parce que telle était la loi du combat de printemps, il avait relâché son étreinte.
Le pacha déchu s'était retrouvé seul sur la mer alors qu'à une lieue à peine, sans un regard en arrière, les dix femelles nageaient dans le sillage de leur nouveau maître.
Quinze fois, au cours de ce même prin- temps, Beruwaga à son tour avait connu l'ivresse de la victoire, face aux attaques vigou- reuses de jeunes cachalots prétentieux.
Le printemps suivant le vit repousser plus de vingt assauts. Puis vint une nouvelle saison et dix-huit nouvelles charges contre Pacha Beruwaga.
Une saison sur une autre saison encore...
Jusqu'au jour où la chasse l'avait mené dans les eaux de l'île de Brume...
...Tout le corps du cachalot frémit et un
râle, comme un soupir de douleur, glissa entre ses deux grosses labiales pendantes.
Effrayés, les poissons épouilleurs s'éparpil- lèrent, à grands frétillements de queue désor- donnés.
Beruwaga déjà les avait oubliés.
Seul comptait maintenant le souvenir du dernier combat qu'il avait livré aux limites de l'île de Brume et qu'il revivait, douloureux, dans les moindres replis de sa chair...
... C'était dans les mêmes eaux, plus haut, beaucoup plus haut, en surface presque. Len- tement, à larges battements de queue mesurés, le cachalot entreprit sa remontée, persuadé, tant la scène lui était présente encore, qu'il saurait, à un détail, un reflet au creux d'une vague peut-être, retrouver en toute certitude le lieu précis où Bani-le-Fourbe avait, de Beruwaga, fait Beruwaga-le-Solitaire.
Il atteignait les limites où le soleil com- mence à teinter la mer d'ocre quand les pre- mières vibrations vinrent glisser sur lui, l'en- velopper, des vibrations lointaines encore, et plus régulières que celles nées de la course désordonnée d'un banc de poissons. Tout son corps se tendit. Lors du combat avec Bani-le-Fourbe, la mer avait ainsi frémi, mais tout à leur instinct tendu vers la lutte, les deux cachalots n'y avaient prêté aucune attention, pas plus qu'aux mugissements effrayés des femelles et à leur fuite. Beruwaga refermait sa mâchoire sur le museau de Bani quand la
douleur, atroce, insoutenable, était venue se ficher dans son dos, dix fois, vingt fois peut- être, y creusant de larges sillons qui ne devaient jamais plus s'effacer. L'instinct seul avait poussé le cachalot à sonder profondément, bien au-delà des eaux où meurent les bruits et les vibrations de la surface, comme si, avec eux, pouvait aussi mourir toute douleur.
Le navire s'était éloigné à la poursuite de Bani et des dix femelles. Déjà, sur les hélices coupantes, des tourbillons de mer avaient lavé le sang épais de Beruwaga.
De ce jour, la haine avait mordu le cacha- lot au cœur, la haine de tout ce qui, cétacé ou navire, se mouvait à la surface des eaux.
Beruwaga accéléra les ondulations de sa large queue. Énorme flèche noire, faisant tournoyer dans son sillage des bancs de minus- cules poissons désemparés, il montait tou- jours, à la rencontre des vibrations dont il devinait les ondes tout au long de son corps.
Deux jours plus tard, la nouvelle parvint à Melbourne : le West-Lothian avait, dans les environs de l'île Saint-Paul, repêché trois hommes accrochés à un épar et qui se disaient les seuls rescapés du chalutier japonais Mideki-
Yukawatu.
Quand le West-Lothian était venu se garer coque contre quai, les rares témoins avaient
pu voir descendre du navire, soutenus par les matelots anglais qui les avaient repêchés, trois hommes au teint cireux, aux membres agités de tremblements convulsifs.
Ceux qui, ce jour-là, avaient croisé le regard des Japonais avaient aussitôt baissé les yeux avec l'impression d'avoir, quelques secondes, côtoyé l'enfer.
La rumeur commença à circuler de table en table dans les cafés du port : les Japonais venaient d'être attaqués par un cachalot qui, par trois fois, avait chargé leur navire, l'avait éventré, déchiqueté avant de l'envoyer par le fond.
D'abord, les hommes avaient ri.
Il naît tant d'histoires extraordinaires dans tous les ports du globe, à l'heure où coule la bière!
« ... Et le Villalonga?.. Vous l'avez oublié le Villalonga ?... Et ici même, pas plus tard que l'an dernier, cinq barques dans le détroit de Bass... »
Les rires des hommes n'avaient plus été que sourires.
« ... Et le Monistrol?.. et le Senacherib? » Les visages s'étaient fait graves, d'un coup.
En onze mois, huit navires avaient ainsi disparu, aux limites de l'Antarctique, huit navires de faible et de moyen tonnage. Seule peut-être, la disparition du Senacherib, vieux rafiot mangé aux vers, pouvait s'expliquer normalement : quelques grains avaient, à
cette époque, sali l'océan Indien... Mais les autres ? Perdus corps et biens, par une mer calme ?
Le même jour, les quotidiens japonais, australiens, sud-américains avaient annoncé la disparition du chalutier nippon et la pré- sence à la hauteur du 40e parallèle d'une baleine tueuse.
Mais nous sommes au xxe siècle!
Seule l'imagination des gens de mer s'était enflammée et des images, déjà plus qu'à demi effacées, avaient défilé devant les yeux usés des vieux marins.
En Europe, la nouvelle n'avait guère occupé, dans le meilleur des cas, que cinq lignes dans un journal du soir en mal de copie.
... Une salle enfumée, avec cette odeur propre à tous les cafés de port, mélange de vieux bois et de pipes chaudes.
Depuis plus d'une heure déjà, l'homme était assis au fond de la salle, le col de sa jaquette élimée remonté jusqu'à la nais- sance des oreilles, les mains refermées sur sa chope.
D'abord, les matelots présents l'avaient dévisagé longuement, puis s'étaient interro- gés l'un l'autre d'un signe de tête. Non, per- sonne parmi eux ne connaissait le petit homme en noir. Alors, la bière aidant, ils l'avaient oublié, remarquant tout au plus que, par
moments, l'homme semblait ne rien perdre de leurs paroles et tendait davantage le visage en avant quand les conversations revenaient sur la baleine tueuse du 40e parallèle. Certains, si on les avait interrogés le soir même, se seraient sans doute souvenus encore de l'avoir vu tressaillir la première fois où ils en étaient venus à parler de l'île de Brume.
Il y a même gros à parier qu'il s'en serait trouvé un pour affirmer catégoriquement :
— Celui-là, il avait un drôle d'air! Tiens, je ne sais trop comment te dire... un air de pasteur! Voilà! C'est ça, un air de pasteur ! Et peut-être — et même s'il ne l'avait pas entendu réellement, celui-là n'aurait pour- tant pas menti ! — aurait-on entendu un mate- lot marmonner :
— Quand il est sorti, il s'est immobilisé un instant à la porte, s'est retourné vers nous sans nous voir, vous savez, un de ces regards vagues comme en ont les gens de mer — et pourtant, il n'avait rien d'un matelot! — avant de murmurer : « Seigneur, pardonnez- moi! C'est maintenant qu'ils ont besoin de moi! Il faut que je retourne là-bas! Il le faut! » ... Je l'ai entendu, monsieur! Je peux le jurer!
Mais qui croirait, comme ça, sur parole, un matelot qui, plus d'une heure, a bu la bière, chope après chope, dans une taverne de Perth, en Australie?
Le Maipu est une île volcanique du bout du monde sur laquelle vit une poignée de pêcheurs. Un drame puissant et triangulaire se nouera entre ces hommes qui vivent de la mer, un cachalot tueur et le volcan en éruption. Avec un magnifique talent, arrivé à maturité, Jean Coué évoque cet enchevêtrement de destins, mais aussi la nature sauvage et la rude poésie des latitudes australes. Tous les lecteurs qui ont aimé les précédents romans de Jean Coué, parus dans PLEIN VENT, seront comblés par
cette œuvre nouvelle, étrange et envoûtante.
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