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Image-contact : expériences de transitivité

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Academic year: 2021

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Texte intégral

(1)

IMAGE-CONTACT:

expériences de transitivité

Mémoire Présenté

à la Faculté des études supérieures de l'Université Laval

pour l'obtention

du grade de maître es arts ( M.A.)

École des arts visuels

Faculté d'aménagement, d'architecture et des arts visuels UNIVERSITÉ LAVAL

SEPTEMBRE 2001

(2)

RESUME

Je commence par mon corps comme lieu de mémoire, de passages et de rites. Je commence par une relation de contact éveillée du mouvement entre les corps dans différentes situations de mise en espace. Ma pratique est donc fondée sur l'acte, l'expérience, et la mise en situation. À travers mes images contact, j'investigue une transitivité entre les corps, les choses et les sens. Dans cette transitivité, j'expéri-mente l'image en tant que sensation et durée.

Mon mémoire intitulé Images-Contacts : expériences de transitivité est un exercice de réflexion éveillé par ma propre pratique. Je développe paralellement des images et des actions liés au corps, aux objets et aux lieux. Je joins à ceux-ci des notes de vidéo, de journal, de descriptions de travail, de récits d'expériences.

Les Images-Contacts sont donc des images singulières et plurielles, réelles et imaginaires, des images d'expériences concrètes, animées par un état de transi-tivité et par une relation de contact. Je renvoie profondément mes expériences à un rituel du corps. Elles me permettent d'imaginer d'autres corps, d'autres enveloppes, d'autres peaux, d'autres images-contacts ; d'autres formes changeantes et lieux passagers pour y habiter.

Giorgia Volpe Jocelyne Alloucherie directeur de recherche

(3)

AVANT-PROPOS

Mes remerciements vont d'abord à mes amis et collègues pour leur présence ines-timable, leur joie de vivre, leur éternel encouragement. À tout les projets que nous avons réalisés ensemble et à d'autres, futurs, à réaliser.

Merci à ma directrice de recherche, Jocelyne Alloucherie, pour sa sensibilité, son appui généreux et ses commentaires lucides.

J'exprime ma très sincère reconnaissance à Madame Nicole Malenfant, pour sa col-laboration humaine et son encouragement dans mes jours d'incertitude et d'attente. Je suis reconnaissante à mes professeurs : Georges Bogardi, Marcel Jean,

Bernard Paquet et, également, aux techniciens en photographie et en vidéo Renée Méthot et Jacques Blouin.

Je tiens aussi à remercier Madame Doran, directrice de L'École des Arts Visuels et l'Université Laval pour l'appui du Prix d'Excellence qui m'a permis de développer et de poursuivre mes recherches personnelles.

Enfin, je témoigne ma gratitude et mon amitié à L'Atelier de Création, spéciale-ment à Anne-Claire qui m'a permis de réaliser le projet L'autre côté du miroir avec les artistes de cet Atelier, et également à mes collègues du Centre Vu et du Lieu.

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Résumé II Avant-propos III Table des matières IV Introduction

Limage contact 2 Expériences du dedans et du dehors

Mouvements

Du passage et de la transmutation

2.Le corps, lieu de "l'habité" 6 Lieux de temps

L'apparition Un Rite

Le corps, les choses et les sens

3.L'objet transférentiel 15 Les masques

4.Notes Vidéo 19 Masques

Objets incorporés et manipulés Actions à l'extérieur et en situ

5.Considérations générales 27 6.Des images, des expériences 28

Un espace trop proche 29

La débordée 31 Mur d'offrande 33 Composition n.l pour femme perdue dans le marais 34

Derrière le rideau 35 Les coquillages 37 Bureau 4040-b 39 Meuble à tiroir 40 Rencontres 41 7.L'Atelier de mouvement : Images contact - images mouvantes 48

À propos de l'improvisation-contact 50

Activités proposées 51

8.Les Cahiers 55 Notes

Bibliographie

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Je me dédie à explorer les images qui suscitent et provoquent dans le corps dif-férentes sensations de contact, d'adhérence et de contiguïté, dans une relation de celui-ci avec les objets et les espaces. À travers la vidéo, les ateliers de mouvement et la mise en espace des objets, je cherche à éveiller dans le corps, un lieu de pas-sage entre l'ouvert et le fermé, le dedans et le dehors, le visible et l'invisible, le proche et le lointain.

Dans mes voyages et résidences nomades, mon travail demeure pour moi un lieu qui me permet de vivre un processus de domestication. Il me fournit l'expérience de créer des images et des objets qui m'aident à établir un contact entre ces mon-des que j'habite et qui m'habitent.

Je travaille des structures faites à la main, je groupe, rassemble, je fait proliférer par un besoin d'habiter. C'est une maison, une tente, un nid, un lit, un cocon, un mur tissé, une barrière, une fenêtre, un toit, un coin, des enveloppes, des coquil-lages faits de mousse, des corps cellulaires. Mes images naissent du processus et l'expérience d'un contact du moi à la matière, elles sont une possibilité de trans-formation et de résistance à mon environnement.

Mes images contacts sont le fruit d'une expérience d'engagement corporel, plas-tique et sensoriel aux choses. Elles sont les images d'un acte et tout ce qu'il sus-cite dans le corps, une sorte de mémoire corporelle, affective et sensorielle par rapport aux objets, à mon environnement, à mon identité. Ces expériences me permettent d'imaginer d'autres corps, d'autres enveloppes, d'autres peaux ; d'autres formes et lieux pour y habiter.

(6)

« Images-contacts ? Images qui touchent quelque chose puis quelqu'un. Images pour atteindre au vif des questions : toucher pour voir ou, au contraire, toucher pour ne plus voir ; voir pour ne plus toucher ou, au contraire, voir pour toucher. Images trop proches. Images adhérentes. Images-obstacle, mais où l'obstacle apparaît. Images contiguës, images adossées. Images pesantes. Ou alors très légères, mais qui affleurent, effleurent, nous frôlent et nous touchent encore. Images caressantes. Images tâtonnantes ou déjà palpables. Images sculptées par le révélateur, modelées par l'ombre, moulées par de la lumière, taillées par du temps de pose. Images qui nous rattrapent nous manipulent peut-être. Images capables de nous froisser, de nous heurter. Images pour nous saisir. Images qui pénètrent, images qui dévorent. Images pour que notre main s'émeuve. »'

(7)

«J'incarne des nouvelles formes d'apparition, de reflet et d'incorpora-tion, comme dans un rituel de passage, j'apporte provisoirement des états d'esprit et des états de matière. Simple tentation formelle ? Non, pure for-mation et nécessité du geste, comme un beau vêtement destiné à méta-morphoser. Agissant non seulement comme reflet mais comme force. »2

« Rechercher une forme qui serait à retrouver que ce soit dans le passé ou dans l'avenir, mais à rechercher le vécu expérimental du participe présent de l'évolution incessante des formes.»3

Me voilà un instant en train d'imaginer quelques travaux ou quelques expériences : pas forcément des choses achevées, mais simplement les notations des images con-tact, élaborées au long de ma maîtrise. Entre l'imaginaire et sa concrétion, il y a une grande distance. J'ai décidé de partir des explorations directes issues de différents modes d'opération et de manipulation des matériaux en les conduisant d'une façon intuitive par rapport à mon corps et au mouvement. Je me suis dit que je ne pour-rais en parler avant de vivre ces expériences dans ma propre chair.

Mes images sont donc nées des expérimentations qui ne s'arrêtent pas en elles-mêmes, mais qui au contraire, continueront dans différentes formes et sur divers supports : édition de livre, projection vidéo, installations. J'investigue dans les images une forme d'action, les possibilités plastiques d'un engagement corporel aux objets, aux espaces et à l'autre.

Mes vidéos, par exemple, se présentent comme les fragments d'un monde. Un monde de sensations, d'attitudes, de gestes dont la matière est la relation du corps aux choses, à la durée de cette relation et aux lieux habités par leur présence. Dans l'ensemble de ma pratique et à travers différents moyens employés, j'ai toujours le désir d'éveiller des formes d'expériences liées au corps. Ces formes matérielles ou immatérielles engen-drées par l'acte composent dans mon esprit certains paysages. Mon propre corps en mouvement reflète ces paysages. Il devient le lieu où habitent les présences de formes sensorielles et plastiques, des rythmes du dedans et du dehors.

(8)

plus que le mouvement de

la m arche

Mouvement autour

de la tête

n

,

n

Mouvements de la tête

débordée

_, y Mouvements qui

mode-lent ^

M

qui, masquent _ _ .

Mouvements des replis

et aes enroulements

Mouvements de la main

enveloppante -,,,,.

Mouvements d'étirement

en tous sens

Mouvements du.visage

Mouvement respiration

Mouvement du cœur, .

Mouvement a

7

agitation

.,. Mouvements des r orme s

disparaissantes

qui m'échappent, .

L

_ Mouvements a nets

multiples . ^ . ,

Mouvements intercales

de repos ^ , . . .

Mouvements résiduels

Mouvements à la

.d'autres mouvements

on ne, peut montrer

ui habitent

(9)

de contact entre corps et matière, une sorte de passage d'un corps vers l'autre. À travers la vidéo, je travaille le passage du dedans et du dehors entre les corps, les sens et les choses. Ces sont ces images de passage, de mouvement, de rythme, de respiration. Elles suscitent une présence, un corps apparaissant et disparaissant ; un corps à la fois familier et étrange ; proche et lointain, réel et imaginaire. Sont-t-elles des reflets de la mémoire du corps ?

Corps mobile, Corps métamorphosant, Corps fragment ; Corps appendice ; Corps miroir ; Corps empreinte ; Corps flottant, Corps pesant, Corps tendu ; Corps touchant, Corps caressant , Corps sensible, Corps signe, corps transférentiel , Corps général.

La vidéo me permet d'explorer une certaine zone de passages et de mouvance entre les images. Cette zone existe dans les transitons, dans les juxtapositions, dans les attouchements entre les corps. Les corps qui se touchent l'un à l'autre et produisent des métamorphoses par ce contact. La vidéo demeure dans mon travail un lieu de passage, où je peux arrêter les idées au vol et à un point quelconque de leur transmutation. Un lieu de transition et de contact entre deux mondes, celui du dedans et du dehors, celui du réel et de l'imaginaire. Ce lieu, à la fois concret et abstrait, est habité par des images physiques, poétiques et plastiques : Images de frottement, Images de pénétration, Images de glissement Images d'attouche-ment, Images d'envelopped'attouche-ment, Images d'incorporation, Images tournantes, Images qui apparaissent et disparaissent,

Dans mes vidéos, je construis un état de contiguïté, de proximité entre mon corps et les choses, par une relation de contact, de manipulation et de mouvement. Mon corps devient, lui-même, image et action, Image-Contact. Un corps durée, un corps espace.

« Un corps temporalité qui possède simultanément les attributs de la forme et du temps, non pas la forme statique, immuable, diamantaire, mais la forme fluide de ce qui surgit et disparaît de ce qui est changeante. »5

En élaborant mes images, je me permets d'expérimenter et d'inventer d'autres formes plastiques et sensorielles. Je les incorpore et les intègre dans différents espaces et contextes, pour que ces formes transmutables, ouvrent d'autres passages.

(10)

Le corps est un lieu « où la totalité du monde s'inscrit et se circonscrit »6, un lieu

d'expérience et de mémoire.

Je ne trouve pas de sens en dehors de l'expérience du corps. J'incorpore mes images, elles m'incorporent. Je suis la mémoire de mon corps. Je suis la structure, le contour, la forme mouvante de mes expériences. Je suis la membrane qui sépare le dedans et le dehors. Je construis des architectures mouvantes qui acquièrent forme et sens quand je les habite. J'habite par le toucher. Je construis des enveloppes pour y habiter. Ils deviennent des organismes associés qui se laissent pénétrer, qui s'animent par mon mouvement ; ils deviennent des structures qui revêtent la structure mon corps, qui se laissent incorporer dans mon mouvement et qui peuvent même le transformer. La peau, le vêtement, la maison, l'environ-nement, l'identité, ce sont autant d'enveloppes corporelles. Pénétrables, impéné-trables, tissus, recouvrements, élasticité, gravité, poids, formes, couleurs, textures, flexibilité, transparence, plis, noeud..

L'espace du bâti est l'espace de chacun. Je trace un contour autour du corps, il devient un lieu et je l'habite.

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(13)

« L'Univers est temps, le temps est mouvement et le mouvement, changement. »8

Je m'intéresse à une temporalité et à une spatialité de la présence des formes asso-ciées au corps. J'utilise la vidéo comme un espace de réflexion, de la projection de ces formes dans une durée. Je m'attache moins à la manipulation de l'espace, qu'à la sensation de durée et de passages que les images engendrent entre-elles.

Lors du montage-vidéo, ces passages sont construits dans les transitions, les chevauchements et les enchevêtrements des images. Le montage transforme les gestes vécus en images. Il me permet de construire de nouvelles structures comme des partitions de temps à partir de séquences, de superpositions, de rythmes ainsi que de la répétition des images.

La vidéo rejoint deux temps présents à l'intérieur de mon travail : Un temps frag-mentaire de l'accumulation, de la contiguïté, de la contemplation et de l'étalement des formes.Un temps totalisant de la saisie, de la coupe, de l'instant, de l'unicité,

(14)

de l'éclatement.Un temps cyclique où il n'y a ni commencement, ni fin.

Liotard dans L'inhumain a imaginé une sorte d'ambition enfantine qui permettrait d'isoler différents « lieux de temps »9. Il a dû observer les enfants qui, jouant avec

leurs jouets, découvrent intuitivement le monde par leur sens et par le contact aux choses. Quand j'observe les enfants jouer, il me semble qu'ils ne sont pas là, ou sont peut-être transportés ailleurs, dans un autre lieu et dans un autre temps. Ce lieu est presque impénétrable, c'est là où tout devient possible et « concret » dans l'image action. Ce rapport aux objets, cette espèce d'absorbance qu'ils provoquent m'a tou-jours fascinée.Je pense à cette absorbance réciproque : ce que je provoque dans les

objets et ce qu'ils provoquent en moi. Je m'approprie des objets trouvés dans mon quotidien, je les reconstruis, je les transforme, pour, peut-être, retrouver le temps perdu, le temps déjouer, le temps de provoquer quelque chose dans mon corps. Le temps de découvrir les choses dans leur proximité, dans leur contact, pour nous découvrir nous-même.

Avec la vidéo, je cherche à retenir la durée des sensations nées d'un contact entre le corps et les objets. Je propose l'image d'un corps général, un corps imaginaire qui reflète en lui, des formes physiques et métaphoriques, des forces structurelles existant à l'intérieur de mon propre corps.

Les images éveillent dans mon corps un sentiment de mouvement, des forces plas-tiques, organiques, des instants mythiques. Elles me permettent de pénétrer un lieu de sensation, de rythmique, d'avoir le temps du silence, d'excitation, de peur, de désir, de solitude. Ce sont ces « lieux de temps »10, que j'investigue en vidéo ; lieux

d'images contact, de sensation ; lieux de suspension, d'équilibre et de déséquilibre; lieux de passage entre les choses; lieux de rite.

(15)

L'apparition

« L'œil stratifié, lunaire aussi des femmes. Cet œil de rêve qui sem-ble nous absorber et devant qui nous-même nous apparaissons fan-tôme. Nous assistons à une alchimie mentale qui d'un état d'esprit

fait un geste. »n

« Il se réveille d'un grand sommeil au milieu de ses papiers. Ou bien il dort encore, ou il n'est plus lui-même. Il se transforme petit à petit et aussi toutes les choses autour de lui. Sans dire un mot, Il ne fait que se dédoubler. Puis, il se dédouble encore... Je vois son autre côté. L'un tout droit et l'autre à l'envers, pendu par les pieds. Leurs têtes chauves d'homme et de femme se touchent l'une à l'autre symétrique et complémentairement. Deux extrémité à l'envers, un point de contact. Ils habillent une espèce d'uniforme de miroir, puis ils tournent l'un sur l'autre et leur reflet se projette sur mes yeux.

Dans la plus profonde noirceur, des points de lumière bougent lentement en dessinant un corps informe devant moi. Dans leur présence et avec leur chair, ces corps éclairés incarnent devant mes yeux, une apparition »12

(16)

Un Rite

Pour commencer une cérémonie de Candomblé il suffît de rassembler les corps dans un lieu. « On commence à battre du tambour vers l'Afrique lointaine et les dieux entendent cet appel. »13 Les corps vêtus en blanc gesticulent dans une

agita-tion rythmique de mouvements répétitifs au son de percussions infatigables. Ils marchent et tournent, des mains étendues comme des racines et des pieds qui frap-pent la terre.

Les odeurs de la sueur, de parfum, de rhum, de racines brûlées envahissent la salle. Les corps, les objets, la danse, la musique, l'alcool sont là pour transmettre les vicissitudes de ces esprits. Sans eux, il n'y aurait pas de jonction entre les mondes visible et invisible. « C'est de cette façon qu'on se prépare. Cinq ou six heures se passent, et les dieux arrivent : Ils volent au-dessus des têtes, mais il est inutile de lever les yeux puisque, bien entendu, ils sont invisibles. Il leur faut maintenant quelqu'un comme médium, et ils choisissent un des participants. Un coup de pied, un ou deux gémissements, un bref paroxysme, et un homme possédé se lève, n'étant plus

lui-même, mais rempli du dieu. Le dieu a désormais pris forme. »14

Le Candomblé représente, une manifestation puissante de totale intégration physique et spirituelle des forces de transition et de la transformation qui inter-agissent mutuellement dans le corps (dans la chair, dans les organes). Elles sont des images concrètes de la matérialisation de ces forces, de rythmes (la musique), de mouvements (la danse), de transferts (dans les objets quotidiens, et de cultes, les parfums), de contacts (dans le besoin de transmettre). Dans une atmosphère de suggestion hypnotique, l'esprit est atteint pour une appellation directe sur les choses, sur les sens. L'invisible incarne le visible. Le corps humain est le lieu de métamorphose, de transe et de rêve. Il change ses contours à travers une incorpo-ration de forces et il devient un lieu de rite.

(17)

Le corps, les choses et les sens

Un corps devant moi. Je m'approche, mais, j e ne l e s a i s i s p a s . Je l e touche. Un dehorsmoi, un a i l l e u r s -moi qui me surprend. I l e s t là tout proche, dedans même. Dedans e t dehors. Familier e t é t r a n g e r

,-proche e t d i s t a n t

Dans la vie quotidienne, on côtoie les objets de multiples manières. Les objets peuvent avoir une fonction déterminée, une valeur ou une signification précise, mais entre ces fonctions diverses, ils servent à créer des relations qui viennent chercher dans nos corps des possibilités d'identification, d'appartenance et même de modèle d'intimité.

« Lorsque tu portes longtemps une chemise, une chaussure, le destin de ces objets s'unit au tien. L'homme façonne à son image ce qui l'en-toure, il l'intègre à lui. Il y abandonne une partie de ce qu'il est »1S

Je collectionne, manipule et transforme des objets et des matériaux trouvés dans mon quotidien : différentes sortes de tissus, de textures, de ballons gonflables, des matériaux flexibles et mous, élastiques, plastiques, de savon, des enveloppes trans-parentes et opaques, des peluches, des sacs, des bouteilles, des casques de bain, des fils. Tout ce qui peut être associé ou animé par le corps, tout ce qui peut fonction-ner comme son extension et son prolongement. Ces matériaux m'éveillent une espèce de mémoire corporelle, sensorielle, affective, comme si mon corps pouvait se dévoiler parmi ces choses qu'il voit et qu'il touche, comme si en touchant d'autres choses, d'autres peaux, il s'agissait de m'identifier ou de m'approprier de nouveaux modes d'existence.

(18)

Les choses fondent leur sens en tant qu'elles éveillent nos sens. Mon corps mod-èle des choses et les choses modmod-èlent mon corps. Mes objets sont des structures transformables dans leur possibilité et dans leur rapport d'intégration physique, plastique, sensorielle, affective, concret ou imaginaire. Dans cette relation, ils deviennent des structures supplémentaires, incorporables au geste et au mouve-ment : des appendices, des sacs, des membres, des protubérances, des amulettes, des vêtements. Je les réduis à une géométrie de construction et déconstruction, de sensations et de rythmes.

J'expérimente la visualisation du mouvement des formes plastiques contenues à l'intérieur d'un geste, dans le contact avec d'autres corps. Les formes évoluent organiquement à l'intérieur de l'acte, elles deviennent des forces plastiques qui agis-sent sur le corps et sur la mémoire du corps. Ces forces sont manifestées par les res-pirations, par les rythmes, par les mouvements actifs et passifs. En manipulant dif-férents matériaux et des objets, je cherche d'autres corps d'autres formes trans-formables qui sont à la fois contenants et contenus, qui révèlent un dedans et un dehors. Je me plie à la logique des matériaux, j'accepte leur caractéristique, pour récréer une sensation, un mouvement et un espace.

Par un contact intuitif avec eux, j'investigue les possibilités plastiques qu'ils dégagent : de pli et de repliement, de tension et de contraction, de force et de rétention, d'in-tériorité et d'exd'in-tériorité, d'attraction et de répulsion. À partir de matériaux, et à tra-vers leur manipulation ou leur construction, je vois ce qu'ils provoquent comme mou-vement, comme adhérences et comme sensations dans ma chair et ma mémoire. Le corps et les objets existent mutuellement en tant que images.« Les signes-images, tout en demeurant des signes, se fondent entièrement avec les formes qui les expérimentent, voire avec la matière même. Ainsi, non seulement une idée se cristallise en objet matériel, mais la fusion de l'un et l'autre est une authentique métaphore, non pas verbale, mais sensible. L'idée se mue en matière, en une forme qui, si nous la tou-chons, devient pensée, une pensée que nous pouvons caresser, faire résonner. »16 Mes

images reflètent l'expérience de mon corps associée à la réalité des matériaux. Mon corps devient des signe-images mouvants où se manifestent le visible, dans sa présence physique, matérielle et sensorielle ; et l'invisibles dans sa présence métaphorique. Je cherche à entendre ce qui est propre aux matériaux pour les faire rayonner

directement sur mes organes, sur mon corps. Dans cette relation de contact entre mon corps et les choses, naissent des prolongements, des appendices, des reflets

(19)

L'OBJET TRANSFÉRENTIEL

« Les objets activent un espace tel, en eux ou autour d'eux, qu'ils s'ouvrent sur une expérience physique du corps. Ils demandent plus que la vue et le toucher. Ils exigent le déplacement du corps : expérience physique du déplacement vers l'extérieur, déplacement imaginaire vers l'intérieur. Cet objet est déjà monument, il n'est pas encore architecture, il reste un projet utopique, un modèle de rupture et de passage ouvert, un germe d'évolution. Ces objets est dans l'ordre de la métaphore ce qu'il est dans l'ordre de la construction : un espace de forces, une exigence de bâtir, une demande d'habiter. Cette métaphore c'est la métamorphose de l'espace des forces »" L'objet est l'image de mon expérience, il peut assumer diverses formes, occuper dif-férents lieux, se déplier, se multiplier, envahir les espaces.Les objets transférentiels sont eux-même des corps dédoublés, surchargés de reflets, multipliés dans le dédou-blement de mon mouvement, par mon contact aux choses. Je m'intéresse aux objets en tant qu'images et formes incorporables dans les vécus de l'action, de l'expérience. C'est à travers la relation aux objets que l'on affirme l'existence du corps. J'imagine d'autres lieux pour habiter, d'autres peaux : des lieux intimes, des lieux de résis-tance, de repos et d'agitation. J'imagine d'autres contours et frontières entre le dedans et le dehors. Ils nous aident à éveiller des sensations, la mémoire affective, sensorielle, corporelle qui existe à l'intérieur de notre corps. C'est dans le contact avec les objets que l'on établit l'équilibre entre le monde intérieur et extérieur.

(20)

Dans les années 70, l'artiste brésilienne Lygia Clark a proposé une série des Objets Relationnels qu'elle intégrait dans un ensemble d'expérimentations appelé Nostalgie du corps. Ces objets éveillaient chez les participants un « vécu dans une intériorité imaginaire de leur corps »18. Selon elle, l'objet relationnel n'a pas de

spé-cificité en soi. Comme son nom l'indique, c'est dans le rapport établi avec la fantaisie du sujet qu'il se définit.. " Le même objet peut exprimer des significations différentes pour des sujets différents, ou même pour un seul sujet à des moments différents. Il est la cible de la charge affective, agressive ou passionnelle du sujet, dans la mesure où celui-ci lui prête une signification, et à partir de ce moment, il perd sa condition d'ob-jet, tout simplement, il devient imprégné, et commence à être vivifié comme une par-tie vivante du sujet. "19. Les travaux de Clark proposent aux participants une sorte

de relation de contact, de manipulation et d'incorporation des objets, afin de stim-uler chez eux leurs propres réalités physiques et psychiques.

Clark a soulevé, à son époque, quelques importantes réflexions concernant le rôle social de l'artiste. Elle croyait à l'artiste comme « propositor »20 d'expériences et

l'art comme instrument d'auto connaissance, de restructuration, d'intégration et de libération des individus. Son travail a provoqué et provoque encore d'impor-tantes discussions et polémiques tant dans le domaine de l'esthétique que thérapeutique. Elle demeure un exemple et une référence pour moi ainsi que plusieurs artistes brésiliens de ma génération. Sa vision de l'art m'a aidé à recon-naître et à assumer dans mon propre travail une approche expérimentale et processual ( du processus) liée au corps, à l'acte et aux images.

Dans mes exercices vidéographiques, j'utilise quelques objets comme forme d'ob-jets relationnels. Mes obd'ob-jets ne présentent pas formellement d'analogie avec le

corps, mais entre ce dernier et l'objet se créent des rapports à travers la texture, le poids, la dimension, la température, la sonorité et le mouvement. Ils créent des formes dont les textures et les métamorphoses continues engendrent des rythmes corollaires aux rythmes sensoriels que nous éprouvons dans la vie. Quand je les manipule, j'établis des rapports d'espaces pleins et vides à travers des masses qui coulent dans un flux incessant. Mon identité se décante dans l'identité qui surgit de ce modelage. L'objet incarne mon identité et à travers lui je vis une relation de transfert.

Mes objets transférentiels n'existent qu'à l'intérieur de l'acte eminent. Ils m'of-frent la possibilité de vivre par un échange expérimental, une forme de connais-sance intérieure, une forme d'image contact.

(21)

Les masques

«Je sais bien qu'il est aisé d'élaborer une théorie de la fluidité des choses et des âmes, de percevoir que nous sommes un écoulement intérieur de vie, d'imaginer que ce que nous sommes représente une grande quantité que nous passons par nous-même, et que nous avons été nombreux. Mais il y a autre chose ici que ce simple écoulement de notre personnalité entre ses propres rives ; il y a l'autre, l'autre absolu, un être étranger qui m'a appartenu. »21

« D'où vient que, les enveloppant, mon regard ne les cache pas, et, enfin, que, les voilant, il les dévoile ? »22

« Le masque efface l'homme en tant que personne et laisse ce champ libre à la créature dansante qui ne demande qu'à prendre corps »a

(22)

Je m'intéresse aux masques comme une sorte d'objet transférentiel et, comme une matière plastique transformable, modelable . Ils intègrent physiquement mon corps, dans leurs frottements, leurs glissements, leurs recouvrements, dans leur contact avec ma peau. Dans le contact avec mon corps, ils produisent en lui une sensation d'autres peaux, ils se transforment tels des prolongements, des organes supplémentaires et des appendices. Comme prolongement du corps, ils agissent à l'intérieur puis à l'extérieur de lui, une frontière mobile.

Les masques constituent donc une part importante du langage concret du corps dédoublé dans les choses. Un corps multiplié en reflets de lui-même, avec ses gestes, ses attitudes, ses mouvements évocateurs ou arbitraires.

Les masques du corps sont des enveloppes corporelles qui fonctionnent comme une deuxième peau, comme un vêtement. Chez d'autres civilisations plus anci-ennes, ils sont utilisés comme parure, ou encore, ils servent comme instrument de rituel. Ils permettent au corps d'incarner les esprits dans les rites de passage. Leur rôle est donc d'offrir une série de formes intermédiaires qui assurent le passage du réel à l'imaginaire, du concret à l'abstrait, de la sensation à la représentation, de l'intime au social.

Mes masques sont créés intuitivement à partir de mouvements et de gestes répéti-tifs associés à différents matériaux. Ils naissent pour ainsi dire de la propre sug-gestion de ces matériaux dans leur expérience : d'adhérence, d'enveloppage, des collusions, de fusions et de résistances résultantes.

Concrètement, mes masques fonctionnent dans leur présence en tant qu'objets plastiques. Ils sont constitués de formes molles, malléables et flexibles, de tissus, ou encore de matériaux divers comme les cheveux, les coquillages, du fil, des bal-lons, du savon, etc. Ils ont pour fonction de masquer et de démasquer ; de révéler et de cacher, les parties de mon corps, lui offrant une autre enveloppe corporelle, ou peut-être une autre couche identitaire.

Ils m'éveillent à d'autres structures et forces existantes à l'intérieur de moi, d'autres formes et contours mouvants, transformables et métamorphosantes. Ils sont le dédoublement et de reflet d'autres corps différenciés en moi.

(23)

NOTES VIDÉOS

Ces situations suspendues, répétitives, sans début ni fin.

Ces mouvements, ces gestes, ces silences, ces attitudes, ces fragments de rites.

Les images ont un corps fait d'une pellicule d'être sans épaisseur, con-stitué de vibration et de lumière. Le corps ici est devenu une chose, interne et animée, qui pousse et repousse, qui se multiplie en fragments, qui se dédouble en lui-même, qui touche et fait voir. Mise au point sur le corps, mise sur point sur l'image. Quelle est la différence ?

Une image : Une forme solitaire. Un fantôme. Son reflet a des yeux qui me regardent et des mains que me touchent. Avant même de me fixer sur lui, mon regard est déjà pris sur une existence atmosphérique, de pas-sages et de configurations, de texture et de lumière.

« Toute vision a lieu quelque part dans l'espace tactile. »2' Le contact

c'est sa première initiation.

Ma main droite touche ma main gauche en train de palper les choses, descend dans les choses. D'où vient que je me donne à pénétrer cette matière, dans cette vitesse, cette direction du mouvement ? Mes mains décident pour moi, elles sont capables de me faire sentir les textures, les latences de la chair des choses. Les choses, mes mains peuvent les transformer, les déformer. Elles le font aussi à moi.

Entre mes formes rêves, un tissus se plie et se déplie, se double et se multiplie. J'habite le tissu de choses : ma peau, mon vêtement, ma

chambre, la maison, le lieu où j'émigré. Je suis faite moi-même de tissu. C'est dans ces contours que j'enferme mon identité.

J'imagine d'autres contours mouvants où j'éprouve la transition, la métamorphose, les passages, où je vis le mouvement de mes expériences dans mon corps.

Mes images n'ont pas de message précis, déterminé. Si l'on cherche, ^

elles deviennent indéchiffrables ou trop évidentes. f^/ ^V^

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Masques

réalisées entre l'automne 1999 et l'hiver 2001

Buzios

Une prolifération de coquilles que recouvre et découvre mon visage. Matériel : buzios, petits coquillages utilisés par le culte Afro-Brésilien comme instrument pour lire le présent et le futur.

Durée : Projection en boucle

Batucada

Je fais résonner sur mon corps le rythme de la batu-cada en frappant avec une cuillère et un couteau sur une carapace métallique dure et résistante. Elle sert à me protéger des coups de ces instruments sur mon corps.

Cette action a été inspirée du son de la « batucada » jouée par des musiciens brésiliens.

Objets : un couteau, une cuillère, une table, une carapace de métal. Durée : 1min.

Habit troué

Deux personnes avec les yeux bandés se découvrent une à l'autre à travers un vêtement troué qui révèle et cache leur identités.

L'objet : un vêtement en plastique avec des trous Durée : de la projection en boucle.

Ce vidéo a été inspiré de l'œuvre de l'artiste brésili-enne Lygia Clark, plus précisément de l'oeuvre Le je et le tu : habit-corps-habit réalisée entre les années 60 et 70.

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Masque de respiration

Pour combien de temps, je peux respirer avec une masque qui m'empêche de respirer? Matériel : casque de bain Durée : 1min

Tête molle (Cabeça mole)

Portrait dédoublé. L'un attend passivement, pendant que l'autre (le même corps superposé) manipule frénétiquement une forme malléable.

L'objet : une forme malléable construite à partir d'une mousse synthétique. Durée : 1min

Cellule

Je frictionne deux ballons gonflables sur mon visage. J'essaie de les rassem-bler.

Matériel : deux ballons gonflables Durée : 1min

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Chevelure

L'action : Le mouvement des cheveux sur le visage. La tête est complètement recouverte par les cheveux. À l'in-térieur de ce masque, on sent seule-ment le mouveseule-ment de la bouche. Matériel : cheveu

Durée : de la projection en boucle

Aranha

(présenté avec l'installation Bureau 4040-B, mois de la maîtrise 2001) Déplacée dans des couloirs et des coins de l'École des Arts Visuels, je déroule dans ma bouche une bobine interminable de fil. Petit à petit, je recouvre mon corps avec ce fil qui sort de ma bouche. Matérielle : bobine de fil

Duré : de la projection en boucle

Tête Ballon

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Objets incorporés et manipulés

Naissance

Ma tête tente traverser un tube flexible. Durée : 1min

Tête avec tube

J'expérimente le mouvement de ma tête à l'intérieur d'un tube flexible et exten-sible qui la prolonge jusqu'au sol. J'élève plusieurs fois ma tête, je la bouge en dif-férentes directions, explorant tous les mouvements suggérés par le matériau. Durée : 50 sec.

Confort Control

Je transporte

plusieurs sacs d'eau. Ensuite, Je m'en-veloppe avec eux. Durée : 1min. Main et Mousse Une prolifération. Réalisé à partir de la manipulation d'objets en mousse fabriqués en atelier. Durée : 1min

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Fil dans la bouche

Une bobine de fil à l'intérieur de ma bouche déroulée lentement. Durée : 2 min

Envelopper, développer

J'enveloppe et développe des objets divers avec une mem-brane plastique comme des sortes de cocons. Durée : 2 min.

Les Mains brodées

Avec un même fil, la main droite brode sur la peau de la main gauche une forme circulaire. Ensuite, la main gauche répète la même opération, mais de cette fois-ci elle le dessine une forme carrée. Les mains liées cassent le fil et se séparent. Durée : 2 min.

Mouvements

Je dessine le mouvement de mon corps plié. Je rejoins à la fois le mouvement de la caméra et celui de mon corps, tout en faisant une espèce de danse synchro-nisée entre le deux

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Jeu en dialogue

Dialogue enveloppé

(présenté au cours Praxis I, donné par Georges Bogardi) Deux personnes assises l'une devant l'autre s'habil-lent de deux tissus élastiques noués par l'une de leurs extrémités. Elles commencent à bouger à l'intérieur de ce tissu, tout en cherchant une conversation par leurs gestes : tension et détente, proximité et distance. Elles soufflent ensuite deux ballons jusqu'à l'éclate-ment. Durée : 2,30 min

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Actions à l'extérieur et en situ :

Game dans le Parking

Deux femmes avec des masques jouent une sorte de combat dont la règle est de prendre la place de l'autre sans perdre le contact entre leur bras. Ce jeu se fait sur les lignes dessinées au seuil dans un parking de la ville de Québec.

Durée : 2 min

La nomade

"Le corps, cette structure complexe d'intériorité et d'extériorité devient nomade par nécessité, par tension mentale et par disposition sentimentale. Le nomade n'a pas de domicile fixe, mais des habitations temporaires. Il porte sur lui, tel un vêtement, son refuge, sa cellule, il affiche son identité, son appartenance aux apparences et aux rituels du corps."25

Dans cette action, je me promène au quartier St. Roch à Québec, en portant sur mon corps des d'objets enveloppés, noués et enchaînés avec un tissu élastique, comme des espèces d'appendices portatifs qui embrassent mon corps.

(31)

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

« L'œuvre d'art comme une passerelle nous transporte d'un ici et d'un maintenant vers un là-bas dans un autre temps. L'œuvre d'art est un agent de transmission deforces, sa fonction est de nous ouvrir les portes qui don-nent de l'autre côté de la réalité »26

Nous vivons la réalité du monde que par l'intermédiaire de notre corps. C'est le corps qui languit d'amour, se fige de peur, tremble de colère, qui recherche la chaleur et le contact. L'environnement externe empiète sur notre corps et affecte nos sens. À notre tour, nous répondons à cette stimulation en agissant sur l'envi-ronnement. Je me préoccupe du destin du corps et de son rapport à son environ-nement. Quand le corps est étouffé par l'environnement, il tend à l'enfermement, dans l'intériorité des images et perd le contact avec la réalité. Sa libération se donne à travers le contact, la sensation et l'action.

Je pars de mon corps comme lieu de mémoire, de passages et de rites. Je pars d'une relation de contact et de mouvement entre les corps.

À travers mes images contact, j'investigue une transitivité entre les corps, les choses et les sens. Je renvoi profondément mes expériences des images à un rituel du corps dont « l'exigence comme tout rituel n'est pas de fonder une nature et de lui trouver une loi, mais de régler les apparences et d'en organiser un cycle. »27 En

éveil-lant cette transitivité et quelques autres passages dans mon corps, entre les corps, j'expérimente l'acte en tant qu'image et durée. Ces expériences m'ont permis

d'imaginer d'autres corps, d'autres enveloppes, d'autres peaux, d'autres images contacts ; d'autres formes et lieux pour y habiter. Mes images contact (vidéos, objets et installations) sont en quelque sorte des exercices d'une matérialisation et de synthèse entre les choses du dedans et du dehors qui m'habitent.

La réalité de ces images est en même temps d'une immatérialité si abstraite et changeante comme les idées, et les choses en mouvement.

(32)

DES IMAGES,

DES EXPÉRIENCES

Elles suivent les mouvements continuels de mes états d'esprit. Des pratiques motivées par ma propre condition nomade, par un besoin d'ac-cumuler et puis de bâtir un corps, une enveloppe, un lieu dans des lieux et situations où je suis, où je vis. Expériences qui naissent à la fois des rencontres et d'un désir de faire, de transformer, d'assumer différentes formes de mes contours. Ici, je décris quelques-unes de ces expériences réalisées, à Québec et au Mexique, au long de deux dernières années. Ces sont des images qui m'invitent encore à dessin-er d'autres possibles métamorphoses et en même temps qui m'apprennent à voir mes pro-pres dimensions et m'approcher à chaque fois de ce que m'est intime, de ce que m'est étranger.

(33)

Un espace trop proche

« Les lignes tracées sont le même d'un mouvement corporel, sans le représenter. C'est la main qui dessine et le regard entend. Le regard contemple mais sélec-tionne, choisi le mouvement complet. La synthèse du mouvement de repliement sur soi-même. Ces fragments-tout dansent, dans un tout, parfois d'une manier e-assez indépendant mais aussi pour mieux disparaître dans le tout, engloutis au fur e à mesure que se renferme sur eux. »28

Mes dessins naissent du prolongement des gestes de mon corps. Je dessine des courbes, elles me rappellent des lignes continues, des lignes frontières d'une intériorité et d'une extériorité corporelle. Elles me décèlent ainsi une sorte d'hyp-notisme linéaire, un mouvement intime. Chaque mouvement trace une ligne et laisse une empreinte dans l'espace.

Je m'intéresse à la structure du corps en mouvement, à l'empreinte de ces mouve-ments dans l'espace. Dans le mouvement du corps, les formes engendrent d'autres formes. Le mouvement est danse, la danse est jeu, le jeu est affrontement, contact, attouchement, création et destruction.

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Je m'intéresse au corps humain dans ses infinies possibilités de mouvement et de pliage. Je le transforme dans un corps plastique aux contours ambigus dans une géométrie intime des signes et des courbes engendrés par le mouvement. J'explore l'image dialectique d'un corps réel et d'un corps imaginaire : un lieu dynamique que les images ont toujours entretenues entre elles.

Dans la prise photographique, je fige l'instant d'un geste en reconstruisant un nouvel espace à partir des volumes, des lignes et des plis du corps. Un fragment de mouvement devient un tout, une partie autonome dans laquelle l'origine référen-tielle (la partie anatomique de la forme humaine) se perd au profit d'une autre origine toujours en formation.

Je numérise mes images pho-tographiques, puis j'étudie le "pore-trame" dépendant d'une lecture rapprochée ou éloignée de l'image. Je juxtapose ces images autonomes, hétérogènes pour générer une nouvelle structure, capable d'être en elle-même sa propre origine et sa propre morphogenèse. Je recouvre les surfaces de signes

juxtaposés l'un à côté de l'autre suivant une logique des formes, des lignes et des volumes. À partir de photocopies agrandies, je multiplie ces images, les transfor-mant en modules interchangeables toujours disponibles pour de nouveaux arrangements formels.

Je superpose mes images au lieu, en les composant selon ce que l'espace me sug-gère. Je cherche une sorte d'ambivalence et de contiguïté des images et des espaces architecturaux. J'étudie la relation entre les images et un contexte ou une situa-tion déterminée, selon une forme d'appropriasitua-tion et de mise en espace. La mise en espace de n'importe quel objet est une question de mesure ; d'échelle ou de couleur, de connaître le lieu, le contexte, avant de construire l'objet. Par le jeu de construction et déconstruction, j'interviens dans différents espaces pour les trans-former dans un champ d'action constitué par le temps figé des images. L'image d'un corps qui revêt un espace pour faire de l'espace un corps à habiter. L'espace du bâtir, l'espace du tisser.

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La débordée

Réalisée en novembre 2000

Au futur Théâtre de la Bordée, Québec

« Qu'il était impossible de s'y déplacer sans contracter son corps pour le réduire à ses moindres dimensions, sans concentrer son esprit en un point infiniment petit au-dedans de soi (...) Car cette chambre contenait un univers entier, une cosmogonie comprenant tout ce qui existe de plus vaste, de plus distant, de plus inconnu. (...) L'espace qu'il habitait tenait du rêve, ses murs telle la peau d'un second corps autour du sien, comme si celui-ci avait été transformé en esprit, vivant instrument de pen-sée pure. C'était l'utérus, le ventre de la baleine, (...) »29

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Description : J'intègre mes images de plis sur l'ancienne façade de l'Édifice du Cinéma Pigalle, coin Dorchester et Boul. Charest, située au centre ville de Québec. En profitant des données architecturales de ce bâtiment, je propose une action sous forme d'affichage, ponctuel et éphémère pour l'occasion de sa démolition. J'utilise pour cela quelques images photographiques agrandies à partir de

photo-copies et collées directement sur la surface du mur à l'intérieur du contour des fenêtres. À travers cette action, j'expérimente la rencontre entre ces deux archi-tectures, celle du corps et celle de l'édifice. En projetant mes fragments de corps sur les fenêtres obstruées de la façade de l'édifice, je prétends les transformer visuellement en une seule image: un corps gigantesque enfermé, comprimé, débor-dant de son intérieur, une apparition sur la ville.

La débordée a occupé la surface de l'édifice quelques jours. La démolition a pris moins de temps que prévu. Dans sa brève histoire, il y a eu un temps d'approche aux gens qui m'ont permis de réaliser ce rêve assez monumental ; il y a eu le temps de la rencontre avec les passants qui un jour ont habité avec leurs rêves cet édifice de cinéma. Dans la démolition, l'histoire s'efface et le corps avec elle. Il ne reste que des images dans la mémoire

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Mur d ' o f f r a n d e , ( Pared de oferendas )

Latinos del Norte, Musée Chopo, Mexico

Je commence avec des objets et des images trouvées dans le quotidien : des profils de portraits, des bouteilles, des gants, des couteaux, des calices, des bottes de cow-boy, des urnes, des chandelles, des colliers, des revolvers, des peignes, des instru-ments musicaux, de la nourriture, des squelettes, des vierges (?), des anges (?), des diables (?), etc. Ce sont des images de rites quotidiens liés aux besoins de sur-vivance, aux jeux, à la musique à la danse, et à la religiosité. Des images de résis-tance du corps et de l'esprit.

Je dessine les silhouettes de ces objets à partir de pochoirs découpés et agrandis. La suie perce les pochoirs pour laisser leurs contours imprégnés sur le mur, comme une espèce de projection d'objets fantasmatiques. Ces formes sont plaquées contre le mur comme un rébus. Ce sont des ombres gigantesques, pétri-fiées et évanescentes, des figures de suie émanant d'un imaginaire populaire de vie et de mort. Ces images me rappellent les offrandes, les Ex-Voto, laissées par le croyant dans les coins de prière à l'intérieur des temples et églises au Brésil. Ces sont ces images qui m'habitent et que je laisserai lors de mon passage au Mexique.

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Composition n.1 pour femme perdue dans le marais

Le son des images, réalisé dans la collaboration du Centre Vu et de Avatar, 1999. Cette pièce sonore a été inspirée de l'œuvre de David Miller. En 1999, l'artiste a pro-posé, au Centre Vu, un mur fait à partir d'une collection de photogrammes d'in-sectes. J'imagine transformer les signes visuels de l'oeuvre de l'artiste en signes sonores. Comme si chaque signe lumineux pouvait se traduire par des notes dans une composition au hasard. Une séquence visuelle d'insectes me suggérait une espèce de construction de certain bloc de temps et de sonorité comme une partition.

C ' é t a i t l ' é t é e t j e me p r o m e n a i s dans l e q u a r t i e r C h i n o i s de M o n t r é a l . Ce j o u r - l à , j e n ' a v a i s p a s a p p o r t é ma caméra. Au c o n t r a i r e , j ' é t a i s d é c i d é d ' e n t e n d r e l e s images q u i c r o i s a i e n t mon chemin. J ' é t a i s p r é d i s p o s é e à v i v r e un a u t r e t y p e d ' e x p é r i -ence e t de p r e n d r e d e s p h o t o s s o n o r e s ( J ' a v a i s l ' h a b i t u d e au c e n t r e v i l l e de Sao Paulo de s o r t i r s a n s mon a p p a r e i l p o u r e n r e g i s t r e r d a n s ma mémoire l e s s o n s de c e t t e v i l l e c a c o p h o -n i q u e ) . E -n t o u r é de commerce e t de v e -n d e u r s a m b u l a -n t s (ce que ne manque p a s dans mon p a y s ) , j e c h e r c h a i s dans une p r o l i f é r a -t i o n de b i b e l o -t s e -t d ' o b j e -t s c h i n o i s l e son que v e n a i e n -t de c e s i m a g e s . Deux o b j e t s parmi d ' a u t r e s o n t r e t e n u mon

a t t e n t i o n : deux b o u l e s c h i n o i s e s u t i l i s é e s pour l a m é d i t a t i o n e t l a r e l a x a t i o n q u i s o n n e n t comme d e s c l o c h e s e n t r e l e mouve-ment d e s d o i g t s e t une e s p è c e de p e t i t b o î t e o u v e r t e où deux c r i q u e s que ne c e s s e n t p a s de s o n n e r au c o n t a c t à l a l u m i è r e . 12 de j u i l l e t de 1999.

Ces sont ces deux objets trouvés dans le quartier Chinois à Montréal que j'appor-tais au studio de son d'Avatar à Québec pour l'enregistrement de ma première com-position sonore inspiré du travail de David Miller. Je composai donc, à partir du son de ces objets et de ma propre voix, une espèce de partition circulaire et impro-visée de séquences et répétitions aléatoires. J'enregistrai la première séquence et

ensuite je travaillai les tonalités et les intensités du son dans différentes pro-fondeurs pour créer une sorte d'atmosphère étrange de métamorphoses. De temps en temps la femme verticale traversait une surface liquide, pour devenir luciole. On entend dans son ventre quelques bruits organiques de sa transformation. Cette composition, pour moi, est aussi une oeuvre photographique.

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Derrière le rideau

C'est un espace penetrable composé de trois pièces résultantes d'une forme d'action plastique et métaphorique. Ces trois pièces sont des peaux et des passages à traverser : le rideau de vêtement, le rideau d'organes, le mur des ombres. Elles nous offrent une situation de passage qui nous fait appréhen-der physiquement le lieu de l'extérieur vers l'intérieur.

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Le rideau de vêtements

Ce rideau constitue une topologie faite d'une structure de surface construite de vêtements usagés juxtaposés et cousus l'un à l'autre. Dans cette peau, les identités se touchent en leurs con-tours, formes et mouvements. Une porte ou ouverture, sur forme de voile de mariée à dévoiler. La mariée accolée à ces célibataires, cache un secret dans un espace intérieur. Dévoiler son secret, c'est pénétrer sa peau vers l'enchevêtrement de ses organes et le palimpseste de sa mémoire.

Le rideau d'organes fétiches

À l'intérieur, un rituel des chairs : Les appendices, les sacs, les membres, les tumescences, les protubérances, les ossements, les poupées vaudoues sus-pendus dans l'air par des fils transpar-ents, tels des fragments de mémoire. Ce sont des formes colorées qui offrent au regard des anatomies à la fois fragiles et dérangeantes. Ces objets tactiles à la fois familiers et étranges, créent un mur d'apparitions.

Le mur des ombres

Face au mur et sur mon corps, les ombres des organes se projettent. Ombres mouvantes qui me font imaginer les formes suspendues derrière moi, ma propre mémoire.

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Les coquillages

« C'est en cela même dans ce mouvement dialectique que la forme peut être dite originaire. C'est en cela aussi que l'on doit reconnaître la plasticité, la variante est souplesse et consentement malléabilité malice et omniprésence »M

Les coquillages sont des objets méta-morphosant, des signes mouvants qui suivent les variations de mouvement, d'entrelacements, de nœuds, des mouvements de va-et-vient du dedans et dehors, de mouvements des mollusques et des escargots.

Ma main pénètre la matière jaune de surface poreuse, flexible, malléable, modelable. Une pénétration par la touche, par la vision, par la relation de mon corps en mouvements continus dans le geste de pli et repli.

Je ne me contente jamais avec un, mais, au contraire je cherche des modèles de prolifération et d'accumulation. À travers ces modèles, j e vis un processus

d'artic-ulation, qui me permet mettre en marche ma pensée. J'expérimente des points de passage ou de

transformation-dans mon propre mouvement sur ces objets. Mon mouve-ment cherche les décisions imposées par le matériel au niveau de leur mal-léabilité, leur souplesse.

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Chaque coquillage cristallise une idée, un moment, une étape dans un travail à venir. Les coquillages deviennent des instants figés des gestes dans un combina-toire mobile. Ils laissent une place possible à d'autres solutions, pour créer d'autres "corps transférentiels"

Je cherche à comprendre l'objet dans son mouve-ment, dans son mode de fabrication et d'évolution, à l'aborder à la fois comme un tout et à voir l'in-ventaire des solutions possibles et des solutions -Ù£ choisies.

Ces formes témoignent d'un temps d'altération qui se démonte, se recompose, diffère et s'altère de nou-veau.

Les coquillages suivent d'états de mouvements tourbillonnaire de dedans et dehors, dans le tissu continu. Elles ne s'y suivent que pour se transformer : les morphologies ne s'y montrent, ne s'y décomposent que pour se métamorphoser, plier et déplier. Chaque métamorphose, advient dans un tout, d'objet en objet.

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Bureau4040-b

présenté pour le mars de la maîtrise, 2001

Bureau de fonctionnement de la Galerie des Arts de l'École des Arts Visuels. Mise en situation des objets, dans un bureau de surveillance.

Éléments : Un armoire débordant d'objets divers et des matériaux textiles en position de chute; un balais derrière l'armoire; une télé de surveillance qui présente la vidéo en boucle, L'Aragné ; une pathère; une table de bureau et une chaise.

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Meuble à Tiroir

Objet mobile composé de neuf tiroirs. Ils contiennent à l'in-térieur , des objets sous dif-férents matériaux et textures. J'invite l'autre à ouvrir et

décou-vrir par le touche et par la con-templation, le dedans de ces tiroirs, qui peuvent bien receler des secrets...

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Rencontres

« Le Monde est constitué de rencontres matérielles et aléatoires. L'art aussi est fait de réunions hasardeuses, chaotiques, de signes et de formes. Aujourd'hui, les artistes commencent par créer des espaces à

l'in-térieur desquels la rencontre peut survenir. L'art actuel ne présente pas le résultat d'un travail, il est le travail lui-même, ou le travail à venir. »31

À Jean, Mariette, Claudie, Christine et Benoît

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Venez boire un thé avec nous

Avec la collaboration de Claudie Gagnon

Action réalisée en février 1999, dans le cadre de résidence de production au Centre Vu

Il a fallu revenir sur le singulier dans notre démarche individuelle pour enfin choisir la trame complexe d'un autre corps : un corps pluriel. Il a fallu mettre sur la table toutes nos convergences et divergences à propos d'un même sujet pour découvrir le lieu commun où demeuraient nos idées. Dans ce contexte, autour de la photographie, on a pu se poser des questions et affirmer nos regards et nos idées sur l'art, la production, le lieu, le quotidien, l'intime et le public.

Même si nous utilisions toutes les deux la photographie dans notre pratique per-sonnelle, aucune de nous ne la voyaient de la même façon. Pour Claudie, la photo existe seulement comme document (cela a été), tandis que pour moi, elle possède un corps propre (ce qui a été n'est pas nécessairement ce qui a été). Dès le départ, nous nous sommes confrontées à des interrogations par rapport à la photographie comme document réel et la photographie comme illusion du réel ; l'acte pho-tographique spontané et la « prise de vue » en studio ; l'action réelle et le regard qui découpe, la souligne et qui lui donne une autre réalité ; le lieu trouvé et la mise en scène ; la technique et les accidents.

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Cette résidence de production est devenue un lieu habité par des ques-tionnements. Un lieu où l'œuvre n'existait pas en tant que finalité puisque nous ne prétendions pas aboutir à un résultat, à des objets précis. Au contraire, nous propo-sions un lieu de rassemblement, de multiplicités sans chercher à com-prendre son fonctionnement. Peut-être que notre intérêt était l'action, elle-même, dans son déroulement propre ? La photo, ici, c'était seule-ment un prétexte ou simpleseule-ment l'objet d'un léger délire ?

Nous avons commencé donc à habiter le studio avec des images trouvailles, des objets très hétéroclites, des fragments de mémoires, des mots. Nous avons rempli au fur et à mesure les murs du studio de ce que nous aimions comme image pho-tographique. C'étaient des points de repères dont nous nous servions

quotidien-nement dans notre pratique visuelle. Collectionnisme ? Plutôt un cabinet où les choses sont en mouvement, et peu-vent se combiner selon un jeu déterminé, un jeu de mot, un -««.^^ jeu d'image, un jeu de dés. C'est le jeu qui a été c'est le jeu qui

est ? C'est le jeu qui sait.

À travers l'invitation : Venez boire un thé avec nous, apportez votre photo préférée, nous avons décidé de faire participer l'autre à ce jeu en l'invitant à partager cette résidence de photographie. Nous avons préparé une mise en scène pour recevoir les personnes dans une situation d'intimité (n'est-ce pas déjà les conditions de la pho-tographie ?) Un lieu réel ou un lieu fictif ? Les deux ou ni l'un ni l'autre. Nous avons tracé un espace ("l'espace utopique ?") : ici et maintenant. Lors de rencontres indi-viduelles, le visiteur apportait une photo affective (la plus Aimée ou la plus haïe). C'était la condition motrice du commencement d'un dialogue. Nous les placions chacune sur un mur de la pièce : le mur de mémoire. Nous avons créé donc un con-texte où nous nous permettions de vivre la photographie dans son état d'imma-nence, dans l'esprit de rencontre avec l'autre. Ici, nous avons retrouvé une approche affective, le souvenir, la photographie sans photographie.

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Le magasin de Bouteilles

Avec la collaboration de Jean-François Boisvert

Réalisé dans le cadre de l'Événement Vitrine, organisé par îlot Fleurie.

Affichage proposé sur la vitrine d'un magasin abandonné de la rue St. Joseph. Les photocopies de 1,70m des bouteilles écrasées sont affichées directement sur la vit-rine à côté d'un présentoir. Ce présentoir contient des sacs estampés avec des logos ironiques qui réfèrent à les usages de bouteilles. Les mêmes sacs bruns ser-vent à envelopper les bouteilles de boisson alcoolique.

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Les bouteilles

Depuis quelques mois, je collectionne des bouteilles trouvées sur mon parcours entre ma maison et mon travail. Je les collectionne par curiosité ou encore par affectivité. Je cherche des empreintes dans ces formes vidées, des marques, laissées par le temps, par le contact des personnes qui les ont manipulées, par les voitures qui les ont écrasées. Je les ramasse pour ne pas perdre l'habitude de chercher dans mon quotidien des images, des formes et des textures qui provoquent dans mes sens certaines analogies et associations avec le corps : ces sont des formes manip-ulates, des enveloppes contenants, des images contacts.

Je tente d'autres passages entre l'objet et l'image, à travers l'utilisation des médi-ums d'impressions et d'empreinte ( la photocopieuse, l'impression numérique.) Je cherche à révéler dans l'image des formes et structures invisibles et cachées trou-vées dans l'objet.

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Il était une fois une vendeuse de bouteilles imaginaires. Avec la participation de Benoît Woo

Déguisé en vendeuse de bouteilles imaginaires, je propose aux passants de la rue St Joseph une action que intervient dans leur quotidien. J'offre à ces passants des images de bouteilles écrasées. En échange, Je prends un portrait d'eux devant de la bouteille de leur goût. Pendant trois jour, une fois par semaine, de midi à trois heures, j'arrête plus que cent personnes qui se font photographier à l'intérieur des bouteilles écrasées trouvées dans le quartier. Pendant la fermeture du magasin, les participants viennent chercher leurs photos accrochées sur la façade.

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Haïku sur la neige

Action réalisée avec la collaboration de Mariette Bouillet

Réalisé dans le cadre de l'événement Neige sur Neige, dans le cimetière ST Matthew.

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Il s'agit d'une performance inspirée de la neige et de poème Haïkus. Nous posons une sorte de lecture corporelle de ces poèmes japonais écrits sur nos pro-pres corps. Lors de la performance dans un jeu d'apparitions, disparitions, de miroirs et de projections d'ombres, nous nous déplacions sur « la page blanche de la neige »32 telles deux signes noirs en mouvements, en offrant notre corps à une

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L'ATELIER DE MOUVEMENT :

IMAGES CONTACT - IMAGES MOUVANTES

« Quand les danseurs improvisent, alors que les idées naissent et passent entre eux, jamais répétées, toujours en mouvement, les interruptions prennent un sens, si bien que les rythmes semblent justes et les proportions vraies. Tout est spontané, et pourtant ordonné. Dans le silence, il y a de nombreuses potentialités : le chaos ou l'ordre, la confusion ou la structure, tout est en friche - L'invisible rendu visible est de nature sacré. »33

L'Atelier de mouvement a surgi d'un besoin de travailler avec un groupe de per-sonnes voulant développer leur rapport au corps et au mouvement. Depuis un ans et demi, une fois par semaine dans une salle prêtée par l'École des Arts Visuel, l'Atelier de mouvement se transforme petit à petit en lieu d'échange entre partic-ipants ; un lieu d'expérimentation et de sensibilisation au corps en mouvement dans ses possibilités d'explorer l'espace, et les relations à soi même, aux objets ou à d'autres corps. À travers cet atelier collectif et dans un esprit de partage et de confiance, je peux travailler le mouvement dans une dynamique spontanée de jeu et de contact entre les corps.

Toutes les activités proposées ont pour principe un rapport intuitif et spontané au corps et au mouvement. À Travers cette approche, je cherche à travailler :

1) La conscience corporelle des mouvements quotidiens,

2)Les pratiques de mouvements répétitifs et exagérations de gestes,

3) Un éventail de mouvements expressifs de parties du corps et du corps entier, 4) Les possibilités de la relation du corps avec les objets : l'intégration et l'incor-poration des objets au corps en mouvement, le transfert et l'extension du mouve-ment aux objets et matériaux.

5) L'improvisation-contact.

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« Il faut retrouver le corps opérant et actuel, celui qui n'est pas un morceau d'espace, un faisceau de fonction, qui est un entrelac de vision et de mouvement (...) Les choses sont une annexe ou un prolongement de lui-même, elles sont incrustées dans sa chair, elles font partie de sa définition pleine et le monde est fait de l'étoffe même du corps, w34

Le corps est senti comme une matière mouvante, transformable, modelable selon ses capacités, ses limites et son imagination. Il se projette dans l'espace, il décou-vre ses structures dans le contact avec l'air et en touchant d'autres corps. Dans cet échange, il se voit à travers le contact à l'autre, il se reconnaît dans ses limites et dans ses possibilités. Il explore sa mémoire par une espèce de visualisation de mouvements associés aux quotidiens, aux éléments la terre, le feu, l'eau, l'air, aux mouvements des animaux, aux états opposés de pesanteur et légèreté, d'équilibre et déséquilibre, d'harmonie et de chaos. Le corps cherche dans son mouvement à éveiller des images organiques, rythmiques, des formes et des forces endormies à l'intérieur de son organisme, de sa mémoire. On l'imagine comme une enveloppe à habiter, une cellule, une maison, puis un territoire à parcourir. Les propositions variaient plus ou moins selon un ordre progressif des exercices :

-Position confortable du corps, -Respiration avec visualisation,

-Réveil du corps (masques, étirements, mouvements cumulatifs, l'empreinte du mouvement dans l'espace),

-Le jeu à travers des pratiques d'amas, d'enchevêtrements ; le jeu de miroir, d'équilibre, de contact, jeu d'incorporation des objets,

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À propos de l'improvisation-contact

L'improvisation Contact existe comme concept de mouvement depuis les années 70. En 1972, grâce au travail de Steve Paxton au Oberlin Collège, il devient une forme indépendante de mouvement et de danse. L'idée est de créer des attitudes qui manifestent une qualité de mouvement et d'énergie basée sur le sens du touch-er et de l'équilibre. Les participants connaissent par le touchtouch-er le mouvement transmit de l'un à l'autre. Paxton décrit L'improvisation Contact comme un état d'improvisation où les personnes en duo bougent mutuellement dans une dynamique de donner et de prendre, attentifs pour maintenir une chaîne de mou-vement ouvert où celui-ci apparaît spontanément. Les participants doivent donc développer avec confiance le contact entre leurs corps, en partageant relaxation plus que tension et en acceptant réciproquement leur corps comme support. L'improvisation est beaucoup utilisée en théâtre et en danse pour développer dans les acteurs et danseur un rapport au jeu dramatique et explorer d'autres formes de métamorphoses et de contact dans le corps. Elle est utilisée surtout pour stimuler l'imagination. L'improvisation engendre le mouvement spontanément des images. Elle est une forme d'acte en même temps qu'une chose mentale et intuitive. L'acte est l'image et l'image expérience. Dans l'improvisation, on se permet de visualiser l'image dans l'acte, dans le mouvement. Elle est, en soi, la possibilité de générer des images, de les multiplier, de les incorporer et surtout un moyen qui nous per-met de confronter le dedans et le dehors de nos propres contours.

Je me suis approchée de cette méthode par le théâtre et la danse. Puis, je l'ai apprivoisé intuitivement dans mon propre processus de travail, dans l'élaboration de mes images. Je peux dire que l'improvisation demeure plus qu'une méthode en soi, mais, une forme motrice et ativadora ( qui fait activer) de mon imagination. Elle m'a permis d'accepter dans le processus de travail une ouverture et une ori-entation semblable à un jeu théâtrale ou une improvisation contact. L'improvisation me permet d'agir par volonté, par l'essai, et par décision: elle m'offre la possibilité d'incorporer les « accidents » car elle les suscite.

L'improvisation devient une forme complètement incorporée dans mon propre processus de travail, une manière d'éveiller les images mouvantes dans ma mémoire et dans mon corps, dans mes images contacts.

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Activités proposées

1. (Claudette, Mariana, Tania, Giorgia) Jeu avec la corde (rouler, dérouler),

relaxation et transfert de poids, un corps sur l'autre.

2. X Colloque Annuel de l'A.Q.R.P. (L'association Québécoise pour la réadaptation psychosociale) Conférence sous forme d'Atelier : Le labyrinthe

Participation : 20 personnes

Proposition : exercice de rythme et représentation de mouvement.

Dessiner avec le fil de laine et la boule d'argile un labyrinthe par terre.

Parcourir et trouver le centre. 3. ( Sari, Tania, Mariette, Eugenia, Giorgia)

Creuser un trou dans l'espace de l'in-térieur vers l'exl'in-térieur, habiter l'e-space.

4. (Sari, Mariette, Tania, Geneviève, Giorgia et Alexandre)

dans l'improvisation sonore avec gui-tare électrique.

Propositions : En solo et en duo, explorer les transferts de tension du corps. Avec les mains d'abord, ensuite tout le corps en relation avec l'autre corps. Matériaux : élastique et corde

5. ( Sari, Mariette, Geneviève, Tania de la Cruz , Tania Morand, Giorgia)

Exercices proposés à partir de mouvement de métamorphose. Images organiques, de courbes, d'ondulations, d'eau , de vague, un mouvement de métamorphose à partir des images d'animaux : le chat, le singe, la femme- poisson.

Références

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