Revue Médicale Suisse – www.revmed.ch – 2 juin 2010 1165
Ce texte a, pour partie, été publié sur le site Slate.fr 1 www.sciencemag.org/cgi/content/abstract/science.
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2 Pour l’heure, sur ce thème, le Vatican semble marcher sur des œufs.
le but de concevoir et construire de nou
velles formes du vivant. A ce titre, la publi
cation de Science restera sans doute comme une étape essentielle qu’il s’agisse de l’amé
lioration de la compréhension des principes gouvernant la biologie (en pianotant sur la gamme du possible génétique) ou de la cons
truction (pour commencer) de microorga
nismes accomplissant des fonctions biolo
giques complexes répondant à diverses ap
plications dans différents domaines.
John Craig Venter et ses collaborateurs – qui disposent ici d’un bouclier de brevets protecteurs – n’ont bien évidemment pas manqué de vanter les applications environ
nementales et énergétiques pouvant désor
mais être envisagées. Ils évoquent notam
ment la conception d’algues capables de cap
turer le CO2, principal gaz à effet de serre, ou de produire de nouveaux hydrocarbures
«propres». Ils disent aussi travailler sur des techniques capables d’accélérer la produc
tion de vaccins et de fabriquer de nouveaux ingrédients alimentaires, des substances chi
miques ou des bactéries capables de purifier l’eau. Un véritable Eldorado en gestation.
On ne saurait pour autant, et sans faire ici preuve de catastrophisme, masquer l’autre volet de ce progrès. Cette nouvelle maîtrise et cette compréhension du vivant pourraient notamment, si elles n’étaient pas strictement encadrées, conférer un formidable pouvoir de nuisance à certains biologistes en aug
mentant considérablement la gamme des armes pouvant à l’avenir être utilisées dans le cadre de la guerre biologique ou environ
nementale. Et plus généralement encore, cette étape majeure de la biologie synthé
tique nous rapproche à grands pas du mo
ment où se posera, en des termes concrets, la question fondamentale du «posthumain» : celle de la modification dirigée du génome de l’espèce humaine. Non plus pour y corri
ger le pathologique mais bel et bien pour
«améliorer» l’existant.
Jean-Yves Nau [email protected]
Robin des Bois
Il y a bien des façons de tuer.
On peut planter un couteau dans le ventre de quelqu’un, lui retirer le pain, ne pas le soigner s’il est malade,
le confiner dans un taudis, le tuer à force de travail,
le pousser au suicide, l’emmener faire la guerre, etc.
Il est peu de choses dans tout cela que notre Etat interdise.
(B. Brecht, Me Ti – Livre des retournements) La présence d’un stagiaire dans la con
sultation est toujours une expérience très enrichissante. Son regard nouveau sur tout ce qui est devenu routine pour moi, sur ma manière de pratiquer mon métier, sur les problèmes des patients, tout cela est une grande stimulation pour repenser mes attitudes, l’occasion pour une remise en question, un vent frais.
Sophie, étudiante en 5e année, a com
mencé dans notre cabinet début mai. Dès le premier jour où elle assiste à mes consulta
tions, je constate à quel point elle est mar
quée par l’irruption continue du monde réel dans la consultation. Elle rencontre tous ces patients dont la souffrance, la maladie, sont étroitement liées au contexte de leur vie : vic
times des conditions de travail, des insuffi
sances du système social, des injustices de notre société, de leurs propres incompé
tences et imprudences… Soudainement la théorie du «biopsychosocial» devient réa
lité palpable.
Madame N. est assise en face de nous deux, en larmes. Elle n’en peut plus. Em
ployée d’une grande entreprise, ancienne régie fédérale, elle subit les conséquences de la crise : augmentation des cadences, plus de rendement, plus de flexibilité dans les ho
raires… Un conflit récent avec son supérieur hiérarchique fait finalement déborder le vase.
Une de ces histoires trop bien connues et trop fréquentes ces derniers temps. J’es
saie de comprendre le contexte, chercher des solutions, je prescris un arrêt de travail pour laisser se décanter la situation et j’orga
nise un nouveau rendezvous trois jours plus tard.
Après le départ de la patiente, nous discu
tons sur son histoire, sur les conditions de travail, sur le droit, sur le burnout et sur la dépression. J’exprime ma révolte contre ces
situations de plus en plus fréquentes, ma compassion pour Madame N. et ma volonté de l’aider. A ce moment, Sophie sourit et me compare à Robin des Bois, actualité ciné
matographique oblige. Je suis déconcerté ; comme je n’ai rien du physique de Russell Crowe, je me demande si mon attitude est tellement déphasée. La suite de la discus
sion me rassure ; Sophie se sent tout autant touchée par les aspects sociaux et aimerait également s’engager sur ce plan, mais elle se sent encore plus impuissante que moi.
Elle réalise à quel point les outils lui man
quent pour pouvoir être utile aux patients dans leur précarité. Nous tombons d’accord que l’enseignement de la médecine devrait encore davantage sensibiliser au contexte social, du patient et de sa maladie, et que, dans la prise en charge, audelà des as
pects purement médicaux, l’apprentissage devrait viser plus de compétences dans ce domaine.
Finalement, la comparaison avec Robin des Bois ne me déplaît pas vraiment, même s’il y a un petit risque d’être ridicule…
… et que dire alors de Don Quichotte ? (postscriptum de mon collègue Georges Conne).
carte blanche
Pr Thomas Bischoff Médecine interne FMH 1030 Bussigny
Directeur de l’Institut universi
taire de médecine générale PMU, Lausanne
D.R.
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