R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
J. K LATZMANN R. T OMASSONE
C. D ERVIN
Essai de typologie de l’alimentation dans le monde
Revue de statistique appliquée, tome 38, n
o1 (1990), p. 23-45
<http://www.numdam.org/item?id=RSA_1990__38_1_23_0>
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ESSAI DE TYPOLOGIE DE L’ALIMENTATION DANS LE MONDE
J. KLATZMANN
Economie, Institut National
Agronomique
R. TOMASSONEMathématique-Informatique,
Institut NationalAgronomique
C. DERVINBiométrie, Institrrt National de la Recherche
Agronomique
RÉSUMÉ
A l’aide des données diffusées par la FAO, une
typologie
de 21 pays a été faite sur lesquantités
de calories, deprotéines
et delipides
consommées par habitant par type d’aliment.Les méthodes utilisées sont celles de
l’analyse
des données multidimensionnelles; diversesanalyses
factorielles et classificationsautomatiques
ont étéemployées.
Ces résultats sontcomparés
à ceux fournis par uneapproche plus classique.
On conclut à lapossibilité
d’utiliserune
méthodologie d’analyse plus objective,
même si desprécautions
sont nécessaires pourinterpréter
valablement les résultats; ellepourrait
fournir un outil d’aide à la décision,indispensable
pour réaliser unepolitique
mondiale de l’alimentation.SUMMARY
Using
data collectedby
FAO,involving consumption
of calories,proteins
andlipids
for different nutriments, 21
developed
countries have been studied andcompared by
meansof multivariate methods, such as different factor
analysis
andclustering algorithms.
Theresults are
compared
toprevious typologies. They
seemsufficiently interesting
to propose to extend theapproach
to other countries. These tools maygive
anobjective
means toanalyze
food
comsumption
all over the world;they
couldhelp
indiagnosis
and cure one of the mostimportant challenges imposed
to Humankind in the near future.1. Introduction
Peu de travaux ont été réalisés
jusqu’ici
sur latypologie
de l’alimentation.Les
Anglo-Saxons,
enparticulier, qui
ontpublié
d’innombrables ouvrages sur ledéveloppement
et la situation alimentaire dans lemonde,
ne semblent pasbeaucoup
24 J. KLATZMANN, R. TOMASSONE, C. DERVIN
s’intéresser à ce
sujet.
Mais iln’y
a pas lieu de s’étonner de cetteapparente
indifférence.En
effet,
s’il est facile dedistinguer quelques grands
types d’alimentation dans lemonde,
il n’en va pas de même si l’on veut établir une véritabletypologie.
Lerégime
alimentaire des Etats-Unis(excès
de calories et degraisses animales),
celuidu
Japon (régime
bienéquilibré),
celui del’Egypte (valeur énergétique
de la rationsuffisante,
mais alimentationdéséquilibrée),
celui de l’Inde(sous-nutrition),
celuides
populations qui
souffrent en permanence de la faimpeuvent
être caractériséssans difficultés. Mais les difficultés sont
grandes
dès que l’on sepréoccupe
d’établirune véritable
typologie.
Toutd’abord,
il ne saurait êtrequestion d’intégrer,
dansune
typologie,
desindividus;
lesinégalités
de la consommation à l’intérieur dechaque
pays sont trop mal connues. On nepeut
doncenvisager
de classer que des pays, c’est-à-dire des moyennes nationales à lasignification
limitée. L’Inde seulea bien
plus
d’habitants que la totalité des paysd’Afrique.
Et lesquelques enquêtes
réalisées dans ce pays montrent l’existence de
grandes inégalités
en fonction desrégions
et en fonction des revenus : l’écart est immense entre les pauvres de l’Etat leplus
pauvre et les riches de l’Etat leplus
riche de l’Inde.Que signifierait
doncune
typologie
où l’Indereprésenterait
une unité comme le Gabon?D’autre part, il suffit de discuter avec les
spécialistes
des bilans alimentaires de la FAO pour se rendrecompte
de leurs incertitudes.Comment,
eneffet,
évaluerproduction agricole
et consommation alimentaire dans un pays dont laplus grande partie
de lapopulation
vit à la ferme et consomme sa propreproduction? Quant
aux pays
occidentaux,
dont lesstatistiques
sont bienmeilleures,
la marge estgrande
entre les
"disponibilités"
des bilans alimentaires et cequi
arrive effectivement dans la bouche du consommateur. Cette remarque nesignifie
pas que leproblème
n’existepas dans les pays du Tiers Monde : dans
quelle
mesure le calcul desdisponibilités
tient-il compte des pertes à tous les stades ?
Malgré
cesdifficultés,
deux tentatives d’établissement d’unetypologie
del’agriculture
dans le monde ont été réalisées en France : celle de Klatzmann(1983)
et celle de Malassis et Padilla(1986).
Klatzmann se fonde essentiellementsur les
disponibilités énergétiques (nombre
decalories)
et enprotéines
animales(nombre
de grammes par personne et parjour).
Le choix de ces deuxcritères, qui
peut être
justifié
au moins pour unepremière approche, permet
de construire ungraphique
en deuxdimensions,
cequi
facilite la lecture et lacompréhension
de laclassification. Des
hypothèses
sur lesinégalités
de la consommation dans les divers payspermettent
declasser,
avec unegrande incertitude,
lapopulation
mondiale dans six groupes. L’inconvénientmajeur
de cette classification estqu’elle
neprend
encompte
que des éléments nutritifs. Or les hommesmangent
desproduits
et non descalories et des
protéines.
Unrégime
de sous-nutrition à base de céréales n’est paséquivalent
à unrégime
de sous-nutrition à base de racines et tubercules.Cet inconvénient
disparaît
dans la classification deMalassis, qui
tientcompte précisément
desrégimes alimentaires,
de la part dans l’alimentation desprincipaux
groupes de
produits.
Mais cette méthodeprésente
aussi un inconvénient : des pays à niveaux alimentaires très différentspeuvent
se trouver dans le même groupe.Un
régime
essentiellement céréalier à 2 500 calories parpersonne
et parjour
estextrêmement différent d’un
régime
du mêmetype
à 1 800 calories seulement.La seule
solution,
pour aboutir à une classificationlogique,
consiste à combi-ner éléments nutritifs et parts des
principaux produits
dans lerégime
alimentaire - ou, cequi
revient aumême,
àprendre
en considération lesquantités
des différentsproduits (il
faut évidemment tenircompte
des élémentsnutritifs ;
que lerégime
soità base de viande de boeuf ou de
poisson,
si laquantité
deprotéines
animales estla
même,
cela a unesignification).
L’élaboration d’une
typologie
selon les critères ci-dessus nécessite que l’ondispose
d’une documentation assez détaillée et que l’on utilise simultanément de nombreuxcritères,
donc que l’on fasseappel
à des méthodesd’analyse
multidimensionnelle.
En ce
qui
concerne ladocumentation,
ondispose,
pour l’ensemble des pays dumonde, d’ouvrages
de la FAO à diffusion restreinte. L’unprésente
des bilansalimentaires détaillés pour les années suivantes : moyenne 1961-1965 et années 1967 à 1977. Une autre
publication
donne des résultats pour la moyenne 1979- 1981. Dans les deux cas, ondispose
des nombres de calories et desquantités
deprotéines
etlipides
provenant dechaque
groupe deproduits.
Des données détailléessur les bilans alimentaires permettent de connaître les
quantités
consommées par personne et par an.Pour les pays de
l’OCDE,
ondispose
de donnéesplus
détaillées encore, pour lespériodes
1973-1982 et 1976-1985(année
parannée).
Il ne faut bien sûr pas s’étonner des contradictionsqui,
pour les paysconcernés,
existent entre les évaluations de la FAO et celles de l’OCDE.Pour une
première
tentative d’élaboration detypologie,
nous avonspréféré
nous limiter aux pays pour
lesquels
nousdisposons
desstatistiques
lesplus
fiables(avec
la réservequ’on
ne connaît pas la marge entredisponibilités
et consommationseffectives).
Nous avons donc travaillé sur 21 pays, presque tous membres de l’OCDE. Mais pour étendre éventuellement latypologie
à d’autres pays, il vaut mieux se limiter à une même sourcestatistique.
Ce sont donc les données de la FAOqui
ont étéprises
en considération dans l’étude décrite ci-dessous.2. Les données
Au cours de cette étude nous avons travaillé sur 21 pays et sur 29
variables,
sur les
disponiblités
par personne et parjour
pour les Calories(nombre),
Protéines(grammes/10))
etLipides (grammes/10).
Ces données sont extraites du document FAO(1984).
- Les 21 pays : avec leur code
apparaissant
dans les tableaux et lesgraphiques :
1 : All
Allemagne
2 : Aus Australie 3 : Aut Autriche 4 : Bel
Belgique
5 : Can Canada 6 : Dan Danemark 7 :
Esp Espagne
8 : Eta Etats-Unis
26 .1. KLATZMANN, R. TOMASSONE C. DERVIN
9 : Fin Finlande 10 Fra France
!1 Irl Irlande 12 Isr Israël 13 : Ita Italie 14 :
Jap Japon
15 : Nor
Norvège
16 : Nz. Nouvelle-Zélande 17 Pba
Pays-Bas
18 Por
Portugal
19 : GB.
Grande-Bretagne
20 : Sué Suède 21 Sui Suisse
- Les 29 variables: ce sont les variables
d’origine
avec l’indication du code sur 3 caractères pour les variablesqui
seront effectivement utilisées :1 Produits
végétaux :
PRV2 Produits animaux : PRA
3 Grand total alcool exclu : 4 Céréales :
5 Blé : BLE
6 Riz : RIZ
7 Racines et tubercules
8 Pommes de terre : PTR
9 Manioc : 10 Sucres et miel : 11
Légumineuses :
12 Noix et
oléagineux
OLE13
Légumes :
LEG14 Fruits :
15 Viandes et abats :
16 Viande de boeuf et veau : BOE
17 Viande de porc : POR
18 Oeufs :
19 Poisson et fruits de mer : POI
20 Lait :
21 Lait de vache frais : LVA
22
Fromage (lait
entier devache) :
23 Huiles etgraisses végétales :
24
Margarine
etgraisses
culinaires : MAG 25 Huiles etgraisses
animales :26 Beurre de lait de vache : BEU
27 Saindoux :
28 Bière
d’orge :
BIE29 Vin :
A
partir
de cesvariables,
nous avons obtenu 6 autres variablesqui
serontétudiées de
préférence
aux variablesd’origine qui
leurcorrespondent (respective-
ment
4,7,15,20,23
et25) :
4 - 5 - 6 = Céréales autres que blé et riz :
7 - 8 = Autres racines que les pommes de terre : 15-16-17 = Autres viandes que boeuf et porc : 20-21-22 = Autres
produits
laitiers23 - 24 = Autres huiles et
graisses végétales
que lamargarine
25-26-27 = Autres huiles et
graisses
animales :CE*
RA*
V*
L*
GV*
GA*
La variable Manioc
n’apparaissant
que pour leJapon
a étésupprimée
pour cettepremière
étude.Ainsi,
nous aboutissons aux troispremiers
fichiers de travail suivants :1°)
Pour les calories : à 28variables,
2°)
Pour lesprotéines :
à 24variables, après suppression
des variables toutes nullesSucre, GV*,
Saindoux etVin,
3°)
Pour leslipides :
à 25variables, après suppression
des variables toutes nullesSucre,
Bière et Vin.3. Les traitements
3.1. Traitements sur les
fichiers séparés
Dans un
premier temps
nous avons travaillé sur les trois fichiersCalories,
Protéines etLipides.
Etant donné le très
grand
nombre de variablesétudiées,
nous avons été amenés à faire un certain nombred’analyses préalables
pour condenser lesdonnées,
enconservant le maximum d’informations contenues dans les données extraites du document FAO. Ces
analyses
ont été des"Analyses
enComposantes Principales",
notées ultérieurement
ACP;
elles ont abouti à des groupes de pays que nous avons considérés comme des groupeshomogènes,
ce sont les groupes suivants :28 J. KLATZMANN. R. TOMASSONE. C. DERVIN
TABLEAU 1
Groupes
de pays déterminés àpartir
des critèresséparés
Ces groupes conduisent à retrouver certains pays
toujours
ensemble :[Bel, Can, Eta, Fra, GB.]
[Dan, Fin, Suè]
[All, Nor, Pba]
[Aus, Nz.]
[Jap, Isr, Ita, Por]
[Jap]
A
partir
de ces groupes, nous avons fait des"Analyses
Factorielles Discrimi-nantes",
notées ultérieurement AFD. Ces AFDpermettent
de calculer des distancesstatistiques
entre groupes, cequi permet
alors de hiérarchiser les relations.3.1.1. Calories
Les 4 groupes sont bien
séparés :
G4(Jap)
est trèséloigné
des autres commeen
témoigne
le tableau des distancesgénéralisées :
G 1 G2 G3 G4 GI 1 0.0
G2 2.2 0.0 G3 2.9 2.5 0.0 G4 4.9 4.8 5.1 0.0
Cette classification est
stable,
les paysqui appartiennent
auxquatre
groupes sont bien différenciés.3.1.2. Protéines
Les 4 groupes sont aussi bien
séparés ;
comme ci-dessus G 1(Jap)
est trèséloigné
des autres. Le tableau des distances est le suivant :Ici encore, cette classification est
stable,
les paysqui appartiennent
auxquatre
groupes sont bien différenciés.3.1.3.
Lipides
Ici encore les 5 groupes sont bien
séparés,
et G3(Jap)
est leplus éloigné
detous. Le tableau des distances est le suivant :
En fait Fra et Irl se situent à la frontière de leur classe : si Irl est
déplacée
de G4 en
G 1,
on obtient un nouveau tableau de distances :Les résultats des deux
analyses
sont assezvoisins ; néanmoins,
il nous semblepréférable
de conserver cettedernière;
en effet nous retrouvons alors un groupe de trois pays[Aus, Nz., Irl] qui
se maintient dans les trois fichiersCalories,
Protéineset
Lipides.
3.2. Traitements sur les
fichiers fusionnés
Il est maintenant
possible
de traiterglobalement
les trois fichiers de données.Pour éviter des temps de traitement
prohibitifs,
nous avons conservé lescinq
30 .1. KLATZMANN. R. TOMASSONE, C. DERVIN
premières
composantes obtenues par ACP sur les trois fichiers initiaux. Cette manière deprocéder
n’a pas introduit unegrande perte d’information,
car cescinq
composantes contenaientrespectivement 80,1 % , 89,6 % ,
et93,9
% de l’information des fichiers initiaux.Sur ce nouveau fichier de données
(21*15),
nous avons alors décelésept
groupes :1
Aus, Nz.
2 Dan.
Fin, Nor,
Suè 3Fra, Irl, GB.,
Sui4
Can,
Eta5
All, Aut, Pba, Bel
6
Esp, Isr, Ita,
Por7
Jap
Ces
sept
groupes ont de nouveau été soumis à uneAFD,
dont ungraphique permet
depréciser
les ressemblances(figure 1).
Mais le résultat leplus
intéressantest la matrice de distances entre ces groupes
(tableau 2).
FIGURE 1
Graphique
de l’AFD des sept groupes de pays ;vue cavalière des trois
premiers facteurs.
L’arbre de
longueur
miriintale a étéreporté
entre les sixpremiers
groupesTABLEAU 2
Distance de Mahalanobis entre les sept groupes de pays
définis après classification aiitoniatique
Le tracé de l’arbre de
longueur
minimale permet de mieux voir la structure de laproximité
des groupes(Figure 2).
FIGURE 2
Arbre de
longueur
minimale entre les sept groupes de pays La distancequi
estindiquée auprès
duJapon (4.76)
est la distance moyenne aux autres groupes; le groupe leplus proche
duJapon
est le groupe 2.Ce schéma est intéressant car il
permet
de voirapparaître
une sorte de rôlepivot joué
par les groupes 3 et5, qui
sont eux-mêmes lesplus
voisins :- le groupe 3
[Fra, Irl, GB., Sui] auquel
se rattachent le groupe 6[Esp, Isr,
Ita, Por]
et le groupe 1[Aus, Nz.],
- le groupe 5
[All, Aut, Pba, Bel] auquel
se rattachent le groupe 4[Can, Eta]
et le groupe 2
[Dan, Fin, Norv, Suè].
Le
Japon
esttoujours largement séparé
de tous les groupes.32 J. KLATZMANN, R. TOMASSONE, C. DERVIN
3.3. Conclusion des
analyses statistiques
Les
analyses précédentes
n’ont rien fait d’autre que rendreplus
lisibleune information abondante et mal structurée. Il est donc intéressant de revenir
aux données initiales. Nous fournissons ci-dessous les valeurs des moyennes des groupes pour l’ensemble des critères retenus. Les
graphiques
en étoilequi
lesaccompagnent permettent
de visualiser les différences lesplus
notables entreces groupes. Les
qualificatifs d’"important"
ou de "faible" doivent naturellement s’entendre de manièrerelative,
par rapport aux autres groupes.3.3.1. Nomhfe de calories
(15 variables)
Le groupe 1
[Aus, Nz.] présente
une consommation :-
importante
pour les viandes autres que celle de porc, et pour lebeurre,
- faible pour les céréales autres que le blé et le
riz,
ainsi que pour lamargarine
et les autres
graisses
culinaires.Le groupe 2
[Dan, Fin, Nor, Suè] présente
une consommation :-
importante
pour la viande de porc, les céréales autres que le blé et leriz,
tous les
produits
laitiers et lamargarine,
- faible pour les huiles et
graisses végétales
autres que lamargarine.
Le groupe 3
[Fra, Irl, GB., Sui] présente
une consommation :-
importante
pour la viande de porc, le lait de vachefrais,
- faible pour la
margarine
et les autresgraisses
culinaires.Le groupe 4
[Can, Eta] présente
une consommation :-
importante
pour les viandes de boeuf et de porc, lamargarine.
Le groupe 5
[All, Aut, Pba, Bel] présente
une consommation :-
importante
pour lesproduits
animaux(particulièrement
pour la viande deporc),
lamargarine
et la bière.Le groupe 6
[Esp, Isr, Ita, Por] présente
une consommation :-
importante
pour lesproduits végétaux,
et surtout ceux à base deblé,
les huiles etgraisses végétales
autres que lamargarine.
Il faut aussi noter que la consommation de rizreprésente plus
que le double de celle descinq premiers
groupes,
- faible pour la
margarine,
le beurre et la bière.Le groupe 7
[Jap] présente
une consommation trèsparticulière comparée
à celle detous les autres groupes :
- très
importante
pour leriz,
-
faible,
voire trèsfaible,
pour lesproduits animaux,
leblé,
toutes lesviandes,
la
margarine,
le beurre et la bière.TABLEAU 3
Valeurs des nombres de calories consommées
(moyennes
par groupes depays)
3.2.2. Protéines en
1/10èll"
de grammes(12 variables)
Nous allons retrouver sur les
protéines
des confirmations des résultatsprécédents,
mais nous ne noterons que les faits lesplus remarquables,
sans nousattarder sur ce
qui
est sensiblement uniforme pour lamajorité
des groupes comme la faiblesse desquantités
deprotéines
provenant duriz,
desoléagineux
ou dupoisson.
Le groupe 1
[Aus, Nz.]
avec une consommation :-
importante provenant
desproduits animaux,
sauf le porc.Le groupe 2
[Dan, Fin, Nor, Sué]
avec une consommation :-
importante provenant
desproduits animaux,
et dupoisson.
Le groupe 3
[Fra, Irl, GB., Sui]
avec une consommation :-
importante provenant
desproduits
animaux.Le groupe 4
[Can, Eta]
avec une consommation :-
importante
provenant desproduits animaux,
et surtout le boeuf.Le groupe 5
[All, Aut, Pba, Bel]
avec une consommation :-
importante provenant
desproduits animaux,
et surtout le porc.Le groupe 6
[Esp, Isr, Ita, Por]
avec une consommation :-
importante
provenant desproduits végétaux
et surtout le blé(et
le riz encomparaison
auxcinq premiers groupes)
et relativementimportante
pour les viandes autres que celles de boeuf et de porc,- faible
provenant
desproduits animaux,
et surtout le porc.Le groupe 7
[Jap]
avec une consommation :-
importante
provenant desproduits végétaux (surtout
leriz),
lesoléagineux
et le
poisson,
- faible
provenant
de tous lesproduits
animaux.34 J. KLATZMANN. R. TOMASSONE, C. DERVIN
1 AUSTRALIE,
NOUVELLE-ZÉLANDE
2 DANEMARK, FINLANDE,NORVÈGE,
SUÈDE3 FRANCE, IRLANDE, 4 CANADA,
ÉTATS-UNIS
GRANDE-BRETAGNE, SUISSE
5 ALLEMAGNE, AUTRICHE, PAYS-BAS, BELGIQUE
ESPAGNE,
ISRAËL,
ITALIE, PORTUGAL7 JAPON
FIGURE 3
Graphique
des consommationscaloriques
(1
unité =écart-type
résiduelintra-groupes
dechaque variable)
36 .1. KLATZMANN. R. TOMASSONE. C. DERVIN
1 AUSTRALIE,
NOUVELLE-ZÉLANDE
DANEMARK, FINLANDE,NORVÈGE, SUÈDE
3 FRANCE, IRLANDE, GRANDE-BRETAGNE, SUISSE
CANADA,
ÉTATS-UNIS
5 ALLEMAGNE, AUTRICHE, 6 ESPAGNE,
ISRAËL,
ITALIE, PORTUGALPAYS-BAS,
BELGIQUE7 JAPON
FIGURE 4
Graphique
des consommations deprotéines
(1
unité =écart-type
résiduelintra-groupes
dechaque variable)
38 J. KLATZMANN. R. TOMASSONE. C. DERVIN
TABLEAU 4
Valeurs des
protéines
consommées en 1/10 de grammes(moyennes
par groupes depays)
3.3.3.
Lipides
en1/10ème
de grammes(10 variables)
Les remarques faites pour les
protéines s’appliquent
aussi auxlipides.
Pourles
cinq premiers
groupes leslipides proviennent
surtout desproduits animaux,
mais très peu de la consommation de
poisson.
Le groupe 1
[Aus, Nz.]
avec une consommation :-
importante
due à la viande de boeuf et au beurre.Le groupe 2
[Dan, Fin, Nor, Suè]
avec une consommation :-
importante
due aubeurre,
à lamargarine
et au porc, mais aussi relativementaux autres groupes,
excepté
leJapon,
due aupoisson,
- faible due au boeuf.
Le groupe 3
[Fra, Irl, GB., Sui]
avec une consommation :-
importante
due au beurre et au porc.Le groupe 4
[Can, Eta]
avec une consommation :-
importante
due auxoléagineux,
au boeuf et au porc.- faible due au beurre.
Le groupe 5
[All, Aut, Pba, Bel]
avec une consommation :-
importante
due au porc.Le groupe 6
[Esp, Isr, Ita, Por]
avec une consommation :-
importante
due auxproduits végétaux
etparticulièrement
les huiles etgraisses végétales
autres que lamargarine,
- faible due au boeuf et au beurre.
Le groupe 7
[Jap]
avec une consommation :-
importante
due aupoisson,
- faible due aux
produits
animaux(
enparticulier
leboeuf),
lamargarine
etle beurre.
TABLEAU 5
Valeurs des
lipides
consommés en 1/10 de grummes(moyennes
par groupes depays)
4. Conclusion :
Comparaison
detypologies
etperspectives
L’analyse
décrite ci-dessus aboutit sans conteste à latypologie
laplus rationnelle, puisqu’elle
tient compte à la fois des éléments nutritifs essentiels et des alimentsconsommés,
et que, d’autre part, la classificationautomatique
réduitconsidérablement - sans la
supprimer
totalement - la part de l’arbitraire dans la délimitation des groupes.Il est intéressant de comparer cette classification à celles
qui
ont été élaborées par Klatzmann etMalassis,
lapremière
àpartir
des éléments nutritifs seulement(calories
etprotéines animales),
la seconde àpartir
des aliments consommésseulement( 1) .
Celle de Klatzmann
présente
un intérêt surtout à l’échellemondiale,
où sont constatées des différences trèsimportantes
entre pays. En cequi
concerne les paysdéveloppés,
peut-on considérer commeimportantes
des différences entre paysqui
sont tous au-dessus de 3 000 calories
(sauf
leJapon)
et tous au-dessus de 50 grammes deprotéines
animales par personne et parjour (sauf
lePortugal) ?
Onpeut tout de même faire une distinction entre des pays
qui
sont à moins de 3 200 calories et 60 grammes deprotéines
animales par personne et parjour
et d’autresqui
sont tous au-dessus ou presque au-dessus de 3 400 calories et 60 grammes deprotéines
animales par personne et parjour. L’analyse
dugraphique (nombre
de calories *
protéines animales)
permet de faire uneclassification,
mais avec unegrande part
d’arbitraire(qu’est-ce qui
est leplus important :
un écart de 100 caloriesou un écart de 5 grammes de
protéines animales ?).
(1) Le fait que les données ne
correspondent pas aux mêmes dates dans tous les cas (1979-81, 1975-77 et 1981-83) affecte sans doute peu les résultats des comparaisons.
40 J. KLATZMANN. R. TOMASSONE. C. DERVIN
1 AUSTRALIE,
NOUVELLE-ZÉLANDE
2 DANEMARK, FINLANDE,NORVÈGE, SUÈDE
3 FRANCE, IRLANDE, 4 CANADA, ÉTATS-UNIS
GRANDE-BRETAGNE, SUISSE
5 ALLEMAGNE, AUTRICHE, 6 ESPAGNE,
ISRAËL, ITALIE,
PORTUGAL PAYS-BAS, BELGIQUE7 JAPON
FIGURE 5
Graphique
des consommations delipides
(1
unité =écart-type
résiduelintra-groupe s
dechaque variable)
42 ./. KLATZMANN. R. TOMASSONE, C. DERVIN
En ce
qui
concerne la classification deMalassis,
il faut en réalité en considérer deux. Dans lapremière,
lesquantités
d’aliments consommés sontcomparées
auxmoyennes des pays occidentaux. Il
s’agit
donc derégimes
alimentaires "relatifs".La deuxième
prend
en compte tous lesproduits qui représentent
10 % au moinsdu total des
disponibilités (sans
doutes’agit-il
dedisponibilités
encalories,
cequi
n’est pas
précisé).
Onprend
alors en compte des différences "structurelles".Ces trois classifications
figurent
sur le tableau6, comparées
à celle que nousvenons d’établir.
C’est la
première
classification de Malassis(Mr) qui
serapproche
leplus
de celle
qui
a été décriteplus haut, malgré quelques
différencesappréciables.
Lesgroupes 1 et 4 de la classification
automatique
et presque tous les pays du groupe 3 se retrouventensemble,
alors que ce sont les groupes3,
4 et 5qui
sont lesplus proches
dans la classificationautomatique.
Les pays du groupe 5 se retrouvent à trois endroits différents. Le groupe2,
celui des paysnordiques,
est bien isolé. Le groupe des pays méditerranéens est divisé endeux,
Israël et l’Italie étant distincts duPortugal
et del’Espagne. Enfin,
leJapon
est nettementséparé
du reste.La classification de Malassis
d’après
les structures de consommation(Ms)
estbeaucoup
moinsdiscriminante, puisqu’elle
regroupe lescatégories 1,
4 et 2 de la classificationautomatique,
ainsi queplusieurs
pays des groupes 3 et 5. Le groupe méditerranéen est à peuprès complet,
àl’exception d’Israël, qui
se retrouve dansun groupe
hétéroclite,
avecl’Allemagne
et la France.Quant
à la classification de Klatzmann(K),
elle regroupe certes lescatégories 3, 4
et 5 de la classificationautomatique,
c’est-à-dire cellesqui
sont lesplus proches,
mais
également
lacatégorie
1. Les paysnordiques
se retrouvent entre eux, sauf le Danemark. Les pays méditérranéens se retrouvent dans troiscatégories,
lePortugal
étant isolé et Israël classé avec la
Grande-Bretagne.
Commetoujours,
leJapon
estbien à
part.
Mais il fautrappeler
que cette dernière classification n’est valablequ’à
l’échelle mondiale. Il ne faut donc pas s’étonner des résultats surprenants
qu’elle
donne
lorsqu’on
veut classer des paysqui appartiennent
presque tous à la mêmecatégorie
d’une classification mondiale.A l’aide d’une
analyse
descorrespondances multiples
sur les valeurs du tableau6,
nous pouvons comparer les classifications obtenues. Nous ne fournissons pas ici lesgraphiques
de cetteanalyse,
mais nous nous sommes servis de sesrésultats pour réordonner les
lignes
du tableau 6 : ainsi nous voyonsapparaître
lesressemblances de ces
quatre typologies.
Enparticulier,
certains pays sonttoujours regroupés
dans les mêmes classesquel
que soit letype d’approche :
-
Fin,
Nor et Suè-
Aus,
Nz.-
Eta,
Can-
All,
Bel- Jap
C’est donc seulement
lorsqu’on
auraprocédé
à l’élaboration d’unetypologie
mondiale que l’on pourra
porter
unjugement
sur celle que l’onpeut
établir àpartir
de deux éléments
nutritifs,
les calories et lesprotéines
animales. Comme nousTABLEAU 6
Résumé des quatre
classifications
obtenues44 J. KLATZMANN. R. TOMASSONE. C. DERRVIN
l’avons dit
plus haut,
c’est lapremière
classification de Malassisqui
serapproche
le
plus
de la nôtre. Elleapparaît
toutefois moins discriminante même si ellecompte
sept groupes. Lepremier
comporte en effet des paysqui appartiennent
à quatre groupes différents de la classificationautomatique.
En
conclusion,
les résultats obtenus par cet essai d’élaboration d’unetypo- logie
de l’alimentation en tenant compte à la fois desquantités
deproduits
et deséléments nutritifs sont encourageants. On peut donc tenter de passer à l’échelle
mondiale,
mais en serappelant
lagrande
incertitude des donnéesstatistiques
rela-tives à
beaucoup
de pays du Tiers Monde et lesgrandes inégalités qui
existent àl’intérieur de certains de ces pays.
Quand
on nedispose
que de données moyennes pour la Chine et pourl’Inde,
il n’estpeut-être
pas nécessaired’analyser séparément
tous les pays
d’Afrique.
Onpeut
tenter desregroupements
pargrandes régions.
Mais il serait naturellement
plus
intéressant deposséder
des informationsplus
fines sur les
grands
pays. D’unefaçon générale,
il faudrainterpréter
les résultats de la classification en portant unjugement
sur la validité desstatistiques
relativesà certains pays -et en n’oubliant pas non
plus
la différence entre"disponibilités"
etconsommations effectives.
Parfois,
des corrections arbitraires vaudront mieux quel’acceptation
sans discussion de données officielles.5. Conclusion
générale
Une lecture
superficielle
des résultats peut donnerl’impression
que l’on re-trouve des évidences : l’isolement du
Japon,
les similitudes entre pays méditer-ranéens,
etc. Si l’on yregarde
deplus près,
ons’apercevra
que des paysqui
diffèrent sensiblement par le nombre de calories par personne et par
jour
se retrou-vent dans le même groupe alors
qu’ils
auraient sans doute été différenciés dans la classification de Klatzmann. Maislorsqu’on
étendra la recherche à d’autres pays,on dissociera cette fois des pays classés dans le même groupe par
Malassis,
en raison des différencesimportantes
dans la valeurénergétique
de la ration.Le lecteur peut
aussi,
en découvrant cespremiers résultats,
se demanderquelle
est l’utilité de l’établissement d’unetypologie
de l’alimentation dans le monde.Après
tout, on n’a pas besoin de faire tourner un ordinateur pour déciderd’envoyer
des céréales auxpopulations qui
meurent de faim enEthiopie.
Et àquoi
bon une
typologie
si les donnéesdisponibles
sont trèséloignées
de laréalité,
pourbeaucoup
depays?
Notre
réponse
est la suivante : il faudrabien,
unjour, pratiquer
unepolitique
mondiale de l’alimentation. L’établissement d’une
typologie permettra
de mieuxapprécier
la réalité et de suivre son évolution. Il fautespérer
que, dansl’avenir,
les donnéesstatistiques
deviendrontplus
fiables. Il n’est pas nécessaire d’attendrece futur pour se
préoccuper,
dès àprésent,
desproblèmes
que pose l’élaboration d’unetypologie
de l’alimentation et del’interprétation
desrésultats
obtenus.6. Références
bibliographiques
BOUROCHE, J-M., SAPORTA,
G.(1980) L’analyse
des données. Presses Univer- sitaires de France -Que sais-je ?
Paris.COLI, M., PAGLIARICCI,
M-L.(1988) Sull’Identificazione,
la Stima e il Controllo di Modelli d’InterazioneSpazio-Temporale :
unoSgardo
all’Assunzione Proteicadegli
Italiani perRegione
dal 1973 al 1986. Istituto deStatistica,
Facoltà di Economia e Commercio, Pescara.FAO