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Pratiques de sécurité en ville

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Academic year: 2022

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Pratiques de sécurité en ville

Coordination : Marie MORELLE, Université Paris I Panthéon Sorbonne, France Jérôme TADIE, IRD, France

Ce dossier vise à expliquer la place et le fonctionnement de la sécurité, définie comme protection des biens et des personnes, dans les dynamiques urbaines. Il a pour objectif d’en analyser la production, en mettant l’accent sur les logiques d’encadrements informels. Il privilégie l’étude des pratiques et des politiques plus ou moins institutionnalisées destinées à assurer la sécurité, à partir de l’échelle locale, celle des quartiers, en particulier ceux qui ne représentent pas les vitrines internationales des pays et qui ne sont pas concernés par la constitution de quartiers enclos pour les couches supérieures de la société urbaine.

Alors que dans certaines métropoles, les politiques publiques de sécurité visent en priorité les quartiers les plus riches et les mieux intégrés, nous favorisons l’étude des espaces pauvres. Ces espaces sont en effet souvent marqués à la fois par une forte présence de la violence quotidienne et par celle de modes de régulation spécifiques (moindre présence ou visibilité de l’Etat excepté dans des logiques strictement répressives, quasi-absence des compagnies de sécurité privées, importance de groupes d’intervenants plus ou moins formalisés). Ces quartiers sont aussi les terrains d’intervention privilégiés des acteurs internationaux ou multilatéraux, ce qui permet de mettre en évidence la circulation de modèles de sécurité. Dans ces discours et interventions sont visés aussi bien la paix sociale, perçue comme facteur de développement et – dans un contexte néolibéral – de croissance économique.

Une première interrogation met en jeu, en termes de justice spatiale, une conception redistributive de la sécurité, dont il faut analyser l’assise territoriale et les modes de production. Dans les débats sur le développement, la sécurité est considérée comme un bien commun, une ressource à laquelle tout citadin doit accéder. La sécurité apparaît là comme indicateur de justice spatiale, ou marqueur d’injustice. La question est particulièrement forte dans des villes où des quartiers pauvres semblent hors des principaux dispositifs de sécurité publique. De plus, la sécurité des uns peut engendrer l’insécurité des autres. Garantir la sécurité revient à restreindre un certain nombre de libertés individuelles. Cela n’est pas sans entrainer des excès. La sécurité ne peut donc être liée automatiquement à la notion de justice spatiale.

Les différents types d’actions selon les quartiers et l’émergence de pratiques populaires, leurs interactions, confrontations ou juxtapositions avec celles définies par les pouvoirs publics ressortent ici. L’appropriation de l’espace et la sécurisation qui en découlerait est-elle identique selon l’appartenance politique, ethnique ou encore le genre ? L’approche de la sécurité dans sa dimension spatiale, urbaine en l’occurrence, fait ainsi apparaître les représentations urbaines des individus et des groupes. Ces aspects permettront de mettre en avant la dimension procédurale de la justice spatiale. Dans cette optique, les controverses et échanges sur la sécurité sont portées par des conceptions spécifiques de la justice spatiale. Le lien entre sécurité et justice spatiale est ainsi relié aux controverses et revendications.

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La justice spatiale intervient ainsi à plusieurs niveaux d’analyse. En effet, elle est mobilisée dans les discours de manière à répondre à un certain nombre d’injonctions à la sécurité. Elle s’exprime aussi comme une demande d’un traitement égalitaire ou équitable par certains, respectant le « citoyen », moins répressif envers les pauvres, grâce aux registres d’actions et de discours qu’il convient de préciser. Lorsqu’elle n’est pas appropriée et revendiquée de manière claire ni dans les pratiques ni dans les discours qui les accompagnent, la notion de justice spatiale devient une catégorie exogène, mobilisée par le chercheur, permettant d’analyser la dimension institutionnelle et politique de la sécurité.

Au-delà, la sécurité pose une question sociale et politique, au fondement d’un ordre social et urbain, juste ou non. On peut formuler l’hypothèse que les dispositifs, formels ou non, renforcent encore les divisions urbaines, le décalage d’un quartier à un autre, voire le repli communautaire, au détriment d’une sécurité pour tous. Ils sont aussi au fondement de la catégorisation de populations et de quartiers, voire leur stigmatisation. Ajoutons que l’entrée par quartier ne peut esquiver la question des personnes et des groupes rendus invisibles car dépourvus d’ancrage territorial (les sans-abri par exemple), alors évincés de tout processus, aussi fragmenté soit-il, de sécurisation.

La sécurité renvoie donc à un système de pouvoir auquel participent non seulement les instances dirigeantes de la ville ou du pays, mais aussi de nombreux autres acteurs (habitants, groupes, compagnies de sécurité, etc.). Elle soulève la question des rapports de force et de la constitution de normes qui créent la ville et conduisent à l’apparition ou à la consolidation d’inégalités en son sein, en contribuant à la définition d’usages et de personnes légitimes ou illégitimes dans ces espaces. Privilégiant la dimension spatiale et temporelle de ces pratiques, nous proposons de mettre en valeur la diversité des processus à l’œuvre, afin de mieux comprendre les formes d’organisation et de régulations au fondement, ou non, d’une justice spatiale.

Les articles rédigés devront être envoyés avant le 1er octobre 2010, pour inclusion dans le numéro spécial qui paraîtra au printemps 2011.

Contact :

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