Proceedings Chapter
Reference
Pylos Polenta Connection
BIRCHLER EMERY, Patrizia, ABERSON, Michel
BIRCHLER EMERY, Patrizia, ABERSON, Michel. Pylos Polenta Connection. In: Beck, J.
Journée d'études égéennes: Actes de la rencontre du 3 novembre 2012 à l'Université de Genève . Berne : Peter Lang, 2020. p. 89-96
DOI : 10.3726/b16404
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:154083
Disclaimer: layout of this document may differ from the published version.
1 / 1
Pylos polenta 1 connection
Dans le domaine archéologique, les relations entre le monde égéen et l’Italie au IIe millénaire av. J.-C. ont fait l’objet de nombreuses études.
Elles sont de mieux en mieux connues et leur importance de plus en plus souvent relevée2. Mais, alors que les documents en linéaire B ont depuis longtemps été exploités dans le cadre des recherches sur les contacts entre les Mycéniens et le Proche-Orient, ils ne sont presque jamais évoqués lorsqu’il s’agit de relations avec l’Occident3. Cela est avant tout dû au fait que, contrairement aux civilisations de l’est de la Méditerranée, celles de l’ouest n’offrent pas, pour cette période, de documents écrits permettant d’établir des liens avec la documentation en grec mycénien ; mais il existe tout de même quelques pistes de recherche dans
ce domaine et c’est l’une d’entre elles que nous nous proposons d’aborder ici.
À Pylos, sur l’une des célèbres tablettes de la série o-ka, figure l’anthroponyme wo-ro-tu-mi- ni-jo, porté par un personnage qui a rang d’e-qe- ta4. Ce titre, signifiant littéralement « suivant », dont les attributions sont mal connues, était revêtu par des hommes de haut niveau social, exerçant probablement des fonctions militaires importantes, comme le montrent justement les tablettes de cette série, à Pylos5.
Le nom de ce personnage a fait l’objet de diverses interprétations, sans que l’on ne lui ait toutefois prêté beaucoup d’attention. Le dictionnaire de F. Aura Jorro en signale diverses lectures, en particulier Ϝροθ-ύμν-ιος (anthroponyme ou patronyme), dérivé de *ϝρόθ-υμνος, « aux
1 Le titre en clin d’oeil de cette contribution, illustrant un aspect des relations entre le monde égéen et l’Italie au IIe millénaire av. J.-C., devait initialement être « Pylos pizza connection ». Nos recherches nous ayant toutefois résolument orientés vers l’Italie du Nord, la pizza s’est métamorphosée en polenta. Nous remercions vivement nos collègues de l’Université de Genève, Catherine Trümpy et Julien Beck, pour leurs relectures attentives et leurs suggestions.
2 Cf. par exemple VAGNETTI 2000, BETTELLI 2002, LAFFINEUR & GRECO 2005, EDER & JUNG 2005, BIETTI SESTIERI 2008, BORGNA & CÀSSOLA GUIDA 2009, CAZZELLA & RECCHIA 2009, BIETTI SESTIERI 2010a, RADINA & RECCHIA 2010, VAGNETTI 2011, JUNG &
MEHOFER 2013.
3 Font exception, par ex., RISCH 1981, p. 576, n. 1 (sur la relation probable entre le mycénien torkwis,
« spirale (?) » et le latin torquis / -ēs) et SCAFA
1999, p. 273 (PY Cn 655.18 : ma-du-ro interprété, peut-être à raison, comme Mandurion, en Iapygie).
L’identification proposée par PUGLIESE CARRATELLI 1962, p. 6–10, d’a-ta-ro (PY An 35) ou a3-ta-ro (PY Jn 415) avec Aithalos (l’île d’Elbe) nous paraît en revanche peu convaincante puisque ce nom, clairement grec, peut aussi bien renvoyer à la sphère interne du monde mycénien. Les auteurs remercient A. Gravina (Heidelberg) d’avoir attiré leur attention sur ces deux derniers exemples.
4 PY An 661 (CHADWICK 1973, p. 60), l. 7 : e-ḳị-no-jo o-ka e-o-te-u / a-ṭị-ṛọ-q̣ẹ i-da-i-jo e-se-re-a2 /e-na- p̣ọ-ṛọ i-wa-so men 70 / [.] -o-ri-[ ] men 30 /5ka-ṛạ-do-ro ko-ro-ru-ra-i-jo men [nn] / ẓạ-e- to-ro ko-ro-ku-ra-i-jo men 20 / me-ta-qe pe-i e-qe-ta wo-ro-tu-mi-ni-j̣ọ / vac.. On peut traduire par : « O-ka de E-ki-no : E-o-te-u et A-ti-ro, Idaios, E-se-ra2. De E-na- po-ro à Iwasos: 70 hommes ; [lacune] 30 hommes ; de Ko-ro-ku-ra-jo à Kharadros (?): [?] hommes ; de Ko-ro-ku-ra-jo à Za-e-to-ro: 20 hommes ; et avec eux le “suivant” Wo-ro-tu-mi-ni-jo ».
5 Sur les e-qe-ta, voir DEGER-JALKOTZY 1978, p. 196–212.
90 MICHEL ABERSONET PATRIZIA BIRCHLER EMERY
chants bruyants », ou Ϝλοτύµνιος > Λατύμνιος (ethnique). Mais il mentionne également la possibilité d’un rapprochement avec les noms latins Vertumnus et Voltumnia6. Cette dernière piste, qui nous oriente vers l’Italie, a en effet été évoquée par divers chercheurs mais ne semble guère avoir été explorée plus avant7. Nous souhaitons la réexaminer ici.
Selon les règles « normales » de l’orthographe mycénienne, wo-ro- devrait plutôt transcrire /wro-/ ou /wlo-/ alors que /wor-/ ou /wol-/
devrait être rendu par wo-8. Mais ce n’est pas une règle absolue9. Une lecture Wortumnios ou Woltumnios est donc également possible. Il s’agirait alors d’un anthroponyme construit sur un théonyme bien attesté dans le monde étrusco- italique au Ier millénaire av. J.-C. : « Celui- de-Wortumn- » ou « Celui-de-Woltumn- », formation comparable à celle que l’on a pour des noms tels que ∆ιονύσιος, Δημήτριος, Ἀπολλώνιος, etc.
Comme on l’a dit, une divinité dont le nom est construit sur Veltumn- / Voltumn- / Vertumn- / Vortumn- est bien connue dans l’Italie du Ier millénaire. Ainsi, Varron considère Vertumnus comme un deus Etruriae princeps et Tite-Live mentionne à plusieurs reprises les réunions que les douze peuples de l’Étrurie tenaient au fanum Voltumnae, aujourd’hui identifié avec le santuaire du Campo della Fiera, près d’Orvieto10.
Un signum Vortumni est également mentionné par Tite-Live dans le uicus Tuscus à Rome11. La racine de ce nom se retrouve dans de nombreux anthroponymes, oronymes, hydronymes et toponymes de l’Italie antique, aussi bien en étrusque (Vltimne, CIE, 1254 ; 2364, etc.) qu’en latin (Arruns Veltymnus, GROMAT., p. 350 Lachmann ; Iunius Veldumnianus, CIL VI, 319) ou en vénète12. Dans les inscriptions latines, des noms de ce type semblent particulièrement bien représentés en Vénétie, en Hispanie et en Dalmatie13. Selon G. Devoto, Voltumnus / Vortumnus serait construit à l’aide du suffixe -mn-, fréquent en étrusque mais aussi dans les langues indo-européennes (cf., en grec, les participes moyens en -µενο/α- et, en latin, alu-mn-us)14 ; sa formation semble remonter à l’italique commun prélatin et il pourrait être passé en étrusque à l’époque préalphabétique, sans doute au IIe millénaire déjà15.
Les relations entre le monde mycénien et les régions situées au nord de l’Adriatique (delta du Pô, Vénétie) sont de mieux en mieux documentées.
R. Peroni avait émis l’idée, il y a vingt ans déjà, que la culture des Terramare avait joué un rôle essentiel dans la koiné métallurgique européenne du Bronze récent16, attribuant ainsi à cette région un rôle fondamental dans l’échange de biens et techniques dans le monde méditerranéen de l’âge du bronze, et, depuis, de nombreux chercheurs
6 AURA JORRO 1999, p. 448, s. v. wo-ro-tu-mi-ni-jo.
7 Cf. GEORGIEV 1956, p. 81, s. v. ; LANDAU 1958, p. 152, s. v. ; MADDOLI 1963, p. 113 (qui rapproche ce nom de celui de la déesse Ὀρθία) ; MORPURGO 1963, p. 368, s. v.
8 Cf. GALLAROTTI 1956, p. 406 (anaptyxe régressive).
9 Voir les contre-exemples cités par GALLAROTTI 1956, p. 406 : do-so-mo pour /dosmos/, sa-ra-pe-do comparé à Σαρπηδών. Pour wo-ro-tu-mi-ni-jo, voir aussi GEORGIEV 1956, p. 81, s. v., qui propose *ϝορθύμνιος ou *ϝροθύμνιος.
10 Cf. Varr. ling. 5, 46 ; Liv. 4, 23, 5 ; 4, 61, 2 ; 4, 5, 17, 6 ; 6, 2, 2. Voir aussi CIL XI, 5265. Pour l’identification du sanctuaire, voir DELLA FINA 2012, en particulier la présentation d’A. Concina (p. 5) et l’article de S. Stopponi, « Il fanum Voltumnae : dalle divinità Tluschva a San Pietro », p. 7–40.
11 Liv. 44, 16, 10.
12 Cf. PROSDOCIMI 1967, p. 207.
13 Cf. PROSDOCIMI 1967 ; LÖRINCZ & MÓCSY 2005, p. 183, s. v. Voltimesis ; Voltio ; Voltiomnus.
14 Cf. DEVOTO 1940.
15 Pour PROSDOCIMI 1967, p. 209, Voltiomno-, attesté en vénète, pourrait remonter à un participe présent passif construit sur le thème *wolti-yo- : « vouloir ». Il serait l’équivalent de noms comme le latin Optatus ou le français « Désiré ».
16 CARANCINI& PERONI 1997, p. 600. On désigne ainsi un ensemble d’objets de bronze, armes (épées de type Naue II, pointes de lance à douille, poignards), outils (couteaux et haches) et ornements vestimentaires (fibules), attesté de l’Europe centrale à la Méditerranée orientale, dont les types appartiennent aux traditions métallurgiques d’Europe centrale, d’Italie et des Balkans. On a pendant longtemps postulé une route de diffusion d’Europe centrale vers la mer Égée et le Proche-Orient passant à travers les Balkans, mais l’Adriatique représente une autre option plausible. Plus récemment : JUNG & MEHOFER 2009, JUNG 2009a, JUNG
2009b, JUNG & MEHOFER 2013.
ont enrichi ce dossier17. Les objets d’origine égéenne retrouvés en Italie du nord restent rares : les plus anciens pourraient être, si on accepte l’hypothèse de leur origine mycénienne, deux perles en faïence découvertes dans la région padane et datées des XIVe-XIIIe s.18. Quant à la céramique de type mycénien retrouvée dans des sites de la plaine du Pô, ainsi que des régions de Vérone et de Venise, les analyses ont montré que la majorité des tessons provient d’ateliers italo- mycéniens situés en Italie méridionale (Apulie)19 et que certains sont même de production locale20. Ils datent essentiellement de l’HR IIIC21. La région de Vérone est le seul territoire de l’Italie padane qui ait livré des fragments importés de Grèce, plus précisément du Péloponnèse, mais datant de période postpalatiale22. On a émis aussi l’hypothèse d’un lien entre des poids et éléments de balance en pierre et métal retrouvés dans la plaine du Pô et le système pondéral égéen23. Le modèle accepté par la plupart des chercheurs pour l’instant est celui d’un commerce indirect entre l’Egée et le nord de l’Adriatique aux XIVe et XIIIe s., où des sites apuliens comme Scoglio del Tonno et Coppa Nevigata auraient joué le rôle d’intermédiaires, avec probablement une transition vers un commerce plus direct dépendant d’initiatives privées au XIIe s., après la chute des palais mycéniens24. Pour ce qui est de l’objet, ou plutôt des objets, de ce commerce avec l’Italie du Nord, les témoignages archéologiques ne permettent malheureusement pas de dessiner
un tableau très précis : l’ambre semble avoir été l’une des matières recherchées par les navigateurs égéens ou du Sud adriatique, sous forme brute ou déjà travaillée, puisque certains sites de la culture des Terramare dans le delta du Pô semblent s’être spécialisés dans l’artisanat des petits objets précieux, en ambre, mais aussi en corne, os, verre/faïence et ivoire25. On a aussi supposé que les métaux jouaient un rôle important dans les échanges, de l’étain importé depuis le nord de l’Europe dans les sites de la région padane et de Vénétie, et du cuivre du Trentino, exploité depuis la période énéolithique, largement utilisé en Italie, sites méridionaux compris, mais seulement sporadiquement en Grèce26. En ce qui concerne les marchandises apportées par les marchands d’Italie du Sud ou mycéniens, les éléments à disposition sont rares et la question mérite d’être encore approfondie27. Quant à l’établissement de groupes ou d’artisans égéens dans le Nord adriatique, il n’a que rarement été postulé28. Par ailleurs, une étude relativement récente de S. Wachsmann met en évidence les liens probables entre le nord de l’Adriatique et les
« Peuples de la Mer », dont la présence est bien documentée en Méditerranée orientale, en particulier par des sources écrites égyptiennes et ougaritiques, au tournant des XIIIe et XIIe siècles av. J.-C., c’est à dire à l’époque, précisément, où les tablettes de Pylos ont été cuites dans l’incendie du palais où elles étaient conservées29. S. Wachsmann se fonde, pour ce faire, sur divers
17 BIETTI SESTIERI 2003, RAHMSTORF 2005, BIANCHIN CITTON 2009, CÀSSOLA GUIDA & CORAZZA 2009.
18 RAHMSTORF 2005, CAZZELLA & RECCHIA 2009, p. 34.
19 BIANCHIN CITTON 2009, p. 265 (avec la bibliographie), CAZZELLA & RECCHIA 2009, p. 36.
20 CAZZELLA & RECCHIA 2009, p. 36, CUPITÒ & LEONARDI 2010, p. 162–163.
21 Des fragments plus anciens ont été mis au jour dans la lagune de Venise au siècle passé, mais leur contexte de trouvaille est problématique et ils ne sont donc pas pris en considération pour la question d’importations de céramique mycénienne en Italie du Nord : cf.
BIANCHIN CITTON 2009, p. 264, et CAZZELLA & RECCHIA
2009, p. 34. Fragments italo-mycéniens du Bronze récent : BIETTI SESTIERI 2010b, p. 158, et BIANCHIN
CITTON 2009, p. 265.
22 CUPITÒ & LEONARDI 2010, p. 162.
23 CAZZELLA & RECCHIA 2009, p. 35 ; BIANCHIN CITTON 2009, p. 267.
24 EDER & JUNG 2005, p. 490 ; CAZZELLA & RECCHIA 2009, p. 33, 38–39 ; CAZZELLA 2009 ; JUNG & MEHOFER 2013, p. 178–181.
25 CAZZELLA & RECCHIA 2009, p. 34, 39 ; BIANCHIN CITTON 2009, p. 269 ; BIETTI SESTIERI 2010b, p. 158–159.
26 JUNG & MEHOFER 2013, p. 178.
27 Cf. supra, note 25.
28 CUPITÒ& LEONARDI 2010, p. 162. La question de l’établissement de groupes ou artisans égéens en Italie du Sud fait en revanche l’objet de discussions : cf.
BIANCHIN CITTON 2009, p. 269 ; CAZZELLA & RECCHIA
2009, p. 34, 38–39.
29 WACHSMANN 2000.
92 MICHEL ABERSONET PATRIZIA BIRCHLER EMERY
indices, en particulier sur la ressemblance entre certaines représentations de bateaux à doubles têtes d’oiseau que l’on trouve en Europe centrale et septentrionale au IIe millénaire av.
J.-C., dans les Cyclades (horizon LH III C) et sur les reliefs égyptiens de Medinet-Habou illustrant un combat naval contre ces « Peuples de la Mer ». Il montre aussi comment ce type de motifs continue d’exister dans l’iconographie de l’Europe septentrionale et centrale (Danemark, Poméranie, Slovaquie) ainsi qu’en Vénétie, cela jusqu’à l’horizon halstattien30.
Par ailleurs, on a de bonnes raisons de supposer la présence, dans le monde mycénien, de combattants allogènes intégrés dans les armées locales, peut- être à titre de mercenaires31. L’introduction dès l’HR III B d’épées longues de taille, de poignards et de pointes de lance à douille, types appartenant à la « koiné métallurgique européenne », mais rattachés plus spécifiquement à des productions italiennes32, est associée à la venue en Grèce mycénienne et en Méditerranée orientale de métallurgistes italiens, accompagnés d’experts des nouvelles techniques de combat pour l’utilisation de ces armes33. Cette hypothèse est la plus plausible au vu des récentes analyses effectuées sur les épées de type Naue II retrouvées en Grèce, en Syrie et en Italie : le cuivre des armes italiennes est d’origine italienne, tandis que celui des armes grecques et orientales est chypriote, à quelques rares exceptions près, ce qui traduit leur production locale34. La présence de métallurgistes italiens en Grèce dès l’HR III B peut être déduite également d’un moule pour hache à ailettes,
retrouvé à Mycènes dans la Maison du marchand d’huile, un type d’arme lui aussi caractéristique de l’âge du Bronze italien35. Un autre témoignage de l’immigration d’Italiens en Grèce est constitué par la présence de céramique d’impasto non tournée en argile locale dans plusieurs sites de Grèce et de Crète dès la fin de l’HR III B, donc avant la destruction des palais : cette céramique trouve ses parallèles les plus proches dans les productions d’Italie méridionale et centrale (côte Adriatique), mais les formes sont communes à celles d’Italie du Nord36. La recherche sur la présence de mercenaires italiens en Egée et de leur lien avec les « Peuples de la Mer » est loin d’être terminée : on peut encore citer à ce propos les études récentes portant sur les casques coiffant certains des guerriers « Philistins » appartenant aux « Peuples de la Mer » apparaissant sur les reliefs de Medinet-Habou, d’Enkomi (pyxide en ivoire et sceau en serpentine) ou encore sur des fragments de céramique mycénienne, représentations qui datent toutes de la fin du XIIIe et du début du XIIe s.37. De tels casques ont été retrouvés dans des tombes en Grèce, datées du XIIe s., mais le type semble avoir son origine en Apulie et en Vénétie, où des exemples plus anciens seraient attestés (XVe-XIVe s.)38.
Dans ce contexte, le haut-gradé (hekwetās) nommé wo-ro-tu-mi-ni-jo sur la tablette PY An 671 pourrait-il être un *Woltumnios d’origine nord- adriatique intégré dans l’aristocratie guerrière du royaume de Pylos ? Ce n’est pas impossible.
On aurait une situation semblable, par exemple, à celle des officiers d’origine germanique qui,
30 WACHSMANN 2000, p. 132.
31 JUNG & MEHOFER 2013, p. 184–186.
32 JUNG & MEHOFER 2013, p. 175, note 2.
33 JUNG & MEHOFER 2009, p. 134.
34 JUNG & MEHOFER 2013, p. 178–184.
35 JUNG 2009b, p. 136–138 ; JUNG & MEHOFER 2013, p. 176.
36 Handmade Burnished Ware ou Barbarian Ware : il s’agit de céramique à usage domestique retrouvée dans des contextes domestique, urbain ou palatial. Un autre marqueur de la présence d’immigrés italiens en Grèce (et éventuellement d’expatriés italiens retournés dans leur patrie après la chute des palais) est constitué par la céramique grise tournée, appelée aussi par certains chercheurs « subminyenne », qui
partage son répertoire formel, sa distribution chronologique et géographique avec la Handmade Burnished Ware, tout en semblant tirer son origine de la céramique minyenne grecque. JUNG 2005, p. 180 ; JUNG 2009a, p. 78 ; JUNG 2009b, p. 148–149 ; BETTELLI 2010, p. 126 ; JUNG & MEHOFER 2013, p. 181.
37 Casques formés d’une sorte de large couronne de bronze ornée de bandes de rivets superposés, qui entourait une calotte faite de fibres végétales et surmontée de tiges verticales, peut-être des crins de cheval (ou des plumes) ; cf. JUNG 2009a, p. 83, note 2, pour une liste, et YASUR-LANDAU 2013, p. 36–37.
38 MOSCHOS 2010, p. 356–359 ; JUNG 2009a, p. 83.
dans l’Antiquité tardive, ont été intégrés dans l’armée romaine et y ont joué, comme on sait, un rôle considérable, y compris sur le plan politique.
Certains d’entre eux, comme le célèbre Stilichon, ont été familiers des empereurs et ont revêtu des charges de très haut rang, telles que le consulat.
Ces Germains haut-gradés dans l’armée romaine parlaient latin et, en dépit des critiques formulées par les représentants de l’aristocratie romaine traditionnelle, jouaient parfaitement leur rôle dans la défense des intérêts de l’Empire. Ce faisant, ils avaient naturellement à combattre contre d’autres Germains, restés « barbares », qui opéraient des raids en territoire romain. C’est peut-être une situation semblable que nous laisse entrevoir la présence de cet officier au nom étrange sur une tablette dont la conservation est due à l’incendie du palais dans lequel elle a été rédigée, à la fin du XIIIe siècle av. J.-C.39.
Bibliographie
Abréviations
SE Studi etruschi. Roma: G. Bretschneider.
PP La Parola del passato: rivista di studi antichi.
Napoli: Macchiaroli.
AURA JORRO 1999
AURA JORRO, F., Diccionario micénico, II, Madrid, 1999.
BETTELLI 2002
BETTELLI, M., Italia meridionale e mondo miceneo: ricerche su dinamiche di accultu- razione e aspetti archeologici (con particolare riguardo ai versanti adriatico e ionico della penisola italiana), Florence, 2002.
BETTELLI 2010
BETTELLI, M., « Italia ed Egeo prima e dopo il crollo dei palazzi micenei: ceramiche
d’impasto e grigia tornita in Grecia e a Creta alla luce delle più recenti scoperte », in : Radina, F. et Recchia, G., éds., Ambra per Agamennone. Indigeni e Micenei tra Adriatico, Ionio ed Egeo (catalogue d’exposition, Bari, Palazzo Simi e Museo Civico, 28 maggio – 16 ottobre 2010), Bari, 2010, p. 119–127.
BIANCHIN CITTON 2009
BIANCHIN CITTON, E. « Il Veneto tra Bronzo recente e Bronzo finale: popolamento e aspetti socio-economici di un’area di cerniera tra l’Adriatico e l’Oltralpe », in : Borgna, E. et Càssola Guida, P., éds., Dall’Egeo all’Adriatico: organizzazioni sociali, modi di scambio e interazione in età postpalaziale (XII–XI sec. A.C.) / From the Aegean to the Adriatic: social organisations, modes of exchange and interaction in postpalatial times (12th–11th B.C.) (Atti del seminario internazionale, Udine, 1–2 dicembre 2006), Rome, 2009, p. 257–271.
BIETTI SESTIERI 2003
BIETTI SESTIERI, A. M., « L’Adriatico fra l’età del Bronzo e gli inizi dell’età del Ferro (ca 2220–900 a.C.) », in: Lenzi, F., éd., L’Archeologia dell’Adriatico dalla Preistoria al Medioevo (Atti del Convegno Internazionale, Archeologia dell’Adriatico, I), Ravenne, 2003, p. 49–64.
BIETTI SESTIERI 2008
BIETTI SESTIERI, A. M., « L’età del Bronzo finale nella penisola italiana », Padusa, XLIV, 2008, p. 7–54.
BIETTI SESTIERI 2010a
BIETTI SESTIERI, A. M., L’Italia nell’età del Bronzo e del Ferro, Rome, 2010.
BIETTI SESTIERI 2010b
BIETTI SESTIERI, A. M., « Frattesina », in : Radina, F. et Recchia, G., éds., Ambra per Agamennone. Indigeni e Micenei tra Adriatico, Ionio ed Egeo (catalogue
39 Un autre de ces heqwetai, mentionné sur la tablette PY An 519 (CHADWICK 1973, p. 57) l. 7 : tu-si-je-u (hapax), pourrait éventuellement être aussi interprété dans ce sens. Cet anthroponyme en -ιεύς, habituellement interprété comme *Θυσιεύς (hypocoristique de *Θυσί- λᾱϝος ?), pourrait aussi être résolu en *Θυρσιεύς,
construit sur la racine *Turs- qui constitue la base du nom des futurs Étrusques (gr. Τυρσ-ηνοί / Θυρσ-ηνοί >
Τυρρηνοί ; lat. *Turs-ci > Tusci ; *E-turs-ci > Etrusci) et qui trouve peut-être un écho dans le nom des Trš, l’un des « Peuples de la Mer » mentionnés dans les sources égyptiennes.
94 MICHEL ABERSONET PATRIZIA BIRCHLER EMERY
d’exposition, Bari, Palazzo Simi e Museo Civico, 2010), Bari, 2010, p. 153–159.
BORGNA & CÀSSOLA GUIDA 2009
BORGNA, E. et CÀSSOLA GUIDA, P., éds., Dall’Egeo all’Adriatico : organizzazioni sociali, modi di scambio e interazione in età postpalaziale (XII-XI sec. A.C.) / From the Aegean to the Adriatic: social organisations, modes of exchange and interaction in postpalatial times (12th – 11th B.C.) (Atti del seminario internazionale, Udine, 1–2 dicembre 2006), Rome, 2009.
CARANCINI & PERONI 1997
CARANCINI, G. L. et PERONI, R., « La koinè metallurgica », in : Bernabò Brea, M., Cardarelli, A. et Cremaschi, M., éds., Le Terramare. La più antica civiltà padana (catalogue d’exposition, Modène, 1997), Milan, 1997, p. 595–601.
CÀSSOLA GUIDA & CORAZZA 2009
CÀSSOLA GUIDA, P. et CORAZZA, S., « First clues as to the emerging of élites and long-distance relationships in the Upper Adriatic hinterland at the end of the Bronze Age », in : Borgna, E. et Càssola Guida, P., éds., Dall’Egeo all’Adriatico: organizzazioni sociali, modi di scambio e interazione in età postpalaziale (XII-XI sec. A.C.) / From the Aegean to the Adriatic: social organisations, modes of exchange and interaction in postpalatial times (12th – 11th B.C.) (Atti del seminario internazionale, Udine, 1–2 dicembre 2006), Rome, 2009, p. 273–287.
CAZZELLA 2009
CAZZELLA, A., « Exchange Systems and Social Interaction during the Late Bronze Age in the Southern Adriatic », in : Borgna, E. et Càssola Guida, P., éds., Dall’Egeo all’Adriatico: organizzazioni sociali, modi di scambio e interazione in età postpalaziale (XII-XI sec. A.C.) / From the Aegean to the Adriatic: social organisations, modes of exchange and interaction in postpalatial times (12th – 11th B.C.) (Atti del seminario internazionale, Udine, 1–2 dicembre 2006), Rome, 2009, p. 159–169.
CAZZELLA & RECCHIA 2009
CAZZELLA, A. et RECCHIA, G., « The
‘Mycenaeans’ in the Central Mediterranean: a
Comparison between the Adriatic and the Tyrrhenians Seaways », Pasiphae. Rivista di filologia e antichità egee, III, 2009, p. 27–40.
CHADWICK 1973
CHADWICK, J., Documents in Mycenaean Greek, Cambridge, 2e éd., 1973.
CUPITÒ & LEONARDI 2010
CUPITÒ, M. et LEONARDI, G., « Fondo Paviani », in : Radina, F. et Recchia, G., éds., Ambra per Agamennone. Indigeni e Micenei tra Adriatico, Ionio ed Egeo (catalogue d’exposition, Bari, Palazzo Simi e Museo Civico, 28 maggio – 16 ottobre 2010), Bari, 2010, p. 160–163.
DEGER-JALKOTZY 1978
DEGER-JALKOTZY, S., e-qe-ta, Zur Rolle des Gefolgschaftswesen in der Sozialstruktur mykenischer Reiche, Vienne, 1978.
DELLA FINA 2012
DELLA FINA, G. M., éd., Il Fanum Voltumnae e i santuari comunitari dell’Italia antica (Atti del Convegno, Orvieto, 2011), Rome, 2012.
DEVOTO 1940
DEVOTO, G., « Nomi di divinità etrusche III, Vertumno », SE, 14, 1940, p. 275–280.
EDER & JUNG 2005
EDER, B. et JUNG, R., « On the Character of Social Relations between Greece and Italy in the 12th / 11th C. BC », in: Laffineur, R. et Greco, E., éds., Emporia. Ægeans in the Central and Eastern Mediterranean (Ægæum 25), II, Liège / Austin, 2005, p. 485–495.
GALLAROTTI 1956
GALLAROTTI, C., « Il segno della Luna nel sillabario miceneo », Rivista di filologia e di istruzione classica, 34, 1956, p. 398–411.
GEORGIEV 1956
GEORGIEV, V. I., « Second supplément au Lexique des inscriptions créto-mycéniennes
», Annuaire de l’Université de Sofia, Faculté historico-philologique, 51/1, 1955/1956, p. 39–84.
JUNG 2005
JUNG, R., « Translating Italo-Aegean Synchronisms », in: Laffineur, R. et Greco, E., éds., Emporia. Ægeans in the Central and Eastern Mediterranean (Ægæum 25), II, Liège / Austin, 2005, p. 485–495.
JUNG 2009a
JUNG, R., « Pirates of the Aegean: Italy – the East Aegean – Cyprus at the end of the second Millenium BC », in: Karageorghis, V. et Kouka, O., éds., Cyprus and the East Aegean.
Intercultural Contacts from 3000 to 500 BC.
An International Archaeological Symposium held at Pythagoreion, Samos, October 17th – 18th 2008, Nicosie, 2009, p. 72–93.
JUNG 2009b
JUNG, R., « I “bronzi internazionali” ed il loro contesto sociale fra Adriatico, penisola balcanica e coste levantine », in : Borgna, E. et Càssola Guida, P., éds., Dall’Egeo all’Adriatico : organizzazioni sociali, modi di scambio e interazione in età postpalaziale (XII-XI sec. A.C.) / From the Aegean to the Adriatic: social organisations, modes of exchange and interaction in postpalatial times (12th – 11th B.C.) (Atti del seminario internazionale, Udine, 1–2 dicembre 2006), Rome, 2009, p. 129–157.
JUNG & MEHOFER 2009
JUNG, R. et MEHOFER, M., « A Sword of Naue II Type from Ugarit and the Historical Significance of italian-type Weaponry in the Eastern Mediterranean », Aegean Archaeology, 8, Varsovie, 2009, p. 111–135.
JUNG & MEHOFER 2013
JUNG, R. et MEHOFER, M., « Mycenæan Greece and Bronze Age Italy: Cooperation, Trade or War? », Archaäologisches Korrespondenzblatt, 43, 2, Mainz, 2013, p. 175–193.
LAFFINEUR & GRECO 2005
LAFFINEUR, R. et GRECO, E., éds., Emporia.
Ægeans in the Central and Eastern Mediterranean (Ægæum 25), II, Liège / Austin, 2005.
LANDAU 1958
LANDAU, O., Mykenisch-griechische Personen- namen, Göteborg, 1958.
LÖRINCZ & MÓCSY 2005
LÖRINCZ, B. et MÓCSY, A., Onomasticon provinciarum Europae Latinarum, Budapest, 2e éd., 2005.
MADDOLI 1963
MADDOLI, G., Studi sul pantheon miceneo, Florence, 1963.
MORPURGO 1963
MORPURGO, A., Mycenaeae Graecitatis lexicon, Rome, 1963.
MOSCHOS 2010
MOSCHOS, I., « Evidence of Social Re-Organization and Reconstruction in Late Helladic IIIC Achaea and Modes of Contacts and Exchange via the Ionian and Adriatic Sea
», in : Borgna, E. et Càssola Guida, P., éds., Dall’Egeo all’Adriatico : organizzazioni sociali, modi di scambio e interazione in età postpalaziale (XII-XI sec. A.C.) / From the Aegean to the Adriatic: social organisations, modes of exchange and interaction in postpalatial times (12th – 11th B.C.) (Atti del seminario internazionale, Udine, 1–2 dicembre 2006), Rome, 2009, p. 345–414.
PUGLIESE CARRATELLI 1974
PUGLIESE CARRATELLI, G., « Achei nell’Etruria e nel Lazio ? », PP, 17, 1962, p. 5–25.
PROSDOCIMI 1967
PROSDOCIMI, A. L., La lingua venetica, vol.
II: studi, Padoue, 1967.
RADINA & RECCHIA 2006
RADINA, F. et RECCHIA, G., « Scambi senza ceramica: ambra, avorio e pasta vitrea nei rapporti tra Italia sud-orientale e mondo egeo », in: Istituto italiano di preistoria e protostoria, éd., Materie prime e scambi nella presitoria italiana, Atti della XXXIX riunione scientifica nel cinquantenario della fondazione dell’Istituto Italiano di Preistoria e Protostoria, Firenze 25–27 novembre 2004, vol. III, Florence, 2006, p. 1555–1565.
RADINA & RECCHIA 2010
Radina, F. et Recchia, G., éds., Ambra per Agamennone. Indigeni e Micenei tra Adriatico, Ionio ed Egeo (catalogue d’exposition, Bari, Palazzo Simi e Museo Civico, 2010), Bari, 2010.
RAHMSTORF 2005
RAHMSTORF, L., « Terramare and Faience:
Mycenaean Influence in Northern Italy during the Late Bronze Age », in: Laffineur, R. et Greco, E., éds., Emporia. Ægeans in the Central and Eastern Mediterranean (Ægæum 25), II, Liège / Austin, 2005, p. 663–672.
96 MICHEL ABERSON ET PATRIZIA BIRCHLER EMERY
RISCH 1981
RISCH, E., « Entlehnt oder verwandt?
Zum Problem der griechisch-lateinischen Beziehungen », in: Etter, A. et Looser, M., éds., Kleine Schriften, Berlin / New-York, 1981, p. 576.
SCAFA 1999
SCAFA, E., « Le relazioni esterne dei regni micenei : i testi in Lineare B », in : La Rosa, V., Palermo, D. et Vagnetti, L., éds., Ἐπὶ πόντον πλαζόμενοι. Simposio di Studi Egei dedicato a Luigi Bernabò Brea e Giovanni Pugliese Carratelli, Roma, 18–20 febbraio 1998, Rome, 1999, p. 269–283.
VAGNETTI 2000
VAGNETTI, L., « Western Mediterranean Overview: Peninsular Italy, Sicily and Sardinia at the Time of the Sea People », in: Oren, E., éd., The Sea Peoples and Their World: A Reassessment, Philadelphia, 2000, p. 305–326.
VAGNETTI 2011
VAGNETTI, L., « Interaction and acculturation.
The Aegean and the Central Mediterranean in the Late Bronze Age », in: Matthäus, H., éd., Die Ursprünge Europas und der Orient – Kulturelle Beziehungen von der Späten Bronzezeit bis zur Frühen Eisenzeit (Akten des Kolloquiums, Erlangen, 17.-18.
02.2006), Marburg, 2011, p. 109–126.
WACHSMANN 2000
WACHSMANN, S., « To the Sea of the Philistines
», in: Oren, E., éd., The Sea Peoples and Their World: A Reassessment, Philadelphia, 2000, p. 103–143.
YASUR-LANDAU 2013
YASUR-LANDAU, A., « The ‘feathered helmet’ of the Sea Peoples: joining the iconographic and archaeological evidence », in Papadopoulos, A., éd., TALANTA. Proceedings of the Dutch Archaeological and Historical Society, 44, 2012, Amsterdam, 2013, p. 27–40.