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Le psychiatre et le sommeil

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ÉDITORIAL

40 | La Lettre du Psychiatre • Vol. XII - n° 2-3 - mars-avril-mai-juin 2016

Le psychiatre et le sommeil

The psychiatrist and sleep

L es psychiatres s’impliquent à nouveau dans le sommeil,

et c’est un constat rassurant. Le projet bien avancé d’une formation spécialisée transversale (FST) “sommeil” s’adressant aux internes des spécialités : psychiatrie, neurologie, pneumologie, ORL, cardiologie et médecine du travail, et peut-être d’autres, souligne combien le sommeil est transversal. Déjà, 360 ans av. J.-C., Aristote, dans son Traité du sommeil et de la veille, se posait la question du rapport du sommeil avec le corps et l’esprit, et y apportait sa réponse :

“Étudions maintenant le sommeil et la veille. Quels sont ces deux

phénomènes ? Est-ce à l’âme qu’ils appartiennent en propre ? Est-ce au corps ? Ou bien sont-ils communs aux deux ?” En réalité, dans le sommeil,

tout se tient… Notre journée construit le sommeil, et le sommeil nous restaure pour affronter la journée. Comme le yin et le yang, qui se complètent sans fin.

Force est de constater que notre culture occidentale a trop tendance à isoler et à cliver le fonctionnement humain pour ne penser qu’à l’homme éveillé, celui qui est efficace et qui produit, alors que l’homme endormi renvoie à l’inutilité et à la paresse. Dormir est un état qui nous occupe le tiers de notre vie et ce n’est pas pour rien. C’est même la fonction la plus fondamentale de la physiologie humaine. Le sommeil nous reconstruit sur les plans physique et psychique, il nous permet de nous enrichir

de nos expériences quotidiennes, d’assimiler les savoirs, de trier ce qu’il faut garder dans l’immensité des connaissances et des expériences auxquelles nous sommes confrontés ; il nous fait absorber nos stress et régule nos émotions ; il nettoie les espaces extracellulaires pour libérer les neurones

des toxines accumulées. Grâce à lui, nous grandissons, reconstituons

nos réserves énergétiques, réparons notre peau, reposons nos organes vitaux, qui se mettent non pas à l’arrêt, mais en mode économique nocturne.

Ces fonctions sont tellement essentielles que même un neurone isolé peut dormir… Et, pourtant, le sommeil n’est pas toujours aussi serein

et réparateur. Des insomnies, hypersomnies, parasomnies, troubles du rythme veille-sommeil, primaires ou secondaires à d’autres pathologies, viennent perturber le déroulé de la nuit et ont un retentissement sur la journée.

Force est de constater que, de toutes les spécialités médicales, la psychiatrie est celle où l’on observe le plus fort pourcentage de patients ayant des troubles du sommeil. Psychiatres, immergés dans la souffrance humaine,

S. Royant-Parola

Présidente du réseau Morphée ; clinique du château de Garches.

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ÉDITORIAL

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La Lettre du Psychiatre • Vol. XII - n° 2-3 - mars-avril-mai-juin 2016 | 41 nous avons longtemps considéré que c’était normal, comme l’inévitable

conséquence de la maladie mentale. Mais le sommeil est compliqué :

si les émotions et les troubles psychiques le perturbent, son dysfonctionnement va entraîner des troubles psychiques.

Le facteur commun dans cette intrication est souvent lié au stress, que l’on retrouve comme moteur de la dépression, du syndrome d’apnées du sommeil, de l’obésité et des troubles cardiovasculaires. Un des grands éléments

régulateurs du sommeil, de ce point de vue, est le renforcement de la régulation des rythmes biologiques, dont le sommeil est l’une des principales

composantes. Ces 30 dernières années, les communications sur le sommeil ont privilégié un discours sur l’importance de la durée de sommeil à respecter, oubliant que le sommeil répond à une double régulation, homéostasique, pour la durée, et chronobiologique, pour l’organisation et la stabilité des rythmes. Chez nos patients psychiatriques, c’est probablement le défi le plus difficile à relever. Sans régularité de fonctionnement des horloges biologiques, notre organisme répond par à-coups, sans prévision des fonctions physiologiques à mettre en œuvre, sans avoir préparé les actions à venir.

Cette programmation impossible conduit à des réponses immédiates, dans l’urgence, qui mobilisent un stress permanent au niveau cellulaire, avec une hyperactivation hypothalamo-hypophysaire que l’on retrouve aussi bien dans l’insomnie que dans les apnées et dans la dépression.

Il faut considérer l’état clinique de nos patients comme la résultante de tous ces paramètres. C’est dire si la prise en compte des troubles du sommeil en psychiatrie est importante.

S. Royant-Parola déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

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