L’HISTOIRE DE LA CONTRACEPTION
Dr Jean-Paul BENEZECH
5 Décembre 2009
Toulouse
L’histoire de la contraception
D’après la thèse de doctorat en pharmacie soutenue à Toulouse par
Mademoiselle Clémence TAHOU
1- la contraception avant Pincus
2- les méthodes intemporelles
3- la contraception depuis Pincus
1- LA CONTRACEPTION AVANT PINCUS
Le premier pas dans l’application d’une contraception efficace est la prise de conscience d’une relation entre coït et conception.
L’EGYPTE ANCIENNE:
Papyrus de Pétri, écrit durant le règne d’Amenemhat III au cours de la douzième dynastie (1850 avant J.C.).
- Première recette: fécès de crocodile écrasés avec de la pâte fermentée.
- Deuxième recette: un demi-litre de miel et du natron (carbone hydraté naturel de sodium).
- Troisième recette: sorte de gomme fermentée: auyt gomme.
LE MONDE ANTIQUE:
- Les recettes des Grecs anciens:
Soranos d’Ephèse (II° s.), 1er traité de Gynécologie et Obstétrique: Maladie des femmes.
- Première recette: boire une fois par mois du suc de Cyrène.
- Deuxième recette: 2 oboles d’opoponax, de suc de cyrène et de graines de rue. Mouler avec de la cire et donner à avaler.
- Troisième recette: 3 oboles de graines de leukoion (crucifère).
- Quatrième recette: 1 obole de graines de roquette et une ½ obole de panais sauvage. Boire avec de l’oxymel.
- Les recettes utilisées par les Romains:
Pline l’Ancien (I° s.), naturaliste et écrivain latin, auteur de Histoire naturelle recommande:
- d’extraire deux petites pattes d’une araignée à grosse tête, qu’il appelle phalangium, de les attacher dans un morceau de peau de daim avant le lever du soleil et de placer le tout sur le corps de la femme.
- d’enduire la verge avant le coït avec de la gomme de cèdre.
En contraception locale masculine, des vessies d’animaux semblent avoir été souvent utilisées.
LE MOYEN AGE:
St Thomas d’Aquin (XIII°), qui devint porte parole de l’Eglise Catholique durant le Moyen âge, condamnait la contraception même pour les personnes mariées.
Arnaud de Villeneuve (XIII°), médecin catalan, préconise:
- des fécès d’éléphant, de l’encens, de la gomme arabique, de la myrrhe ou de l’alun sous forme de suppositoire.
- de boire le matin pendant 3 jours, 2 minas d’eau dans laquelle les forgerons ont refroidi leurs pinces.
- une fumigation vaginale qui consiste à faire brûler un sabot de mulet sur un charbon ardent.
LE MONDE ORIENTAL:
- En Inde:
La population rurale du Rajasthan, mâche des graines séchées de carotte sauvage
(Daucus carota L.) pour réduire la fertilité.
- Au Japon:
Les femmes utilisaient du Misugami: tissu de bambou fin, pour empêcher le pénis de toucher l’utérus.
- En Chine:
Dans la Chine médiévale, les capuchons péniens étaient
utilisés. On les confectionnait en soie. Les gens du peuple se contentaient de simples sacs allongés en papier mâché, moulé puis ciré.
DU XV ° ° ° ° A LA FIN DU XVII ° ° ° ° SIECLE:
Gabriel Fallope (XVI°s.), anatomiste Italien, auteur de l’ouvrage
« De Morbo Gallico » décrit pour la 1ère fois un préservatif masculin et son emploi.
Pièce de lin taillée sur mesure, puis trempée dans une décoction de plantes médicinales dont le but visait à protéger le porteur contre le « mal français » (la syphilis).
Lavés puis séchés, ils pouvaient être réutilisés.
Les préservatifs en baudruche apparaissent au XVII°s.
DU XVIII ° ° ° ° A LA FIN DU XIX ° ° ° ° SIECLE:
- Naissance des spermicides:
En 1880, W.J. Rendell, pharmacien à Londres mit au point une sorte de pessaire composé de quinine et de beurre de cacao qui se dissolvait une fois placé au fond du vagin.
- Naissance du diaphragme:
En 1882, W.P.J. Mensinga, gynécologue Allemand décrit le 1er diaphragme vaginal: anneau en caoutchouc prenant appui derrière le pubis et dans le cul-de-sac vaginal postérieur, recouvrant ainsi entièrement le col de l’utérus.
- Naissance de la cape cervicale:
En 1838, F.Wilde, médecin Allemand, invente la cape cervicale en caoutchouc capable de couvrir complètement l’orifice du col utérin.
- Naissance du préservatif en caoutchouc:
qui succède au préservatif en boyau de mouton.
LE DEBUT DU XX ° ° ° ° SIECLE:
- Naissance des dispositifs intra-utérins:
En 1909, le médecin Allemand R. Richter invente l’anneau de Florence constitué de 2 fils de suture en « catgut » de ver à soie montés en anneau et liés ensemble par un fil de bronze ou d’aluminium.
En 1920, le Docteur Gräfenberg invente un anneau tressé en fil «d’argent allemand », sorte d’alliage comprenant du zinc, du nickel et du cuivre.
Mais la survenue de complications infectieuses pelviennes devait, deux ans plus tard, faire interdire cet anneau sous la pression des gynécologues Allemands les plus réputés.
2- LES METHODES INTEMPORELLES
TECHNIQUES SEXUELLES:
- Le coït interrompu: rapport sexuel suivi d’une éjaculation hors du vagin. Il constitue certainement le moyen contraceptif le plus ancien et le plus répandu à travers le monde.
- Le coït réservé: contrairement au coït interrompu, il n’y a pas d’émission de sperme lors du coït réservé, le pénis étant retiré avant l’orgasme. Appelée également étreinte à
l’orientale, ou à la carezza, l’étreinte réservée est une vieille pratique orientale.
- Le coït anal: peut aussi être utilisé.
TECHNIQUES PREVISIONNELLES:
Elles ont pour principe de s’appuyer sur le rythme cyclique de l’ovulation féminine et le court espace de temps pendant lequel la conception est possible, pour grouper les relations dans les périodes où les gamètes mâles n’ont, en principe, aucune chance de rencontrer un ovule sur leur parcours.
A
nnées 30: - détermination correcte de la période fertile par Ogino et Knaus.- apparition de méthodes beaucoup plus
précises comme celles d’Ogino et Knaus et la méthode des températures.
3- LA CONTRACEPTION DEPUIS PINCUS (XX ° ° ° ° s.)
De nos jours, la contraception est définie comme une
infécondité volontaire et réversible provoquée par l’utilisation de méthodes anticonceptionnelles.
CONTRACEPTION NON HORMONALE:
Cape cervicale: OVES®:
Spermicides: à base de chlorure de benzalkonium ou de
miristalkonium disponibles sous forme d’ovules, de mini-ovules, de tampons vaginaux, de crèmes, de capsules et comprimés vaginaux.
Préservatif féminin: FEMIDON®, en 1992 disparaît et revient en 2000 gaine cylindrique en polyuréthane, fermée à son
extrémité distale.
Stérilets ou dispositifs intra-utérins:
1968: Zipper découvre l’effet anti-fertilité des ions métalliques, tels ceux du cuivre, chez la lapine.
L’adjonction de cuivre est ainsi reconnue comme un agent actif, dont la charge permet d’augmenter la durée d’efficacité des DIU.
CONTRACEPTION HORMONALE:
Les principaux acteurs de la découverte de la pilule:
- Gregory Pincus : biologiste Américain tout désigné pour aborder et résoudre le problème pratique de la contraception hormonale.
- Margaret Sanger: féministe et militante acharnée du contrôle des naissances, convainquit Pincus de commencer ses recherches.
- Catherine Dexter Mc Cormick: Américaine très riche qui finança une partie importante des recherches.
- John Rock: gynécologue obstétricien et catholique rigoureux, accepta de tester les nouveaux produits sur des femmes de Boston.
*Contraception hormonale estroprogestative:
Les différents types de contraceptifs oraux estroprogestatifs:
- associent presque toujours l’éthinylestradiol et un progestatif;
- se distinguent les uns des autres par:
° la dose d’éthinylestradiol;
° la nature du progestatif;
° la répartition des doses de ces hormones au cours du cycle.
Le patch contraceptif: en 2002 aux USA, le 1er patch contraceptif au monde est approuvé et introduit.
L’anneau vaginal contraceptif:
apparaît en mai 2004
*Contraception progestative:
1965: Rudel et Martinez eurent l’idée d’utiliser quotidiennement de faibles doses de progestatif de synthèse, non pour inhiber l’ovulation mais pour modifier simplement la glaire cervicale.
Par voie orale: ils peuvent être utilisés de 2 façons:
continue (à microdoses), discontinue (à fortes doses).
Le DIU hormonal:
- 1970, l’Américain A. Scommegna adapte à une boucle de Lippes une capsule en Silastic contenant de la progestérone.
- Années 80: SIU au lévonorgestrel (MIRENA®).
L’implant:
*Contraception post-coïtale:
Cette contraception d’urgence désigne les méthodes
contraceptives utilisées par les femmes pour prévenir la survenue d’une grossesse après un rapport non protégé.
Contraception hormonale:
NORLEVO® mis sur le marché en 1999, contient 1,5 mg de lévonorgestrel.
ELLA ONE 2009
Dispositif intra-utérin: méthode proposée en 1972 par Tatum.
Le DIU au cuivre mais aussi hormonal est efficace jusqu’à 5 jours après le rapport fécondant. Ce procédé offre l’avantage d’assurer ensuite une contraception permanente.
LA CONTRACEPTION DU FUTUR
CONTRACEPTION FEMININE:
*Contraception hormonale:
Estradiol naturel remplace l’Ethinyl oestradiol
Pilule contraceptive: SEASONAL®, pilule estroprogestative
comportant 84 comprimés actifs suivis de 7 comprimés placebos.
Anneau vaginal: contenant de la nestorone et de l’éthinylestradiol.
Cet anneau est actif durant un an.
Un anneau libérant un progestatif seul, la nestorone, est également en cours de développement.
*Contraception locale:
Cape cervicale: FEMCAP®, en forme de dôme, en caoutchouc siliconé.
Spermicides et microbicides: SAVRY®, composé de 2
surfactants, exerce son action microbicide par le retrait de la couverture externe des pathogènes.
DIU: BUTTERFLY-IUD®:
CONTRACEPTION MASCULINE:
* Contraception non hormonale:
L’intérêt de ce type de contraception est le respect de l’axe gonadotrope et donc de la sécrétion androgénique endogène.
Plusieurs cibles sont à l’étude:
- une action directe sur les cellules germinales, - un blocage de maturation des spermatozoïdes, - une inhibition de l’interaction gamétique,
- un blocage du développement embryonnaire précoce, - une inhibition de la mobilité des spermatozoïdes.
* Contraception hormonale:
L’objectif est ici d’inhiber la spermatogenèse tout en
maintenant une imprégnation d’androgènes suffisante pour l’équilibre des fonctions extra-gonadiques androgéno-
dépendantes.
L’induction d’un hypogonadisme hypogonadotrope iatrogène associée à une androgénothérapie substitutive est à la base d’une contraception efficace et applicable.
1ères études: testostérone seule: problèmes de tolérance.
Puis utilisation des antagonistes du GnRH associés à
l’énanthate de testostérone: induction d’une azoospermie dans 100% des cas.