VALEUR ALIMENTAIRE DU TOURTEAU DE SOJA INFLUENCÉ DU TRAITEMENT THERMIQUE
R.
FÉVRIER
A. GASNIER J. P. VACHELStation de Recherches sur
l’Élevage,
Centre National de Recherches
Zootechniques, Jouy-en-Josas.
Institut Professionnel de Contrôle et de Recherches
Scientifiques
des Industries de l’Alimentation
Animale, Paris.
PLAN DU
MÉMOIRE
I. - Mesures sur pores.
II. -
Mesures
sur rats :a) Digestibilités.
b) Courbes de croissance.
I. - MESURES SUR
PORCS
La matière grasse du
soja peut
être extraite de lagraine
par différentsprocédés. L’attention
despraticiens,
comme celle deschercheurs,
a été attiréedepuis longtemps
parl’importance
queprésentait
la nature de ce traitementpour la valeur alimentaire du tourteau.
De nombreux travaux ont montré
qu’une
cuisson enprésence
de vapeur d’eau améliorait l’efficacité du tourteau etprévenait
mêmel’apparition
decertains troubles consécutifs à
l’ingestion
desoja
cru.JACQUOT
et al.( 2 )
ontpublié
récemment une trèscomplète
mise aupoint
de laquestion.
En 1949, une
organisation professionnelle
nous demanda de comparer la« valeur alimentaire » de trois tourteaux de
soja provenant
de trois usines uti- lisant desprocédés
de traitement différents.Les
renseignements
suivants nous ont été donnés : Tourteau no 1 - Boydeaux.Après laminage,
lesgraines
desoja
sontenvoyées
dans un extracteurcontinu
Hansa-Murie,
où elles sont traitées à l’essence B6o/8o.
Les tourteauxdéshuilés et encore
chargés
d’essence sont séchés dans des vis sécheuses chauf-fées à la vapeur. La
température
finale àlaquelle
estporté
le tourteau dans lesdeux dernières vis sécheuses est de 130° ; la durée du passage à cette
tempéra-
ture est de 15 minutes.
L’opération
se fait enprésence
de vapeur d’eau.L’humidité
de la farine durant cechauffage
est voisine de 15 p. 100.Tourteau n° 2 - Marseille.
Les
graines
desoja
sont traitées dans des laminoirsspéciaux,
en vue deleur
préparation
pour l’extraction. La marchandise estreprise
et amenée dans desappareils fixes,
où elle est traitée par solvant. Elle est ensuiteportée
à 1200par la vapeur
d’eau,
dans desappareils clos,
en vue d’effectuerl’opération
decuisson. Pour
terminer,
leséchage
a lieu dans un matériel à doubleenveloppe
de vapeur,
spécialement
conçu pour éviter l’altération duproduit.
Tourteau n° 3 - Paris.
La fabrication
comporte
l’extraction par essence B6 0/ 8 0
de lagraine
desoja
convenablementbroyée
et laminée.Après quelques
heures de contact avec l’essence à latempérature
d’en-viron 45 à
50 °,
l’essence d’imbibition du tourteau est chassée par un courant de vapeur. De cefait,
le tourteau se trouveporté
à 105° environpendant
40
minutes,
son humidité s’élevant autour de 20%
Le tourteau est ensuite séché dans un séchoircontinu,
où ilséjourne
20 minutes à latempé-
rature de 80°.
Ce tourteau avait été
broyé, dépelliculé
et bluté sur tamis7 XX.
Les trois tourteaux ont été examinés aux
Laboratoires
de Zootechnie de l’Institut NationalAgronomique
et de l’Institut Professionnel de Contrôle et de RecherchesScientifiques
des Industries de l’AlimentationAnimale ;
lesteneurs en acides aminés ont été calculées
d’après
lesdosages
effectués par le Laboratoire de Biochimie duCollège
de France( 1 ).
Voici leur
composition (pour
100 g deproduit brut) :
Nous
disposions
à cetteépoque
de 12porcelets Large
Whiterépartis
entrois groupes
(i 3 -r 4 -i 5 ).
Leurpoids
moyen était alors :Deux séries d’observations ont été réalisées sur ces animaux.
EXPÉRIENCE
1Le
plan
de rationnement fut le suivant :Les rations furent
composées
defaçon
àprésenter
descaractéristiques
voisines : taux d’azote et de matières
cellulosiques,
enparticulier :
La nature du tourteau était choisie de
façon
à ce que chacun des trois groupesreçoive
successivement les troistypes
de tourteau au cours des 3périodes
II-III-IV et que,pendant chaque période,
chacun des 3 tourteaux soit distribué à l’un des 3 groupes.Le
dispositif
suivant fut utilisé :I,es animaux étaient alimentés trois fois par
jour
et rationnésd’après
leurappétit,
comme nous l’avons décrit par ailleurs(Ann. Ag y on.
no4 , 1947 ) ( 3 - 4 )·
Voici les résultats
obtenus,
en cequi
concerne legain
depoids (G),
laconsommation
(C)
et l’indice de consommation(I)
- enkg :
Rapportés
àchaque
groupe de porcs, les résultats pour l’ensemble des 5périodes
sont les suivants(en kg) :
Rapportés
aux porcsayant
reçu la même rationexpérimentale
au coursdes 3
périodes II-III-IV,
les résultats sontexprimés
par le tableau suivant(en kg) :
Ils
peuvent également
êtreprésentés
sous la forme suivante :Nous remarquons ainsi que
l’appétence
de la ration i semblelégèrement
inférieure à celle des deux autres. Peut-on
expliquer
ainsi la médiocrité de la croissance observée sur le lot i ?En
appliquant
la méthode décrite par ailleurs(i)
pourcomparerles
effica-cités,
et enprenant
pour unité l’efficacité du lot i, nous avons :Ainsi,
la ration i se révèle non seulement moinsappétente,
mais encoremoins efficace que la ration 2. Ceci
explique
l’indice de consommation élevé que nous avons constaté.D’autre
part,
la ration du lot 3, d’uneappétence égale
à celle du lot 2, estplus
efficace.Ces différences tiennent-elles au traitement
thermique,
à la nature desgraines
ou à leur état de conservation ? Il ne nous est paspossible d’y répondre
ici. Mais notons que leur richesse différente en acides
aminés,
et notammenten
tryptophane pourrait
rendrecompte
de ces observations.EXPÉRIENCE
IINous avons décidé de
répéter
les essais.Cependant,
les porcs devenantplus âgés
et parlà,
moins sensibles à d’éventuelles carencesprotéiques,
nousavons
supprimé
la farine de viande de la ration poursensibiliser,
enquelque
sorte, les animaux à undéséquilibre
éventuel de la ration. Leprotocole employé
fut le même :
après
unepériode
intermédiaire de 3 semainesséparant
les deuxexpériences,
nous avons observé les effets des 3 tourteaux au cours de 3périodes expérimentales
de deux semaines. Leplan
de rationnement fut le suivant :La formule des rations
expérimentales
fut :Les résultats obtenus
figurent
dans les tableaux suivants :Ils
peuvent
êtreprésentés
de lafaçon
suivante :Les résultats que nous avions observés dans la
première expérience
setrouvent donc
confirmés,
avec les correctionsqu’ont
pu yajouter
les variationsd’âge
desanimaux,
à savoir :-
plus grande
sensibilité aux différencesd’appétence,
commedéjà plu-
sieurs observations antérieures nous l’ont
suggéré,
- sensibilité moindre à la
qualité
de l’azote de la ration.Le calcul montre, en
effet,
que l’efficacité des trois rations estidentique
et que les différences observées dans l’indice
proviennent
del’appétence qui,
modifiant le volume de
l’ingestion, agit
sur la vitesse de croissance.III. - NOUVELLE
EXPÉRIENCE
La cause de ces différences ne
pouvant
être mise enévidence,
nous avonspoursuivi
nosinvestigations.
Nous avons demandé à la Société
qui
nous avaitdéjà
livré le tourteausoja
n° i, de nous fournir deux tourteaux obtenus àpartir
d’un même lot de degraines :
- le tourteau n° 4,
qui
aurait été traité comme le n° i,- le tourteau n° 5,
qui
aurait été soumis à une cuissonplus
forte.Les
analyses,
effectuées par les mêmes laboratoires queprécédemment,
ont donné les résultats suivants
(pour
100g deproduit brut) :
Nous
disposions
alors de3 6 porcelets,
en 9groupes de 4.Après
5 semainesd’observation,
nous les avons classés en trois lots de 12qui
avaient donné les résultats suivants avec l’aliment standard(en kg).
Nous avons alimenté ces animaux avec une ration
composée d’orge 82
p,ioo, de tourteau de
soja15
p. 100et demélange minéral
p. 100. Le lot ireçut
le tourteau de
soja
n° i, le lot 4 le tourteau n° 4et le lot 5 le tourteau n° 5.L’analyse
des rations ainsi constituées donna les résultats suivants p. 1000 :Ainsi,
les animaux recevaient des rationsisoazotées, composées
des mêmesproduits,
le seul élément de variation étant la nature du tourteau desoja
utilisé :
- les rations i
et 4 contenaient
des tourteauxfabriqués
dans les mêmesconditions,
maisprovenant
degraines différentes,
- les rations 4 et 5 contenaient des tourteaux
fabriqués
àpartir
desmêmes
graines,
mais avec desprocédés
différents.Ainsi
espérions-nous, d’après
lecomportement
desanimaux, distinguer
l’influence de ces deux facteurs sur la « valeur alimentaire » du tourteau de
soja.
Les résultats
portant
sur 5 semaines d’observation sontrapportés
dans letableau suivant
(en kg) :
Si nous comparons deux à deux les résultats
obtenus,
nous constatonsque :
W les 2tourteaux
ayant
subi même traitementthermique ( 1 - 4 ) présentent
une différence concernant :
- la vitesse de croissance
(435-357 g ),
- l’indice de consommation
( 4 , 74 - 5 ,6 0 )
et, par contre, une similitude dans la consommation( 2 , 0 6- 2 , 00 ).
Ces observations mettent en évidence la
supériorité
du tourteau i. Par laméthode
employée précédemment,
nous pouvons calculer lerapport
des effica- cités : enprenant
pour unité l’efficacité du lot i, celle du lot 4 est deo,86
- donc la différence est sensible.Il semble ainsi établi que
l’origine
de lagraine
a, ici une influence sur l’effi- cacité du tourteau, mais non sur sonappétence.
2
0 les deux tourteaux
provenant
du même lot degraines ( 4 - 5 )
accusentégalement
des différences pour :- la vitesse de croissance
( 357 -488),
- l’indice de consommation
(5,6 0 -4,32),
- la consommation
( 2 , 00 -2,58).
Le calcul montre
qu’en prenant
l’efficacité de la ration i commeunité,
l’efficacité de la ration 5 est de 1,05. Le tourteau n° 5présente donc,
sur letourteau 4, un net
avantage provenant
de sonappétence supérieure
etproba- blement,
d’une meilleure efficacité. La cuissonplus
fortequ’il
a subie a doncsensiblement amélioré sa valeur alimentaire
globale, puisque
l’indice de con-sommation des animaux du lot 5 est inférieur de 30 p. 100à celui des animaux du lot 4.
Pour les trois échantillons
examinés,
les différencesprovenant
du traite-ment
thermique portent
surl’appétence
et, à undegré moindre,
surl’efficacité,
alors que les différencesprovenant
del’origine
desgraines
neportent
que sur l’efficacité. Il serait toutefoisprésomptueux
de vouloirgénéraliser
cette obser-vation.
CONCLUSION
I. - Les trois
expériences
que nous avons effectuées nous ontpermis
d’étudier la « valeur alimentaire » de 5 tourteaux de
soja,
différents les uns des autres parl’origine
de la matièrepremière
et par le traitementthermique
subià l’huilerie.
II. - Ces tourteaux
présentaient
d’assez notables différences dans leurappétence
et dans leurefficacité, provenant
à la fois du traitement industriel et de laqualité
de lagraine
utilisée. Ilimporte donc,
pour des étudesultérieures,
de veiller à cette double cause de variation.III. - Nos observations confirment les résultats des travaux antérieurs
qui
avaient mis en évidence l’amélioration considérable que provoque, sur la valeur alimentaire du tourteau desoja,
la cuisson enprésence
de vapeur d’eau.IV. - Il
semble, d’après
les échantillonsétudiés,
que l’influence de lagraine
se limite à l’efficacité du tourteau, alors que le traitementthermique agit
nettement sur sonappétence
et,vraisemblablement,
sur son efficacité.II. - MESUItES SUR RATS
Il
pourrait
être intéressant de comparer la valeur alimentaire de tourteaux desoja
destinés aux animaux de ferme en utilisant le rat comme animal- réactif : les mesures sont de réalisationplus
facile et le matériel nécessairebeaucoup
moins coûteux.Nous avons donc
entrepris
deux séries de recherches sur les mêmes tour- teaux desoja qui
ont été utilisés dans lesexpériences précédemment rapportées.
L’une
des séries de mesures a été réalisée sur des rats mâlesadultes ;
elle apermis
de déterminer ladigestibilité
des rationsemployées
et des différentsconstituants de ces
rations,
ainsi que d’établir le bilan azoté des animaux.L’autre série a été réalisée sur de
jeunes
rats des deux sexespris
au sevrage, afin d’observer la croissance desanimaux ;
les résultats de cette 2e série sont ainsiplus
directementcomparables
à ceuxqui
ont été obtenus sur porcs.A. - Etude des
di( l estibilités a)
Protocoleexpérimental
5 séries
d’expériences
ont été effectuées avec les tourteaux desoja
à étu-dier et une 6e
série,
servant detémoin,
avec un alimentcomplet (AEC)
pourrats. Ces différents aliments furent
mélangés
enproportions
variables avec del’orge
etcomplémentés
par uncomposé
minéral.L’orge
et lecomposé
minéralétaient les mêmes que ceux
qui
avaient étéemployés
dans lesexpériences
decroissance sur porcs.
Les rations ont été établies de
façon
à obtenir une teneur en matièresazotées voisine
de 21-2 4 P .
100pour lerégime
brut. Le tableau Iindique
lacomposition
des alimentsd’expérience
autres que les tourteaux desoja
dontla
composition
a été donnéeplus
haut.Dans la suite de
l’exposé,
nousdésignerons
les rations par les numéros des tourteaux desoja
entrant dans leurscompositions respectives.
Voici le schéma des
expériences :
Chaque
séried’expérience
estprécédée
d’unepériode pré-expérimentale d’adaptation
aurégime,
variant de 7 à 10jours.
Chaque jour,
onprélève
dans lapâtée préparée
pour lesanimaux,
un échan- tillon d’environ 50g. A la fin del’expérience,
lemélange
des n échantillonsqui
ont été séchés est
homogénéisé
etanalysé,
et les résultats del’analyse
de l’échan- tillonglobal
sontcomparés
avec les résultatsthéoriques
obtenus par calcul àpartir
de lacomposition
des matièrespremières.
Les deux séries de valeurs concordent engénéral
d’unefaçon
trèssatisfaisante,
avec uneprécision
enrapport
avec celledes manipulations
et despesées. L’analyse
de ces échantillonscaractéristiques
dechaque
sériefigure
dans le tableau n° II :b) Résultats
Les
digestibilités
moyennes des différents éléments de la ration sontindiquées
dans le tableau n° III :On remarque que les
digestibilités
moyennes de la matièresèche,
de la matièreorganique
et des matières minérales ne varientpratiquement
paslorsqu’on
utilise successivement les différentssojas.
Nous avons toutefoisobservé des différences individuelles
sensibles,
notamment en cequi
concernela
digestibilité
de lamatière
sèche et celle de la matièreorganique :
2 de nosanimaux sont nettement
plus
mauvais utilisateurs que leurscongénères.
Exemple : Digestibilité
de la matièreorganique,
rations 2 et 4.Ces différences n’existent pas pour les matières minérales. Par
ailleurs,
onnote que la
digestibilité
des matières minérales totales de la ration contenant l’aliment commercial(série VI)
estsignificativement plus
faible quecelles que
nous avons déterminées avec les rations contenant les
sojas,
rationscependant beaucoup
moins bienéquilibrées.
Matières
cellulosiques :
Onpourrait
penser, à la lecture du tableauIII,
que la
digestibilité
des matièrescellulosiques
des rations 4 et 5 est nettementsupérieure
à celle des rations 1, 2et 3. Il n’en est rien. Lesdigestibilités
moyenne des rations 4 et 5(zop. ioo environ) présententdes différences
nonsignificatives (1
= r,4 ;signification
pour2 , 7 8)
avec celles des trois autresrégimes
dont ladigestibilité
est voisine de 10 p. 100 Ce résultat est dît à latrèsgrande dispersion
de valeurs individuelles
dépendant
de facteursphysiologiques
incontrôlables : chacun sait que le rat est un très mauvais utilisateur des matièrescellulosiques.
On pourra remarquer la
digestibilité
relativement élevée de l’aliment commer-cial,
duepeut-être
au meilleuréquilibre
de la ration.Enfin, signalons
que les différences individuellesapparaissent
ici encore, un des rats se révélant meilleur utilisateur de cellulose que les autres.Matières azotées totales : Nos résultats
;se
classent en deux groupes dis-tincts ;
les rations 1, 2et 4ont unedigestibilité apparente
de l’azote nettementplus
faible que lesrégimes
3 et 5 :y,8
à73 ,8
p. 100 contre7 8- 79 , 2
p. 100. Et si l’onprend
comme référence ladigestibilité
des matières azotées totales durégime
n° 4:
7 1 ,8
p. 100, onpeut
montrer par le calcul que la différence observée estsignificative
entre les rations 4 et 3(1
=2 ,8 5 )
et presquesignificative
entrecette même ration 4 et le
régime
5(t
= 2,3 ;signification
pour t =a, 7 8).
Il est donc
possible
de mettre enévidence,
chez le ratadulte,
des varia- tions d’utilisationdigestive
de l’azote fourni par des tourteaux desoja
de mêmeorigine, ayant
subi des traitementsthermiques
différents.Matières gvasses : Les
dosages
des matières grasses dans les fèces ont faitl’objet
de nombreuses recherches dont les résultats n’étaient pas encore aupoint quand
nous avonsexpérimenté
le tourteau n° i.Aussi,
lesdigestibilités
des matières grasses et, par
suite,
celles de l’extractif nonazoté,
ne sont-ellespas
indiquées
pourl’expérience
n° i. Les différences dedigestibilité
des rations 3et 4 d’unepart
et 5 d’autrepart,
sontsignificatives (soja
3 et 5 ; t =4 ,8 1
-soja
4 et 5, 1 =3 , 0 ).
Il est intéressant de noter que la ration 3qui présentait
la
plus
forte utilisationdigestive
des matières azotées estjustement
celle dontla
digestibilité
deslipides
est laplus
faible. Ces variations de ladigestibilité apparente
deslipides
ne semblent pas liées à la teneur des rations en matières grasses. Faut-il en conclure que la nature même deslipides
des tourteaux desoja peut
être influencée par les traitementsthermiques ?
Extractif non
axoté : On ne note aucune différenceappréciable
dans lesdigestibilités
moyennes.Phosphore :
Ladigestibilité
duphosphore
de la ration 3 estsignificati-
vement
plus
faible que celle desrégimes
1, 2, 4 et 5(soja
3 et i, t =5, 9 8 - soja
3 et 2, t = 2,74-soja
3 et 4, 1 = 4,75,soja
3 et 5, 1 =4,73). Or,
lesoja
3est, de tous les tourteaux que nous avons
essayés,
celuiqui apporte
le moins dePhosphore ( 0 ,68 5
p.ioo).
D’un autrecôté,
on pourra remarquer que ladiges-
tibilité du
phosphore
de la ration à base d’aliment commercial est laplus
élevéeque nous ayons
enregistrée
au cours de ces essais. Cette différencepeut
s’ex-pliquer
vraisemblablement par la nature même duphosphore
de ce dernierrégime
en raison du fait que, d’unepart,
l’aliment commercial dont nous sommespartis
est un alimentéquilibré
et que, d’autrepart,
laproportion d’orge
que nous avons utilisée dans lemélange
est relativement faible : 35p. 100au lieu de
65- 70
p. 100pour les autres rations.Calcium : Les
digestibilités
moyennes du calcium sont toutes trèsfaibles ;
certaines sont même nulles ounégatives.
Pour les seulssojas
3 et 4, ladiges-
tibilité moyenne est
positive
et toutes lesdigestibilités
individuelles le sontégalement ;
elles sont néanmoins très faibles. Aussipeut-on
conclurepratique-
ment que
l’apport
de calcium de la rationcorrespond
sensiblement aux besoins d’entretien des animaux et que l’influence du traitementthermique
dessojas
sur l’utilisation
digestive
du calcium est nulle.On ne remarque, ni pour l’utilisation
digestive
duphosphore,
ni pour celle ducalcium,
aucune différence individuelle très nette.Bilans azotés : L’étude des bilans azotés moyens
(ci.
tableau n°IV), expri-
més en g d’azote par animal et par
jour,
montre des variationsimportantes
entre les rations
expérimentales
utilisées. On notera toutefois des différences trèslarges, particulièrement
pour les rations i et 4, et c’est cequi explique
que,malgré
un écart deplus
de y p. 100entre les résultats obtenus avec lesrégimes
i et 5
(séries
I etIV),
la différence entre les bilans azotés moyens ne soit passtatistiquement significative
au «point
5 p. 100 »(t
=2,34).
Il n’en reste pas moins que la mesure du bilan azoté
permet
de mettre en évidence d’unefaçon pratique,
des écarts notables entre lesrégimes
que nousavons utilisés. Comme la seule variable que nous avons introduite dans la
composition
de cesrégimes
est la nature du tourteau desoja qu’ils renferment,
nous sommes en droit de conclure que la
technique
du bilan azoté se révèleassez fine pour
permettre
un classement des « valeurs en azote n dessupplé-
ments
protéiques
utilisés.Coefficient de rétention azotée :
Cependant,
en raison même des différences que nous avonssignalées plus
haut dans l’utilisationdigestive
de l’azote des rationsexpérimentales,
il nousparaît
que la véritable mesure du rendement de l’azote alimentaire est donnée par laquantité
de métalloïde fixée àpartir
de laquantité qui
a traversé la barrière intestinale. Le coefficient de rétention azotéeexprime
ce «rendement n ;
onpeut.
eneffet,
le calculer àpartir
du rap-port ci-après :
On obtient ainsi les valeurs
consignées
dans le tableau V.Il se trouve que les résultats obtenus se classent dans le même ordre que
ceux fournis par les bilans
azotés,
au moins en cequi
concerne les rations à base de tourteau desoja.
Mais on remarquera que le coefficient de rétention azotée relatif à l’aliment commercial(AEC)
fait classer cet aliment en5 e place,
alors que le bilan le mettait en seconde
place.
Nous estimons en tout état de cause, que la cc cote » fournie par le coefficient de rétentionparaît préférable
àcelle donnée par le bilan azoté.
Discussion
l,e tableau n° VI
indique,
d’unepart
lepoids
moyen des animauxpendant
la durée
d’expérience,
ou moyennearithmétique
de npoids journaliers (n
étantla durée de
l’expérience
enjours),
et d’autrepart
la variation moyennequoti-
dienne de
poids,
c’est-à-dire la différence moyenne entre lespoids
au début eten fin
d’expérience.
Ces variations moyennes ne
dépassent
pas o,7 p. 100dupoids
moyen, cequi
montre que les animaux sont
pratiquement
enéquilibre
depoids. Si, poussant plus
loinl’analyse
desrésultats,
on compare les bilans azotés moyens et les variations moyennes depoids
d’un « rat moyen» (tableau
VI colonne « moyenne »,on voit
qu’avec
lessojas qui
donnent lesplus
faibles bilans(n o
1, 3 et4 ),
onobtient des variations moyennes de
poids négatives
ounulles,
tandisqu’avec
les meilleurs
sojas,
donnant les bilans azotés lesplus
élevés(n O
2 et5 ),
onobtient un
gain
depoids
des animaux tout aulong
del’expérience.
Cetteobservation nous
paraît
intéressante en cequ’elle
confirmel’opinion
couranteselon
laquelle
lapartie importante
d’un tourteau desoja
est sa fractionazotée ;
nous avons pu montrer, en
effet,
que ni pour ladigestibilité
de la matière sèchetotale,
ni pour lesdigestibilités
de la matièreorganique,
de la matière minéraleou de l’extractif non
azoté,
il n’existe de différences notables. Mais nous avonssignalé
des écarts pour lesdigestibilités
des matièresazotées,
des matièresgrasses et du
phosphore.
La sommation de tous ceseffets,
tellequ’on peut
lamesurer par les variations du
poids vif,
suit étroitement les variations descaractéristiques
du métabolisme de l’azote. Il enrésulte,
au moins enpremière approximation, qu’on peut
se contenter de n’effectuer que lesanalyses
rela-tives aux déterminations des teneurs en azote de
l’alimentation,
des fèces et des urineslorsque,
utilisant le rat adulte commeanimal-réactif,
on cherche à établir la valeur alimentaire relative d’un tourteau desoja.
Le travailanaly-
tique
se trouverait ainsisingulièrement allégé
sans que, pour autant, soit affectée laprécision
des résultats.Conclusions
I. - Les différences que nous avons pu mettre en évidence entre les rations
préparées
à l’aide de 5 tourteaux desoja
diversement traités montrent que la seule détermination de la teneur en azote desingesta
et des excretapermet
une classification de la valeur alimentaire de ces tourteaux pour le ratadulte ;
le bilan azoté ou,mieux,
le coefficient de rétentionazotée,
sert àétablir cette classification.
II. - C’est ainsi que, par ordre de valeur alimentaire
décroissante,
lestourteaux utilisés se classent de la manière suivante : n° 5 - n° 2 - n° 3 -
n°
4 - n° i. Les deuxpremiers
ont des valeurs sensiblementcomparables ;
il en est de même pour les tourteaux n° 3 et no4 ; si bien
qu’au total,
onpeut
dire que nous avons eu affaire à trois groupes de tourteaux n° 5 et 2 - n° 3et
4 - n° i, ce dernier se montrant de loin leplus
« mauvais ». Un alimentéquilibré
du commerce se classe dans le second groupe.III. - L’étude que nous avons
entreprise permet d’indiquer,
en outre, l’existence de différences notables dans l’utilisationdigestive
des matières grasses et duphosphore
des rationsexpérimentales.
Mais nous ne sommes pasen mesure de
pouvoir
attribuer cesdifférences,
soit au traitementthermique
des tourteaux, soit à leurs teneurs en ces éléments.
IV. - Une durée de l’ordre de 2semaines suffit pour obtenir des résultats
homogènes,
étant entendu que les animaux ont étépréalablement
habitués àleurs rations
pendant
une semaine environ.B. - Etude de la croissance
a)
Protocoleexpérimental
Comme pour l’étude des
digestibilités,
6 sériesd’expériences
ont été réa-lisées avec les 5 tourteaux de
soja
et l’alimentcomplet
pour rats. les rations furent établies avec la même orge queprécédemment, complétée
par le mêmecomposé minéral,
defaçon
que lerégime
brut ait une teneur en matières azotées voisine de 26 à 29 p. 100.Le schéma des
expériences
estindiqué
dans le tableau n° VII.Les animaux étaient
mis
enexpérience
dès leurlivraison,
c’est-à-dire ausevrage, alors
qu’ils
étaientâgés
de 3 semaines à un mois. Ils étaientpesés
6 fois par semaine. Comme pour les rats
adultes,
des échantillons de nourriture furentprélevés chaque jour,
afin de constituer un échantillonglobal
dont ontrouvera les résultats
d’analyse
dans le tableau n° VIII.b)
RésultatsLes seules mesures
qui
ont été effectuées sont lespesées
des animaux. Des essais furententrepris
pour peser lesingesta,
mais ils n’aboutirent pas. Lescages où les animaux étaient
placés
sont des cages pour rats de réserve et nesont pas conçues pour
séparer
l’urine et les fèces des refus denourriture ;
d’autrepart,
les déchets de nourriture sontéparpillés
dans toute la cage et nonpas seulement au-dessous des
mangeoires.
De sorte que lapesée
desrefus, qui
aurait
permis
la connaissance desingesta,
s’étant révéléeimpossible,
nousn’avons pu calculer le rendement de la nourriture ni l’indice de
consommation,
et nous avons dû nous contenter de mesurer la croissance
pondérale
desanimaux.
I,e tableau IX
indique
lespoids
moyens au début et à la fin desexpériences
et les
gains
moyens parjour.
On voitqu’à part
l’aliment commercialqui
fournitles meilleurs
résultats,
c’est la ration n° 3qui
assure la croissance laplus rapide
pour les mâles comme pour les
femelles ;
aucontraire,
les rations n° 2 et 5 pour les mâles et n° q. et 5pour lesfemelles,
nepermettent qu’un développement
relativement lent des animaux.
D’autre
part,
les différences relatives entre lesgains
moyens extrêmes sont nettementplus
élevées chez les mâles que chez les femelles.Cette constatation est aussi très nette
quand
on étudie les courbes de croissance(fig. 2 ).
Ceci prouve que les femelles sont moins sensibles que les mâles aux variations derégime
et accusent moinsqu’eux
les améliorations oules déficiences d’une
ration,
en raison vraisemblablement de ce que leurs besoins sont moindres.Conclusions
I. -
Ainsi,
encomparant
lesgains
moyens depoids
parjour
pour un« rat moyen », on
obtient,
enplaçant
les tourteaux par ordre de valeur alimen - tairedécroissant,
le classement suivant : entête,
le tourteau n° 3 ;pratique-
ment
équivalents,
les tourteaux n° 4et z ; enfin les tourteaux n° 2 et 5.II. - Pour de semblables mesures, il est
indiqué
de n’utiliser que des ratsmâles,
les réactions de ceux-ci étant nettementplus marquées
que celles des femelles.CONCLUSIONS
GÉNÉItALES
Au terme de cette
étude,
ils’agit
de savoir si l’onpeut
valablement utiliser le rat pouréprouver
la valeur alimentaire d’un tourteau desoja
destiné au porc.I. - Pour
cela, reprenant
les conclusions des mesures réalisées sur porcs,nous voyons que l’on
peut
classer lescinq
tourteaux,d’après
leur rendementPour
la croissance - indice de consommation — dans l’ordresuivant,
du meilleur au moins bon : 3, 2,5 , z et
4. Le tourteau n°3 vient
nettement en têtedu
classement,
lesquatre
autrespouvant
êtregroupés
par deux( 2
et 5 - 1 et4
),
d’efficacité voisine.Si l’on
rapproche
ces conclusions de celles que nous a fournies l’étude de la croissance du yat, on constate ici encore que le tourteau n° 3 se classe en tête.Mais par contre, si les
quatre
autres tourteaux se trouventégalement groupés
par deux
( 1
et 4- 2et5 ),
l’ordre de classement est inverse de celui trouvé pour le porc.Que
conclure de ces faitsexpérimentaux ?
A notre sens, il semblepossible
d’affirmer que la seule mesure de la croissance sur rat ne
peut
donner de résul-tats certains
applicables
directement au porc quelorsque
le tourteau desoja
a subi un traitement améliorant nettement sa valeur alimentaire.
Lorsque
lestourteaux ont des valeurs alimentaires assez
proches
les unes des autres, soiten raison de leur nature
même,
soit en raison d’un traitementthermique
ina-déquat,
la méthode de la croissance du rat nepermet
pas d’établir une classi- ficationrigoureuse
valable pour le porc.II. - La
composition
des tourteaux en acides aminés estpeut-être capable d’expliquer
cesdivergences.
Si l’on sereporte
aux tableauxX,
etX 2
du
mémoire,
on voit que le tourteau n° 3sesépare
nettement des autres par ses teneurs élevées encystine
et en méthionine :o,8 9
p. 100eto,6o
p. 100 res-pectivement.
Si l’on tente de classer les 5tourteauxessayés
par ordre de teneur décroissante encystine
+méthionine,
on arrive au résultat suivant : 3-i-2-4-5. Mis àpart
le tourteau n° 3, ce classement necorrespond
à aucun de ceuxque nous a donnés la double
expérience biologique.
D’autre
part,
les teneurs entryptophane
sont assezdifférentes, comprises
entre 0,79 et 1,11 p. 100 et ne
permettent
pas nonplus
un classement ren-dant
compte
de l’une ou de l’autre mesure de croissance.Ces observations nous conduisent à penser
que,étant
donnée lacomposition
très
spéciale
de nosrations,
c’est la teneur encystine
et en méthionine durégime qui,
àpartir
d’un certainseuil,
conditionne le rendement de la croissance. En dessous de ce seuil -qui paraît
seplacer
chez le rat aux environs de o,45 p. 100pour lacystine
et de o,3o p. 100 pour la méthionine(o,z 4
p. 100 et o,oc!p. 100chez le
porc)
- d’autres facteurs interviennentqui masquent plus
oumoins l’influence des acides aminés
soufrés ;
etparmi
cesfacteurs,
l’un de nousa
pu
mettre en évidencel’appétence
de la ration offerte aux animaux et la nature même desgraines
desoja.
III. -
Chauffage
des tourteaux. - Comme on aura pu le remarquer,nous ne
possédons
pas de données trèsprécises
sur les conditions du traitementthermique qu’avaient
subi les tourteaux : tantôt nousignorons
latempérature
de
séchage après extraction,
tantôt la durée del’exposition
à unetempérature
donnée. Pour
pallier
ce manque derenseignements,
nous avons effectué surtous les tourteaux
l’épreuve
à l’uréase(5). D’après
ce test, il est malheureuse- mentimpossible
de savoir si un tourteau a été suffisamment chauffé ou aucontraire
surchauffé, puisque,
dans les deux cas, l’uréase estdétruite,
alorsque ces deux traitements ont une action très différente sur la valeur nutritive des matières azotées.
Quoi qu’il
ensoit,
onpeut
aboutir au classementsuivant,
par ordre d’in- tensité décroissante du traitementthermique (variation
croissante dupH) :
3et 2-r et 5-4. Cet ordre est très voisin de celui
qui
a été trouvé dansl’expérience
réalisée sur porcs
( 3 ,
2, 5, 1,4 ).
Faut-il en conclure que cetteespèce
animale ’est