INFLUENCE DU TAUX
CALCIQUE
DU
RÉGIME
ALIMENTAIRESUR
L’UTILISATION PHYSIOLOGIQUE DU CALCIUM
DE DIVERS SELS
II. -
I;TUD1:
COMPARATIVE DU CARHOXATE DE CALCIUM ET DU PII05P1IATETRICALCIQUE
Jean CAUSERET Denise HUGOT Laboratoire d’Etudes sur la Nutrition, Paris.
PLAN DU
MÉMOIRE
I. - Introduction.
II. - Techniques
expérimentales.
III. - Résultats et discussion.
10 Efficacité
biologique
du carbonate de calcium et duphos- phate tricalcique. Comparaison
des résultats avec ceux desexpériences
antérieures.2
° Modalités d’élimination du calcium.
3
° Influence du rapport calcium
/phosphore
durégime
sur l’uti-lisation
physiologique
du calcium.IV. - Conclusions.
Références
bibliographiques.
I. - INTRODUCTION
I,es
expérimentateurs qui ont tenté d’établir un classement des
diverses sources alimentaires de calcium par ordre d’efficacité biologique
ont effectué leurs
comparaisons
sur dessujets
soumis à unrégime
conte-nant une
quantité
de calcium déterminée etplus
ou moins arbitraire.Or,
ainsi que nous l’avons fait remarquer dans unepublication
antérieure(!),
on ne
peut
exclure àpriori
que la cc hiérarchie» biologique
des différentessources de calcium
dépende
desquantités
de calciumingérées.
Il est doncimprudent
de conclure àl’égalité
d’intérêt de deux sources de calciumou à la
supériorité
de l’une d’entre elles, si l’on n’a pas vérifié que cetteidentité ou cette
supériorité
se manifeste pour toutes les valeurspossibles
du taux
d’ingestion calcique.
Tenant
compte
de cettenécessité,
nous avons montré dans le tra-!-ail déjà
cité que, chez lejeune
Rat, les variations du coefficient de réten- tion du calcium en fonction du tauxcalcique
durégime
sont les mêmes, que le calcium soit fourni sous forme decarbonate,
de sulfate ou de lac- tate. Nous avons pu en conclure que, dans les conditions del’expérience,
ces trois sels étaient
également aptes
à satisfaire le besoincalcique
decroissance
( 1 ) .
Dans un nouveau travail
qui
faitl’objet
duprésent mémoire,
nousavons
comparé,
dans des conditionsidentiques,
l’efficacitébiologique
du carbonate de calcium et du
phosphate tricalcique. Cependant,
unedifficulté se
présentait :
l’introductiond’égales quantités
de calciumsous ces deux formes, dans un même
mélange
debase,
donnait évidem- ment desrégimes
derapports phospho-calciques
différents.Or, d’après
certains auteurs, la valeur de ce
rapport pourrait
exercer une influencesur l’utilisation
physiologique
du calcium.Aussi,
pourchaque
valeurexpérimentale
de la teneur en calcium durégime,
avons-nouscomparé
l’efficacité
biologique :
- du carbonate de
calcium,
- du
phosphate tricalcique,
(1? Cette conclusion est en désaccord partiel avec celle de JACpuoT et collab. (8) qui, pour un seul niveau d’ingestion calcique, attribuent au sulfate de calcium une efficacité nettement inférieure à celle du carbonate et du lactate.
- d’un
mélange
de carbonate de calcium et dephosphate
mono-potassique
contenant ce dernier sel enquantité telle,
que lerapport Ca/P
du
régime correspondant
soitégal
à celui durégime isocalcique
à basede
phosphate tricalcique.
II. - TECHNIQUES
EXPÉRIMENTALES
L’expérience
aporté
sur 75 rats mâles. Ces rats ont étérépartis
en15 lots de 5
sujets
et ont reçu desrégimes
dérivés dumélange
de basepauvre en calcium
( 30
mg p. ioog)
dont lacomposition
a étéindiquée
dans le mémoire
précédent (5) -Le
taux du calcium et lerapport Ca/P
desrégimes
sontindiqués
dans le tableau I.Les bilans
calciques
des animaux ont été déterminés dans les mêmes conditionsqu’au
cours duprécédent
travail.III. -
RÉSULTATS
ET DISCUSSIONLes résultats obtenus sont réunis dans les tableaux
II,
III et IV.1
0Efficacité biologique du carbonate de calcium et du
phosphate
tricalcique.Comparaison des résultats avec ceux des
expériences
antérieures.Comme le montrent les tableaux II à IV et la
figure
l, les variations du coefficient de rétention en fonction de la teneur en calcium durégime
sont tout à fait
comparables
à celles que nous avons observées dans des travaux antérieurs( 9 ,
4,5 ).
Elles sontidentiques
pour lecarbonate,
- donné seul ou additionné dephosphate monopotassique-,
et pour lephosphate tricalcique.
Dans les conditions où nous nous sommesplacés,
le carbonate et le
phosphate apparaissent
doncégalement aptes
à satis- faire le besoincalcique
de croissance du Rat.Le
rapprochement
de ces résultats avec ceux de nosexpériences
anté-rieures ne montre aucune différence sensible d’efficacité
biologique
entrele
phosphate tricalcique,
le carbonate, le sulfate et le lactate decalcium,
que la teneur en calcium du
régime
soitfaible,
voisine des valeurs « nor-males », ou élevée. Cette constatation
suggère
que, dans le calcul desquantités
de calciumqu’il
convient d’introduire dans la ration des ani- maux, il n’estprobablement
pasindispensable
de sepréoccuper
de lanature de l’anion
auquel
est lié cetélément,
pourvu que le sel utilisé neprésente
pas notoirement une efficacité médiocre(comme
c’est le cas parexemple
chez l’oxalate de calcium et, chez certainesespèces animales,
pour
l’inositohexaphosphate),
pourvu aussi que lerégime
assure par ail-leurs un
apport
suffisant des éléments nécessaires à la fixation du calcium dansl’organisme (phosphore,
vitamineD).
En laissant de côtéquelques
cas
particuliers,
nous croyonspouvoir
nous ranger àl’opinion
de D. etNT. HINGLAIS
(6) qui
écrivent : « S’il existe une hiérarchie dans la valeur utile des sels decalcium,
elle n’aqu’une importance
très relative dupoint
de vue
qui
nous intéresse( 1 )
et le moins cher des « alimentscalciques
»vaut le
plus compliqué d’entre eux pour satisfaire aux besoins de l’orga-
nisme ».
Beaucoup plus important
que la nature de l’anionauquel
est lié lecalcium,
nousparaît
être le niveaud’ingestion
de cet élément. Ledegré
d’utilisation de tout sel
calcique
endépend.
Il est doncillogique
d’évaluerle besoin alimentaire de calcium d’un
sujet
en divisant son besoin strict(c’est-à-dire
la valeur « normale » de la rétentioncalcique)
par un coeffi-cient de rétention moyen
qui
demeure forcémentarbitraire,
à moins(’) Il s’agit de l’évaluation des besoins calciques de l’enfant et de la possibilité de corriger les
insuffisances calciques par administration de sels de calcium lurs.
qu’il
necorresponde précisément
à celui desujets
consommant une quan- tité de calcium voisine de celle considérée commeoptimum
à la suite du calculprécédent.
La méthode est
pourtant
utilisée couramment pour la déterminationdu besoin
calcique
de croissance de l’enfant ou des animauxdomestiques ( 1 ).
Ainsi,
chezl’enfant,
1,EITCII(c!)
admet que le coefficient de rétention moyen est de l’ordre de 5o p. 100 ; mais MITCIIELI,( 12 )
considèrequ’il
est
compris
leplus
souvent entre 20 et 33 p. ioo. Chez les animauxdomestiques,
on admetgénéralement qu’au
cours de lacroissance,
la fixation du calcium
porte
sur un tiers environ desquantités ingérées.
( 1
) Nous ne tenons pas compte ici de la comylication supplémentaire qui résulte de l’existence d’un besoin calcique d’entretien au cours de la croissance.
2
° Modalités d’élimination du calcium.
Les modalités d’élimination du calcium ont été
comparables
pour les troistypes d’apport calcique.
On notera en
particulier
que, contrairement aux observations de MALM
( II )
chezl’Homme, puis de NiCOi<AYSEN et collab. (i 3 )
chez le Rat,
l’addition de fortes quantités
de phosphore
aux régimes
à base de car-
bonate n’a
entraîné,
dans laplupart
des cas, aucune modificationsigni-
ficative de l’élimination
calcique
rénale.3
0Influence du rapport
calcium/phosphore
du régimesur l’utilisation physiologique du calcium.
Comme le montre le tableau I, la valeur du
rapport calcium/phos-
phore,
pour une même teneur en calcium du régime,
est très différente
pour le
régime
à base de carbonate d’unepart,
et pour lesrégimes
à basede
phosphate tricalcique
ou de carbonate +phosphate monopotassique
d’autre
part.
I,a différence s’accroitprogressivement
avec le tauxcalcique
durégime :
pour le taux leplus élevé,
lerapport Ca/P atteint
environ 2 pour le
régime
à base decarbonate,
et environ i pour les deux autres(taux
dephosphore : respectivement
0,7 et 1,4 p.100).
De telles différences n’ont pas affecté l’utilisation
physiologique
ducalcium,
cequi
est en contradiction avec l’idée communémentrépandue
que toute modification
importante
del’équilibre phosphocalcique
del’alimentation retentit nécessairement sur la calcification. De
plus,
lacroissance
générale
des animaux n’a pas été affectée de manièresignifi-
cative par les variations du
rapport Ca/P (tableau V) ( 1 ).
( 1
) Il n’y a pas lieu de s’étonner que le gain de poids soit pratiquement aussi élevé avec les régimes hypocalciques (à 0,10p. ioo de calcium) qu’avec les régimes normaux ou riches en calcium. Nous avons
déjà signalé que, pendant une longue durée, l’insuffisance calcique, à moins d’être très marquée, n’affecte
le développement pondéral que dans le cas où le régime est privé de vitamine D, cet effet résultant d’une diminution de la consommation de nourriture ; la vitamine D suffit à rétablir la valeur normale de la consommation et assure par là-même une croissance générale apparemment satisfaisante (3,y).
Mais l’ossification se trouve évidemment entravée (4).
Ces
constatations, jointes
aux résultats des nombreux bilans cal-ciques
que nous avons effectués antérieurement dans des conditionsexpé-
rimentales
diverses,
montrent que, pour un mêmeapport
alimentaire decalcium,
lerapport Ca/P du régime peut
varier entre des limites assez
larges
sans que la calcification et la croissancepondérale
s’en trouventaffectées. BETHKE et collab.
(i)
ont crupouvoir
affirmer autrefois que,de ces deux derniers
points
de vue,l’équilibre phosphocalcique
durégime
a
plus d’importance
que sa teneur absolue enphosphore
et encalcium,
et cette idée demeure ancrée dans bien des
esprits. Appliquée
auxproblèmes
courants de l’alimentation humaine ou
animale,
elleparaît
au con-traire manquer de bases
expérimentales.
Il faut avant tout assurer unapport quantitativement
suffisant dephosphore
et decalcium, puisque
toute insuffisance de l’un de ces éléments
risque
d’entraver la minérali- sation osseuse. Enrevanche, l’organisme
semblecapable
des’adapter
àdes
équilibres phosphocalciques
très variés. Ce n’est vraisemblablement que dans des cas extrêmes quel’organisme
subit un réeldommage : ainsi,
la
plupart
desrégimes rachitigènes
destinés au Rat ont unrapport Ca/P compris
entre 4et 6.Nous sommes donc d’accord avec MANDEE
(il) lorsqu’il
écritqu’il
est
possible
d’évaluer le besoincalcique
minimum du Rat sans tenircompte
durapport Ca/P
durégime,
pourvu quel’apport
de vitamine D soit suffisant(et
pourvu,ajouterons-nous,
quel’apport
dephosphore
soitsuffisant
aussi).
IV. - CONCLUSIONS
Dans les conditions de
l’expérience,
lephosphate tricalcique,
le car-bonate de calcium et le carbonate
complété
par unequantité
dephos- phate monopotassique
suffisante pourporter
lerapport Ca/P
durégime
à la même valeur que celle du
régime isocalcique
à base dephosphate tricalcique,
se sont révéléségalement aptes
à couvrir le besoincalcique
decroissance du Rat,
quelle
que soit la teneur en calcium durégime.
Lerapprochement
de ces résultats avec ceux d’autresexpériences
conduit àpenser que, sauf dans
quelques
casparticuliers,
la nature de l’anionauquel
est lié le calcium exerce, sur l’utilisation
physiologique
de cetélément,
une influence
négligeable
parrapport
à celle de la teneur en calcium durégime.
Pour une même teneur en calcium du
régime,
des variations notables durapport Ca/P (de
i à 2 parexemple,
dans le cas derégimes
contenant0 ,
70 p. 100de
calcium)
n’ont exercé aucune influence sensible sur la réten- tioncalcique.
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