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RÉFLEXIONS SUR L’ANALYSE DES PRATIQUES INFORMATIONNELLES COLLABORATIVES

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Academic year: 2022

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PRATIQUES INFORMATIONNELLES COLLABORATIVES

NABIL BEN ABDALLAH

Peu de travaux en sciences de l’information se sont intéressés aux pratiques informationnelles collaboratives et de ce fait, nous n’avons pas une compréhension profonde des actions et opérations qui peuvent être entreprises, par exemple, par un groupe de personnes agissant ensemble pour rechercher, récupérer, et utiliser des informations. La recherche d’information est généralement traitée en tant qu’activité essentiellement individuelle, comme en témoigne la majorité des modèles de recherche d’information où l’individu est au cœur de la modélisation. Dans cet article, nous proposons un cadre théorique basé sur la théorie de l’activité pour étudier la recherche collaborative d’information. Nous nous basons sur la littérature en sciences de l’information et en d’autres disciplines, où la théorie de l’activité est utilisée, pour déterminer les éléments importants à prendre en compte dans l’étude d’une activité de recherche collaborative d’information. Le cadre théorique développé est utilisé pour analyser un cas de recherche collaborative d’information où des petits groupes d’étudiants sont impliqués dans la réalisation d’un travail collectif visant à produire un dossier documentaire sur un sujet donné.

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1. Introduction

L’étude des pratiques informationnelles des individus impliqués dans l’exercice d’une activité professionnelle est un domaine de recherche qui suscite l’intérêt de nombreux chercheurs et praticiens en science de l’information mais aussi ceux d’autres disciplines comme la psychologie et la gestion. Ces études visent à comprendre, d’une part, les facteurs humains et environnementaux qui conditionnent l’usage de l’information et, d’autre part, les interactions des individus avec les sources et les systèmes de recherche d’information, des interactions indispensables à toute forme d’accès à l’information. Quel que soit le terrain choisi pour l’étude des pratiques informationnelles, les chercheurs rencontrent constamment des difficultés à analyser ces pratiques. Les difficultés sont, dans la plupart des cas, inhérentes à la nature même de l’activité informationnelle ; en effet, c’est une activité motivée par le désir de satisfaire un besoin d’information dépendant de l’état cognitif et psychologique de l’utilisateur ; l’objectif est de trouver l’information pertinente parmi une multitude dans l’environnement exploré, ce dernier proposant souvent une panoplie d’outils de recherche et différentes sources d’information. La variabilité du besoin d’information, l’augmentation croissante du volume d’information et la multiplication des outils de recherche d’information accompagnées d’une nette restriction du rôle de l’intermédiaire humain (documentaliste, bibliothécaire, etc.) sont autant de facteurs concourant à complexifier de plus en plus l’activité informationnelle, contrairement à ce qui est attendu.

D’après Saracevic (2009), il y a deux catégories d’études d’utilisateurs : une plus pragmatique étroitement liée à la conception des systèmes de recherche d’information y compris des moteurs de recherche sur le web, et l’autre plus théorique fournissant des modèles visant à approfondir la compréhension des pratiques informationnelles. Les échanges entre ces deux catégories ne sont pas bien établis et ceci en dépit de l’unicité de leur objet d’études. Ces deux catégories d’études d’utilisateurs structurent, dans le monde anglo-saxon, les recherches dans le domaine des pratiques informationnelles en sous-domaines imbriqués. Wilson (1999, 2000) pense que le comportement informationnel (l’information behavior1) regroupe :

1. Ici, le concept behavior n’est pas limité à la dimension psychologique. Dans le reste de l’article, nous utilisons indifféremment les notions « pratique

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le comportement de recherche d’information (information seeking behavior), le comportement de repérage d’information (information searching behavior) et/ou le comportement de récupération d’information (information retrieval behavior). Les trois sous-domaines sont étroitement liés. Par exemple, l’utilisation d’un système de recherche d’information est une possible stratégie de récupération de l’information (information retrieval) qui constitue une étape potentielle dans le processus de recherche d’information (information seeking process).

Plusieurs modèles2 (Bates, 1989 ; Kuhlthau 1988, 2005 ; Ellis 1997, 2005 ; Wilson 1981, 2010 ; Ingwersen, 2005 ; Dervin, 2003, 2005), et d’autres, développés par les chercheurs en sciences de l’information, constituent des référentiels méthodologiques et théoriques nécessaires pour la compréhension des processus sous-jacents aux activités informationnelles. Cette compréhension est nécessaire pour le développement des services d’information aussi bien que des outils de recherche et de récupération d’information.

Toutefois, parmi les critiques que nous pouvons formuler à l’égard de ces modèles, mentionnons le fait qu’ils sont focalisés essentiellement sur l’individu observé isolément ou en interaction avec les éléments d’un contexte donné. Le choix du « paradigme individu » est expliqué, en partie, par le fait que les recherches en comportement informationnel utilisent, dans leur majorité, une approche psychologique qui favorise

« naturellement » l’étude des facteurs individuels en jeu dans une activité informationnelle. Cette focalisation sur l’individu est aussi la conséquence de l’individualisation apparente des activités de recherche d’information favorisée par l’informatisation à grande échelle des services d’information.

Ainsi, l’accès simultané à plusieurs catalogues en ligne de bibliothèques, comme c’est le cas, par exemple, avec le service WorldCat, et le téléchargement aisé de différents types de ressources numériques sont des exemples de services et d’outils informatiques qui laissent penser que l’individu, quel que soit le contexte de son activité, n’a pas besoin de collaborer avec d’autres personnes pour effectuer des recherches

informationnelle » ou « comportement informationnel » pour parler de ces études d’utilisateurs. Pour une comparaison de ces deux notions, le lecteur peut consulter l’article de McKenzie (2003) : A model of information practices in accounts of everyday-life information seeking.

2. Fisher et al. (2005), recensent 72 modèles et théories différents !

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d’information. Cette « impression » ne reflète évidemment qu’une partie de la réalité des pratiques informationnelles !

Dans ce qui suit, nous discutons le rôle de la collaboration dans une activité informationnelle et présentons l’ébauche d’une méthodologie d’analyse des pratiques informationnelles collaboratives en prenant comme cadre théorique la théorie de l’activité. Nous commençons par passer en revue quelques résultats de recherches sur les pratiques informationnelles collaboratives en nous attachant à évoquer les questions en suspens concernant ces pratiques. Nous rappelons ensuite que la théorie de l’activité est considérée comme une approche systémique proposant des unités d’analyse, des concepts et des principes qui peuvent être utiles pour mettre en valeur la complexité des éléments en jeu dans une activité humaine. Le modèle d’Engström (1987 ; 2001) en tant que forme de conceptualisation de la structure d’activité est exploré ici pour saisir les éléments en interaction dans une activité informationnelle collaborative.

Enfin, nous appliquons les idées développées à un cas de recherche collaborative d’information où des petits groupes d’étudiants sont impliqués dans la réalisation d’un travail collectif visant à produire une synthèse documentaire sur un sujet donné.

2. Pratiques informationnelles collaboratives

Des recherches (Karamuftuoglu, 1998 ; Fidel, 2004 ; Hansen, 2005 ; Foster, 2006 ; Reddy 2008a, 2008b ; Toms, 2008 ; Shah, 2010a, 2010b ; Shapira, 2011 ; etc.) ont commencé à s’intéresser à l’aspect collectif et collaboratif de l’activité informationnelle. Elles intègrent les pratiques informationnelles dans le contexte plus large du travail collaboratif favorisé aujourd’hui, entre autres, par des environnements proposant une large variété d’outils de communication, de partage, et de production d’information. Ces recherches visent à :

1) déterminer les motivations et les défis qui encouragent ou freinent les individus à s’engager dans un processus de recherche collaborative d’information ;

2) prédire quand et comment la recherche collaborative d’information se réalise et quelles sont les difficultés qui en résultent et qu’il faut surmonter ;

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3) identifier les types de collaborations qui peuvent être observés dans un processus de recherche d’information ;

4) déterminer si le comportement informationnel du groupe est différent de celui de l’individu ;

5) comprendre comment la recherche collaborative d’information est influencée par des facteurs personnels, contextuels, et sociaux.

Les cadres conceptuels résultants de ces travaux permettraient à la fois de mieux comprendre les activités informationnelles collaboratives et de concevoir des systèmes de recherche d’information appropriés à de telles activités.

Quel que soit l’objectif de la recherche collaborative d’information, elle reste apparentée à un aspect essentiel de la collaboration : l’exigence d’un certain niveau d’entente et de compréhension partagée (Hertzum, 2008).

Les individus ou les acteurs impliqués dans la collaboration n’ont pas besoin d’être d’accord sur tout mais sans une entente partagée ou un intérêt commun (common ground), la collaboration a peu de chance de réussir. L’établissement d’une entente partagée est souvent un processus long qui donne lieu à un accord temporaire. La complexité d’établir et de maintenir cette entente partagée augmente avec la taille du groupe de collaboration.

Dans ce qui suit, nous présentons brièvement les résultats de quelques travaux sur le processus de recherche collaborative d’information. Les résultats concernent : les motivations à l’origine de ce processus ainsi que les difficultés qui peuvent l’entraver ; le rôle de l’awareness et de la communication dans la collaboration, et l’utilité d’intégrer, dans les systèmes de recherche collaborative d’information, des outils facilitant la communication et favorisant les différents type d’awareness ; la validité des modèles de recherche individuelle d’information, tel que celui de Kuhlthau, dans l’étude de la recherche collaborative d’information.

2.1. Terrains d’études

La majorité des travaux concernant la recherche collaborative d’information se sont intéressés aux pratiques informationnelles des groupes de personnes de différents milieux professionnels et éducatifs.

Dans son article, Collaborative lnformation Seeking and Retrieval, Foster

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(2006) recense quatre milieux pris par les chercheurs comme terrains pour étudier la recherche collaborative d’information : industriel, médecine, militaire, et académique. Les collaborations étudiées concernent principalement des individus géographiquement regroupés et impliqués dans le même processus de travail ou d’apprentissage. Fidel et al. (2004, p 944) admettent l’existence de différentes situations dans lesquelles des individus recherchent ensemble des informations. Par exemple, un bibliothécaire qui assiste un usager de la bibliothèque dans ses recherches d’information. Pour Fidel et al. cet exemple d’aide à la recherche d’information n’est pas une forme de recherche collaborative d’information. Ils affirment que : « La recherche d’information est collaborative lorsque les acteurs impliqués sont des collègues engagés dans les mêmes processus de travail ».

2.2. Motivations et difficultés

La comparaison entre la recherche collaborative et individuelle d’information montre que dans le cadre d’une recherche individuelle le problème d’information est relativement simple comparé à celui qui est à l’origine d’une recherche collaborative. La complexité du besoin d’information, le manque de connaissances du domaine, la fragmentation des ressources d’information et la difficulté d’y accéder sont souvent les causes ou les facteurs à l’origine de la pratique, par les acteurs d’une organisation, de la recherche collaborative d’information. Ce constat est d’autant plus vrai dans les domaines où différentes compétences et expertises sont nécessaires pour traiter un problème d’information. Dans ces domaines, les membres de l’équipe ou de la communauté sont souvent contraints à collaborer pour trouver les informations nécessaires pour répondre à des questions spécifiques.

Selon Fidel et al. (2004), les facteurs à l’origine de la recherche collaborative d’information appartiennent aux dimensions suivantes : dimension cognitive, nature de la tâche, organisation du travail, nature de la source d’information utilisée, nature de l’information à récupérer, et culture organisationnelle. Ces dimensions ne sont pas indépendantes et, par conséquent, il est difficile de distinguer clairement l’influence de chaque dimension sur le comportement informationnel des individus.

L’interdépendance entre les dimensions qui favorisent la recherche

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collaborative d’information amène les chercheurs à penser qu’une analyse globale de ce type d’activité ne peut être réalisée que si l’approche théorique utilisée intègre ces différentes dimensions. Toujours selon Fidel et al. (2004), des difficultés dans le processus de recherche collaborative d’information peuvent surgir lorsqu’un temps important est nécessaire pour parvenir à un terrain d’entente commun entre les acteurs de la collaboration ; lorsque les acteurs n’ont pas nécessairement le même niveau de familiarité avec le problème à traiter ; lorsque les mêmes informations sont récupérées par les différents acteurs ; lorsque les différentes idées émergeant de l’interaction avec les informations récupérées dévient les acteurs de l’objectif initialement défini.

2.3. Awareness et communication

L’awareness et la communication sont deux éléments spécifiques à la collaboration de groupe, ils sont largement cités et commentés dans la littérature du domaine du travail collaboratif assisté par ordinateur (TCAO). Selon Omoronyia et al. (2010), la notion d’awareness est utilisée dans différents domaines pour désigner diverses formes de conscience acquises par les perceptions des collaborateurs de l’information issue de leur environnement. Dourish et Bellotti cités par Omoronyia et al. (2010, p. 1110) définissent la conscience comme : « la compréhension des activités des autres, qui fournit un contexte à votre propre activité ». Aussi Shah et Marchionini (2010, p. 1972) mentionnent une typologie intéressante de la notion de conscience établie par Liechti et Sumi. Selon ces auteurs, nous pouvons distinguer quatre types de conscience :

1) conscience de groupe (group awareness) : inclut la fourniture, à chaque membre du groupe, d’information sur le statut et les activités des autres collaborateurs à un moment donné ;

2) conscience du lieu de travail (workspace awareness) : se réfère à un espace commun que les membres du groupe partagent et où ils peuvent apporter et discuter de leurs constations et de leurs résultats, et peuvent aussi créer un produit commun ;

3) conscience contextuelle (contextual awareness) : concerne le domaine d’application (ex. les objectifs du projet en cours) plutôt que les utilisateurs ;

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4) conscience périphérique (peripheral awareness) : concerne la capacité de l’individu à traiter les informations à la périphérie de son activité principale (ce qui est en train de regarder ou de faire). L’objectif du travail de Shah et Marchionini est d’étudier l’impact de la conscience, telle qu’elle est définie par Liechti et Sumi, sur la recherche collaborative d’information. Les résultats de l’étude démontrent l’utilité d’intégrer au sein d’un système3 de recherche collaborative d’information des fonctionnalités qui prennent en charge les différents types de conscience.

Les auteurs considèrent que les fonctionnalités qui favorisent le mieux la collaboration entre les utilisateurs du système sont celles qui permettent à chaque membre du groupe de s’informer, à tout moment, des activités des autres membres. Il s’agit évidemment des fonctionnalités qui supportent la conscience de groupe.

La communication joue un rôle important dans l’amélioration du processus de recherche collaborative d’information en facilitant, entre autres, l’établissement d’une entente commune parmi les membres du groupe. La communication est même considérée comme une condition nécessaire à la constitution d’un groupe. Selon Bannon et Schmidt cités par Toms et al. (2008) un groupe est un ensemble relativement fermé de personnes partageant le même but et engagées dans une communication continue et directe. Pour comprendre l’interaction entre le repérage d’information et la communication dans une activité de recherche collaborative d’information, Reddy et al. (2008b) ont réalisé une étude utilisateurs auprès de dix équipes d’étudiants (deux étudiants par équipe) utilisant un système4 de recherche collaborative d’information proposant un outil de partage d’information, un outil de repérage et de récupération d’information, et un chat. Les résultats de l’étude de Reddy et ses collègues indiquent trois raisons qui poussent les membres d’une équipe à communiquer entre eux tout en continuant à rechercher les informations dont ils ont besoin.

3. Les auteurs ont testé un plug-in Firefox (Coagmento) qui peut aider des groupes de personnes à collaborer, communiquer, repérer, partager, et organiser des informations.

4. Les auteurs ont utilisé le système Multi-User Search Engine (au stade de prototype) qui permet à deux participants d’effectuer des recherches de façon indépendante et de partager l’information trouvée entre eux.

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1) Conseil : la fonction chat du système a été utilisée pour chercher, à différentes étapes du processus, l’aide et les suggestions des autres membres de l’équipe.

2) Brainstorming : discuter avec une autre personne conduit à la résolution du problème partagé. Tous les membres de l’équipe apportent spontanément des idées en générant ainsi diverses solutions possibles.

3) Cognition de l’équipe : les échanges entre les membres de l’équipe permettent d’arriver à une entente commune qui donne l’impression que les membres de l’équipe pensent de la même façon. Dans ce cas, l’équipe réalise de meilleurs résultats et ses membres sont plus satisfaits.

Dans un autre travail plus abouti, Reddy et Jansen (2008a) considèrent qu’un système de recherche collaborative d’information doit proposer les fonctionnalités principales suivantes : 1) awareness : faciliter la compréhension des activités des autres participants ; 2) Chat : faciliter la communication entre deux collaborateurs ; 3) Conferencing : permettre la communication entre de nombreux utilisateurs ; 4) visualisation : les utilisateurs doivent pouvoir visualiser non seulement les étapes de leurs recherches mais aussi celles des autres participants. Reddy et Jansen ne précisent pas dans leur article les caractéristiques de la fonctionnalité awareness que doit proposer un système de recherche collaborative d’information. Nous pensons que le Chat, l’outil de conférences, et la visualisation des recherches des autres participants déterminent déjà en partie l’awareness des collaborateurs !

2.4. Validité des modèles individuels de recherche d’information

Au-delà des critiques relatives à la prise en compte, essentiellement, de l’aspect individuel des pratiques informationnelles, il est tout à fait intéressant de se demander dans quelle mesure ces modèles peuvent fournir des représentations complètes et fiables du phénomène de collaboration observé dans les activités informationnelles.

Hyldegard et Ingwersen (2007) ont étudié la différence entre le comportement informationnel des membres de groupes d’étudiants réalisant un travail collectif et celui d’un chercheur d’information tel qu’il

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est décrit dans le processus de recherche de Kuhlthau5 (1999). Les résultats de l’étude montrent l’existence de plusieurs similarités notamment en ce qui concerne les étapes de recherche du modèle Kuhlthau. Les membres du groupe, comme l’individu du modèle, débutent le processus de recherche par des idées vagues sur le sujet (l’étape d’initialisation) et le terminent par des idées plus précises et ciblées (les étapes de collecte et de présentation).

Comme l’individu, les membres du groupe manifestent de l’incertitude et de l’anxiété dans les premières étapes du processus (initiation, sélection, et exploration). D’après Khulthau, les informations collectées ne sont pas nécessairement compatibles et cohérentes avec les connaissances de l’individu qui doit exercer un effort de construction et d’interprétation pour que l’information soit pertinente et utile.

L’étude de Hyldegard et d’Ingwersen souligne aussi l’existence de plusieurs différences liées principalement à des facteurs contextuels (la tâche de travail) et sociaux (le processus6 du groupe) qui ne sont pas directement pris en compte par le modèle de Khulthau. En effet, un groupe ne constitue pas une unité cognitive, il se compose de membres avec des comportements différents. Les membres réagissent différemment aux facteurs sociaux et contextuels et peuvent, en fonction de l’étape du processus, passer d’une perspective individuelle à une perspective de groupe ou l’inverse. Pour Hyldegard et Ingwersen, le modèle de Khulthau n’est pas entièrement conforme avec le processus de résolution de problèmes des membres d’un groupe et le comportement informationnel qui en résulte.

Dans une recherche plus récente Shah et al. (2010) se sont basés aussi sur le modèle de Khulthau pour étudier une situation de recherche

5. Kuhlthau décrit le processus de recherche d’information en six étapes : (1) l’initiation, où l’individu devient conscient de ses lacunes de connaissances sur le sujet ou la tâche à réaliser ; (2) la sélection, où l’individu identifie le sujet ou le problème général de sa recherche ; (3) l’exploration est l’étape de réflexion sur le sujet de recherche ; (4) la formulation est l’étape où l’individu détermine la perspective de sa recherche (les questions deviennent précises) ; (5) la collecte, où l’information pertinente à l’objectif et la perspective de la recherche est récupérée ; (6) la présentation, où la tâche de recherche est accomplie, et l’individu devient en mesure d’expliquer son « apprentissage » (ex. produire un rapport).

6. Selon Bruce Tuckman cité par Hyldegard (2007) : new groups develop through four stages, also known as the ‘forming’, ‘storming’, ‘norming’ and ‘performing’ stages.

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collaborative d’information. Ils ont effectué une étude de laboratoire impliquant 42 paires de participants pour démontrer comment leurs processus de recherche collaborative d’information peuvent être associés aux étapes du modèle de Khulthau. Comme l’étude de Hyldegard et d’Ingwersen, celle de Shah et al. discute aussi les similarités et les différences du modèle de Khulthau pour la recherche individuelle et collaborative d’information. L’étude conclut que le modèle de Khulthau permet d’explorer divers processus de recherche d’information qui peuvent être observés au cours de la réalisation de tâches de recherches collaboratives. L’étude confirme le résultat de l’étude de Hyldegard, à savoir que le modèle de khulthau ne fournit pas suffisamment d’éléments pour étudier l’aspect social d’une recherche collaborative d’information.

Enfin, l’étude démontre que la séparation entre les étapes de formulation, d’exploration, et de collection n’est pas bien identifiée dans le cadre d’une recherche collaborative d’information.

2.5. Questions en suspens

Les études citées ci-dessus ne traitent pas tous les aspects et facettes de la recherche collaborative d’information, elles sont, par exemple, focalisées sur des cas de recherches collaboratives impliquant des individus ou des acteurs géographiquement regroupés. Ces études ne nous renseignent pas sur les comportements informationnels des individus géographiquement éloignés. En d’autres termes, nous n’avons aucune idée des formes de recherches collaboratives d’information qui peuvent émerger des situations où les individus sont physiquement éloignés l’un de l’autre. Aussi, les modèles élaborés ne nous permettent pas de prédire réellement quand et comment une recherche collaborative d’information remplace ou/et complète une recherche individuelle. Les facteurs qui sont à l’origine, dans un contexte donné, d’une recherche collaborative d’information ne le sont pas nécessairement dans d’autres contextes où d’autres facteurs déterminent le choix des individus du mode collaboratif de recherche d’information. Si la majorité des travaux font référence au groupe (deux individus ou plus) comme étant le siège de la collaboration, l’unité d’analyse demeure l’individu. Par exemple, Foster (2006, p. 330) admet que la recherche collaborative d’information est : « l’étude des systèmes et des pratiques qui permettent à des individus de collaborer durant la recherche, le repérage, et la récupération de l’information ». La définition met

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l’accent sur l’individu qui collabore avec d’autres individus tout au long du processus de recherche d’information, mais n’apporte aucune indication sur la ou les motivation(s) du groupe qui se lance dans une recherche pour résoudre un problème d’information. Il est certain que la motivation du groupe n’est pas la somme des motivations de ses membres et que l’objectif du groupe n’est pas aussi la somme des objectifs de ses membres. Le groupe impliqué dans un processus de recherche d’information a donc ses propres motivations et objectifs qui sont le résultat d’une entente entre ses membres. Une dernière remarque concernant les individus étudiés : ils partagent dans la majorité des cas des intérêts à long terme du fait qu’ils appartiennent au même milieu professionnel ou éducatif. Cette situation favorise naturellement la recherche collaborative surtout si les procédures de travail au sein de l’organisation incitent ou contraignent les gens à collaborer. Fidel et ses collègues (2004, p. 949) admettent que : « Les procédures de travail au sein de Microsoft et la culture de l’entreprise étaient à l’origine du comportement informationnel de Neil ». Les procédures de travail et la culture de l’organisation sont certainement à l’origine des pratiques informationnelles des individus, mais à la différence des auteurs, nous pensons qu’une recherche collaborative d’information peut être observée même si les individus impliqués ne sont pas des collègues et ne sont pas engagés dans les mêmes processus de travail. Ainsi, une communauté ou un groupe ad hoc peut être constitué pour effectuer des recherches ad hoc d’information. Ce mode de recherche d’information est approprié aux schémas distribués d’organisation du travail7 caractérisés par une certaine forme d’instabilité et dont le temps et l’espace ne sont pas clairement délimités.

De ce qui précède, nous constatons le manque de cadre théorique global qui permette d’étudier les différents aspects et facettes de la recherche collaborative d’information. Un cadre théorique qui permette d’étudier l’activité de recherche collaborative comme un système avec sa propre structure, ses propres transformations internes, et son propre développement. Ainsi, par exemple, des éléments comme les motivations, l’objectif, et les outils de la collaboration ne sont pas étudiés séparément mais en interaction entre eux et avec les autres éléments du système de

7. L’étude des pratiques informationnelles collaboratives des individus ou des groupes travaillant dans des structures avec des schémas distribués d’organisation du travail dépasse le cadre de cet article.

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collaboration. Dans les sections suivantes, nous proposons une description détaillée de la façon dont la théorie de l’activité peut être utilisée pour étudier et analyser des pratiques informationnelles collaboratives. Nous commençons par décrire brièvement les origines et les objectifs de la théorie de l’activité puis, nous déterminons les éléments et les concepts de cette théorie qui sont importants à prendre en compte dans des études visant à comprendre et expliquer les activités de recherche collaborative d’information.

3. Origines et applications de la théorie de l’activité

La théorie de l’activité a été initiée par Vygotsky durant les années 1920 et début des années 1930. Selon Vygotsky, les fonctions mentales supérieures comme la pensée, la mémoire, etc. doivent être considérées comme des produits d’une activité médiatisée dont le rôle de médiateur est attribué aux outils psychologiques et aux moyens de communication interpersonnelle. L’idée de Vygotsky d’une médiation, par des outils psychologiques, des fonctions mentales est souvent schématisée par une triade reliant le sujet, l’objet et l’outil (artefact) de médiation. Ce modèle en triade ignore les relations sociales et n’étend pas l’analyse à d’autres sujets impliqués directement ou indirectement dans le déroulement de l’activité. En effet, l’analyse est focalisée sur le sujet dans sa « quête » motivée et médiatisée de l’objet (ici au sens de l’objectif de l’activité).

Leontiev, disciple et collègue de Vygotsky, constate que la description initiale de l’activité telle qu’elle a été conceptualisée par Vygotsky est insuffisante. Il élargit les travaux initiaux sur la théorie de l’activité en séparant l’action individuelle de l’activité collective. Selon Leontiev, l’activité dans un sens étroit (par rapport au plan psychologique de l’individu), représente une « entité de vie » médiatisée par la réflexion mentale. La fonction réelle de cette entité est d’orienter le sujet dans le monde des objets. Plus récemment, Engström (1987) a complété le modèle de triade (sujet, outil, objet) initialement élaboré par Vygotsky en ajoutant8 l’élément communauté et deux éléments médiateurs : les règles et

8. Leontiev never graphically expanded Vygotsky’s original model into a model of a collective activity system (Engeström, 2001, p. 134). Au-delà de cette représentation graphique du système d’activité, l’approche théorique de l’activité d’Engeström est différente de celle de Leontiev en ce qui concerne la conception de l’activité. Pour

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la division du travail. Pour Engström les activités humaines sont un phénomène collectif à la fois en ce qui concerne la participation (réalisées par des communautés), et en ce qui concerne la forme (réalisées collectivement). L’activité est observée comme un système avec sa propre structure, ses propres transformations internes, et son propre développement. La figure 1 représente un système d’activité humaine selon Engeström.

Figure 1. Structure du système d’activités selon Engeström (1987)

Le triangle sujet-communauté-objet représente un processus reliant l’objet à une communauté qui contribue, avec le sujet, à produire ou à transformer l’objet en résultat. La relation entre le sujet et l’objet9 est

le premier, le système d’activité est exclusivement collectif même si le sujet apparaît comme un composant du modèle (figure 1). En effet, le sujet réel au sein du système d’activité est bien la communauté. Pour le second (Leontiev), les activités peuvent être individuelles ou collectives en ce qui concerne leur forme, mais il considère que l’objet d’activité est principalement un objet individuel.

Cette focalisation sur l’individu n’empêche pas Leontiev de considérer que les activités sont toujours des activités sociales. Selon Leontiev (1978) : Under whatever kind of conditions and forms human activity takes place, whatever kind of structure it assumes, it must not be considered as isolated from social relations, from the life of society. In all of its distinctness, the activity of the human individual represents a system included in the system of relationships of society.

9. Il est important de signaler ici que l’objet d’une activité dénote à la fois

« l’aspect objectif » de l’activité portant sur des objets matériels ou intellectuels qui existent indépendamment du sujet, et « l’aspect subjectif » (objet en tant que but) de l’activité qui dépend des besoins et des motivations du sujet.

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médiatisée par l’outil, celle entre la communauté et le sujet est médiatisée par des règles explicites ou tacites ; enfin, la relation entre la communauté et l’objet est médiatisée par une certaine forme de division du travail10. L’ensemble constitue un système de relations dynamiques qui s’ajuste et s’adapte continuellement pour maintenir une certaine stabilité productrice (transformation de l’objet en résultat). Les principes couramment admis de la théorie de l’activité sont : le principe orienté-objet (object orientation), le principe de médiation, le principe de la structure hiérarchique d’activité, le principe d’internalisation/d’externalisation, et le principe de développement.

Selon le principe orienté objet de l’activité, toutes les activités humaines sont dirigées vers des objets. Elles permettent de transformer un objet considéré comme « une matière première » à un objet significatif et potentiellement partagé par différents systèmes d’activité. Ces interactions avec l’objet sont, d’après le principe de médiation, forcément médiatisées par des outils matériels et/ou intellectuels. Ces outils peuvent disposer de la capacité de s’adapter avec des environnements constitués d’autres outils et/ou d’autres acteurs humains. Le principe de la structure hiérarchique d’activité est une des principales contributions de Leontiev (1981), il admet l’existence de trois niveaux hiérarchiques pour mener une tâche donnée : les activités en relation étroite avec des motivations et des intentions, les actions subordonnées et liées à des buts spécifiques, et les opérations déterminées par les conditions effectives de l’activité. Les niveaux sont interdépendants, chaque niveau est à la fois une condition au niveau supérieur et un contexte au niveau inférieur. Un échec ou une réussite à un niveau donné a des conséquences sur les deux autres, il peut perturber ou assurer le déroulement de l’activité. Pour Leontiev (1977) l’activité humaine n’existe que sous forme d’action ou chaîne d’actions, il admet que: If the actions that constitute activity are mentally subtracted from it, then absolutely nothing will be left of activity. Le principe d’internalisation- externalisation nous renseigne sur les processus mentaux qui sont les conséquences des activités externes internalisées. Ces processus sont reliés à leur environnement social et culturel. Enfin, le principe de développement exige que l’activité humaine soit analysée dans le contexte de

10. Pour la théorie de l’activité, la division de travail consolide le groupe, c’est une forme de « solidarité » entre des individus différents et interdépendants par rapport à l’objectif de l’activité.

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développement. Il s’agit de comprendre comment une activité se développe, au fil du temps, dans un contexte historique et culturel, et comment les actions entreprises sur l’objet de l’activité affectent tel développement. Selon Kaptelinin et Nardi (2006, p. 72) : Principles of activity theory should be considered as an integrated system because they are associated with various aspects of the whole activity. That is, systematic application of any of the principles makes it eventually necessary to engage all the others.

La théorie de l’activité est aujourd’hui utilisée dans différents travaux qui s’intéressent directement ou indirectement aux activités humaines.

Dans le domaine, par exemple, de l’interaction homme-machine (Kuutti, 1996 ; Nardi, 1996 ; Kaptelinin 1999, 2006 ; Mwanza 2002 ; Engeström, 2010), la théorie de l’activité est utilisée comme cadre théorique pour la conception et l’analyse des systèmes informatiques en s’attachant à la finalité, aux contraintes et aux spécificités de l’activité humaine. En sciences de l’information, quelques recherches (Spasser, 1999, 2002 ; Wilson, 2006-2008 ; Xu, 2007 ; Allen 2008, 2011) ont tenté, à la lumière de la théorie de l’activité, de réexaminer les modèles existants des pratiques informationnelles pour proposer un cadre intégré expliquant, entre autres, les mécanismes gouvernant les interactions entre les utilisateurs et les systèmes de recherche d’information. Spasser (1999, p. 1137) signale l’apport de la théorie de l’activité, il pense que : la théorie de l’activité peut fournir à la science de l’information un vocabulaire riche, unifié et heuristiquement précieux, et un cadre conceptuel qui facilite à la fois l’amélioration continue de la pratique et assure la transférabilité et l’accumulation des connaissances. Nous ne démontrons pas ici l’utilité de la théorie de l’activité pour les recherches en sciences de l’information. Cette utilité a déjà été démontrée par Wilson (2008) dans une étude intéressante où il suggère même une « transformation expansive » du champ des sciences de l’information pour inclure d’autres disciplines et champs reliés à l’information comme l’apprentissage assisté par ordinateur (Computer- Mediated Learning), le travail collaboratif assisté par ordinateur (Computer- Supported Cooperative Work), l’interaction homme-machine, et le développement des systèmes d’information. Toutefois, le peu de travaux utilisant la théorie de l’activité comme cadre théorique nous laisse penser que l’intérêt de cette théorie, pour les recherches en sciences de l’information, n’est pas encore bien établi.

(17)

En nous basant sur la définition d’un système d’activité, nous considérons qu’une activité ne peut être réalisée que par des sujets motivés, elle vise à transformer un objet en résultat. L’objet est partagé par les membres d’une communauté travaillant ensemble pour atteindre un objectif commun. Les outils, les règles, et la division du travail médiatisent la relation entre le sujet, la communauté, et l’objet. Cette définition du système d’activité, complétée par les principes de la théorie de l’activité, nous permettent de répondre à la question principale de la section suivante : qu’est ce qu’une activité informationnelle ?

4. Activité informationnelle

Une activité informationnelle peut être observée comme l’interaction des individus avec un environnement informationnel. Selon le principe orienté-objet de la théorie de l’activité, cette interaction est motivée, elle permet de transformer l’objet (un document récupéré à partir d’un site web, un extrait d’un livre ou d’un article, une information fournie par un expert, etc.), considéré comme « une matière première », en un objet significatif (par exemple, les informations récupérées sont organisées en fonction des différentes facettes du sujet traité), et puis en un objet potentiellement partagé ou conjointement construit (par exemple, la construction collaborative du sens à partir de l’information récupérée et organisée permet de résoudre le problème d’information à l’origine du système d’activité). Cette construction du sens témoigne d’une certaine maîtrise de l’information collectée. En interagissant (recherche, lecture, vérification, classification, etc.) avec l’environnement informationnel, les individus explorent et découvrent son contenu et tentent par la suite de saisir ce qui les intéresse, en fonction de leur besoin. Ces interactions sont, d’après la théorie de l’activité, forcément médiatisées par des outils matériels ou/et intellectuels. Par exemple, pour interagir avec les informations disponibles sur le web les gens ont besoin d’ordinateurs équipés de logiciels spécifiques et doivent disposer des compétences nécessaires pour qu’ils puissent rechercher, récupérer et traiter l’information. Ces outils médiateurs ne sont pas des objets techniques simples déconnectés de leurs environnements et, par conséquent, passifs.

Ils peuvent disposer d’une capacité d’adaptation à des environnements constitués d’outils et/ou d’opérateurs humains. La structure hiérarchique de l’activité nous laisse admettre qu’une activité informationnelle est

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composée d’actions dont le but est de sélectionner des sources d’information, d’explorer ces sources, de récupérer les informations pertinentes à partir de ces sources et de les traiter. Ces actions sont à leur tour composées d’opérations nécessaires à leur réalisation. La sélection de sources d’information nécessite, par exemple, l’utilisation de moteurs de recherche et l’écriture de quelques requêtes qui ne peuvent se réaliser que si la personne concernée dispose d’un accès internet et a les compétences requises pour écrire des requêtes. Ces deux conditions sont nécessaires pour que les opérations de sélection de ressources se réalisent. Ces conditions elles-mêmes peuvent affecter le but qui est à l’origine des actions entreprises. L’impossibilité par exemple d’avoir un accès à internet pousse les individus à sélectionner, par exemple, les sources d’information à partir du fonds documentaire de la bibliothèque, ce qui entraîne évidemment des opérations de nature différente.

5. Dimensions de la recherche collaborative d’information

En nous basant sur l’analyse précédente du système d’activité selon le modèle d’Engström, nous pouvons définir la recherche collaborative d’information en fonction des dimensions suivantes :

1) une dimension sociale et organisationnelle qui se manifeste à plusieurs moments du déroulement de l’activité informationnelle, principalement au cours des interactions du sujet avec la communauté, mais aussi au travers du rôle médiateur des artefacts (physiques – TIC –, abstraits – normes, règles et division du travail, etc.), et des liens de l’activité informationnelle avec les autres systèmes d’activité de l’organisation ;

2) une dimension cognitive qui dépend certes de la motivation du sujet ou de la communauté mais qui se traduit essentiellement par l’acquisition de nouvelles connaissances lors de l’interaction avec les objets de l’environnement informationnel ;

3) une dimension psychologique qui rend compte, parmi bien d’autres choses, des motivations du sujet ou de la communauté engagée dans une activité informationnelle, selon la théorie de l’activité le motif est à l’origine même de l’objet (ici au sens de l’objectif) de l’activité ;

4) une dimension physique qui a trait à l’interaction du sujet ou de la communauté avec les objets de l’environnement informationnel, ces

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interactions sont essentiellement médiatisées par les TIC, le lien11 de cette dimension à la dimension cognitive est manifeste : la transformation des objets bruts (ressources informationnelles) en objet(s) significatif(s) est le résultat à la fois des actions physiques et des actions cognitives ;

5) une dimension dynamique qui rend compte de l’aspect évolutif du système d’activité, cette évolution ne s’observe généralement qu’à moyen ou à long terme, elle est sous-jacente essentiellement à des changements profonds dans les artefacts de médiation.

Afin de mieux expliquer la manière dont la théorie de l’activité peut être utilisée dans l’étude des recherches collaboratives d’information, nous nous basons sur un cas12 de recherches d’information menées par des petits groupes d’étudiants impliqués dans la réalisation d’un travail collectif visant à produire une synthèse documentaire sur un sujet proposé par un commanditaire (industriel). Les étudiants doivent pouvoir, en un temps limité (une semaine), collecter, traiter et mettre en perspective des informations relatives au sujet proposé. Les informations collectées doivent être pertinentes et exhaustives, offrant au commanditaire des éléments de prise de décision.

La théorie de l’activité fait d’un système d’activité collectif orienté-objet son unité d’analyse prioritaire. Nous nous basons sur le modèle d’Engeström pour décrire les systèmes d’activité impliqués dans notre cas de recherche d’information. Nous avons trois systèmes d’activité : activité

11. Selon la théorie de l’activité, les activités internes (processus d’internalisation) ne peuvent être comprises si elles sont analysées séparément des activités externes (processus d’externalisation) du fait de l’existence de transformations mutuelles entre les deux types d’activité.

12. Le dispositif n’a pas été à l’origine mis en place pour étudier la recherche collaborative d’information. Il vise à : (1) améliorer les compétences des étudiants en recherche d’information (saisir le besoin informationnel du demandeur d’information, utilisation de différents outils de recherches, formulation de requêtes, sélection de sources, etc.) ; (2) familiariser les étudiants avec la rédaction d’une synthèse documentaire ; (3) initier les étudiants au travail en groupe dans des conditions proches de celles de l’entreprise (membres en « compétition », on ne choisit pas ses collègues, on dispose de peu de temps et peu de moyens pour réaliser un travail, etc.). Nous avons collecté quelques informations sur la recherche collective et collaborative d’information à partir des rapports de synthèse rédigés par les étudiants.

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de production de rapport de recherche d’information, activité de recherche d’information, et activité d’encadrement pédagogique. Par exemple, le système d’activité « recherche d’information » peut-être conceptualisé comme suit : un étudiant (sujet) engagé dans la production d’une synthèse documentaire (objet) en collaboration avec les membres de son groupe (communauté). La relation qui lie un étudiant à un groupe est déterminée par des règles explicites (durée de l’exercice, participation obligatoire au travail, présentation collective du travail, etc.) imposées par le dispositif mis en place. Au-delà d’une simple analyse des pratiques informationnelles (usage de la bibliothèque et de son catalogue, interrogation des bases de données, etc.), le cadre de la théorie de l’activité nous permet d’étudier la manière selon laquelle la recherche et la production d’information sont menées et coordonnées au sein des groupes concernés. Le tableau 1 regroupe les données relatives aux trois systèmes d’activité impliqués dans notre exemple de recherche d’information.

Tableau 1. Données relatives aux trois systèmes d’activité impliqués dans notre exemple de recherche d’information

Activité de production de rapport de recherche

d’info (A1)

Activité de recherche d’information

(A2)

Activité d’encadrement pédagogique

(A3) Sujet Groupe d’étudiants Étudiant Équipe pédagogique Objet Produire une synthèse

documentaire des

informations collectées sur le sujet traité. La synthèse doit être rédigée selon les recommandations établies par l’équipe pédagogique.

Sélectionner les sources en relation avec le sujet traité, rechercher et récupérer les informations pertinentes

Permettre aux étudiants : - d’approfondir leurs connaissances sur les techniques de recherche et de traitement de

l’information ;

- apprendre à travailler en groupe dans des conditions proche de celle d’une entreprise

Commu nauté

Les autres groupes en compétition, l’équipe pédagogique, et le commanditaire

Les membres du même groupe

Les enseignants du département, le commanditaire, les étudiants, les professionnels de l’information

(21)

Activité de production de rapport de recherche

d’info (A1)

Activité de recherche d’information

(A2)

Activité d’encadrement pédagogique

(A3) Outil Internet ; bibliothèque ;

Plate-forme proposant des outils de partage de documents, de communication, et de production collective d’information //

Connaissances des sources d’information et des techniques de recherche d’information,

compétences rédactionnelles,

compétences linguistiques

Internet,

bibliothèque, outils de partage de documents, compétences en recherche d’information, expériences personnelles

Internet ; bibliothèque ; Plate-forme proposant des outils de partage de documents, de communication, et de production collective d’information, programme national // Maîtrise des sources et des techniques de recherche d’information, pédagogies, capacité d’évaluer le travail réalisé

Règles Durée de l’exercice, organisation du rapport, utilisation des ressources matérielles du

département,

communication avec le commanditaire et l’équipe pédagogique

Assister aux réunions du groupe, informer les membres du groupe de l’avancement de la recherche

d’information, rendre les documents récupérés accessibles.

Programme national déterminant les grandes lignes de la filière, règles administratives

Div. de Travail

Concernant la recherche, le traitement et la production d’information (rédaction du rapport), la communication et la traduction des ressources en langues étrangères

Explorer des sources précises, contacter des personnes données (experts du sujet traité), lire des documents de références

Affectation des

enseignements en fonction de la spécialité de chaque enseignant

L’analyse, selon le modèle d’Engström, ne met pas en évidence les étapes classiques du processus de recherche d’information, mais elle nous renseigne sur différents aspects de la recherche collaborative d’information. Ainsi, la dimension sociale et organisationnelle de la recherche d’information se manifeste ici par le lien, à différents niveaux, entre les systèmes d’activités. Par exemple, l’objet de l’activité A1 (Produire une synthèse documentaire…) dépend de l’objet de l’activité A2 (Sélectionner les sources en relation avec le sujet traité…) et de l’objet de

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l’activité A3 (Permettre aux étudiants d’approfondir…). Aussi, les règles de l’activité A1 qui régissent l’organisation du travail au sein de chaque groupe d’étudiants sont en grande partie déterminées par l’objet de l’activité A3. Le commentaire ci-dessous d’un groupe d’étudiants démontre que l’objet de l’activité A1 dépend bien de celui de l’activité A2. Il démontre aussi les échanges fréquents entre les membres du groupe.

Nous nous sommes réunies chaque matin pour voir les avancées des unes et des autres, et discuter de la pertinence des informations retrouvées. Le reste du temps, nous étions constamment en relation, via la plate-forme13 pour s’aider ou échanger des informations.

La dimension cognitive de recherche collaborative d’information se traduit ici, entre autres, par la capacité des étudiants à produire une synthèse documentaire à partir de l’utilisation des outils qui sont à leur disposition, et le traitement de l’information résultat de l’activité A2. La dimension physique concerne, dans cet exemple, la manipulation par les étudiants des artefacts « physique » (les outils de partage de documents, les outils de recherche…) qui sont les médiateurs incontournables de leurs interactions avec l’environnement informationnel.

Un groupe d’étudiants affirme : À partir des résultats, nous avons élaboré un plan en trois parties qui développe notre connaissance du sujet…. Nous nous sommes plus ou moins répartis les différentes parties tout en nous consultant régulièrement. Lorsque nous avons commencé à rédiger, le travail était plus individuel mais nous nous sommes réunis plusieurs fois pour voir l’état d’avancement du dossier. L’introduction s’est fait en collaboration avec tous les membres du groupe, chacun ayant ajouté ses idées. La rédaction des parties s’est effectuée avec le wiki de la plate-forme.

La dimension dynamique de la recherche d’information traduit la capacité des individus à s’adapter à l’évolution ou au simple ajustement du système d’activité. Dans cet exemple, un changement d’outil, une modification imprévue d’une règle, ou une réorganisation de la division du travail peut provoquer l’évolution ou l’ajustement du système d’activité.

Les motivations des étudiants, qui traduisent la dimension psychologique de la recherche d’information, résultent de l’objet de l’activité (fournir au

13. La plate-forme Claroline utilisée dans le cadre de cet exercice propose, entre autres, un wiki, un chat, et un outil de partage de documents.

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commanditaire une synthèse documentaire pertinente) et des règles qui déterminent, entre autres, les critères et les conditions d’évaluation du résultat de l’activité des étudiants. Ces règles sont déterminées en grande partie par l’activité A3. La figure 2 représente les trois systèmes d’activité impliqués dans notre exemple de recherche d’information.

Figure 2. Les systèmes d’activité impliqués dans l’exercice de recherche d’information 6. Conclusion

Les critiques à l’encontre de l’approche individuelle de recherche d’information a amené les chercheurs à étudier l’activité collective ou/et collaborative de recherche d’information. Qu’est-ce qui motive les individus à collaborer pour résoudre un problème informationnel ? Comment s’effectue cette collaboration ? Quelles sont les caractéristiques

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des outils et des systèmes qui facilitent ou supportent la recherche collaborative d’information ? Ce sont des exemples de questions traitées par les études sur la recherche collaborative d’information. Dans ces études, la recherche d’information est généralement observée comme une sous-tâche d’une tâche de travail collaboratif. Nous pouvons reprocher à ces études le fait qu’elles ne traitent pas tous les aspects et facettes de la recherche collaborative d’information. Elles sont, par exemple, focalisées essentiellement sur des cas de recherches collaboratives impliquant des individus ou des acteurs géographiquement regroupés. Par conséquent, nous n’avons aucune idée des formes de recherches collaboratives d’information qui peuvent émerger des situations où les individus sont physiquement éloignés l’un de l’autre. En outre, il est tout à fait intéressant de se demander si les quelques modèles développés sont assez généralisables pour fournir des représentations complètes et fiables des pratiques informationnelles collaboratives qui peuvent être observées dans différents contextes.

Nous nous sommes basés sur le cadre de la théorie de l’activité pour analyser les éléments en interaction au sein d’une activité informationnelle collaborative. Cette analyse nous a permis de définir la recherche collaborative en fonction de cinq dimensions : sociale et organisationnelle, cognitive, psychologique, physique, et dynamique. L’analyse effectuée dans le cadre de ce travail démontre l’interdépendance de ces dimensions, mais à ce stade de nos réflexions, nous ne pouvons pas déterminer le poids ou l’importance de chaque dimension dans le processus de recherche collaborative d’information. L’adoption du système d’activité, tel qu’il est défini par la théorie de l’activité, comme unité d’analyse nous a permis d’articuler à la fois les aspects individuel et collectif de la recherche d’information. Elle nous a permis aussi de mieux comprendre le rôle médiateur des outils, des règles, et de la division du travail. Par exemple, les règles sont indispensables pour la coordination du groupe, et peuvent aussi être à l’origine de la recherche collaborative d’information.

Les réflexions esquissées ici sur la manière dont la théorie de l’activité peut être utilisée doivent être comprises comme des hypothèses de travail destinées à mieux comprendre les pratiques informationnelles collaboratives. Il s’agit d’une tentative de compréhension globale du phénomène de collaboration dans la recherche d’information.

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