Transcription de la vidéo
La naissance d’un mouvement organisé sous la IIIe République 11’39 Christine Bard
Matilda apprenons l'égalité
♪ (musique) ♪
On peut dire que le mouvement féministe se structure
à partir de 1868
et des années 1870-‐1880.
Sur un modèle,
sur un mode républicain
le féminisme participe
à la construction de la république
et s'appuie sur également le milieu républicain laique.
Ce féminisme républicain n'est pas le seul féminisme
qui puisse exister.
Dans les milieux socialistes
on trouve également d'autres sensibilités,
dans les milieux anarchistes, pendant la Commune de Paris en 1871,
pendant cette période insurrectionnelle
qui a vraiment profondément marqué l'histoire de France,
et qui semble incarner
le danger de la lutte des classes,
et bien dans cette période d'affrontement le féminisme s'exprime,
notamment à travers la personnalité de Louise Michel
l'institutrice Louise Michel
ou la participation de femmes au combat armé de la Commune.
Donc là la volonté
d'un certain nombre de femmes
de participer à la vie politique
quand elle prend une tournure violente
est à nouveau patente et avérée.
Donc des sensibilités diverses s'expriment
mais quand on parle
de mouvement féministe structuré on pense plutôt
au mouvement républicain
qui réclame avant tout
une meilleure éducation pour les filles
un accès au monde professionnel et une réforme du code civil de 1804.
Avec notamment le statut
de la femme mariée qui pose problème,
problème de dépendance à l'égard du mari
un problème aussi pour les mères qui n'ont aucun droit sur leurs enfants,
les droits parentaux appartiennent exclusivement aux pères
la question du divorce est également posée.
Le divorce est rétabli uniquement pour faute en 1884
et en fait c'est un droit très important pour les femmes
parce que beaucoup de femmes
vont pouvoir mettre fin à des unions malheureuses.
Donc le mouvement se structure avec des journaux
avec des associations.
Il y a dans les années 1880 deux personnalités
qui dominent le mouvement en France
Maria Deraismes et Léon Richer
tous les deux sont francs-‐ maçons c'est important de le dire
c'est une sensibilité laïque qu'ils
expriment dans le mouvement féministe
donc une sensibilité aussi profondément républicaine
qui croit au pouvoir de l'éducation mutuelle
qui croit à la possibilité du progrès des droits,
du progrès de l'humanité,
c'est une vision assez optimiste de l'évolution
qu'ils ont en s'appuyant sur le droit.
La nouvelle vague du féminisme a donc été lancée
par Maria Deraismes et Léon Richer
Le relais est pris par Hubertine Auclert
plus jeune elle est née en 1848, et elle donne comme priorité
au féminisme le suffragisme,
c'est à dire la conquête du vote.
Pour elle elle l'écrit dès 1877
"Le droit politique est pour la femme
la clé de voûte de tous les autres droits."
La citoyenneté sera le levier pour modifier
changer et même pourquoi pas
révolutionner la condition des femmes.
Alors elle est moins légaliste
que Léon Richer et Maria Deraismes
qu'elle trouve un peu trop timorés
elle n'hésite pas à demander aux femmes
de s'inscrire sur les listes électorales,
elle fait la grève de l'impôt en disant
"qui ne vote pas ne paie pas"
donc elle assume le risque
et l'huissier viendra chez elle la menacer.
Elle organise une manifestation de rue
c'est certainement la première manifestation féministe
le 14 juillet 1881 avec une quarantaine de femmes
toutes habillées en noir en deuil de la République
qui exclut les femmes donc la date du 14 juillet
très symbolique était bien choisie
justement au moment où elle devient fête nationale.
Elle édite un hebdomadaire qui s'appelle La Citoyenne
pendant les années 1881.
Elle s'interesse à la condition des femmes en Algérie
où elle a vécu pendant quelques années.
Et elle anime plusieurs associations féministes.
Donc elle joue un très grand rôle
c'est vraiment la première suffragiste française
pas suffragette parce que suffragette c' est un terme un peu péjoratif qui renvoie aux suffragettes anglaises qui à la même époque
qui avant jusqu'en 1914 emploient des méthodes très radicales
pour obtenir le droit de vote.
Le terme de suffragiste est plus respectueux
du combat de ces militantes.
en même temps assez isolée
pendant l'essentiel de sa vie
qu'elle a consacré au combat féministe
elle a été incomprise, rejetée
même par des féministes plus modérées
et c'est tout à fait à la fin de sa vie,
elle est morte en 1914, qu'elle a pu mesurer
les progrès que la cause du suffrage avait faits dans les rangs féministes.
J'insiste sur cette question là parce que aujourd'hui
on a tendance à croire que le droit de vote
était une revendication facile et naturelle pour les féministes
et ça n'a pas du tout été le cas
Par exemple en 1848
quand déjà quelques militantes
revendiquaient le droit de vote, une féministe pourtant très radicale
comme George Sand disait :
«mais ce n'est la priorité
c'est inconcevable, les femmes ne sont pas encore assez éduquées,
elles ne sont pas mûres pour voter pour devenir des citoyennes.»
Donc il y a vraiment eu tout un débat y compris parmi les féministes
des femmes.
Avec le recul ou même sans recul certaines féministes de l'époque
ont tout simplement dit «est-‐ce qu'on s'est posé la question
du degré de maturité des hommes ?»
Puisque le droit de savoir lire, écrire, compter,
la capacité (pardon) de savoir lire écrire compter
n'est pas exigée des électeurs de sexe masculin.
Hubertine Auclert aura au moins constaté à la fin de sa vie
que les femmes votaient
dans certains pays, pas la France puisque la France sera
un des derniers pays
à donner le droit de vote aux femmes.
Ces associations féministes ont eu du mal à intégrer cette revendication
du droit de vote
et d'éligibilité des femmes,
ça n'allait pas de soi, dans les années 1900
ça paraissait encore comme une revendication
très radicale mais l'évolution
va se faire ensuite assez rapidement
et puis elle se fait aussi au niveau international
et à ce moment là la France n'est pas du tout en avance
par rapport à d'autres pays où le féminisme est plus développé
plus structuré et plus progressiste.
Donc en France des associations vraiment se développent
à partir de 1901, c'est la fameuse loi sur les associations
la loi de 1901 qui va entraîner une floraison d'associations,
d'ailleurs la naissance des partis politiques en France, c'est 1901 aussi
c'est sous ce régime de la loi de 1901.
Donc en même temps que naissant les grands partis politiques modernes le féminisme se structure.
Le féminisme apparait d'ailleurs pour certains observateurs politiques
comme une sorte de parti politique, comme le parti politique des femmes
qui par ailleurs ont le droit d'adhérer à des partis politiques
sauf quand ces partis refusent leurs adhésions.
Donc c'est la cas du parti radical qui est pourtant le parti central
du régime à l'époque et un parti républicain
disons de centre gauche qui refuse l'adhésion des femmes jusqu'en 1924,
sur le degré d'exclusion politique des femmes,
mais les femmes peuvent adhérer au parti Socialiste,
à la SFIO qui existe depuis 1905
et dans les petits partis socialistes qui ont existé avant également.
D'ailleurs le combat féministe ne se joue pas seulement
dans les groupes identifiés comme féministes
mais aussi dans les partis, dans les syndicats ,
on y reviendra tout à l'heure.
Donc le mouvement féministe se structure
des mouvements féminins philanthropiques assez modérés
rejoignent le féminisme en 1901 dans une association en fait commune,
qui réussit la convergence de beaucoup d'associations qui s'appelle Le Conseil National des Femmes Françaises
qui peut rejoindre
le Conseil International des Femmes
qui avait été fondé à Washington en 1888,
donc là on voit un petit peu le retard de la France.
1888 : création du conseil international,
et il y a quand même un décalage et un retard de la France.
En 1909 la création de l'Union Française pour le Suffrage des Femmes
est aussi une date importante parce qu'elle montre que
les milieux féministes ont désormais bien accepté cette revendication du vote
et sont en mesure de créer une association
entièrement dévolue
à cette conquête du droit de vote.
Il existe même une Ligue des Électeurs pour le Suffrage des femmes,
donc une contribution de certains hommes
au combat féministe sous sa forme suffragiste.
Mais le féminisme ne peut pas
être réduit à cette notion de politique
de citoyenneté, il prend aussi beaucoup d'autres aspects
par exemple dans le monde professionnel
à travers le création d'associations professionnelles féminines.
♪ (musique) ♪