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AUX CHATEAUX DE LA LOIRE

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Academic year: 2022

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LA FRANCE ILLUSTRÉE

GEORGES MONMARCHÉ

CHATEAUX AUX DE LA LOIRE

E D I T I O N S A L P I N A 2 RUE DES FRANCS BOURGEOIS 2

P A R I S

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Copyright by Editions Alpina, Paris 1936 Tous droits de traduction et de reproduction réservés

Imprimé en Italie

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LA LOIRE ET SES CHATEAUX

La Loire. C'est le fleuve français par excellence, celui qui coule au cœur même de notre pays et y baigne les contrées les plus représentatives à la fois du sol et du génie de la France.

Pays et génie de mesure, dit-on souvent. Certes, ces provinces de la Loire, qu'on appelle justement le "Jardin de la France", ont la mesure, et aussi la grâce et le charme qui font la douceur de vivre. Mais la Loire leur ajoute la grandeur. Peut-être ces campagnes heureuses sembleraient-elles malgré tout un peu médiocres sans ce grand courant de poésie libre, capricieuse, un peu sauvage qui les traverse, comme l'inspiration élève au- dessus de lui-même un esprit d'équilibre et de raison.

La Loire n'est ni une frontière ni une limite, mais un trait d'union. Dans l'espace et dans le temps, ses rives sont le lieu de rencontre des influences du Nord et du Midi; elle a réalisé la synthèse de deux civilisations.

Les pays de la Loire moyenne, Orléanais, Touraine, ont été aussi dans l'histoire un des principaux noyaux de cristallisation de l'unité française. Au XVème siècle, la monarchie des Valois y trouve son dernier refuge et la victoire: c'est là que s'accom- plit, de Gien à Chinon, la chevauchée libératrice de Jeanne d'Arc (1429).

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Grâce à ces circonstances géographiques et historiques, la vallée de la Loire était destinée à jouer au XVIème siècle un rôle prépondérant. De Charles VII à Henri IV, nos rois y fixent leur résidence; elle devient le cadre de l'histoire de France.

C'est alors que se développe sur ses rives le grand mouvement de la Renaissance qui apporte une véritable révolution dans tous les domaines de la pensée de l'art et de la vie.

À cette époque, dans les dernières années du XVème et la première moitié du XVIème siècle, les nombreuses résidences royales et princières qui s'élèvent sur les bords de la Loire manifestent des tendances et des préoccupations communes, dont leur succession chronologique dessine l'évolution: elles constituent l'"école de la Loire". Cette école a joué un rôle capital dans l'histoire de l'architecture française en créant le style de la première Renaissance, sous l'influence de deux principaux ordres de faits. D'une part les progrès de l'ordre intérieur permirent alors de sacrifier peu à peu le souci de la sécurité à celui du confort, et entrainèrent la transformation de la forteresse médié- vale en résidence d'agrément. En même temps, d'autre part, l'art italien, mis à la mode par les guerres d'Italie, exerçait sur l'architecture nationale une influence de plus en plus sensible.

Recherche de l'agrément et du confort, introduction progressive de l'italianisme, telles sont les deux tendances qui caractérisent l'école de la Loire, et qui font des châteaux du Blésois et de Touraine une famille de monuments d'un intérêt tout particulier.

Ce sont ces châteaux * que les pages suivantes se proposent de présenter brièvement.

* Tous les châteaux décrits dans ce volume soni ouverts au public, mo- yennant un droit d'entrée variant de 2 fr. à 3 fr. 50. Ou peut les visiter facilement et agréablement grâce aux circuits d'autocars de la Cie P.-O.-Midi qui fonc- tionnent pendant la belle saison, au départ de Blois et de Tours.

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LES CHATEAUX DU BLÉSOIS

En venant de Paris et d'Orléans par la grande route, on entre dans le Blésois au delà de Beaugency. Entre Beaugency et Blois, cette route laisse sur la gauche les deux châteaux d'A- varay et de Ménars, tous deux remarquables par l'ordonnance magistrale de leurs jardins en terrasses qui dominent la rive droite de la Loire. "Avaray", belle construction de style Louis XIII, cantonnée de massives tours féodales, se mire dans des douves d'une merveilleuse limpidité. "Ménars", commencé en 1646, achevé au XVIIIème siècle par la marquise de Pompadour, montre une architecture d'une simplicité raffinée, dont la majes- tueuse noblesse est surtout dans l'harmonie des proportions.

"Blois", une des plus plaisantes cités de la vallée de la Loire, occupe un site ravissant au pied et au flanc des coteaux escarpés qui dominent à cet endroit la rive droite du fleuve.

La ville a gardé en partie son aspect médiéval: les maisons gothiques à pans de bois, sculptées avec la verve de ce temps- là, les gracieux hôtels de la Renaissance y abondent, principa- lement entre le château et la belle église Saint-Nicolas (XIIe et XIIIe siècles), et dans cet "escalier de rues" qui escalade les pentes de la colline, au pied de la cathédrale (reconstruite au XVIIe siècle).

" Le château de Blois campé sur une haute terrasse isolée, résume à lui seul trois siècles d'architecture française, car cet immense palais se compose en somme de trois châteaux essentiellement différents de style et d'époque. On y accède par une entrée percée sous l' " aile Louis XII " (1498-1503), cons- truite en pierre et brique dans le style flamboyant: c'est le châ- teau gothique. Elle est encadrée d'un côté par la " chapelle Saint-Calais", de même époque, de l'autre par la partie la plus ancienne du château qui renferme la vaste "salle des Etats"

(XIIIe siècle). Ce dernier bâtiment relie l'aile Louis XII à l' " aile François Ier " (1515-1524) qui forme le fond de la cour d'honneur où son magnifique escalier attire tous les regards: c'est le châ- teau Renaissance. Enfin, sur le troisième côté, en retour d'équerre, se déploie l'"aile de Gaston d'Orléans", chef d'oeuvre de Fran- çois Mansart (1635): c'est le château classique.

trois corps de logis illustrent d'une façon saisissante l' évolution du style français. L'aile Louis XII reste dans la tradi- tion gothique du XVe siècle, mais le souci du bien-être, la

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recherche des ordonnances claires et gaies s'y affirment déjà de façon remarquable. L'influence italienne s'y manifeste aussi pour la première fois par certains détails de l'ornementation.

Cette influence d'outre-monts triomphe dans la décoration de la façade François 1er, dont tous les éléments sont empruntés à la Renaissance italienne; dans sa structure, cependant, la façade intérieure témoigne encore d'une insouciance toute gothique à l'égard de la symétrie; mais la façade des Loges, qui domine la place Victor-Hugo, avec ses deux étages d'arcades super- posées et son alternance régulière d'arcades et de niches, est une première imitation du style de Bramante. Quant à l'aile de Gaston d'Orléans, elle montre l'architecture française du XVIIe siècle, recréant avec maîtrise un style original à l'aide d'élé- ments empruntés à l'antiquité classique.

Blois fut, au début du XVIe siècle, la résidence préférée de Louis XII qui y avait vu le jour en 1462. Quelques mois avant sa mort, en 1514, il y maria sa fille, Claude de France, à Fran- çois de Valois qui lui succéda sur le trône l'année suivante.

Jusqu'à la mort de la reine Claude (1524), François 1er résida volontiers à Blois et l'on a vu qu'il entreprit la reconstruction du château; mais après 1524, il lui préféra Chambord. Plus tard, Henri III et sa mère, Catherine de Médicis, séjournèrent longue- ment à Blois où le roi convoqua deux fois les Etats Généraux, en 1576 et 1588; c'est alors que se place le plus dramatique épi- sode de l'histoire du château: l'assassinat du duc de Guise, chef de la Ligue, que le roi fit poignarder presque sous ses yeux (23 décembre 1588).

On sait que les rois de France, passionnés de la chasse, établissaient toujours leurs résidences à proximité ou au centre de vastes et giboyeuses forêts. A cet égard, le Blésois, dont les plateaux sont revêtus d'une immense parure sylvestre, avait de quoi les retenir. François 1er choisit le site de son nouveau châ- teau de Chambord à l'Est de Blois, en pleine forêt de Boulogne, de même qu'il devait élire plus tard la solitude de Fontainebleau. Dans ce cadre forestier, au centre de son immense parc clôturé par un mur de 33 kilomètres, "Chambord" mire sa blanche architecture dans les eaux claires du Cosson. L'édifi- cation de ce gigantesque château, commencée en 1519 et qui devait se prolonger jusqu'à la fin du règne de Henri II, était sans nul doute, dans l'esprit de François 1er, une entreprise destinée à témoigner devant la postérité de la gloire de son règne, comme Versailles devait l'être au siècle suivant pour Louis XIV.

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La château se compose d'un double système de construc- tions: un édifice central ou donjon, carré, et un immense rec- tangle de bâtiments, de 156 m. sur 117, tous deux cantonnés de grosses tours rondes et coïncidant sur un de leurs côtés de manière à former une grandiose façade qui se trouve ainsi flan- quée de quatre tours, coiffées de hautes toitures à campanile.

Sur la partie postérieure de leur pourtour, les bâtiments exté- rieurs ne comportent qu'un seul étage, ainsi que les deux tours d'angle correspondantes. Isolé au cœur du logis central, à l'in- tersection de quatre immenses salles disposées en croix, le célèbre escalier à double rampe en spirale se termine par une magnifique lanterne à jour, haute à elle seule de 32 m.

La question de savoir quel fut l'architecte de Chambord est des plus controversées. Il semble certain que l'Italien Dominique de Cortone, dit le Boccador, ait fourni une maquette; mais ce projet fut sans doute modifié par les maîtres d'œuvre français chargés de l'éxécution. Quoi qu'il en soit, nous sommes encore ici en présence d'un compromis entre des données tradition- nelles qui ont déterminé la plan même de l'édifice, avec son donjon central et ses tours, et les tendances nouvelles inspirées par l'Italie. On observe par exemple à Chambord une recherche de la symétrie, beaucoup plus poussée qu'à Blois: les pilastres, au lieu d'encadrer les fenêtres, sont disposés sur les murs à intervalles réguliers et indépendamment des ouvertures. De plus, la profusion décorative de la première Renaissance, si caractérisée à Blois, semble s'être ici tout entière retirée dans les parties hautes du logis central dont la richesse d'ornemen- tation forme un curieux contraste avec la sobriété des façades. En fait, victime de ses dimensions démesurées, sans doute aussi de son isolement, Chambord n'a jamais connu le brillant destin que semblaient présager ses splendeurs. Louis XIV, ce- pendant, y donna de brillantes fêtes et y assista aux premières représentations de Monsieur de Pourceaugnac (1669) et du Bour- geois Gentilhomme (1670). Au XVIIIe siècle, le château eut pour hôtes le roi Stanislas de Pologne et la maréchal de Saxe.

Napoléon en fit don au maréchal Berthier. Enfin, en 1821, Cham- bord fut racheté par souscription nationale pour être offert au duc de Bordeaux, petit-fils de Charles X, qui prit plus tard, en exil, le titre de comte de Chambord.

La route de Chambord à Cheverny traverse la forêt de Boulogne, franchit le Beuvron à Bracieux et laisse bientôt à droite le joli "château de Villesavin", de la Renaissance (1537), dont

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les jardins conservent une belle vasque de marbre italienne du XVIe siècle.

Le " château de Cheverny" a été bâti vers 1635 par Henri- Hurault, comte de Cheverny, fils du chancelier de France Phi- lippe Hurault. C'est, dit la Saussaye, "une noble, régulière et magnifique habitation. Son architecture tient, pour plusieurs dé- tails, au temps de la Renaissance et, par l'ordonnance générale, au style qui atteignit son apogée sous Louis XIV". La symétrie classique règne en maîtresse, aussi bien dans l'ordonnance géné- rale que dans les détails. Mais l'intérêt capital de Cheverny, plus peut-être que dans son architecture, est dans la décoration peinte de ses appartements, restée miraculeusement intacte. A cet égard, il faut mettre hors de pair les deux magnifiques pièces de l'" Appartement du Roi", au premier étage, qui constituent un ensemble d'un intérêt exceptionnel, tant par leurs somp- tueuses tapisseries que par le décor de leurs plafonds, lambris, cheminées et volets.

Sur la route de Cheverny à Blois, qui traverse la forêt de Russy, s'ouvre à gauche l'avenue du " château de Beauregard "

situé en lisière de la forêt, sur les coteaux dominant la vallée du Beuvron. Cet édifice " mignard et autant bien accommodé qu'il est possible ", suivant le jugement de Ducerceau, fut probable- ment construit comme pavillon de chasse par François 1er comme semble le confirmer l'avenue qui le relie en ligne droite à Cham- bord. Agrandi dans la première moitié du XVIIe siècle, il est surtout remarquable par la décoration de sa galerie du pre- mier étage, éxécutée pour Paul Ardier, contrôleur général des guerres, qui s'était rendu acquéreur de la terre de Beauregard en 1617: cette galerie contient 363 portraits historiques où figu- rent, avec quinze rois de France (de Philippe VI de Valois à Louis XIII), tous les personnages célèbres de leur règne. Ces portraits, dont plusieurs ont été copiés pour le Musée de Ver- sailles, sont accompagnés de devises et d'emblèmes fort curieux, ainsi que de délicates peintures dues à l'artiste blésois Jean Mosnier (1600-1656). Le carrelage de la galerie, en faïence de Delft émaillée bleue, représente toute une armée en marche avec les costumes du temps de Louis XIII. De retour à Blois, le touriste poursuit son voyage en côtoyant la Loire jusqu'à Tours. Sur la majeure partie du parcours, la rive droite du fleuve reste plate, tandis que la rive gauche est dominée par une suite ininterrompue de jolis coteaux, sur lesquels sont fièrement campés les châteaux de Chaumont et d'Amboise.

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