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D'autre part, rappelons que Saga pedo a l'extension géographique la plus périphérique par rapport à ces congénères. D'après les données de l'histoire géologique des pays méditerrannéens (formation des mers et des terres), cette extension a dû avoir lieu à des époques géologiques récentes (après le tertiaire), ce qui corrobore les précédentes conclu- sions sur l'origine de l'espèce.
Ainsi l'étude des Saga du Valais a ouvert d'intéressantes perspec- tives sur l'évolution biologique.
MASQUES VALAISANS ET NOUVELLE ANNEE
1par R. Christinger
Les masques du Lötschental, portés en hiver avant le mercredi des Cendres par des groupes de jeunes gens, sont sans doute les mieux connus de Suisse; le Musée d'ethnographie en possède plusieurs beaux exemplaires. Sans le savoir, les porteurs de masques nommés Roitscheg- geten, c'est-à-dire « ceux qui sont tachés de suie », perpétuent à cette occasion, dans cette région du Valais, des coutumes observées par cer- taines confréries de jeunes gens, dès l'âge du bronze, sinon plus tôt.
Si la signification des masques, du costume et du comportement des Roitscheggeten a déjà fait l'objet de plusieurs études, un élément par- ticulier semble avoir échappé aux spécialistes. Il s'agit de l'épreuve que devaient autrefois subir ceux qui voulaient appartenir à ce groupe:
franchir la Lonza en portant une lourde charge.
Cette épreuve, tombée sauf erreur en désuétude, souligne encore le rôle primitif de ces confréries qui consistait à stimuler l'action béné- fique du peuple des seprits à l'occasion d'un changement d'année. Le passage d'une année à l'autre était en effet considéré comme une pé- riode critique, un retour au chaos primordial, une confusion des va- leurs, une interpénétration du monde des vivants et de celui des esprits et des morts.
Le franchissement de la rivière Lonza appelle plusieurs comparai- sons, et notamment avec la légende de saint Christophe. C'était un géant, armé d'une massue ou d'un bâton, qui avait entendu la voix d'un enfant lui demander de le transporter de l'autre côté de l'eau. Il avait
1 Reproduction d'un article paru dans « Musées de Genève », No 31, janvier 1963.
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Masque du Lötschental (Valais), bois sculpté. Hauteur: 36 cm (Rép. gén.
14-31453).
mis l'enfant sur une épaule et à chaque pas l'enfant devenait miracu- leusement plus lourd. Parvenu sur l'autre rive, le géant apjirit qu'il avait porté le Christ lui-même.
D'après H. Usener cette légende chrétienne, très populaire, est une adaptation d'un mythe grec où Héraclès portait le jeune Dionysos. A propos de cette même légende, d'autres auteurs ont rappelé des thèmes mythologiques analogues, mais sans toutefois en découvrir le sens ori- ginal. Ainsi Héra, sous les traits d'une vieille femme, avait traversé une rivière sur les épaules de Jason. Arrivée sur l'autre rive, l'épouse de Zeus avait repris ses traits habituels. De même, Aphrodite, méta- morphosée en vieille femme, aurait été transportée par le passeur Phaon; de l'autre côté de la rivière elle aurait recouvré la jeunesse.
Même thème en Egypte, où le héros Anti avait transporté dans une île la déesse Hathor qui, parvenue à destination, de vieille femme était redevenue une jeune déesse.
Un dernier mythe, enfin, nous fera mieux comprendre le sens d&
cette traversée suivie d'un rajeunissement. Il s'agit du géant Orion qui, transportant sur ses épaules un jeune garçon, Cédalion, traversa un bras de mw. Orion avait été auparavant aveuglé, et, pour recouvrer l'usage de la vue, il s'était dirigé vers l'est afin de rallumer ses yeux aux rayons du soleil. Il s'agissait donc de ranimer les yeux d'Orion, d'en faire revivre l'éclat; ici également, nous avons affaire à un renou- vellement. Ce mythe est vraisemblablement en rapport avec le rit& de
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l ' a l l u m a g e d ' u n feu n o u v e a u , p r a t i q u é encore à P â q u e s dans certaines régions d ' I t a l i e et de Grèce. Dans le n o r d de l'Italie, on b r û l e à cette occasion l a « vieille q u i t o u r n e », la « ezia p i r l a », a u t r e m e n t d i t la vieille année. Ces t r a d i t i o n s , q u i ont é g a l e m e n t u n aspect solaire, o n t été symbolisées dans l ' a n t i q u i t é p a r des récits d ' a v e u g l e m e n t de g é a n t s : m y t h e grec d'Ulysse et de P o l y p h è m e , m y t h e i r l a n d a i s de L u g et de B a l o r , conte des îles F é r o é de L o k k i et d u géant.
Ce t h è m e est absent au L ö t s c h e n t a l , mais se r e t r o u v e ailleurs en Suisse, n o t a m m e n t a u x Grisons où l'on observe l e 1er m a r s des cou- t u m e s analogues à celles que p r a t i q u e n t les Roitscheggeten.
C o m m e dans le m y t h e d'Orion, où les yeux r e p r é s e n t a i e n t le soleil levant ou le feu n o u v e a u , le rajeunissement des déesses illustrait u n r e n o u v e l l e m e n t cosmique. H é r a , en effet, symbolisait l ' a n n é e . Jason
Masque du Lötschental (Valais), bois sculpté. Hauteur: 36 cm (Rép. gén.
14-31453).
a p p a r a i s s a i t a u p r è s d'elle c o m m e u n d o u b l e t d ' H e r m è s et j o u a i t l e rôle d ' u n passeur q u i franchissait les frontières d u m o n d e des esprits p o u r en r a m e n e r l ' a n n é e nouvelle. De m ê m e q u e les âmes r e v e n a i e n t s'incarner sur t e r r e dans le corps de nouveaux-nés après u n séjour au r o y a u m e des o m b r e s , de m ê m e la n a t u r e r e t r o u v a i t u n e vie nouvelle a p r è s q u e l e m o n d e des esprits se fut r é p a n d u sur t e r r e ; cette croyance, encore r é c e m m e n t observée chez plusieurs p e u p l e s de Sibérie, a p p a - raissait dans diverses t r a d i t i o n s religieuses de l ' a n t i q u i t é .
L e franchissement de la Lonza r e p r é s e n t a i t ainsi u n e survivance d ' u n r i t e de passage p e u c o m m u n et q u i , p r o b a b l e m e n t , devait compor- t e r u n e d o u b l e valeur. O u t r e le r e n o u v e l l e m e n t de l ' a n n é e , le passage de l a rivière, au niveau de la confrérie, constituait u n e é p r e u v e imposée
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aux néophytes, épreuve analogue à celle que devaient subir « berser- kir » et « feinid ». Les « berserkir » Scandinaves, possédés d'une fureur extatique et vêtus d'une peau d'ours, se livraient à la violence et au désordre. De même, les « feinid » irlandais se groupaient en confréries régies par des règles très strictes et vivaient de razzias et de pillages rituels. Il est significatif que les Roitscheggeten ont passé au moyen âge pour une bande de brigands, ce qui les identifie mieux encore aux autres confréries d'hommes qui incarnaient le monde des esprits.
Puisque l'on admettait l'existence d'un système d'échanges entre le visible et l'invisible, il s'ensuivait que toute prise de butin par des représentants, souvent masqués et déguisés, des esprits ou des dieux, devait provoquer des contreprestations, c'est-à-dire la fécondité, la fer- tilité et la prospérité. Bien que ceci paraisse aujourd'hui paradoxal ou choquant, les Roitscheggeten, de même que les autres confréries de Suisse, exerçaient en fait une fonction religieuse essentielle en se livrant autrefois au pillage et, plus près de nous, en récoltant des dons plus ou moins volontaires.
Ainsi donc plusieurs traditions de notre pays perpétuent aujour- d'hui encore des rites que les populations lacustres pratiquaient déjà;
elles sont fragmentaires, mais en les comparant il est relativement aisé d'en vérifier l'authenticité et de reconstituer les croyances religieuses qui sont à leur origine. On remarque alors qu'elles s'apparentent aux rites classiques de la cryptie laconienne, des Lupercales et des Satur- nales, par exemple. C'est dire que ces traditions, aussi riches que celles d'autres régions d'Europe, mériteraient d'être mieux connues et mieux comprises.
F A I T S D E G E O G R A P H I E H U M A I N E D A N S L E V A L L O N D E Z I N A L
E N C O R R E L A T I O N A V E C L A N O U V E L L E R O U T E par Ignace Mariétan
La route et le Vieux Chemin
Le vallon de Zinal comprend la partie supérieure de la vallée d'Anniviers, depuis Ayer, dernier village habité toute l'année, jus- qu'aux sommités des montagnes. Tout le fond du vallon d'Ayer à Zinal,