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Patients et méthodes

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

Bull Soc Pathol Exot, 2000,93, 1, 55-57 55

Introduction

L

a maladie de HO D G K I Nest une affection maligne du tissu lymphoïde caractérisée par la prolifération de cellules par- t i c u l i è res appelées cellules de RE E D- ST E R N B E R G(CRS). Cette prolifération est associée de façon variable à une hyperplasie lymphoïde et parfois à un granulome inflammatoire.

Depuis sa pre m i è re description en 1832 par Sir Thomas HO D G-

K I N, la maladie a bénéficié d’importants progrès. Toutefois, il persiste des zones d’ombre quant à la nature et à l’étiologie de la maladie. Les armes thérapeutiques modernes ont complè- tement bouleversé le pronostic de l’affection en faisant d’une maladie constamment mortelle il y a 25 ans, une maladie potentiellement guérissable (8).

Sous nos cieux, la polychimiothérapie demeure la seule alter- native quel que soit le stade de la maladie, d’où la nécessité d’un dépistage précoce de ces malades et de l’utilisation du choix thérapeutique idéal. Aussi nous sommes nous proposé d’étu- dier de façon rétrospective, la réponse thérapeutique en fonc- tion de la variété de protocoles utilisés (étant entendu que la radiothérapie fait défaut dans nos conditions opératoire s ) chez 62 patients suivis pour maladie de Hodgkin.

Patients et méthodes

Population étudiée

Il s’agit d’une étude rétrospective menée de juin 1975 à m a i 1997, multicentrique et réalisée dans les trois CHU d’Abidjan. Cette étude a porté sur 62 dossiers de patients

atteints de maladie de HODGKINayant bénéficié d’un traite- ment spécifique et d’un suivi régulier dans lesdits services.

Le diagnostic a été posé sur l’examen anatomo-pathologique d’une pièce ganglionnaire prélevée soit par biopsie d’un gan- glion superficiel, soit par laparotomie exploratrice avec exé- rèse d’une adénopathie. L’étude histologique révélant une p rolifération lymphoïde réactionnelle re n f e rmant des cellules de REED-STERNBERGet ses variantes avec destruction totale ou partielle de l’arc h i t e c t u re ganglionnaire après coloration à l’hématoxyline éosine et au Giemsa lent.

La population d’étude était constituée de patients dont l’âge varie entre 4 et 55 ans avec une moyenne d’âge de 28 ans. Le sex ratio était de 2,6 (45 hommes pour 17 femmes).

Le type 3 histologique était prédominant avec 62 % des patients (38/62), ensuite viennent le type 2 à 18 % (11/62) et les types 4 et 1, respectivement à 14 % et 6 %.

Bilan pré-thérapeutique

Tous les patients sélectionnés ont bénéficié d’un examen cli- nique minutieux couplé à un examen ORL à la re c h e rche des d i ff é rentes localisations. Des examens radiologiques (radio thoracique, échographie abdominale et pelvienne, scanner) ont permis de re c h e rcher des localisations abdominales, tho- raciques. La lymphographie et la scintigraphie osseuse n’ont pu être effectuées pour des raisons d’ord re matériel (absence de logistique). Un bilan biologique d’évolutivité (hémogramme, bilan inflammatoire, métabolique, hépatique et rénal), un myé- logramme et une biopsie ostéo-médullaire ont été réalisées de façon systématique. D’autres investigations radiologiques et/ou endoscopiques étaient demandées selon les signes d’appel cli-

R ésultats du traitement de 62 cas de maladie de H ODGKIN en Côte d’Ivoire.

Summary:Results of treatment of 62 cases of HODGKIN’s disease in Côte d’Ivoire.

This study reports the follow-up after 22 years of 62 treated cases of HODGKIN’s disease. Complete remission was obtained in 66% of cases versus 31% of incomplete remission and 3% of failures.

Overall survival of patients ranged from 10 days to 48 months. Real event-free survival was difficult to estimate given that 40% were completely lost to follow-up. The most frequently encountered disorders were haematologic ones. The difficulties were directly linked to precarious socio-economic conditions for most patients.

Résumé :

Les auteurs rapportent les résultats du traitement de la maladie de HODGKINselon une étude rétros - pective menée de juin 1975 à mai 1997, à propos de 62 cas. La rémission complète est obtenue dans 66 % des cas, contre 31 % de rémission incomplète avec 3 % d’échecs. La survie globale de nos patients varie de 10 jours à 48 mois avec une moyenne de 20,3 mois. On a perdu de vue 40 % des patients, ce qui rend difficile l’évaluation réelle de la survie. Les complications hématologiques sont les plus fréquentes. Le décès est survenu dans 62 % des cas chez les malades évalués, en grande partie lié au mode évolutif de la maladie. Les difficultés rencontrées sont inhérentes à la pré - carité des conditions socio-économiques de la plupart des patients.

K. G. Koffi, I. Sanogo, D. Djigbenou, A. H. Touré, A. Tolo, E. N’Dhatz, I. Kueviakoe, M. Diop & A. Sangaré (1)

(1) Service d’hématologie, clinique du CHU de Yopougon,21 BP 632 Abidjan 21,Côte d’Ivoire.

Manuscrit n°2041. “Statistiques sanitaires”. Reçu le 25 février 1999. Accepté le 21 octobre 1999.

HODGKIN’s disease chemotherapy remission hospital Abidjan Ivory Coast (Côte d’Ivoire) Sub-Saharan Africa

maladie de HODGKIN

chimiothérapie rémission hôpital Abidjan Côte d’Ivoire Afrique intertropicale

(2)

K. G. Koffi,I. Sanogo, D. Djigbenou et al.

nique, de même que la sérologie VIH effectuée seulement chez 10 patients avec un seul cas de positivité.

Au terme de ce bilan, la plupart de nos patients étaient décou- v e rts au stade III et IV de ANN ARBOR soit 81 %. Les signes d’évolutivité clinique et biologique étaient présents, respectivement dans 87 % et 85 % des cas.

Traitement

Protocoles de chimiothérapie

Q u a t re protocoles thérapeutiques ont été utilisés en vue d’ap- précier l’efficacité de chacun d’entre eux.

- Le protocole MOPP associant : méchlorétamine (Caryoli- s i n e®) 6 m g / m2à J1 et J8 en IVL ; vincristine (Oncovin®) : 1 , 4 m g / m2 à J1 et J8 en IVL ; procarbazine (Natulan®) : 1 0 0 m g / m2de J1 à J14 per os ; prednisone (Cort a n c y l®) : 40 mg/m2de J1 à J14 per os.

- Le protocole ABVD associant : adriamycine (Adriblastine®) : 25mg/m2en IV à J1 et J14; bléomycine: 10mg/m2en IV à J1 et J14 ; vinblastine (Ve l b e®) : 6 m g / m2en IV à J1 et J14 ; dacar- bazine (Deticene®) : 375 m g / m2à J1 et J14. Ces diff é rents pro- duits sont administrés au premier jour et au 14ème jour avec 16 jours de repos. Ce protocole a été utilisé en alternance avec le MOPP.

- Le protocole C-MOPP dans lequel la méchloréthamine est remplacée par le cyclophosphamide (Endoxan®) à la dose de 400 mg/m2.

- Le protocole CODP-M associant : vincristine : 1,4 m g / m2; dau- n o ru b i c i n e : 80 m g / m2en IV ; cyclophosphamide : 30 m g / m2; p re d n i s o n e : 60 m g / m2en per os ; methotre x a t e : 40 m g / m2. Conduite du traitement

Au total, 6 cures pour le traitement d’attaque. Chaque cure dure en moyenne 30 jours avec 15 jours de traitement et 15 jours de repos obligatoire pour une régénération médullaire.

Des traitements d’entretien ont été instaurés chez cert a i n s patients.

Traitement adjuvant

Il a consisté en une réanimation anti-infectieuse, hydro é l e c- t rolytique et hématologique. Des mesures générales d’hygiène et de prévention ont été prises, notamment l’isolement en c h a m b re individuelle en cas de neutropénie importante, anti- biothérapie conditionnée par un bilan infectieux et un anti- biogramme, couplée à une décontamination digestive.

Des transfusions de culot globulaire en cas d’anémie sévère iso- g roupe, isorhésus, de culot plaquettaire en cas de thro m b o p é- nie avec risque imminent de saignement ont été réalisées.

C e rtains patients ont bénéficié de facteurs de cro i s s a n c e (GCS- rH) permettant de faire respecter la compliance thé- rapeutique. Une hyperdiurèse alcaline a été effectuée. To u s les patients ont bénéficié d’un traitement anti-anguillulose systématique avant l’instauration de la corticothérapie, associée à une supplémentation potassique et un pansement gastrique.

Critères d’évaluation du traitement

L’évaluation du traitement repose sur 3 critères essentiels : - la rémission complète définie comme étant la disparition de tous les signes cliniques, biologiques et radiologiques, - la rémission incomplète définie par une régression supé- rieure ou égale à 50 % du volume tumoral initial,

- l’absence de rémission ou échec définie par l’absence d’amé- lioration clinique et/ou biologique.

Évolution

L’évolution est subordonnée à la re c h e rche des complications propres à l’affection ou liées au traitement utilisé.

Résultats du traitement

Nature de la réponse initiale

Nature de la réponse en fonction des protocoles utilisés

Nature de la réponse en fonction des protocoles.

Nature of the response according to protocol.

protocoles thérapeutiques RC RIC échec survie globale (mois) décès

MOPP (42) 28 14 0 6-48 11

C- MOPP (3) 2 1 0 24 2

CODP-M (8) 3 3 2 2-7 6

MOPP/ABVD (9) 8 1 0 5-24 4

total (62) 41 19 2 5-48 23

NB : 89% de RC avec le protocole alterné.

Durée de la survie globale

Répartition des malades selon la durée de la survie globale.

Distribution of patients according to overall length of survival.

survie globale nbre %

< 1 an 22 59

1-2 ans 7 19

2-3 ans 3 8

3-4 ans 4 11

> 4 ans 1 3

total 37* 100

NB : 25 patients sont perdus de vue, ce qui rend difficile le suivi.

Évolution

Morbidité liée au traitement

La morbidité liée au traitement est marquée essentiellement par les complications d’ordre hématologique (80% de cas à type de cytopénie de degré variable).

Sur le plan métabolique: 2 cas d’hyponatrémie et 1 cas d’hy- p o k a l i é m i e; ailleurs 3 cas de zona intercostal et 1 cas d’alopécie.

Les autres complications ont été rarement observées.

Évolution globale

Évolution globale des malades après traitement.

Overall evolution of patients after treatment.

évolution nb de cas %

décès 23 37

perdus de vue 25 40

vivants 14 23

total 62 100

Causes de décès

L’analyse des causes de décès fait re s s o rtir une plus grande imputabilité à l’évolution naturelle de la maladie dans 52 % des cas (12/23). Les autres causes de décès étaient liées en par- tie à la toxicité des produits, soit 30 % des cas (7/23). Les autres causes ont été rarement observées.

56 Statistiques sanitaires

Tableau I

Tableau IV Tableau II.

Tableau III.

Nature de la réponse au traitement.

Nature of the response to treatment.

réponse au traitement nb %

rémission complète (RC) 41 66

rémission incomplète (RIC) 19 31

échec 2 3

total 62 100

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Bull Soc Pathol Exot, 2000,93, 1, 55-57 57

Traitement de 62 cas de maladie de HODGKINen Côte d’Ivoire

Discussion

L

a rémission complète a été obtenue dans 66 % des cas c o n t re 31 % des cas de RI avec 2 échecs. Ces résultats sont influencés obligatoirement par le type de pro t o c o l e u t i l i s é .

L’analyse des diff é rents types de protocoles utilisés dans notre série permet de noter que le protocole MOPP a été le plus largement utilisé avec 42 malades sur 62, soit 68 % contre 20 malades sur 62, soit 32 %.

La RC obtenue en fonction des diff é rents types de pro t o- coles permet de noter un taux de 89 % pour l’alternance contre 6 6 % pour le C-MOPP, puis viennent respectivement le MOPP et le CODP-M avec respectivement 66 % et 37,5 %.

Les taux de décès sont plus élevés au cours des pro t o c o l e s CODP-M (76%) et 67 pour le C-MOPP. L’appariement des différents protocoles en fonction de la rémission complète et du décès par le test de χ2ne montre pas de différence statis- tiquement significative entre d’une part le protocole alterné MOPP/ABVD et le MOPP (χ2= 2,22; p = 0,33), et d’autre part le protocole alterné MOPP/ABVD et le CODP-M (χ2 = 3,64 ; p = 0,16).

Néanmoins, ces résultats obtenus dans notre étude semblent se conformer aux données occidentales selon lesquelles le taux de RC dans l’alternance MOPP/ABVD (96 %) est supérieur au protocole MOPP (80 %) (10). Pour Bonfante (2), le MOPP seul donne 86 % de RC avec une survie à 10 ans à 76 %. Selon HA U T E V I L L E(7), le protocole alterné pourrait constituer la chimiothérapie de base pour les patients porteurs de maladie de HODGKINétendue.

C o n c e rnant la survie globale des patients sous protocole MOPP, 8 patients sur 42, soit 19 %, sont encore vivants, avec une médiane de survie à 2 ans (les extrêmes allant de 1 à 4 ans).

Par contre, avec le protocole alterné, 6 malades sur 9 (soit 6 7 %) sont toujours en vie, avec une médiane de survie à 1 an (les extrêmes allant de 1 à 4 ans).

Tous les patients traités par le protocole CODP-M, sont décé- dés. Un patient sur trois ayant bénéficié du protocole C- MOPP est encore en vie avec une survie à 24 mois. En comparant la survie globale des patients au-delà de 1 an pour ce qui est du protocole MOPP et de l’altern a n c e MOPP/ABVD, nous notons que 67 % de patients ayant béné- ficié de l’alternance sont encore en vie contre 19 % pour le pro- tocole MOPP (p=0,18).Malgré le fait que la diff é rence observ é e ne soit pas significative, nous pouvons noter que le pro t o c o l e a l t e rné MOPP/ABVD semble toujours supérieur au pro t o c o l e MOPP en terme de survie globale.

D’une manière générale, la moyenne de survie de nos malades est de 20,3 mois; moyenne nettement inférieure aux taux de s u rvie rapportés par la littérature (1, 4, 6, 10). En effet, en E u rope et en Amérique, les survies s’échelonnent sur des périodes allant de 6 à 13 ans. Cela pourrait s’expliquer par le fait que la chimiothérapie est systématiquement associée à la radiothérapie d'une part; d’autre part, l’intensification théra- peutique avec support de cellules souches hématopoïétiques (CSH) permet d’amplifier la réponse thérapeutique.

Toutefois, les faibles taux observés dans notre étude pour- raient aussi s’expliquer par le re t a rd accusé pour établir le dia- gnostic. En effet, 81% des patients sont découverts au stade III et IV.

Il convient également de relever le fort taux de patients per- dus de vue (40 %), ce qui rend difficile l’évaluation réelle de la survie de nos patients.

Les complications observées au cours du traitement sont le fait de la chimiothérapie anticancéreuse en général. Il s’agissait

dans la majorité de nos cas de toxicités hématologiques, tout comme l’atteste la littérature (1, 12).

Le taux de décès au cours de notre étude est estimé à 37 %.

En analysant la cause des décès, nous avons noté que son imputabilité pouvait être due :

- au mode évolutif de la maladie dans 52 % des cas - à la toxicité du traitement dans 30 %.

Les cancers secondaires rapportés par la littérature (5, 9, 11) n’ont pas été re t rouvés dans notre échantillon. En effet, ce type de cancer apparaît souvent à distance du suivi, à enviro n 3 ans en moyenne. Ceci étant largement au-dessus de la sur- vie moyenne de nos patients.

Conclusion

L

es résultats obtenus dans la présente étude sont encoura- geants au vu des difficultés communes aux conditions de vie des patients dans les pays en voie de développement.

Ces difficultés sont inhérentes : - au retard accusé pour le diagnostic,

- au faible pouvoir d’achat de la majorité de nos patients.

En effet, contrairement à ce que suggère la littérature, la mala- die de HODGKINsurvient en majeure partie chez les adoles- cents et les enfants aux conditions de vie précaires et exposés à des surinfections multiples liées aux pathologies tropicales (3, 10); sans oublier les longues périodes d’hospitalisation et le coût des antimitotiques.

Ces résultats témoignent de la difficulté du suivi réel des hémopathies malignes en général et de la maladie de HODG-

KINen particulier en Afrique, ce qui rend difficiles les statis- tiques concernant ces affections.

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Références

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