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CALMer la maladie de Crohn

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

CALMer

la maladie de Crohn

Introduction

Il etait usuel, jusqu’a peu, de consi- derer que la maladie de Crohn (MC) avait une evolution generalement cyclique, par poussees sympto- matiques. L’objectif therapeutique que constituait un bon contr^ole des sympt^omes etait considere comme suffisant. Plus recemment, la comprehension du caractere pro- gressif de la maladie, vers la consti- tution de lesions parietales pas/ou peu reversibles, comme les stenoses, les fistules, ou la perte de l’integrite tissulaire, m^eme dans les periodes pauci-symptomatiques, a fait chan- ger l’objectif therapeutique. Le consensus STRIDE (pour «Selecting Therapeutic Targets in Inflammatory Bowel Diseases»)etabli en 2015 par le groupe international d’experts de l’IOIBD (International Organisa- tion for the study of Inflammatory Bowel Diseases)a donc defini l’objec- tif therapeutique actuel pour la MC comme l’obtention d’une remis- sion clinique et egalement d’une cicatrisation muqueuse endoscopi- que (m^eme si la definition de cette derniere n’est pas consensuelle).

Les experts avaient considere que l’utilisation des biomarqueurs de l’inflammation, tels que la Proteine C reactive (CRP) et la calprotectine fecale, pouvaient^etre des outils pour adapter le traitement,et atteindre l’objectif therapeutique. Jusqu’ici, il n’y avait que peu d’etudes interven- tionnelles, visanta demontrer qu’une strategie therapeutique adaptee aux biomarqueurs biologiques, pour

obtenir une remission clinique et endoscopique, etait superieure a l’adaptation du traitement aux simples sympt^omes.

Patients et me´thodes

CALM etait une etude ouverte de phase III, randomisee, conduite dans 22 pays. 74 centres ont inclus des patients repondants aux criteres suivants : patients adultes, ayant une MC luminale active, modereea severe, MC recente dont le diagnostic n’excede pas 6 ans d’anciennete, avec des lesions endoscopiques significati- ves (score CDEIS>6 dont au moins un segment porteur d’ulcerations responsable d’un score segmentaire

>6), et une CRP>5 mg/L et/ou une calprotectine >250mg/g. Les patients pouvaient ^etre traites par corticoı¨des, mais devaient ^etre naı¨fs d’immunosuppresseurs et d’anti-TNF, ou de biotherapies. Les patients avec des stenoses (franchissables endosco- piquement ou non), ou des fistules productivesetaient exclus.

Tous les patients inclus recevaient une corticotherapie (40 mg/jour) avec une decroissance standardisee, puis ilsetaient randomises (ratio 1:1) avec une stratification sur l’ancien- nete de la maladie (plus ou moins de 2 ans), le poids (plus ou moins de 70 kg) et le tabagisme actif, en deux bras. Un bras « sympt^omes » dans lequel le traitementetait adapte aux sympt^omes et un bras « suivi serre », dans lequel le traitementetait adapte aux sympt^omes et aux biomarqueurs

Pour citer cet article : Treton X. CALMer la maladie de Crohn.Hepato Gastro2018 ; 25 : 98-102. doi :10.1684/hpg.2017.1554

Effect of tight control management on Crohn’s disease (CALM):

a multicenter,

randomised, controlled phase 3 trial

Xavier Treton H^opital Beaujon,

Service de gastroenterologie, MICI et assistance nutritive, 92110 Clichy cedex, France e-mail :<[email protected]>

Ref erence

Colombel JF, Panaccione R, Bossuyt P, et al. Effect of tight control management on Crohn’s disease (CALM): a multicentre, randomised, controlled phase 3 trial.Lancet2017 Oct 30.pii: S0140-6736(17)32641-7.

doi:10.1684/hpg.2017.1554

(2)

de l’inflammation. Dans chacun des deux bras, l’evaluation

etait realisee aux semaines 11, 23 et 35, selon des criteres differents.

Dans le bras « sympt^omes », les criteres d’echec thera- peutique, conduisant a l’escalade du traitement, etaient definis par une diminution du score CDAI(Crohn Disease Activity Index)inferieurea 100 points, ou un score CDAI restant superieur a 200, ou le recours a une corti- cotherapie. Dans le bras « suivi serre », les criteres d’echec therapeutique, conduisant a l’escalade du traitement,

etaient definis par la presence d’au moins un des signes suivants : CDAI 150, CRP 5 mg/L, calprotectine 250mg/g ou le recours aux corticoı¨des. Dans chaque bras, l’escalade therapeutique suivant la corticotherapie initiale, lorsqu’elle etait necessaire selon les criteres sus- definis, etait realisee comme montre en figure 1. L’ada- limumabetait l’anti-TNF utilise et module dans cetteetude, financee par le laboratoire Abbvie. Si les patients n’avaient pas de criteres d’echec, le traitementetait maintenu. Aux semaines 24 et 36, le traitement des patients repondeurs quel que soit leur bras etait retrograde (desescalade).

Les dosages de calprotectine et de la CRP etaient centralises, et leurs resultats inconnus des investigateurs.

Le critere de jugement principal etait la proportion de patients ayant une cicatrisation endoscopiquea la semaine 48 (score CDEIS <4 et aucune ulceration profonde).

D’autres criteres secondaires classiquesetaientegalement analyses. L’effectif estime etait de 120 patients par bras,

pour esperer demontrer une difference de cicatrisation completea 48 semaines (44 % estimes dans le bras « suivi serre » contre 23,5 % dans le bras « sympt^omes »).

Re´sultats

L’etude s’est deroulee entre 2011 et 2016, et a permis de randomiser 122 patients dans chacun des bras.

Les caracteristiques principales de la population sont indiquees dans le tableau 1. Le critere de jugement principal (cicatrisation endoscopiquea la 48esemaine)etait atteint pour 46 % des patients du bras « suivi serre », et pour 30 % des patients du bras « sympt^omes », avec une difference significative (p = 0, 01)(figure 2).

‘‘

Les patients dont le traitement a e´te´ adapte´

selon les symptoˆmes et les biomarqueurs de l’inflammation, ont plus fre´quemment atteint l’objectif the´rapeutique de´fini

’’

Une proportion plus importante de patients du groupe

« suivi sere » avaient egalement atteint les objectifs secondaires de l’etude, comme la remission biologique (p = 0,006), la remission profonde (p = 0,014, CDAI

<150, CDEIS <4, absence de fistule active et pas de corticoı¨des depuis plus de 8 semaines) et la reponse

36 48 24

-9 0 -4 -1

semaine 12

Visite finale

Randomisation 1:1

Corticothérapie et sevrage

Suivi clinique (n=122)

Optimisation sur CDAI, utilisation de prednisone

Contrôle serré (n=122)

Optimisation sur CDAI, utilisation de prednisone, CF, CRP

Rescue Group** (optimisation avant la prochaine visite) Randomisation

précoce*

Désescalade ADA 40 mg/2sem + AZA

Escalade thérapeutique

ADA 40 mg/2sem

ADA 40 mg/sem + AZA 2.5 mg/kg/j ADA 40 mg/sem

ADA 160/80 mg, 40 mg /2 sem Pas de

traitement

Figure 1.Algorithme d’adaptation du traitement aux semaines 12, 24 et 36. *CDAI>220 et un des items suivant : corticotherapie>4 semaines et sevrage juge necessaire par l’investigateur, intolerance/contre-indication a la corticotherapie, inter^et du patient juge par l’investigateur.

**CDAI>300a 2 visites consecutives espacees de 7 jours oua la discretion de l’investigateur (CRP/CFelevees, ulceration prise en consideration) ; passage au groupe T to T. D’apres Colombel JFet al.Lancet 2017.

Concepts et pratique

(3)

B Objectifs secondaires à la semaine 48

C Rémission sans corticoïdes à chaque visite de l'étude 80

60

40

20

0

100

p=0,014

23,0 %

Rémission profonde

Rémission biologique

CDEIS <4 CDEIS < 4 et < 4 dans chacun des segments

Rémission endoscopique

complète

Réponse endoscopique 36,9 %

29,5 % 30,3 % 45,9 %

23,8 % 29,5 %

16,4 %18,0 %

40,2 % 56,8 %

15,6 % p=0,006

p=0,009 p=0,003

Temps (semaines)

p=0,007 p<0,001

p=0,010 p=0,229 p=0,728 p=0,067

80

60

40

20

0

30,3 %

p=0,010

45,9 %

37/122 Bras « symptômes »

Patients (%)Patients (%)

Suivi serré 56/122

100

80

60

23,8 % 39,3 %

45,1 % 63,1 %

42,6 % 59,0 %

39,3 % 59,8 %

40

20

29 55

0

Patients (%)

28 45 19 36 37 56 29 36 20 22 49 62

11 23

52 48

35 48

Bras « symptômes » (n=122) Suivi serré (n=122)

48 77 72 73

Figure 2.Principaux resultats. A) Critere de jugement principal (remission clinique et endoscopiquea la semaine 48) dans les deux bras de l’etude.

B) C) Criteres de jugements secondaires.

(4)

endoscopique (p = 0,067). A chacune des visites d’evaluation, la proportion de patients en remission sans corticoı¨des,etait significativement superieure dans le bras

« suivi serre ». Dans le bras « suivi serre » le traitement par adalimumab avait ete optimise plus rapidement (47 % contre 22 % dans le bras « sympt^omes »a la semaine 12), et le recours aux thiopurines pluseleve (27 % contre 8 %a la 36e semaine)(figure 3), mais la proportion de patients chez qui une desescaladeetait realisee, etaitegalement superieure dans ce bras de traitement.

‘‘

Les patients dont le traitement a e´te´ adapte´

graˆce aux biomarqueurs inflammatoires avaient une optimisation plus rapide, mais aussi une de´sescalade plus fre´quente

’’

La proportion d’effets secondaires, et notamment d’evenements infectieux, etait similaire dans les deux strategies de traitement.

Commentaires

CALM est uneetude strategique importante, qui demontre clairement que l’adaptation du traitement, gr^ace aux biomarqueurs non invasifs de l’inflammation que sont la CRP et la calprotectine, permet d’atteindre l’objectif therapeutique actuel de la MC de maniere plus efficace qu’une adaptation aux seuls sympt^omes. Il est important d’analyser cetteetude en rappelant leselements suivants : premierement, la population de l’etude est faite de patients dont le diagnostic de la maladie de Crohn est tres recent

100

90

78 % (61)

22 %

(17) 10 %

(9)

13 % (10) 90 %

(17)

22 % (17)

47 % (41)

6 % (5) 8 % (6)

6 % (5)

17 % (13)

18 % (16)

11 % (10) 15 %

(13)

26 % (23) 27 %

(24)

59 % (46) 6 % (5)

60 % (47) 14 %

(11)

27 % (24)

16 % (14)

19 % (17)

34 % (30) 49 %

(43) 65 %

(51) 80

70

60

50

40

30

20

10

CM (n=78)

TC (n=88) Randomisation

Patients (%)

Semaine 12 Semaine 24 Semaine 36

CM (n=78)

TC (n=88)

CM (n=78)

TC (n=88)

CM (n=78)

TC (n=88) 0

5 % (4) 3 % (3) 10 %

(8) 2 % (2)

13 % (10)

Adalimumab toutes les semaines + azathioprine Adalimumab/14 jours (désescalade d'adalimumab/7 jours)

Adalimumab/14 jours Pas de traitement Adalimumab tous les 14 jours + azathioprine

(désescalade d'ada/7 jours + AZA) Adalimumab toutes les semaines

Figure 3.Proportion de patients aux semaines 0, 12, 24 et 36 traites selon les differentes options et adaptations du protocole. CM : bras

« sympt^omes », TC : bras « suivi serre ».

Concepts et pratique

(5)

les biotherapies en general, sont plus efficaces chez les patients naı¨fs, et dans des formes recentes de MC. Il faudra donc deselements supplementaires pour juger si ce type de pilotage des traitements, est egalement licite pour des formes plus tardives, ou deja compliquees de la maladie.

Deuxiemement, les limites de cetteetude sont majoritai- rement liees a son caractere ouvert, et au fait que les endoscopies etaient realisees par les investigateurs dans chaque centre, sans relecture centralisee independante.

Ceci ne serait certainement pas accepte dans uneetude de phase III testant un nouveau medicament. Troisiemement, le seuil de calprotectine de 250mg/g choisi comme limite pour declencher une escalade de dose, pourrait ^etre discute et peut ^etre revu a la baisse. Rappelons qu’en France, le dosage de la calprotectine fecale n’est pas encore rembourse par l’assurance-maladie, et qu’un algorithme de traitement base sur ce dosage, n’est pas encore realiste, m^eme si sa prise en charge sera peut-^etre prochainement acceptee. Enfin, on peut s’interroger sur les modalites d’optimisations du traitement choisies dans l’algorithme de l’etude CALM. En effet, plusieurs etudes concordent pour penser que l’adjonction de l’azathioprine

a l’adalimumab a long terme n’est pas superieure a la monotherapie par adalimumab. De plus, dans cette situation, l’apporteventuel des dosages des taux residuels et des anticorps anti-adalimumab, pourrait ^etre discute.

Rappelons que le schema de l’etude CALM aeteetabli il y a plusieurs annees, avant que ces donnees soient disponibles. Malgre ces limites mineures, CALM est une

etude importante, dont il faudra analyser le suivia long terme. Cependant, plusieurs resultats secondaires de cette

etude ont fait l’objet de plusieurs communications au dernier congres europeen (UEGW, Barcelone, octobre 2017). Ainsi, la strategie de « suivi serre », avec adaptation du traitement par la calprotectine et la CRP, permettait de reduire significativement, malgre le court suivi disponible, les rechutes, les hospitalisations, etetait co^ut-efficace.

Liens d’inter^ets : l’auteur declare les liens d’inter^ets suivants : interventions ponctuelles pour les laboratoires

MSD et Abbvie. &

n = 122 n = 122

Anciennete´

moyenne (an) 0,9 1,0

CDAI moyen

(SD) 267,7 (58) 273,3 (59)

CDEIS moyen

(SD) 14,3 (7) 13,4(6)

Calprotectine

>250mg/g 86 % 80 %

CRP moyenne mg/L (SD)

27 (30,6) 26,4 (32,3)

CDAI : Crohn Disease Activity Index, CDEIS : Crohn’s Disease Endoscopic Index of Severity, SD : Standard Deviation

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