PITTORESQUE
I L A N
AR LE SIMPLÓN
* / * \*
^ tN
^c^t^pf 1 *^
^ V§¿
v /•
y)
V \
'/>
r\ >
C v
^ C ^ < ^ ^
^N
, üdc-^-^o. \
VOYAGE
P I T T O R E S Q U E
DE GENEVE
A MILAN
PAR LE SIMPLÓN.
Cet o u v r a g e se t r o u v e :
A PARTS, chez P . D I D O T L ' A Î N É , i m p r i m e u r - l i b r a i r e , r u e d u P o n t d e L o d i , n ° 6 , p r è s celle d e Thionville.
D E S R A Y , l i b r a i r e , r u e Hautefeuille, n ° 4- J. J. PASCHOÜD , r u e des Petits-Augustins.
BEN ARD, Md d ' e s t a m p e s , b o u l e v a r d des I t a l i e n s , n ° 11.
AMSTERDAM HAMBOURG.
MANHEIM.
M I L A N .
F L O R E N C E . D R E S D E .
B U F I A etC!% Mds d ' e s t a m p e s . CETTI e t Cie, m a r c h a n d s d'es^
t a m p e s .
DOMINIQUE ART ARIA.
M . ART ARIA.
BETTALLI e t C!e. VALLARDÍ, freres.
M O L I N I , L A N D I et Cie. RITTNER , Md d ' e s t a m p e s .
GENEVE.
ZURICH.
BERNE.
BASLE.
LAUSANNE.
NEUCHATEL en Suisse.
J. J. PASCHOUD.
M O N T T .
HENRI F U E S L T , p e i n t r e . J . J . BOURGDORFER.
FALKEISEN et HUBER.
GUILLAUME H A A S .
L O U I S L U Q U I E N S , l i b r a i r e . L O R T , p e r e et fils, p e i n t r e s
et d e s s i n a t e u r s des v u e s .
VOYAGE
PITTORESQUE
DE GENEVE
A MILAN
PAR LE S I M P L Ó N
À PARIS
DE L'IMPRIMERIE DE P. DIDOT L'AINE
M. DCCGXI.
r> i
\
05~/s-J
^vw-vx^x.*^-^. v v i v w w x -».»^^x, w v . i - v ^ w v w v */%.-». Vix.'*. K/»^. w x ^
TABLE
DES VUES ET DES DESCRIPTIONS
SUIVANT L ORDRE OU ELLES DOIVENT E T R E PLACEES.
TABLEAU G É N É R A L DU LAC DE G E N E V E .
Vue de Geneve depuis C o l o g n i , avec sa description.
Les eaux d'Amphion, près d'Evian, id.
Vue des b o r d s du lac de Geneve, près S a i n t - G i n g o u p h , id.
Vue de l'extrémité du lac de Geneve, près du Boveret, id.
TABLEAU GENERAL DU VALAIS.
Le p o n t de Saint-Maurice, La cascade de Pissevache,
Vue de S i o n , prise du côté du c o u c h a n t , Vue de S i o n , prise du côté du l e v a n t ,
avec sa description.
id.
id.
id.
!
TABLEAU GÉNÉRAL DU S I M P L O N( l )
Vue de Brieg,
Vue de la galerie et du p o n t de G a n t h e r ,
Vue prise de la sortie de la galerie de Schalbet, Vue de la galerie de Schalbet,
Vue de la galerie des Glaciers,
Vue de l'emplacement de l'hospice du S i m p l ó n , Vue d u village du S i m p l ó n ,
Vue de la galerie d'Algaby,
Vue prise de l'intérieur de la galerie d'Algaby, Ponte A l t o ,
avec sa description.
id.
avec u n e seule description.
id.
id.
id.
\ avec u n e seule description.
id.
(i) Si une carte accompagne cet ouvrage, elle pre'ce'clera cette description.
TABLE DES VUES ET DES D E S C R I P T I O N S . Vue de la nouvelle route près la grande galerie,
Vue de l'intérieur de la grande galerie, Vue de la sortie de grande galerie, Vue près de Gondo,
Vue de la galerie dTssel, Entrée du vallon de Dovedro, Pont sur la Cherasca,
Vue de l'entrée delà dernière galerie,
Vue du pont de Crevola et de la vallée de Domo d'Ossola, Vue du pont de Crevola,
Villa,
avec une seule description.
avec sa description.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
id.
TABLEAU G E N E R A L DU LAC M A J E U R .
Vue du pont de Baveno et de l'Isola Madre, avec sa description.
Vue du lac Majeur et des isles Borromées, id.
Vue de l'Isola Bella, id.
Vue de l'Isola Bella, prise de Stresa, id.
Vue d'Arona, id.
Vue de Sesto. id.
LE LAC DE GENEVE.
TABLEAU GÉNÉRAL
DU LAC DE GENEVE.
J D E tous les lacs qui embellissent la Suisse, celui de Geneve excite le plus l'admiration des étrangers: son étendiie, la p u r e t é de ses eaux, la richesse et la variété des points de vue dont on jouit de ses rivages, la beauté des villes, le n o m b r e des villages, l'élégance des campagnes qui le b o r d e n t , n e sont pas les seules causes de sa célébrité 5 elle est aussi due à l'urbanité des habitants de Geneve et des principales villes d u Pays de V a u d , à leur aisance et à l'agrément de leur société.
Le voyageur traversant p o u r la premiere fois la chaîne du J u r a , qui b o r d e la partie septentrionale d u lac de Geneve
1, est saisi d'une admiration
difficile à r e n d r e , lorsqu'arrivé sur la h a u t e u r , il découvre tout-à-coup ce beau bassin de dix-huit lieues de longueur sur trois à quatre de largeur, se rétrécissant à ses extrémités en forme de croissant, et qu'il contemple les montagnes majestueuses qui servent de cadre à ce magnifique tableau. A sa gauche il remarque le Jorat qui domine L a u s a n n e , et la longue chaîne des montagnes de la Suisse, se terminant par u n e pente rapide vers l'extrémité d u lac : c'est là qu'il aperçoit l'entrée resserrée d u Valais, qui sert d'issue au
(1) C'est de la Dolle et du Mont-Tendre sur- belles routes qui communiquent avec la France, tout, auprès du sommet desquels passent deux que la vue est la plus riche et la plus étendue.
2 T A B L E A U G É N É R A L
R h ô n e , dont l'embouchure se fait remarquer à la teinte blanchâtre de ses eaux. A sa d r o i t e , il voit ce fleuve sortir p u r et limpide d u lac, traverser G e n e v e , et suivre son cours tortueux au milieu de la plaine fertile où il s'est creusé u n lit p r o f o n d , jusqu'à ce qu'enfin il s'échappe au travers d u J u r a , p o u r couler ensuite avec rapidité vers la Méditerranée. A ses pieds le Pays de Vaud se déploie avec magnificence de la cime d u Jura jusqu'aux rives d u lac, dans lequel s'avancent plusieurs promontoires qui r o m p e n t l'uni- formité de ses bords.
Aux forêts de sapins, qui c o u r o n n e n t les h a u t e u r s , succèdent celles de hêtres et de c h ê n e s : plus bas de riches prairies, des champs fertiles, de superbes vignobles annoncent l'abondance et la prospérité. De jolies villes
1, des villages, des hameaux, de riches campagnes
2animent tous les points de ce riant tableau ; tandis que le rivage opposé offre le contraste le plus frappant. Là s'élève perpendiculairement la dent d'Oche, et ces hautes mon- tagnes de Savoie, profondément coupées par des torrents-, leur base, cou- verte de vastes forêts de châtaigniers, est dominée par d'immenses rocs inaccessibles : elles se réfléchissent dans le lac, avec cette teinte azurée que les eaux pures et profondes d o n n e n t aux objets qui s'y peignent. Quelques chalets répandus sur les h a u t e u r s , quelques villages et deux petites villes, situées au b o r d d u lac, sont les seules habitations qu'on y r e m a r q u e : on ne comprendroit pas même comment leurs habitants peuvent communiquer entre eux, tant la côte est escarpée, si l'on ne distinguoit le nouveau chemin qui conduit au Simplón. Cette belle r o u t e est tracée sur le rivage, dont elle m a r q u e les sinuosités, par la couleur blanchâtre des rochers et des terres où elle a été creusée. C'est au-dessus de ces m o n t a g n e s , déjà fort élevées, que paroissent les sommités couvertes de neige qui entourent la vallée de Chamouni: au milieu d'elles le Mont-Blanc élevé majestueusement sa t ê t e , séjour des frimas et des glaces éternelles.
Cependant ces hautes montagnes s'abaissent du côté de Geneve j u n e
(1) Geneve, Lausanne, Vevey, Morges, Rolle, taire, Rousseau, Bonnet, De Saussure, De L u c , Nyon, Aubonne, Coppet. Tissot, Necker, peuvent toutes s'apercevoir de ce
(2) Les demeures habitées autrefois par Vol- lieu.
D U L A C D E G E N E V E . 3 plaine assez é t e n d u e , et couverte d'une belle végétation, se trouve entre le
lac et le pied d u Sal eve et des Voirons; l'Arve la traverse, et vient réunir ses eaux bourbeuses à celles d u Rhône.
Ce vaste tableau, sublime dans son ensemble, pittoresque et varié dans ses formes et dans ses effets, riche dans ses détails, offre u n coup-d'œil unique et qu'on ne se lasse pas d'admirer.
Ce n'est pas seulement le peintre et l'amateur de la nature que les beautés d u lac de Geneve attirent ; le naturaliste, le physicien y trouvent également à satisfaire leurs goûts. Comme le lac de Geneve est placé entre les hautes Alpes et le Jura et au débouché de plusieurs grandes vallées, on trouve sur ses bords des cailloux roulés de tous les genres : les montagnes qui l'entou- r e n t , et d o n t on peut étudier les couches jusque dans leur base, offrent u n vaste champ aux recherches d u géologue. Le lac fournit différentes espèces de poissons excellents ; et des oiseaux aquatiques, assez rares ailleurs, vivent sur ses rivages. L'amateur de la botanique pourra faire dans différentes vallées, où la chaleur se concentre plus ou moins, u n e abondante récolte de plantes qui ne croissent que dans des climats très opposés. Le physicien lui-même ne verra pas sans intérêt les cimes d u Mont-Blanc, du Buet, d u
Géant, où les De Saussure, les De Luc et les Pictet ont fait de si belles expériences
1: et quel est l'homme qui ne se détourneroit pas p o u r aller visiter Clarens, Meillerie, et cette belle partie d u lac que Rousseau a si bien décrite dans sa Nouvelle Héloïse?
Le lac recevant dans son sein plusieurs rivieres qui viennent des glaciers, ses eaux se trouvent plus élevées en é t é , pendant la grande fonte des neiges, que dans les saisons froides-, c'est ordinairement dans le mois d'août qu'elles parviennent à leur pins grande hauteur. Mais outre cette crue régulière, on voit quelquefois le lac s'élever tout-à-coup de quatre à cinq pieds, s'abaisser ensuite avec la même rapidité: cette espèce de marée, qui dure quelques h e u r e s , est connue dans le pays sous le nom de seiche; l'hypothèse qui r e n d le mieux raison de ces effets, est celle qui en attribue la cause à des varia-
(1) C'est à ces savants que l'on doit la détermi- et particulièrement celle du lac, qui est, suivant nation de diverses hauteurs au-dessus de la m e r , MM. De Saussure et Trembley, de io,3 toises.
4 T A B L E A U G É N É R A L
tions partielles dans la pression de l'atmosphère. Au reste on a observé le même phénomène dans la plupart des autres lacs de la Suisse.
La profondeur d u lac s'est trouvée fort différente, suivant les lieux où on l'a mesurée. Près de Geneve est u n banc de glaise et de sable qui forme u n bas fond, tandis que la sonde a indiqué jusqu'à g5o pieds vis-à-vis des rochers de Meillerie; ce q u i , selon la r e m a r q u e de De Saussure, vient à l'appui de l'opinion de quelques physiciens, qui pensent que dans les lacs, comme dans la m e r , les profondeurs les plus considérables se trouvent en face des côtes les plus escarpées.
Les eaux d u lac sont parfaitement claires et limpides dans toute son éten- d u e , excepté près de l'embouchure du Rhône-, là le fleuve verse ses eaux chargées des débris qu'il entraine dans son cours r a p i d e , mais lorsqu'il a p a r c o u r u u n certain espace dans le lac, son mouvement se ralentit, et le limon qu'il charioit se précipite, jusqu'au moment où quelque vent violent le repousse sur le rivage, où il forme des alluvions. C'est ainsi que l'on voit les terres situées près de l'embouchure du Rhône s'étendre chaque a n n é e , empiéter sur le lac, et former des marais, qui peu-à-peu sont changés en terreins fertiles. Cet accroissement d u rivage est assez considérable p o u r que chaque génération puisse l'apercevoir : on montre aux étrangers u n village nommé Prévallay ( Portas Valesia ) qui étoit autrefois au bord du lac, comme son nom l'indique, et qui aujourd'hui en est éloigné d'une demi- lieue.
Avant la r é u n i o n de la Savoie et de Geneve à la F r a n c e , les bords d u lac
servoient de limite à cinq états différents; savoir, la F r a n c e , le Chablais
(province de Savoie ) , le Valais, la république de Geneve, et le Pays de Vaud
qui dépendoit du canton de Berne. C'est cette dernière partie qui est la
plus r i c h e , la plus habitée, et la mieux cultivée -, deux vignobles en dépendent
et produisent des vins blancs estimés : celui de la côte croît sur des collines
peu inclinées entre Morges et Nyon -, celui de la Vaux est le produit d'un
vignoble qui s'étend entre Lausanne et Vevey, des rives du lac à la crête
des coteaux, et forme u n amphithéâtre de terrasses soutenues par de petits
murs : c'est sur ces pentes rapides, couvertes de terres r a p p o r t é e s , que les
D U L A C D E G E N E V E . 5 industrieux habitants de ce pays ont su naturaliser la vigne et recueillir
d'abondantes récoltes. Dans les environs de Geneve le vin est d'une qualité médiocre. Au pied des montagnes d u Chablais, qui regardent le n o r d , le climat n'est pas assez chaud pour que la vigne puisse y être cultivée, le bled même peut à peine y mûrir dans les années froides et humides : en échange les pâturages y sont excellents.
Si l'on en excepte G e n e v e , où le commerce et l'industrie ont fleuri de
tout temps, la plupart des villes qui entourent le lac, quoique favorablement
situées pour le commerce, n'en font presque aucun5 on y trouve peu de
manufactures. Ce qui pourra contribuer à changer cet état des choses, c'est
l'établissement des belles routes du Simplón, d u Mont-Cénis, et de la Fau-
cille, qui toutes aboutissent aux rives d u lac. Ces avantages seroient fort
accrus, si le projet souvent formé de r e n d r e le R h ô n e navigable de Seyssel
à Geneve étoit réalisé. Dans u n siecle où l'on admire tous les jours des
phénomènes de ce g e n r e , on peut s'attendre à voir s'exécuter u n e entreprise
aussi utile.
G E N E V E .
La vue de Cologni est beaucoup plus étendue que ne l'indique le dessin. Sur u n riche coteau, à d r o i t e , on voit la retraite d'où Voltaire dirigea p e n d a n t trente ans l'opinion d'un siecle dont il fut l'oracle : c'est F e r n e y , seul village sans doute que jamais u n poète ait fondé. Ensuite sur les rives opposées du l a c , on découvre u n e multitude de jolies maisons de c a m p a g n e , entre autres G e n t h o d , où vivoit u n exact et savant naturaliste, u n profond métaphysicien, u n vrai sage, Charles Bonnet. E n se r e t o u r n a n t u n peu plus vers le n o r d , on aperçoit différentes villes du Pays de V a u d , et les riches coteaux qui les dominent. Il m a n q u e cependant à cette vue le beau spectacle d o n t on jouit de l'autre côté du l a c , celui qu'offrent le Mont-Blanc et les glaciers de Cha- m o u n i : c'est de là qu'au coucher du soleil, et m ê m e long-temps après qu'il a disparu, on peut contempler ces grandes masses qui sont alors d'un rose tendre ; on les voit dominer majestueusement les montagnes rembrunies qui b o r d e n t le l a c , et qui s'élèvent graduellement jusqu'aux sommités toujours couvertes de neige.
>
ft,
0
6î
•'S*
£
)
GENEVE.
VUE
DE GENEVE DEPUIS COLOGNI.
V ^ O L O G N I , village situé sur la rive méridionale du lac Léman et sur la r o u t e du Simplón, est u n des sites d'où la ville de Geneve se présente le m i e u x ; c'est aussi celui que l'artiste a choisi p o u r la dessiner. La ville qui s'élève en amphithéâtre à l'extrémité du lac, le R h ô n e qui la t r a v e r s e , les riantes collines qui la d o m i n e n t , les jolies maisons de campagne qui l ' e n t o u r e n t , et le lac dans lequel se peignent la plupart de ces objets, offrent u n point de vue r e m a r q u a b l e . Le m o n t W u a c h e termine le fond du tableau; il est séparé de la chaîne plus élevée du J u r a p a r u n e profonde coupure qui porte le n o m de l'Ecluse, et dans laquelle on a construit u n fort p o u r défendre ce passage étroit. Cette c o u p u r e , produite p r o b a b l e m e n t p a r u n e de ces grandes débâcles qui ont eu lieu jadis à la surface de n o t r e g l o b e , offre u n e issue au R h ô n e , qui roule ses eaux profondément encaissées dans des montagnes arides et escarpées : c'est à deux lieues de là q u e , dans les basses eaux, il se p e r d entiè- rement sous d'énormes r o c h e r s , p o u r reparoitre de n o u v e a u u n peu plus bas. La chaîne du Jura, dont on voit sur la droite u n e des sommités les plus élevées, appelée Reculet, s'étend jusqu'à Bâle : dans sa partie la plus rapprochée de Geneve, ses sombres forêts de sapins et ses rochers nuds contrastent avec la richesse et la riante verdure de la vallée.
La ville de Geneve est divisée par le Rhône en deux parties inégales. Ce fleuve ayant déposé son limon dans le lac, qu'il vient de traverser, paroît d'un b e a u bleu d'azur.
L origine de Geneve est ignorée : seulement on p e u t conjecturer qu'une position aussi avantageuse, à l'extrémité d'un lac poissonneux, près du confluent de deux
G E N E V E .
rivieres, au milieu d'une plaine vaste et fertile, y attira de très b o n n e h e u r e des habitants.
Geneve étoit déjà qualifiée de ville ou de b o u r g au temps où les Romains pénétrèrent dans la Gaule ; elle faisoit partie du pays des Allobroges, et passa avec ces peuples sous la domination des Romains : il est vraisemblable que le christianisme y fut i n t r o d u i t dans le IVe siecle, et que Paracodus et Denis furent ses premiers évèques; elle changea de maître en 4 ^ 6 , et devint l'une des capitales du r o y a u m e des Bourguignons.
Ce fut à Geneve que se négocia le mariage de la fameuse Clotilde avec Clovis roi des Francs. Vers l'an 5i 1, T h é o d o r i c , r o i des O s t r o g o t h s , enleva Geneve aux Bour- g u i g n o n s ; ses successeurs la cédèrent aux Français en 5 3 6 , et dès-lors elle fut au pouvoir des différents rois de la race Mérovingienne qui possédèrent le r o y a u m e de B o u r g o g n e : elle fut soumise à P é p i n , à Charlemagne et à Louis-le-Débonnaire, et entra ensuite dans le partage que firent les fils de ce dernier prince des états de leur pere. En 8 8 8 , elle fit partie du second r o y a u m e de Bourgogne. Dans le X P siecle, après la chute de ce r o y a u m e , ses évêques se firent céder des droits de souveraineté par les empereurs d'Allemagne ; ils luttèrent successivement p e n d a n t quatre ou cinq siecles contre les comtes du Genevois, et ensuite contre ceux de Savoie qui leur dis- putoient la possession de la ville. Enfin Geneve acquit u n e indépendance complette
en i 5 3 5 , et se constitua en république au m o m e n t où elle embrassa la reformation.
Dès-lors ce petit état est devenu de j o u r en j o u r plus florissant: il avoit acquis u n e consistance politique qui paroîtroit incroyable relativement à la petitesse de son t e r r i t o i r e , si elle ne s'expliquoit aisément par la position de Geneve, entre trois états jaloux les uns des a u t r e s , et intéressés à ce qu'aucun d'eux ne possédât cette ville, devenue par cela même très importante. Ces circonstances ont c h a n g é , et Geneve est m a i n t e n a n t le chef-lieu du département du Léman.
Les habitants de Geneve ont toujours été distingués par leur esprit de commerce et par leur industrie. Ils excellent dans les arts m é c a n i q u e s , dans l'horlogerie, par exemple, qui pendant plusieurs années a occupé six mille individus dans la ville seule.
Il y règne u n goût général p o u r l'instruction : on y trouve les secours nécessaires p o u r faire de bonnes études ; u n collège dont les maîtres sont payés par u n établis- sement particulier, et dans lequel les riches et les pauvres envoient régulièrement leurs enfants ; ce qui fait que les lumières y sont répandues jusque dans les classes inférieures de la société. Ce collège a été fondé par Calvin, qui institua également l'académie : elle s'est fait u n n o m dans les lettres et sur-tout dans les sciences, et a fourni u n grand n o m b r e d'hommes célebres ; elle vient d'être créée académie impé- riale , et fait partie intégrante de l'Université de France.
AMPHION.
LES EAUX D'AMPHION
PRÈS D'EVIAN.
A P R È S avoir quitté Cologni le chemin s'éloigne des bords du lac, et traverse pendant sept lieues des terres assez mal cultivées, la petite ville de T h o n o n , ancienne capitale du Chablais, et de tristes villages où tout annonce la pauvreté des habitants. Le voyageur, fatigué de ce trajet m o n o t o n e , n'en est que plus agréablement surpris, quand tout-à-coup, près d'Evian, il découvre au milieu d'un groupe d'arbres, au b o r d du lac, u n pavillon de l'architecture la plus élégante, et qu'il y voit arriver des équipages brillants et une société nombreuse. L'inscription placée sur la façade de ce joli bâtiment lui apprend que la source d'eau minérale qui s'y trouve s'appelle Am- phion : la réputation est sans doute due autant à l'agréable situation de ce lieu, à la beauté de ses environs et à la b o n n e société qui s'y rassemble, qu'à l'efficacité de ses eaux. Amphion est placé au centre du demi-cercle que décrit le lac de Geneve, et à l'un des points de sa partie méridionale d'où la vue est la plus riche et la plus étendue.
Le Pays de Vaud, que l'on embrasse d'un seul coup-d'œil, se déploie en amphithéâtre terminé par la cime bleuâtre du Jura. U n n o m b r e infini de clochers, de villages et de châteaux, que l'on distingue malgré leur éloignement, couvrent cet espace par- tout cultivé: Rolles, Morges, Vevey, semblent sortir du l a c , et L a u s a n n e , bâtie sur une h a u t e u r , se peint avec les tours gothiques de sa cathédrale dans le cristal des eaux, quelquefois calmes et tranquilles, quelquefois doucement agitées par le mou- vement des barques qui sillonnent sa surface.
N o n loin d'Evian est l'ancienne chartreuse de Ripaille, dont le n o m est devenu le synonyme de l'abondance et de la gaîté : elle servit de retraite à ce bizarre et volup- tueux Amedee, q u i , ennuyé des g r a n d e u r s , se fit moine p o u r être h e u r e u x ; mais, dit Voltaire, il voulut être pape, et cessa d'être sage
^
h £
K
SAINT GINGOUPH.
VUE
DES BORDS DU LAC DE GENEVE
PRÈS DE SAINT-GINGOUPH.
JJiEN peu de sites sont comparables à ceux que présente la nouvelle route d'Evian à Saint-Gingouph. Jusqu'à la T o u r - R o n d e , elle suit la direction de l'ancien chemin et côtoie le rivage du lac. Des noyers vigoureux, d'antiques chênes offrent par-tout leur ombrage au voyageur : il s'arrête souvent p o u r admirer sur la rive opposée, qui se rapproche graduellement, les habitations n o m b r e u s e s , les riches coteaux de la V a u x , couverts de vignobles jusqu'à une grande h a u t e u r , et dont le sommet est couronné de verdure et de forêts.
Mais bientôt les bords du lac ne présentent plus cet aspect riant : des montagnes arides, surmontées de la Dent d ' O c h e , se rapprochent de son bassin, et y forment des parois presque verticales qui laissoient jadis à peine la place d'un étroit sentier.
Ces lieux rendus célebres par les scenes de la Nouvelle Héloïse, où ils sont dépeints avec des couleurs si sombres, ne sont plus reconnoissables aujourd'hui : l'art a ouvert à grands frais, au milieu de ces masses é n o r m e s , une r o u t e large et par-tout égale- ment élevée au-dessus du l a c ; des ponts d'une construction élégante ont été bâtis, des ravins profonds ont été franchis au m o y e n de digues élevées, des rochers de plus de cent pieds de haut ont été coupés ; on n'a été arrêté dans cette entreprise hardie par aucun obstacle, et le contraste qu'offre ce que l'art a de plus parfait, à côté de la nature la plus sauvage, inspire une continuelle admiration. Enfin, après avoir passé auprès de Meillerie, village bâti sur la pente rapide des r o c h e r s , on arrive à Saint-
ci
S A I N T - G I N G O U P H .
G i n g o u p h , limite de la France et du Valais : c'est le village que l'on d é c o u v r e , au milieu d'une touffe d'arbres, au second plan du tableau.
U n massif de rochers qui a été conservé entre la r o u t e et le lac, et qui se voit dans ce dessin, offre u n p h é n o m è n e remarquable ; il recele de grands arbres pétrifiés avec leurs troncs et leurs branches. La partie qui a été enlevée p o u r faire place à la r o u t e a été transportée au Musée d'Histoire naturelle à P a r i s , où elle sera l'objet des recherches des géologues. Seroit-ce u n e trace de ce terrible bouleversement dont une ancienne chronique suisse nous a transmis le souvenir? L'évêque de L a u s a n n e , Marius, qui vivoit au IVe siecle, raconte dans ses annales qu'une montagne fut précipitée dans le lac de Geneve, entraînant dans sa chute une forteresse et plusieurs villages bâtis à ses pieds ; le lac en reçut une c o m m o t i o n si forte que ses eaux se débordèrent sur toutes ses rives, et à Geneve même enlevèrent des ponts et des moulins. De semblables dé- sastres, si frappants p o u r les contemporains, ne sont pas rares dans I'histoire de la Suisse : ils viennent malheureusement de se renouveler sous nos yeux dans la vallée de Goldau.
Dans le lointain se découvre le M o n t - T e n d r e , qui sépare les plaines fertiles du Pays de Vaud de la vallée du lac de Joux ; c'est au pied de ce m o n t qu'est le signal de Bougy, r e n o m m é par sa vue magnifique. A gauche du Mont-Tendre est la D ô l e , au sommet de laquelle chaque année, au premier du mois d'août, les bergers des montagnes voi- sines célèbrent une fête champêtre.
^
s
"i rL.
^
s
^I "8
LE BOVERET.
U \S*s^ % / W * / V » - W / X . fc^VX. »^"»- W * . ' ^ ' ^ ' * . %^S%, %Î"W */X^V. V W *S*/%, %SSS%, « J W ^%^*- «-r»^^. *<^^^«^^^^%/^'X.»/*.'Vi«/V^.^^/X'%/*/X¿*^%^^»J*/^«^X/^-*/^/*,^V'%/WV'*i V»^-
VUE
DE L'EXTRÉMITÉ DU LAC DE GENEVE
ET DE L'ENTRÉE DU RHONE PRÈS DU BOVERET.
JE A réunion des objets les plus gracieux fait de cette partie du lac de Geneve u n site enchanteur. Ces lieux romantiques sont encore embellis par le charme des sou- venirs, et Rousseau en les peignant a beaucoup augmenté l'intérêt qu'ils inspirent. Il dit lui-même: « Allez à Vevey, visitez le pays, examinez les sites, promenez-vous sur
« le lac, et dites si la nature n'a pas fait ce beau pays p o u r une Julie, p o u r u n e Claire,
« et pour u n Saint-Preux; mais ne les y cherchez pas. »
La route continue à suivre par des contours arrondis les bords sinueux du lac, mais les parois des rochers qui la bordoient près de Saint-Gingoupli s'abais-
sent en s'approchant du Boveret, et sont remplacées par u n tapis de gazon qu'om- bragent des châtaigniers touffus, et que rafraîchissent sans cesse des ruisseaux limpides: ces ruisseaux, interrompus dans leur cours par la r o u t e , forment le long
de ses bords de jolies cascades ou de petits réservoirs qui invitent les voyageurs à s'y désaltérer.
Sur les rives opposées les montagnes commencent à prendre ces formes majes- tueuses qui caractérisent les hautes Alpes : celles qui terminent l'horizon de cette v u e , parmi lesquelles se distingue à gauche la Dent de J a m a n , forment l'extrémité de la chaîne secondaire qui s'étend du lac de T h o u n e à celui de Geneve, et sépare le Pays de Vaud des cantons de Berne et de Fribourg. A leur pied on r e m a r q u e , sur une colline couverte de vignobles, le village Montreux ; plus bas est Clarens et le château
da
L E B O V E R E T .
Chillón1, d o n t les tours gothiques sont haignées par le l a c : à droite est Villeneuve, l'ancienne Pennilucus des R o m a i n s , connue par la victoire que Divico, chef des Hel- vétiens, r e m p o r t a sur le consul Lucius Cassius l'an 646 de Rome.
La pointe de terre qui s'avance a u second plan de cette vue est formée des atter- rissements du R h ô n e qui se jette dans le lac par plusieurs embouchures : les bateaux qui le r e m o n t e n t , et dont o n a peint les voiles b l a n c h e s , dépassant les arbres qui croissent sur ses b o r d s , c o n t r i b u e n t à animer le tableau.
(1) Le château de Chillón a e'té bâti sur u n ro- cher isolé dans le lac, par Pierre de Savoie, en
1238, pour défendre de ce côté l'entrée de ses états; les Bernois le conquirent en i536 avec le reste du Pays de Vaud, et il servit de résidence aux baillis de Vevey jusqu'en 1733, qu'il devint
une prison d'état. Des souterrains, creusés dans le roc au-dessous du niveau des eaux, renfermèrent autrefois, pendant plusieurs années, Bonnivard, prieur de Saint-Victor de Geneve, intrépide dé- fenseur de sa patrie.
LE VALAIS.
». «.•x.^. I.VW «J%-X. x/*^,- */v-x * h */x-x. * . - f x x/x.•». v-fc
TABLEAU GENERAL
/ rDU VALAIS.
A U C U N E
contrée de l'Europe ne mérite autant que le Valais l'attention d'un voyageur éclairé} le naturaliste, le philosophe, l'homme d'état, parcourront avec le même intérêt cet étrange pays. Tout y diffère de ce que l'on voit ailleurs-, c'est une autre nature, d'autres mœurs : là se retrouvent des usages politiques abolis chez tous les voisins; et ce pays, si peu c o n n u , est placé entre la France et l'Italie, au centre de tout ce que la civilisation a de plus parfait.
Le Valais est situé au milieu des Alpes. A partir de la Fourche ces monta- gnes colossales se divisent, et leurs deux chaînes réunies au Mont-Blanc em- brassent dans leur vaste contour la vallée la plus profonde du monde connu
1. La chaîne septentrionale sépare le Valais des cantons suisses ; la méridionale
(i) Dans la chaîne méridionale sont les trois plus hautes montagnes de l'Europe: le Mont-blanc, élevé, selon les calculs de Trallès, de 2466 toises au-dessus de la mer ; le Mont-Rosa, de il£>o ; le Mont-Cervin, de a3og, suivant Saussure. Les plus élevées de la chaîne septentrionale sont le Fins- terharhorn, de 2206; la Jungfrau, de 2145, le Balmhorn, igo5 toises, selon Trallès. Brieg, situé
entre le Mont-Rosa et Finsterharhorn, et qui est à 364 toises au-dessus de la mer, est donc dans le fond d'une vallée, dont la paroi méridionale a 2066 toises, et la septentrionale 1842. La vallée de Chamouni n'est que de 1926 toises au-dessous du Mont-Blanc, et celle de Quito de 1751 au-dessous du Chimboraço, quoique cette pointe des Cordilieres soit de 750 toises plus élevée que le Mont-Blanc.
2 T A B L E A U G É N É R A L
élevé u n e barriere imposante entre cette vallée, le royaume d'Italie, le Pié- m o n t , et la ci-devant Savoie. Le Valais a t r e n t e - q u a t r e lieues de longueur de l'est à l'ouest, dix dans sa plus grande largeur du n o r d au sud : son ter- ritoire est d'environ deux cents lieues carrées.
Les sommités de ces deux chaînes des Alpes sont couvertes de neiges éternelles^ leurs flancs sont sillonnés par des gorges étroites et profondes, qui servent de lits à des torrents impétueux, et aboutissent à la grande vallée.
Le Rhône traverse le Valais dans tonte sa longueur, depuis les glaciers de la F o u r c h e , où ce fleuve p r e n d sa s o u r c e , jusqu'au lac de G e n e v e , dans lequel il verse ses eaux
1. Tantôt resserré entre les montagnes, il se fraye avec peine u n e issue, et ses eaux blanchissant dans leur chute se précipitent en cascade-, tantôt se r é p a n d a n t dans la plaine, il inonde les prairies, les con- vertit en marais, et laisse des traces de ses ravages par-tout où la main de l'homme ne lui a pas opposé des barrieres.
Cette vallée doit à sa profondeur et à la hauteur des montagnes qui l'en- t o u r e n t la grande variété qu'on observe dans ses produits. Dans les lieux bas et bien exposés, on voit mûrir les fruits d'Italie-, la vigne y prospere et d o n n e d'excellents vins : en s'élevant sur la pente des Alpes, on voit les champs succéder aux vignes, les forêts et les pâturages succéder aux champs, et s'étendre jusqu'à la région des neiges. La nature présente ici le plus éton- nant contraste en réunissant, sous le même ciel, les richesses du midi et toutes les horreurs de la zone glaciale.
Jusqu'ici le Valais a été peu fréquenté et peu c o n n u 5 sa situation l'isole nécessairement de ses voisins. Avant l'établissement de la route du Simplón, u n e porte à Saint-Maurice fermoit l'entrée de tout le pays et dans u n circuit de soixante-dix lieues de montagnes. Il n'existoit avec l'Italie, la Suisse, et la Savoie, qu'un petit n o m b r e de communications, dont l'habitant des plaines ne pourra jamais se former u n e idée. Le passage le plus commode et le plus fréquenté, le grand S a i n t - B e r n a r d , conduisant au val d'Aost, n'offre aux voyageurs qu'un sentier praticable pendant quelques mois pour les seuls
(1) Sa pente dans cette étendue est de 7 i 3 toises. 1
D U V A L A I S . 3 mulets j on y seroit souvent exposé aux plus grands dangers sans le secours
des religieux qui habitent l'hospice au sommet de la montagne: u n e sorte d'exaltation et u n renoncement absolu à toutes les douceurs de la vie ont été, et sont encore nécessaires pour fixer des hommes dans ces affreux dé- serts. Un second sentier, taillé en zig-zag dans la paroi verticale d'un rocher haut de 600 toises, conduit des bains de Louesch dans le canton de Berne, en traversant la Gemmy 5 u n troisième, aussi fort escarpé, aboutit à la vallée de Chamouni : enfin trois passages dangereux conduisent, l'un au canton de Berne, par le Grimsel; un second à la vallée d'Urseren, au pied du Saint- Gothard, par la Fourche5 et le dernier à la vallée de Formazza en Italie, par une montagne nommée le Griess. Telles étoient les routes ouvertes au commerce extérieur5 celles de l'intérieur n'étoient guère plus faciles, beaucoup de villages n'avoient entre eux d'autre communication que des échelles placées de ressaut en ressaut, au moyen desquelles on franchissoit un rocher à pic élevé de plusieurs centaines de toises.
Ce pays étoit anciennement divisé en haut Valais, comprenant les sept dixains de Sion, Si eres, Louesch, Viege, Razon, Brieg, et Gomsj et en bas Valais, renfermant sept châtellenies ou bailliages, dont les sièges étoient à Saint-Maurice, Martigny, Montey, N e u d a , Bouveret, A r d e n , et Bagne. En partant des bords du lac de Geneve et remontant le R h ô n e , on parcourt premièrement le bas Valais où se trouvent Saint-Maurice et Martigny 5 à cinq lieues de Saint-Maurice, à la petite riviere de Morse, commence le territoire
du haut Valais : une lieue plus haut on arrive à Sion, capitale de tout le pays} en continuant sa route à l'est on rencontre Sieres et Leuck ou Louesch ; Viege, Razon, paroissent ensuite, et enfin Brieg, où commence le passage du Simplón. Au-delà de Brieg la vallée se rétrécit considérablement, et
devient en quelque sorte u n précipice dont le fond est ravagé par le Rhône.
Conches est sur la rive gauche d u fleuve-, mais en continuant à côtoyer sa
rive droite on arrive, par un sentier étroit, à Lax, village bâti dans le site le
plus sauvage, sur la pente rapide de la montagne. Après avoir passé Lax, le
même sentier conduit à un écartementdes montagnes qui se prolonge jusqu'au
pied du Grimsel, de la Fourche, et des glaciers, sources intarissables du Rhône.
4 T A B L E A U G É N É R A L
L'homme le plus insensible aux beautés de la nature ne traversera certaine- m e n t pas le Valais sans éprouver de la surprise et u n e vive émotion-, la seule lecture delà belle description qu'en fait Rousseau enchantera toujours, par sa force et sa vérité, les vrais amis de la n a t u r e , et les admirateurs du pouvoir que l'art de l'homme exerce sur elle. « Je gravissois, dit-il, lentement et à pied
« des sentiers assez rudes. Je voulois rêver, et j'en étois toujours détourné
« par quelque spectacle inattendu : tantôt d'immenses roches pendoient en
« ruines au-dessus de ma tête-, tantôt de hautes et bruyantes cascades m'inon-
« doient de leur épais brouillard-, tantôt u n torrent éternel ouvroit à mes
« côtés u n abîme d o n t les yeux n
Josoient sonder la profondeur. Quelquefois
« je me perdois dans l'obscurité d'un bois touffu-, quelquefois en sortant
« d'un gouffre une agréable prairie réjouissoit tout-à-coup mes regards. Un
« mélange étonnant de la n a t u r e sauvage et de la nature cultivée montroit a par-tout la main des hommes où l'on eût cru qu'ils n'avoient jamais péné- c< tré : à côté d'une caverne on trouvoit des maisons -, on voyoit des pampres
« secs où l'on n'eût cherché que des r o n c e s , des vignes dans des terres
« éboulées, d'excellents fruits sur des r o c h e r s , et des champs dans des pré-
« cipices.
« Ce n'étoit pas seulement le travail des hommes qui rendoit ces pays étran-
« ges si bizarrement contrastés -, la nature sembloit encore p r e n d r e plaisir à
« s'y mettre en opposition avec elle-même, tant on la trouvoit différente en u n c< même lieu sous divers aspects. Au levant les fleurs d u printemps, au midi
« les fruits de l'automne, au n o r d les glaces de l'hiver : elle réunissoit toutes
« les saisons dans le même instant, tous les climats dans le même lieu, des
« terrains contraires sur le même sol, et formoit l'accord inconnu par-tout
<( ailleurs des productions des plaines et de celles des Alpes. Ajoutez à tout
« cela les illusions de l'optique, les pointes des monts différemment éclai-
« r é e s , le clair-obscur du soleil et des o m b r e s , et tous les accidents de
« lumière qui en résultoient le matin et le soir, vous aurez quelque idée o des scenes continuelles qui n e cessèrent d'attirer mon admiration, et qui a sembloient m'être offertes en un vrai théâtre} car la perspective des monts
« étant verticale frappe les yeux tout à la fois, et bien plus puissamment
D U V A L A I S . 5
« que celle des plaines, qui ne se voit qu'obliquement, en fuyant, et dont
« chaque objet vous en cache un autre. »
En effet les productions du Valais sont variées à l'infini, et leur rassem- blement produit les contrastes les plus frappants. Ses montagnes, dont les débris couvrent les plaines du Pays de Vaud et la base d'une partie du J u r a , offrent la succession étonnante des roches des Alpes5 les granits, les gneiss, les schistes, les serpentines, les marbres, les roches calcaires anciennes les composent: elles renferment encore de l'amiante, de beaux grenats, des cristallisations de plusieurs espèces, peut-être même quelques mines de mé- taux précieux^ au moins est-ce à la découverte de semblables mines que le peuple attribue la fortune considérable de certaines familles valaisannes.
Des bords du Rhône à la région des neiges la pente des montagnes est cou- verte d'une succession admirable d'arbres et de plantes : on quitte, au fond
de la vallée, le grenadier et le figuier chargés de fruits, et en s'élevant on rencontre successivement les arbres et les plantes de tous les climats, jus- qu'au r h o d o d e n d r o n , qui fleurit auprès des neiges. Le châtaignier, le platane d'occident, le chêne, le h ê t r e , le bouleau, le p i n , le sapin, la pesse, et le mélese ( pinus lœris ) , peuplent les forêts
7selon leur élévation plus ou moins considérable.
Le bouquetin et le chamois gravissent les rochers les moins accessibles, et paissent sur leurs cimes: l'ours, la marmotte, le lièvre blanc, habitent les sombres retraites des gorges étroites des Alpes j le sanglier par oit quelquefois sur les bords du Rhône. Les oiseaux de proie de toutes espèces nichent dans les cavités des roches les plus escarpées-, le coq de b r u y è r e , la perdrix rouge, le lagopède ou perdrix blanche, ainsi que tous les oiseaux de passage, abondent dans les forêts et dans les marécages d u fond de la vallée.
Environ quatre-vingt mille ames composent la population de tout le pays.
La race des hommes qui habitent le haut Valais est belle, forte, semblable
par son génie et par ses mœurs aux montagnards des cantons de Berne et
d'Ury, leurs voisins : étrangers comme eux au commerce et à l'industrie,
peu adonnés au labourage, les soins de leurs prairies et de leurs bestiaux les
occupent uniquement. Les habitants d u bas Valais sont moins forts et moins
6 T A B L E A U G É N É R A L
grands ; ils cultivent négligemment u n sol p r é c i e u x , mais l'indolence du cultivateur est presque justifiée par la modération de ses désirs.
Deux maladies sont en quelque sorte particulières aux Yalaisans, sur- tout à ceux qui habitent les districts de Sieres, Sion et Martigny : ces ma- ladies sont le goitre et ce qu'on appelle le crétinisme-, jusqu'ici leurs causes sont demeurées inconnues. La premiere de ces maladies est une incom- modité souvent monstrueuse, rarement mortelle} mais la seconde, horrible
dans ses effets, dégrade l'homme au moral comme au physique, et le transforme en u n animal stupide et dégoûtant. Un teint livide, des chairs flasques, des lèvres pendantes,sont les symptômes extérieurs de la maladie:
plusieurs crétins, privés de la parole et de l'ouïe, sont étrangers à toute autre sensation qu'à celle de satisfaire les premiers besoins de la nature. Les soins du gouvernement et des particuliers ont considérablement diminué le nom- b r e de ces infortunés ; cependant on en rencontre encore souvent dans le bas Valais. Cette maladie est-elle due à la chaleur excessive et au défaut de circulation d'air dans le fond de la vallée? seroit-elle une maladie hérédi- taire et p r o p r e à certaines familles? Voilà des questions de la plus haute importance pour le Valais : si l'on parvient à les r é s o u d r e , on pourra voir ce pays délivré pour jamais d u plus triste et du plus redoutable des fléaux.
Tous les Valaisans professent la religion catholique, et y sont attachés avec cette ténacité qu'on observe chez les montagnards pour tout ce qui est opinion ou ancien usage. A l'exception de quelques communes des Alpes pennines, où l'on parle u n italien c o r r o m p u , la langue de tout le haut Valais
est le dialecte allemand, nommé allemand-suisse: le français, et u n patois roman presque inintelligible aux étrangers, est l'idiome du bas Valais.
Le Valaisan, pâtre ou laboureur, vivant isolé, est demeuré étranger aux
nombreux besoins que le luxe et la mollesse ont imposés à la plupart des
peuples: la simplicité de ses m œ u r s , sa modération, son hospitalité, ont été
décrites de la maniere la plus touchante par u n homme qui sentoit vivement
le prix de ces vertus. Tout Valaisan éloigné de sa patrie desire y r e n t r e r : le
service militaire étranger n'affoiblit point ce désir, et il n'est pas rare de
voir des officiers généraux habitués, pendant une longue absence, au luxe
D U V A L A I S . 7 des cours et aux jouissances des grandes villes, r e p r e n d r e , dès qu'ils sont
de retour dans leur patrie, les mœurs simples et les usages antiques de leurs peres.
N'est-ce pas à la simplicité même des mœurs et à la modération des Valai- sans que doivent être attribués l'imperfection de leur agriculture, et leur défaut total d'industrie? Dans la culture des vignes et dans la maniere de faire les vins, ils sont fort éloignés d'avoir fait les mêmes progrès que les habitants du canton de Vaud, leurs voisins : cependant le Valais possede de superbes vignobles, et la bonne qualité des vins de certains quartiers peut donner une idée de l'avantage qui résulteroit de leur perfectionnement. Il en est de même des champs, des vergers, et en général de toutes les terres cultivables du fond de la vallée et au pied des montagnes. Dans le haut Va- lais on entend bien la culture des prairies et les soins du bétail. Là on voit des irrigations procurées par les travaux d'une longue persévérance : souvent un ruisseau est détourné de son cours-, encaissé dans de longs canaux de bois, il traverse des rochers et des ravins pour parvenir enfin à la prairie où ses eaux doivent répandre la fertilité et la vie. Le Valaisan exporte quelques produits b r u t s , mais aucun objet manufacturé: à peine sait-il se servir de ses laines et de ses chanvres pour fabriquer les grossières étoffes dont le peuple est vêtu. La route qui traverse maintenant le Valais donnera peut- être de l'activité à l'agriculture, et fera naître quelque industrie-, mais ces avantages, tout brillants qu'ils paroissent, seroient trop chèrement payés, s'ils coûtoient à ce peuple la simplicité de ses mœurs et l'heureux oubli dans lequel il a si long-temps vécu.
Une vallée située entre l'Italie et les Gaules ne pouvoit être négligée des Romains : le seul passage du Saint-Bernard exigeoit une police et une sûreté que les lois et les légions romaines pouvoient seules procurer. Divers monu- ments et un grand nombre d'inscriptions prouvent l'établissement des Ro- mains dans le bas Valais. Jules-César nous apprend que les Véragres et les Séduniens étoient les anciens habitants du pays ; il dit que leurs terres s'étendoient depuis les frontières des Allobroges, le lac Léman et le R h ô n e , jusqu'aux sommets des Alpes. Saint - Maurice étoit l'ancien Agaunum ;
fa
8 T A B L E A U G É N É R A L
Martigny, Octodunim; Sion, Sedunum, capitale J e la peuplade qui portoit son nom. Le haut Valais dut probablement à ses montagnes la conservation de sa liberté. Depuis le V
esiecle ce pays fit partie des divers royaumes de Bourgogne: en i o 3 2 , la mort de Rodolphe III ayant mis fin à la dernière de ces monarchies, l'empereur Conrad II s'empara de toute la contrée j il donna le bas Valais à H u m b e r t , comte de Savoie, et laissa le haut Valais soumis à l'évêque de Sion. En i2i5o, pendant l'interrègne qui suivit la mort de l'empereur Frédéric II,les Valaisans aspirèrent à la liberté -, ils s'assurèrent, par des alliances, l'appui des villes de leur voisinage, et après de longues et sanglantes querelles avec leurs évêques, qui étoient soutenus par la maison de Savoie et par plusieurs gentilshommes, les communes de Brieg, de Na- ters, et de Viege, parvinrent à conclure, en i 4
17 ?
u n ealliance avec les cantons suisses de L u c e r n e , cl'Ury, et d'Underwald. En i 4 7 $ , avec le se- cours de leurs alliés et des Bernois, les Valaisans conquirent et asservirent le bas Valais. Dès l'année i 5 3 3 , u n e alliance étroite et perpétuelle avec le canton de Berne et les sept cantons catholiques attacha irrévocablement le Valais à la confédération helvétique. Ce pays prit donc part à ses guerres, et conclut, à l'instar des cantons, diverses capitulations p o u r fournir des troupes aux puissances étrangères. En 1798 il subit le sort d u reste de la Suisse;
mais sa soumission ne fut obtenue qu'à la suite de combats longs et sanglants.
Dès-lors on a fait du Valais u n district d'une république r h o d a n i q u e , puis u n canton suisse, enfin u n e république séparée sous la protection immé- diate de la France*.
Avant l'époque de 1798 le haut Valais, qui exerçoit la souveraineté, étoit composé de,sept dixains, qui étoient autant de petites républiques: chacune avoit sa haute juridiction et son conseil présidé par u n châtelain. Les dé- putés de ces dixains, convoqués à Sion par un capitaine-général, compo- soient u n conseil national qui traitoit de la paix, de la g u e r r e , et de toutes les affaires intéressant la généralité du pays. L'évêque de Sion avoit voix et séance à ce conseil-, il en scelloit les actes en sa qualité de comte et de préfet
(1) Pendant qu'on écrivent cette notice, le Valais 12 novembre 1810. Il forme aujourd'hui le dépar- a été réuni à l'empire français, par un décret du tement du Simplón.
D U V A L A I S . 9 du Valais, dignité q u i , avec le titre de p r i n c e , lui avoit été anciennement
conférée par les empereurs. La monnoie du pays étoit aussi frappée à son coin. Le conseil général nommoit le capitaine du pays, le chancelier, et d'autres employés, mais sur-tout les sept baillis qui gouvernoient le bas Valais. Depuis 1798 tous les Valaisans ont eu part à la souveraineté, et aux sept anciens dixains on en a ajouté cinq nouveaux formés des habitants du bas Valais, autrefois sujets.
s
3 :
^
PONT DE SAINT-MAURICE.
LE PONT DE SAINT-MAURICE
.LORSQU'ON a quitté le Boveret, l'aspect du pays change totalement: au lieu des bords
riants et toujours variés du lac, la route longe une vallée resserrée par le Rhône et presque inculte jusqu'à la porte Sex, château antique, maintenant a b a n d o n n é , qui défendoit autrefois l'entrée du Valais. Le pays devient ensuite plus fertile, et se couvre de villages, de belles prairies, et d'arbres fruitiers, au travers desquels on voit s'éle- ver, de l'autre côté du R h ô n e , les clochers d'Aigle et de Bex.
A mesure qu'on avance dans le Valais, les montagnes s'élèvent; la tour d'Ay, les Diablerets, d'où découlent les sources des salines de Bex, se distinguent à g a u c h e : plus loin la Dent de Morcles et celle du m i d i , sommités presque toujours couvertes de neige, se rapprochent tellement qu'elles semblent ne s'être séparées qu'avec effort pour ouvrir u n passage au fleuve impétueux qui coule à leur pied. Saint-Maurice, dont le vieux château est bâti sur la corniche d'un r o c , ferme le passage: u n p o n t d'une seule arche traverse la vallée dans toute sa largeur, et sans la route neuve du Simplón il seroit encore, comme j a d i s , la seule entrée du Valais praticable p o u r les voitures. Sa construction hardie l'a fait attribuer aux Romains ; mais il a été bâti par Juste de Silinen, évêque de Sion, qui vivoit à la fin du XVe siecle. La tour qui est à son extrémité sert de limite entre le canton de Vaud et le Valais.
Saint-Maurice étoit Y¿Igaunum des R o m a i n s , et le lieu où ils transportoient les morts de tout le pays p o u r leur donner la sépulture : aussi le pavé de l'église étoit-il autrefois formé des pierres sépulcrales de ces anciens tombeaux. Plusieurs m o n u m e n t s romains s'y voient encore. Cette ville doit son n o m actuel à une a b b a y e , érigée au commencement du VIe siecle en l'honneur de S. Maurice, m a r t y r , q u i , selon la légende, fut massacré dans ce lieu par l'empereur Maximin, p o u r la cause du christianisme, avec toute la légion thébaine dont il étoit le chef, en 3o2.
g2
N
Q? o
< 5
CASCADE DE PISSEVACHE.
LA CASCADE DE PISSEVACHE.
JLLN suivant la route du Valais, entre Saint-Maurice et Martigny, le voyageur est arrêté tout-à-coup par la superbe cascade de Pissevache : elle est formée par le t o r r e n t de la Salenche, qui tombe de plus de 700 pieds de h a u t ; mais sa dernière chute per- pendiculaire, celle qui est ici représentée, ne surpasse pas i5o à 3oo pieds. Ses eaux abondantes et écumeuses roulent avec impétuosité sur des masses énormes de roches noires ; elles sont reçues dans u n grand bassin circulaire, d'où elles se précipitent jusqu'au chemin, après avoir fait mouvoir différents rouages. Un petit p o n t jeté sur le t o r r e n t , quelques cabanes ajoutent à l'effet pittoresque de ce magnifique tableau.
La cascade forme dans sa chute une infinité de petits tourbillons, q u i , semblables à des fusées légères, éclatent et s'évaporent dans l'air en fine poussière colorée; les rayons du soleil, à son lever, la font briller de mille couleurs, et y peignent des arcs- en-ciel éblouissants. Elle n'offre pas ce cours mol et ondoyant de plusieurs belles cascades de la Suisse, telles que le Staubach : c'est u n t o r r e n t i m p é t u e u x , dont les eaux brisées et refoulées par les pointes tranchantes des rochers ne présentent à l'œil qu'agitation et fracas. Mais comment le pinceau pourroit-il fixer les effets mobiles et rapides de ces chûtes tumultueuses? comment les couleurs d'un tableau rendroient- elles avec vérité ce mouvement continuel et varié, toujours majestueux, mais toujours inconstant, dont l'imagination peut nous retracer l'impression tout entière, parce- qu'elle y joint le b r u i t et l'agitation, inséparables d'un pareil spectacle?
Le monticule formé des déblais chariés par la riviere est accessible des deux côtés, et la cascade peut être contemplée de très près : elle a été dessinée d'un petit tertre où sont rassemblés des voyageurs. La route de Martigny serpente au fond du tableau;
il est terminé par les montagnes qui bordent le Valais au midi : la cime du glacier qui les domine est celle du Mont-Combin, à droite duquel est le célebre hospice du arand Saint-Bernard.
^1
fei s
s ^s
<>-
SION.
V U E
DE SION
PRISE DU COTÉ DU COUCHANT.
LJA vallée où coule le R h ô n e , et qui s'étend du n o r d au sud depuis le lac de Geneve, change tout-à-coup de direction au-delà de Pissevache, tourne à l'est, et commence à s'élargir. Avant d'arriver à Martigny, qui est placé à l'angle de cette c o u r b e , on traverse d'abord le Trient, dont le lit resserré entre d'énormes parois de rochers reçoit les eaux qui descendent de la vallée de Valorsine; puis le torrent impétueux de la D r a n c e , qui réunit celles des glaciers du grand Saint-Bernard: toutes ces eaux vont se jeter dans le Rhône. Martigny n'offre rien de remarquable que le couvent des reli-
gieux qui desservent l'hospice du grand Saint-Bernard, et qui desserviront aussi celui du Simplón1. La route continue à suivre, pendant six lieues jusqu'à Sion, le fond de la vallée quelquefois marécageuse, d'autres fois r i c h e , cultivée, et bordée de vignobles qui couvrent les coteaux. L'aspect des villages que l'on traverse prouve que les re- proches de paresse et de mal-propreté que l'on fait aux Valaisans ne sont que trop fondés. Quelques vieux châteaux placés sur la pente des montagnes, ou sur de petites hauteurs qui s'élèvent du sein de la plaine, contribuent à rendre ce trajet intéressant.
A peu de distance de Sion le chemin passe au pied des ruines de celui de Montorges, bâti sur la cime d'un roc élevé, m o n u m e n t des guerres des Valaisans contre leurs évêques ou leurs seigneurs : c'est d'un des points de cette hauteur que la vue de Sion a été dessinée.
(i) C'est à Martigny qu'aboutissent les chemins du Saint-Bernard et de la vallée de Chamouni.
ha
«
S I O N .
Les maisons blanches de cette ville, qui se distinguent au travers des arbres ; ces châteaux r e m b r u n i s , dont la couleur annonce l'antiquité; cette plaine fertile que le Rhône traverse en serpentant, à côté de ces montagnes décharnées que des ravins profonds séparent, et qui se détachent les unes des autres par des nuances et des formes différentes ; ces glaciers qui les s u r m o n t e n t : tout contribue à rendre ce site u n des plus remarquables de la Suisse.
S i o n , qui est l'ancienne Sedunum, conserve encore quelques antiquités r o m a i n e s : depuis le YIe siecle elle est le siège des évêques de Sion, dont l'influence politique a été considérable pendant u n temps. Ils résidoient dans l'un des châteaux : le plus élevé des t r o i s , appelé T o u r b i l l o n , renfermoit les portraits de tous les évêques depuis l'an 3oo ; ils ont été détruits lors de l'incendie qui l'a consumé il y a quelques années : il est en r u i n e maintenant. U n couvent existe dans le second, et l'inférieur est encore la demeure de l'évêque actuel. S i o n , la capitale du Valais, est le siège de l'adminis- tration de la r é p u b l i q u e , et l'envoyé de France y réside. Cette ville a été incendiée presqu'en entier en 1788; onze ans après les Français l'ont prise d'assaut, et malgré le peu de richesse et d'industrie de ses h a b i t a n t s , elle paroît assez bien relevée de ces désastres.
SION.
VUE
DE SION
PRISE DU COTE DU LEVANT.
J L A vue dont on jouit du château de Tourbillon est magnifique; elle s'étend sur le haut et le has Valais : on peut suivre d'un coup-d'œil la gradation successive de tous les climats, depuis les sommets glacés des Alpes jusqu'aux champs fertiles couverts des plus riches productions des pays chauds. C'est à l'entrée de ce château que l'artiste s'est placé p o u r dessiner cette vue. Le château Valerie est la masse de bâtiments qui occupe le premier plan : on voit à ses pieds u n e partie de la ville de Sion. La plaine du bas Valais que l'on a parcourue depuis Martigny, de même que le cours inégal du R h ô n e , se déploie dans le lointain. O n distingue aussi, sur une petite h a u t e u r , à l'extrémité de la vallée, le château de la Bathia, ancienne demeure des évèques du Valais, au pied duquel on a passé en arrivant à Martigny. Les montagnes éloignées qui b o r n e n t l'horizon sont la Forclas et le col de Balme, que l'on traverse p o u r aller à C h a m o u n i , et plus h a u t l'aiguille d'Argentiere et les aiguilles Rouges.
»