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L'ÉTUDIANT ET LA GRANDE DAME,
COMÉDIE-VAUDEVILLE EN DEUX ACTES,
|Jar
JBJH. Scribe
etJHelesmUe )ç^±àj
Représentée pour la premièrefois,surle théâtre des Variétés,le30 mars 1837.
PERSONNAGES. ACTEURS. PERSONNAGES. ACTEURS
LAD
YWILTON
M»' Paul.ne.FERDINAND,
étudiant en droit . . M. BbESSANT.CORB1NEAU,étudiant en médecine. M. Adrien.
DUPRÉ, riclie tapissier M. Cazot.
LOUISE,sa fille M"' Bressant.
Un
COMMIS MARCHAND
M. Edouabp.JOHN, groom M. Adolphe
Marchands.
Garçons tapissiers.
Lascène,nu premieracte, sepasse à Paris,danslachambre de Ferdinand, etàl'hôtelde lady Wilton au deuxième.
eeooooneoooowooeoeooo^ooooeeoodoodeooeodoottttoooouoeoeodoot )OOOOQ?
ACTE PREMIER.
Lethéâtre représentel'intérieurd'unechambred'étudiant.Meublestrès-simples:tables, chaises,quelqueslivres epars.
Adroite duspectateur,unepetiteporte qui conduità lachambreàcoucher de Ferdinand.Aufond,laporte d'en- tréedonnantsurl'escalier principal. Agauche,une autreportedonnant surun petit escalierquidescenddirecte- mentprèsdu magasindeM. Dupré.
SCENE PREMIERE.
FERDINAND,
puisCORBINEAU.
(Au leverdu rideau, Ferdinandest enmanches de chemiseetachèvesa toilette. La portedu tond estouverte.)
FERDINAND
, cherche dans sa commodr,Quediable
ai-jedonc
faitdemon
habitnoii?(Appelant aufowl.)
Corbineau
!... Coibi-neau
!...
CORBINEAU,
en dehors. Qu'est-ceque
c'est?
feudi:ma\d.
Tu
n'as pas vumon
babil noir?CORBINEAU,
en dehors. Si fait!... Jevais te L'apporter...FERDINAND,
riant. J'étaissûrque
c'était lui...CORBINEAU,
entrant touthouille. iwec une petite redingote et brossant l'habitnoir qu'il*?Q 1*J£
2
MAGASIN THEATRAL
tientàlamain.
Le
voilà,je l'avais prishierpour
passermon examen
demédecine
lé- gale :c'a été très-bien.FERDINAND. Ton
examen?...CORBINEAU.
Non... ton habit !.... quim'a
faitun
honneur...Quant
à l'examen,M. Adelon m'a
ditque
je n'étais pas très- fort!... c'estpossible!... J'aieucinqbou- lesnoires...Ferdinand. Combien
étaient-ils?..COrbineau. Eh
bien! ils étaient cinq...Ferdinand. Là
!—
aussi tu ne faisrien...C'est
une
honte!...entourédejeu- nesgensstudieux, pleins d'ardeur, qui de- vraient te servir d'exemple...toi seul es toujours àperdreton temps,à dépenserlepeu
d'argentque nous
avons, à t'amu-
ser!..
CORBINEAU,
luiaidantàpasser sonhabit.Dam
!... lavie est si courteî nous autres médecins,nous
savonscelamieux que
per- sonne!.. (Changeantdeton.)Disdonc, Fer-dinand
? as tuun
foulard?... Je nesaisceque
deviennent lesmiens.FERDINAND,
se brossant.Regarde
danslacommode.
CORBINEAU
, prenant un mouchoir. 31a foi, iln'y en a plus qu'un... jele prends.C'est
charmant
delogercomme
ça sur lemême
pallier...Deux
amis...deux
gar- çons... cettecommunauté
de sentimenset...de
mouchoirs
depoche!., malgré ça ..un
habitnoiràdeux... ce n'est pasassez...aussi... j'en achèterai
un
sur le premiermalade
quime tombera
souslamain.FERDINAND,
gaîment.Des
malades!...toi! tu n'en trouveras jamais.
CORBINEAU,
aoecsang-froid. J'en ferai.Ferdinand. Tu
en esbien capable...CORBINEAU. Comme
les autres!... (Avec gravité.)Du
reste, jevous préviens,mon-
sieur lejurisconsulte,
que
lesplaisanteries surlesmédecinssontdetrès-mauvais goût, maintenant!., c'estusé.FERDINAND. Tu
as raison..-ilvautmieux
chercher quelquesmoyens
desortird'em-
barras!Tu
saisque
notre propriétaire...CORBINEAU,
soupirant. Oui,M.
Dupré...c^ riche et farouche tapissier, qui a toute la fierté
du
comptoir et l'aristocratie des frangesdevelours, sepermet
denous
ren- voyer.. C'estta faute.Ferdinand.
C'est latienne, tu es tou- jours àle taquiner...CORBINEAU.
Et toi, tucompromets
samaison
.. .FERDINAND.
Moi...CORBINEAU.
Oui... oui... avec ton petit airposé, tu n'aspasde mœurs... Hieren- core... cette belledame.
. cechapeau
àplumes
rosesque
j'airencontré dansnotre escalier! au cinquième.Airdu FaitdecitUdetÉcude six francs Ce n'estpasicilacoutume
Devoit-escaladersi haut Desdamesenpareilcostume, Deces tournures
comme
ilfaut,Deces tournures,en unmot, anglaises ounapolitaines,
Enrobe develours,
ma
foi!Çane pouvaitêtrepour moi, Je ne connaisquedes indiennes.
Ferdinand.
Je tejure...COrbineau. Ah
! tuesdiscret.... tu au- rasdesfemmes,
loi.Ferdinand.
Ilsepeutque
j'aieune
pas- sion,...mais ce n'est pas celle-là... c'est toutuniment une
cliente...une dame,
très-bonne , très-aimable, quim'a
été adresséeparun ami commun, un M.
d'Her- bellot, à ce qu'ellem'a
dit... Je neme
rappelle pas avoireu d'ami de ce
nom..
mais c'est égal... il suffit de la voir, de l'entendre
un
seulinstant,pour
êtrepéné- trépourelled'uneestime, d'unrespect! Il s'agitd'unprocès important, d'une affaire très-compliquée... car, malgré sesexpli- cations,jen'yai rien compris... ilestvrai qu'elle entremêlait tout cela de ques-tions... sur
moi,
surma
position... avec tant d'intérêt, de bonté... tiens...(Mon-
trantsur sot bureau unbouquetetdes gants de
femme.) La
pauvrefemme
en était sipréoccupée... qu'elle a
même
oublié sonbouquet
et ses gants.CORBINEAU,
d'un air incrédule. Oui...des gants et
un
bouquet!... et, c'est sans doutepour mieux
étudier son procèsque
je t'ai rencontré
un moment
après, avec elle, dans sacalèche.Ferdinand. Dans
sacalèche?CORBINEAU.
Parbleu!... tu m'as écla- boussé, justedansl'œil! mais,deceluiquime
restait... j'aiparfaitement remarqué...Bon
genre... belle femme... voiture su- perbe... desyeux
longsde ça... avecdeux
grispommelés...
Ferdinand.
Mais c'estelle qui a voulume
conduireaupalais.CORBINEAU. Hé! mon
Dieu!... je ne t'en faispasun
crime, au contraire... c'est très-bien,mon
cher, tevoilà lancé.Ferdinand.
Lancé...COrbineau.
Sans doute... Vois-tu , onme
disaittoujoursdansmon
pays:A Ta-
ris, les
femmes
font la fortune des beaux garçons... J'ysuisvenu
!... et j'attends...j'attends ce
que
tu asdéjà trouvé.FERDINAND.
ÎMoi?...CORBINEAU.
Qu'est-ce qu'il faut •» des±<\V^1
3
L'ETUDIANT
KlLA GIIANDE DAME,
.4
jeunes
geusaimaoles
qui n'ontpasle sou 'Une femme
riche, sensible, qui les liredela foule et se charge deleur avenir...
Tu
e;i as rencontré une, encore jeune etjo-
lie; ça negâterien...
FERDINAND. Veux-tu
bien te taire !..sil'on t'entendait, tu
me
feraisune
belle ré- putation.CORBINEAU.
&
Air:// n'estpas temps de nous quitter.FERDINAND.
Y penses-tu?
Qui?moi,recevoird'une femme...
CORBINEAU.
Oui,c'étaitunétatperdu, Voilàqu'ilrevient...
FERDINAND.
C'estinfâme!
Lemondeencor pardonneauxétourdis Quiseruinentpour lesbelles, Maisilflétritde son mépris Celuiquis'enrichitparelles.
CORBINEAU. Oh
.'.... voilà les vieilles idées... les tètes à perruques... l'amour ennoblit tout,monsieur,
et ce qui vient d'unemain
chériene
peut jamais bles- ser... enamour,
celui quidonne
n'est-il pas le plusheureux? pourquoi donc
être égoïste et priver l'objet aimé...du
plusgrand bonheur
qui existe? C'estceque
je disais indifféremment à lamarchande
de nouveautés, ici en face, cette veuve, la belle Dorothée...une blonde
assezagréa- ble, à quij'ailancé quelques œillades.Ferdinand
, riant.Mais
elle li'est pasjolie.
CORBINEAU. L'amour
ne s'arrête pas à ces misères-là... et puis elle rachète cela partantdequalités...Un
magasinmagni-
fique...
au beau
milieudu
faubourgSaint- Martin...un
train de princesse. Jenese- rais pas étonné qu'ellem'eût
compris, qu'ellem'envoyât
quelques présens d'abord,j'ai soignésa cuisinière,quiavait
une
esquinancie,que
j'ai prisepour une
gastrite... C'est peut-être
pour
celaque
je l'ai guérie... Je voyais clairementque
sa maîtresse venait s'informer des nouvelles de sabonne, pour
causer avec moi...etcomme
elle m'avait souvent reproché deme tromper
d'heure :Air : Restez, restez, troupe jolie.
J'ai,profitantdelarencontre, Ditquelques mots, parci,parta, Sur Breguetetsurune montre.
FBtmiNni), itarif.
Etlucrois qu'elle arriveraî
Ali!j'enmusiei l.iin «I<l<
|i
Son<ii-iii qui p.nl,i lionli Indie A commandecheaiPhoiloger l-amontredont L'hearaue aiguille M.-diral'heure<lul><i
iiitniNwn. Je teconseille «l'y
comp-
ter..
CORBINEAU.
Et plus tard un petit ca- brioletpour mes
visites.FERDINAND. Oui
dà... en attendant tu vas avoir la bontéd'aller à pied cherche]un appartement pour nous deux
.. quel-que
chose de simple... de modeste... etdépêche-toi,carc'estaujourd'huiqu'il faut quitter celui-ci.
CORBINEAU.
Aujourd'hui! oh! diable nous n'avonspasde grâceà espérer!.. avec çaque M. Dupré
aun redoublement d'humeur.
Ferdinand. Pourquoi donc?
CORBINEAU.
Parceque
sa fille estma-
lade.
FERDINAND,
virement.Mademoiselle
Louise?COUBINEAU.
Qu'est-ce qu'il te prend donc?.,comme
te voilà troublé!FERDINAND. Ah! mon Dieu
! j'ignorais.jecours m'informer...
(La portedu fond s'ouvre,Dupreparaît)
CORBINEAU,
bas.Chut!
c'est lui! c'est notre féroce propriétaire qui vient nous mettreà la porte.eeeee@e€)€)OooQe®ee6oooooocoaoeoootioo30goeo9eo
SCENE IL
Les
Mêmes, DU PRÉ.
FERDINAND
, avec embarras.Monsieur Dupré,
j'ai bienl'honneur...CORBINEAU.
Entrez donc,monsieur Du-
pré,faites
comme
chez vous.DUPRÉ
, brusquement.Bonjour
,mes-
sieurs,bonjour.
Ferdinand. M
,leLouise, sa santé?DUPRÉ,
sèchement.Beaucoup
mieux....grand
merci.COrbineau,
àpa>t.Comme
il estaima- ble! {Haut.) J'allaisme
présenter...dupré
,demême. On
vous endispense, monsieur...jenesuispasmonté pour
faire assaut de politesses avec vous—
c'estàM.
Ferdinandque
jedésire parleren
parti- culier.(Ferdinands'incline.)
CORBINEAU. Ça
se trouve au mieux...j'allais sortir. {Elevant la voix d'un air important.) Je vais voir desappartemens.
cardécidément celui-ci esttrop petit,[fiai à Ferdinand uni le pousse,) C'est
pour
\<j vexer,
MAGASIN THEATttAL Ferdinand,
bas. Mais,malheureux,
tuoublies
que
nous lui devonsdeux
termes.corbineau,
àpari.Oh
! quelle bêtise!(Haut.) C'est-à-dire, l'appartement est bien en
lui-même,
maisun peu
haut—
un
peu
loindemes
malades.DUPRÉ,haussantlesépaules.
De
vosma-
lades...
COrbineau. Vous
avez l'air de rire,monsieur
Dupré? Eh
bien! j'en ai...des maladies sérieuses. (Avec intention.)Des
maladiesdu
cœur... {Bas à Ferdinand.)Je vais faireun
tourdu
côté deDorothée....tachequ'ilneretiennepas notre mobilier, c'estpeu dechoses;maisçaseraitdésagréa- ble! {Haut.)
Ah
çà! je vous laisse, mes- sieurs... vousavez àcauserdebail, d'étatsde
lieux ça regarde l'avocat. {Frappant amicalement surV
épaule de Dupré.) Al- lons,papa
Dupré... ne soyezpas tropmé-
chantlque
diable»Quand
vousme
ren- contrerez dansmon
cabriolet, vous vous repentirez{A
Ferdinand.) Dis donc, letemps n'est pas.sûr, je vais prendre ton parapluie.
FERDINAND,
à Corbiueau. C'est le neuf, prendsgarde...corbineau, avecle parapluie.
Air. :Vaudeville,delà Famille deV Apothicaire.
O
tilburvdesgepsh pie Voiturecommodeetlégère, I.''étudiantoul'employé Vit sous sa tente hospitalière.Amifidèle,ami noqveau...
Qui,contre l'ordinaire usage,
RestehFécartquandilfaitbeau,
Etsemontre lesjours d'orage.
{Il sort.)
SCENE ni.
DUPIIÉ, FERDINAND.
DUPRÉ,
avec humeur. Il s'en va... c'est heureux!., vous ne vous doutez guèredu
sujet qui
m'amène.
FERDINAND,
à part. C'estpour son ar- gent... il va être furieuxquand
il sauraque
nous nepouvons
pas le payer.{Html
et luiapprochantune chaise.)Asseyez-vous donc,
monsieur
Dupré.DUFRÉ.
C'est inutile... je n'ai pasun
assez grandplaisirà vous voir. {Plusbrus- quement.) Puisqu'il faut vous le dire, monsieur,jevous en veux,jevous en veux beaucoup..» avec votreair
doux
et poli...vous m'avez porté
un coup
parlez-moi deM.
Corbineau... c'estun
fou,un
brise- raison,un mauvais
sujet.FERDINAND,
étonné. Mais, monsieur,la ,onduite demon ami
neme
regarde pas,et jenesuispas responsable...
DUPRÉ. Je le sais bien... pourquoi ne lui ressemblez-vouspas?
FERDINAND,
éonné.Comment?
DUPRÉ, toujours avechumeur.
Pourquoi
êtes-voussage, rangé, prévenant,un mo-
dèled'ordre, de modestie, de
bonne
con- duite?FERDINAND. Vous
vous enplaignez?DUPRÉ.
Certainement,c'estune
horreur.Iln'y a peut-être
au monde qu'un
jeunehomme
doux, studieux...quine jouepas, quin'a pasdemaîtresses,ilfautque
çasoitpour
moi.Ferdinand.
Je ne puis comprendre....c'est
une
ironiesans doute... et je nesaiscomment
j'ai mérité.DUPRÉ,
aveccolère.Eh
! non, monsieur, vousêtesun
excellent sujet... c'estce qui m'enrage. {Grommelant.) Sanscela, je ne vous auraispas logéchezmoi
, je ne vous aurais pas laissédonner
des leçons d'ita- lien àma
fille, vous ne vousseriezjamais vus. . Louise, qui a lecœur
bien placé, n'aurait pointfaitattentionàvous.FERDINAND,
vivement.M
lle Louise... ô-ciel!
que
dites-vous?DUPRÉ. Qu'elle est malade, monsieur, qu'elle ne fait
que
pleurer, gémir...une
filleunique,
une
enfantque
j'adore,que
j'ai faitéleverdans
un
pensionnat à huit cents francs,sanscompter lesmaîtres d'a- grément, cequifait... enfin, tout-à-1'heu- re...quand
j'ai été lui parlerdes condi- tions d'un mariageque
j'avais presque conclupour
elle... nes'est-elle pas miseàfondre en larmes... et
moi
aussi... sanssa- voirpourquoi; ne s'est-ellepas jetée dansmes
bras, enm
'avouantque
c'était vous seulqu'elle aimait!FERDINAND.
IMoi?DUPRÉ.
Vous
seul qui pouviez assurei son bonheur.Ferdinand.
Ilseraitpossible!DUPRÉ.
Qu'ellemourraitplutôtque
d'ê- treàun
autre...voyezun peu où
j'en suis.Je ne peux pas laisser
mourir mou
enfant de chagrin... etme
voilà obligéde vousla faireépouser, voussentezcomme
c'estdés-agréable
pour
moi.Ferdinand,
acee jo.e.Vous
êtesdonc
biensûr qu'ellem'aime
!DUPRÉ,
soupirant.Que
trop pourmon malheur!
car enfin,mon
cher monsieur Ferdinand, je ne suispas far, jeneveux
pas vous humilier pardes distinctions de rang...je saisque ça n'existe plus...nous sommes
tous égaux... la noblesse n'est rien,mais
l'argentestencore quelque cho-se... et mettez- vous
un moment
àma
pla- ce... moi,un
des plus riches tapissiersde Paris... la tètedu
haut commerce... qui nemeuble que
des hôtels etdes palais....L'ETUDIANT ET LA GHANDE DAME.
dans ce
moment
encore, l'ambassadede
Portugaletl'hôteldeladyWilton...rue«le Richelieu,une
grande dame...une
pai- resse, je crois,que Ton
attend... etqui faitune
dépense salon velours nacarat,un
autre bleuet or,boudoir
ventre debiche.Mais
ça n'y fait rien!moi, monsieur,
qui ai exposéà l'industrie,obtenu deux
médailles,etmanqué
encore, l'année der- nière, d'êtredu
tribunal decommerce;
moi, enfin, qui allais avoir
pour
gendreune
notabilitédelà
chambre... je ne suis pasfier...mais
vouscomprenez
quel avan- tage., etilest biendur, maintenant, d'ê- tre forcéde
toutrompre
etde donner
sa filleàun
jeunehomme.
..(ilhésite) fortai-mable,
jen'en-doute pas... honnête, j'en suispersuadé,mais un
jeunehomme
quin'arien...
un
orphelin, sansfortune, sans consistance.Ferdinand,
sonriant.Oh! pour
cela,je ne veux pasvous
tromper,monsieur Du-
pré,c'estvrai... Jen'ainifamille, nihéri- tage, nititresà espérer...
mais qu'impor-
te?l'avenirm'appartient.
dupré,
haussantlesépaules. Oui,l'ave- nir!..un
jolipatrimoine,que
l'onmange
touslesjours
—
élevezdonc
desfillesuni-ques, amassez
donc
debellesdots!pour
les sacrifiercomme
ça!FERDINAND,
choqué. Monsieur...DUPRÉ,
sanss'en apercevoir,et aveceffort.Enfin, puisqu'ille faut,je vous ladonne.
Ferdinand
, choqué.Un
instant,mon-
sieur!.. qui
vous
ditque
j'accepte...DUPRÉ
, inquiet.Comment,
quoi?que
voulez-vousdire? Est-ceque
vous en ai- meriezune
autre? Est-ceque vous ne
l'ai-mez
pas?elle,ma
fille! par exemple...Ne me
faitesdonc
pas des peurscomme
ça....mais vous
l'aimez,que
diable!Vous
enêtes fou,vous venezde me
l'avouer, vous nepouvez
pasvous endédire.FERDINAND,
avec noblesse. Oui,mon-
sieur, jel'aimeplus
que ma
vie,mais mon
honneur
m'est plus cher encore, et si ceconsentement ne
vous estarrachéque
par la crainte, l'inquiétude... si l'on doitme
reprocher
un
jour d'être entréde
force dans votre famille...DUPRÉ. Qui
vous parle de ça!., c'est lepremier moment... que
diable!mon
cher ami, ilfaut avoirégard àma
situation.Air:Vaudeville dePartieetRevanche.
Ayezpitiéd'un père honnête,
A
quile ciel,en son courroux, Faittomberun'tuil'surla tête.(*5Vreprenant.)
Je nedispascelapourvous ; Ma fillevous veutpourépoux.
FERD1NAWD
)|*U iti.irio...
DUI'IlÉ.
uipoite, «pensez-la...
Nefautil
|
<»uxjevou»prit
])e me fail u-lâ?
Ferdinand. Ah!
monsieur...DUPRÉ,
le caressant.Eh
bien! jem'y
mettrais.... là parce qu'au fond...
c'est vrai, vous êtes
un bon
sujet,un
ai-mable
garçon,pkin
d'esprit,que
je finirai paraimer
avec le temps... Qu'est-ce qui appelle ?LOUISE, appelant audehors.
Mon
père !.mon
père!Ferdinand.
C'est la voix de Louise...dupré,
àpart.Allons,depuisqu'ellesaitque
je dois le voir, elle ne tient plusen
place. (Elevant la voix.) Je suis ici,ma
bonne! (A
Ferdinand.)Ah
ça! dites-lui bienque
vous l'aimez,que vous
n'aimez qu'elleseule...(Elevant encorelavoix.)Chez M.
Ferdinand,mon
enfant!SCENE IV.
Les Mêmes, LOUISE.
(Elle s'arrêtetoute confuse surleseuildelaporte dufond.)
LOUISE.
Ah!
pardon!Ferdinand.
Mademoiselle...LOUISE.
Monsieur
Ferdinand... j'igno- rais, jene
savaispas...dupré,
àpart. Ellene
savaitpas!..c'est elle quim'a
envoyé. (Haut.)Eh
bienl qu'est-ceque
tume veux
?LOUISE, regardantFerdinand.
Moi, mon
papa... jevenais... je voulaisvousdire...
qu'on vous demande
enbas.dupré. Qui donc?
LOUISE,
de même.
Jene me
rappelle plus.dupré,
àpart. C'estça!un
prétexte.(A
Louise.) Allons, entre! pardi!au
pointoù nous
en sommes...(A
part.)Comme
c'estgai!..
(A
safille.)Donne-lui
lamain.
[A Ferdinand.)Embrasse
-la.(A
lui-même.)Comme
c'estamusant
!FERDINAND Quoi
!monsieur
?LOUISE, émue.
Que
voulez-vousdire?DUPRÉ. Eh!
parbleu!.,que
toutest ar rangé,qu'il t'aime, qu'il t'adore, et qu»nous
signonslecontrataujourd'huimême.
FERDINAND.
Aujourd'hui?DUPRÉ,
regardant Louise. C'estclair, la santéavanttout!louise,très-rmue.
Ah
!mon
père,ne me
trompez-vous pas?
dlpré.
Allons, la voilàqui pâlit... elle vaêtremalade
dejoie à présent...Dieu!
aue
lesenfans sontterribles!MAGASIN THEATRAL.
LOUISE, avecun sourire.
M
on,non,celava
mieux... celava
tout-à-faitbien;mais
lasurprise,la crainte...
dupré.
Qu'illediselui-même. {A
Fer- dinand.)Allons,toi,parle-lui donc... tues lààlaregarder...jenepeux
pastoutfaire ;est-ce
que
tune
l'aimaispas depuis long-temps
en secret,comme un
fou? dis-le donc.{A
Louise.)Ilvate le dire.Ferdinand.
Sijevous aime!., moi!..DUPRÉ. Tu
voisIjenele lui faispasdire.FERDINAND,
avecfeu à Louise.Ah
! de- puisque
jevous
connais,que
defois j'eus- serompu
lesilence,sanscettefortunequime
désespérait,et quiestencoremon
seul chagrin!..dupré.
Cette bêtise!comme
si la for- tunegâtaitjamaisrien!Ferdinand. Quel
plaisir,sivousn'aviezdu
qu'àmoi
seule cette aisance, cette ri- chesseque
jene
voulaisacquérirque pour
vous!LOUISE, tendrement.
Eh
bien! legrand mal!
sinous
vous apportons la fortune...jevous devraile
bonheur.
.. . l'unvaut bien l'autre.FERDINAND,
luibaisantlamain.Chère
Louise!louise. Si
vous
saviezcomme
j'étaismalheureuse!..
FERDINAND. Et moidonc!..
louise. Je vousavaisdeviné...
oh
!oui, vosregards, cet air triste,rêveur... jeme
lisais:
Jamais
iln'oserasedéclarer àmon
père, car c'est l'honneur... ladélicatesse
même
; {timidement) alorsj'ai pensé,puis-que nous
étionslesplus riches,que
c'était àmoi
àfaire les premiers pas, (d'unair confus)c'étaitbienmal... n'est-ce pas?...ça
ne
s'estjamais vu...mais
aussi je puis vousl'avouer maintenant... si je m'étais trompée,j'en seraismorte.Ferdinand,
ému. Louise!DUPRÉ,
alarmé. Allons,iln'estpasques- tionde
cela.LOUISE,
souriant.Oh!
non....Dieu
merci... carjesuisbienheureuse... etvous aussi,mon
père?DUPRÉ,
d'unairbougon. Certainement...je
ne demande
pasmieux.
LOUISE, s'approchant de luid'un coté.
Nous
ne vousquitterons pas.Ferdinand,
demême. Toujours
là prèsde
vous.LOUISE.
Entouré
de vosenfans... qui disputerontde
soins.Ferdinand. De
tendresse.dupré,
unpeu
adouci.Le
fait estque
ce tableau...louise,bas àson père.
Vous
ne l'avez^>asencore
embrassé
?dupré, basa
safille.Ça
te feraitdonc
bienplaisir ?louise.
Oh
! oui.DUPRÉ,
ouvrantses brasà Ferdinandqui s'y jette. Allons donc,mon
gendre,mon
cherfils!..
FERDUViND. Ah! monsieur
!louise
.Mon bon
père!dupré.
Ellefiniraparme
le faireaimer
àlafolie.,.quand
ces petitesfilles sesontmis
quelqie chose dans latête... (S'es- suyantlesyeux.)Ah
çà!mes
enfans,nous
voilà bien contens, bien d'accord;mais moi quand
j'ai prismon
parti,j'aimeque
lesaffaires s'expédient
promptement.
(A
Ferdinand.)Jevais teconduire chez
mon
notaire ; delàà lamairie,
pour
la publi- cationdesbancs; tuas tes papiers? ton actede naissance?ferdi\a\d.
Ilssont àl'écolede droit,au
secrétariat.DUPRÉ. Va
leschercher.FERDINAND,
prenant son chapeau.Sur-
le-champ.louise.
Ne
vousamusez
pas en chemin.Ferdinand.
Soyeztranquille.Air:Dieutout-puissant.
Pourqu'au plustôt cedouxhymens'achève, Jevaistout voir, je vaistoutsurveiller.
{A
part)Oui,
mon
bonheurme
semble encoreunrêve,A
chaqueiu&tantjecraiusdeni" éveiller.{Prêt àsortir, il revientprès deDupré.) Jeveuxencor, dejoie etd'espérance, Vous embnsser.
DUPRÉ.
C'est assex
comme
ça.FERDINAND.
Pour votrefille...
dupré,selaissantembrasser.
A
part,regardant J-nuise.Ah!ce n'estqu'uneavance,
^ar avantpeuj' pari'qu'elleluirendra.
TOUS TROIS.
Pour quebientôtnotreprojet s'achève,
I
e
„if }-'-•{ iuif }—î2;
Oui, \ S°n
\bonbeur { !
™
)semble encoreun7 1
mon
J vme
;/ je crains \ dem'éveiller.
Achaque instant
j a craint J de éveiller.
{Ferdinandsorten courant.)
SCENE V
DUPRÉ, LOUISE.
(Aprèsunpetit silence, Louisevient à côté de son père,et leregarde aveclendiesse.)
dupré. Eh
bien! tu es contentede ton petit père?louise. Oui! et
vous
aussi, vousêtes content, n'tst-cepas?L'ETUDIANT ET LA GKANDE DAME.
dipré\
Mon
Dieu,pourvu
qu'il soit honnête,bon
mari... qu'il te rendeheu-
reuse...oh!
là-dessus par exemple, je n'entends pas raison...LOUISE.
Ah
! je necrains rien, il estsibon, si délicat; etpuisdel'esprit, des ta- lens!vousverrez...allez... c'est
un
jeunehomme
quiarrivera à tout.DUPRÉ,
secouantlatête.Oh
î à tout...ilne deviendra pas député.
LOUISE.
Pourquoi
donc?..DUPRÉ. Tu
crois?.,un
avocat!..LOUISE.
Avec du
talent... de laloyauté.DUPRÉ.
Et quelques amis, ilfaut ça...eh
bien! çame
ferait plaisir... je nesuis pasfier,mais
j'ai toujoursdésiré avoirun
députédans ma
famille... çameuble
bien, c'estcomme un
lustredansun
salon. {Re- gardantautour de lui. )A
propos delustre, voilàune chambre
qui en estun peu
dé- pourvue... à peinede
quois'asseoir.LOUISE.
Ca prouve
qu'ilavaitde
l'ordre,£t qu'iln'achetaitpas de tout côté
comme
lesjeunes gens d'aujourd'hui, sans savoir
comment
payer.DUPRÉ,
aoec ironie.Oh
! maintenant,iln'yaplus
moyen
d'ytoucher,c'estl'arche sainte.[On
frappeen dehors.)Qui
est-là?..
entrez...
SCENE VI.
Les Mêmes, UN MARCHAND
, suivi de plusieursjeunesgens demagasin.
LE MARCHAND,
à Dupré.Pardon, mon-
sieur... c'estbienici
que demeure un
jeune étudiant?louise.
M.
Ferdinand?..le marchand.
Jeneme
rappelle pas bien lenom...un
joligarçon?LOUISE. C'est cela, iln'y estpas.
dupré.
C'est égal, qu'est-ce qu'ily
apour
votre service?..LE marchand. Oh!
presque rien.{Aux
garçons) "Venez, messieurs.DUPRÉ,
àsafille.Est-cequ'on
voudrait saisirsesmeubles?
LOUISE. Quelleidée!
LE marchand.
Il s'agitde quelques ba- gatellesque nous sommes
chargés de dé- poser ici.{A
unhomme
qui porteunepen- dule.)Sur
la cheminée.DUPRÉ,
ouvrant degrandsyeux.Qu'est-ceque
c'est?louise.
Oh
! la joliependule
!le marchand, aux
autres. Les vases à côté;icilenécessaireen vermeil,l'écritoire de chezVer
velles; près de la glace, lamontre de
Kellner avec la chaînede
Ja- nisset.ni;pré, //lus étonné.
Ah
çà! c'estun
trousseau complet.loi îse.
Mais
ilne
peut pasavoircom-
mande- tout celapour
lemariage
depuis qu'il est parti.DUPRÉ,
bas. Parbleu!.,celaprouve que
ce jeune
homme
si sage, sirangé, achète à crédit.LOUISE, de
même. Ah! mon
papa... ilavait peut-être deséconomies.
dupré,
demême. Des économies
!..un
étudiant endroit!., laisse-moidonc
tran- quille, estreeque
ça s'est jamaisvu
?..puisqu'il
me
disaitencore, il n'yaqu'un
instant, qu'iln'avait rien, qu'il ne possé- dait rien. {Elevantlavoix.)Tu
vasvoir...d'ailleurs,
que
cesmessieurs vontnous
lais- ser leursmémoires.
le marchand. Non
,monsieur, ilssont acquittés, toutest payé.(Les garçonssortentparlefond.)
dupré,
stupéfait.Tout
estpayé!
louise.
Là
! voyez-vous.dupré.
C'est singulier!{Au
marchand.)Et
par quidonc
?LE MARCHAND,
àDupré
d'un aird'intelli- gence.Par une
jeunedame.
DUPRÉ,
luifaisant un signe pour que sa fillen'entendepas. Chut!chut!
LE MARCHAND,
continuant.Sa sœur,
safemme,
peut-être...vous comprenez.
DUPRÉ
, demême.
Taisez-vous! taisez- vous donc. (Apart.) C'estbien plus inquié- tant. {Ecoutant àla petiteporte à gauche.)Hein
! qu'est-ceque
c'est?Moquette
qui m'appelle?LOUISE, frappéed'un souvenir. J'ypense maintenant...
un monsieur
qui porteun
sac d'argent, qui vous attendau
magasin...c'est
pour
celaque
j'étaisvenue vous
cher- cher tout-à-l'heure.dupré,
rwement.De
l'argent!., ettune
me
ledispas. [Criantde lapetite porte.)Je descends.{A
part.)Ca me
paraît très-lou- che, etmoi
qui viensde luidonner ma
fille; il estbien
temps que
j'ailleaux
in- formations.(.lufournisseur.)Passez devant moi,monsieur;
cetescalierdonne
prèsde
mon
magasin, il estun peu
obscur,mais très-commode,
très-facile,bon! {On
en- tend lemarchand
tomber dansV
escalier.)Prenez donc
larampe,
larampe
estàgau- che. Viens-tu, Louise?(Ilsort.)
SCENE VII.
LOUISE,
seule, apercevantlehouquet Oui,mon
père'...Dieu!
qu'ai-jevu?
un
bouquet, des gants; il reçoit de ne ùe§dames
?MAGASIN THEATRAL.
Airdu Bouquetdebal.
Maisquelssoupçons troublent
mon
ame,Quandbien
même
onviendraitlevoir, Pourquoisupposer qu'unefemmeOublierait ainsisondevoir?...
Non,ce seraitlui faireinjure, Etcelle-ci,j'en suisbien sûre
,
N'arienoublie'...
{Regardantlebouquet.) Malgré ça
,
Sonbouquetétaitrestélà...
La
portedu fonds'ouvre, ladyWiltonparaît.)Quevois-je? Ah!
c'est bien pisque
le bouquet!SCENE VIII.
LOUISE, LADY WILTON.
LADY VILTON,
à elle-même.Une
jeunefillechezlui!
LOUISE, à partavecdépit.
Une dame,
et elle est jolieencore!..lady wilton.
Jeme
suistrompée
sansdoute, mademoiselle...jecroyaisêtre chezM.
Ferdinand.LOUISE, froidementetl'examinant.
Non, madame,
non... vousne
vous êtes pas trompée... c'estbien ici.LADY WILTON,
à part, en regardant la penduleetlesautresobjets.En
effet,jevoisque
l'onaexécutémes
ordres.LOUISE.
Mais
iln'yestpas,M.
Ferdi- nand,il est sorti.lady wilton,
s*asseyant de côté. C'est fâcheux,je l'attendrai.LOUISE,
qui croyait qu'elle allaitsortir.Eh
bien!lavoilàquis'établitici...comme
c'est
mauvais
ton. {Haut.) C'est qu'ilne
rentrerapas de long-temps,de très-long- temps.lady wilton.
N'importe!jene
suispas pressée!LOUISE, appuyant. Ilestalléàl'écolede droitchercherdes papiers.,parcequ'ilpa- raît qu'ilvasemarier.
lady WILTON,
vivement.Semarier...LOUISE
, à part. Elle a tressailli! parexemple
! qu'est-ceque
çalui fait?lady WILTON,
émue. Se marier... lui Ferdinand...LOUISE,choquée.
Ferdinand!
je disbien monsieur, moi.LADY WILTON,
se levant.Mon
enfant,je voisque
vous êtes de la maison... sans douteune
jeunevoisine...dites-moi,ètes- vous certaineque
ce projet?., parlez!je veuxsavoir quelestce mariage... quelleest cette future, quiaarrangé cela, quis'en estmêlé
?Pourquoi
nem'en
a-t-il rien dit? {Avec vivacité.)Mais répondez-moi done!
LOUISE,
interdite.Mon Dieu!
quelle chaleur!lady WILTON, comme
àelle-même.Pro- bablement quelque
amourettesansimpor-
tance... des parens qui seseront
emparés
delui... ces pauvres jeunes gens sontsi facilesàtromper!LOUISE, àpartetvivement.Quelleindi- gnité!
{Haut
ettrès-émue.)Non
,madame
,
non
!..le pèren'a pas cherchéàs'emparerde
lui...c'est le propriétaire decettemai-
son...
M.
Dupré...nn honnête homme...
un
négociantestimable...un marchand...
sivousvoulez...
mais que
sa position,son caractèreetsafortune mettent au-dessusde
toutsoupçon
!quant
à sa fille, elle pouvaitchoisir entrevingtpartis plusbril- lans,plusavantageuxque M. Ferdinand
;ellel'apréféré,lui,
quoique
sans biens...parcequ'elle l'a
vu
seul...malheureux....abandonné
de tout lemonde.
Elle n'est pas d'une beauté remarquable...{avec in- tention) ellene
porte niplumes
, ni dia-mans.
..maisjamaisellene
s'estéloignéede
sesdevoirs...jamaisellen'ahasardé
de
dé-marches
équivoques, etne
s'est jamais trouvée seuleetsans guideoù
ellene
de- vaitpasêtre.lady wilton,
àpart. C'est elle!... le trait est vif...(Haut
et en souriant.)Vous
croyez,
mademoiselle
, qu'ellene s'estja-mais
trouvée seule,chezun
garçon,parexemple
?..
LOUISE
,unpeu
confuseet regardantau- tourd'elle.Ah
! c'est-à-dire çadépend
des circonstances. (Avec
résolution. )Mais
aprèstout,pourquoi
toutes ces questions,
ces interrogatoires, et qu'est-ce
que
cela peutfaire àmadame
?...
LADY WILTON,
serasseyant.Oh
!...c'estque
jem'y
intéressebeaucoup.louise.
A M. Ferdinand?
lady WILTON,
froidement.A M.
Ferdi- nand.LOUISE,vivement.
Madame
estdeses pa- rente-?LADY WILTON. Non!
LOUISE.
De
sesamies?LADY WILTON.
Oui!louise,à ^zr*.
De
sesamies... c'estbien vague, etjeveux absolument
savoir...Elles'approchede lady Wilton.)
UNE
VOIX, aubusdupetitescalier.Mam-
zelleLouise! manizelle Louise...
louise.
Ah
!mou Dieu
!c'estau maga-
sin,
où
il n'yapersonne.L
ETUDIANT ET LA CiKANDE DAME.
9LAin WILTON.
Eli mais! mademoiselle,
od vous appelle, j< crois.
loi.ISE. .Mon Dieu 'c'est
que
je dc vou- drais pasvous quitter.LAD
YWILTON.
C'estIrop d ' (Le* iiilra.iiiiiMciicciil.LOUISE.
On
y va! on y va !.. ali!mon
Dieu'., c'est terrible...
mais
je vais reve- nir!..(Elle sort.)
SCENE IX.
LADY WILTON,
seule.C'estelle, j'en suiscertaine! son dépit, sa petite colère
Mais
cemariage ne
se fera pas... oh! non... renversermes pro-
jets... toutes
mes
espérances!....je saurai bien l'enempêcher.
.. ei,pour commen-
cer, ilfautd'abord éloigner
Ferdinand de
cettemaison!., son
ami
chercheun
appar- tement... j'aichargéun de mes
gensde
le suivre...de
lui indiquermon
hôtel.Ce
serabeaucoup
mieux... car ici, dansce quartier retiré,danscettemaison de
ché- tiveapparence...lorsquej'yviens,jetrem-
ble toujours d'êtrereconnue.... J'aibeau
laisser
ma
voiture à quelques pas... etm'envelopper de mon
voile... ilne
fau- draitqu'un
hasard.,qu'une
rencontreim- prévue... et alors quelle excuse... quels motifs donner?., et levoir,maintenant,
c'est
ma
vie...mon
existence... {Ecoutantà
la porte.) C'est lui, jereconnais savoix.{Écoutanttoujours.)
Eh
mais!., il n'estpas seul... {regardant enentr'ouvrant laporte)un inconnu
qui lui parle vivement... ils viennent...ah! bon Dieu
!moi
qui trem- blais d'être surprise...où me
réfugier,où me
cacher? {voyant la porte à droite)ah!cette porte!... attendons
que
cethomme
soit parti.
(Elleentrevivementdanslecabinet dontellereferme la porte.
An même
moment,DupreetFerdinand entrentparlefond.)COOOCQCOO
SCENE X DUPRÊ, FERDINAND.
DUPRÉ.
Oui, monsieur,il fautnous
ex- pliquer franchement.FERDINAND. Tout
ceque
vous voudrez,monsieur Dupré.
.. je suis siheureux
—
Tenez, voilâmes
papiers.,mon
actede
naissance,le certificat...
I
sieui "'t
qu'on
l qui sont lue... et qui font i (Gravement.)
Ecoutez-moi
,
monsieur,et
reponda
sani rougir.FERDINAND,
souriant.Quel préambule!
DUPRÉ.
J'aiétéjeunecomme un
autre, etjesatsparfaitement... c'est-à-dire je sa- vais autrefois,mais
aujourd'hui c'estdif- férent...Ferdinand. Eh
bien!monsieur
?dupré. Eh
bien!monsieur
, j'ai des soupçonsque
j'ai cachés à Louise... parceque
lapauvre
enfant estencoresifaible...
et sielledevait êtresacrifiée...
Ferdinand. Que
voulez-vousdire?dupré
, appuyant.Yous
avez desmaî-
tresses, jeune
homme!
Ferdinand. Moi, monsieur!
dupré
, appuyant.Vous
avez desmaî-
tresses!...
vous
en avez une...au
moins.Ferdinand.
Je puis vousjurer...dupré.
Jene m'en
fâche pas jene
vous enfaispasde
reproches...mais
ilfautme
l'avouer,ilfautme donner
despreu-
ves, carje n'ai encoreque
desindices.Ferdinand. Monsieur,
jene
sais si c'estune
épreuve,une
plaisanterie...mais
j'af- firme surl'honneur!...dupré. Prenez
garde,jeunehomme...
vous me
deviezdeux
termes...Ferdinand.
C'estvrai...quelrapport?..
dupré.
Jenevous
lesdemandais
pas...Ferdinand. Eh
bien!dupré. Eh
bien!monsieur
, ils sont payés.Ferdinand.
Payés... etpar qui?DUPRÉ. Par un
inconnu...un homme
qui m'attendait en basetqui
m'a abordé
très-poliment,lechapeau
àlamain
..mais,malgré
lesoinqu'ilavaitprisde
sedégui- serenhomme comme
ilfaut...j'aiparfai-ment reconnu un
valetde chambre de bonne
maison...j'aiune
tellehabitudedu grand monde!..
Ferdinand. De
quellepart venait-il?dupré.
Iln'apasvoulu
ledire.Ferdinand.
Et il voulaitpayer mes
loyers?
dupré.
Ilm'a
forcéde
lesrecevoir!Ferdinand.
C'estun malentendu.
dupré.
P'cht.... etcettependule,
cette écritoire, cettemontre,que
l'ona apportéesen
votre absence... est-ce aussiun mal-
entendu?Ferdinand,
plus étonné.Quevois-je?
et qui aenvoyé
cela?10
MAGASIN THÉÂTRAL.
duprê. Qui?
qui?...c'estmoi
qui vous ledemande,
puisque je n'ensais rien.Ferdinand. Mais
nimoi non
plus.DUPRÉ,
aveccolère. Laissezdonc
!... cescadeaux
cachentquelque
mystèregalant,quelque
liaison criminelle... et s'il était vrai...Ferdinand. Vous
oseriezsupposer!SCENE XI.
Les
Mêmes, LOUISE
,entrantpar
lefond.LOUISE, accourant essoufflée et le cœur gros.
Mon papa
!mon papa
!DUPRÉ,
bas à Ferdinand.Chut!
c'est Louise...nous
en reparleronsquand
ellene
seraplus là.LOUISE,apercevantFerdinandetd'unair froid.
Ah
! vous voilà,monsieur
! c'est neureux.(Regardant
autour d'elle.)Vous
étiezseulici?
Ferdinand.
J'arriveavecmonsieur
vo- trepère.LOUISE, de
même.
C'estbien!{A
part.) Elle est partie!{Bas
à Ferdinand.) Plus tard!quand mon
père n'y sera pas,nous nous
expliqueronslà-dessus.Ferdinand,
plusétonné.Comment
?LOUISE, appuyant. Etsur d'autres cho- ses
que
j'aivuesici...FERDINAND,
suivantsesregardsetvoyantles gants sur lebureau, D'autreschoses?.,
ah!
jedevine... ces gantsque
vous avez trouvés...LOUISE,
soupirant,à
elle-même. Si je n'avaistrouvéque
ça...Ferdinand.
C'estune
cliente qui est venue...LOUISE. C'est possible!., les clientes, c'est
très-commode pour
les avocats...dupré.
Oui... c'estcomme
lesmalades pour
lesmédecins.LOUISE, d'unaircomposé.
Mais vous
en nvez qui prennentun
bienvifintérêtà»out ce quivous touche, monsieur... qui sontfortcurieuses,fortindiscrètes!
dupré.
Bah!
Ferdinand. Que
voulez-vousdire?LOUISE
, àsonpère.Que
tout-à-1'heure cethomme
quivousa apportédel'argent, vousn'avezpaseu
ledos tournéqu'ils'estapproché de
M.
Moquette.dupré,
à Ferdinand.Mon
premiercom-
imis,
un
garçon intelligent.LOUISE.
Et
lui afait desquestions sur notrejeunelocatairedu
cinquième.FERDINAND. Sur moi?
louise. S'il sortaitsouvent?s'ilrentrait tard? s'il recevait
beaucoup de
visites?Quellespersonnesilfréquentait?
Ferdinand. Par exemple
!dupré.
Qu'est-ceque
ça lui fait?louise.
M. Moquette
acruque
c'étaitun
espion.dupré.
Cela en atoutl'air.louise. Il l'avait déjà saisi
au
collet et allait lui faire un.mauvais
parti...DUPRÉ,
à Ferdinand. C'est qu'il est fortcomme un Turc, Moquette
!LOUISE.
Lorsque
cethomme
luiaavoué que
c'étaitsamaîtressequi l'avaitchargé de prendre cesrenseignemens.Ferdinand. Sa
maîtresse!dupré,
se récriant.Sa
maîtresse!LOUISE, toute en larmes, à Ferdinand, Oui,
une
grandedame
!dupré, à
part. Là! je l'avaisdeviné.LOUISE,pleurant plusfort. C'est elle qui a faitpayer vosloyers, c'est elle qui vous a
envoyé
tous ces cadeaux,c'est ellequi vous a faitsuivre, surveillerensecret.FERDINAND.
Mais...LOUISE,vivement.
Ne
le niez pas... j'é- taislà... j'ai toutentendu.DUPRÉ,
à part. C'estquelque
vieillefemme
quise ruinepour
lui... etqui en est jalouse!.,une
marquise italienne...elles n'enfontjamais d'autres.
LOUISE
,s'essuyant lesyeux.Et
mainte- nant, monsieur,parlez....justifiez-vous sivous pouvez. Quelle est cette
dame
?d'où la connaissez-vous? Jeveux
tout savoir, d'abord.FERDINAND
,horsde lui. J'endeviendrai fou...c'estun
complot!une
infâmecalom-
niepour me
perdre,pour
m'enleverLouise!mais
jesaurai confondre...{Comme
frappe d'uneidée subite.)Ah!
attendez!queltraitde lumière... {Courant à Louise.) Cet
homme
a-t-il affirmé qu'il venaitpour
moi,pour M. Ferdinand?
m'a-t-ilnom- mé?
LOUISE.
Non!
il adit lejeunehomme du
cinquième.Ferdinand,
vivement.Jel'aurais parié...c'est
pour
Corbineau.DUPRÉ. Pour
Corbineau?LOUISE.
Pour M.
Corbineau?FERDINAND.
J'en suis sûr, maintenant.{À
part.) Cette blonde dont ilme
parlait ce matin! cette folle qu'il a ensorcelée.{Haut.)C'estCorbineau, vousdis-je, et les questions, les loyers, lescadeaux, toutest
pour
lui.LOUISE. Ilserait vrai?
dupré. Ca
n'estpaspossible.L'ÉTUDIANT ET LA GRANDE DAME.
11scejne xii.
Les Mêmes, CORBINEAU,
entranten chantant :Quandonsaitaimeret plaire, etc.
FERDINAND,
à Corbineauqui entre.Hé
!arrivedonc...
DU
pré, regardantCorbineau.Jenecroi- rai jamaisqu'un
physique pareil puisse valoirce prix-là!c'estexorbitant.CORBINEAU. Tu
étais impatient! sois tranquille,nous ne
coucherons pas dans la rue.(Narguant
Dupré.)Nous
avonsun
appartement,
mon
cher.Ferdinand.
Ilnes'agit pas...corbineau. Et un appartement un peu
soigné!pas
au cinquième
!pasde mansar-
des!un
hôtelmagnifique,où nous
auronsun
entresolcharmant.
Ferdinand.
11faut d'abord...CORBINEAU.
C'estun monsieur
très-obli- geant quime
l'aindiqué... centcinquante francsde
loyer.Ferdinand.
Mais...corbineau.
Salon, salle àmanger, deux chambres
à coucher, cabinet avec desdégagemens,
office, sallede
bain...Ferdinand. Es-tufou?.
.centcinquante francs!corbineau.
Oui...mais
ilserameublé!
on
estentrain.DUPRÉ
,se recriant.Oh
!CORBINEAU
,le regardant avec malice. Il paraîtque
lesloyerstombent beaucoup.
FERDINAND,
impatiente. Va-t'enau
dia- ble!corbineau.
Je l'aiarrêté.FERDINAND,
encolère. Je n'enveux
pas.corbineau. Eh
bien! je le gardepour
moi.FERDINAND
, avecironie. Oui... ça ira bien avecle reste.corbineau,
étonné.Quoi
donc?., quel reste?Ferdinand. Eh
parbleu!... toutceque
l'on t'aapporté, etcequidepuisun
quart d'heureme
fait tournerla tête, ce néces- saire-ci,une pendule
,une montre
,que
sais-je?
CORBINEAU
, avec joie.Comment
?une montre
! elle s'y estdonc
mise, Dorothée, hein!.,quand
je te le disais... Voilà ceque
j'appelleune femme!
LOUISE,
à sonpère.Vous
l'entendez?..FERDINAND,
à Dupré.Là
!..DUrRÉ,
étonné.Jenepeux
pasen
revenir.CORBINEAU
, courantd'unobjetà l'autre.Tu ne
voulais pasme
croire! lesblondes sont très-sensibles.Pauvre femme,
-^-.•'Dieu
!quelle richesse, quelle élégance!..Créature céleste,et celte
montre
(lamet~tant), toujours là sur
mon
seinune
chaîne d'or: je porteraitoujoursles tien- nes., enchanteresse!...Ferdinand
,à Dupré. J'espèreque vous ne
doutez plus...louise
, avecjoie.Vous
voyezque
ce n'est paspour
lui, qu'il étaitinnocent...dupré.
Jesuis pétrifié.CORBINEAU
, se carrant et mettant lesmains aux
entournures de songilet. Voilà,mon
cherDupré
, voilà ceque
c'estque
d'êtreaimable
!(A
Ferdinand.)Tu
verrasque
le cabrioletviendra aussi, et alors tune
m'éclabousseras plusdans
ta calèche...DUPRÉ
etLOUISE.Sa
calèche!..corbineau. Ou
cellede
sa maîtresse...c'est la
même
chose...une femme
char-mante
qui l'adore!..dupré
et louise. Sa-maîtresse!FERDINAND
,à
demi-voix,à
Corbineau.Te
tairas-tu?..devant mon
beau-père etma
prétendue?corbineau. Sa
prétendue!FERDINAND
,regardantLouise.Dieu
!...ellepâlit!
dupré,
effrayé.Elleva
setrouver mal,il
ne me manquait
plusque
ça!..CORBINEAU,
la soutenant.Sa
prétendue!ilfallait
donc m'en
prévenir.(A
Dupré.)Ce que
j'en disais, c'étaitpour
levanter,pour
le faire valoir... parceque
cette au««tredaroe... lacalèche.
(Bas à
Ferdinand.y
Je vais laprendre sur
mon compte,
qu'est- ceque
çame
fait? (Haut.)La
calèche...C'est
moi
qu'elle aime...DUPRÉ.
Celle-là aussi...corbineau. Comme unefolle.^
Louise.) Oui,mademoiselle
Louise,c'estune
pas- sionqui estàmoi
seul,qui m'appartient,
je vous le prouverai...
(Aux
autres.)Cela luifaitdu
bien... ellerevient...(A
Dupré.)Un peu
d'eaude Cologne
,là,dans
cette chambre...DUPRÉ.
J'ycours...(11Tapourentrer;ladyWiltonparait.)
SCENE XIII.
Les Mêmes, LADY WILTON.
DUPRÉ,
surpris, jetteuncriAh!
FINAL.
ENSEMBLE.
Fragmentde Fra-Diavolo, LOUISK.
Ah!grandDion!c'est«11«
Qnise dérobaitànosyeuxI
O
douleur mortelle!Celiçjuam*co«es lien»