Effets des techniques hypnotiques «de suggestion» sur la performance et la perception d’un effort douloureux au sein
d’une caserne
UNIVERSITÉ PARIS OUEST NANTERRE LA DÉFENSE UFR STAPS
MEMOIRE DE RECHERCHE Pour l’obtention du Master 2 PNMEPS
DIAS DA SILVA Laura
Sous la Direction d’Alexandre COUTTÉ 2017 / 2018
REMERCIEMENTS
Je remercie les sapeurs-pompiers ayant participé au sein de la caserne à mon étude pour leurs échanges et leur bonne humeur malgré l’effort. Je remercie également le Commandant HORN d’avoir permis cette étude. Ce fut une expérience très enrichissante qui m’a permise d’en savoir davantage sur la profession.
Je remercie aussi Mr Coutte pour son accompagnement et mes camarades de Master 2 pour leur soutien et leurs conseils durant cette année car ça n’a pas toujours été facile de reprendre cette filière en cours de route avec surtout un spécial remerciement à Agathe, Maxime et Stanislas.
Je tiens par ailleurs à remercier les enseignants-chercheurs du Master PNMEPS pour leur transmission de savoir et l’enrichissement théorico-pratique qu’ils m’ont apporté. Cela m’a permis d’avoir un regard plus scientifique sur ma profession de psychomotricienne et également de comprendre davantage « l’analyse de donnée statistique » et la démarche scientifique d’une façon générale ce qui a d’ailleurs été nécessaire à l’élaboration de ce mémoire.
Enfin je remercie mes proches : amis et famille. Et plus particulièrement je remercie William, mes parents et mon frère qui m’ont soutenu durant cette année de formation et tout ce qu’elle a impliqué émotionnellement.
RESUME
Cette étude a pour objectif de déterminer si pendant un effort, des suggestions évoquant des notions de poids influencent la performance et la perception de l’effort et de la douleur. La méthodologie de cette étude est basé sur l'hypothèse conceptuelle que « l’exercice d’imagerie mentale induit par un script, inspiré de la communication hypnotique, peut influencer la performance et le ressenti d’un effort douloureux lors d’une analyse de résultats intra-sujet ».
Les résultats ont été analysés par le biais de tests paramétriques et de test de corrélations et ont montré des résultats allant dans le sens de nos hypothèses. Les suggestions de légèreté semblent améliorer statistiquement la performance et diminuer la perception de l’intensité de l’effort (échelle de Borg) et de la douleur (EVA) au cours d’un exercice intense par rapport à des suggestions évoquant de la lourdeur ou une condition neutre. Cela semble aussi corrélé avec la capacité d’imagerie du sujet. Néanmoins il y a aussi des biais méthodologiques à considérer notamment en lien avec le fonctionnement de la caserne dans laquelle s’est déroulée cette étude.
Mots clés : douleur - hypnose – imagerie – sapeurs-pompiers
ABSTRACT
This study aims at proving that weight suggestions, while doing an exercice, can influence the performance and the perception of the effort as well as the pain. The methodology behind this study is based on the conceptual hypothesis that « a script-based mental imagery technique, inspired by hypnotic communication, can improve not only the performance but also the feeling of painful effort in a within-subject design experiment ». The results were analysed with parametric statistical tests and correlation tests,and showed that they are in line with our hypothesis. Lightness-based suggestions seem to improve the performance and to decrease the perceived exertion (Borg rating) as well as the pain (visual analogical scale) during an intense exercice, compared to heavyness or neutral-based suggestions. It seems to be also correlated with the subject’s imagery capacity. Nevertheless, methodological biases should be
considered since this study took place in the fire-station.
Key words : pain – hypnosis – imagery - firefighter
TABLE DES MATIERES
REMERCIEMENTS ... 2
RESUME ... 3
ABSTRACT ... 3
LISTE DES TABLEAUX ... 5
LISTE DES FIGURES ... 5
1. INTRODUCTION ... 6
2. CADRE THEORIQUE ... 7
2.1 L’HYPNOSE ... 7
2.2 LA DOULEUR... 10
2.3 DOULEUR ET PRISE EN SOIN PAR HYPNOSE ... 16
2.4 PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESES ... 18
3. MATERIEL ET METHODES ... 19
3.1 POPULATION ... 19
3.2 MATERIELS ... 20
3.3 PROCEDURE ... 21
4. RESULTATS ... 23
4.1 ANOVA ET TEST T DE STUDENT ... 24
4.2 CORRELATIONS ... 28
5. DISCUSSION ... 31
5.1 REFLEXION SUR LES RESULTATS OBTENUS ... 31
5.2 ADAPTER LA RECHERCHE... 37
6. CONCLUSION ... 39
7. REFERENCES ... 40
8. LISTE DES ANNEXES ... 42
ANNEXE A : PRINCIPE DU TEST DU MIQ (CRAIG R. HALL, UNIVERSITE DU WESTERN ONTARIO ET KATHLEEN A. MARTIN, UNIVERSITY DE WATERLOO. VERSION FRANÇAISE : JEAN LORANT) ... 42
ANNEXE B : PROTOCOLE DE L’EPREUVE DU BILAN G.B SOUBIRAN DE DETENTE SPONTANEE ET GRILLE D’OBSERVATION DE LA CAPACITE DE RESOLUTION NEURO-MUSCULAIRE SPONTANEE ... 43
ANNEXE C : ECHELLE DE BORG (DELIGNIERES, 1994) ... 44
ANNEXE D : ECHELLES NUMERIQUES VISUELLES ANALOGIQUES DE LA DOULEUR, FATIGUE ET ENNUI ... 45
ANNEXE E : EPREUVE D’INTEROCEPTION ... 45
ANNEXE F : SYSTEME ONRYTHM 50 (PHOTO) ... 46
ANNEXE G : SCRIPTS DE LOURDEUR ET LEGERETE ISSUS DE L’ECHELLE DE BARBER
ET WILSON ET SCRIPT NEUTRE ... 46
ANNEXE H : TABLEAU RECAPITULATIF DES RESULTATS DES ANOVA ... 48
ANNEXE I : MATRICES DE CORRELATIONS ... 48
LISTE DES TABLEAUX
Tableau 1 : Tableau des résultats significatifs* ou à tendance significative obtenus ... 32LISTE DES FIGURES
Figure 1 : Modèle cognitivo-comportemental de la peur liée à la douleur de Vlazyen, Kolesnijders, Boeren et al. de 1995 ... 13Figure 2 : Test du Killy ... 21
Figure 3 : Effet intra-sujet de la suggestion du poids sur le temps avant la rupture ... 25
Figure 4 : Effet intra-sujet de la suggestion du poids sur l’échelle de Borg ... 27
Figure 5 : Effet intra-sujet de la suggestion du poids sur les EVA Douleur, Fatigue et Ennui ... 27
1. INTRODUCTION
Psychomotricienne Experte de formation, j’ai voulu au travers de ce mémoire effectuer une recherche appliquée sur le terrain et venir compléter par cette étude de précédentes recherches personnelles et professionnelles. Ces dernières étaient aussi ciblées autour de la prévention et de l’optimisation de la condition psycho-corporelle des sapeurs-pompiers.
En effet, d’après le Guide départemental de la condition physique des sapeurs-pompiers des Yvelines (Bureau d’activité physique et sportives, SDIS78, 2014) : « L’acquisition et le maintien d’une condition physique de sécurité opérationnelle ne doivent pas être perçus comme une contrainte mais comme un droit, celui de sauvegarder sa vie et sa santé et un devoir, celui de bien accomplir ses missions ».
Le sapeur-pompier a alors régulièrement des entrainements et une évaluation régulière de sa condition physique. Ces derniers permettent alors de veiller au maintien d’une efficience opérationnelle individuelle et collective de la garde. Suivant leurs tranches d’âge, des attentes sont attendues. Si les sapeurs-pompiers se présentent dans un seuil éliminatoire ou limite, il sera alors nécessaire d’en étudier les facteurs et de réfléchir à des actions pour améliorer ces résultats d’où mon intérêt porté à ce séminaire et à cette étude.
L’objectif de cette étude est d’observé l’influence des effets des techniques hypnotiques de
« suggestion » sur la performance et la perception d’un effort douloureux chez les sapeurs- pompiers.
Au préalable, le cadre théorique sera posé abordant les concepts d’hypnose et de douleur et l’influence d’une prise en soin hypnotique sur la douleur de façon approfondie. Sera abordée par la suite la méthodologie de ce travail de recherche dont seront exposés et analysés les résultats. Enfin sera entamée une discussion autour des résultats obtenus et du déroulement de cette étude.
2. CADRE THEORIQUE
2.1 L’HYPNOSE
2.1.1 L’hypnose en bref
Il existe plusieurs définitions de l’hypnose, dont celle de l’American Psychological Association sur laquelle s’appuie principalement ce mémoire. En effet, « en 1994, The Executive Commitee of the American Psychological Association a proposé la définition suivante : « L’hypnose est une procédure au cours de laquelle un professionnel de santé ou un chercheur suggère au patient de vivre ou de faire l’expérience de sensations, perceptions, pensées ou comportements modifiés ». (Faymonville & Vanhaudenhuyse, 2014).
Au sein de cette procédure, l’élément clef est donc la suggestion. Qu’est ce que c’est ?
La suggestion, c’est un outil de communication essentiel au sein du processus hypnotique et qui fait remarquer au patient que quelque chose est en train de se produire. Elle se doit d’être bienveillante et positive puisqu’il est nécessaire de formuler, de reformuler ce que le patient souhaite et ce vers quoi il tend. D’après Bioy (2013) : « Une suggestion peut se définir comme étant une idée, un sentiment ou un comportement, inspiré par un autre que soi. » Les suggestions font aussi parties des outils utilisés au sein de la technique d’imagerie mentale utilisée dans l’hypnose dont la liste est la suivante (liste non exhaustive) :
- Les suggestions directes:
Ce type de suggestion peut être utilisé avec des patients parfois hésitants Elle est souvent utilisée pour proposer au patient d’effectuer une action précise ou pour transmettre une idée donnée, La suggestion directe prend alors la forme d’un énoncé clair et sans détour qu’il est possible pour le patient d’accepter ou de refuser.
- Les suggestions indirectes ou permissives
Ce sont des suggestions masquées, non autoritaires, le patient peut s’en saisir ou non.
- Les métaphores :
Elle prend plusieurs formes, souvent la forme d’une ou plusieurs histoires ou d’anecdotes porteuses d’un sens, d’un message thérapeutique caché. Elles vont impliquer une créativité de la part du thérapeute et du patient.
- Le saupoudrage: C’est une manière de parsemer dans le discours des mots importants pour le soulagement. C’est une suggestion indirecte puisque ces mots sont pris dans
une histoire et sortis de leur contexte. Ils auront un sens pour l’inconscient et seront choisis en fonction du problème.
Le thérapeute choisit quels outils utiliser afin de permettre au patient de vivre son expérience perceptive et puiser en lui-même les solutions et les ressources nécessaires pour faire face.
Les diverses suggestions permissives ou indirectes faites par le praticien et les métaphores permettent au patient d’avoir approche différente de la difficulté qu’il rencontre. « Le thérapeute suggère alors au sujet que ses sensations corporelles (par exemple sa douleur) se transforment en sensations agréables » afin de l’orienter. (Faymonville & Vanhaudenhuyse, 2014, p. 82).
Quels que soient en effet les outils utilisés, un certain nombre de changements vont s’opérer.
Bioy (2013) parle alors d’ «un champ de conscience élargi » et d’après la définition de la British Medical Association (1995) cité par Tosti (2015, p 37) : Il y a en effet « un changement dans la conscience de la mémoire […] et l’apparition chez le sujet de réponses et idées qui ne lui sont pas familières dans son état d’esprit habituel. ». Tosti (2015, p. 176) résume que faire de l’hypnose « c’est agir sur les représentations au travers d’une expérience perceptive ».
Faymonville et Vanhaudenhuyse (2014) évoquent différentes composantes du processus hypnotique : la capacité d’absorption, de dissociation et de suggestibilité du patient. Tosti (2015, p. 56) raconte que le sujet « s’ouvre par l’imaginaire, à une simulation mentale où le réel passe au second plan » et plus le sujet se plonge dans son monde intérieur, plus l’imaginaire se confond avec le réel : « il en fait l’expérience comme s’il y était vraiment ». Il s’agit de l’absorption. Faymonville et Vanhaudenhuyse (2014) définissent l’absorption, comme la capacité à s’impliquer complètement dans une expérience imaginaire et la dissociation à la séparation mentale de comportement : le sujet est alors à la fois acteur et observateur. La dissociation peut souvent provoquer une impression de perte de contrôle mais en réalité le sujet ne le perd pas complètement et peut sortir de l’état hypnotique s’il se sent mal à l’aise. En effet, « l’état hypnotique est transitoire, réversible et agréable ». (Faymonville
& Vanhaudenhuyse, 2014, p. 82)
Enfin, la dernière composante est la suggestibilité qui représente « la capacité de la personne à se soumettre aux instructions du professionnel pratiquant l’hypnose». (Faymonville &
Vanhaudenhuyse, 2014). Est à noter, concernant cette dernière composante, que « l’état hypnotique […] peut être considéré comme une capacité innée que possède chaque individu.
Il est très développé chez certaines personnes, environ 10 pour cent des individus, à un moindre degré chez 80 pour cent de la population, les 10 pour cent restant étant peu sensibles à l’hypnose ». (Faymonville & Vanhaudenhuyse, 2014). Ainsi tout le monde n’a pas le même seuil de suggestibilité, de plus que cette suggestibilité varie avec la pratique.
Pour résumer, au sein du processus hypnotique, on retrouve généralement des suggestions qui consistent à entrainer le sujet à avoir une modification de l’attention que l’on se porte, de ses sensations, et de ses éprouvés corporels. Le sujet est alors généralement amené à être attentif à l’environnement dans lequel il se trouve puis progressivement à être attentif à ses propres sensations internes afin de l’amener généralement à une déconnexion du contexte actuel, être complètement « absorbé ». L’idée est d’éloigner le sujet de ses difficultés et qu’il puisse changer sa relation à lui-même, à son corps et à son environnement. En entrant dans un mode de perception différent, la personne accède à son imaginaire grâce à cet état d’écoute corporelle intense et pourra se « dissocier » : être là et ailleurs.
L’hypnose a pour objectif de permettre au patient de mieux vivre ses difficultés. Elle ne se propose pas systématiquement de « guérir », mais de réaménager la manière de percevoir celles-ci et d’entrainer un changement de comportement. Dans de nombreux cas, elle va modifier les troubles psychiques et somatiques. L’hypnose peut être utilisée en traitement des troubles phobiques, anxieux, des addictions mais aussi et est souvent indiquée dans le domaine de la douleur. (Faymonville & Vanhaudenhuyse, 2014).
2.1.2 Recherche : des études en neuro-imagerie depuis 1990…
A partir des années 1990, les méthodes de neuro-imagerie ont permis d’étudier l’activité des régions cérébrales lors du processus hypnotique.
Faymonville précise que l’activité du cerveau, lorsque le sujet est en état d’hypnose, varie selon les individus (en lien avec leur fonctionnement cérébral en veille classique notamment) et selon les suggestions (Vincent & Oligny, 2014). Il n’existe par ailleurs pas de signes physiologiques connus spécifiques à l’état d’hypnose (ni rythmes respiratoire ou cardiaque, ni tension artérielle ou autre) (Vincent & Oligny, 2014).
Cependant certaines données semblent communes à beaucoup de chercheurs. D’après Faymonville & Vanhaudenhuyse (2014) les enregistrements encéphalographiques ont mis en évidence que l’hypnose n’est pas un état de sommeil. Par ailleurs, il a également été observé par le biais des résultats en IRM f (Imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle) et en TEP (tomographie par émission de positons) que « le cerveau sous hypnose présente une activité particulière, notamment dans les régions participants à la perception, à l’attention et aux émotions ». (Faymonville & Vanhaudenhuyse, 2014). On a pu en effet détecter« un fonctionnement cérébral spécifique mettant en évidence l’intervention du cortex cingulaire antérieur dans la modulation de la perception douloureuse par l’état hypnotique ». (Célestin- Lhopiteau & Thibault-Wanquet, 2006). Il y aurait aussi « une interaction du cortex cingulaire antérieur et d’un réseau de régions corticales et sous corticales, telles que le cortex pré-frontal, les insula, le thalamus, et le tronc cérébral, impliqués dans les composantes sensorielles, cognitives, affectives et comportementales de la douleur. » Ainsi le processus hypnotique par la modification de l’activité cérébrale de ces régions influencerait alors l’attention, et l’évaluation de la signification d’un stimulus douloureux. D’après Faymonville et Vanhaudenhuyse (2014) « L’attention portée sur un événement agréable sous hypnose diminue de moitié les sensations et les désagréments des douleurs aigües. ». Mais avant d’approfondir sur la prise en soin hypnotique de la douleur, revenons déjà sur ce mécanisme complexe qu’est la douleur.
2.2 LA DOULEUR
2.2.1 Généralités sur la douleur : un mécanisme complexe
Selon la définition de Merskey (1979, p. 249) conservée par l'IASP - International Association for study of Pain : « La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à un dommage tissulaire réel ou virtuel ou décrite en termes d’un tel dommage ». C’est aussi une sensation indispensable à l’individu puisqu’elle le prévient de chaque situation pouvant mettre en danger son intégrité corporelle et psychique comme le décrit Danziger (2014, p30) : « vivre sans douleur n'est pas souhaitable, car la douleur serait nécessaire pour se sentir exister, pour sentir son corps et le protéger ». Ne pas ressentir la douleur, reviendrait, à un même titre qu'en ressentir trop, à une modification de notre rapport au corps, notamment ne pas percevoir nos limites corporelles. La douleur permet également un sentiment d'appartenance de son corps et apporte une connaissance de celui ci. En effet,
Louvel (2002), l'évoque « Elle permet à l’individu de percevoir les limites de son corps et ses possibilités d’action sur le monde. ».
La douleur se décline en plusieurs types et sous plusieurs fréquences.
La douleur est dite « aigüe » lorsqu’elle dure moins de 6 mois. Elle est « d’intensité souvent forte et d’évolution brève : elle est un symptôme faisant évoquer une lésion organique ».
(Brasseur, 1997, p. 19). Elle est utile car elle a une fonction de protection, d’alarme contre une agression. « La douleur aiguë est une fonction sensorielle [...] qui permet de percevoir ce qui est nocif ». (Calvino, 2014, p. 4). Le traitement antalgique est suffisant dans la majorité des cas. A ce type de douleur est souvent associé de l’anxiété. C’est une douleur souvent plus facile à cerner et à prendre en soin qu’une douleur chronique.
Les douleurs liées à un excès de nociception sont souvent de fréquence aigüe : « c’est à dire que l'on peut la localiser, la décrire et savoir combien de temps elle dure ». Ce type de douleur apparait à la suite d’une « sensation provoquée par des stimulations intenses (mécaniques ou thermiques) susceptible de menacer l'intégrité physique de l'organisme. » (Calvino, 2014, p.4).
« On parle de douleur « chronique » lorsque celle-ci perdure au-delà de la période habituelle de cicatrisation de la lésion causale, ou bien lorsqu’elle persiste pendant plus de 3 à 6 mois. » (Brasseur, 1997, p. 20). Le comportement en lien, n’est pas juste réactionnel : il est le plus souvent un comportement acquis, appris. La douleur est mémorisée en lien notamment avec la plasticité neuronale du système nerveux. Ce type de douleur est associé le plus souvent à une dépression et a un effet destructeur chez le sujet. Elle envahit la sphère cognitive et affective.
En effet, « la douleur chronique est plus influencée par les émotions que la douleur aigüe » (Porecca & Price, 2014, p. 8). Ce type de douleur a de lourdes répercussions notamment sur les représentations corporelles du sujet et son état tonique. La stratégie thérapeutique est différente de celle de la douleur aigüe car le plus souvent le traitement médicamenteux ne suffit pas et peut même, à l’inverse, générer une dépendance.
Différentes composantes interviennent et sont à prendre en compte dans l’évaluation et la prise en soin de la douleur.
Ces composantes sont les suivantes :
- La composante sensori-discriminative qui correspond aux aspects quantitatifs et qualificatifs de la sensation douloureuse.
- La composante cognitive correspond à un ensemble de processus mentaux (attention, mémoire, fonctions exécutives) susceptibles d'influencer la perception et les réactions comportementales qu'elle détermine. Elle concerne la signification et l’interprétation et s’intéresse à ce que symbolise le patient vis-à-vis de sa douleur, le sens qu’il lui donne.
- La composante socio-économique qui concerne « […] les tenants et les aboutissants professionnels, financiers et administratifs de la douleur chronique » (Brasseur, 1997, p. 40).
- la composante émotionnelle et affective. « La douleur est aussi une expérience psychologique, émotionnelle ; cette composante de la douleur est plus volontiers qualifiée de souffrance » (Jaquet et al. 2014, p. 104).
- La composante comportementale où sera entendu par comportement douloureux « […]
l’ensemble des verbalisations, mimiques et postures d’évitement ou de protection développées en réaction à la sensation douloureuse. » (Brasseur, 1997, p. 34). Cette dernière composante peut d’ailleurs entrainer la diminution de l’activité physique.
2.2.2 Composante psycho-comportementale de la douleur : la peur pousse a l’évitement/échappement et diminue l’activité physique
La douleur en tant que signal d’alarme, annonce à l’organisme une menace potentielle et est déclenchée pour interrompre l’activité en cours. Comme évoqué ci-dessus, elle est liée à des mécanismes attentionnels. En effet, d’après Crombez, Van Damme & Eccleston (2005) cité par Vlaeyen & Crombez (2009, p.511-516). « L’attention à la douleur peut être amplifiée quand les patients ont peur de la douleur ou lorsqu’ils appréhendent ses conséquences. Les signes ou signaux de douleur peuvent alors devenir le centre de l’attention ». Les sujets sont alors en alerte afin d’éviter la menace potentielle. Or, d’après Pfingston, Leibing, Harter et al.
(2002) cité par Vlaeyen & Crombez (2009, p.511-516) le fait d’anticiper la douleur conduit à une baisse des niveaux de performance comportementale et à une augmentation de la peur au cours d’un test de performance physique »
Leurs fonctions protectrice et défensive en cas de danger imminent et immédiat suggèrent que la peur et l’anxiété sont des mécanismes adaptatifs pour l’individu. D’après Vlaeyen &
Crombez (2009) La peur liée à la douleur doit être considérée comme une réponse normale à une information menaçante inhabituelle. La peur a alors une fonction protectrice et défensive en tant que mécanisme adaptatif pour l’individu. (Figure 1).
Figure 1 : Modèle cognitivo-comportemental de la peur liée à la douleur de Vlazyen, Kolesnijders, Boeren et al. de 1995
Cependant, ce mécanisme, à l’instar du mécanisme attentionnel, ne doit pas être déclenché à l’excès. En effet, «Les preuves croissantes que la peur liée à la douleur pourrait être plus incapacitante que la douleur en elle-même vont à l’encontre de la notion antérieure selon laquelle les capacités moindres des patients douloureux chroniques à accomplir des tâches de la vie quotidienne seraient une conséquence de la sévérité de la douleur». Ainsi la peur de la douleur, si elle progresse, peut conduire à un « catastrophisme » vis-à-vis de la douleur et donc à un évitement croissant des activités engendrant alors un cercle vicieux qui mène généralement à un repli sur soi, une dépression ce que l’on retrouve dans le cadre de la douleur chronique. (Figure 1). Ainsi « En cas de douleur chronique, ces conduites (d’évitement et d’échappement) empêchent l’individu d’infirmer le niveau de menace. ».
Une technique pour apprendre à mieux gérer ses émotions dont l’appréhension de la douleur qui est reconnue est d’ailleurs la relaxation dont il existe plusieurs méthodes. La relaxation est en effet indiquée dans la nervosité, la gestion du stress et des émotions, le mal être psychocorporel, les troubles tonico-émotionnels de type hypertonique le plus souvent, les troubles du schéma corporel et de l'image du corps et troubles de l'investissement corporel.
Ces différents troubles sont d’ailleurs pour un grand nombre observés chez le sujet douloureux.
2.2.3 : La prise en soin de la douleur par la relaxation psychosomatique et psychomotrice de G.B SOUBIRAN en psychomotricité
Selon Boscaini (2003, p. 175), pour se protéger de l’atteinte corporelle, le sujet va intensifier son activité tonique. « Le tonus est l’état de tension permanent des muscles. […] Il est sous l’influence d’informations provenant de l’ensemble du système nerveux, internes et externes au corps. Il varie involontairement ou volontairement en fonction des états physiologiques, émotionnels et psychiques en lien aux contextes et évènement. » (Saint-Cast & Boscaini, 2012, p. 10). Hors Boscaini (2003, p. 175) explique que des tensions prolongées, comme on le retrouve lors des douleurs chroniques, entrainent une hypertonie durable devenant une armure et un symptôme et cette hypertonie est désagréable car « […] les deux pôles extrêmes trop dur ou trop mou mettent mal à l’aise et que c’est dans un juste milieu entre hypo et hypertension, que l’humain trouve son équilibre sensoriel et affectif et une certaine sérénité ».
Le rôle du psychomotricien est de permettre cette harmonie en favorisant une mise en lien des fonctions motrices, affectives et psychiques de l’individu par son approche globale. Les objectifs d’une thérapeutique en psychomotricité sont en effet de proposer un lieu d’expérience, de perception, de sensations, de favoriser le jeu du corps porteur d’une expression spécifique au travers d’un étayage relationnel contenant, structurant, permettant de retrouver un sens commun. Et notamment pour se faire il peut être amené à utiliser la relaxation. « Par la relaxation le psychomotricien essaye de faire entrer dans un code corporel communicatif le symptôme corporel pour qu’il soit partagé avec l’autre, enfin élaboré.
L’objectif, à partir du langage corporel, est d’aider l’autre à résoudre sa problématique en retrouvant le plaisir tonico-moteur pour donner ensuite place à la pensée et la parole. ».
Boscaini (2003, p. 181) rajoute que la relaxation permet de « reconsidérer son corps comme ami, d’arriver à parler de son corps et à l’utiliser d’une manière significative et signifiante ».
La relaxation vise à l’abaissement des tensions mais aussi à une détente psychique et affective. Et pour se faire, l’empathie du professionnel joue également un rôle important par la prise en considération du patient et de sa douleur. La relaxation a enfin pour objectif final de permettre au patient d'accéder dans son quotidien à ce mieux être psychocorporel en se l'appropriant dans un processus d’autonomisation de la gestion de ses éprouvés corporels et de ses douleurs. La méthode qui nous intéresse ici est une méthode créé par et pour des psychomotriciens : c’est la méthode de relaxation psychosomatique et psychomotrice G.B.
Soubiran.
Celle-ci se décompose en plusieurs temps : un temps d’installation, de mobilisations passives, de reprise et de verbalisation. C’est une méthode prophylactique et thérapeutique . Cette relaxation est intéressante car elle s’adresse à tout le monde et s’adapte au sujet : son âge, sa pathologie et ses besoins. Elle est inductive (avec des inductions principalement corporelles).
Elles sont réalisées au travers du silence, de propositions posturales, ainsi que des mobilisations passives qui permettent d'induire un état de détente à travers le dialogue tonico- émotionnel par exemple. Elle est par ailleurs, non directive car le patient n'est pas orienté vers le ressenti d’une sensation particulière. Elle est aussi non interprétative. Le psychomotricien va tenir compte de la verbalisation du patient, de son ressenti et de son comportement mais n'interprète pas au sens psychanalytique. Cette méthode fait « intervenir le langage pour exprimer le vécu corporel ». « Le sujet parle en effet de ce qu'il éprouve dans son corps » (Brasseur, 1997, p. 77). Enfin cette méthode possède à la différence d’autres méthodes (Schultz, Jacobson), un bilan qui permet d'observer où en est le sujet à « l’instant t » et son évolution au fur et à mesure des séances. Et c’est de ce bilan dont a été inspirée l’épreuve de résolution neuromusculaire et sa grille utilisée dans le protocole ci-après. Pourquoi ? Car il semble exister un lien entre la psychomotricité et l’hypnose.
D’une part, « les phénomènes psychomoteurs et hypnotiques impliquent inévitablement des aspects somatiques et psychiques de la globalité humaine » (Malesani, 2010, p.209) ce que l’on retrouve également dans les méthodes de relaxation. Ensuite, à l’instar de certaines de ces dernières, l’hypnose se construit sur des inductions qui bien que verbales conserve sa composante psychocorporelle car le corps peut s’engager à travers les visualisations mentales, les affects ou encore la parole. D’ailleurs n’y aurait-il pas un lien potentiel entre la capacité de résolution neuromusculaire et donc si on peut dire de « suggestibilité à l’induction corporelle » lors de la méthode G.B Soubiran avec la capacité d’imagerie mentale d’un sujet ou encore sa « suggestibilité aux techniques d’imagerie mentale en hypnose »? Cette question reste en suspend…
Ainsi en psychomotricité comme lors de l’hypnose, on recherche à aller de l’intériorité vers le mouvement. Il n’existe aucune situation dans laquelle seul l’esprit ou le corps est impliqué, « tout ce que vit le corps, l’esprit le pense et « vice versa » (Benhaeim, Roustang, Bonvin, & al., 2012, p. 60). D’autre part, « elles sont constitutivement influencées par la phénoménologie » (Malesani, 2010, p.209), discipline qui est exclusivement tournée vers l’analyse des faits et phénomènes et non de leurs interprétations. La psychomotricité et l’hypnose interrogent
toutes les deux la sensorialité, les perceptions, les émotions, le vécu et les représentations dans la manière dont le sujet les intègre dans la construction et la perception de lui-même dans l’ici et maintenant. Enfin, toutes les deux « visent également des objectifs de soutien au développement et à la croissance globale de l’homme, de prévention, de thérapie, d’aide à la personne. ». (Malesani, 2010, p.209) L’hypnose vise une réharmonisation psychocorporelle afin d’aider le patient à se sentir en accord avec lui-même, dans le ressenti et l'exploitation de ses capacités et la psychomotricité cherche aussi à rétablir un équilibre d’après Alba, Albaret, Békier & al (2012, p 12.) entre le vouloir faire et le pouvoir faire, entre les comportements de la personne et les attentes de son entourage, entre la subjectivité éprouvée et l’objectivité partagée ».
2.3 DOULEUR ET PRISE EN SOIN PAR HYPNOSE
2.3.1 L’hypnose ou la médiation par l’image dans le cadre de la prise en soin de douleurs psychosomatiques : Etude de Cas d’Eida de Barthelemy et Gimenez (2016).
D’après Flamand-Roze, Célestin-L’hopiteau, Roze (2016), La relaxation, les métaphores du contrôle et l'utilisation d'images visuelles agréables sont les piliers de l'induction hypnotique et de la suggestion thérapeutique. L'hypnose peut utiliser une imagerie visuelle, olfactive, sensorielle, gustative et / ou auditive.
Barthelemy et Gimenez (2016) ont réalisé un écrit autour de l’étude de cas d’une patiente appelée Eida présentant des douleurs somatiques dont les images évocatrices de son éprouvé corporel sont notamment les suivantes : « ça boue dans mon ventre », « des nuages gris embrouillent ma tête ». Cette dernière a été suivie en psychothérapie avec utilisation de l’hypnose et il s’est avéré que les douleurs, sensations désagréables aient diminuées au fil des séances notamment grâce à l’utilisation de l’imagerie mentale. Lors des séances proposées à Eida, le thérapeute a réalisé une séance d’hypnose centrée sur la relaxation en lui suggérant de fermer les yeux et de visualiser et de sentir chaque partie de son corps se détendre, puis il l’a accompagné à se visualiser dans un lieu, connu ou imaginaire, empli de sensations apaisantes, sécurisantes, en soit à projeter son propre corps dans un espace psychique (paysage ou scénario). Il lui a aussi proposé des exercices d’hypno-analgésie à travers visualisation et transfert de l’analgésie de la main au crâne douloureux par exemple. L’image est alors considérée comme un intermédiaire sur lequel on peut élaborer, travailler avec le patient et elle semble dans ce sens fondamentale dans le processus hypnotique.
L’hypnose implique en effet généralement la création d’images articulées avec un éprouvé.
Ces images sont co-créées dans la relation thérapeutique, grâce aux traces psychiques émergentes chez la patiente et les suggestions métaphoriques du clinicien. Et pour ces psychologues cliniciens, le passage par l’image serait fondamental et permettrait la libération de la charge affective, ainsi qu’un travail sur la perception du corps et des sensations douloureuses associées à des pans précis de l’histoire affective (image-clef). La médiation par l’image permettrait alors, à l’instar de l’étude de cas d’Eida, d’engendrer une diminution de la perception de la douleur.
2.3.2 L’hypnose en tant que technique analgésique
« Différents mécanismes cognitifs tels que l’anticipation, l’attention et la distraction influent sur la perception de la douleur. » (Faymonville & Vanhaudenhuyse, 2014). Et ces mécanismes seraient mis en jeu lors du processus hypnotique, c’est pourquoi dans certaines institution, l’hypnose est utilisée en tant que technique analgésique.
« Depuis 1992, au Centre Hospitalier Universitaire de Liège en Belgique, l’hypnose est associée aux outils médicaux « classiques » que ce soit pour les douleurs aigües chirurgicales ou pour les douleurs chroniques ». (Faymonville & Vanhaudenhuyse, 2014). Ainsi l’hypnose est considérée comme une technique anesthésique bien qu’elle reste le plus souvent combinée à l’anesthésie locale, d’où le terme plus utilisé d’ « hypno sédation ».
Faymonville et Vanhaudenhuyse (2014) expliquent que pendant l’acte chirurgical, le patient est conscient, mais sous hypnose tout du long de l’opération ; et il reçoit de très faible quantités d’antidouleurs, ainsi qu’une anesthésie locale de la région opérée, ce qui limite les effets secondaires indésirables à l’inverse d’une anesthésie générale dont ils font la critique.
Une autre application parfois utilisée est l’« autohypnose » : c'est-à-dire la pratique de l’hypnose de façon autonome comme outil de gestion et de contrôle de sa douleur.
« Le praticien rend ainsi le patient autonome et responsable de sa santé, ce qui le valorise […]. En effet, le sujet apprend à reprendre le contrôle de sa douleur et à ne plus lui donner une place centrale dans son quotidien. » (Faymonville & Vanhaudenhuyse, 2014).
2.3.3 Résultats des études et méta-analyse des études concernant
l’utilisation de l’hypnose lors de chirurgies ou de procédures médicales
« Plusieurs études ont mis en évidence que l’hypnosédation améliore le confort pendant l’opération et après, ainsi que les conditions de la chirurgie tant pour le patient que pour l’équipe qui opère : cette technique diminue l’anxiété, la douleur et donc l’utilisation de médicaments anxiolytiques et analgésiques. ». (Faymonville & Vanhaudenhuyse, 2014) Montgomery et al. (2000, 2002) ont réalisés une méta-analyse sur l'efficacité de l'hypnose pour des résultats spécifiques liés à la chirurgie (affect négatif, douleur, utilisation de médicaments contre la douleur, indicateurs physiologiques, récupération et temps de traitement). Cette méta-analyse des études publiées a montré que 75% des participants expérimentaux souffrant de douleur ont obtenu un soulagement de leur douleur.
Cependant Tefikow, Barth, Maichrowitz et al. (2013) critiquent la rigueur méthodologique de cette méta-analyse car Montgomery et al. (2002) incluaient également des essais non randomisés. Les résultats méta-analytiques pourraient alors avoir été biaisés conduisant à une surestimation potentielle des bénéfices de l'hypnose.
De même ils ont critiqués certains aspects des 2 autres méta-analyse réalisées depuis par Flammer et Bongartz (2003) et Schnur et al. (2008). Ils ont alors proposé une nouvelle étude de l’efficacité de l’hypnose chez les adultes subissant une intervention chirurgicale (ou procédure médicale). Leur méta-analyse a alors révélé des effets de taille faible à moyenne en faveur de l'hypnose et non plus importants comme s’était souligné par Montgomery et al.
(2002), sur divers résultats pertinents de la chirurgie (détresse émotionnelle, douleur, consommation de médicaments, paramètres physiologiques, récupération et temps d'intervention chirurgicale).
A présent que le cadre théorique est posé, va être abordée la méthodologie de cette recherche…
2.4 PROBLEMATIQUE ET HYPOTHESES
Sera étudié objectivement un phénomène subjectif (la perception de la douleur liée à l’effort), grâce à la méthode expérimentale, en manipulant des variables physiologiques, psychologiques et cognitives. Pour ce faire, va être utilisée une technique d’hypnotique où les suggestions sollicitent l’imagerie mentale des sujets.
L’objectif principal de ces expériences est de déterminer si pendant un effort, des suggestions évoquant des notions de poids (lourdeur ou légèreté) influencent la performance et la perception de l’effort et de la douleur chez des Sapeurs-pompiers Professionnels.
Notre hypothèse théorique ou conceptuelle est : « L’exercice d’imagerie mentale induit par un script, inspiré de la communication hypnotique, peut influencer la performance et le ressenti d’un effort douloureux lors d’une analyse de résultats intra-sujet ».
Nos hypothèses opérationnelles sont :
« Lorsque le sujet est confronté à des suggestions qui évoquent la lourdeur, la performance sera moins bonne et le ressenti de la douleur majoré, par rapport à lorsque l’attention est simplement détournée par une tâche de vigilance. (condition neutre) »
« Lorsque le sujet est confronté à des suggestions qui évoquent la légèreté, la performance sera meilleure et la perception douloureuse diminuée par rapport à lorsque l’attention est simplement détournée par une tâche de vigilance (condition neutre). »
« Le sujet aura une meilleure performance lorsqu’il est confronté à des suggestions de légèreté et la perception de la douleur sera nettement diminuée par rapport à la condition où le sujet est confronté à des suggestions qui évoquent de la lourdeur. »
3. MATERIEL ET METHODES
L’objectif principal de ces expériences est de déterminer si pendant un effort, des suggestions évoquant des notions de poids (lourdeur ou légèreté) influencent la perception de la douleur et la performance.
3.1 POPULATION
La population choisie est celle des sapeurs-pompiers car ces derniers sont régulièrement soumis à des exigences en termes de condition physique. Ainsi ils doivent toujours être au mieux de leurs formes pour pouvoir être opérationnels sur le terrain et donc optimiser leurs conditions physiques. Par ailleurs, bien que cela ne soit pas indiqué, les sapeurs-pompiers sont
souvent, lors des tests et épreuves et même lors de leurs entrainements en caserne, à la recherche de la performance. Et cela n’est pas sans conséquences puisque leurs excès psychocorporels entrainent régulièrement chez eux des douleurs liées aux Troubles Musculo- Squelettiques.1. De plus, ce n’est pas la seule problématique auquel est sujet le Sapeur
Pompier puisque ce dernier est également soumis à de divers agents stressants2 : de performance (travail physique ou mental), de menace, de deuil ou encore de frustrations.
Or il faut savoir que depuis les années 1990, d’après Montmayeur et al. (2016) « Les troubles musculosquelettiques (TMS) sont reconnus comme une pathologie plurifactorielle ayant comme origine non seulement les facteurs biomécaniques mais aussi les facteurs de risque psychologiques et sociaux (RPS) ». Ainsi, le Sapeur-Pompier est soumis à de diverses répercussions psychocorporelles que les dirigeants des Services Départementaux de Secours et Incendie (SDIS) tentent de limiter afin de conserver leur effectif en bonne santé le plus longtemps possible. D’où le fait que la caserne en question ait accepter cette recherche au sein de la caserne.
Un échantillon de 18 hommes sapeurs pompiers a alors participé à l’expérience dont a été exclu le Personnel Administratif Technique et Spécialisé (PATS). Cet échantillon a été construit de manière non aléatoire (en fonction de leur disponibilité). Les participants ont entre 27 et 44 ans soit une moyenne d’âge de 36 ans.
3.2 MATERIELS
Le matériel nécessaire a été un mur lisse, un dé, un Système ONRYTHM 50 cardio-fréquence mètre, des tapis de gymnastiques et un coussin afin de réaliser l’épreuve de résolution musculaire, des écouteurs, une tablette numérique pour faire écouter les bandes sons de script, un formulaire de consentement éclairé et un carnet de passation afin de recueillir la verbalisation des ressentis des sujets, leurs remarques, commentaires et des annotations autres, le test du MIQ (Annexe A) qui permet de mesurer les capacités d’imagerie mentales à travers un score d’imagerie visuelle, kinesthésique et global, une grille d’évaluation de la capacité de résolution musculaire se basant sur un score de pondération de la participation au
1 « Les troubles musculosquelettiques (TMS) […] peuvent se définir comme l’ensemble des symptômes liés à des lésions péri-articulaires en relation avec une hyper sollicitation des articulations dans l’amplitude et dans la force. » Sassoon, D (2003).
2 Seylye (1956) 2définit l’agent stressant comme « toute demande faite au corps ou à l’esprit ».
contrôle du mouvement passif provoqué par l’expérimentateur (Annexe B) et des questionnaires divers la perception de l’effort a été évaluée par une échelle de Borg DP-153 (Annexe C, Delignières, 1994), les échelles numériques visuelles analogiques pour la douleur, l’ennui, la fatigue construites pour ce mémoire sur la base de ce qui est observé dans l’échelle de Borg qui sont des échelles d’auto-évaluation sur une échelle de 0 à 10 (Annexe D) et l’épreuve d’intéroception afin d’observer la capacité du sujet à être attentif à ses propres signaux internes en auto-évaluant son nombre de pulsations cardiaques en une durée définie par l’expérimentateur en comparaison à la valeur objective mesurée. (Annexe E).
3.3 PROCEDURE
3.3.1 Déroulement de la procédure
Les individus ne connaissent pas avec précision le but l’expérience. L’idée est qu’ils pensent que le but principal est l’étude de la variabilité cardiaque liée à l’effort.
Les sujets savent également qu’ils devront réaliser des questionnaires et épreuves demandées dont plusieurs fois le test de Killy (Figure 2) qui consiste en un gainage isométrique : le dos est à plat contre le mur, les cuisses horizontales formant un angle de 90° avec le buste et avec les jambes, tête en appui contre la paroi. Les sujets ont comme consigne de tenir l’exercice le plus longtemps possible. Ils seront avec leur tenue réglementaire professionnelle de la caserne pour cette épreuve et pieds nus.
Figure 2 : Test du Killy www.centremusculation.com
Le sujet remplit le consentement éclairé et fournit « les informations générales »(Nom, Prénom et âge), données anonymes lors du traitement. L’expérimentateur l’aide à installer la ceinture ONRYTHM 50 (Annexe F) et s’assure de bien capter les données sur la montre en lien avec le système. Puis le sujet est invité à positionner les écouteurs et à prendre la position réglementaire de Killy (test de gainage de « la chaise ») dès qu’il se sent prêt, moment où le
chronomètre et la bande son sont déclenchés. Est précisé au sujet qu’il a le droit de perdre le fil durant la bande son mais qu’il devra essayer à chaque fois d’y reporter son attention.
Les 3 conditions expérimentales auxquelles sont exposés les sujets sont les suivantes :
- Suggestion Neutre : le sujet réalise une tâche d’attention soutenue où il doit compter le nombre de fois où il y a le chiffre 8 dans une suite de nombres à 2 chiffres présentés dans un casque.
- Suggestion de Lourdeur : on présente au sujet un script enregistré qui évoque des notions de lourdeur en demandant au sujet d’imaginer une situation bien précise où des objets lourds interviennent (Annexe G). Ces scripts sont construits sur la base des 2 premiers items de l’échelle de Barber et Wilson (Barber, T.X., Wilson, S.C., 1978).
- Suggestion de Légèreté : on présente au sujet un script enregistré qui évoque des notions de légèreté en demandant au sujet d’imaginer une situation bien précise où des objets légers interviennent. Ces scripts sont construits sur la base des 2 premiers items de l’échelle de Barber et Wilson (Barber, T.X., Wilson, S.C., 1978).
Le sujet répond à la condition demandée suivant l’ordre des phases qui a été préalablement défini de façon aléatoire.
De fait, le protocole se déroule en 3 phases chacune espacée de 4 jours au minimum et 8 jours maximum (fonction du roulement de garde et des disponibilités des sujets et les tâches sont présentées comme étant complémentaires. Pour contrôler un effet de l’ordre dans lequel les sujets passent les conditions expérimentales, un contrebalancement de l’ordre de passation des phases est réalisé en s’appuyant sur le dé à 6 faces. Les 6 ordres possibles sont : Léger Neutre Lourd ; Léger Lourd Neutre ; Lourd Neutre Léger ; Lourd Léger Neutre ; Neutre Léger Lourd
; et Neutre Lourd Léger. Trois sujets passent chaque combinaison, le dé est lancé pour définir quelle combinaison des différentes conditions les sujets réalisent en relançant le dé si jamais trop de sujets passe la même combinaison. Au début et à la fin de l’épreuve de Killy de gainage, la fréquence cardiaque est relevée (sujet encore en position chaise). A la fin de l’épreuve, l’expérimentateur enlève le cardio-fréquence- mètre et s’assure que le sujet se porte bien. Après chacune des sessions de gainage « le temps de rupture » (avant abandon de l’effort) est également relevé. De plus, après chaque condition le participant s’assoit et remplit les questionnaires évoqués précédemment en commençant par l’échelle de BORG puis l’auto-évaluation numérique de la douleur, fatigue et ennui. A la fin des différentes
conditions, sera réalisé le test du MIQ ainsi qu’une observation scorée de la capacité de résolution musculaire du sujet.
Une fois ce protocole achevé, un temps d’échange est réalisé sur l’ensemble des ressentis du sujet, l’intérêt de ce projet de recherche etc. C’est l’occasion pour le sujet de découvrir ses performances.
3.3.2. Variables étudiées
La variable indépendante (VI) est une variable intra-sujet de suggestion et présente 3 modalités : suggestion neutre, suggestion de lourdeur, suggestion de légèreté
Et nous avons mesuré l’influence de cette VI sur les variables dépendantes (VD) qui suivent : Temps avant la rupture (précision à la seconde), Fréquence cardiaque avant et après, cotation à l’Echelle de Borg, auto-évaluation de la douleur, l’ennui et la fatigue en fin d’effort comme facteurs limitant la performance (évaluées séparément sur des échelles numériques de 0 à 10).
Nous avons également mesurées d’autres variables, qui sont le score d’erreur d’intéroception, le score au MIQ Visuel et Kinesthésique et le score de résolution musculaire.
Les variables contrôlées sont le sexe, la tenue des sujets, la position de gainage, l’isolement sonore de la pièce et le lieu où se déroule le protocole.
4. RESULTATS
Pour chaque combinaison nous avons 3 sujets, soit au total 18 sujets. Après passation de l’expérience, des données ont été exclues de l’analyse des résultats. En effet pour 2 sujets (sujet J et sujet M) la condition lourde n’a pas été bien respectée. Ces deux sujets exprimant ne pas avoir été attentifs à la bande son, pensant à autre chose de positif, sur un mode de
« psychologie inversée » afin de performer. Ces données faussant alors les résultats obtenus de cette recherche, ont été remplacées de façon automatisée par une moyenne ou mode par le logiciel Excel3.
3 Parmi les méthodes d’estimation pour le remplacement de valeurs manquantes, a été choisi de remplacer ces dernières par la moyenne, il existe également d’autres méthodes mais celle-ci m’a semblé la plus simple de compréhension et d’exécution, d’autant qu’elle était proposée par le logiciel. La pertinence de ce choix peut être discutée.
Enfin, faute de disponibilité en lien avec la logistique de la caserne, le sujet P n’a pas pu passer la condition neutre ni l’épreuve de détente spontanée et le sujet R n’a pas pu réaliser l’épreuve de détente spontanée non plus. De la même façon, ces données ont été remplacées par le logiciel Excel.
4.1 ANOVA ET TEST T DE STUDENT
Les résultats ont été analysés à l’aide du logiciel Excel et de son extension XLSTAT. Nous avons utilisé des statistiques inférentielles à l’aide d’ANOVA à mesure répétées. Pour chacune des différentes phases de la combinaison, nous avons étudié l’influence des variables indépendantes, les suggestions de poids (neutre/ lourdeur / légèreté), sur les variables dépendantes qui sont le temps avant la rupture, les fréquences cardiaques au début et à la fin ainsi que l’écart entre les deux, l’échelle de Borg et les échelles d’évaluation analogiques numériques de la douleur, la fatigue et l’ennui pour chaque sujet.
S’en suivi la réalisation pour chaque VD d’un paramétrique, test t de Student (Annexe J) pour 2 échantillons appariés afin d’observer la significativité des moyennes obtenues deux par deux de façon unilatérale.
4.1.1 ANOVA et test t de Student de la VD Temps,
On observe un effet tendanciel de la suggestion sur le temps avant rupture. [F (17,17) = 2.701
; p = 0,077].
Si on observe les mesures descriptives. On observe que les sujets en condition de « légèreté » présentent un temps avant rupture en moyenne supérieur comparée à la condition « neutre » et davantage par rapport à la condition de « lourdeur ». (Figure 3).
En condition de « lourdeur » les sujets réalisent un temps avant la rupture d’en moyenne secondes 248 secondes (ET = 70) alors qu’en condition « neutre » ils obtiennent en moyenne un temps de 269 secondes (ET=78) et qu’en condition « légèreté » ils obtiennent en moyenne un temps de 331 secondes (ET = 175). (Figure 3).
Figure 3 : Effet intra-sujet de la suggestion du poids sur le temps avant la rupture
Comme vous pouvez le remarquer sur le graphique ci-dessus (figure 3), la moyenne des temps en condition de lourdeur est inférieure à celle pour la condition neutre. Afin d’observer la significativité de ces moyennes, un test unilatéral de comparaison des moyennes, test t de Student a été réalisé. Ce test n’a cependant pas donné de résultats permettant de dire que les moyennes observées sont significativitement différentes (t-Student (17) = - 1.053, p = 0.154).
Concernant le contraste « temps neutre » et « temps léger», d’après le test t de Student unilatéral, on ne peut affirmer que les moyennes sont significativement différentes mais on peut tout de même prendre en considération ces moyennes avec une p-value de 0.066.
Concernant le contraste « temps lourd » et « temps léger », d’après le test t de Student unilatéral, la différence de moyennes est significative à p = 0.039 soit inférieure au seuil alpha (=0.05). Ce test paramétrique t de Student vient donc appuyer une partie de notre hypothèse opérationnelle : « Le sujet aura une meilleure performance lorsqu’il est confronté à des suggestions de légèreté […] par rapport à la condition où le sujet est confronté à des suggestions qui évoquent de la lourdeur. »
4.1.2 ANOVA et test t de Student de la VD Fréquence Cardiaque : au début et à la fin de l’épreuve de Killy
On n’observe pas d’effet significatif à p <0.05 de la suggestion sur les fréquences cardiaques (observées au début et à la fin de l’épreuve de Killy). (Annexe H). De plus les différences de moyennes observées ne sont pas significatives au test t de Student avec des p-values supérieures au seuil alpha 0.05.
331
269
248
0 100 200 300 400
Légèreté Neutre Lourdeur
Effet intra-sujet de la suggestion de poids sur le temps avant la rupture (p = 0.077)
Moyenne des Temps avant la rupture (sec)
Concernant la fréquence cardiaque on observe une moyenne de la fréquence cardiaque en début d’effort plus élevée dans la condition de légèreté (M= 86 (ET= 17)) par rapport à la condition de lourdeur (M=81 (ET=15)) cependant cette différence de moyenne n’est pas significative au test t de Student avec une p-value de 0.140. Concernant la fréquence cardiaque on observe une moyenne de la fréquence cardiaque en début d’effort plus élevée dans la condition de légèreté (M= 86 (ET= 17)) par rapport à la condition neutre (M=84 (ET=13)) cependant cette différence n’est pas significative. (t (17) = - 0.335, p = 0.371). On observe également une moyenne de la fréquence cardiaque en fin d’effort plus élevée dans la condition de légèreté (M=123 (ET=38)) par rapport à la condition de lourdeur (M=110 (ET=19)) cependant cette différence de moyenne n’est pas suffisamment significative au test t de Student avec une p-value de 0.067. On observe également une moyenne de la fréquence cardiaque en fin d’effort plus élevée dans la condition de légèreté (M=123 (ET=38)) par rapport à la condition neutre (M=112 (ET=19)) cependant cette différence n’est pas significative avec une p-value de 0.154.
4.1.3 ANOVA et test t de Student de la VD BORG
Il y a un effet significatif de la variable suggestion sur le score à l’échelle de Borg (Annexe C). [F = 7, p = 0,002] et donc dans la façon dont l’intensité de l’effort est perçu. De plus les différences de moyennes entre la condition de légèreté et les autres conditions sont significatives. (p <0.05). Et cela vient également appuyer nos hypothèses.
En effet, en condition de «légèreté » les sujets évaluent l’intensité de leur effort à l’échelle de BORG en moyenne à environ 7.3 (ET = 2.3) soit associé à une verbalisation à l’intermédiaire entre le « facile- un peu difficile » alors qu’en condition « neutre » la moyenne est de 9 (ET=1.8). Cette différence de moyenne est significative au test t de Student avec une p-value de 0.001 inférieure au seuil alpha (=0.05).
De plus la moyenne obtenue au test de légèreté est également significativement inférieure (t (17) = -2,945, p = 0.005) par rapport à la moyenne de la condition « lourdeur » de 9.2 (ET=1.6). (Figure 4). Un score aux environs de 9 à l’échelle de Borg est alors associé à une verbalisation « un peu difficile voire difficile ».
Concernant le contraste entre les conditions « neutre » et de « lourdeur », la différence de moyenne n’est pas significative. (t (17)= - 0,379, p=0.355)
Figure 4 : Effet intra-sujet de la suggestion du poids sur l’échelle de Borg (F=7, p =0.002)
4.1.4 ANOVA de la VD et test t de Student de l’Echelle Numérique de la Douleur, Fatigue et Ennui
Il n’y a pas d’effets significatifs de la variable suggestion sur les échelles visuelles analogiques (EVA) de Douleur, Fatigue et Ennui (Annexe H).
Figure 5 : Effet intra-sujet de la suggestion du poids sur les EVA Douleur, Fatigue et Ennui Concernant les moyennes descriptives obtenues, a été réalisé un test de Student afin de les comparer et de voir si elles étaient significativement différentes.
Tout débord, est observé une tendance à percevoir la fatigue de façon plus importante en moyenne en condition de « lourdeur » (M=5.8 (ET=2) qu’en condition « neutre » (M=5.3 (ET=2.6) ou encore de « légèreté » (M=5.1 (ET =2.5)). Cependant les résultats au test t de Student ne sont pas significatifs.
7,3 9 9,2
0 5 10
Légèreté Neutre Lourdeur
Effet intra-sujet de la suggestion de poids sur l'échelle de Borg
(F=7, p=0.002)
Moyenne de la cotation à l' Echelle de Borg ( sur 15 points)
6,7 6,9 7,6
5,1 5,3 5,8
5 5,4
4,1
0 1 2 3 4 5 6 7 8
Légèreté Neutre Lourdeur
EVA Douleur EVA Fatigue EVA Ennui Moyennes
Effet intra-sujet de la suggestion de poids sur les EVA de la Douleur, Fatigue et d’ennui (p > 0.05)
De même, il n’est pas observé de différences de moyennes significatives au test de Student au niveau des moyennes observées lors de l’estimation de l’ennui comme facteur limitant entre les conditions de « légèreté » (M=5 (ET=2.7)) et de « lourdeur » ou encore de « légèreté » et
« neutre » avec des p-values supérieures à 0.05 au test t de Student.
Cependant on observe bien une différence légèrement significative (t (17) = -1.690, p = 0.055) entre les moyennes à l’EVA Ennui en condition de « lourdeur » (M= 4.1 (ET = 3.1) et
« neutre » (M= 5.4 (ET=3.7)) avec davantage d’ennui perçu en condition neutre que dans la condition de lourdeur.
Enfin, concernant l’EVA douleur, une moyenne moins élevée dans la perception de l’importance de la douleur comme facteur limitant l’effort en condition de « légèreté » avec une moyenne de 6.7 (ET=2.1) comparée à la condition « neutre » avec une moyenne de 6.9 (ET=1.7). Mais cette différence de moyenne n’est pas significative. (t (17) = -0.213, p
=0.417). De même que pour la comparaison entre la condition « neutre » et de « lourdeur ».
Cependant la comparaison de moyenne de la condition « légèreté » avec la condition
« lourdeur » de 7.6 (ET =1.9), elle est intéressante avec une p-value de 0.01 inférieure au seuil alpha (=0.05). Ainsi il y a une différence de moyenne très significative entre la condition de lourdeur et de légèreté avec une estimation de la douleur en condition de légèreté diminuée comparée à la condition de lourdeur. Cela va donc dans le sens de nos hypothèses concernant l’influence de la suggestion sur la perception de la douleur comme facteur limitant d’un effort chez les sapeurs-pompiers.
4.2 CORRELATIONS
Les résultats ont été analysés à l’aide du logiciel Excel et de son extension XLSTAT. Nous avons utilisé des mesures de corrélations afin d’observer les corrélations possibles entre les VD obtenues pour chaque VI et aussi les autres VD récoltées en complément : score de résolution musculaire mesuré lors de l’épreuve de détente spontanée, scores du MIQ (score en imagerie visuelle et score en imagerie kinesthésique), écart entre les données objectives et subjectives au test d’intéroception.
4.2.1 Corrélation entre l’Echelle de BORG et les échelles visuelles analogiques
La douleur est corrélée de manière significativement positive avec la cotation de l’échelle de Borg et cela dans les conditions tant de « légèreté » (R= 0.521, p = 0,027), que de « lourdeur » (R= 0.66, p = 0.003) mais cela n’est pas significatif concernant la condition neutre (R= -0.309, p = 0.213). Ainsi plus le sujet ressent de la douleur en fin d’effort, plus sa perception de la difficulté de l’effort augmente lorsqu’il s’agit des bandes sons suggérant de la lourdeur ou de la légèreté.
Pour ce qui est de la condition neutre, il semble y avoir une tendance corrélative positive entre l’EVA de la fatigue et l’échelle de Borg (R=0.427, p= 0.077). Cette corrélation est aussi retrouvée en condition de lourdeur et de façon significative (R=0.670, p= 0.002) ce qui n’est pas le cas en condition de légèreté. Ainsi plus le sujet ressent de la fatigue en fin d’effort, plus sa perception de la difficulté de l’effort augmente lorsqu’il s’agit d’avoir écouté la bande son
« neutre » ou de « lourdeur » pendant le test de Killy.
Concernant la perception de l’ennui en fin d’effort, on peut observer une faible tendance négative corrélative (R= -0.424, p= 0.079) avec la cotation à l’échelle de Borg établie par les sujets en fin d’effort en condition de « lourdeur ». Ainsi plus un sujet s’ennuierait, moins il jugerait l’effort comme difficile ou réciproquement.
4.2.2 Corrélations significatives entre les échelles visuelles analogiques
Au travers des matrices réalisées (Annexe I), nous n’observons pas de corrélation significatives concernant la condition de lourdeur ou encore neutre mais nous observons des corrélations significatives concernant la condition de légèreté et c’est celles que nous interpréterons.
En effet le ressenti de l’ennui est corrélé de façon significativement négative avec le ressenti de la fatigue en fin d’effort (R= -0.587, p =0. 010). Ainsi, plus un sujet s’estime ennuyé à la fin de l’effort, moins il juge la fatigue comme limitante dans sa performance et réciproquement et cela lorsqu’il écoute une bande son suggérant de la légèreté et de façon discutable lorsqu’il écoute une bande son suggérant de la lourdeur (R= -0.441, p =0. 067).Par ailleurs est observé que l’ennui est corrélé de façon significativement négative de la même façon en condition de « légèreté » avec la douleur (R= -0.457, p =0. 056). Ainsi en condition
légèreté, plus un sujet s’estime ennuyer moins il juge la douleur comme facteur limitant sa performance. Enfin dans cette même condition, la perception de la fatigue par le sujet en fin d’effort est corrélé de façon très significative positivement avec la perception de la douleur du sujet en fin d’effort (R=0.615, p =0.007). Ainsi si un sujet s’estime fatigué, il percevra également sa douleur comme un facteur limitant sa performance.
4.2.3 Autres corrélations et hypothèses
Aucune corrélation significative à p < 0.05 n’est observé entre la fréquence cardiaque que ce soit de début ou de fin et les autres VD. Concernant la résolution musculaire aucune corrélation significative à p < 0.05 n’est observée non plus avec les scores de l’épreuve d’intéroception, du MIQ ou avec les écarts de performances réalisés. Ce qui nous permet pas de répondre à notre question laissée en suspend dans la partie théorique concernant un lien potentiel entre la capacité de résolution neuromusculaire et donc si on peut dire de
« suggestibilité à l’induction corporelle » avec la capacité d’imagerie mentale ou encore la
« suggestibilité liées aux techniques d’imagerie mentale en hypnose ».
Enfin concernant la perception de la douleur et la performance (temps de rupture) a été observé que plus la performance (temps de rupture important) était importante, plus la douleur était considérée comme à l’origine de la rupture, avec une corrélation très significative positive concernant la condition neutre (R=0.562, p=0.015) ce qui n’est pas le cas lorsqu’il s’agit de suggestions de « légèreté » ou de « lourdeur ». Cette observation semble aller dans le sens de nos hypothèses puisque l’on suppose l’influence de la suggestion hypnotique sur notre perception de la douleur et cela malgré l’intensité de l’effort.
Concernant le Test du MIQ, il est observé une corrélation significative positive (R = 0.500, p
= 0.034) entre le score du MIQ kinesthésique et l’estimation de la fatigue en tant que facteur limitant en condition neutre. Ainsi possiblement plus un sujet a un score d’imagerie kinesthésique élevé, plus il considèrera en condition neutre, la fatigue comme un facteur limitant.
Est aussi observée une corrélation significative négative (R= - 0.473, p = 0.048) entre le score obtenu au MIQ visuel et le temps relevé avant la rupture en condition de lourdeur. Cela signifie, que plus le score visuel est haut, moins la performance sera bonne en condition de lourdeur ou réciproquement. Cette corrélation souligne donc le lien entre la capacité