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Les Aventures de mon Grand-Père

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Les Aventures

de mon Grand-Père

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POUR PARAITRE PROCHAINEMENT LA RESSUSCITÉE DU DOCTEUR ASKLÉPIOS..

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Germaine et Georges ROUDET

Les Aventures de mon Grand-Père

ROMAN

de Navigation, de Commerce et d'Amour

Les Presses Universelles

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AVERTISSEMENT

Notre prologue indique au lecteur ce qu'il trouvera dans cet ouvrage. Nous tenons cepen- dant à déclarer expressément que nous ne revendiquons pas ce qui n'est pas de nous.

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AU SOLEIL en hommage reconnaissant.

O Soleil ! Toi sans qui les choses Ne seraient que ce qu'elles sont !

Edmond ROSTAND.

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PROLOGUE La noire araignée Demeure éloignée D'ici ; Un balai fidèle Prend constamment d'elle Souci !

Charles GRANDMOUGIN.

Richard et Anto, les détectives bien connus, étaient dans les bureaux de l'hebdomadaire

« La Voix de la Raison ».

Amis fidèles et bons Marseillais, ils avaient tenu à présenter leurs compliments à Don Miguel de los Fadadao, nouveau Président de la section marseillaise de l' « Associaciao dos Trabalhadores de Cabeça », Directeur du journal. Naturellement, la conversation roula bientôt sur la Musique, la Peinture, la Littérature.

Naturellement, Anto ne tarda pas à conter une de ces histoires dont il semble détenir le monopole.

— Voyons, dit Richard, pour une fois, Anto, soyez sérieux !

— Je le suis toujours, Patron.

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— Oui ou non, inventez-vous les histoires que vous nous racontez ?

— Juste ciel ! y pensez-vous, Patron ? Je suis un Marseillais, un vrai : je ne fais jamais moi-même ce que je peux laisser faire aux autres.

On rit.

Anto ajouta sur un ton sentencieux :

— L'homme est fait pour le travail... et le Marseillais pour le repos. — Ne vous calomniez pas, Auto, intervint Don Miguel. Si j'ai reconnu parfois, au cours de vos nombreux récits, quelques traces de la tradition locale... ou d'ailleurs, je sais très bien ce qui est l'œuvre de votre imagination. — Mon cher Président, vous me suggérez une idée ! Prenons les lecteurs de la « Voix de la Raison » pour juges. Je gage qu'ils seront plus forts que Richard. — Mais...

— Vous êtes inquiet ? Rassurez-vous, je pui- serai mes récits et anecdotes dans la vie aven- tureuse de mon grand-père...

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I

Une Heureuse Spéculation

Dors, justicier futur, Dompteur des anciens crimes, Dans l'attente et l'orgueil de tes faits magnanimes.

LECONTE DE LISLE.

Mon grand-père, dont les affaires avaient marché, et bien marché, maintenant comman- dant du navire et son propre armateur, avait toute latitude pour concevoir grand et mettre à exécution ses projets hardis. De plus, il savait pouvoir compter, en toutes circons- tances, sur le dévouement de son fidèle second Marius Cacalucci.

— Le grand-père de Marius Cacalucci que vous avez rencontré chez moi dernièrement, Patron, indiqua Anto.

Puis il reprit son récit :

— Donc, mon grand-père avait remarqué que, pour des raisons de coquetterie ou autres, l'usage du bonnet de coton se perdait en France. Conséquence nécessaire à cet état de

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chose, il était possible de se procurer des stocks énormes de cet article, à un prix déri- soire.

C'était la fortune pour l'homme de décision rapide qui irait vendre dans des contrées où le bonnet de coton était encore à son apo- gée, et de ce fait à un prix fort haut, cette pièce vestimentaire qu'il aurait acquise pour une somme infime.

Mon aïeul bourra la cale de son bâtiment de ballots de bonnets de coton.

Entré dans le port de Tunis, mon grand - père se vit imposer un droit vraiment exces- sif par le raïa-marsa.

— Qu'est-ce qu'un raïa-marsa ? — Une sorte de capitaine de la rade... ou de chef des agents de la Douane. Enfin, quelqu'un à qui on ne peut faire autrement que de payer. Mais, un bon Marseillais n'aime pas donner son argent. Surtout à un percep- teur ou tout simplement à un douanier. Que voulez-vous, c'est de l'atavisme ! Marseille, qui a refusé de payer impôt à Jules César, Marseille, depuis des siècles, ne peut surmon- ter son inimitié pour toutes les taxes ou contributions. Un Marseillais ressent toujours un petit choc au creux de l'estomac quand il reçoit la feuille du percepteur ou aperçoit l'uniforme d'un agent de la douane... Mon grand-père avait payé — contre la force, pas de résistance ! — mais il courut se jeter aux pieds du Bey. Son Altesse ayant écouté le plaignant avec patience lui demanda :

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— Veux-tu qu'on te rende justice à la fran- çaise ou à la turque ?

— A la française, répondit sans hésitation mon grand-père, emporté par son patriotisme.

— C'est bien, répondit le Bey. Retourne à ton bâtiment et attends.

Mon grand-père baisa les babouches du bey et attendit.

Il attendit un mois, deux mois, trois mois.

Alors, trouvant l'attente longue, il courut derechef se jeter aux pieds du bey. — Altesse, tu m'as oublié ?

— Du tout. Tu es le capitaine franc qui est venu se plaindre du raïa-marsa.

— Vous m'avez promis justice !

— Oui. A la française.

— En effet.

— Eh, bien. De quoi te plains-tu ?

— D'attendre depuis trois mois.

— Ton roi m'a déjà fait attendre justice, à moi-même, depuis trois ans... et j'attends en- core. Tu pourras repasser dans trois ans. — Pas avant ?

— Tu m'as demandé justice à la française.

— Et si je t'avais demandé justice à la turque ? — Justice t'aurait été rendue à l'instant même.

— Oh ! Oh ! Ne pourrais-je revenir sur mon choix ?

— Si, il n'est jamais trop tard pour bien faire.

— Alors, Altesse, justice à la turque, jus- tice à la turque !

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— Bon. De combien trouves-tu trop forte la somme demandée par le raïa-marsa ? — Des deux tiers.

— C'est juste. Voici ce qui te revient.

— Altesse, vous êtes la balance de la justice divine.

Mon grand-père baisa les babouches du Bey et s'apprêta à se retirer.

— N'as-tu pas d'autre réclamation à me faire ? dit le Bey en l'arrêtant. — J'aurais... Mais je n'ose.

— Ose.

— Altesse, il serait équitable, me semble- t-il, qu'une indemnité me soit donnée pour la perte de temps que j'ai subie... et aussi pour les difficultés que je vais maintenant éprouver pour effectuer la vente de ma cargai- son.

— De quoi se compose ta cargaison ? — De bonnets de coton, Altesse.

Mon grand-père tira prestement de sa po- che un spécimen de sa marchandise et s'en coiffa.

— Cette coiffure est fort laide, remarqua le Bey. — Mais sans nul doute, si pratique. J'aurais pu vendre ma cargaison entière et à un bon prix. Maintenant...

— Tu penses que les clients seront plus rares et moins décidés à payer. Attends !

Le Bey appela son secrétaire et dicta :

« Le Mouchir Sidi-Hussein-Bacha, Bey de Tunis,

« Fait défense à tout Juif, israélite ou na-

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EPILOGUE

Ce qui fut grand et pur palpiter recueilli, Comme les battements douloureux et suprêmes D'un cœur qui s'éteindra, mais n'aura pas failli.

Fernand GREGH.

Ses mâts dorés par le soleil, ses voiles teintées de rose, le « Massilia », quelques jours après, entra dans le Vieux-Port.

Le Commandant Anto franchit la passerelle.

Il posa le pied sur le sol de sa ville natale.

Un groupe de jeunes filles, charmantes comme le sont toujours les Marseillaises, passa devant lui :

— Oh ! les belles petites ! s'écria mon

grand-père.

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