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La marmite glaciaire des Caillettes

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Academic year: 2022

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imprégnant plus ou moins le gneiss voisin. Son inclinaison E. SE. est de 70°. Ce sont les eaux de pluie qui, dans les flancs du Catogne, délavent ce filon ou ses veines et qui apparaissent au niveau du hameau de la Garde et dans un vallon près du réservoir du Rosay.

Ce même filon de fluorite affleure au fond de la vallée, au lieu-dit

« Les Trappistes » ; il a même été exploité en 1918 par la Société de l'In- dustrie de l'Aluminium, dans le but de remplacer la cryolite, et préala- blement à plusieurs reprises, à cause de sa teneur en plomb argentifère.

Le filon affleure également plus à l'est, au-dessus de Charrat, près du Botzi. Des filons du même type ont été signalés dans la Combe d'Orny et dans la vallée de Saleinaz.

Les sources du Devin et des Trappistes, situées au fond de la vallée de la Dranse, près de l'affleurement du filon, contiennent notablement moins de fluor, car elles sont vraisemblablement alimentées par des infiltrations d'éboulis. Dans ces éboulis, l'eau passe rapidement et n'a pas suffisamment de temps pour dissoudre la fluorine.

Il est intéressant de signaler ces faits, qui touchent le Valais et plus particulièrement la commune d'origine du Chanoine Murith. Car toute cette question de fluor est fort à la mode, depuis qu'on parle de fluorer l'eau ou à défaut, le sel de cuisine ou le lait. Il n'y a qu'à voir la florai- son de pâtes dentifrices fluorées pour se rendre compte combien ce problème est d'actualité.

Novembre 1964.

LA MARMITE GLACIAIRE DES CAILLETTES

(voir plan de situation) par Jacques Martin, Vevey

Lorsqu'il y a quelque 30 ans (ou serait-ce 35 ?), roulant à bicyclette par le défilé de St-Maurice, j'avais aperçu en amont de la route un petit panneau de bois portant l'inscription délavée: MARMITE GLA- CIAIRE, je ne me doutai pas que beaucoup plus tard le souvenir de cette pancarte, depuis disparue, éveillerait en moi un intérêt à retar- dement, si je puis dire, qui devait m'entraîner dans une entreprise d'une envergure insoupçonnée.

Tout d'abord je dois m'excuser d'utiliser la première personne dans ce texte, je pense qu'ainsi mon récit en sera plus vivant.

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Premiers contacts.

Il ya huit ans, je repassai par là, à bicyclette encore, et me rappe- lant l'écriteau, il me prit envie de la voir, cette marmite !

M. Kuonen, le propriétaire du domaine où elle se situe m'y con- duisit par une pente herbeuse escarpée. En fait, on n'en voyait pas grand'chose ! Un rideau de noisetiers et de frênes en masquait l'accès, tandis que contre la paroi de rocher dans laquelle elle s'inscrit, une folle végétation de lierre laissait apparaître un peu de la structure de sa partie supérieure. De gros blocs de plusieurs tonnes et des amas de feuilles mortes en coiffaient la partie inférieure, pleine jusque par- dessus bord, celle dont on se demandait d'emblée quelle pouvait en être la profondeur. Deux mètres ? Trois ? C'était le grand point d'in- terrogation.

« Cette marmite glaciaire est connue depuis fort longtemps, me dit M. Kuonen, un traité de glaciologie la mentionne et, venant de Suisse alémanique, un glaciologue m'avait confié qu'à son avis elle pourrait bien être la plus belle de Suisse. »

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Il n'en fallait pas davantage pour aiguillonner mon esprit de décou- verte.

« Monsieur Kuonen, lui dis-je, avec votre permission, je viendrai la vider, votre marmite. »

« Et lorsque vous aurez terminé, me répondit-il en manière d'ac- quiescement, nous y ferons une magistrale fondue ! »

L'idée a peine à mûrir.

J'y retournai de temps à autre. Etait-ce pour me convaincre de l'énormité des blocs que je projetais de débiter à la force des bras ?...

chaque fois ils m'effrayaient un peu plus — Ce qui ne m'empêchait pas d'affirmer à M. Kuonen: je viendrai, je viendrai !

Six ans plus tard il se posait encore la question: viendra ? viendra pas ? mais en son for intérieur il opinait pour la seconde version plus que pour la première.

Jusqu'au matin de ce premier samedi d'avril 1962 où Fichette, la chienne, s'agita d'une façon inhabituelle. Elle voyait un lourd convoi monter le petit chemin de la ferme. On amenait un compresseur, des perforatrices, un nombreux matériel de terrassement, pelles, pioches, masses, leviers, brouettes et des mètres de solides plateaux. Une équipe aux bras noueux fermait la marche.

Noblesse oblige.

A ce point de mon récit, faisons une courte digression un tantinet scientifique pour bien situer l'événement dans le temps et dans l'espace.

Le fait que notre action se déroule dans ce défilé de St-Maurice universellement connu constitue à lui seul un titre de noblesse.

Il y a le pli de la Dent-de-Morcles.

Lors du soulèvement alpin, les fonds sédimentaires marins furent puissamment exhaussés et de gigantesques plissements se produisirent.

Le pli de la Grande Dent-de-Morcles en est l'exemple type que tous les manuels de géologie citent, ayant été l'objet d'observations de la part du prof. Maurice Lugeon qui en avait construit une théorie assez révolutionnaire à l'époque...

... et le verrou glaciaire de Chiètres.

C'est l'un des plus beaux et des plus typiques des Alpes. Les géo- logues ne s'expliquent pas sa survivance aux glaciations. Si l'on admet que les premières glaciations remontent à 600 000 ans et que durant des

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centaines de milliers d'années les glaces ont raboté ce verrou de roche sédimentaire relativement tendre, on peut s'étonner en effet qu'il en reste encore quelque chose, alors que des verrous granitiques, en amont de St-Maurice, ont paraît-il disparu.

Serait-ce que le calcaire au grain fin qui constitue le verrou de Chiètres, une fois poli par le glacier, offrait beaucoup moins de prise à la glace que le rugueux granit des verrous disparus ? On peut voir en Corse des roches granitiques érodées par le vent au point de leur donner les formes les plus invraisemblables. Mon hypothèse est sans doute bien mince et fera sourire ou hausser les épaules !

La gorge par laquelle coule actuellement le Rhône n'existait pas en ces temps-là, le fleuve se frayait un passage par d'autres gorges creu- sées dans le plateau même. Celles-ci furent par la suite entièrement ou partiellement comblées de déchets morainiques ou d'alluvions. C'est le cas de la gorge située à gauche de la ferme des Caillettes où les géo- logues ont récemment décelé par sondages acoustiques une épaisseur d'alluvions de vingt mètres.

Il y a aussi la station néolithique du Luissei...

... située au centre du plateau de Chiètres et dont les vestiges sont exposés au musée d'archéologie de Lausanne (j'aurai l'occasion d'en reparler)... le Cromlech qui atteste du passage des druides... les anneaux de bronze fixés au rocher... qu'y aurait-on attaché sinon des bateaux ? Etait-ce que l'on naviguait sur le fleuve qui coulait à cette époque à un niveau plus élevé que le niveau actuel ? Ou sur un lac local ?... Il y eut la bataille que Divico livra à l'armée de Cassius ; le massacre de la légion thébaine de Maurice...

Mais ici je touche au domaine de l'histoire et ce n'était point mon propos !

Dans le vif du sujet.

Chacun sait que notre pays a connu différentes périodes glaciaires de plus ou moins longue durée. Celle du Wurmien, la dernière, esquissa sa retraite il y a une vingtaine de milliers d'années, pense-t-on. Ce recul ne s'est pas effectué d'une traite, bien entendu, mais avec des fluctua- tions, des contre-offensives du glacier au cours desquelles il reprenait en charge les matériaux qu'il avait abandonnés précédemment, les repoussant devant lui, pour les abandonner définitivement, lors de l'ultime retraite, sous forme d'impressionnantes moraines. C'est ainsi que fut façonné le visage de notre plateau suisse.

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Le m ê m e processus s'accomplit sur le p l a t e a u de Chiètres où blocs e r r a t i q u e s , graviers et limons dégringolèrent dans les gorges et les cavités. Ce fut le cas de la m a r m i t e des Caillettes.

Sous la protection du glacier.

E l l e avait été creusée au cours des m i l l é n a i r e s glaciaires grâce à la complicité de l'eau et des graviers et peut-être aussi des « meules », bien q u e l e u r efficacité érosive soit contestée a u j o u r d ' h u i , sous la cons- tante protection du glacier. E n effet, la masse c o m p a c t e de la glace e m p ê c h a i t q u ' u n e t r o p g r a n d e q u a n t i t é de matières rocheuses ne tom- bât dans la cavité, ce qui a u r a i t eu p o u r résultat de n e u t r a l i s e r l'action de l'eau, t a n d i s q u ' e n les d i s t r i b u a n t p a r c i m o n i e u s e m e n t , le glacier a en q u e l q u e sorte régularisé le travail d'usure qui s'accomplissait et assuré la c o n t i n u i t é dans l ' é l a b o r a t i o n de la m a r m i t e .

Vue sous cet angle, l ' a p p e l l a t i o n Marmite glaciaire convient parfai- t e m e n t , bien que la glace elle-même ne soit j a m a i s i n t e r v e n u e directe- m e n t dans le p h é n o m è n e d'érosion de la m a r m i t e p r o p r e m e n t dite, t a n d i s que le t e r m e de marmite fluviale q u e l'on a t e n d a n c e à l u i sub- stituer, devrait être réservé aux m a r m i t e s de cours d'eau dans la for- m a t i o n desquelles le glacier n'a rien à voir.

Lui disparu, elle se comble.

Le recul des glaces, quelques avances s p o r a d i q u e s de celles-ci, en- t r a î n è r e n t le c o m b l e m e n t de la m a r m i t e p a r des blocs e r r a t i q u e s de toutes dimensions, du gravier et du l i m o n et si la c h u t e d'eau q u i en avait été l ' â m e , ou le cœur, si vous préférez, d u r a n t t o u t e l'occupation glaciaire, s'est m a i n t e n u e encore q u e l q u e t e m p s , elle n ' a p u q u e contri- b u e r à coincer les blocs, à c o l m a t e r les m o i n d r e s interstices j u s q u ' à r e n d r e la masse aussi c o m p a c t e q u e du béton.

Dès lors, la m a r m i t e des Caillettes était i r r é m é d i a b l e m e n t mise h o r s service, r é d u i t e au silence.

E t l'on p e u t a d m e t t r e q u ' a u c u n H O M O S A P I E N S j u s q u ' à nos j o u r s ne l'avait c o n t e m p l é e dans ses dimensions a u t h e n t i q u e s .

Au travail !

I l fallut t o u t d ' a b o r d défricher les lieux, a r r a c h e r arbres et buissons, l i b é r e r la p a r o i de r o c h e r du lierre qui la recouvrait p e u t - ê t r e depuis des siècles. E n alpiniste de longue date que j ' é t a i s , j e m e réservai cette t â c h e . J e m ' e n c o r d a i et, de son sommet, descendis contre la p a r o i a b r u p t e t a n d i s qu'au-dessus un h o m m e solidement c a m p é m e d o n n a i t du « fil » au fur et à m e s u r e des besoins. M u n i d ' u n e p i o c h e , j e com-

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m e n ç a i à décoller l'épais tapis de lierre de la p a r o i . Celle-ci a p p a r u t lisse, l i m é e p a r le glacier.

Le l i e r r e , a l o u r d i t de t e r r e a u , forma b i e n t ô t un r o u l e a u d'un é n o r m e poids qui fut s u b i t e m e n t e n t r a î n é dans le vide. E t c o m m e j e m ' a p p u y a i s m o i - m ê m e des pieds sur le rouleau, j e fus p r é c i p i t é avec l u i ! Mais p a s bien bas car les réflexes du p r é p o s é à la corde avaient été i n s t a n t a n é s ! E n t r e t e m p s , compresseur et perforatrices avaient pris position et dans l'après-midi r e t e n t i r e n t les p r e m i e r s dynamitages. E n fin de j o u r n é e , ô merveille, les gros blocs qui coiffaient le contenu de la m a r m i t e et q u i m ' a v a i e n t t a n t impressionné, étaient r é d u i t s en m o r c e a u x et ceux-ci éva- cués. Ce m a g n i f i q u e résultat o b t e n u en u n e j o u r n é e p e r m i t de bien au- gurer de la suite du travail et j e pensai que quelques samedis (nous n'y t r a v a i l l â m e s q u e les samedis) suffiraient à m e n e r à chef n o t r e e n t r e p r i s e .

La marmite glaciaire des Caillettes, au pied d'une paroi de 20 m.

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En réalité il en fallut 28 !

Après les gros blocs du début apparurent d'autres blocs plus gros encore. Et plus nous progressions dans la fouille, plus ils étaient coincés et cimentés entre eux par une sorte de macadam silicieux. A la pioche, patiemment, nous dûmes les dégager un à un complètement pour pou- voir les dynamiter. Comme nous ne pouvions pas faire appel chaque samedi au compresseur et aux perforatrices, c'eût été trop onéreux, nous eûmes recours au plastic comme explosif, ce qui se révéla d'ailleurs beaucoup plus pratique. Le propre de cet explosif est de « travailler dans le dur » comme disent les gens du métier. Il suffisait de placer à même le bloc une quantité de pâte explosive proportionnée à la gros- seur de ce dernier pour qu'il sorte déchiqueté de l'aventure. Mais la chance de réussite était subordonnée au soin que l'on avait mis à le dégager au préalable de toute étreinte.

Seuls d'insignifiants éclats étaient projetés au loin et les parois polies de la marmite n'eurent pas à souffrir des explosions.

Le spectacle était saisissant. Lorsqu'il s'agissait de dynamiter un bloc de plusieurs tonnes, la charge de plastic était de la grosseur de deux poings et la déflagration était alors d'une puissance telle qu'elle ébranlait littéralement toute la région, jusqu'au Motel de St-Christophe, à 500 m. de là, dont les clients effrayés sortaient en hâte ! Lorsque nous fûmes vers le fond, la marmite constituait une sorte de gigantesque bouche de canon et les déflagrations augmentaient d'intensité au point que l'on voyait vibrer le rocher comme s'il était secoué par un séisme.

Je m'étais improvisé mineur, personne d'autre n'aurait pu prendre la responsabilité d'un tel travail et je ne l'aurais d'ailleurs pas permis.

Souvent nous faisions sauter trois blocs en une fois. Il fallait alors allu- mer trois mèches d'affilée et je vous assure qu'en remontant l'échelle pour sortir du trou, j'avais le frisson dans le dos ! Il fallait surtout conserver son calme car il ne s'agissait pas de faire un faux pas. Par- fois l'une des trois explosions ratait (trop de nervosité à l'allumage !).

Nous attendions dans ces cas une heure avant de redescendre dans le fond.

Ainsi, de samedi en samedi nous évacuions trois ou quatre mètres cubes de matériaux. Cela peut paraître minime. Il faut cependant tenir compte de ce que ces mètres cubes devaient être manipulés plusieurs fois, soit à la main s'il s'agissait de roches, nous faisions dans ce cas la chaîne, soit à la pioche et à la pelle s'il s'agissait de gravier et en plusieurs pellées dont la dernière aboutissait dans la brouette qu'il

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fallait descendre, u n e fois pleine, p a r le sentier créé tout exprès, jus- q u ' a u bas de la p e n t e h e r b e u s e où était entreposé u n t o m b e r e a u à deux roues. Celui-ci p l e i n à son tour, nous nous y mettions à tous p o u r l'ame- ner j u s q u ' à u n ravin boisé où nous déversions son contenu. C'était la corvée q u e p e r s o n n e n ' a i m a i t b e a u c o u p et q u i se renouvelait six à h u i t fois dans la j o u r n é e . Il y avait le préposé au frein, car la déclivité était forte, et m a l h e u r au t o m b e r e a u et son c o n t e n u s'il faisait u n e fausse m a n œ u v r e !

Les découvertes sont rares.

N o t r e p r e m i è r e découverte fut celle du goulot d ' é c o u l e m e n t de l'eau, il se t r o u v a i t sous environ 80 cm. de t e r r e a r a b l e et un gros buisson de noisetier avait crû par-dessus. Il a p p a r u t m a g n i f i q u e à nos yeux, comme sculpté dans la r o c h e p a r u n e m a i n d'artiste.

P l u s t a r d , au centre de la m a r m i t e , un peu au-dessous du d e r n i e r h u m u s , pris sous un p e t i t bloc, q u e l q u e s ossements anciens nous rem- p l i r e n t d'espoir: étaient-ils d'un ours des cavernes ou de q u e l q u ' a u t r e a n i m a l sauvage des t e m p s p r é h i s t o r i q u e s ? Il y avait là u n h u m é r u s , quelques fragments de vertèbres, u n e dent. Soumis au Prof, de Beau- m o n t de l'Université de L a u s a n n e , puis au Prof. Bouvier de l'Institut Galli-Valerio, au D r Stampfli, spécialiste en ossements, à Soleure et enfin à l ' I n s t i t u t de p h y s i q u e de l'Université de B e r n e , ces Messieurs s'accordèrent à penser qu'il s'agit d'ossements de bovin de p e t i t e r a c e de l ' é p o q u e p r é h i s t o r i q u e , c o m p a r a b l e p a r la taille à la race d ' H é r e n s actuelle.

C'est ici le m o m e n t de r e p a r l e r de la station n é o l i t h i q u e de Luissel située à peine à u n k i l o m è t r e de là. A cette é p o q u e , il y a q u a t r e mille ans, on p r a t i q u a i t l'élevage. Le r a p p r o c h e m e n t s'impose donc e n t r e la station du Luissel et les ossements trouvés aux Caillettes.

Il eut été excessivement intéressant de les faire d a t e r p a r le p r o c é d é du c a r b o n e 14, m a l h e u r e u s e m e n t la q u a n t i t é d'ossements assemblés était insuffisante; d ' a u t r e p a r t , le p r i x de l ' o p é r a t i o n se serait élevé à 450 francs, ce qui nous eut fait réfléchir à deux fois.

I m p a t i e n t s de c o n n a î t r e la p r o f o n d e u r de la m a r m i t e , nous creusions u n i q u e m e n t d a n s la moitié gauche, a u t r e m e n t dit, n o r d . Le dix novem- b r e 1962 nous touchions le fond ! Le croiriez-vous ? Nous en fûmes désappointés ! Nous l'aurions voulue p l u s p r o f o n d e encore n o t r e mar- m i t e !

P o u r faciliter l'évacuation de la plus g r a n d e p a r t i e possible de ma- t é r i a u x à la pelle ou à la chaîne et aussi p o u r p e r m e t t r e au m i n e u r de

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sortir plus rapidement et sûrement après l'allumage des mèches, nous avions ménagé du côté sud une sorte de piste, de rampe plus exacte- ment. Mais arrivés à un certain stade d'avancement des travaux, il fallut bien renoncer à cette « voie » et l'on eut recours alors à des seaux, une corde et une poulie pour les graviers et les sables à un « tirefort » muni d'un câble pour les blocs de 50 à 300 kg. (nous continuions à dynamiter ceux d'un poids supérieur) et une échelle pour les ouvriers.

Il fallait retirer celle-ci rapidement à chaque dynamitage faute de quoi elle n'eut plus été bonne que comme soubassement de marmite pour Madame Kuonen ! (Il y a marmite et marmite !)

Le samedi 20 avril 1963, plus d'une année après le début des travaux, au terme d'une journée de dur labeur, le fond balayé et bichonné par le jeune Leslie, l'un des plus enthousiastes d'entre nous, la marmite glaciaire des Caillettes s'offrait à nos yeux émerveillés, telle que cent cinquante à deux cents siècles auparavant la Nature, le Grand Sculp- teur l'avait laissée en posant son ciseau.

Cette entreprise fut patronnée par le Cercle de Sciences naturelles Vevey-Montreux. Elle fut menée à chef grâce à la persévérance et à la bonne volonté.

Par la persévérance de ceux qui mirent la main à la pâte bénévole- ment, une douzaine d'adultes dont deux dames qui s'entendaient à mer- veille à faire la chaîne ou à remplir les seaux, une douzaine de moins de vingt ans dont plusieurs furent assidus. Deux salariés siciliens, Mario et Salvadore furent de précieux auxiliaires tout au long des travaux...

sans oublier Antoine, le fils de M. Kuonen.

La bonne volonté des propriétaires d'auto, membres du Cercle, qui amenèrent les équipes sur les lieux et vinrent les rechercher le soir venu; la bonne volonté de certaine entreprise de Jongny qui donna elle aussi bénévolement, un sérieux coup de pouce les quatre derniers samedis; la patience de la famille Kuonen dont la ferme semblait ne pas devoir sortir indemne de l'interminable aventure !

Us ont tous collaboré à cet ACTE DE RESTITUTION à la nature de l'un de ses chefs-d'œuvre.

Les frais se sont montés à environ 2 100 francs. La Ligue vaudoise pour la Protection de la nature a versé un subside de 100 francs, le Syndicat d'initiative de Bex 100 francs, la Municipalité de Bex 300 fr.

Le solde a été couvert par la caisse du Cercle de S.N., aidée pour une part par des dons spéciaux de membres de 10, 50, 100 voire 200 francs.

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Les dimensions de la m a r m i t e sont, p o u r son d i a m è t r e , de 5 m., p o u r sa p r o f o n d e u r m a x i m u m à p a r t i r du goulot, d e 4 m. 10, p o u r la h a u t e u r totale de l'érosion (difficile à m e s u r e r p a r c e qu'il f a u d r a i t dresser u n e échelle ou u n e p e r c h e géantes au fond du t r o u ) , d'environ 8 à 9 m.

Les minéraux r e n c o n t r é s d u r a n t l'excavation sont des calcaires a u t o c h t o n e s , des granits du masif du G o t t h a r d et de la région de Sal- van, de la p r o t o g i n e du massif du Mont-Blanc, du gneiss dit d'Arolla qui p o u v a i t p r o v e n i r aussi bien de la D e n t - B l a n c h e que du Cervin ou du Weisshorn, des micaschistes des vallées latérales de la rive gauche du R h ô n e , des serpentines, de la q u a r t z i t e , peut-être de la région de Sion, etc.

Ainsi s'achève cet exposé que M. M a r i é t a n m'avait p r i é de faire aussi détaillé q u e possible. J'espère avoir r é p o n d u à son v œ u et l'avoir fait de m a n i è r e assez c a p t i v a n t e p o u r q u e , chers lecteurs, vous m e lisiez j u s q u ' a u b o u t !

NOTE

SUR LA FORMATION DE LA MARMITE GLACIAIRE DES CAILLETTES

par Ignace Mariétan

Le creusement de la m a r m i t e glaciaire des Caillettes pose u n pro- b l è m e difficile. E l l e a été creusée p a r u n gros c o u r a n t d'eau chargée de sable et de gravier. Les gros blocs q u ' o n y a trouvés n ' o n t j o u é a u c u n rôle, ils y ont été amenés p e n d a n t le p é r i o d e de remplissage p a r le gla- cier du R h ô n e . Le glacier ne p o u v a i t n u l l e m e n t p a r t i c i p e r au creuse- m e n t , le t e r m e de m a r m i t e glaciaire veut d i r e qu'elle a été formée à l ' é p o q u e glaciaire. J'ai r e p r i s u n e p u b l i c a t i o n de M. Lugeon et E. Ga- gnebin sur la géologie des collines de Chiêtres '.

*• M. Lugeon et E. Gagnebin: «La géologie des collines de Chiêtres», Bulletin No 57 des laboratoires de Géologie, Géographie physique, Minéralogie et Paléonto- logie de l'Université de Lausanne, 1937 - Marcel Burri : « Les dépôts quaternaires de la Vallée du Rhône entre St-Maurice et le Léman », Bulletin de la Murithienne fascicule LXXVIII, 1961.

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