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Trop complexe ?

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1114 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 18 mai 2011

actualité, info

Trop complexe ?

«C’est intéressant mais trop complexe». Cons­

tat brillant d’un élu populiste, potentiellement candidat au Conseil fédéral, donc à un niveau supérieur à celui de son incompétence déjà triomphante ! Il réagissait à l’initiative innova­

trice d’un de ses collègues députés, à l’ori­

gine d’un groupe de réflexion multipartite pour sortir du nucléaire le plus rapidement pos­

sible en tenant compte des conséquences sur d’autres secteurs de notre vie en société.

«Intéressant mais trop complexe» : toute la philosophie de son parti résumée dans cette petite phrase. Le «bon peuple» (et certains poli­

ticiens) ne peut comprendre que ce qui est simple. Quand simplisme rime avec populis­

me : la messe est dite. En latin, « complexus»

signifie ce qui est tissé ensemble. Donc, on détisse, on tire le fil (quand ce ne sont pas de grosses ficelles) et tout se désagrège, à com­

mencer par les liens sociaux. A nier la variété au lieu de s’en nourrir, on sépare les couleurs et finalement tout est noir ou blanc. Les mé­

dias jubilent : dans la formule moderne des jeux du cirque, on confronte les extrêmes qui n’ont aucune intention de concilier leurs points

de vue puisque le but c’est de gagner, pas de trouver des solutions (sport et politique mé­

diatique, même combat).

Dans son dernier ouvrage, «La Voie», Ed­

gar Morin résume de manière accessible son travail de réflexion de toute une vie et nous offre quelques pistes pour tenter de nous dé­

vier de notre course insensée vers des catas­

trophes sociales et écologiques. Les pro­

blèmes sont multiples et, précisément, d’une grande complexité. Les interactions et rétro­

actions sont nombreuses mais leur gestion par des experts hyperspécialisés est frag­

mentée. Morin prône une réforme de l’ensei­

gnement avec l’introduction à tous les niveaux de la notion de pensée complexe qui s’enri­

chit en reliant ce qui est séparé, cloisonné,

se substituant à une pensée qui fragmente, oppose, donc simplifie. Les problèmes variés et gigantesques auxquels la famille humaine est confrontée sur l’ensemble de la planète devraient être pris en compte et, si possible, solutionnés simultanément en tenant compte de toutes les données qui les relient. Par exemple, prises séparément, les dimensions économiques, sociales, démographiques, éco logiques, politiques, etc. obéissent très souvent à des dynamiques contradictoires.

Traitées séparément, elles s’opposent et sont sources inévitables de conflits sans solutions, voire meurtriers. Les appréhender dans la com plexité de leurs interconnexions repré­

sente le seul espoir d’éloigner le spectre d’un désastre.

Donc, indépendamment des égarements éthiques qu’ils déclenchent, les mouvements populistes sont par essence incompétents à prendre en charge notre avenir. Comme ça a toujours été le cas dans l’histoire, par sim­

plisme, ils se placent inévitablement sur le versant du désastre. Aux autres partis de ne pas tomber dans les mêmes ornières ! A bon entendeur…

Et en médecine, quid de la complexité ? Notre profession n’échappe évidemment pas à la fragmentation des connaissances. Plus elles sont pointues, plus elles se séparent, ce carte blanche

Source Wikimedia ; auteur : Jebulon

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Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 18 mai 2011 1115

1 Cyprien F, Courtet P, Artero S, et al. Suicidal behavior is associated with reduced corpus callosum area. Biol Psychiatry 2011, epub ahead of print.

que Morin nomme «carence cognitive» (plus les savoirs se multiplient et se développent, alors qu’ils interagissent étroitement, moins ils sont compréhensibles globalement). Dans ce sens, revaloriser la place du médecin gé­

néraliste est essentiel, mais à condition d’en­

seigner la pensée complexe et synthétique en faculté puis dans les formations post­gra­

duées et continues. Le modèle biopsycho­

social enseigné en psychosomatique (terme malheureusement incomplet et réducteur) devrait aussi s’imposer comme discipline cen trale et incontournable de notre métier.

Se préoccuper de l’avenir des généralistes, c’est se soucier de l’avenir de toute la méde­

cine pour tous les médecins. Comme tout est interaction, les généralistes devraient aussi se soucier des autres disciplines médi­

cales menacées. Un pour tous, tous pour un !

Nous défragmentons bien nos ordinateurs pour éviter ou retarder le bug…

Dr Alain Frei Gastroentérologie FMH 30, avenue Louis Ruchonnet 1003 Lausanne

[email protected]

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