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Un geste provocant, appel au pardon

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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11ième Dimanche du Temps Ordinaire- Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS,

paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en- Provence)

Un geste provocant, appel au pardon…

Frères et sœurs, nous nous trouvons là, même si notre habitude et nos réflexes un peu polis ont complètement érodé la rudesse de ce texte, nous sommes là devant un des textes les plus provocants du Nouveau Testament. La plupart du temps on pense à la scène de la fille d’Hérodiade qui danse devant le roi Hérode pour obtenir la tête de Jean-Baptiste, ici, nous avons quasiment une scène de séduction qu’on pourrait qualifier de provocante !

Aujourd’hui tout cela nous paraît très lointain, et peut-être que notre culture actuelle est devenue beaucoup plus libre en matière de conventions sur les relations affectives entre les hommes et les femmes, mais à cette époque-là, être le témoin de la scène qui vient de nous être décrite dans l’évangile de Luc, était proprement insupportable. D’abord, une chose qui ne se faisait pas : quand on est dans une réunion d’hommes, de savants, il ne convient pas qu’une femme si éduquée soit-elle, si savante soit- elle en matière de Loi, puisse entrer dans le milieu que constitue

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cette convivialité du repas. Cela ne se fait pas… A plus forte raison quand cette femme a une certaine réputation comme on nous le dit dès le début du texte puisqu’on nous signale que c’est une femme de la ville, cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas rustique, c’est une femme publique.

Déjà ce détail est très choquant.

Jamais, au grand jamais dans un repas, une réunion publique, une femme n’aurait fait ce qu’a fait cette femme. En effet, et Jésus d ’ a i l l e u r s c o m p a r e l e s d e u x rituels de rencontre et d’accueil, celui du pharisien comme il aurait dû le faire et la femme comme elle l’a fait, et il tient à noter toutes les différences et les oppositions radicales qui existent entre les deux comportements.

Quand quelqu’un arrive dans une maison, habituellement on peut lui laver les pieds avec de l’eau, et surtout pas avec du parfum, et le plus qu’on puisse faire avec le parfum, c’est le répandre sur la tête. Or cette femme prend exactement le contre-pied. Elle arrive, va vers Jésus (c’est un repas à la romaine et manifestement les convives sont allongés sur des divans), la femme survient à l’improviste, en cachette, peut-être même que les serviteurs n’ont pas pu l’empêcher d’entrer, elle se met près du divan sur lequel était étendu Jésus, elle commence une scène qu’on pourrait interpréter comme étant une scène de séduction. C’est d’ailleurs ce que pense Simon : « S’il savait qui est cette femme et ce qu’elle est en train de faire ! » Il n’arrive même pas à penser que Jésus se rende compte de la situation. Or, que fait cette femme ? Elle fait ce qui est au maximum de la séduction érotique de l’époque, elle délie sa chevelure, ce qui est le summum de la provocation, elle commence à verser le parfum sur les pieds de Jésus, ce qui ne se passait peut-être que dans des maisons closes ! Il fallait vraiment une sorte de volonté de séduction pour verser du parfum sur les pieds de quelqu’un. Le

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p a r f u m s u r l e s p i e d s , a c c o m p a g n é d e l a r m e s , q u i s o n t interprétables dans les deux sens, ou bien les larmes de l’amoureuse éperdue ou bien les larmes de la pécheresse, c’est un signe ambigu, et sacrifier son brushing en essuyant le parfum huileux avec ses cheveux, c’est très cher comme séduction.

De l’avis de tous les exégètes, ce texte a certainement fait du bruit dans le petit territoire de la Galilée autour de la maison de Simon le pharisien. Ce geste est vraiment une provocation érotique qui est inadmissible en public. Normalement, Jésus aurait dû mourir de honte. C’est ce que le pharisien s’empresse de dire de façon voilée : « S’il savait… il ne pourrait pas rester à table ». Ce genre de situation aurait dû mettre Jésus dans l’embarras, et c’est le paradoxe, Jésus n’est pas du tout gêné ! Il est parfaitement à l’aise, il laisse faire la femme, il est accueillant à ce geste, et du côté des convives qui sont tous des docteurs de la Loi, petit à petit cela crée un froid est c’est peut-être dans ce sens que la réaction de Simon nous est rapportée. On veut bien que cela ait eu lieu, mais on va s’empresser d’oublier et de continuer à discuter des choses plus sérieuses, sur la Loi.

A ce moment-là, Jésus renverse la situation de façon assez étonnante. Pourquoi ? Luc dans son récit prend un malin plaisir à souligner l’ignorance de Jésus. « S’il savait ! » Il n’est sûrement pas un prophète, sûrement pas un docteur, sûrement même pas un homme ordinaire puisqu’il n’a pas la perspicacité des gens ordinaires qui pourraient se rendre compte de la signification du geste de la femme. L’impression qu’a Simon au fond de son cœur, c’est que Jésus est complètement ignare. Le pharisien prend soin de souligner l’ignorance de Jésus et son mauvais comportement qui

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laisse faire face au comportement de la femme.

La parabole que Jésus propose à ce moment-là est une parabole où d’une part Jésus commence à faire comprendre à Simon non seulement qu’il a compris le geste de la femme, mais qu’il a compris ce que Simon avait dans son cœur. Il a deviné la réflexion de mépris et d ’ e m b a r r a s d u p h a r i s i e n p a r rapport à la scène. Il a compris sans explication, l’attitude de Simon, mais petit à petit il va montrer que le sens même de la scène est totalement l’inverse de ce que le pharisien croyait avoir perçu.

Autrement dit, cette scène commence par une sorte d’affirmation massive de l’ignorance de Jésus face à l’incongruité de la scène, et à travers la parabole des deux débiteurs Jésus montre que la situation était tout autre. Désormais c’est celui qu’on croyait ignorant qui a compris ce qui se passait, et que c’est celui qui croyait savoir qui en réalité n’a rien compris. C’est ce qui fait le côté saisissant du récit de Luc. On n’en a pas autant dans le récit de Jean et des autres synoptiques. Luc souligne vraiment que Jésus qu’on tenait pour celui qui ne sait pas, celui qui ne comprend pas, celui qui se comporte mal et à la limite est complice avec le geste de la femme, est en réalité celui qui a compris le jugement du pharisien et lui a montré qu’il ne comprenait rien.

Qu’est-ce que Jésus a compris ? Une chose assez simple mais très belle. Il a compris que cette femme l’aimait. Cela demandait déjà de la part de Jésus une véritable perspicacité. Reconnaissez-le, cette femme a voulu manifester son amour à Jésus avec ses moyens personnels. Comme c’était une femme “de métier”, elle a cru qu’en en rajoutant un peu, ce serait d’autant plus touchant. Jésus voit bien qu’elle se comporte vis-à-vis de lui comme une prostituée.

Mais il conseille au pharisien de ne pas la juger pour cela, elle

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f a i t c e q u ’ e l l e p e u t . L e comportement de cette femme vis-à- vis de Jésus si ambigu soit-il ne manifeste qu’une chose : « Elle a beaucoup aimé ». Et à l’inverse Jésus dit à Simon qu’il avait tout ce qu’il fallait pour l’honorer selon les rites qui sont les

siens, plus convenables et beaucoup moins chers, mais il ne l’a pas fait ! Il n’a même pas fait les rites qui auraient pu être ceux de l’accueil étant donné sa condition et s’il avait vraiment voulu l’honorer. Autrement dit, il ne l’a jamais vraiment aimé ! Il n’a même pas respecté les rites normaux d’accueil à ta table.

Il a invité Jésus sans l’honorer, alors que cette femme l’a honoré avec des moyens sans doute contestables et discutables, mais elle a essayé de faire le maximum pour l’honorer.

C’est le ressort profond de cette parabole. C’est le retournement à partir de la perspicacité pardonnante de Jésus, c’est à partir de cette perspicacité, de cette capacité de lire au fond du cœur du pharisien que Jésus retourne complètement la situation. Il montre que ceux qui croyaient savoir, interpréter les signes et les gestes étaient à côté, et ceux qui ne savaient pas se servir exactement des gestes comme il l’aurait fallu, en réalité à cause de leur désir et de leur besoin de pardon étaient exactement dans la démarche qu’il fallait pour obtenir la miséricorde.

Frères et sœurs, il est étonnant que ce texte soit entré dans la tradition et qu’il ait pu trouver cette formulation dans l’évangile de Luc. Je pense que cela nous donne quelques repères.

Il est vrai que toutes les religions et tous nos comportements sociaux, culturels, religieux sont des comportements dont la signification est généralement admise et comprise par tous. Mais il arrive que dans l’histoire des personnes, des signes soient posés qui sont complètement à l’envers. Cela veut-il dire à partir du moment où la personne ne rentre pas dans le cadre exact du comportement religieux qu’elle doit être rejetée du festin du

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Royaume ? Rien n’est moins sûr. En fait, ce que Jésus, à travers cet évangile, nous demande, c’est une fois de plus de comprendre comment fonctionnent les signes du Royaume. Certes, pour beaucoup d’entre eux ils rentrent dans notre manière d’être, notre culture, mais il ne faudrait pas que l’habitude des signes religieux ferme notre cœur aux gestes les plus étonnants, les plus contrariants, et aux signes les plus provocants qui pourtant manifestent en vérité la venue du Royaume dans le cœur de cette femme. Amen

11ieme Dimanche du Temps Ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER

« C’est la miséricorde que je désire »

(Lc 7,36-8,3 ; Mt 9,13)… »

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E n ce temps-là, un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table.

Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum.

Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum.

En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : «Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse.»

Jésus, prenant la parole, lui dit : «

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Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. »

Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante.

Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? »

Simon répondit : «Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison», lui dit Jésus.

Il se tourna vers la femme et dit à Simon : «Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux.

Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis

qu’elle est entrée, n’a pas cessé

d’embrasser mes pieds.

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Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête

; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds.

Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour.

Il dit alors à la femme : «Tes péchés sont pardonnés.»

Les convives se mirent à dire en eux- mêmes : «Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ?»

Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »

Ensuite, il arriva que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient,

ainsi que des femmes qui avaient été

guéries de maladies et d’esprits

mauvais : Marie, appelée Madeleine, de

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laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Kouza, intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les servaient en prenant sur leurs ressources.

Les Pharisiens étaient des hommes comme tout le monde, avec leur famille, leur travail, etc… Mais ils vivaient ensemble pour pouvoir mieux pratiquer leurs traditions : « Ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s’être aspergés d’eau, s’être lavés les bras jusqu’au coude » (Mc 7) pour se purifier d’éventuels contacts avec des êtres impurs. Et nous apprenons ici de Jésus que le rituel habituel pour accueillir les invités consistait tout d’abord à « verser de l’eau sur leurs pieds » pour enlever la poussière des chemins et leur permettre ainsi de marcher sur tapis et de s’asseoir sur les coussins sans ressentir de gêne. Puis l’hôte « embrassait » ses invités en témoignage d’amitié, et il « versait du parfum sur leur tête » en signe d’honneur et de respect…

Simon n’a rien fait de tout cela pour Jésus. Il ne l’a pas invité par amour, mais pour vérifier par lui-même qu’il n’est pas un prophète… Et l’entrée inattendue de cette prostituée semble lui donner raison. En effet, il ne sait manifestement pas « qui » elle est, une femme impure, sinon il ne se serait pas laissé

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toucher par elle car maintenant, lui aussi est impur, tout comme elle…

Mais Jésus est bien plus qu’un prophète… « Il connaît » le cœur de cette femme (Jn 2,23-25), et « il perçoit les pensées » de Simon (Lc 5,22), comme Dieu seul peut le faire :

« Le cœur est plus rusé que tout, et pervers, qui peut le pénétrer ? Moi, le Seigneur, je scrute le cœur, je sonde les reins » (Jr 17,9-10). Et par une parabole, à laquelle Simon va lui-même participer par ses réponses, Jésus va répondre à ses pensées et lui montrer ainsi qu’il est bien plus qu’un prophète…

Il va aussi reconnaître son zèle… C’est vrai, sa dette à l’égard de Dieu est petite sans être négligeable : il prend l’image de cinquante journées de salaire. La femme, elle, en devrait cinq cents… Mais l’important est que les deux, de peu ou de beaucoup, sont pécheurs et doivent adopter la même attitude d’humilité devant Dieu : le reconnaître, le regretter, espérer en sa Miséricorde et son pardon… La femme a déjà vécu tout cela, et sa reconnaissance envers Jésus est d’autant plus grande qu’elle a pris conscience de l’étendue de sa misère. Elle n’ose pas se présenter de face, mais, « se plaçant par derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes ; elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum ». Le Pharisien la regardait de haut ? Jésus loue son attitude et il la lui donne en exemple : elle, au moins, a accueilli le Dieu d’Amour et de Tendresse, avec une magnifique hospitalité… DJF

10ieme Dimanche du Temps Ordinaire par

le Diacre Jacques FOURNIER

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« Lève toi (Lc 7, 11-17) »

E n ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule.

Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme.

Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. »

Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. »

Alors le mort se redressa et se mit à

parler. Et Jésus le rendit à sa mère.

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La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. » Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.

Jésus arrive pour la première fois « près de la porte de la ville de Naïm », au sud de la Galilée,« au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme ». Mais nul ne le connaît, et donc personne ne peut croire en lui, personne ne lui demande quoi que ce soit… Mais en

« voyant » cette femme et sa souffrance, « le Seigneur fut », littéralement, « bouleversé jusqu’au plus profond de ses entrailles », « il ressentit une viscérale compassion » (P. C.

Spicq). Nous avons ici un terme de la même famille que celui employé dans le Cantique de Zacharie où il est écrit que Jésus,

« l’Astre d’en Haut, nous a visités dans les entrailles de

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miséricorde de notre Dieu », pour donner aux hommes de pouvoir faire l’expérience du salut par le pardon de leurs péchés, et pour illuminer ainsi ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la m o r t ( L c 1 , 6 8 - 7 9 ) … E t c ’ e s t b i e n c e q u e v a f a i r e i c i Jésus« Lumière du monde », Lui qui vient à Naïm pour la première fois, afin de manifester et de donner aux habitants de cette ville

« la Lumière de la vie » (Jn 8,12).

Et tout jaillit de sa seule initiative, dans un acte de pur Amour, de pure gratuité… Insistons sur le fait que personne ne le connaît, personne ne se tourne vers lui et ne lui demande quoi que ce soit… Et pourtant, il va intervenir, car il est bouleversé intérieurement par la souffrance et la détresse de cette veuve. Il ne peut rester sans rien faire… Tous les miracles de Jésus sont nés d’un cœur bouleversé devant la détresse des hommes, devant notre détresse… Et le Christ Ressuscité est « le même hier et aujourd’hui comme il le sera à jamais » (Hb 13,8). Il agit ici comme Dieu le fera pleinement pour chacun d’entre nous par delà notre mort : « Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21,4).

« Les porteurs s’arrêtèrent et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève‑toi ! » Alors le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. » « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la Vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). Alors, « réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 5,14), gratuitement, par amour… DJF

DJF

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Le Saint Sacrement – Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean- de-Malte (Aix-en-Provence)

Le corps du désir

F r è r e s e t s œ u r s , v o u s a v e z remarqué comment l’évangéliste saint Luc introduit le récit du miracle de la multiplication des pains. Jésus s’est retiré dans un endroit désert et les foules le suivent et partent à sa recherche.

Quand elles arrivent, Jésus leur fait bon accueil et commence par g u é r i r u n c e r t a i n n o m b r e d e malades. Ensuite les disciples disent à Jésus : « Renvoie la foule, afin qu’ils aillent dans les villages et fermes d’alentour pour y trouver logis et provisions, car nous sommes ici dans un endroit désert ».

C’est un peu comme si les disciples disaient à Jésus : « Tu as nourri leur esprit, Tu as nourri leur cœur, Tu leur as parlé du Royaume de Dieu ; maintenant, laisse-les se débrouiller eux-mêmes tout seuls pour pourvoir aux besoins de leur corps, la nourriture et le logement ». Et c’est précisément à ce moment-là, quand les disciples ont envie pour ainsi dire d’éliminer la question du fait que ces gens ont un corps à nourrir et à loger, que Jésus va déclencher son propre miracle, multiplier les pains pour nourrir

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ces foules.

Vous remarquerez aussi comment Jésus, à la veille de sa mort, institue l’Eucharistie. Il sait qu’Il va souffrir. Quand Il dit :

« Voici mon corps », Il ne désigne pas n’importe quel état de son corps, Il dit : « Mon corps livré ». Quand Il dit : « Mon sang », I l d i t : « M o n s a n g v e r s é » ,

c’est-à-dire que le point de départ de l’Eucharistie, c’est un corps qui souffre, c’est un corps qui est donné, c’est un sang versé, c’est un corps qui va être livré à ce que nous connaissons de plus dur et de plus éprouvant dans notre propre corps d’hommes et de femmes, au moment où nous sommes

livrés à la maladie, à la souffrance ou dans les derniers moments de notre vie lorsque nous sommes à l’agonie en nous débattant contre la mort. Quand Jésus fait le miracle de la multiplication des pains, quand Il propose le signe sacramentel de son corps livré et de son sang versé, Il propose son corps ou Il parle du corps des autres pour le nourrir en fonction du fait que ce corps éprouve la souffrance ou le désir, le besoin ou le manque.

Frères et sœurs, sommes-nous capables de nous rendre compte de l’actualité même de ce geste de Jésus ? Pour nous aujourd’hui, nous éprouvons notre corps comme le lieu de résonance de toute notre vie spirituelle. Notre corps, c’est le lieu de la résonance du désir. Pensez au désir de la faim : quand on a faim, c’est notre corps qui a faim et nous exprimons bien sûr notre faim par le langage et par une culture, par des procédés culinaires plus ou moins raffinés, mais en réalité c’est notre corps qui a faim.

Quand nous souffrons, la souffrance est morale, mais qu’est-ce qui souffre ? C’est notre corps qui souffre et quand l’esprit éprouve cette souffrance, il crie, il clame sa détresse, mais c’est le corps qui est la source de cette réaction de l’esprit. De même encore, pensez au désir amoureux, le désir du bien-aimé pour la

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bien-aimée : c’est dans leur corps qu’ils éprouvent ce désir. Bien sûr, tout cela est répercuté au niveau de l’esprit, tout cela se manifeste par la poésie amoureuse, par le répertoire classique du langage amoureux, mais c’est d’abord le désir de notre corps qui se manifeste dans l’expérience amoureuse. Et dans la mort même, quand un être cher disparaît, de quoi souffrons-nous ? Nous savons bien que d’une certaine manière celui ou celle que nous aimons et qui nous a quittés, est mystérieusement, invisiblement, auprès de nous. Mais ce que nous voudrions précisément, c’est pouvoir lui donner un signe de tendresse, un signe d’affection, recevoir de lui un signe de sa présence, qu’il ne pourrait nous donner que par son corps.

C’est parce que Jésus a connu lui-même tout cela, c’est parce que Jésus a fait l’expérience du mystère de notre corps qu’Il a voulu que le signe sacramentel de sa présence, de son amour passe par son propre corps. C’est parce que notre corps est le lieu de notre désir, parce que notre corps est comme le lieu de surgissement de toutes nos souffrances, de toutes nos détresses, c’est parce que notre corps est le lieu dans lequel retentit toute notre vie spirituelle à tout niveau que Jésus a voulu prendre son propre corps pour être Lui-même le lieu de rencontre entre Lui et nous.

Autrement dit, lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous célébrons la rencontre de deux désirs. Et c’est cela qui est si beau et si grand. Et je dirais que d’une certaine manière nous célébrons aussi la rencontre de deux souffrances, de deux appels et de deux manques. Tout d’abord nous célébrons la souffrance, le désir du Christ Lui-même. Le corps qu’Il nous offre, même si c’est le corps du Christ ressuscité, c’est un corps qui est en manque,

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comme on dit aujourd’hui. De quoi est-Il en manque et de qui est- Il en manque ? De nous.

Quand nous célébrons l’Eucharistie et que nous recevons la communion, c’est le corps du Christ qui s’offre à nous en nous disant :

« J’ai besoin de toi, Je suis amoureux de toi, J’ai besoin de ta présence. Et c’est pourquoi Je viens à toi ». Le sacrement du c o r p s d u C h r i s t , c ’ e s t l e sacrement du désir de Dieu pour nous et sur nous. Mais c’est plus profondément encore un désir qui est allé jusqu’à la souffrance, un corps livré, du sang versé. Nous savons très bien à quel point déjà, dans nos propres existences, le désir peut engendrer la souffrance. Dans l’existence du Christ Lui-même, ce corps livré est celui-là même dont nous disons : « Corps livré, sang versé », c’est le corps désireux jusqu’à la souffrance, désirant notre salut, désirant notre amour, désirant notre réponse, désirant l’adhésion libre de tout notre être : corps, cœur et esprit.

Autrement dit, aujourd’hui quand nous disons : « C’est la Fête- Dieu », c’est la fête du désir de Dieu.

Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, et pas seulement aujourd’hui, nous célébrons le désir de Dieu. Dieu a désiré dans un corps d’homme et c’est parce que dans ce corps d’homme, Il a désiré notre salut et l’a voulu en l’accomplissant au prix de sa souffrance, qu’aujourd’hui Dieu nous donne son corps et son sang c o m m e s i g n e d e s o n d é s i r p o u r n o u s e t s u r n o u s .

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Mais lorsque nous disons : « Voici mon corps », en réalité nous le disons, nous le prononçons toujours au milieu d’une assemblée, si petite soit-elle et même si elle se restreint à la seule personne du célébrant, c’est déjà quelqu’un en face du Christ. Et donc, nous célébrons aussi, nous seulement le désir de Dieu, mais notre propre désir comme désir de chaque homme et comme désir de tous les hommes. Si le Christ a choisi son corps comme sacrement de l’amitié divine, c’est parce qu’Il veut que son corps nous rejoigne jusque dans notre corps, à la fois ce corps que nous formons tous ensemble et qui est le corps du Christ, l’Église, et c’est pour cette raison qu’on ne peut célébrer l’Eucharistie que dans le corps du Christ qui est l’Église, qu’on ne peut pas la célébrer en dehors de l’Église, avec un prêtre d’une religion étrangère et des membres d’une religion étrangère, car cela ne ferait pas le corps du Christ et ne constituerait pas l’Église. Mais nous célébrons l’Eucharistie dans le corps que tous ensemble nous sommes, et nous la célébrons pour chacun de nos corps, pour chacun de nos corps dans sa souffrance, dans son manque et dans son désir.

Et c’est bien là ce qui est étonnant, que Dieu sache à quel point notre corps est comme le résonateur de toutes nos souffrances, de tous nos manques d’aimer et d’être aimé. Dieu sait à quel point notre corps est le résonateur de toute notre vie spirituelle et finalement aussi de notre désir de Dieu. Notre corps n’est pas une abstraction, notre corps n’est pas un simple objet qu’il faut soigner avec des cosmétiques ou des médicaments, notre corps est d’abord nous-mêmes en tant qu’êtres de désir. Et Jésus vient rencontrer l’homme par ce même corps par lequel Il a désiré notre

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salut, Il vient rencontrer notre propre corps comme signe et résonateur de notre propre désir d’aimer, d’échapper à la faim, d’échapper à la souffrance, d’échapper à la mort. Autrement dit, il y a, dans toute célébration eucharistique, deux sacrements : il y a le sacrement du corps du Christ et celui de notre propre corps, de notre corps de souffrance et de désir, qui éprouve la faim et la soif, de notre corps livré à la mort, ce qui nous livre à l’angoisse et à la peur.

Tel est donc le sacrement de l’Eucharistie, sacrement du corps du Christ et sacrement de notre propre corps, soit dans son sens c o l l e c t i f e t “ c o r p o r a t i f ” lorsque, pris tous ensemble et formant une unique assemblée, nous formons dans le mystère de l’unité le corps du Christ qui est l’Église, soit dans son sens individuel et personnel, lorsque chacun de nous, humblement et portant le sens de notre souffrance, de notre misère et de notre pauvreté, nous venons dire au Christ :

« Seigneur, j’ai besoin que Tu multiplies pour chacun d’entre nous, les merveilles de ta tendresse et de ta miséricorde ».

Et vous, frères et sœurs qui êtes malades, sachez le poids et la grandeur de votre souffrance, sachez le poids et la grandeur de votre désir. Vous-mêmes, vous portez de façon peut-être plus visible que les autres votre lot de souffrance et de peine, mais tous nous portons ce fardeau. Et vous manifestez au milieu de nous que le désir de Dieu vient rencontrer notre propre désir et il n’y a de Fête-Dieu, il n’y a de fête de Dieu et de fête de l’homme que lorsque le désir de Dieu vient rencontrer, transfigurer et nourrir le désir de chacun de nous, de chacun des hommes. Amen.

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Le Saint Sacrement par P. Claude Tassin (29 Mai 2016)

Genèse14, 18-20 (Melkisédek offre à Dieu le pain et le vin)

Étoile filante dans le livre de la Genèse, *Melkisédek est roi de (Jéru-) « salem », ville païenne en ce temps-là. Son nom signifie

« roi de justice », comme Jérusalem porte le surnom de « cité de justice » (Isaïe 1, 26). Comme d’autres rois orientaux, il est aussi prêtre; il sert le « dieu Très Haut », un dieu cananéen ici identifié au Dieu d’Israël.

Cette légende semble tardive et viendrait du temps où, après l’exil, le grand prêtre remplaçait le roi. Elle explique pourquoi le peuple juif (= Abraham) paie la dîme (« le dixième ») au Temple. C’est que le grand prêtre offre au nom du peuple les sacrifices (« le pain et le vin ») et exerce la bénédiction en son double sens : transmettre à tous les bienfaits de Dieu (« Béni soit Abraham ») et louer Dieu pour ses hauts faits (« béni soit Dieu… »). C’est déjà le double mouvement de l’eucharistie.

Parce que Melkisédek tombe de nues dans le récit, certains cercles juifs anciens virent en lui la figure d’un Messie qui viendra du ciel où il exerce la fonction de grand prêtre. La Lettre aux Hébreux (7, 4-10) identifiera le personnage à Jésus. Puis, avec la mention du pain et du vin, les Pères de l’Église verront en Melkisédek Jésus, prêtre du sacrifice nouveau de l’eucharistie.

Melkisédek… à Reims. Heureux les Rémois qui voient, au fond de

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leur cathédrale, une sublime illustration sculptée de Genèse 14, 18-20 ! Abraham porte une armure, puisque, selon le texte biblique, il revient de guerre. Une ample chasuble gothique revêt Melkisédek. C’est une hostie qu’il montre à Abraham, chevalier aux mains jointes et au buste incliné. La sculpture atteste la force de l’interprétation eucharistique du récit biblique, au point que, traditionnellement, cette partie du haut-relief est intitulée « la communion du chevalier ».

1 Corinthiens 11, 23-26 (“Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez vette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur”)

Écrite avant les évangiles, la première Lettre aux Corinthiens offre le récit le plus ancien de l’institution de l’Eucharistie.

Paul le présente comme une tradition reçue ; il l’a sans doute recueilli dans l’Église d’Antioche et il partage cette tradition avec l’évangile de Luc. Marc et Matthieu représentent une autre tradition.

Le pain

Le Seigneur accomplit d’abord les rites de bénédiction de la table juive. Ces gestes signifient que l’on voit dans ce pain le don de Dieu pour subsister et vivre ensemble. Mais Jésus ajoute : ce don de Dieu, c’est « *mon corps, qui est pour vous ». Prenant ce pain comme étant le corps du Christ, nous faisons l’expérience que sa mort est pour nous source de vie.

Le vin

Chez les Juifs, la coupe est signe de la fête, surtout celle de Pâques. Elle est ici comprise comme celle de l’Alliance nouvelle annoncée par Jérémie 31, 31-34, nouvelle manière de vivre ensemble

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et avec Dieu. Elle est fondée sur le sang, non plus celui du sacrifice du Sinaï (Exode 24, 8), mais le sang versé par celui qui

« a goûté la coupe de la mort », comme on disait alors (cf. Marc 10, 38).

Le mémorial

Accomplir ce mémorial (« faites cela en mémoire de moi »), c’est proclamer devant Dieu le sens de « la mort du Seigneur », dans l’espérance qu’il vienne accomplir en plénitude le mystère d’une communion universelle.

* « Mon corps », dit Jésus. S’exprimant en araméen, dans la culture juive, il évoque ainsi son être périssable, fragile.

« Communier », c’est nous unir à la mort du Christ comme à une source de vie. Paul, lui, parle dans le milieu gréco-romain où

« le corps » évoquait entre autres réalités les corporations professionnelles. « Communier », c’est faire corps ensemble dans le Christ, par delà nos différences. Et nous, au 21ième siècle, que mettons-nous sous cette expression “mon corps” ? Car l’histoire de l’Eucharistie continue…

Luc 9, 11b-17 (“Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés”)

*La multiplication des pains, dernier geste de Jésus en Galilée, révèle aux apôtres son identité profonde, puisque, aussitôt après, Pierre déclare : Tu es « le Christ de Dieu » (Luc 9, 20). Après quoi Jésus annonce la nécessité de son passage par la croix. Ce don des pains offre une triple révélation :

Jésus nouvel Élie/Élisée

Chez le roi Hérode Antipas (cf. Luc 9, 7-9), on s’interrogeait : Jésus est-il Élie ou quelque prophète ressuscité ? Pour Luc, Jésus est bien le nouvel Élie, ce qui inclut aussi les œuvres de son disciple Elisée. Or, 2 Rois 4, 42-44 attribue à Élisée la

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multiplication de vingt pains pour cent personnes. Ici, le rapport est plus frappant : cinq pains pour cinq mille personnes. Comme le serviteur d’Élisée faisait la distribution, de même ici les disciples de Jésus. Élisée avait annoncé qu’il y aurait du surplus, « et il en resta, selon la parole du Seigneur ». Ici, à la fin, douze pleins paniers. On songe au symbole des douze tribus d’Israël : Jésus nourrit tout son peuple.

Une annonce de l’Eucharistie, la «fraction du pain»

Jésus « prend » les pains, « les bénit » (verbe juif), « les fractionne » et « les donne ». Ce sont les mots de la Cène en Luc 22, 19 où, cependant, le verbe « rendre grâce », plus grec, remplace le terme « bénir » (Comparer avec la 2e lecture). Ce sont aussi les mots de l’épisode d’Emmaüs (voir Luc 24, 30), avec deux autres analogies :

1) « le jour commençait à baisser » (= l’heure de la Cène : comparer Luc 24, 29) ;

2) au geste de Jésus « fractionnant » les pains correspond l’aveu des disciples d’Emmaüs : ils ont reconnu le Seigneur « à la fraction du pain ». Cette expression désigne l’eucharistie chez Luc (comparer Actes 2, 42 et 20, 7).

« Tous mangèrent à leur faim »… En cette scène, l’évangéliste songe tellement à l’eucharistie qu’il en oublie le reste de poissons (comparer Marc 6, 43) !

Ainsi Jésus, le prophète, ne se contente pas « d’enseigner » et de

« guérir », selon l’introduction de l’épisode : il nourrit. Mais il nourrit du don de sa personne. Il faudra donc attendre la Croix pour que se réalise le sacrement qui, en outre, n’adviendra pas sans le concours des Douze.

Le ministère du partage

Ces apôtres viennent de partager le ministère de Jésus. Comme lui, ils ont annoncé « le règne de Dieu » et opéré des guérisons (cf.

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Luc 9, 1-2 & 6). Fatigués de leur mission, ils n’ont qu’une hâte : que la foule parte se loger dans les environs ! Non, dit Jésus,

« Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Avec le peu dont ils disposent, il fera merveille, et c’est de leurs mains qu’ils

« distribueront » son abondance.

De la manne à l’Eucharistie

Pour l’heure, le don du pain est accordé à Israël. Ainsi doit-on comprendre la mention des cinq mille et des groupes de cinquante, reflétant l’organisation d’Israël au désert (voir Exode 18, 21-25), de même que les douze corbeilles rappellent les douze tribus.

Après la Croix, les disciples enseigneront et guériront. Mais ils devront aussi nourrir les affamés, au sens matériel; car avec le peu qu’ils ont, le Christ fera des miracles. Les nourrir aussi, sans distinction d’origine, par le rite de la « fraction du pain  ». Charité concrète et sacrement de la communion sont les « pile et face » inséparables de l’Eucharistie.

* Combien de multiplications des pains ? Six ! deux en Marc + deux en Matthieu + une chez Luc + une chez Jean. Mais ces textes se réduisent à deux manières de raconter un même événement. Laissons de côté Jean 6, 1-15 qui fait des récits de ses prédécesseurs un préambule au discours sur « le Pain de Vie » (Jean 6, 22-66).

1) Marc et Matthieu ont deux récits :

a) Marc 6, 30-44 et Matthieu 14, 13-21 se rejoignent : Jésus

« bénit » les pains (expression palestinienne) ; les bénéficiaires sont 5000 et on ramasse 12 corbeilles. Par ces nombres symboliques, Jésus nourrit le Peuple choisi, les Juifs qui croient en lui.

b) Marc 8, 1-10 et Matthieu 15, 32-39 se rejoignent : Jésus « rend grâce » sur les pains (expression grecque); les bénéficiaires sont 4000 (symbole d’universalité – les 4 points de l’univers) et on ramasse 7 corbeilles (selon les 7 conseillers dirigeant les

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Églises grecques, cf. Actes 6, 1-6 ; 21, 8).

2) Luc ne retient que la tradition 1/a. Pour lui, c’est seulement après la croix du Christ que la multiplication des pains sera eucharistie pour tous les peuples de la terre.

Le Saint Sacrement par le Diacre Jacques FOURNIER

« Le Corps et le Sang de Jésus donnés pour notre Vie (Lc

9,11b-17) »

E n ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin.

Le jour commençait à baisser. Alors

les Douze s’approchèrent de lui et lui

dirent : « Renvoie cette foule :

qu’ils aillent dans les villages et

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les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit : « Donnez-leur vous- mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. » Il y avait environ cinq mille hommes.

Jésus dit à ses disciples : « Faites- les asseoir par groupes de cinquante environ. »

Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde.

Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule.

Ils mangèrent et ils furent tous

rassasiés ; puis on ramassa les

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morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

Jésus vient d’envoyer les Douze en mission « annoncer la Bonne Nouvelle » du Royaume de Dieu« et faire partout des guérisons » (Lc 9,6). Et c’est à leur retour, après avoir parlé une fois de plus du « Règne de Dieu » et « guéri ceux qui en avaient besoin », qu’il va vivre avec eux cette multiplication des pains qui annonce l’institution de l’Eucharistie : son corps et son sang donnés pour la vie du monde… Jésus sent que sa fin approche… Et de fait, juste après, lors de sa Transfiguration, Moïse et Elie, « apparus en gloire, parleront de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem » (Lc 9,31). Jésus annoncera alors par deux fois sa Passion (9,22.44), et il invitera ses disciples à

« se charger de leur croix chaque jour, à sa suite » (9,23). Puis il prendra « résolument le chemin de Jérusalem » (9,51) pour se livrer aux pécheurs, et mourir, de leurs mains, pour leur salut…

La Fête du Corps et du Sang du Christ est donc, une fois de plus, celle de l’Amour. Jour après jour, la célébration de l’Eucharistie actualise en effet le don de Jésus « jusqu’à

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l’extrême de l’amour » (Jn 13,1). Il va « prendre sur lui nos infirmités, il va se charger de nos maladies » (Mt 8,17), il va

« souffrir pour nous » en « portant lui-même nos fautes dans son corps » (1P 2,21-25). En silence, sans un mot, il va « enlever le péché du monde » (ce péché qui nous écrase, nous opprime, nous blesse et nous tue)en le prenant sur lui ! « Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes », disait un des deux criminels crucifiés avec lui. « Mais lui n’a rien fait de mal… Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton Royaume ». Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23,39-43). La prophétie d’Isaïe s’accomplissait : « Il a été compté parmi les criminels, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les criminels » (Is 53,12).

Ouvrir aux criminels repentants les portes du Royaume ! Tel est le Mystère qui se renouvelle en chaque Eucharistie où nous commençons tous par nous reconnaître pécheurs.

Puis nous écoutons la Parole de Vie, la Bonne Nouvelle du Salut, et nous recevons gratuitement de l’Amour, le corps et « le sang de Jésus versé pour la multitude en rémission des péchés », ce sang qui symbolise sa Vie… Alors, purifiés par l’Esprit « Eau Pure » (Ez 36,25-27 ; 1Co 6,11), nourris de sa Vie par « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), nous repartons fortifiés dans la vie pour mieux mener avec Lui le combat de la Vie !

DJF

La Trinité – Homélie du Frère Daniel

BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-

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Malte (Aix-en-Provence)

Laissons la parole à l’esprit

« J’ai encore beaucoup de choses à vous dire mais vous ne pouvez pas le porter à présent ». Frères et sœurs, lorsqu’on lit l’évangile de saint Jean, on s’aperçoit que saint Jean ne s’est pas simplement appliqué comme une sorte de journaliste très scrupuleux, à consigner très exactement dans tous les moindres détails les paroles de Jésus, ses faits et gestes. La preuve c’est que chaque fois qu’il nous raconte un épisode de la vie de Jésus, l’épisode prend toujours une sorte d’ampleur et de dimension qu’on ne soupçonnait absolument pas. En fait Jean, non seulement évoque et rassemble ses souvenirs au sujet de Jésus, mais il est comme lui-même étonné de ce qu’il peut en dire. Et c’est la chose sans doute la plus étonnante qui soit, c’est qu’à certains moments rétrospectivement, on comprenne mieux ce qui s’est passé que lorsqu’on était immédiatement témoin sur le moment.

C’est ce qui s’est passé lorsque Jean nous a rapporté les dernières recommandations de Jésus. Il a compris à ce moment-là que ce que Jésus leur avait dit, ce qu’il leur avait dévoilé et révélé, était finalement encore assez peu de chose par rapport à ce qu’ils comprenaient, vingt ou quarante ans plus tard. Donc, cet évangéliste s’est attaché à découvrir petit à petit, comment il se fait que nous puissions mieux comprendre maintenant que lorsque nous étions auprès de Jésus.

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Dans notre pensée à tous, c’est quand on est à la source qu’on comprend le mieux. On croit toujours que les témoins oculaires peuvent dire : « J’ai vu ça, j’ai vu ça et encore ça ! » Et souvent, c’est une des choses qui se passe dans les procès, au début il y a apparemment des évidences : c’est lui qui est coupable, c’est elle qui a tué, c’est celui-ci qui a commis le crime. Et au fur et à mesure que l’on commence à analyser tout ce qui a pu se passer, la concordance des témoignages, on s’aperçoit qu’en réalité, c’était une autre piste qu’il fallait suivre. Pour Jean, il y a un petit côté policier dans son évangile : il s’aperçoit tout à coup qu’il peut dire des choses que sans doute Jésus avait suggérées, mais comme il le dit : « Vous ne pouvez pas le comprendre maintenant, j’aurais encore beaucoup de choses à vous dire mais vous ne pouvez pas les entendre ». Alors, Jean se pose la question : « Qui peut me les faire comprendre maintenant puisqu’Il n’est plus là ? »

C’est le mystère de l’Esprit. Ceci éclaire une deuxième phrase que nous entendons dans les lectures :

« L’Esprit prendra de mon bien ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l’Esprit Saint a parfaitement compris, lui, comme troisième personne de la Trinité, ce que Jésus avait voulu dire, ce que Jésus avait voulu révéler. Et maintenant, c’est lui qui prend soin invisiblement mais réellement, de le faire surgir dans le cœur et dans la mémoire des premiers témoins. C’est comme cela qu’est née la foi dans la puissance de l’Esprit Saint. C’est parce que ce qu’il leur faisait découvrir était tellement grand et les dépassaient tellement qu’ils se rendaient bien compte qu’eux n’auraient pas pu l’inventer tout seul. Ils étaient comme débordés par le mystère et la profondeur de ce qu’ils annonçaient. Ils n’avaient pas compris sur le moment ce que voulait dire que

« Jésus nous sauve », ce que cela voulait dire que « Jésus est le Fils de Dieu ». Il a fallu que Quelqu’un par un cheminement très

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complexe, dont ils sont les seuls à avoir fait l’expérience à ce point-là, que ce qu’ils avaient vécu, c’était la transformation et le salut du monde.

D’une certaine manière lorsque nous disons que l’Église est appelée à vivre de façon permanente une nouvelle Pentecôte, c’est exactement cela qu’on veut dire. Nous, que nous soyons très croyants, ou pas très croyants, au premier degré nous avons tous une compréhension journalistique de ce que Jésus a fait : c’est un grand prophète, il a dit qu’il fallait s’aimer les uns les autres, il a dit qu’il fallait aimer Dieu. C’est un certain nombre de données un peu inoffensives et souvent inodores. Mais ce qui nous est demandé comme membres de l’Église, comme croyants, c’est de nous laisser guider par la puissance de l’Esprit, c’est de prendre par la main les témoins qui ont fait eux, la première expérience de la découverte de la présence agissante de l’Esprit dans leur vie après la résurrection de Jésus, et de nous laisser façonner par la même expérience. Alors, à ce moment-là, Jésus pourra nous dire les choses pour lesquelles au début nous avions comme les oreilles bouchées, il pourra nous révéler ce qu’est le mystère de sa présence, de son salut, ce qu’est la manière dont petit à petit il nous ouvre à ses secrets qu’il est venu nous révéler.

Frères et sœurs, que ces jours qui suivent la Pentecôte nous ramènent à ce centre même de notre vie chrétienne. Non pas regarder Jésus de l’extérieur, non pas dire :

« Qu’est-ce qui me prouve qu’il est Dieu ? », toutes ces questions qu’on entend habituellement, mais nous laisser ramener au cœur même d u c œ u r , c ’ e s t - à - d i r e l à o ù l’Esprit nous parle au plus intime de nous-mêmes, au plus intime de

nos communautés, de notre prière, de nos célébrations, et laissons la parole à l’Esprit. C’est lui qui nous enseignera tout ce que

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nous n’avons pas encore entendu et reçu de Jésus. Amen.

La Trinité par P. Claude Tassin (22 Mai 2016)

Proverbes 8, 22-31 (La Sagesse a été conçue avant l’apparition de la terre)

Le Livre des Proverbes engrange des sentences de diverses époques, propres à inculquer au Peuple élu la sagesse des générations successives. Mais, pour l’éditeur antique de ce recueil, *Dame Sagesse devient une personne. «Je grandissais à ses côtés», déclare-t-elle ici. Elle «l’enfançon» royal, la première-née de Dieu. Cette princesse, joyeuse fillette a tout vu de l’œuvre du Créateur, elle remplit l’univers de ses ébats et aime particulièrement la compagnie des humains. Mais le mot hébreu employé est difficile à interpréter. Les versions anciennes de la Bible ont vu en ce personnage «le maître d’œuvre», «l’architecte»

d’une création soigneusement organisée. Comparer le Livre de la Sagesse 7, 22 ; 8, 6 et Ben Sira 24, 3-9.

Ce texte tardif de l’Ancien Testament aborde une grave question que se posent les religions monothéistes : comment les humains peuvent-ils connaître Dieu ? Car, si Dieu est Dieu, si différent de nous, il échappe à notre connaissance, de même qu’une brique ne peut savoir ce qu’est un cheval. Mais Dieu nous a donné la Sagesse, inscrite dans notre compréhension de la création ; elle nous donne l’intelligence de l’œuvre de Dieu. Si la Sagesse n’est pas Dieu, elle est son parfait miroir, à notre mesure. Ainsi l’Ancien Testament balbutie le mystère de la Trinité : Dieu se manifeste à nous comme le Père de la Sagesse, laquelle est le Fils, miroir du Père, Parole (Verbe) et Esprit.

* Dame Sagesse et Sainte Sophie. La Basilique Sainte Sophie

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d’Istamboul, devenue mosquée, n’était pas dédiée à une sainte, mais au Christ. Car Hagia Sophia, en grec, signifie « Sainte Sagesse ». Or, le Nouveau Testament raproche le Christ de cette Sagesse dont parle l’Ancien Testament (ainsi Colossiens 1, 15-20), lequel a imaginé d’autres personnifications par lesquelles Dieu se livre à nous, sans se laisser «posséder» : c’est l’Esprit, identifié à la Sagesse en Sagesse 9, 17, ou la Parole, le Verbe, (cf. Isaïe 55, 10-11).

Romains 5, 1-5 (Vers Dieu par le Christ dans l’amour répandu par l’Esprit)

La pensée de Paul est «trinitaire» dans le passage ici retenu, même si souvent ses exposés sont «binaires», parlant du Père et du Fils, l’Esprit, pour l’Apôtre, ne se distinguant pas toujours du Christ. Venons-en au texte. Plus haut, Paul a montré que Dieu a fait de nous des justes, justes à ses yeux, grâce à notre foi en lui, et non à cause de notre pratique de la Loi. L’Apôtre évalue à présent la condition nouvelle à laquelle nous sommes ainsi promus :

1) Jadis pécheurs, nous voici en paix avec Dieu, puisque la foi nous rend solidaires de Jésus. En lui, nous reconnaissons le Christ qui exerce sur nos vies sa puissance de Seigneur ressuscité. Il nous donne accès à la grâce, il nous introduit dans le palais de Dieu.

2) Et voici notre sujet de fierté : non pas nos mérites, mais l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Voilà notre fierté ! Car l’œuvre du Christ nous assure que Dieu veut nous conduire à sa gloire, c’est-à-dire à sa présence impressionnante, mais intime et définitive.

3) Nous éprouvons bien des détresses, des occasions de découragement. Nous les supportons comme un test («la vertu

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éprouvée», selon les mots de Paul), sachant que Dieu ne nous déçoit pas quand il nous appelle à espérer. Car il nous a donné cet Esprit qui nous apprend l’amour qu’il nous porte déjà. On remarquera «l’escalier» littéraire et spirituel que construit l’Apôtre : 1ère marche : la détresse ; un petit effort, et, 2ième marche : la persévérance ; 3ième marche : la vertu éprouvée ; 4ième marche : l’espérance. Et, avec l’espérance, nous sommes déjà arrivés, puisque c’est l’amour de Dieu qui nous donne des jambes.

Beau programme de retraite spirituelle…

«*Justes par la foi», nous découvrons la Trinité au cœur de notre vie : dans l’amour que le Père nous porte, dans l’œuvre du Christ en notre faveur et par l’Esprit qui nous révèle la source de cet amour.

* Justes par la foi. En Romains 4, Paul médite sur Abraham. Celui- ci, selon les légendes juives, était un païen idolâtre, un

«impie», quand Dieu l’appela et lui promit une descendance.

Abraham a cru en Dieu, sur sa seule parole, simplement parce que Dieu est Dieu. C’est pourquoi Dieu l’a considéré comme un «juste», qui voit juste en se confiant en Dieu. Par là, Abraham est notre père, à nous qui croyons que Dieu nous pardonne et nous donne la vie, puisqu’il a déjà ressuscité Jésus, «livré pour nos fautes».

Jean 16, 12-15 (“Tout ce que possède le Père est à moi ; l’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître”)

Au Temps pascal de l’année C, nous lisions surtout Jean 14, premier des Discours d’adieu de Jésus présentés pas l’évangéliste.

Aujourd’hui, nous puisons dans Jean 16. C’est une relecture de Jean 14, opérée par un autre Auteur inspiré. On y trouve les mêmes thèmes, mais sous des angles différents.

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Avant le texte

Avant la page évangélique de ce jour, Jésus dit qu’il est bon pour les siens qu’il s’en aille : son départ commande en effet l’envoi du Défenseur, l’Esprit Saint (Jean 16, 5-7). C’est souvent parce qu’il est absent qu’un être aimé prend une place plus grande dans notre cœur et que nous le voyons mieux. De même, présence de l’Absent, l’Esprit révèle mieux Jésus. l’évangéliste souligne par là que le temps de l’Église, notre temps, n’a rien d’inférieur au temps de la vie terrestre de Jésus. En outre (versets 8-11), l’Esprit agira pour les disciples chrétiens comme un Défenseur contre «le monde», c’est-à-dire les forces opposées ou fermées au message de Jésus.

Le texte : un départ annoncé

Vient alors notre page d’évangile : J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter – en supporter le poids tragique qu’implique la Passion, puis la témoignage des disciples. Dans ces choses nombreuses encore à découvrir, l’évangéliste ne songe pas aux dogmes ultérieurs de l’Église, mais plutôt au tournant de Pâques, à la disparition de Jésus (comparer Jean 2, 22). Il faut du recul, l’expérience de la Résurrection pour que les disciples mesurent le sens des paroles et de la croix de Jésus.

Un chemin : l’Esprit de vérité

L’Esprit de vérité opérera en eux ce travail. Et, traduisons littéralement, il les «*acheminera (progressivement) dans la vérité tout entière» sur la mission du Christ, sur l’union profonde entre l’homme Jésus et le Père des cieux et sur leur propre mission de témoins. L’Esprit n’apportera pas une nouvelle révélation : il reprendra «ce qu’il aura entendu» de Jésus; il

«glorifiera» Jésus, le mettant davantage en lumière dans le coeur des croyants. En même temps, il leur fera connaître «ce qui va venir». Il ne leur prédira pas l’avenir, mais, à chaque génération, il les éclairera sur la manière authentique de

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comprendre les paroles et les actes de Jésus en des situations nouvelles et imprévues.

«Tout ce que possède le Père est à moi», ajoute le texte. Jean a bien souvent souligné l’unité entre le Père et le Fils. Jésus peut donc définir la mission de l’Esprit qui, par là, est aussi l’Esprit du Père.

Dieu Trinité aujourd’hui et depuis toujours

En somme, l’évangéliste exprime une grande confiance dans la capacité des communautés chrétiennes à assumer leur histoire : l’Esprit les guide et les fait aller toujours plus avant dans la découverte de Jésus. Car la foi chrétienne commence par l’Esprit qui fait connaître et comprendre la personne de Jésus. Mais Jean fonde cette confiance sur l’unité de la Trinité dont, pour lui, le Fils reste le Révélateur, par son unité avec le Père, par son envoi de l’Esprit de vérité. Paul, lui (2e lecture), révèle la Trinité au cœur de l’expérience des croyants, dans leur espérance quotidienne.

Avec la figure de la Sagesse (1ère lecture), la Bible a préparé le mystère de la Trinité inscrit dans la fonction créatrice de cette Sagesse ; Une vieille tradition juive traduisait ainsi le début de la Bible : «Au commencement, la Parole du Seigneur, par la Sagesse, créa et acheva les cieux et la terre. (…) et un esprit d’amour de devant le Seigneur soufflait sur la face des eaux.» On comprend alors que les premiers théologiens chrétiens d’origine juive aient vu dans la création la collaboration du Christ, Sagesse, Parole du Seigneur, et celle de l’Esprit de l’amour de Dieu.

“L’Esprit vous acheminera dans la vérité tout entière”. «Le Créateur de tous est unique. Il y a un seul Dieu Père, de qui tout provient ; il y a un seul Fils unique, notre Seigneur Jésus Christ, par qui tout existe ; il y a un seul Esprit, le don de Dieu répandu en tous (…) Puisque notre faiblesse serait incapable de saisir aussi bien le Père que le Fils, le Saint-Esprit est un

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don qui, par son intervention, peut éclairer notre foi pour laquelle l’Incarnation est un mystère difficile. (…) On le reçoit afin de connaître Dieu. (…) Car, s’il n’y a pas de lumière ou de jour, le service rendu par les yeux n’aura pas à s’exercer ; si aucun son ou aucune voix ne se fait entendre, les oreilles ne trouveront plus rien à faire ; si aucune odeur ne s’exhale, les narines seront sans utilité. Il en est de même pour l’esprit humain : si, par la foi, il ne reçoit pas le don du Saint-Esprit, il aura bien un principe naturel de connaissance de Dieu, mais il n’aura pas la lumière de la science» (Saint Hilaire de Poitiers, 4e siècle, Traité sur la Trinité).

La Trinité par le Diacre Jacques FOURNIER

« Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne

la vie » (Jn 16, 12-15)

E n ce temps-là, Jésus disait à ses

disciples : « J’ai encore beaucoup de

choses à vous dire, mais pour

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l’instant vous ne pouvez pas les porter.

Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui- même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.

Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.

Tout ce que possède le Père est à

moi ; voilà pourquoi je vous ai dit :

L’Esprit reçoit ce qui vient de moi

pour vous le faire connaître. »

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St Jean nous offre ici un des plus beaux textes, sinon le plus beau, sur l’Esprit Saint. Pour bien le saisir, il nous faut nous rappeler que cette expression « Esprit Saint » ou « Saint Esprit » peut être employée comme un nom propre pour désigner une Personne divine unique, la Troisième Personne de la Trinité. Mais ces deux mots, « Esprit » et « Saint » peuvent aussi servir à nous décrire ce que Dieu est en lui-même, sa « nature divine ». « Dieu est Esprit », nous dit Jésus (Jn 4,24). Autrement dit, le Père est Esprit, le Fils est Esprit, et l’Esprit Saint (nom propre) est Esprit lui aussi. De même, le Père est Saint, le Fils est Saint et l’Esprit Saint est Saint. Et si nous mettons tout ensemble, le Père (Personne divine) est « Esprit Saint » (nature divine), le Fils (Personne divine) est « Esprit Saint » (nature divine), et

« l’Esprit Saint » (Personne divine) est « Esprit Saint » (nature divine).

De toute éternité, ces Trois Personnes divines sont en face à face, le Père étant le seul à être le Père, le Fils le seul à être le Fils, et l’Esprit Saint, le seul à être l’Esprit Saint.

Mais tous les Trois sont pleinement Dieu, au sens où ils vivent et s’expriment avec une seule et même nature divine. Mais puisque

« Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), il existe en Dieu une primauté dans l’Amour. Et c’est le Père vers lequel tous les regards se tournent en premier, car c’est Lui qui engendre le Fils de toute éternité en se donnant totalement à Lui en tout ce qu’il est. Et le Père est Dieu, et le Père est Lumière. Le Fils, « né du Père

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avant tous les siècles », est donc « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière », il est « de même nature que le Père » en tant qu’il la reçoit du Père depuis toujours et pour toujours. Mais le propre de l’Amour en Dieu est de se donner totalement, en tout ce qu’Il est. Le Père est Amour ? Il se donne en tout ce qu’il est au Fils et l’engendre ainsi en « vrai Dieu né du vrai Dieu ». Se recevant du Père de toute éternité, le Fils est Lui aussi Amour ? Alors il se donne lui aussi tout entier, avec le Père et comme le Père, et du Père et du Fils « procède » l’Esprit Saint, en fruit éternel de leur amour…

L’Esprit Saint est ainsi pleinement Dieu, pleinement Amour, et donc à son tour pleinement Don de ce qu’il est en lui- même. Alors, dit ici Jésus, « il recevra de mon bien », et c’est de fait une réalité éternelle, « et il vous le communiquera ». Il reçoit du Fils la vie que le Fils reçoit lui-même du Père, et il nous la donne à notre tour. Il est vraiment « l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie », la vie même de Dieu !

La Pentecôte par P. Claude Tassin (15 Mai 2016)

Actes des Apôtres 2, 1-11 (“Tous furent remplis d’Esprit Sain en se mirent à parler en d’autres langues”)

Dans certains cercles juifs, dès le temps de Jésus, la Pentecôte, fête agricole dite des Semaines, commémorait le don de l’Alliance au Sinaï. De cette scène antique, on retrouve le bruit, le vent,

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le feu (comparer Exode 19, 16-19; 20, 18) qui orchestrent à présent la venue de l’Esprit Saint. Comme Moïse était monté vers la nuée pour rapporter au peuple la Loi de Dieu, fondement de l’Alliance, le Christ est monté au Ciel pour nous donner l’Esprit de l’Alliance nouvelle.

Selon les légendes juives catéchétiques…

… au Sinaï, Dieu avait proposé ses commandements dans les diverses langues du monde, mais Israël seul les avait acceptés.

Aujourd’hui, Dieu répare cet échec. Partant du phénomène connu du

«parler en langues» (cf. 1 Corinthiens 14, 2-5) dans les premières Églises, Luc transforme l’expérience en un «parler *en d’autres langues», préparant ainsi l’annonce de l’Évangile dans toutes les cultures. De ce point de vue, cette venue de l’Esprit n’est pas exactement un «anti-Babel», épisode de la «confusion des langues»

(Genèse 11, 1 – 9 ; cf. messe de la veille). Ce n’est pas le retour à une langue unique, mais la décision de Dieu de se révéler dans le respect des langues et des cultures.

Aux sources de l’universel chrétien

Les témoins et auditeurs de la scène, remarquons-le, sont tous des Juifs, Juifs d’origine, de la Diaspora et de la Judée, et païens

«convertis» au judaïsme (les «prosélytes»). Leur liste comprend douze pays ; à quoi s’ajoutent des Juifs de Rome (centre du monde oblige !) et, pirouette littéraire formant un résumé, les gens des îles, à l’ouest (Crétois), et ceux du désert, à l’est (Arabes).

Les douze tribus du peuple de Dieu sont donc symboliquement à nouveau réunies. Alors, la mission chrétienne peut commencer, sous le souffle de l’Esprit de l’alliance nouvelle qui abolit les frontières.

* Ils se mirent à parler en d’autres langues… « i quelqu’un dit à l’un de nous : “Est-ce que tu as reçu le Saint-Esprit, car tu ne parles pas toutes les langues ?” voici ce qu’il faut répondre :

“Parfaitement, je parle toutes les langues. Car je suis dans ce corps du Christ, qui est l’Église, laquelle parle toutes les

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langues. En effet, par la présence du Saint-Esprit qu’est-ce que Dieu a voulu manifester, sinon que son Église parlait toutes les langues ?” » (Homélie africaine du 6e siècle).

Romains 8, 8-17 (“L’Esprit fait de nous des fils”)

Paul s’appuie sur cette certitude : «l’Esprit de Dieu» – qui est aussi «l’Esprit du Christ», habite le croyant. Le chrétien est un

«corps», c’est-à-dire une personne humaine qui est «*chair», créature fragile portée au péché du repli sur soi et vouée à la mort, mais qui est aussi un être spirituel, et désormais guidé par l’Esprit de Dieu. Nous voici donc engagés dans un combat :  nous revivons dès aujourd’hui, en nous soustrayant au péché, en refusant de payer son dû à «la chair», si celle-ci nous sollicite encore. Mais l’Esprit qui pilote notre conversion permanente est aussi celui par lequel Dieu a ressuscité Jésus. Nous voici donc assurés de la même issue heureuse.

Et Paul précise cette espérance par l’idée de «la filiation», c’est-à-dire de l’adoption. Il songe aux grandes maisonnées patriarcales et polygamiques où se côtoyaient les esclaves soumis au maître, même nés de lui, et les fils, libres, bénéficiant d’un acte officiel d’adoption, et confiants en face du père ; eux qui, à leur majorité, recevaient le droit à l’héritage. Or l’Esprit fait de nous des fils, non des esclaves apeurés, frères déjà du Christ, puisque notre prière proclame «Abba (= papa, en araméen), le Père», comme Jésus appelait Dieu (cf. Mc 14, 36). Il nous suffit de mener à terme le même combat de souffrance que mena Jésus pour parvenir à la parfaite filiation.

* La chair et l’Esprit. Chez Paul, la chair n’est pas le sexe.

Lecteur de la Bible, il voit en elle la pesanteur de l’homme, fragile, voué à la mort, porté au repli égoïste. Mais, comme la communauté juive de Qumrân, il décèle dans la faiblesse de la chair le nid propice à l’éclosion de multiples de péchés (voir le

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catalogue de Galates 5, 19-21). L’époque de Paul conçoit la liberté humaine comme le droit de choisir son maître : sera-ce, pour nous, l’esclavage à soi-même (la chair) ou l’obéissance à l’Esprit de Dieu ?

Jean 14, 15-16.23b-36 (“L’Esprit Saint vous enseignera tout”)

Les extraits de saint Jean que nous lisons aujourd’hui puisent dans le premier des Discours d’adieu de Jésus au soir du jeudi saint et ils recouvrent en partie l’évangile du 6ième dimanche de Pâques C. Il s’agit du testament de Jésus. Mais le texte doit beaucoup aux questions que la communauté à laquelle s’adresse l’évangéliste s’est posées après la mort de ses premiers fondateurs, eux qui assuraient encore le lien avec la vie terrestre de Jésus.

Amour et commandements

Si vous m’aimez…, dit Jésus. Dans le Nouveau Testament, l’amour du Christ est un impératif moins fréquent que celui de l’amour de Dieu. Mais l’enchaînement des idées s’avère ici complexe. Quand l’être aimé est absent, nous nous efforçons de le rendre présent en continuant à faire ce qu’il aimerait nous voir faire. De même, l’amour que nous portons à Jésus et qui nous le rend présent implique notre fidélité à ses «commandements». Ces commandements équivalent à la «parole de Jésus», comme le dit la suite : «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole», c’est-à-dire encore, fidèle à son «commandement nouveau» de l’amour mutuel (Jean 13,  14-15), et même aux commandements de Dieu (1 Jean 5, 3). Car, pour Jean, il existe une telle unité entre le Fils et le Père que les commandements de l’Un et de l’Autre sont tout un. Mais cette présence n’est pas simple souvenir sentimental. Le Christ, vivant à jamais auprès du Père, intercède pour que nous vienne *un autre Défenseur.

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