Contribution à l’étude du dépérissement du chêne : pathologie racinaire
enforêt de Tronçais
J.J.
GUILLAUMINet M
Ch. BERNARD heline BELGRAN
C. DELATOUR Micheline BELGRAND
A., Satation de Pathologie
:!: LN.R.A., Sttitioiz de
Pathologie
végétale, 12, umtttre (lit Brézet, F 63039 Clermont-Ferrand*
’
kI.N.R.A., Laboratoire de Pathologie
forestière,
Centre ile Recherches
forestières
de Nancy, Cli(iiiipei2olix, F 54280 Seicli(it7il!.v**
""" l.N.R.A., Siaiion (le Recherche.B" .sur lev Sols forestiers et 1« Fertilisatiozz i
!@-
Recherche.I’
forestières
de Nancy, Cliiiiiipeiiotix, F 54280 Sl’ich"lIli’s’Résumé
Le rôlc
joué
par lesBasidiomycètes parasites
des racines dans le dépérissement du chênepédonculé
a été étudié en forêt de Tronçais(Allier).
L’initiation du
dépérissement
est d’origineédapho-climatiquc :
la sécheresse de 1976 ajoué
le rôle inducteur, mais seuls les arbres situés dans des stations difficilcs (nappephréatique
ou nivcau d’induration proche de lasurface)
ont dépéri.Le rôle des champignons des racines a été étudié
grâce
à diverses tcchniqucs d’investi-gation,
notamment ledégagement
complet desystèmes
racinaires il la pclle mécanique.L’étude de l’évolution individuelle de chaque arbre
depuis
1975 a été effectuée par des méthodesdendrochronotogiques.
Il est apparu que les
Basidiomycètes
des racinesjouent
un rôle non négligeablc : si l’onne peut pas affirmer qu’ils interviennent dans le début du
phénomène
dedépérissement,
leurprésence
ou leur absence peutexpliquer
que certains arbres dépérissants soient morts tandisque d’autres se rétablissaient il
partir
de 1979-1980. Troisespèces
deBasidiomycètes jouent,
dans ce processus, le rôle essenticl :
- d’une part, les Armillaires A. mellea et A. bulLo.sn ;
- d’autre part, une
Agaricale,
déterminée comme étant Collybia fllsipcs (Bull. ex Fr.)Quél.
- Les Armillaires
prédominent
en solshydromorphes.
A. 1Ile/lea semble intervenirplus précocement
que A. biilbos(i, elle affecte des racines deplus petit
diamètre et situéesplus
loin de la souche.
- La Collybie
prédomine
nettement en sols non hydromorphes. Cetteespèce
est fré- quente sur les arbres sains (ycompris
les chênes sessiles) sous forme de lésions latentes circonscrites par des couches deliège.
Sur les arbres victimes de stressécologiques,
ceslésions deviennent évolutives et l’on observe une pourriture orangée de l’écorce et de t’aubier
qui
peut segénéraliser
à l’ensemble dusystème
racinaire.Introduction
Depuis
1978, undépérissement
des chênes de 70 à 120 ans s’estdéveloppé
enFrance, essentiellement dans 2
régions :
lesplaines
de la Francecentrale,
duBerry
au
Val-de-Saônc,
et les côteauxsous-pyrénéens (Pays Basque
etBéarn)
(BUFFET.1983).
Ce
phénomène rappelait
par certains de ses caractères d’autresdépérissements
duchêne survenus en
France,
notammentpendant
lespériodes
1921-1926 et 1942-1948.Il a fait
l’objet
d’une étude de lapart
d’un groupeinterdiciplinaire
dont l’activité s’est centrée surtout sur- la forêt deTronçais (Allier).
Il est apparu clairement
qu’en
forêt deTronçais,
ledépérissement
des chênes nes’est pas
développé
au hasard. BECKER & LEVY(1982)
ont en effet mis en évidenced’une
part
que seul le Pédonculé(O.
robur.L.)
en était la victime et d’autrepart
que l’intensité duphénomène
variaitgrandement
selon letype
de station. En outre, ces mêmes auteursaprès
examen des accroissements radiaux des années récentes ont confirmél’hypothèse
de l’affaiblissementengendré
par la sécheresse de1976,
le bon rétablissement du Sessile(0. petraea),
le rétablissement variable du Pédonculé. L’am-pleur
de l’accidentclimatique
a étéanalysée
par l’un de nous(B ERNARD . 1982) ;
la sécheresse de 1976 a non seulement coïncidé avec lapériode
devégétation
active maisa aussi succédé à une
période
hivernaleparticulièrement
déficitaire enprécipitations ;
il faut remonter aux annécs 1944-1949 pour observer des déficits
pluviométriques comparables.
L’accident
climatique qui précède
ledépérissement
de certains chênes est un fait souvent cité dans la littérature(D ELATOUR ,
1983) ainsi que d’autres facteurs d’affai- blissement tels que les insectes défoliateurs et l’Oïdium. ATronçais,
la Tordeuse verte aurait sévi en 1977-1978 et l’Oïdium en 1977, mais leurimportance
demeure difficile àapprécier
ciposteriori.
Elle est vraisemblablement faible.Enfin,
comme dansbeaucoup
de cas antérieurementétudiés,
l’Armillaire étaitfréquemment
observée sur les arbresdépérissants
ou morts. Ilapparaît
donc que cechampignon, composant
normal de la floremycologique
deschênaies,
modifie soncomportement
et devientparasite lorsque
les arbres sont affaiblis. Onpeut
alorssupposer
qu’en
liaison avec ledépérissement, d’importantes perturbations
seproduisent
dans les
systèmes
racinaires et le rôle de l’Armillaire à cetégard
mérite d’êtreprécisé ;
on
peut
en outre considérer commeimprobable
que l’Armillairc soit seule à intervenir à ce niveaucompte
tenu de lacomplexité
dubiotope
forestier.L’objectif
de notre travail a été depréciser
la nature desperturbations racinaires,
en insistant sur
l’aspect mycologique,
et d’enapprécier
laportée.
Afin que nos résultatspuissent prendre
toute leursignification écologique,
il est apparuindispensable
d’unepart
de réaliser nos observations dans des conditions stationnellesparfaitement
définieset d’autre
part
de rendre laplus objective possible l’appréciation
de l’état dedépérisse-
ment des arbres étudiés.
Nous avons effectué cette étude en utilisant 2 méthodes :
1)
Sur ungrand
nombre de chênes(197
autotal),
lesobservations
se sontlimitées à la
partie superficielle
dusystème
racinaire : le collet et ledépart
desgrosses racines.
2)
Sur unpetit
nombred’arbres,
il a pu êtreprocédé
audégagement
d’unepartie importante
dusystème racinaire,
cequi
apermis
d’effectuer une étude de lamorphologie
et de la structure dessystèmes
racinaires(dont
les résultatsfigurent
dansla 2&dquo;
partie
de cetarticle)
etégalement
une étudepathologique
(3&dquo;partie
del’article).
Ces 2 méthodes nous ont semblé
complémentaires ;
lapremière permet
d’observerun nombre d’arbres suffisant pour
permettre
descomparaisons statistiques,
mais ilest hasardeux de déduire l’état de la totalité du
système
racinaire d’unesimple
obser-vation des
parties superficielles.
La seconde méthode donne accès à l’ensemble dusystème racinaire,
mais pour des raisons matériellesévidentes,
elle nepeut
porter quesur
quelques
arbres.1. Les bases de l’étude
Les observations ont été réalisées dans des
placettes
définies selon leurs carac-téristiques
stationnelles et leurdegré
dedépérissement.
B
ECKER & LEVY
ayant
montré l’existence en forêt deTronçais
de 4types
distincts destations,
nous avons été amenés àopérer
certainsrapprochements
selon que les sols de ces stations étaient ou nonhydromorphes.
L’appréciation
dudépérissement
au niveau de laplacette
a été basée sur lesdonnées recueillies par
photographie
aérienne(RtoM,
1981). Lesplacettes
à « faibledépérissement
» on été établies dans des zones bien pourvues en arbres dont la réflec-tance IR
s’éloignait
de celle dupeuplement
sain environnant(arbres
« affaiblis » sans descente decime),
les mortalités y étaient rares. Lesplacettes
à « fortdépérissment
»ont été choisies dans des zones où les descentes de cime et les mortalités étaient abondantes.
Selon ces
critères,
4types
deplacettes
ont été définis(tabl. 1).
A l’intérieur de
chaque placette,
un certain nombre de chênes ont étédésignés (au
total 197) endistinguant l’espèce botanique
et ledegré
dedépérissement.
A cestade,
4catégories
ont étéappréciées
par examen visuel deshouppiers :
1)
Chênes sains :houppier
sanssymptômes.
2)
Chênes peudépérissants :
cimelégèrement dégarnie,
feuillesjaunies
ça etlà, aspect général
peuvigoureux.
3)
Chênes trèsdépérissants : plusieurs
branches mortes(parfois
descente decime), feuillage
souvent rare etdisposé
en manchon surquelques
grosses branches.4)
Chênes morts.Ces arbres ont
ensuite,
pour laplupart
d’entre eux, faitl’objet
d’unsondage
à latarière à
1,30
m et les accroissements des 15 dernières années ont été étudiés sur radio-graphie.
Conformément à ce
qui
a étéindiqué
par ailleurs par BECKER et LEVY(1982)
il estpossible
de classer les chênes en 2grandes catégories
selon que la croissance radiale est ou non enaugmentation après
les années 1976-1977(les quelques
casd’accroissement réellement stationnaires ont pu être
répartis
dans les 2catégories
précédentes
selon une normeprécise (B ERNARD , 1982).
L’appréciation
visuelle des arbres « sains » comme des « trèsdépérissants
»concorde bien avec ce
qui
est observé au niveau des accroissements radiaux(concor-
dance à 88 p. 100 et 92 p. 100respectivement).
Nous voyons par contre queparmi
lesarbres considérés comme « peu
dépérissants
» uneproportion importante
(37 p.100)
ne
présente
aucunereprise
des accroissements radiaux.L’accroissement radial
intègre
de nombreux facteurs et permet dequantifier
uncertain état de
vigueur
des arbres et surtout son évolution. Il est donc certainementplus
fiable etplus objectif
dejuger
l’état dedépérissement
des arbresd’après
cecritère ;
c’est donc sur lui seul que nous avons par la suite basé
l’appréciation
dudépérissement.
Nous n’avons alors
plus
considéré que 2catégories
à l’intérieur des chênespédonculés :
les arbres rétablis et les arbres non rétablis. On ne
peut
pas tirer de conclusionssylvi-
coles
précises
de notre étude des accroissements car les arbres n’ont pas été choisis réellement au hasard. Nosrésultats,
résumés dans lafig. 1,
confirmentcependant
ceuxde BECKEK & LEVY
(1982) :
les chênes sessiles ont tous manifesté un bonrétablissement,
en moyenne dès
1978 ;
chez lespédonculés
le rétablissement estplus
tardif(1979).
Il faut noter en outre que le groupe despédonculés
non rétablisprésentait,
en stationsnon
hydromorphes,
un accroissement moyen annuel avant 1975,toujours
nettementinférieur à celui du groupe des
pédonculés rétablis,
cephénomène
ne se manifeste pasen stations
hydi-omouplies.
Accroissements annuels
Ligne pleine :
Q. petraea.Ligne
tiretée : Q. robur rétablis.Ligne pointillée :
Q. robur non rétablis.Le trait horizontal à
gauche
de chaque courbereprésente
l’accroissement moyen annuel entre 1966 et 1975. Entreparenthèses :
nombre d’arbres étudiés.Solid line : Q. petraca.
Dnslxed line : recovered Q. robur.
Dotted line : not recovered Q. robur.
The horizontal line at the left of eacla eurve is the rnear2 a/1/U/al growtla from 1966 to 1975. Values irx brackets indicnte the number
of
trees studied.La réduction des accroissements radiaux
apparaît
être dans tous les cas uneconséquence
de la sécheresse de 1976, mais le non rétablissement ultérieur de lacroissance,
c’est-à-dirc ledépérissement proprement dit,
sembled’interprétation plus
délicate. Il
apparaît
intéressant de constater que dans certainesstations,
les arbresayant dépéri
semblent avoir étéprédisposés
du fait d’une moindrevigueur.
Eneffet,
dupoint
de vue de la
pathologie
racinaire où nous nous sommesplus particulièrement placés,
cette constatation conduit à certaines
hypothèses.
En stationshydromorphcs,
l’inter-vention de
pathogènes
interdisant le rétablissement de certains arbrespourrait
n’avoirété que consécutive à l’année 1976. Par contre, en stations non
hydromorphes,
ellepourrait
avoir étéantérieure,
contribuant à la moindrevigueur
des arbresqui
ontensuite
dépéri.
2.
Caractéristiques
de l’enracinementLe
dépérissement
du chênepédonculé
àTronçais apparaît
être laconséquence
dela sécheresse de 1976 sur des sols
déjà
défavorables à cetteespèce
par leurrégime hydrique.
Ces derniers sont caractérisés entre autres par un faible volume de sol colonisable par lesracines,
car limité par l’existence d’un horizon induré peuprofond
ou par une nappe
superficielle (Bn:eneu
& LEVY, 1982).Il semble
d’après
ces auteurs que la différence de réactions à la sécheresse de 1976 entre lepédonculé
et le sessilepuisse s’expliquer
par leurécophysiologie
et notamment leurcomportement hydrique ;
à ce niveau le type d’enracinement peutjouer
un rôledans les
potentialités
d’alimentation en eau des deux essences.Les
objectifs
de cettepartie
de notre étude étaient d’unepart
de vérifier si unedifférenciation de la
morphologie
racinaire nepouvait
pasexpliquer
la différencede comportements et d’autre part d’observer
l’importance
de la nature des attaquesparasitaires
sur une fractionimportante
dusystème
racinaire(voir
la 3’pm.tie).
2.1.
Méthoclologie
L’étude a été réalisée dans les
placettes
de type H-D(parcelle 107)
et H 4DF(parcelle
160).Elle a
porté
àchaque
fois sur untriplet
d’arbres :- chêne
sessile,
- chêne
pédonculé rétabli,
- chêne
pédonculé
non rétabli.La lourdeur de ce
type d’investigations
n’apermis
d’observer que 2répétitions
par station et
espèce
soit 6 arbres par station et 12 au total.Les chênes
implantés
sur la station nonhydromorphe (H-D- f )
étaientâgés
de100 à 120 ans avec des diamètres
compris
entre 35 et 45 cm à1,30
m de hauteur.Ceux situés dans la station à
hydromorphie superficielle
avaient le mêmeâge
mais leursdiamètres étaient
légèrement
inférieurs.La méthode
d’investigation
utilisée est illustrée par lafigure
2 :grâce
àl’emploi
d’une
pelle mécanique,
on a creusé deux fosses diamétralementopposées,
depart
et d’autre de
chaque
arbre à étudier. Lapronfondeur
de ces fosses était de1,30
m, leurdistance à la souche de 2 m à 2,50 m, leur
longueur
totale d’environ 6 m à 2 m de la souche. Apartir
de cesfosses,
on aprocédé
audégagement
manuel dusystème racinaire,
enprogressant
en direction de la souche. Toutes les racines entre 2 arcssuccessifs de
0,50
m ont étéprélevées
par tranches de 10 cm deprofonclcur.
/: !::., , ,!, ,,: !! !! !! 1
1
! 1 1 1 ! !! ! !A-»----! 1 1 ! ! 1&dquo;Il !2
On a ainsi pu observer
plus
de la moitié dusystème
racinaire dechaque
arbre.Les
prélèvements
ont été arrêtés à0,80
m du centre de la souche. Cette dernièrea alors été
dégagée
etphotographiée,
des échantillons ont étéprélevés
pour les examenspathologiques.
Les racines ont été
rapportées
au laboratoire etréparties
en 4 classes de diamètre :a -
0
< 5 mmb -
5 ! (25
< 20 mm c -20GQ!
< 50 mmd -
(25
> 50 mmChaque prélèvement
était classé selon 3 critères(classe
dediamètre,
distance à lasouche, profondeur), puis
séché à l’étuve à 65 &dquo;C etpesé (biomasse
enpoids
sec).Les examens
pathologiques
étaient réalisés enparallèle.
2.2. Résultats
Le faible nombre de chênes examinés limite les conclusions
qu’on peut
tirer decette
étude ;
onpeut cependant
effectliei- les remarques suivantes : 2.2.1.Morphologie générale
Dans la station non
hydromorphe,
on a constaté que les racines se trouvaientsurtout dans un rayon de 2,50 m à
partir
de lasouche ;
desobservations,
effectuées àune distance
plus grande (3,50 m)
ont montré la très faible densité racinaire au-delà de2,50
m.L’architecture racinaire des chênes comporte
globalement plusieurs pivots
ou unseul
qui
se ramifie au contact de l’horizon induré (entre 50 et 70 cm deprofondeur).
La
progression
des grosses racinesplongeantes
estrapidement stoppée
par l’induration du sol. Il existe aussiquelques
racines subhorizontales degrand
diamètre mais leurlongueur
et leur nombre sont limités.2.2.2. Biomasse l’üC111C!!I’L’
La
figure
3 montrequ’en
station nonhydromorphe,
les biomasses racinaires des chênes sessiles etpédonculés
rétablis sont assezcomparables.
Enrevanche,
lepédon-
culé non rétabli est caractérisé par une biomasse racinaire
plus faible,
surtout pour les racines moyennes (5-50 mm). Si l’on veut étudier lesystème
racinaire en tantque facteur
influençant
lespossibilités
d’alimentation en eau desarbres,
il est nécessaire d’examiner surtout les racines de faible diamètre.L’examen de la
répartition
enprofondeur
de la biomasse des racines de diamètrecompris
entre 0 et 50 mm montre que l’induration limite très fortement laprogression
des racines en
profondeur (figures
4 et 5) :- si l’on cxaminc la
répartition
des très fines racines (0-5mm)
on observe de nettes différences entreespèces (fig.
4) : le sessileprésente
un « chevelu» parti-
culièrement bien
développé
cnprofondeur
parrapport
aupédonculé
rétabli. Lepédon-
culé non rétabli est caractérisé par une
quasi-absence
de très fines racines enprofondeur.
Pour cette classe de
diamètre,
il semble donc que les sessiles prospectentplus
pro- fondément le sol que lespédonculés rétablis ;
cecipourrait
contribuer à une meilleure alimentation en eau desarbres ;
- les racines fines
(5-20
mm) des chênes rétablis ont uneprospection
en pro- fondeur assez semblable(fig. 5) ;
elles colonisent l’horizon induré. On notecependant,
dans ce cas, que le sessile a un enracinement
plus profond
que lepédonculé.
Lepédonculé
non rétabli sedistingue
par une biomasse racinairetoujours plus
faible que celle des chênes rétablis et ceciquelle
que soit laprofondeur. (On
remarque notamment, dans ce cas, une absence totale de racines fines apartir
de 60 cm deprofondeur).
Pour ce
type
de racines on n’observe donc pas de différence sensible entre les sessiles etpédonculés rétablis ;
par contre, lepédonculé
non rétabli est caractérisé parune diminution de sa biomasse et une limitation de sa
prospection
enprofondeur.
- pour les racines de diamètre
compris
entre 20 et 50 mm on arrive a des conclusions semblables :.
jusqu’à
l’horizoninduré,
laprospection
racinaire des chênes rétablis est sem-blable bien que l’induration semble être
légèrement plus
défavorable aupédonculé qu’au sessilc ;
. la
prospection
et la biomasse des grosses racines dupédonculé
non rétabli sontmoindres : le
phénomène
est très net dans les horizonsprofonds
du sol mais on le constatedéjà
dans les horizonssupérieurs
(entre 20 et 60 cm deprofondeur,
labiomasse racinaire est 2 à 3 fois
plus petite
que celle des chênesrétablis).
Cette
étude, malgré
seslimites,
montre que sur les arbresrétablis,
on n’observepas de nette différence entre l’architecture racinaire du sessile et du
pédonculé ;
enrevanche,
il semble que le chêne sessile soit caractérisé par uneprospection
racinaireplus profonde
notamment pour les très fines racines. Cette différencespécifique pourrait
être àl’origine
de la meilleure résistance du sessile à un stresshydrique,
dumoins sur station non
hydromorphe.
Par contre, les
pédonculés
non rétablis se différencient nettement ; ilsprésentent
un
système
racinaireplus superficiel
et moinsdense ;
cescaractéristiques pourraient
coïncider avec une
plus
forte sensibilité de ces arbres à un stresshydrique.
Les observations effectuées dans la station
hydromorphe (H + 0 + )
amènent àdes conclusions assez semblables : la
présence
d’une nappesuperficielle
limite en effetla
progression
racinaire aux 40premiers
centimètres dusol ;
il cn résulte que les différences entre les 3 types d’arbres se trouventestompées cependant
ce sonttoujours
les
pédonculés
non rétablisqui présentent
une biomasseplus
faible. Mais sur cettestation,
la différence avec les chênes rétablis est moinsprononcée
que celle observée dans la station nonhydromorphe.
3. Les altérations
pathologiques
3.1.
Typologie
des lésionsSur les souches et le
départ
des grossesracines,
les lésions rencontrées peuvent êtreregroupées
en quatretypes principaux :
1)
Les lésions sansmycélium apparent :
ils’agit
deplages nécrotiques brunes, fréquentes
etgénéralement
de faible surface.Les trois autres
types comportent
dumycélium :
2)
Letype
A se caractérise par une écorcebrune,
morte mais cohérente (nonfibreuse)
et despalmettes blanches, continues, parcheminées,
dont lamorphologie évoque
l’Armillaire. Onpeut distinguer :
a) un
sous-type
A 1 (assez rare) où la lésion estsuperficielle,
de faiblesurface,
et où les
palmettes
sontprésentes
dans toutel’épaisseur
de l’écorce :b)
unsous-type
A 2 où la lésion est degrande
taille et où lespalmettes
sontlocalisées au niveau du cambium et
prennent
unegrande
extension.3)
Letype
T est caractérisé par des taches corticales de couleurorangée
àbrune, qui
sont à la fois fibreuses et suintantes. Lemycélium s’organise
enpetites palmettes
discontinues
comprises
dans toutel’épaisseur
de l’écorce(et
passpécialement
au niveaudu
cambium).
Comme pour le typeA,
ondistingue
deux sous-typesqui
semblentcorrespondre
à deuxétapes
successives dans l’évolution del’attaque :
a)
dans lesous-type
T t, lalésion,
de tailleréduite,
est leplus
souvent limitée parun liseré noir. Elle n’atteint pas le cambium. Les
palmettes
sont peuvisibles,
lesplages orangées
fibreuses àmycélium
alternent avec desplages
brunesplus
cohérenteset sans
mycélium ;
b)
dans lesous-type
T 2, lestaches,
deplus grandes dimensions,
sans liseré,humides,
trèsdécomposées,
montrent unmycélium
abondant. Ces tachesatteignent
le cambium et le
dépassent :
l’aubiersous-jacent peut
être trèsdécomposé.
4) Le
type
X rassemble toutes les lésionscomportant
dumycélium
etn’apparte-
nant pas aux
types
A et T. Ils’agit toujours
de nécroses de faibleprofondeur,
n’attei-gnant
pas lecambium.
souvent localisées dans les zones les moins vivantes dusystème
racinaire
(par exemple
sur les sinusséparant
les grossesracines).
Cette
typologie
aété,
pourl’essentiel,
retrouvéelorsqu’on
a examiné les racines moyennes(de
5 à 20 mm dediamètre)
des arbres dont on avaitdégagé
lesystème
racinaire ;
letype
X n’était pasreprésenté
dans cettecatégorie
de racines. Par contre,on a retrouvé les
types
A et T. Parailleurs,
de nombreuses racines moyennes étaient nécrosées sansporter
demycélium visible.
3.2.
Importance guantitcitive
des lésions et relation crvec ledépérissement 1 )
Etude des )97 arbres dont lapartie superficielle
dusystème
racinaire a étéexaminée.
La
répartition
de ces arbres selon leurtype
et celui de laplacette figure
surle tableau 3.
Les arbres ont en outre été
répartis
enquatre
classes en fonction de lagravité
deslésions
fongiques
sur lapartie
visible dusystème
racinaire. Ces classes ont été délimitées defaçon
à rendre compte, à notre sens, dudegré
deperturbation
que lesdégâts
entraînent pour l’arbre. Classe 1
(gravité nulle) :
lésions très localisées detype
T 1ou
X, n’atteignant
pas lecambium ;
classe II(gravité faible) : présence
de lésions detype
T2 (en plus
de T1 etX), atteignant
localement lecambium ;
classe III(gravité forte) : présence
de lésions de type T 2 et A 1dépassant
le cambiumet/ou
recouvrantau moins 20 p. 100 de la
surface ;
classe IV(gravité
trèsforte) :
lésions detype
T 2et A 2
dépassant
le cambium et recouvrant au moins 60 p. 100 de la surface.Le tableau 4
exprime
la relation entre lavigueur
des arbres et lagravité
desattaques.
Unepremière analyse
de ces résultatspermet
de tirer les conclusions suivantes :- Il existe une assez bonne corrélation entre le
degré
dedépérissement
desarbres et le
degré d’attaque
par leschampignons.
Les chênes sessiles(1)
sontsigni-
ficativement moins
attaqués
que les chênespédonculés
« rétablis» (2). (On
a vu que le rétablissement étaitgénéralement plus
tardif pour lespédonculés
que pour lessessiles).
Lespédonculés
rétablis sont moinsattaqués
que lespédonculés
non rétablis(3).
Ces derniers sont moins
attaqués
que lespédonculés
morts(4). (Ne figurent
dans cettedernière
catégorie
que des arbres mortsdepuis
moins de deux ans).- Cette conclusion
globale
est surtout valable pour les sols nonhydromoi-phes.
En sols
hydromorphes,
les différencess’estompent
(notamment entre chênes sessileset chênes
pédonculés rétablis).
D’unefaçon générale,
les infectionsfongiques
surarbes vivants sont nettement moins avancées sur sol
hydromorphe.
- Pour une
catégorie
d’arbresdonnée,
lesattaques fongiques
sontplus importantes
sur lesparcelles
trèsdépérissantes
que sur lesparcelles
peudépérissantes.
Il est
possible
que laprésence
d’arbres morts et d’unplus grand
nombre d’arbresdépérissants,
enaugmentant
laquantité
de bois mortdisponible
pour leschampignons,
provoque un accroissement du
potentiel
d’inoculum.2) Etude des arbres dont les racines ont été
dégagées.
Les
résultats,
brièvement résumés dans le tableau5,
concernent lessept
arbres établis sur sol nonhydromorphe (placette
de type H 0 f ,parcelle 107).
L’un de ces7 arbres
(le
«pédonculé
rétabli n&dquo; 3 » du tableau5)
n’avait pas étépris
encompte
dans l’étude descaractéristiques
del’enracinement,
car situé sur un solplus profond.
a)
Potu- cequi
concerne les grosses racines, les résultatsenregistrés
sont en accordavec ceux
qui
ont été tirés de l’observation de lapartie superficielle
dessystèmes
racinaires, En-dessous de 40 cm de
profondeur,
on a retrouvé les mêmes types de lésions que dans lesparties plus superficielles.
Laproportion
de racines détruites sembleindépendante
de laprofondeur,
en revanche elledépend
de la distance à lasouche,
les racines étant d’autantplus attaquées qu’elles
sontplus proches
de lasouchc.
La
proportion
des tissus de la souche et des grosses racines détruits par leschampignons
étaitplus
élevée pour les deux chênespédonculés
« non rétablis » que pour les autres arbres. L’un des deux montrait unsystème
racinaire à peuprès
totalement
décomposé
par lapourriture
fibreuse detype
T 2.Les chênes
pédonculés
rétablis se caractérisaient parl’hétérogénéité
de larépartition
desattaques fongiques
sur lessystèmes
racinaires. L’un de ces 3 arbres était aussi faiblementattaqué
que les 2 chênes sessiles.b)
Pour les racines moyennes(diamètre
entre et 20 mm), on a noté unedifférence très
importante
entre les deux chênessessiles, qui présentaient
des taux demortalité racinaire très
faibles,
et lescinq
chênespédonculés. Signalons
aussiqu’à
ceniveau, les lésions de
type
A sont au moins aussifréquentes
que les lésions detype T,
alors que ces dernièresprédominent
sur les grosses racines et la souche.Les
premiers dépouillements
effectués pour les 6 arbres situés sur uneparcelle
àsol
hydromorphe (n&dquo; 160)
amènent à des conclusions assez différentes :l’impact global
des
champignons
est bien moindre et on observe peu de différences entre ledegré
d’attaque
des chênes sessiles et celui despédonculés
rétablis.3.3. Les
cliciiiipigtiotis responsables
Des isolements ont été effectués à
partir
des différentstypes
de lésions. Nousavons tout
particulièrement
recherché lesBasidiomycètes qui
sont lesagents classiques
de
dégradation
du bois et dont lemycélium
était reconnaissable dans laplupart
deslésions :
- à
partir
des lésions detype
A(aussi
bien sur souches et grosses racines que sur racinesmoyennes),
on a comme il étaitprévisible,
isolé desArmillaires ;
- à
partir
des lésionsT,
on a isolé, avec unefréquence élevée, l’Agaricale Collybia fitsipes (Bull.
exFr.) Quel. ;
- à
partir
des lésions X, ont été isoléesplusieurs espèces
deBasidiomycètes,
chacune avec de faibles
fréquences.
Cesespèces,
dont certaines ont pu êtreidentifiées,
sont bien différentes de
Collybia fusipes
et semblentjouer
un rôle assezmarginal.
3.3.1. Les Armillaires
3.3.1.1. Le
problème systématique
On
sait, depuis
les travaux de 1<oaHONeN(1978),
que cechampignon, qui
étaitconsidéré comme une
espèce unique
etappelé, depuis
KUMMER etQ UELET ,
Armillarianiellefi, est en fait une
espèce
collective comportant, pour le continenteuropéen, cinq espèces
bien distinctes. Des travaux récents(GUtt!nuMiN
& BEXTHLLAY, 1981 ;RtsttsETH, 1982)
ont montré que cesespèces
diffèrent par de nombreux caractères(répartition géographique, écologie, pouvoir pathogène, etc.).
A
Tronçais.
nous avionsdéjà
tenté d’identifier lesespèces
d’armillairesprésentes (G!tLt_numtN,
nonpublié
1981) àpartir
descarpophores
ou àpartir
desrhizomorphes souterrains,
très abondants dans les sols de toute la forêt (en zonesdépérissantes
etnon
dépérissantes).
L’étude descarpophores
nous avaitpermis
d’identifier les 3espèces
Armilluria brrlbosa(Barla) Romagn.
=espèce
« E » sensu Korhonen, Armillarianzellea
(Vahl)
Kummer x<?nsu stricto =espèce
« D » Korhonen, et enfinl’espèce
« B »de
Korhonen,
cette dernière semblant très rare. Quant aux isolements effectués àpartir
des
rhizomorphes,
ils avaienttoujours
livré exclusivement A. bulbosa.Il était donc intéressant de déterminer les
espèces
d’armillairesimpliquées
dansles lésions du
système
racinaire des chênes. Les méthodes d’identification utilisées à cette fin ont été décrites dans unepublication déjà
citée(G UILLAUMIN
&B ERTHULA Y.
1981).
3.3.1.2. Résultats des déterminations
- Echantillons
provenant
des souches et des grosses racines :Sur 13 isolats
ayant
faitl’objet
d’unedétermination,
10appartenaient
àl’espèce
A. bulbosa et 3 à A. mc//c« sensu stricto.
Ces résultats
peuvent
êtrecomplétés
par ceux obtenus àpartir
d’échantillons du mêmetype
etprovenant
des chênaiesdépérissantes
duPays Basque
et du Béarn :sur 17 isolats
identifiés,
10appartenaient
à A. bulbosa et 7 à A. inellea.- Echantillons
provenant
de racines moyennes :Sur 17 isolements d’Arniillait-c réussis, nous n’avions malheureusement conservé
et identifié que trois souches. Elles
appartenaient
toutes trois à A. iliellea sensu stricto,3.3.2.
Collybia /usipes
Faute de
disposer
de laphase
sexuéepermettant
seule une identificationprécise,
nous avons
dû, pendant plus
d’un an,désigner
les isolats de cetteespèce
par un nom de code. Ce n’estqu’à partir
de mars 1983qu’ont
pu êtreobtenus,
en culture pure, descarpophores
parvenus àcomplète
maturité. Cescarpophores
ont été déterminéscomme
pouvant appartenir
àl’espèce Collybia fosipes.
Nous avons tenté de confirmer cette identification en effectuant des isolements à
partir
de lésions racinairesporteuses
decarpophores
deCollybia /usipes
de diversesprovenances
(Meurthe-et-Moselle, Puy-de-Dôme, Roumanie), pendant
l’été 1983. Lesisolats obtenus
présentaient,
en culture pure, la mêmemorphologie
macro et mi-croscopique
que nos isolats de T 1-4. Une culture deCollybia fusipes
obtenue à laMycothèque
de Baarn(Pays-Bas)
s’estégalement
avérée en touspoints
semblableà nos isolats
(D E L ATOUR
&G UIL L A U MIN , 1984).
Les isolats de cette
espèce
en cultureprésentent
unemorphologie
assezoriginale,
caractérisée entre autres par
l’apparition précoce
d’une croûte centralebrun-roux, qui
se recouvre ensuite de
gouttelettes sombres,
par la sécrétion dans le milieu d’unpigment
roux, et enfin parl’apparition
tardive de «lignes
noires » circulaires consti- tuées d’articlesmycéliens isodiamétriques
et mélanisés.Le
mycélium présente
des boucles à toutes les cloisons. Dupoint
de vue cnzy-matique,
la laccase et laperoxydase
sontprésentes,
latyrosinase
est absente.L’espèce possède,
invitro,
unpouvoir lignivore
élevé.Les
basidiospores
sont depetite
taille(6-7 t).), hyalines
etdépourvues
d’orne-mentations.
’
A
Tronçais,
en sols nonhydromorphes,
laCollybie apparaît
êtrel’agent fongique
de
dégradation
des chênes vivants leplus fréquent
et leplus dommageable,
au moinsau niveau des souches et des grosses racines. Les attaques
jeunes
duchampignon (type
«T 1 »)
sont très nombreuses et faciles à mettre enévidence,
cequi
n’est pas le cas desattaques jeunes
d’Armillaire.Ces lésions « T 1 » se rencontrent notamment sur des arbres
d’apparence saine, pédonculés
rétablis ou même sessiles. Elles sontalors,
trèsfréquemment,
entouréesd’un liseré brun
qui correspond
à unliège
réactionnel élaboré par une assisegénératrice subéro-phellodermique.
L’activité de cette assise est apparemmentefficace,
du moins sur les arbres sains : à l’intérieur de lalésion,
lesparenchymes
corticauxsont totalement
décomposés,
seuls subsistent des faisceaux de fibressclérenchyma-
teuses. Mais le
champignon
semble ne pas franchir aisément la barrièreliégeuse :
de telles lésions
peuvent
être considérées comme « latentes » : lechampignon
restevivant,
mais estincapable
de s’étendre sur ces arbres restés ou redevenusvigoureux.
Sur les chênes
pédonculés
nonrétablis,
les lésions latentes T 1 se transformenten lésions évolutives de