PROCESSUS DIGESTIFS
DESRUMINANTS
II. — INFLUENCE DESANTIBIOTIQUES
SUR LA
DIGESTIBILITÉ
IN VITRO DU FOIN DE LUZERNEA. C.
FRANÇOIS,
A. M. LEROY. S. Z. ZELTERLaboratoire de Recherches de Zootechnie, Institut National
Agronomique
Paris
PLAN DU MÉMOIRE Introduction.
I. - Méthodes expérimentales.
’
1
0
Technique
dedigestion.
2
0
Antibiotiques
étudiés.II. - Résultats.
a)
Influence de doses variablesd’auréomycine.
b)
Influence de doses croissantes depénicilline.
c)
Influencecomparée
de diversantibiotiques.
III. - Interprétation et discussion.
IV. - Résumé et Conclusions.
Bibliographie.
L’utilisation des
antibiotiques
dans l’alimentation desvolailles,
desporcins
et desjeunes
ruminants apris,
ces dernièresannées,
unegrande
extension. Un
grand
nombre de travauxsignalent
- outre l’effet stimu- lant sur la croissance - une action sur la microflore du tubedigestif
desanimaux. On
peut
dès lors se demanderquelles
sont lesconséquences
d’une
ingestion d’antibiotiques
sur lesphénomènes digestifs
desespèces
animales chezlesquelles
l’activité bactérienne intervient pour une trèslarge part
dans ladégradation
du bol alimentaire. Ceproblème
se pose,en
particulier,
pour le ruminant. Eneffet,
un travail récent de BELL et collaborateurs(i) signale
que l’administration de 54 mgd’auréomycine
par
kg
de matière sèche absorbéeproduit
chez un bovin une diminutionsensible de la
digestibilité
de la matièresèche,
de la cellulose et des extrac-(’) Avec l’assistance technique de M’" C. Duunu, !lfme M. MARTINet :B1 me XAVtLLE.
tifs non azotés. Le
triple
de cette dose provoque des troublesdigestifs
sérieux. De même, Co!,sy et collaborateurs
( 2 )
constatent chez le moutonune
inappétence prononcée
à la suite d’uneingestion
de 200 mg d’auréo-mycine
parjour.
La
technique
d’étude in vitro de ladigestion
au niveau du rumenque nous avons décrite dans un
précédent
mémoire( 3 )
nous apermis
d’examiner de
près
les effets del’adjonction
de différentsantibiotiques
àun même substrat
qui,
enl’occurrence,
était un foin deluzerne,
aliment utilisé couramment dans lerégime
des ruminants.1. -
1!IÉTHODE EXPÉRIMENTALE
1
° Technique de digestion
Les détails
expérimentaux
et lestechniques analytiques
ont étédécrits ailleurs
( 3 ). Précisons, toutefois, que la quantité
de substrat utilisé
au cours de la
présente
étude est de 29 g de foin de luzerne contenant2 6,
4
g de matièresèche, 6, 92 g de cellulose,
dosée selon la méthode KuRS-
CHNER
, et
5, 3 6
g deglucides
réducteurs(exprimés
englucose) après hydrolyse à l’ébullition.
Dans
chaque essai,
l’effet desantibiotiques
introduits a étécomparé,
toutes conditions
identiques
parailleurs,
à un témoin constitué de subs- trat sansantibiotique.
Pour nous assurer de la validité d’une telle
comparaison,
nous avonsvérifié la
reproductibilité
des résultats enrépétant
l’ensemencement deplusieurs
échantillons du même substrat avec un mêmeinoculum,
et en étudiant les modifications subies par le milieuaprès 4 8
h d’incubation à39°.
Voici les résultats de cette
expérience :
La très faible valeur des
erreurs-types
des moyennes prouve la fidélité satisfaisante de latechnique
etjustifie
la méthode decomparaison
que nous avons
adoptée
pourl’interprétation
de nos observations. Tou-tefois,
pour éviter touteinterprétation douteuse, nous nous sommes volon-
tairement placés
dans les conditions les moins favorables en admettant
que les différences entre échantillons de contrôle et d’expérience
ne doivent
être considérées comme
significatives
quelorsqu’elles
sont au moinségales
à 10%
en valeurrelative,
en cequi
concerne la cellulose. Pour lesglucides
la différence devientsignificative lorsqu’elle
estsupérieure
à2
%,
pour lesglucides
totaux : 3%
et pour les acides volatils 13%
aumoins.
2
° Antibiotiques étudiés
( 1 )
Les
antibiotiques
suivants ont été utilisés au cours de ces recherches : Essais z a et i b :Auréomycine
S. A. F.Essai 2 : Pénicilline
(sel
depotassium)
S. A. F. -Auréomycine (chlorhydrate)
R. P. Lot n°37 6.
-Chloramphénicol
R. P. Lot G. P.6 72
.
- Pénicilline G(sel
desodium)
R. P. Lot n° 2808 D. F. V.Essai 3 b :
Auréomycine (chlorhydrate) R. P. Lot n° 37 6.
- Péni-
cilline G
(sel
deNa)
R. P. I,ot n° 2808 D. F. V. - Pénicilline G(sel
deprocaïne)
R. P. I,ot n° 529 D. F. V.Essai 3 c : Pénicilline G
(sel
deprocaïne)
R. P. Lot n° 529D. F. V. -Dihydrostreptomycine (sulfate)
R. P. I,ot n°8 9 8. Specia (didro- mycine).
-Streptomycine (sulfate)
Lot n° 512Specia.
- Bacitracine S. A. F.A
l’exception
del’auréomycine
et du sel depotassium
de lapéni-
cilline
(essais
i a, i b et2 )
ainsi que de lapénicilline procaïne, qui
ont étéétudiés à dose
variable,
tous les autresantibiotiques
ont étéajoutés
ausubstrat à raison de 2 mg par
essai,
soit7 6
mg parkg
de matière sèche de foin de luzerne. Cette dose est d’au moins trois foissupérieure
à celleincorporée
dans les aliments destinés auxporcins
et aux volailles.L’introduction des
antibiotiques
dans le milieu d’incubation a été effectuée à l’état de solution aqueusepréparée
au moment de l’ensemence- ment du milieu.II. -
RÉSULTATS
a)
Influence de doses variablesd’auréomycine (essais i a et i b)
Les doses introduites varient de 0,25 mg à 2 mg par
essai,
soit de g,5 5 à7 6
mg parkg
de matière sèche.( 1
) Nous remercions la Société des Antibiotiques de France et la Société Rhône-Poulenc d’avoir bien voulu nous procurer les antibiotiques nécessaires il nos recherches.
Le tableau II
rapporte
les résultats.b)
Influence de doses croissantes de pénicilline(sel
depotassium) (Essai 2 )
Au cours de cet
essai,
dont les résultatsfigurent dans
le tableau III, les dosesd’antibiotique
introduites varientégalement
dans cetteexpé-
rience de 0,25 mg à 2,0o mg.
c)
Influence comparée des divers antibiotiques : auréomycine, chloram-phénicol,
sel de sodium de lapénicilline,
sel de procaïne de la péni-cilline, dihydrostreptomycine, streptomycine,
bacitracine(essais
3 a,3 b, 3 c).
Tous ces
antibiotiques
ont été utilisés à la dose de 2 mg par essai.Cependant,
dans le cas de lapénicilline procaïne, nous avons fait égale-
ment un essai avec 4mg
(essai
3b)
pour tenircompte
du fait que la quan- titéd’antibiotique présente
dans ce sel est environ la moitié de cellequi figure
dans les sels de sodium et depotassium
du même antibio-tique.
’Les résultats sont
consignés
dans le tableau IV.III. -
INTERPRÉTATION
ET DISCUSSIONAfin de
dégager
avec netteté l’influence individuelle des différentsantibiotiques
sur ladigestion
in vitro du foin deluzerne,
nous poserons que lesquantités
de chacune des substancesdisparues
ou apparues, dosées dans le témoin à la fin del’incubation,
sontégales
à Ioo, et nousexprimerons
tous les autres résultatsrapportés
à cettebase,
en p. roo(voir
tableauV).
a)
AuréomycineCet
antibiotique
exerce une actiondépressive
àpartir
de la dose de3
8
mg parkg
de matière sèche desubstrat,
actionqui
se manifestedéjà
àà la dose de g,5 mg. Le
phénomène
estparticulièrement significatif pour
la cellulose dont le taux de disparition
se trouve abaissé en moyenne d’en-
viron 35 %, lorsque
la dose d’auréomycine ajoutée
atteint 7 6
mg par kg
de matière sèche. La
dépression affecte, dans une moindre mesure, les
glucides hydrolysables, dont la
diminution de digestibilité,
à la même dosed’antibiotique,
n’atteint que 13%
environ. Cesphénomènes dépressifs
se soldent par une moindre
quantité
d’acides volatils formés auxdépens
des
glucides disparus (tableau
II, IV,V). Ainsi,
tandis que laquantité
d’acides volatils totaux formés par
kg
de matière sèche de foin de luzernenon traité est de
17 8
g, celle apparue dans ce même substrat additionnéed’auréomycine ( 7 6 mg/kg) est de 134 g seulement.
Le
pH plus élevé observé dans le substrat traité à l’auréomycine
corrobore, par ailleurs,
cette différence. Cette constatation in vitro,
dont
les
conséquences
chez le ruminant sontimportantes
en raison du rôlephysiologique
de cesacides,
s’accordeparfaitement
avec les observa- tions faites in vivo par BEI,L et coll.(i). Quoique
nosdonnées,
relativesaux doses de i mg par essai soient
plus
discordantes que les autres, ellesindiquent, cependant, dans ce cas, également
une dépression
de diges-
tibilité.
b)
PénicillineI,es tableaux III et V montrent que, sous forme de sel de
potassium, ajouté
à la dose de7 6
mg parkg
de matière sèche desubstrat,
cet anti-biotique
n’exerce pas d’actionsignificative
sur ladégradation glucidique
ou sur la formation d’acides volatils.
I,a
divergence
des résultats obtenus avec le traitement au sel de so-dium de la
pénicilline (essais
3 a et 3b)
nepermet
pas de se prononcersur l’effet
produit
par cetantibiotique.
En
revanche,
à l’état de sel deprocaïne,
lapénicilline
semble stimulerlégèrement
lacellulolyse.
Laproduction
d’acides volatils neparaît
tou-tefois pas être fortement influencée.
c)
Antibiotiques divers(chloramphénicol, dihydrostreptomycine,
streptomycine, bacitracine)
A
l’exception
de lastreptomycine, qui déprimerait légèrement la
dégradation
de la cellulose, les autres antibiotiques
de cette série sont
sans action sur la
digestibilité
in va’tyo.Signalons, toutefois,
que ladihy- drostreptomycine et la bacitracine semblent favoriser l’apparition
de
petites quantités
d’acide lactique
dans le milieu.
Quoique
ayant utilisé des dosesd’antibiotiques supérieures aux
nôtres,
WASSERMAN et coll. ( 4 )
concluent comme nous que la cellulolyse
dans le rumen n’est pas affectée par la
pénicilline
et que lastreptomycine,
en revanche, exerce une action
dépressive. Signalons que l’auréomycine
n’avait pas été étudiée par ces auteurs.
Nos résultats montrent que
l’auréomycine
ne semble pas être inac- tivée par leliquide
du rumen. BELI, et collaborateurs(r)
ont montré que lapénicilline
estrapidement
inactivée par cemilieu,
ainsi que lachloromycé-
tine. En
revanche,
le taux destreptomycine
semble s’accroîtrependant
l’incubation. Ces observations s’accordent bien avec les nôtres,
qui
montrent que la
streptomycine
exerce unelégère
influencedépressive
sur la
digestibilité
de la cellulose.L’évolution du milieu de rumen sous l’action d’une administration
répétée d’antibiotique
ne semble pas avoir été étudiéejusqu’à présent
etfera
l’objet
de recherches ultérieures.IV. -
RÉSUMÉ
ET CONCLUSIONSL’influence de
quelques antibiotiques (auréomycine,
diverses formes depénicilline, chloramphénicol, dihydrostreptomycine, streptomycine, bacitracine)
sur ladigestibilité
in vitro d’un foin de luzerne a été étudiée.Les résultats
montrent que des dosesd’auréomycine comprises entre 9,5
et
7 6
mg parkg
de matière sèche de substratdépriment
sensiblement à la fois ladégradation
desglucides (plus particulièrement
de lacellulose)
et la formation d’acides gras volatils.
La
streptomycine
exerceégalement
unelégère
actiondépressive
surla
cellulolyse.
Al’exception
de lapénicilline-procaïne, qui
semble stimu- lerlégèrement
ladigestibilité,
les autresantibiotiques
sont sans effet auxdoses utilisées
( 9 , 5
à7 6
mg parkg
de matièresèche).
(Reçu pour publication
le 5juin 1953.)
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WHITEHAIR(C. K.),
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DUNCAN(C. W.),
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