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Golden Boys. Nous deux à l infini. Fleur Hana

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Academic year: 2022

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Golden Boys

Nous deux à l’infini Fleur Hana

Premier chapitre offert

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1 ∞ Lui

Je me vautre sur mon clic-clac et rejette la tête en arrière.

Mes yeux s’arrêtent sur le plafond et je contemple un instant les auréoles d’humidité en lâchant un soupir agacé.

Il faudrait vraiment que je fasse quelque chose pour ça…

Appeler la proprio ? Monter voir la voisine pour vérifier si elle a une fuite ? Non, tout ça me gonfle. Alors je ne fais jamais rien, même si mon studio miteux me soule. Cela dit, je n’ai pas le droit de me plaindre : j’ai un toit au- dessus de la tête. Moisi, certes, mais je ne suis pas à la rue et je connais des gars qui sont dans une situation bien pire que la mienne. Ce qui m’emmerde le plus est que j’ai une maison, et une belle, grande, équipée… et dont je ne suis pas l’unique propriétaire. Oui, je pourrais m’y installer.

Mais cela impliquerait d’y croiser mon connard de frangin et sa copine.

Sarah Jones.

J’ai bien essayé avec elle, mais rien à faire, c’est une incorruptible. Elle m’a démontré à plusieurs reprises qu’elle ne trahirait pas Sandro – dont une fois où son genou a fait plus ample connaissance avec mes burnes. J’ai beau être déterminé, je tiens à cette partie de mon anatomie. Alors la croiser, pourquoi pas, mais de loin.

Quant à mon frère… À chaque fois que je le vois, j’ai devant les yeux une scène que j’essaie d’oublier. Il réveille en moi des instincts de vengeance que je tâche d’étouffer du mieux que je peux… Ouais… En fait, je n’étouffe rien du tout c’est une des raisons pour lesquelles je préfère ne plus avoir affaire à lui. Je doute que me retrouver en taule pour fratricide soit un plan judicieux pour mon avenir.

Alors j’attends. Quoi ? Que ça se casse la gueule entre lui et Sarah, et avec les suivantes, parce qu’il ne mérite pas d’être heureux. Moi, j’aurais pu l’être mais je suis passé à côté d’une vie bien différente de celle que je subis actuellement. A cause de lui. Je sais être patient : le jour où Sarah se cassera, je serai là et je n’éprouverai pas le moindre soupçon de compassion à l’égard de celui qui

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partage une partie de mon ADN. Il a cessé d’être mon frère à la seconde où j’ai ouvert cette porte il y a des années.

Je me lève en soupirant, encore. Je me fais l’effet d’être un petit vieux fatigué par son existence. Il y a de quoi, si on fait le bilan, je suis : trentenaire, célibataire, je vis dans un appartement décrépit et je n’ai aucune perspective de changement réjouissante… Ce qui ne m’empêche pas de faire mon boulot. Que ce soit celui qui a lieu quand le soleil est levé ou l’autre qui démarre lorsqu’il se couche.

En ce moment, j’effectue le second sans aucune motivation, d’accord, mais je le fais. J’aime ce taf, à la base ça m’éclate et les gars sont faciles à vivre, bosser avec eux me plaît. C’est juste que j’arrive à un point où tout me gonfle. Malgré ça, je reste consciencieux, quoi qu’il arrive.

La preuve en est que cette nuit encore, j’ai été capable de passer une soirée dans ce ridicule slip brillant, face à des nanas en chaleur, sans que rien d’embarrassant ne se produise. Je fais ce travail depuis des années et j’en ai connu des situations gênantes selon qui se trouvait en face de moi. Je me souviens de cette fois où une des invitées a attiré l’attention de ses copines sur mon érection… Je n’avais nulle part où me planquer et je n’ai pas eu le choix, j’ai assumé, bien sûr. Un brin d’humour, un clin d’œil, un compliment bien placé et elle était au final plus troublée que moi. Mais dernièrement, rien. J’imagine qu’on se fait à tout et que j’ai enfin réussi à être totalement pro. Yoan, mon boss, serait fier de moi. Ça fait un bout de temps qu’il me demande de me tenir à carreaux, du coup c’est un peu un aboutissement pour lui. En fait, il me dit plutôt « de garder ma bite hors des clientes » et ce, à chaque fois qu’une fille l’appelle pour tenter de récupérer mon numéro de téléphone après une nuit passée avec moi.

J’entre dans le placard qui fait office de salle de bains.

C’est plus une salle d’eau, d’ailleurs. Si je tends les bras, j’arrive à toucher les deux extrémités sans aucun souci – je suis grand, d’accord, ça joue. Les lieux ne sont clairement pas faits pour un type d’un mètre quatre-vingt- six. En attendant, je fais avec. J’allume la douche et tourne le mitigeur au maximum vers le chaud. J’ai besoin de m’anesthésier un peu après cette soirée. Je pue la gonzesse après avoir été tripoté par toutes ces mains manucurées et

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parfumées. Elles sont très bon chic bon genre quand on les croise dans la rue et puis elles se rassemblent dans une pièce, on fait rentrer quelques gogo-dancers et c’est la folie. Elles deviennent hystériques. Je pense que ça doit avoir un rapport avec les hormones ou quelque chose comme ça. Parce que je n’ai jamais vu des mecs réagir de cette façon. On dirait des animaux en rut ! Chaque fois, avec les gars, on a l’impression de risquer notre peau.

Surtout quand elles picolent, et dans ce type d’événement elles picolent beaucoup.

Quand j’ai l’illusion de sentir à nouveau autre chose qu’un capiteux parfum féminin, je me traîne hors de la douche et attrape sur le sol mon vieux pantalon de pyjama.

Je l’enfile, juste le temps de préparer mon lit. Je n’aime pas me balader les couilles à l’air, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Je déplie mon canapé-lit. Je pourrais me contenter de me coucher direct dessus, mais j’ai besoin d’un minimum de confort ; enfin, de l’illusion de confort qui m’aide à ne pas trop déprimer. Au moment où je termine de faire mon lit, j’entends trois petits coups discrets. Il est deux heures du matin, je doute que ce soit chez moi. C’est tellement mal isolé, ici, que quand le voisin tire la chasse, c’est son et lumière dans mon appart’.

J’éteins la lumière et, pile quand je m’allonge, les coups reprennent, un peu plus fort. Merde, c’est chez moi… Je pourrais juste ignorer la personne qui vient me prendre la tête au milieu de la nuit. En plus, si c’était un des gars, il aurait appelé avant de se pointer donc je ne vois pas qui ça peut être.

– Dante…

La voix a beau être un peu étouffée par la porte qui nous sépare, elle m’est étrangement familière sans que je parvienne à la situer. Je reste comme un con, immobile dans mon lit, parce que je ne vois vraiment pas ce qu’elle foutrait dans le coin si c’est bien celle à qui je pense.

– Je sais que tu es là, je t’ai entendu. C’est Lola ! Ouvre- moi !

C’est bien ce que je craignais, je n’ai pas rêvé : la petite sœur de mon ex est bien devant ma porte, à une heure improbable, et attend que je réagisse. Je me lève parce que je la connais : elle est foutue de tambouriner jusqu’à ce que

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mort s’ensuive alors qu’il suffit qu’elle éternue pour ameuter tout l’immeuble.

J’ouvre la porte, juste assez pour la voir, pas trop non plus, histoire qu’elle comprenne que ce n’est pas une invitation. Mais bien sûr, il en faut plus à Lola pour se décourager.

– Salut !

Elle chantonne ? Il est deux heures du mat’ et elle chantonne ?!

Elle fonce devant elle, ne me laissant pas d’autre choix que m’écarter si je ne veux pas me manger la porte dans la tronche. Je la regarde s’incruster avec deux grosses valises et reste interdit, tant je suis incapable de trouver les mots pour lui dire à quel point elle m’emmerde.

Si, en fait, je finis par les trouver : – Qu’est-ce que tu fous là ?

Je referme la porte. Je n’ai pas franchement envie qu’elle se sente la bienvenue, mais je n’ai pas non plus besoin que tous mes voisins profitent de ce qui va suivre : vu l’état dans lequel je me trouve, je doute que ce soit joli.

Elle se retourne et me fait face. Elle m’arrive à peine au niveau des épaules, pas tout à fait, même. Lola, c’est une petite chose agaçante, elle l’a toujours été : suffisamment insolente pour toujours exprimer le fond de sa pensée et assez insouciante pour se foutre des conséquences. Elle se tient là, au milieu de mon studio, tout sourire avec sa coupe de cheveux stricte et sexy, son éternel carré plongeant et sa frange bien droite qui lui donne un air espiègle. Malgré toutes les années passées sans lui parler, je retrouve immédiatement la même gamine avec qui j’ai passé tant de temps à l’époque. Ses yeux en amande me scrutent alors que son petit nez retroussé me nargue. On dirait une gosse.

Une saleté de gosse.

– Moi aussi je suis ravie de te voir, ex-futur-beau-frère ! finit-elle par lâcher en posant ses bagages sur le sol.

– Lola, tu as vu l’heure qu’il est ?

Je tente de ne pas trop lui montrer à quel point elle me soûle déjà. Peine perdue, je suis incapable de faire semblant.– Sérieusement, tu me veux quoi ?

Je la contourne pour retourner dans mon lit. Elle s’incruste chez moi et s’attend à quoi ? C’est le milieu de

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la nuit ! J’ai juste envie de me coucher et dormir. Mais non, car lorsque Lola débarque, il faut mettre sa vie en pause et s’occuper d’elle. Je suis sûr qu’elle prend son pied à voir à quel point elle m’emmerde.

Elle ne répond pas, le silence n’est pas coutumier avec elle. C’est pour ça que j’arrête de râler et me retourne afin de lui accorder un peu d’attention. Et je comprends.

– C’est quoi l’histoire, cette fois ?

– J’ai fait une boulette… m’avoue-t-elle en tortillant ses mains comme une petite fille embarrassée.

Et une petite fille, c’est exactement ce qu’elle est pour moi. Elle a beau débarquer avec son jean moulant, ses bottes de moto que je pourrais trouver sexy sur quelqu’un d’autre et son chemisier trop décolleté pour être honnête, elle n’en reste pas moins une gamine exaspérante. Mais cette gamine, je l’ai vue traverser l’adolescence et, même si ça me gonfle de le reconnaître, elle me touche malgré tout. Alors je soupire – une énième fois – et m’assois sur le lit. Je tapote l’espace à ma droite.

Lola n’a que cinq ans de moins que Carmen, sa grande sœur. Mon ex. Celle que j’aurais dû épouser. Celle qui était censée devenir ma femme. Celle qui aurait dû s’appeler Carmen Novelli aujourd’hui et avec qui je vivrais sûrement dans une maison en banlieue, avec un chien et tous les accessoires de la parfaite petite famille…

Je chasse les souvenirs que Lola fait remonter à la surface.

Elle me regarde, les larmes au bord des yeux. Elle n’a jamais fait son âge et on pourrait facilement la prendre pour une adolescente de dix-sept ans, plutôt que pour la jeune femme qui approche la trentaine qu’elle est vraiment. Déjà à vingt ans, c’est comme ça qu’elle arrive à attendrir son monde et, malgré tout ce que je peux pester, je ne fais toujours pas exception.

Durant les années où j’ai été en couple avec Carmen, j’ai vu Lola se fourrer dans des situations plus catastrophiques les unes que les autres. Depuis le temps que je ne l’avais pas fréquentée, je suppose que si elle est là, cette nuit, c’est qu’elle doit sacrément être dans la merde et qu’elle n’a pas changé. Et aussi fatigué que je puisse être, je ne peux pas la laisser dehors alors que je sais qu’elle a besoin de moi.

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Elle vient s’installer à côté de moi et éclate d’un coup en sanglots. S’il y a bien un truc que je ne sais pas gérer, c’est une fille qui pleure. Je suis sûr de dire le truc qui va aggraver la situation au lieu de l’arranger, c’est un don que j’ai. Mais bon, là, c’est Lola… Je passe un bras autour de ses épaules en espérant que ça ne lui donne pas envie de pleurer encore plus. Raté : elle se niche contre moi en hoquetant. Agacé, je lève les yeux au plafond – mauvaise idée, c’est toujours aussi vétuste et ça accentue mon irritation au lieu de me détendre. Ce n’est pas que je sois vraiment un enfoiré de première comme tout le monde semble le penser dans mon entourage mais… j’aimerais vraiment dormir un peu étant donné que j’attaque ma tournée de patients en début d’après-midi et que je ne peux pas me permettre d’avoir la tête dans le cul. OK, je ne suis pas un enfoiré parce qu’elle vient de baver sur moi et je ne l’ai pas virée de mon épaule. A moins que ce soient des larmes… non, définitivement de la bave !

– Et si tu me racontais ça demain ? je lui propose dans un ultime espoir de pouvoir me coucher. Je suppose que si tu débarques avec des valises, c’est que tu es à la rue.

Donc, on va se coucher, dormir et on en reparlera après une bonne nuit de sommeil. Parce que, Lola, je suis claqué, vraiment claqué…

Elle relève la tête et j’essaie de me retenir de rire. Elle a le nez qui coule, les yeux gonflés et la lèvre inférieure tremblotante. Ce ne serait pas charitable de me moquer d’elle. Ni très solidaire. J’ai quand même du mal à contenir un sourire et je décide de m’allonger pour le masquer et éviter qu’elle ne se vexe.

– Allez, éteins et couche-toi ! – Euh… Dans ton lit ?

Elle renifle un coup, mais au moins elle ne pleure plus.

Mission accomplie.

– Je ne suis plus du genre gentleman qui dormirait sur le tapis afin de préserver ta pudeur. Je ne vais pas t’offrir mon lit en souvenir du bon vieux temps. Tu es venue chez moi, j’habite dans un studio, tu t’imaginais quoi ? Que j’allais te filer mes clés et me tirer ?

Non, impossible de faire semblant de ne pas être sur le point de me mettre en colère. Si seulement je pouvais juste

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dormir un peu, je suis sûr que je prendrais tout ça avec beaucoup plus de sérénité.

– Non… je… enfin… D’accord…

– Ne t’en fais pas, je la rassure en me retournant, tu n’es pas mon type, je suis fatigué et tu es bien trop jeune pour moi. Alors éteins et couche-toi, merci.

Je l’entends renifler encore une fois, se lever et nous voilà plongés dans la pénombre. Je n’attends pas qu’elle me rejoigne, en ce qui me concerne, elle peut dormir par terre ou dans la douche, c’est le cadet de mes soucis. Je me laisse lentement sombrer et regrette juste de ne pas pouvoir retirer mon pantalon, je préfère vraiment me coucher à poil… Tant pis.

Le matelas s’affaisse légèrement derrière moi et je m’endors enfin.

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Golden Boys

Avec toi, m’envoler Fleur Hana

Premier chapitre offert

1 ∞ Lui

Il est encore beaucoup trop tôt pour moi ce matin quand j’entre dans le café Le Canari bleu et la repère immédiatement. Elle est plongée dans un roman qui capte toute son attention. C’est l’occasion pour moi de vérifier que je ne me plante pas, je sors mon portable et ouvre la pièce jointe accompagnant l’email de mon patron. Je regarde l’écran, son profil à quelques mètres de moi, à nouveau l’écran… Pas de doute, c’est elle.

Je m’avance, sûr de moi, j’ai préparé mon texte. Ça me semblait important, puisque finalement, je joue un peu un rôle. Complètement, en fait. Quand je dépasse la table, qui me cachait le reste de son corps, je m’arrête net. Je

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m’attendais à tout, sauf à ça. Je reste planté au milieu de la salle comme un abruti, réalisant que j’ai oublié mon fameux texte et que je semble nul en impro. Elle relève la tête et fixe quelques passants face à elle, de l’autre côté de la baie vitrée. Son regard se perd à des milliers de kilomètres d’ici, elle sourit légèrement, et mon souffle se bloque dans ma gorge. J’inspire profondément, elle repart dans sa lecture. Je fais un pas en arrière, me cogne la hanche contre une chaise, m’immobilise quelques secondes… Elle est trop absorbée par l’histoire qu’elle lit pour s’apercevoir de la présence d’un empoté à sa gauche.

Non, je n’ai aucun plan pour gérer la situation, alors je fais la seule chose qui me paraît logique : je me tire. Je tourne les talons et m’enfuis du café tout en sélectionnant la fiche contact de Yoan sur mon téléphone. Il décroche à la quatrième sonnerie, au moment où je me retrouve dans la rue.

— Boss !

— Hmm ?

— Tu le savais ?

— Tu peux développer ? Parce qu’il est très tôt, et il me manque des infos pour comprendre.

Je savais que c’était une idée de merde. Dès que Yoan m’a proposé ce taf « hors norme », j’ai eu un mauvais pressentiment.

— La fille !

— Matt, il faut vraiment que tu sois plus précis. Je n’apprécie pas spécialement d’être réveillé par un coup de fil, et encore moins pour me faire agresser par un de mes employés.

Je m’éloigne du Canari bleu à grandes enjambées tout en essayant de maîtriser la colère qui risquerait de me faire perdre mon job. Ça ferait désordre que je demande à mon patron s’il est en train de se foutre de ma gueule et s’il me prend pour un imbécile. Nous sommes potes et on se permet quelques familiarités, mais je connais les limites.

Et là, c’est une conversation professionnelle qui nécessite de respecter ces limites.

— Elle est dans un fauteuil roulant !

— Et ?

— Tu le savais ?

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— Bien sûr.

— Tu n’as pas jugé utile de m’en informer ? Draguer une inconnue ne te semblait pas assez risqué, tu as oublié de me donner tous les détails ?

Quand le boss m’a appelé l’autre soir pour me parler de ce contrat, ma première réaction a été de me dire que si j’acceptais, je deviendrais l’équivalent d’un gigolo. Puis il a précisé qu’il ne s’agissait pas de sexe, juste de séduction.

Bizarrement, sur le moment, ça a suffi à me convaincre.

Quand j’y repense, c’est du même ordre et je ne me sens pas mieux. Me déshabiller lorsque je danse, ça reste une forme d’art et de sport, à mes yeux. Chaque soirée où je suis payé, c’est une performance : ça dure le temps d’une chanson ou deux, mon corps est le support et le public, les clientes qui nous ont fait venir. Les Golden Boys, c’est l’entreprise de gogo-dancers que Yoan a montée il y a quelques années. Nous sommes quatre danseurs à nous produire dans des soirées privées. Et ça me convient parfaitement, je gère mon boulot, je l’assume. Mais sur le principe, être payé pour draguer, je n’étais déjà pas très emballé. Et le coup de grâce a été de découvrir la fille que je suis censé séduire clouée dans un fauteuil roulant.

— Il fallait que la rencontre ait l’air naturelle. Si je t’avais averti de ce détail, ta réaction n’aurait pas été spontanée.

— C’est loupé, parce que je me suis barré.

— Tu tiens à ton emploi, Mathias ?

Quand des personnes qui ont pour habitude de m’appeler par mon diminutif utilisent mon prénom en entier, ça n’est jamais bon signe. Je trouve ça infantilisant, et ça ne me plaît pas beaucoup. Je vais avoir trente ans, pas treize. Mais c’est mon patron, et j’ai appris à me taire quand c’est nécessaire, ou en tout cas, à ne pas me braquer.

— Yo, tu ne peux pas me demander ça.

— Je ne te le demande pas, je te l’ordonne. Tu as signé un contrat.

— Alors, on se met à faire dans l’escorte et la prostitution chez les Golden Boys, maintenant ?

Avec cette histoire de séduire cette fille pour « lui redonner confiance en elle », je constate qu’on passe à autre chose et je ne suis pas sûr d’apprécier. Je ne sais

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même pas pourquoi j’ai dit oui. En fait, si, je le sais, et comme ça me met mal à l’aise avec ma conscience, je préfère ne pas y penser. Parce que réaliser qu’on est prêt à sacrifier ses convictions pour gagner un peu plus de pognon, ce n’est pas glorieux.

— Benj peut reprendre le deal, si tu préfères. Je suis sûr qu’il sera partant, continue Yoan.

— Je n’en suis pas si sûr, moi.

— Ses deux colocataires doivent déménager dans les mois à venir. Crois-moi, il sera intéressé. Réfléchis, Matt.

Et tiens-moi au courant, vite.

Il raccroche, et je me retrouve avec mon téléphone dans la main, planté au milieu du trottoir à quelques mètres du café, comme un con. Je fais quoi, maintenant ? Je n’ai rien contre les filles en fauteuil, mais ça change la donne, non ? Je veux dire… Merde ! Il ne me laisse vraiment pas le choix. Draguer n’est déjà pas ma spécialité, mais draguer dans ces conditions… ça m’embrouille. Je vais reporter la mission pour le moment, c’est plus prudent de faire le point directement avec Yoan.

***

— Ça me met mal à l’aise.

— Parce qu’elle est dans un fauteuil ?

— Peut-être que ça joue, oui. Mais déjà sans ça, je n’étais pas à fond dans l’idée générale, et je te l’avais dit.

J’ai attendu la fin de l’après-midi qu’il soit dispo et je suis installé dans le salon de Yoan. Je n’aime pas la démarche de séduire quelqu’un contre de l’argent, encore moins quand cette personne est déjà dans une situation difficile. Même si je me doute que c’est précisément ce détail qui a poussé la cliente à faire appel à nous. Ça ne me ressemble pas. Et je n’ai pas tant besoin d’argent que ça.

Je me fais de bons pourboires dans les soirées. Je suis le plus jeune et le seul blond : je suis sûr que ça me démarque et que les filles ont une préférence pour moi. Surtout les plus âgées ! Je ne sais pas trop pourquoi, mais c’est comme ça et je ne vais pas m’en plaindre. Les autres membres des

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Golden Boys se foutent de moi, pourtant j’arrive à ramasser bien plus de bonus qu’eux. Alors, ce contrat louche qui ferait de moi un type encore plus louche, je m’en passerai.

— La cliente est une amie. Je comptais sur toi, Mathias.

— Quel genre d’amie ? C’est malsain, tu le sais ? Il boit une gorgée de son café sans me quitter des yeux.

Son appartement reflète parfaitement sa personnalité, mon patron est assez froid, très professionnel. Même s’il détonne un peu quand on sait qu’il peut être tout aussi séducteur que le reste des Golden Boys lors d’un show. Le plus grand de nous quatre, à peine plus que Benj, il est aussi le plus âgé, et son physique lui permet carrément de s’ajouter à notre trio.

— Arrête, tu n’arriveras pas à me convaincre de continuer. La fille ne sera pas du tout sensible à mon charme, en plus.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ? Tu l’as aperçue quelques instants, seulement, et sans même lui adresser la parole.

— Ça me suffit pour voir que je ne suis pas son type.

Elle est habillée comme si elle était… je ne sais pas, expert-comptable.

— J’ignorais qu’il y avait un look expert-comptable.

— Tu vois ce que je veux dire ! Elle a l’air d’une fille qui ne se laissera pas avoir par mon sourire angélique.

— Ton sourire angélique ?

Il se met à rire, et ça arrive uniquement dans deux circonstances avec Yoan : quand il est bourré et quand il se moque de quelqu’un.

— C’est Benj et Dante qui l’appellent comme ça. J’ai pris l’habitude, et arrête de te foutre de moi !

Pendant longtemps, Benjamin, Dante et moi avons assuré le show à trois. Puis Yoan a décidé de faire des extra et d’être le quatrième de la bande. Il met ça sur le dos de la nouveauté qui plaît aux clientes, « un peu de chair fraîche », pour le citer, mais j’ai bien compris que c’est à lui que ça plaît. À force de nous coacher pour qu’on assure, il s’est pris au jeu. Il est tellement sérieux avec tous ses trucs d’adulte responsable que c’est le seul moment où il peut vraiment se lâcher. Du coup, le patron découvre

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encore ce que c’est que de bosser avec nous, nos habitudes et nos délires. Il n’imagine pas à quel point il était plus tranquille à gérer la société sans donner de sa personne.

— Bref, tu as peur qu’elle ne tombe pas dans tes bras, et ça te vexe.

— Pas du tout. Je dis juste qu’il y a tellement de raisons de ne pas continuer que ce serait stupide de persévérer. En fait, on n’aurait jamais dû accepter ce contrat : ni toi ni moi.

— Comme tu le sens, Matt.

Je savais que ses menaces de me renvoyer n’étaient pas sérieuses. Ce n’est pas le genre de Yo. C’est un patron équitable, un peu lourd parfois, parce qu’il est le patron, justement, et qu’on doit se plier à ses exigences comme certains costumes de scène dont nous nous serions tous bien passés… Mais au final, il n’est pas tellement plus âgé que nous et nous comprend. C’est ce qui fait qu’on est si soudés, dans ce travail atypique. Je n’imagine même pas ce que ça donnerait si en plus on ne pouvait pas s’encadrer les uns les autres. Danser presque à poil, en groupe, ça crée une intimité, par la force des choses. Si on ne se supportait pas, il n’y aurait pas l’osmose qu’on dégage quand on fait le show.

— Tu vas demander à Benj, alors ?

— Je ne pense pas que Lola apprécierait que je propose ce taf à Dante. Donc, oui, je vais voir avec Benj. C’est ma dernière option.

— Il va tomber amoureux d’elle.

C’est ce que fait Benj, il tombe amoureux. Ensuite, il s’investit à fond, et ça se casse la figure puisqu’en réalité, il n’était pas amoureux et pensait juste l’être. Et après, il faut qu’il encaisse… jusqu’à la prochaine dont il va tomber amoureux. Ça sent la catastrophe à plein nez de le faire bosser sur un contrat de ce genre.

— Tu ne me laisses plus tellement le choix, Mathias. La cliente fera appel à une autre entreprise si on n’honore pas le contrat, et je préfère vraiment que ça reste quelqu’un que je connais qui s’en charge. C’est trop délicat pour que ce soit confié à n’importe qui.

Ce contrat a l’air important pour le boss. Je ne lui demande pas pourquoi, il m’enverrait balader, c’est sûr. Il

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n’est pas du genre à se répandre sur ses motivations. Mais oui, mon refus le perturbe plus que je ne le pensais.

— Et toi ? je lui demande alors.

— Je suis trop vieux pour elle.

— Certes.

— Pas si vieux que ça hein, mais pour elle, oui.

Je vérifie l’heure sur mon portable et me lève.

— Je dois filer, boss.

— Où tu vas comme ça ?

— Tu t’es pris pour mon père ?

— Non, merci, si j’avais un gamin comme toi, je…

— C’est ça, en attendant, tu parles déjà comme un vieux con. Allez, bonne soirée !

J’esquive le coup de poing qu’il essaie de me mettre sur l’épaule lorsque je passe à côté de lui, et je sors de son appartement. Je me suis levé tôt pour rien, il faut que je rattrape mon sommeil perdu. Car ce soir, c’est effectivement sans les Golden Boys que je vais passer mon temps. C’est un moment que j’attends toujours avec impatience, même si j’adore mes collègues. Aucun d’eux n’est au courant, c’est ma façon de procéder, en séparant les différents aspects de ma vie.

***

— C’est une blague ?

Je hausse les épaules et me vautre sur le canapé de mes parents.

— Ça fait six mois que tu roules sans assurance et tu t’en rends compte maintenant que tu as eu un accrochage ? Je ne sais pas quoi répondre à mon père. Oui, j’ai clairement déconné, mais ma mère s’occupe habituellement de mes papiers. J’étais censé savoir comment que je devais souscrire à une nouvelle assurance parce qu’ils ont changé la leur et ont oublié de m’y inclure ? Et je suis désolé, mais on est à 50-50. J’allais à droite dans un rond-point en roulant à gauche, et elle allait à gauche en roulant à droite. Torts partagés et frais de

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réparation aussi. Enfin elle, c’est son assurance qui va s’en charger. Moi…

— C’est ma faute, Léonard, j’ai oublié.

Mes parents auraient tout aussi bien pu m’adopter pour le peu que je leur ressemble. Ils sont tous les deux bruns et mats de peau. La génétique est étrange, parfois, car aucun des deux n’a les yeux bleus non plus. J’ai tout pris de ma grand-mère que je n’ai même pas connue.

Ma mère continue son tricot en secouant la tête. Même si elle prend encore ma défense, alors que nous savons tous les trois qu’à presque trente ans, m’occuper de mon assurance auto serait logique. Toujours compter sur mes parents pour tout, ça craint. C’est confortable, mais ça craint. On va dire que le fait d’en avoir conscience est déjà un bon début.

— Tu mâches tout à ce gosse, Émeline, tu ne lui rends pas service.

— Je vais payer. C’est juste un peu de tôle froissée.

— Et avec quoi tu comptes payer ? Avec ce travail nocturne que tu as ?

— Ça rapporte bien. En quelques soirées, je…

— Je veux aussi que tu nous verses un loyer. Et ta part de consommation d’eau et d’électricité. Et puisque tu vis sous notre toit, tu participeras aussi à la taxe d’habitation et aux impôts fonciers.

Là, je panique. Si je lui réponds que, techniquement, je ne suis pas sous son toit, puisque je vis dans le garage que j’ai moi-même réaménagé, je sens que ça ne le fera pas rire. Et de toute façon, il n’a pas encore terminé puisqu’il reprend :

— Et les courses aussi, il va falloir participer, mon garçon. Quand j’avais ton âge…

Je décroche. Mes parents m’ont eu sur le tard, sur le vraiment tard. Alors ils sont déjà à la retraite et ont des valeurs assez décalées par rapport à celles de ma génération. Je comprends le raisonnement de mon père, je comprends bien où il veut en venir : m’apprendre à être responsable et espérer me voir partir, aussi. Mais soyons réalistes, quand on connaît les loyers et les responsabilités qu’implique l’indépendance, je suis bien dans mon garage.

Bien mieux, même.

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— D’accord, on va faire comme ça, pas de souci. Dites- moi le montant, et je vous ferai un virement mensuel.

— Un virement ne suffira pas. Tu feras des courses, aideras pour l’entretien du jardin et…

Encore une fois, je décroche. Il va reparler de ce qu’il avait déjà accompli à mon âge et de tout ce qu’il savait faire. Seulement par respect, je fais semblant d’écouter le discours de mon père. Je pense à elle. Cette fille dont je ne connais toujours rien et qui n’a pas quitté mon esprit depuis que j’ai dit à Yoan que je n’allais pas le faire. Je pense à elle et ses cheveux longs, bruns, lisses et lâchés autour de son visage sur sa photo, attachés strictement lorsque je l’ai vue en personne. Ils lui tombent jusqu’à la taille et ressemblent à ces cheveux qu’on voit dans les pubs pour shampooings : brillants, épais… Est-ce du fétichisme si je me suis imaginé en train de défaire sa coiffure et de passer les doigts dedans ? Peut-être bien. Et son regard m’obsède aussi un peu, j’avoue. De longs cils noirs encadrant des iris bleu pâle. Finalement, je vais plutôt être fétichiste de ses yeux. Ou de ses lèvres, l’inférieure un peu plus charnue que la supérieure. J’ai noté ce détail ? Je l’ai définitivement noté. Le cliché que Yoan m’a envoyé est loin, vraiment loin de lui rendre justice. Et même assise dans son fauteuil, on voit qu’elle est grande, mince, élancée…

— … ta mère ne rajeunit pas, Mathias, le ménage…

J’ai reçu un SMS de Yoan, ce soir, où il me demande de retourner demain au café, ne serait-ce que pour que je m’assure d’avoir effectivement envie de me désister.

J’avoue qu’avec cet accrochage qui vient de me tomber dessus et mon père qui me demande en plus de vider mon épargne pour participer aux frais de la maison, s’il me fallait un signe, je viens d’en recevoir plusieurs. Peut-être que le choix, je ne l’ai plus du tout, à présent. Si je m’y rends à nouveau, tant que je ne fais rien de concret, je peux encore reculer, hein ? Je vais faire ça, histoire de pouvoir dire à mon boss que décidément, ce n’est pas mon truc. Je dois en revanche lui rembourser l’avance qu’il m’a versée pour ce boulot.

(19)

***

Je suis revenu ce matin, pour montrer à Yoan que j’ai essayé, mais je me sens coupable juste en la regardant de loin. Sûrement parce que c’est déjà glauque d’observer une fille comme je le fais. Mais aussi parce que je m’imagine l’approcher et que je vois d’ici le crash. Je ne me fringue pas du tout comme elle. Si je me fie à ça, on doit avoir des goûts opposés en tout. Qu’est-ce que je pourrais bien lui dire pour la séduire ? C’est une idée stupide.

Je sors du Canari bleu et m’éloigne à grandes enjambées. Où je vais trouver l’argent pour continuer à squatter chez mes parents ? Je doute qu’ils me mettent à la rue, mais c’est une question de fierté. Je dois bien pouvoir dénicher un job honnête qui ne me mette pas mal à l’aise comme celui-ci. Je vais demander à Lola, la copine de mon collègue Dante, elle est devenue manager dans un fast- food, elle aura peut-être un poste. Merde ! Qu’est-ce que j’ai fait de mon téléphone ? Je tâtonne mes poches, mais non, je l’ai oublié sur la table ! Quel con !

Je me retourne d’un coup en priant pour que personne ne se soit barré avec et percute quelque chose de plein fouet. Je me retrouve projeté en arrière, puis tombe assis sur le bitume, coincé entre la devanture d’une boutique fermée et une roue de fauteuil.

— Vous allez bien ?

Elle me tend la main. Je cligne des yeux et reconnais la fameuse fille que je viens d’espionner. Ses yeux clairs me fixent, et son visage laisse transparaître de l’inquiétude.

Elle a l’intention de m’aider à me remettre sur pied, là ? C’est ridicule, je nous embarquerais tous les deux au sol !

En me relevant, je ne sens aucune douleur. On ne se rend pas compte à quel point c’est important, dans mon boulot, de maintenir son outil de travail en bon état, tout le temps.

Mon corps doit être parfaitement opérationnel. Alors je m’assure que tout est encore intact en bougeant chacun de mes membres, puis je reporte mon attention sur elle.

— Je vais bien, désolé, je ne faisais pas attention où j’allais.

(20)

Quelles étaient les probabilités que je tombe sur elle ?

— Et vous, vous allez bien ?

Elle baisse la tête, contemple ses jambes quelques secondes et me regarde à nouveau.

— Je vous répondrais bien que ma vie est un calvaire depuis que je suis dans ce fauteuil, mais je pense que votre question concernait notre télescopage. Pour faire simple, mon état n’est pas pire qu’avant que vous me percutiez.

Je ne sais pas trop si c’est de l’humour ou du désespoir, alors dans le doute, je n’ai aucune réaction. Et je remarque que mon téléphone est sur ses genoux. Quand elle réalise ce que je regarde, elle l’attrape et me le donne.

— Je vous ai vu sortir et l’oublier. Comme j’allais dans cette direction, je voulais vous le rendre.

— Merci.

Je suis à court de mots avec sa réplique sur sa situation.

Je sais bien que je la fixe et que ça ne se fait pas, mais elle a une prestance incroyable. Elle se tient bien droite, très digne, et sa posture me rappelle celle d’une danseuse de ballet. Elle commence alors à manœuvrer, et je note qu’elle a des mitaines noires aux mains. Le fauteuil n’est pas électrique, elle le fait avancer à la force de ses bras. Je ne veux pas qu’elle parte, pas tout de suite. Alors je la suis et je me place à côté d’elle, sur la route, puisque le trottoir n’est pas assez large pour nous permettre d’y progresser tous les deux. C’est quoi ces trottoirs, d’ailleurs ? Je n’avais jamais remarqué à quel point ils sont étroits.

— Je vous offre un café pour me faire pardonner de vous être rentré dedans et vous remercier de m’avoir ramené mon portable ?

C’est la moindre des choses et une tentative pour passer encore quelques minutes avec elle.

Elle s’immobilise, puis tourne la tête vers moi.

— Ça fait un bail qu’aucun mec ne m’est rentré dedans.

Je m’arrête aussi et me répète mentalement la phrase pendant qu’elle reprend son chemin comme si de rien n’était. Elle vient vraiment de me dire ce que je crois qu’elle vient de me dire ?

— Hé ! Je ne parlais pas de ça, je…

(21)

— Écoutez, je n’ai pas besoin qu’on me fasse la charité.

Je n’ai rien, vous allez bien, et si je veux boire un café, je peux me le payer.

Elle s’éloigne de moi, et j’ai l’impression d’être le plus gros abruti que la Terre ait porté. Sur mon Smartphone, je rouvre l’e-mail que Yoan m’a envoyé il y a quelques jours.

Il contient peu d’informations sur cette fille, mais je le relis quand même. Il n’y a aucune mention de son handicap, bien sûr, et encore moins de son caractère agressif. Enfin, agressif, elle m’a quand même rapporté mon téléphone et n’y était pas obligée. Disons qu’elle est surtout expéditive.

C’est ça, elle s’est débarrassée de moi ! Et comme j’aime les challenges, je décide que finalement, ce contrat mérite de creuser un peu. Au moins pour voir si elle manque réellement de confiance. Parce que là, contrairement à la raison pour laquelle la cliente nous a embauchés, elle m’a l’air très sûre d’elle. Elle se débrouille bien question assurance ! Je n’ai pas dû lui faire forte impression, vu qu’elle a refusé mon invitation… Quant à moi, je suis autant intrigué que sous son charme et je ne sais même pas comment elle s’appelle.

(22)

Tu as aimé ces débuts ?

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