VALERY LARBAUD ET TROIS FEMMES VÊTUES
E
n novembre 1916, après un mois de solitude dans son appar- tement de la calle Jorge Juan à Alicante et un rapide séjour en Valence, La Très Loyale, Valéry Larbaud revient en son « pue- blo », sa petite ville maritime indispensable à sa joie.Il s'installe à l'hôtel Samper, face au port brûlant d'étoiles tombées on ne sait d'où et la « Libre Vie Cosmopolite » se pour- suit avec luxe puis mélancolie :
« La vie d'hôtel a quelque chose de triste, de décourageant, on s'y trouve en plein centre de la ville, tellement à l'écart de la ville, de son existence quotidienne, qu'on sent bien qu'on n'a pas, qu'on n'aura jamais le droit de dire qu'on l'habite, qu'on y a vécu (1). »
Une courte maladie lui permet de faire la connaissance du
« Cher Docteur », don Higinio Formigos Latorre, éminent médecin du Consulat français à Alicante. Il se plaint à lui et lui confie ses ambitions : étranger ? touriste ? Non, jamais. Plutôt pèlerin dans la meilleure terre du monde.
Et c'est ainsi que le « Cher Docteur » présente Valéry Larbaud à la famille Irles : sympathie, adoption, nouveau déménagement ! Voici « El sefior Larbaud avec « les siens », 113 calle Bazân. On le soigne, on le dorlote, on le distrait, on le métamorphose. Les paellas de dona Dolorès le guérissent, l'amitié de don Eduardo l'émerveille, les jeunes filles l'émeuvent. Un cœur espagnol bat dans sa poitrine, et même cette belle langue qu'il pratique déjà un peu, vient à lui de son pas sonore et splendide. Pas assez spon- tanément, peut-être (et il aime cette coquetterie qui lui sied si
(1) 200 chambres, 200 salles de bain (Pléiade).
bien), car lorsque don Higinio Formigos Latorre lui propose de faire paraître dans les numéros d'avril à juillet 1917, de la revue médicale Hygiène et Beauté qu'il dirige depuis plusieurs années, quatre articles ( 1 ) de considérations sur la mode féminine dans diffé-
rents pays, il rédige les trois premiers en français, confiant à un nouvel ami, le peintre Ramon Ferreres le soin de les traduire en espagnol. La tâche du traducteur est du reste facilitée :
« J'ai pensé en espagnol presque tout ce que j'ai écrit au- jourd'hui, à part certains mots, certaines expressions, au sujet desquels j'avais des doutes. »
La modestie est exquise ! Penser en Espagnol suppose quand même une bonne connaissance de cette langue. Du reste, cinq mois après, il écrit la quatrième partie directement en castillan... et
« don Ramon y trouve très peu de fautes ! » Déjà en 1907, dans un article qu'il avait composé pour El Nuevo Mercurio, revue que dirigeait à Paris l'hispano-américain E. Gomez Carrillo, il n'avait commis que « deux ou trois grosses fautes d'espagnol ».
Ces articles, dont je n'ai pu découvrir le texte français, me furent offerts à Alicante par une charmante vieille dame dont il fréquenta la demeure.
Quel précieux cadeau ! G. Jean Aubry n'en avait lu que deux : Le fonds Larbaud à Vichy ne les connaît pas, et les quatre nu- méros sont là, sur ma table, dans leur couverture brochée, une Vénus de Milo au recto, un brûle-parfum très modern'style au verso. Sur la page de garde, des réclames pour poudre de riz, lotion, élixir, et puis... Marie, Gladys, Lola. Pourtant Valéry Lar- baud est réticent :
« Je n'ai jamais rien composé dans un « genre » aussi frivole en me sentant malade et déprimé à ce point. »
Ne serait-ce qu'un divertissement commencé en pleine crise d'humeur noire, un dimanche de février 1917 dans le casino (3) d'Alicante ?
Rien que cela ? et plus que cela.
Valéry Larbaud arrive en Espagne le cœur plein de souvenirs de femmes, mais si Gladys de Hygiène et Beauté évoque cette autre Gladys « étrange et surprenante » laissée à Londres et dont les lettres sont mille fois bénies, Yvonne, en revanche, « la blonde
(1) Dans son Journal, p. 42, Valéry Larbaud parle de « 5 parties ou 5 courts articles », mais quatre seulement se retrouvent dans la revue.
\2) Journal.
(3) On appelle « casino » en Espagne, une sorte de salon, de club, dont moyennant une cotisation, on utilise les locaux et les services. En général, seuls les hommes y sont admis.
française gentille et douce » n'est pas la piquante Marie. Elle est trop « naïve » alors que la parisienne s'inspire plutôt de ces jolies filles « toute en poudre de riz et en jambes » comme la petite dactylo, si mauvaise en orthographe, qui consentira à taper le manuscrit de YErewhom de Samuel Butler.
Marie est parisienne, notons-le bien, comme si Paris n'était pas seulement la France, mais aussi un lieu à la fois privilégié et pernicieux, où les femmes ravissantes semblent avoir perdu ces qualités typiquement françaises qui font le charme d'Yvonne :
« sa réelle innocence, sa conception du devoir et de la religion, son sérieux plein de simplicité, son respect de soi »...
A qui revient donc le mérite de recueillir ces vertus auxquelles la plupart des parisiennes ont déjà renoncé ?
A Lola l'Espagnole.
Lola est la plus parfaite, la plus pure, la plus digne d'être aimée, parce que Valéry Larbaud est en Espagne et que les fem- mes y sont belles, d'une beauté particulière :
« peu à peu les étincelles se mettent à jaillir du feu qui couve sous les cendres grises, et pour en finir, elles éclipsent toutes les autres, toutes les lumineuses, ces filles qui semblent toujours plongées dans l'ombre ».
C'est très certainement en songeant à Dolorès, la mystérieuse Dolorès dont nous ne saurons jamais rien, si ce n'est qu'elle lui inspira une vive passion, qu'il peint Lola. Dolorès agenouillée près de lui, à la tombée du soir, dans l'église du Carmel. Dolorès ardente et réservée sous « I'habito » (1) qui donne au corps
« une sorte d'aspect monastique et de juvénile plénitude ».
Ainsi, malgré son réel attachement à Gladys et à Yvonne, une sorte de cristallisation autour de la femme espagnole, se produit dans le cœur de Valéry Larbaud.
Est-ce suffisant pour expliquer l'hommage rendu à Lola ? Il convient aussi de tenir compte que, bien souvent, Valéry Larbaud s'attarde sur l'étrangeté d'un costume : le veston de velours café, le gilet, le pantalon d'épais lainage café au lait, et les pantoufles de cuir jaune foncé d'André Gide ; le manteau sans manche à capuchon d'un brun monacal et le chapeau en homespun gris clair agréable de Paul Léautaud (2)... Et la guimpe blanche et la cornette blanche de sœur Pamphile ? (3) N'était-ce pas ce qui la rendait si jolie ?
Signalons enfin que, complètement baigné dans la vie espa- (1) Vêtement d'allure monacale porté par vœu.
(2) Journal.
(3) « Une Nonnain » (Aux couleurs de Rome), Ed. de la Pléiade, p. 1021.
gnole, entouré de présence féminines, il participe à leurs conver- sations à leur jeux et aussi à leurs dévotions : jamais il n'avait autant acheté de médailles, de scapulaires, ni assisté à autant d'offices. Là encore, au cours d'une procession du Jeudi-Saint, il remarque que l'église ressemble à un « harem plein de prin- cesses et de sultanes, toutes vêtues de noir brillant, soie noire, voiles noirs, dentelles noires, du sommet des hauts peignes jus- qu'aux hanches : c'est un des spectacles les plus impressionnants qu'on puisse voir en Espagne, et elles le savent bien les chères nenas ».
Oui, les « chères mignonnes » le savent bien, mais Valéry Larbaud ne se laissera pas seulement prendre à l'artifice de leur longue mantille qui les rend semblables à de « somptueux éventails noirs renversés » comme le ferait un touriste à la recherche de la note folklorique. Toutes ces considérations sur la « femme vêtue » dépassent le cadre de la mode pour une vue profonde très larbal- dienne.
Au milieu des cosmétiques, des chevelures parfumées, de l'onyx d'une main moirée, travestis de la séduction proposés par les « sommités médicales européennes » qui signent aussi les articles dans la revue du docteur Formigos Latorre, parmi la fraîcheur d'un baiser, le sentimentalisme de l'épouse et la grâce du sommeil, autres aimables fadaises que l'on aime rencontrer dans une rubrique de soins de beauté, Marie, Gladys, Lola pro- mènent leur corps harmonieux, et leur chapeau, leur petite cas- quette, leur mantille flottent comme un drapeau national.
La mantille de Lola surtout. En faire un drapeau n'est pas pour déplaire à l'auteur d'Allen, lui qui orne la photographie de Samuel Butler d'un petit fanion néo-zélandais et qui hisse le pavillon jaune, bleu, blanc, sur le toit de sa Thébaïde. Mais que ce drapeau-là soit comme ceux-ci : un défi à un patriotisme étriqué.
La mode féminine semblerait un moyen de préserver le patri- moine, l'héritage d'un pays ? Certes, à condition qu'elle soit autre chose que la « Mode de Paris ». Dix ans auparavant Valéry Larbaud développe le même thème, lorsqu'il signale le danger que représentent pour les littératures de langue castillane, ces jeunes écrivains hispano-américains regagnant leur patrie avec une œuvre littéraire identique à leur costume, à leur cravate, une œuvre littéraire à la dernière mode de Paris. De la même façon, il reproche à Pio Baroja et à Miguel de Unamuno, écrivains pri- mordiaux de la fameuse génération de 98, de trop regarder « en dehors de l'Espagne » ; « leur pensée est dans une trop large mesure importée d'Europe ». En revanche lorsqu'il parle de
Gabriel Mirô, romancier né à Alicante en 1870, dont la plupart des ouvrages ont pour cadre la région levantine et pour thèmes ceux empruntés à la vie quotidienne, il affirme :
« On en viendra à considérer Mirô comme le meilleur écri- vain qu'ait eu l'Espagne depuis Becquer et Larra... Il est infini- ment plus cultivé que tous les Echegaray, Galdos, Benavente, et autres afrancesados littéraires. »
La culture est recherche attentive de son propre accent ; cependant, ne nous y trompons pas : ne confondons pas cette quête avec une sorte de culte régionaliste : « Sigiienza (1) lui- même anonyme et presque invisible dans le milieu levantin, n'en est pas moins profondément supérieur à ce milieu ; car il, en est à la fois l'œil et la conscience, et la somme et la voix, et, inter- prété par l'art raffiné de G. Mirô, une des plus belj.es, des plus prenantes voix du domaine espagnol (2). »
Bien qu'imprégnée d'encens, la mantille de Lola n'est pas con- formiste : la dévotion qui s'en dégage doit nous faire reconnaître que notre sentiment religieux, loin d'être superstitieux, s'adresse
« au même immense firmament théologique vers lequel malgré lui, obstinément nous tendons ».
Il ne s'agit pas de se « patriotiser », ni de se « catholiciser » de se « droitiser », ni de se « gauchiser », il ne s'agit pas de vivre par intérêt ou par snobisme dans un courant, mais de retrouver son inspiration, de parvenir à un nationalisme qui n'a rien de verbal puisqu'il se réalise au niveau d'une tradition. Dans son essai sur l'Espagne des années 1898-1918 (paru d'abord en février 1918 dans son Journal, puis utilisé en 1924 pour Rouge Jaune Rouge) il note le paradoxe : l'Espagne ne l'intéresse pas en tant que
« nation mais en tant que pays, pays d'Europe », et c'est préci- sément « parce qu'elle est plus ancienne, que la civilisation espa- gnole est plus grande que la civilisation anglaise ».
Ainsi, par son exemple, Lola, gardienne de la sagesse ancestrale permettra peut-être un jour à Marie et à Gladys d'être citoyennes du monde ou « patriotes de l'Europe », comme le fut Barnabooth.
Cette espérance nouvelle nous convie à de subtiles variations sur un air comparatiste, auquel l'esthète, le dandy et l'humaniste imposent tour à tour leur tempo.
(1) Personnages du Libro de Sigiienza, roman de G. Miro, paru en 1916.
(2) Préface de Semaine Sainte, de G. Miro, traduit par Valéry Larbaud et Noémie Larthe, Ed. du Sagittaire.
« Hygiène et Beauté » présente à ses lecteurs les articles de Valéry Larbaud :
Nous avions demandé à un prestigieux artiste français une étude synthétique de l.a mode européenne, thème d'éternelle actualité pour vous.
Il a cédé à nos instances et nous a remis une courte série d'articles intitulés « La femme vêtue » dont nous vous donnons aujourd'hui les prémices.
Nous avons hésité, ne sachant si nous devions les traduire ou les publier en français tels qu'ils nous furent confiés.
Nous avons finalement choisi de les traduire, non sans éprou- ver un certain regret à l'idée de vous priver du charme du texte original.
Mais un jour viendra où, grâce à de futurs travaux qui nous ont été proposés et dont les sujets intéresseront toujours la femme, ce plaisir ne vous sera pas refusé.
LA FEMME VÊTUE
L
es réflexions que vous allez lire n'ont pas été écrites- par un spécialiste de l'hygiène et de la mode. Elles ne sont que le fruit des impressions d'un écrivain qui a passé la majeure partie de son enfance et de sa jeunesse à Paris, qui a visité toutes les capitales d'Europe et qui a vécu quelques temps en Allemagne, en Angleterre et en Espagne. Le lecteur ne doit donc pas chercher dans ces notes les renseignements que pourrait donner un méde- cin, mais une synthèse dans laquelle on découvrira une descrip- tion de l'état actuel de la mode en Europe et les « desiderata »— je n'ose pas dire les conseils — d'un artiste pour qui la mode actuelle, la mode moderne ne rend pas justice à la beauté du corps féminin, et n'accomplit pas sa mission qui consiste d'abord à protéger, ensuite à parer.
Un fait retient immédiatement l'attention du voyageur qui parcourt l'Europe : la mode féminine est essentiellement occi- dentale. Le centre d'où elle irradie est Paris. Elle émane de Paris.
C'est en France même qu'elle règne, si exclusive que de toutes les nations continentales, la France est celle où le costume local, où l'habit de fête régionale sont le plus délaissés.
Si nous nous éloignons en direction de l'est, nous remarquons que la mode parisienne exerce le même empire sur les hautes
classes de la société, et que, dans les classes moyennes, seule est en vigueur l'imitation de cette mode de Paris, mais une imitation le plus souvent maladroite et absolument dépourvue d'originalité.
L'Europe centrale ne possède donc pas une mode que l'on puisse appeler originale : ce que l'on y voit c'est une mode parisienne abâtardie, défigurée par des excès de fantaisie de mauvais goût.
On rencontre ainsi de jeunes allemandes élancées, robustes et belles comme la déesse Freya, vêtues d'une façon qui rappelle à la fois les bergères Watteau et les officiers de la marine de guerre.
On dit qu'il existe une mode viennoise, et, en effet, dans les vitrines des boutiques allemandes, on découvre, près des derniers modèles de Paris, d'autres modèles portant ces mots : « dernière nouveauté de Vienne... » et ces points d'exclamation qui plaisent tant aux Allemands. Exclamation qui semble peu justifiée car ces vêtements ne se distinguent de ceux de Paris que par une certaine lourdeur, une certaine extravagance également désa- gréables. Tout ce que l'on peut dire, c'est que la mode viennoise est une imitation assez fidèle de la mode parisienne.
Enfin, si l'on se dirige vers l'est, en Grèce, en Roumanie ou en Russie, on ne rencontre que la mode de Paris, mais réservée aux classes élevées. L'imitation locale, avec ses fautes de goût cède le pas aux admirables costumes populaires. Le même phéno- mène se produit en Suède où les costumes provinciaux sont char- mants. Quel plaisir pour le regard que de les voir, parfois, dans les loges et les fauteuils du Théâtre Royal de Stockholm.
Le Danemark, la Suisse et même l'Italie présentent un spectacle semblable à celui des empires du Centre. Il n'y a pas d'extrava- gance, mais beaucoup de discrétion dans la façon qu'ont les Ita- liennes de suivre la mode de Paris ; mais ici aussi on remarque une absence totale de tout style national.
Le lecteur se sera rendu compte que, jusqu'alors, ni l'Angle- terre ni l'Espagne n'ont été mentionnées. C'est que, en effet, ces pays confirment ce qui vient d'être dit, à savoir que la mode européenne est essentiellement occidentale. La mode française règne dans toute l'Europe continentale, mais il y a aussi une mode anglaise et une mode espagnole, une mode insulaire et une péninsulaire, qui, sans avoir la splendeur de la mode fran- çaise dont elles subissent d'ailleurs l'influence, méritent une atten- tion particulière, parce que d'elles peuvent venir les grands pro- grès que nous souhaitons pour le costume féminin.
Nous étudierons donc ces trois importants aspects de la mode européenne qui sont : la mode parisienne, la mode anglaise et la mode espagnole.
Marie
Q
ue la lectrice me permette, pour parler de la mode parisienne, de la personnifier et de l'appeler : Marie.Marie est adorable. Je l'ai connue alors que j'étais étudiant : sa chambre était précisément au-dessus de la mienne, et, lorsque nous nous rencontrions dans l'escalier, nous échangions un salut.
Le jour où j'osais pour la première fois lui adresser la parole, elle me dit qu'elle était mannequin chez Drecoll (1) et elle était, je ne me lasse pas de le répéter, adorable. Ce qui séduit d'abord chez elle, c'est son sourire. On dirait qu'elle seule sait sourire de la sorte. Ensuite, lorsqu'elle parle, et elle parle beaucoup, elle emploie de très jolies expressions qui, malheureusement, sont intraduisibles en espagnol ou en quelque autre langue. Mais, évi- demment ce dont elle parle le plus volontiers, c'est de ses vête- ments. Marie leur accorde toutes ses pensées, tout le sérieux de son esprit. N'en soyons pas étonnés, puisqu'elle est mannequin chez Drecoll. Elle vous dira : « Que pensez-vous de ma robe ? » avec la gravité d'un spécialiste s'adressant à un profane et un peu comme un ingénieur demanderait à ce profane : « Que pensez- vous du chemin de fer que je viens de tracer ? » Naturellement, vous lui répondrez : « Votre robe est très jolie » et peut-être ajouterez-vous, si vous l'osez : « Mais vous êtes encore plus jolie ».
Et elle rira. Ecoutez-la parler avec ses petites amies, comme elle professionnelles de la mode ; que de mots savants ! Vous ne com- prenez rien à tout cela ; c'est comme une technique compliquée et subtile. Il vous suffit que la voie ferrée soit tracée de telle sorte, que le train où vous vous trouvez ne déraille pas ; il vous suffit que, par leur harmonie, la robe, le corps et le chapeau de Marie vous procurent l'impression que si vous l'accompagnez en ville, les gens penseront : « Cette jeune fille est très jolie et très bien vêtue ».
La science que cultive Marie est difficile, mais, grâce à cette science, Marie règne sur toute l'Europe.
Et cependant... vous avez parfois envie de vous permettre timi- dement, une légère critique. Il vous semble que le costume très simple que Marie porte le dimanche pour aller à la campagne, est beaucoup plus gracieux que les modèles luxueux qu'elle pré- sente en semaine, devant les face-à-main des clientes de la fa- (1) Désirant identifier cette maison de couture, j'ai sollicité l'aide de Mme Coco Chanel laquelle m'a répondu que ses recherches étaient restées sans succès.
meuse maison où elle travaille, ou que tous les vêtements qu'elle va exhiber, de temps en temps, pour le compte de la même mai- son, au Bois de Boulogne ou à Longchamp. Mais, croyez-moi, vous ferez mieux de ne rien dire de tout ceci à Marie, parce qu'elle répondra sur un ton qui n'admet pas de réplique : « Mais, c'est ce que l'on porte en ce moment », et elle vous regardera comme on regarde un ignorant digne de pitié. Les modèles des grands couturiers sont un peu comme la musique scientifique (1).
Marie vous dira que vous ne comprenez rien à cette musique, et que, par conséquent, vous n'avez pas le droit de la critiquer.
La mode de Paris est un dogme, un dogme reposant sur le con- sentement universel. En outre, le fiancé de Marie, un jeune homme récemment arrivé de province, pense comme Marie — et comme toute l'Europe.
Et cependant... Marie, pourquoi avez-vous eu l'idée de porter d'aussi hauts talons ? Serait-ce que, par hasard, vous vous croyez insuffisamment grande à côté des femmes nordiques ? Eh bien, sachez tout d'abord, que nous, les hommes, nous n'aimons pas les femmes trop grandes. Et, en outre, vos talons sont laids : ils rappellent le bâton d'une jambe de bois, ils vous donnent l'allure d'une estropiée et, bien que vous ne le dites pas, je suis sûr qu'ils vous blessent et que vous souffrez en marchant.
Quant à votre chapeau, il a très souvent une apparence de fausse simplicité, un je ne sais quoi de recherché, dépassant le but que vous vous étiez proposé d'atteindre. Il en est de même pour votre costume, Marie. Vous l'avez trop apprêté et cela se voit.
Il est d'une beauté artificielle. Taine — bien que français, ces philosophes ne sont pas toujours galants — a déjà dit tout cela.
<1) Puisque en 1917 il n'était pas encore question de « musique calculée » et que, malgré son intérêt pour la musique d'avant-garde que ses amis, le pianiste catalan Ricardo Vines et le compositeur levantin Oscar Espla lui firent entendre et apprécier, Valéry Larbaud ne semblait pas avoir eu connaissance des récentes découvertes de Maurice Martenot ni des recher- ches préfiguratrices de celles de Sohoenberg, j'ai consulté le musicologue Maurice Fleuret au sujet de cette « musique scientifique ». Par conséquent, plusieurs interprétations sont possibles : ou Valéry Larbaud pense à « l'al- chimie sonore » de Debussy ou de Ravel, ou au contraire au groupe des Six, qui, rangé sous la bannière de Cocteau et de Erik Satie s'opposait aux raffinements de l'impressionnisme, ou alors il fait allusion au langage syncopé, à la gigantesque machine sonore et rythmique que furent l'Oiseau de feu, Petrouchka e't surtout le Sacre du Printemps de Stravinsky. C'est sans doute l'hypothèse la plus vraisemblable, car ces œuvres respectivement créées en 1910, 1911 et 1913 eurent un retentissement considérable. Ricardo Vines inscrivit du reste des fragments du ballet de l'Oiseau de Feu au con- cert qu'il donna à Barcelone, en octobre 1916 et auquel Valéry Larbaud assista, vivement impressionné.
Et il a osé ajouter que vos chaussures faisaient ressembler vos jambes à des pattes d'insectes vernies.
Evidemment, à toutes ces objections, Marie répondra que la mode parisienne a ses propres lois, qu'elle repose sur une tradi- tion vieille de plus de deux siècles et qu'il ne saurait être question que, du jour au lendemain, tout change et se réinvente. Elle ajoutera — et c'est là son argument suprême r— qu'il n'existe pas d'autre mode que la sienne et que toutes les propositions des hygiénistes et artistes concernant le costume féminin : « Art nouveau » de Paris ou « Sécession » de Munich ne peuvent servir qu'aux robes de chambre et font penser aux vêtements pour sana- torium ou établissement thermal et qu'elles mériteraient l'éti- quette suivante : « vêtements pour femme végétarienne ».
Et Marie a raison : il n'existe pas de mode constituée et tradi- tionnelle en dehors de celle de Paris ; toutes les tentatives, tous les projets pour inventer « autre chose » ont échoué.
Mais cependant...
Gladys
D
e même que j ' a i personnifié la mode parisienne, je vais per- sonnifier la mode anglaise, et je l'appellerai : Gladys. Pour la connaître, un voyage dans son pays serait nécessaire, à moins que de temps en temps, on la rencontre dans les lieux privilégiés du continent, tels que Nice, Biarritz ou Saint-Sébastien.Gladys n'est pas moins adorable que Marie, mais elle l'est d'une autre façon. Gladys termine une partie de « tennis » ou de « golf » et de sa main encore chaude d'avoir manié la raquette ou la « cross », elle vient vous serrer chaleureusement les vôtres.
Ainsi, de suite, elle vous donne l'impression d'être « un bon garçon » ou un « loyal camarade ». Si vous devenez son fiancé, vous l'accompagnerez à la promenade et elle vous demandera la canne pour la porter avec arrogance, comme autrefois le page portait l'épée de son seigneur. Mais Gladys n'est pas seulement
« un bon garçon » : elle est aussi une femme, très féminine.
Chez Marie, c'est la femme que l'on remarque d'abord : elle ne se cache pas. Chez Gladys, il faut la découvrir peu à peu, et ce travail est très intéressant, parce que, sous ses apparences brusques et masculines, Gladys cache une jeune fille affectueuse.
Elle aussi sait s'exprimer très poliment : A un chien, à un chat elle dira : « 0 le pauvre bijou ! » et à son fiancé : « 0 le sot garçon ! ». Gladys a l'habitude d'accentuer certaines paroles :
« je ne savais « que » faire, dira-t-elle en insistant sur le « que » d'une façon qui traduit admirablement la perplexité.
Qu'elle est belle lorsqu'elle revient du « tennis » ou du « golf » ou de se baigner dans la mer, avec les petits fils de soie de ses cheveux blonds que le vent s'amuse à caresser devant ses yeux bleus et sincères, et à plaquer un moment sur ses joues roses que baisent le soleil et l'air ! Tout séduit en elle, et elle communique ce charme au vêtement qu'elle porte. Coiffée d'une petite casquette de laine blanche, rouge ou bleue, elle est vêtue d'un jersey blanc qui moule parfaitement ses épaules, ses bras et sa taille. Sa gorge ne présente pas de rondeurs uniformes mais sous la tendre laine du jersey, ses seins se dessinent en lignes précises. Sa taille se cambre avec liberté sans la contrainte du corset.
La jupe, couleur de bruyères ou de brumes écossaises, ou mauve ou obscure comme les horizons du Yorkshire ou du pays des lacs, est simple et courte. Marie porte parfois la jupe courte, mais c'est pour montrer ses chevilles ou les hautes tiges de ses bottines. La jupe de Gladys est courte, parce que Gladys veut pouvoir marcher vite et éventuellement courir et sauter. Pour cette raison, elle porte de solides chaussures à semelles épaisses et à talons plats, chaussures coupées dans un admirable cuir naturel ou jaune.
Si le vêtement peut passer pour un des signes extérieurs de la richesse, il est certain que, à première vue, vous penserez en voyant Marie et Gladys côte à côte, que Marie est la plus riche des deux. Sans aucun doute, son costume a coûté plus cher que celui de Gladys, mais Marie qui s'habille comme une grande dame n'est en réalité que mannequin chez Drecoll. Gladys qui passe ses matinées à jouer au « golf » n'a pas besoin de travailler pour vivre. Son costume « sport » signifie « oisiveté » et par conséquent richesse. Ainsi, l'employé de commerce de Londres est toujours en habit avec chapeau haut de forme : il n'a ni le temps ni les moyens de revêtir la jaquette sombre ou de porter le chapeau mou. C'est pourquoi, le vêtement cérémonieux se voit déprécié, et, ainsi peu à peu, on finit par se dire que Gladys pourrait bien être plus élégante et passer pour plus élégante que Marie.
En outre, pour aller en promenade à Hyde Park ou faire des emplettes dans Bond Street, Gladys veut que ce soit Marie qui lui réalise son costume de ville. Marie souhaiterait bien alors que Gladys le porte exactement comme le sien, mais Gladys n'accepte pas tout ce que Marie lui propose : elle refuse les colifichets qui plaisent tant à cette dernière. Elle veut et finit par obtenir quelque chose de plus simple. Son chapeau n'a pas pour mission d'orner sa tête, mais de la couvrir et de la protéger. Comme elle
est suffisamment grande, elle peut très bien se passer de talon Louis XV. En un mot, elle estime trop son corps pour le sacrifier au vêtement.
Marie croit que Gladys se trompe et elle dira même qu'elle n'a aucun « chic » et qu'elle s'habille comme une provinciale. Eh bien non, Marie, c'est vous qui êtes dans l'erreur. Il est vrai que sans vous, Gladys ne parviendrait pas à s'habiller, mais elle ne s'habille pas comme une provinciale — celle-ci aime beaucoup les colifichets — elle a du « chic » et un « chic » qui ne le cède en rien au vôtre. Ne croyez pas que, en simplifiant les modes elle les abîme : au contraire, elle les perfectionne et les modernise.
C'est à Londres que la mode de Paris, soumise à une révision et corrigée par Gladys, s'approche plus que partout ailleurs de cette mode idéale que nous ambitionnons.
Lola
C
'est en parlant de la mode espagnole que je me hasarde pour la première fois à écrire ces notes en castillan. Mais comme je ne connais pas suffisamment cet idiome, je fais confiance à l'élégant traducteur des trois premières parties de « La Femme Vêtue », lequel, soumettant préalablement ces lignes à sa censure, les rendra dignes d'être parcourues par les lectrices de Hygiène et Beauté.Je voudrais, avant tout, exprimer mon admiration pour la femme espagnole. Je sais bien que beaucoup d'artistes et d'écri- vains ont célébré sa beauté, sa grâce et ses charmes, mais je crois avoir effectué d'assez longs séjours en Espagne pendant ces dernières années et avoir connu assez d'Espagnoles hors d'Espa- gne, pour dire sur ce sujet ce que peut-être les autres n'ont pas dit.
En général, les peintres et les poètes étrangers qui se sont intéres- sés à la femme espagnole, ont vu en elle une créature mystérieuse, exotique, presque orientale. Mais il me semble qu'ils se sont trom- pés, et, à mon avis, la femme espagnole est sans doute la plus typi- quement européenne des femmes du vieux continent. Une fem- me espagnole, jeune et jolie, en quelque lieu du monde où on la rencontre, n'est pas seulement une femme pleine d'attraits, mais elle représente aussi, peut-être sans s'en rendre compte, toute une tradition morale et sociale dont les femmes des autres pays se sont séparées. Elle vit davantage pour l'amour, c'est-à-dire pour l'homme et le foyer que les femmes des nations où il y a rivalité entre les deux sexes ; elle est davantage épouse au sens religieux du mot, elle vit pour « se marier comme Dieu l'ordonne »,
et suit scrupuleusement, même lorsqu'il s'agit de « prier Dieu la tête couverte » les préceptes de l'apôtre des Gentils ; enfin, elle vit à l'intérieur de ce que Paul Claudel appelle « la barrière du mariage » ; les autres vivent dans le siècle.
Pour cette raison, tandis que les étrangères peuvent nous ins- pirer maints sentiments divers, depuis l'amitié purement intellec- tuelle, jusqu'à la plus violente passion en passant par ce que les anglais appellent « fancy » et les français « béguin » les espa- gnoles ne peuvent qu'inspirer le plus louable, le plus pur amour, elles sanctifient la passion, ce qui leur confère ce sérieux, cette connaissance des choses essentielles de la vie : l'amour et la maternité, cette dignité que possèdent tous les êtres qui n'ont pas renoncé à leur essence divine pour abandonner leur âme aux vanités de ce monde, tant matérielles qu'intellectuelles, qui ne se sont pas laissées entraîner par le courant et qui ne portent pas dans leur chair, ainsi que le dit Alfred de Vigny : la lettre sociale écrite avec le feu (1) et c'est en ceci que consiste la plus haute culture. Tu as raison, Lola, lorsque tu parles avec mépris des
« bouquins ». Tu peux bien te passer d'eux.
Quelque chose de ces réalités de la femme espagnole se reflète dans sa manière de se vêtir. L'Espagne est le pays où l'on voit le plus de femmes vêtues de couleurs sombres, et où l'on remarque le plus l'absence de colifichets dans le costume. C'est aussi, détail important, le pays catholique où se généralise le plus la coutume de porter l'habit par vœu. Il n'y a rien de plus élégant que l'habit de Notre-Dame des Douleurs et le mannequin de Paquin ou de Drecoll, vêtu de la plus luxueuse des dernières « créations » du grand couturier est éclipsé par Lola, qui, encore un peu pâle, effectue, après une récente maladie, sa première promenade, vêtue de l'habit noir, avec son petit écusson sur la poitrine et son cordon pendant à la ceinture. C'est alors que vient à la mémoire l'excla- mation de Calixte recevant le cordon de Mélibée : « O bienheureux cordon qui obtint un tel pouvoir et un tel mérite pour avoir ceint ce corps que je ne suis pas digne de servir. O liens de ma passion, vous avez enlacé l'objet de mes désirs » (2). L'habit et la mantille, d'où semble toujours se dégager une odeur d'encens, voici la véri- table simplicité qui révèle la plus profonde culture, qui contient la plus haute signification morale et intellectuelle, en alliant la grâce du corps à la grâce de Dieu.
(1) En français dans le texte. Extrait de Les Destinées : «La Maison du Berger ».
(2) Extrait de l'acte VI de la tragi-comédie de Calixte et Mélibée, plus connue sous le titre de La Célestine, parue en 1499, à Burgos et attribuée à Fernando de Rojas.
LA REVUE N ° 1 0 5
Ni Marie la Parisienne ni Gladys l'Anglaise ne comprendraient cette simplicité. Elles sont cultivées, elles le sont avec excès, mais elles se sont trop éloignées des traditions morales et européennes.
Au premier abord, elles croiront que Lola n'est pas autre chose qu'une « dévote » ignorante. Mais, comme elles sont intelligentes, elles ne tarderont pas à se rendre compte de leur erreur et que la dévotion de Lola n'a rien à voir avec le rigorisme des dévotes françaises. Et alors, elles ne comprendront pas... parce qu'elles ne savent même pas que Lolita et dona Dolorès sont une seule et même personne.
Avant de devenir dona Dolorès, Lolita a connu, comme les papillons, une période où, chrysalide, elle fut une fillette un peu moins jolie que la majorité des fillettes anglaises et vêtue p a r ses parents le plus souvent d'une façon irrationnelle, pour ne pas dire ridicule : la tête affublée d'un immense chapeau et ses petites jambes fluettes, exposées presque toute l'année à l'in- fluence pernicieuse d'un climat irrégulier à l'extrême.
Mais, un jour, contre toute attente, Lolita est devenue une jeune fille, et, de la chrysalide s'est envolé le plus joli des papil- lons. Les naturalistes disent que les créatures les plus parfaites sont celles qui parviennent le plus tard à leur plus complet déve- loppement, et les psychologues ont prouvé que les hommes de génie ont presque toujours été des enfants médiocres, voire mala- droits. Le même phénomène semble se produire, en Espagne, pour la beauté féminine : c'est le pays des fillettes les plus insigni- fiantes et des femmes les plus belles.
Ainsi, une fois devenue jeune fille, Lola commence à avoir un fiancé. En Angleterre, en France, on ne parle pas de fian- çailles. En Angleterre, une jeune fille a plusieurs amis, elle les rencontre sur les « courts » de tennis, va se promener en leur compagnie, mais on ne sait pas avec certitude si elle entretient des relations avec l'un d'entre eux, jusqu'au jour où elle se marie avec George ou Archie. Dans la très compliquée société française, tout se passe, pour ainsi dire, d'une manière allusive, selon les circonstances, mais, dans la majorité des cas, ce sont les parents qui arrangent tout (1). Au contraire, en Espagne, il y a une espèce de convention établie ; d'abord figure la lettre dans laquelle le jeune homme sollicite des relations et viennent ensuite les con- versations à la fenêtre. Les rapports sont alors officiels, et, dès que Lolita a un fiancé, elle commence déjà à ne plus s'appartenir pour appartenir à un homme. Et ceci modifie sa tenue vesti-
\1) Souvenons-nous des projets matrimoniaux conçus par Madame Lar- baud-Saint-Yorre pour son fils !
mentaire. Il ne s'agit plus de conquérir, mais de conserver la con- quête. D'où cette simplicité admirable, prélude à la noble sim- plicité qui sied aussi à la femme mariée et qui laisse transparaître la vie de l'âme, toute dévouée au bonheur de l'élu.
C'est pour cette raison que les Espagnoles savent si bien choisir parmi les modes de Paris installées dans la péninsule, ce qu'il y a de plus discret et de plus joli pour le reporter sur l'habit et donner au costume de ville quelque chose de la sainteté de cet habit. Elles montrent aux autres femmes le parti que l'on peut tirer des draps lisses, unis et sombres : et c'est en cela qu'elles contribuent à la mode européenne.
Mais nous, nous voudrions que cette contribution s'étende plus encore : nous voudrions voir la mantille franchir les Pyrénées et exterminer rapidement l'espèce laide et insolente des chapeaux, épargnant simplement quelques-uns de ses représentants, par exemple, le petit chapeau rond de paille fine et enrubanné que portent les anglaises.
Peut-être serait-ce trop exiger, si la mantille arrive jusqu'à Paris ou à Londres, ce sera la nuit, pour aller au théâtre, mais elle n'osera jamais descendre dans la rue en plein jour. Elle est trop espagnole, elle ne se laisse poser que par des mains espa- gnoles et sur une tête espagnole. Peut-être est-il possible, qu'un jour, quand sera réalisée une sorte d'unité européenne, non seule- lement politique, mais raciale... Pour l'instant, nous devons nous contenter de l'exemple que donnent les Espagnoles par leur façon d'interpréter la mode parisienne, en la dominant, en la modelant sur leurs idéaux si européens de distinction et de noble simplicité, en la rendant digne de leur chastes corps de fiancées, d'épouses et de mères.
VALERY LARBAUD {Traduit de l'espagnol par
ANNE POYLO)