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La fin du dimorphisme sexuel est-elle programmée ?

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000 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 24 août 2010 Revue Médicale Suisse www.revmed.ch 23 février 2011 463 Pour Darwin, la notion de sélection na­

turelle allait de pair avec celle de sé­

lection sexuelle. En effet, il ne pouvait expliquer la première, sans justifier que c’est la seconde qui permettait la présence de caractères semblant défavorables à la survie mais avantageux pour la reproduc­

tion. Le dimorphisme sexuel pouvait ainsi être vu comme le développement de carac­

tères propres aux mâles, et sur la base des­

quels une compétition entre eux pouvait se produire, ou bien comme des caractères choisis par la femelle voulant se reproduire.

On parle actuellement du dimorphisme sexuel, comme l’expression phénotypique de processus complexes dans lesquels on trouve comme déterminants et partenaires, les chromosomes, les gènes, les gonades, les hormones et l’environnement. La déter­

mination sexuelle mâle/femelle peut pourtant échouer et l’une des manifestations en est les désordres de la différenciation sexuelle (DSD : Disorders of sexual differentiation).1

Le chromosome X compte plus de 3000 gènes codant pour des protéines alors que le chromosome Y en compte moins de 50.

Celui­ci porte par ailleurs de grandes régions répétitives d’ADN dont la fonctionnalité n’est pas certaine. Il représente, en nombre de gènes moins que 0,2% du génome (avec une estimation du génome humain de 25 000 gènes environ). On a pu retracer la dégéné­

rescence progressive, ou perte génique, du chromosome Y au cours des derniers millions d’années. Les autres gènes auraient été progressivement perdus par manque de recombinaison et crossing-over du chromo­

some Y qui n’a pas d’homologue pour s’ap­

parier lors de la méiose, donc pas de renou­

vellement possible lors de l’accumulation d’accidents géniques. Ont été retenus à travers l’évolution, les gènes impliqués dans

la spermatogenèse, la fertilité, et le gène SRY pour la détermination sexuelle mâle.

Bien sûr, la perte de ces gènes serait in­

compatible avec la transmission du chro­

mosome Y, d’où pression de sélection pour leur maintien.

On définit la «maleness» ou masculinité, et son génotype, comme l’association d’un caryotype 46, XY, avec l’intégrité des gènes et voies biologiques intervenant dans la dé­

termination et la différenciation sexuelle des gonades, et le phénotype masculin résultant de la production hormonale des gonades différenciées. On peut alors comprendre que des variations du nombre des chromo­

somes sexuels, telles que 46, XXY, 46, XYY constituent pour la classification utilisée ac­

tuellement des pathologies de la différen­

ciation sexuelle. L’incidence de ces varia­

tions numériques des chromosomes sexuels est grande puisque pour 46, XXY, elle repré­

sente 1/600 naissances mâles, et pour 46, XYY : 1/1000 naissances mâles.

Si l’on part de la définition de la masculi­

nité ci­dessus : un homme avec des chro­

mosomes sexuels X en plus ou en moins présente bien un DSD. Donc, si l’on prend un homme avec un manque partiel du chro­

mosome Y, s’agit­il aussi d’un DSD ? Où s’arrête la définition de l’intégrité du caryo­

type ? De fait, les microdélétions du chro­

mosome Y (AZFa,b,c) représentent environ 6% des infertilités masculines avec oligo­

asthéno­tératospermie et 14% des azoo­

spermies. Selon où s’arrête la définition, en termes de fraction chromosomique, il s’agit donc d’hommes avec un DSD. En considé­

rant que l’infertilité masculine est en cons­

tante augmentation, avec, comme rapporté récemment, approximativement 20% des hom mes jeunes ayant des spermogram­

mes considérés comme patho logiques, on s’achemine vers une importante proportion d’hommes présentant des DSD.

De même, le cryptorchidisme, classé comme DSD, concerne 1/100 naissances environ. Il a été constaté que son incidence est en augmentation, avec des fréquences

deux à trois fois plus élevées qu’il y a 50 ans. Les effets épigénétiques de facteurs environnementaux, sur la période embryon­

naire du développement gonadique, sem­

blent impliqués dans l’évolution de l’inciden­

ce de cette pathologie, comme par ailleurs de celle de l’hypospadias (incidence 5/1000 naissances mâles environ), également clas­

sé DSD.

La fréquence des DSD progresse. Le di­

morphisme sexuel s’atténue­t­il ? La mascu­

linité se féminise­t­elle ? Ou alors sommes­

nous dans un système avec une certaine flexibilité, qui comprendrait des «zones gri­

ses» de variations du développement sexuel ? Certains prédisent la fin proche du dimor­

phisme sexuel dans notre espèce.

Le dimorphisme sexuel, encore d’un point de vue génétique, peut aussi être évalué ainsi : si l’on prend un très grand nombre de transcrits ARN des gènes, que l’on analyse leur ni­

veau sur un certain nombre de sites tissulaires différents, et que l’on compare le mâle à la femel le, on obtient un pourcentage de différen ces de transcription tissulaire qui correspond, entre le mâle et la femelle, au pourcentage de dimorphisme. Chez la souris,2 23 000 transcrits ARN ana lysés sur différents tis­

sus ont montré qu’un des dimorphismes les plus importants se trouvait au niveau du foie (70% des transcrits à niveaux différents), et l’un des moin dres dans le cerveau (14%).

70 à 95% des gènes sexuellement dimor­

phiques démontraient des changements inférieurs à 1,2 x dans les tissus. Les diffé­

rences observées correspondaient le plus probablement aux effets différentiels des hormones gonadiques (mâle versus femelle), ou de gènes directement impliqués/média­

teurs dans la différen ciation sexuelle. Par ailleurs, non seulement le chromosome X mais certains autosomes contenaient un bon nombre de gènes à trans cription dimorphi­

que, ce qui signifie bien sûr que l’utilisation des chromosomes sexuels, et leur intégrité pour définir la masculinité/féminité/DSD, n’est pas un critère biologi que clair.

Si l’on résume : chromosome Y : moins de 50 gènes, moins de 0,2% du génome.

Caryotype : 22 autosomes et 1 X. La contri­

bution du Y en gènes est donc quantitative­

ment négligeable, y compris en cas de Y

La fin du dimorphisme sexuel est-elle programmée ?

réflexion

A. Paoloni- Giacobino F. Ansermet

Dr Ariane Paoloni-Giacobino Service de médecine génétique Pr François Ansermet

Service de psychiatrie des enfants et adolescents

HUG

1211 Genève 14

[email protected] Franç[email protected]

Rev Med Suisse 2011 ; 7 : 463-4

… on s’achemine vers une importante proportion d’hommes présentant des désordres de la différanciation sexuelle …

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Bibliographie

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3 Ober C, Loisel DA, Gilad Y. Sex-specific genetic architecture of human disease. Nat Rev Genet 2008;9:

911-22.

surnuméraire. Au niveau du contenu géni­

que, de la séquence ADN (les séquences humaines complètes femme et homme sont connues), et de la structure du génome, on peut considérer qu’il y a similarité, y com­

pris au niveau des polymorphismes SNP.3 La différence entre les sexes correspondrait donc à une affaire de régulation, et non de contenu génétique. D’où l’impossibilité de déterminer, dans un certain nombre de cas, à quel moment et à quel stade on se trouve dans un désordre ou une pathologie de la différenciation sexuelle.

Si une variation de régulation est à la base d’un système ou d’une organisation biolo­

gique, la frontière ne peut être mise d’une

manière précise entre ce qui est patholo­

gique ou simplement variable. Il s’agit donc d’un système flexible basé sur de faibles niveaux de différences de transcription et probablement de traduction génique.

Alors, est­ce la fin programmée du dimor­

phisme ? Plutôt la découverte d’un système

d’une subtilité étonnante, où tant la détermi­

nation que ses pathologies nécessitent l’in­

tégration d’un nombre si grand de protago­

nistes – chromosomes, gènes, transcrits, régulations et facteurs environnementaux – que même le généticien se perd.

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Références

Documents relatifs

Martin AGP, Les Oasis Saharienne, édition de l'imprimerie Algérienne, Alger, 1908, p 136. L, Le Tidikelt, Ed imprimerie Typographique et Lithographique , Oran, 1909, p 91.. 172

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