ENTRE L'ENCLUME ET LE MARTEAU
Déjà parus :
(ancienne présentation)
1. Eric PIQUET-WICKS ... Alerte à Orly.
2. Alain BOUCCARÈJE .... L'ombre et la proie.
3. Rodolfo USIGLI Tentative d'assassinat.
4 Alexandre MAÏER Genève vaut bien une messe.
5. Louis C. THOMAS Le mort qui marche.
7. BOILEAU-NARCEJAC .... Sueurs froides.
8. Pierre FORQUIN L'homme aux petits cigares.
9. BOILEAU-NARCEJAC .... A cœur perdu.
11. E. LE -LAURAGUAIS .... Le collant noir.
12. BOILEAU-NARCEJAC . . . L'ingénieur aimait trop les chiffres.
13. BOILEAU-NARCEJAC .... Les visages de l'ombre.
14. BOILEAU-NARCEJAC .... Les magiciennes.
15. BOILEAU-NARCEJAC .... Les louves.
16. BOILEAU-NARCEJAC .... Les diaboliques.
18. Eric PIQUET-WICKS ... Attentat à Istanbul.
19. Frédéric VALMONT .... Grand chelem à cœur.
20. Georges GAUTHIER ... Un coup de feu, Votre Honneur.
21. Hubert MONTEILHET .. Les mantes religieuses.
22. Louis C. THOMAS Sans espoir de retour.
23. Bernard DELEUZE .... L'homme de la Ruhr.
24. E. LE LAURAGUAIS La fièvre à quarante.
25. Olivier JORIS Court-circuit.
26. Pierre SIGNAC Monsieur Cauchemar.
27. Henry CECIL ... On juge le Juge.
28. Pierre FORQUIN L'homme du 7 novembre.
29. François DORMONT ... Crime aux Archives.
30. Frédéric VALMONT .... Monsieur Contre et le mort.
31. Yves DARTOIS La roue de Tintagel.
32. Hubert MONTEILHET .. Le retour des cendres.
33. René CAMBON Opération Sardine 34. BOILEAU-NARCEJAC .... Maléfices.
36. Louis C. THOMAS La mort au cœur.
37. Sigmund MILLER Le léopard des neiges.
39. Jacques BOURDERON .. La corrida des Séraphins.
40. Pierre FORQUIN ... Le printemps fait toujours un peu mal.
(nouvelle présentation)
201. Louis C. THOMAS ...Manie de la persécution.
202. Craig RICE ...T comme traquenard.
203. Sébastien JAPRISOT ... Compartiment Tueurs.
204. Guy VENAYRE... Sainte-Morte.
205. BOlLEAU-NARCEJAC .... Maldonne.
206. Evelyn PIPER Chère poupée.
207. Pierre FORQUIN ...Le procès du diable.
208. René CAMBON ...Combat de nègres.
209. Sébastien JAPRISOT .. Piège pour Cendrillon.
210. Lucille FLETCHER ...Un bandeau sur les yeux.
211. Louis C. THOMAS A vos souhaits, la mort.
212. Gill es CORONER L'homme au casque d'or.
213. Georges VILLEMIER ... Le petit canard.
214. René CAMBON ...Les cierges de ia Saint-Antoine.
215. J.-P. LEVENS ...Un pion, trois dames.
216. Christian LIBOS ...Impasse au Valais.
217. Laurence ORIOL ...A cœur ouvert.
218. Gilles PERRAULT .... Au pied du mur.
219. Hubert MONTEILHET ... Les pavés du diable.
220. Lucille FLETCHER ... Porté disparu.
221. Claude CARIGUEL ...A comme Agathe.
222. BOILEAU-NARCEJAC ...Les victimes.
228. Evelyn PIPER ...Le meurtrier nu.
224. S.-A. STEEMAN ...Autopsie d'un viol.
225. Louis C. THOMAS ...Les mauvaises fréquentations.
226. Georges VILLEMIER ...La paix des champs.
227. René CAMBON ...L'oiseau rare.
228. Gérard MAIRE ...Orange amère.
229. J.-F. COATMEUR ..Nocturne pour mourir.
230. Marc DELORY ....Bateau en Espagne.
231. Hubert MONTEILHET .. Le forçat de l'amour.
232. Michel LERM ...La belle à Belle-Ile.
233. René RÉOUVEN ...Octave n.
234. Eric CAMMAR ...Place aux amateurs.
235. Evelyn PIPER Le motif.
236. Lucille FLETCHER ...Le crime du yawl bleu.
237. Louis C. THOMAS Par cruauté mentale.
238. Laurence ORIOL ...La chasse aux innocents.
239. Jacques BOURDERON .. Corrida à Brazza.
240. Laurence ORIOL ...L'interne de service.
241. Evelyn PIPER Bunny Lake a disparu.
242. Hubert MONTEILHET .. Le démon est mauvais joueur. (Le retour des cendres) 243. René CAMBON ...Les Pirates.
244. Jean D'OLIVET ...La peau d'un autre.
245. Hubert MONTEILHET .. Les bourreaux de Cupidon.
246. Francis DIDELOT ...Minorité de faveur.
247. Louis ...C. THOMAS La complice.
248. René CAMBON ...Le fou du labo 4.
249. Laurence ORIOL ....Un meurtre, ça fait grandir.
250. Jacques BOURDERON .. Un espion fatigué.
251. Louis C. THOMAS .... La nuit de nulle part.
252. H. J. FRANCK ...Bagatelles pour un drapeau.
253. Jean BOMMART ...Elle ou moi.
254. Claude DUBOIS ... Echec aux armes.
DU MÊME AUTEUR Opération sardine Combat de nègres Les Cierges de la Saint-Antoine L'Oiseau rare
Les Pirates Le fou du Labo 4
Couverture J. L. Swiners-Rapho
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Diffusion DENOËL 14, rue Amélie, Paris 7
RENÉ CAMBON
Entre l'enclume le marteau et
ROMAN
DENOËL
© 1967, by Editions Denoël, Paris
A 8 h 15, Antoine Braccini, dit Tony l'Américain, fit une tournée d'inspection de ses huit courts, donna des ordres à Pepe, l'Espagnol compétent et increvable qui en assurait l'entretien, et pénétra dans le Club- House de son pas élastique.
Gino, le barman italien, était à son poste, essuyant des verres derrière un comptoir époustouflant par ses gigantesques dimensions, par ses chromes ruti- lants et par ses boiseries aux lignes futuristes. Lom- bard, un vieux joueur de tennis que Tony avait chargé de l'organisation du tournoi, avait réquisi- tionné une table et contemplait mélancoliquement sa feuille des matches. Attablés dans un coin, à côté du juke-box, Joaquin, Pradal, Poli et Bergougnoux étaient plongés dans une inquiétante conversation à voix basse.
Tony pesait cent kilos, mesurait 1 m 85, avait des épaules impressionnantes et une belle tête de
gladiateur. Il avait trente-cinq ans et était auréolé de prestige parce qu'il avait passé quelques années à Reno, ce qui lui avait valu son surnom, et parce qu'il était toujours un redoutable 2e série.
Mais, ses tournois de vrai tennis, ses tournois de classement, il les faisait ailleurs que chez lui car il était avant tout un marchand de limonade et voulait se consacrer entièrement à son bar et à son restaurant.
Il avait pas mal d'argent lorsqu'il était rentré d'Amérique et il avait vu les choses de très haut.
Le terrain ne lui avait pas coûté bien cher, mais les courts, le Club-House somptueux et le vaste apparte- ment qu'il avait fait bâtir au-dessus, avaient forte- ment entamé son capital.
Ensuite, il s'était aperçu que la saison ne durait que deux mois et que l'argent qu'il ramassait pen- dant ces deux mois ne suffisait pas à le faire vivre toute l'année de la façon dont il voulait vivre. Il avait contracté d'onéreuses habitudes à Reno et il ne pouvait s'empêcher de continuer à fréquenter les casinos et les boîtes de nuit de la côte.
A ce régime, au bout de deux ans, sa situation financière était catastrophique. Il pensa alors qu'il était temps de reprendre les activités qui l'avaient enrichi aux U.S.A. et il finit par réussir à s'aboucher avec un revendeur de drogue de la côte. Mais, de ce nouvel appoint, il découvrit rapidement qu'il ne pou- vait espérer tirer les éléments d'une fortune. La marijuana, l'héroïne, n'avaient que peu d'amateurs dans cette province française. Sa clientèle n'était
composée que de la jeunesse dorée qui disparaissait dans les facultés à partir de septembre pour ne réapparaître qu'en juillet.
Et Tony connaissait de perpétuels soucis d'argent.
Il s'approcha de Lombard et regarda la feuille par-dessus son épaule. Il mit le doigt sur le nom qui se trouvait en face de celui de Joaquin et mur- mura :
— Qui c'est ce Denis ?
— Un sourd et muet, souffla Lombard avec un air satisfait.
— Et tu fais tomber Joaquin contre Bernard au deuxième tour, commenta Tony en approuvant de la tête. Ce n'est pas bête.
Il alla se promener dans les cuisines, passa par la porte de communication intérieure pour monter dans son appartement, téléphona à deux fournisseurs et revint juste à point pour voir arriver, à travers les longues baies, la Triumph verte de Catherine.
Il sortit, alla à sa rencontre, s'inclina sur la main tendue et, certain de n'être entendu par personne, lui dit :
— Je te remercie d'avoir fait l'effort de te lever si tôt.
Elle n'avait pas trente ans. Grande et bien faite, elle portait une robe d'un bleu tendre qui s'arrêtait à mi-cuisses. Il était impossible pour un homme de ne pas être hypnotisé par ses jambes parfaites. Elle était brune, très bronzée et avait de magnifiques yeux sombres.
Tony la connaissait depuis deux ans et batifolait discrètement avec elle en juillet, en août, pour Pâques et pour Pentecôte. On parlait assez fréquemment de Pierre Jouve, son mari, dans les journaux. Toutes les fois qu'il y était question de finances ou de politique.
Jouve était né dans le pays et l'aimait. Il y retour- nait dès qu'il en avait la possibilité et alors on le croisait, monté sur un de ses superbes chevaux, sur les départementales, dans les champs et dans les bois.
— Ils sont déjà là? demanda-t-elle à voix basse.
— Il y en a quatre.
— Combien d'entre eux font le tournoi ?
— Joaquin et Bernard seulement. Et ils se ren- contreront au deuxième tour. Je ne pense pas que tu aies tellement de difficultés. A mon avis le tournoi est pour Joaquin. Ils seront contents et nous fou- tront la paix.
— Alors ce sera une journée de détente, dit-elle en soupirant. J'en ai besoin. Le vieux me met les nerfs en pelote. Je ne peux plus le supporter. Tony ! Il faut en finir...
Il se rembrunit et grommela :
— Je t'ai promis que ce serait pour cet été. Il faut seulement avoir un peu de patience et sauter sur l'occasion propice.
— Elle se présente actuellement, répondit-elle froidement. Il a reçu, hier, un Anglais avec lequel il est en affaires, avec sa femme et sa fille. Dès ce matin ils sont partis à cheval tous les quatre. Ils
sont comme lui. Ils ne peuvent vivre qu'à cheval.
Ils sont là pour plusieurs jours. Tu pourrais te join- dre au groupe et attendre l'occasion favorable.
— Ne sois pas stupide, murmura Tony. Et pour- quoi pas sur la place du village ?... Nous en avons discuté cent fois. Ce sera un accident de cheval, oui ! Mais il aura lieu quand je l'aurai décidé.
— Il y a deux ans qu'il doit avoir lieu, Tony, remarqua-t-elle, agressive. Laisse-moi parler à Joa- quin, il ne mettra pas deux ans à se décider, lui. Il se trouve qu'il a besoin d'argent en ce moment.
Tony pâlit.
— Je ne veux pas mettre ces gosses dans cette histoire, bégaya-t-il. Ce sont des hystériques... des drogués...
— Alors fais ça tout seul, comme un grand.
Mais fais-le vite ! Moi, j'en ai marre ! Je me rends compte que nous sommes faits l'un pour l'autre, Tony !... mais... même ça, ça ne peut pas résister au temps... et il y a deux ans que je t'attends. Ces deux années ont été longues pour moi, tu sais ?...
Ils tournèrent la tête tous les deux ensemble. Une voiture arrivait, un 4L beige, une fourgonnette, qui se plaça de l'autre côté du parking, entre la Jaguar E de Joaquin et la Morris-Cooper de Pradal.
— C'est le sourd et muet, grommela Tony. Lom- bard l'offre en holocauste à Joaquin au premier tour.
— Comment sais-tu qu'il est sourd et muet?
— D'abord parce que Lombard me l'a dit.
Ensuite, parce qu'il a ce rond jaune avec trois points noirs à l'arrière de son taxi. C'est un truc à faire échouer au code.
Il regarda l'homme qui sortait de la voiture et grogna :
— Ah ! Je sais qui c'est !
Il l'avait vu traîner pendant les deux jours pré- cédents autour des courts. C'était un homme d'une trentaine d'années, trapu, de taille moyenne, au cou enfoncé dans les épaules, qui n'avait rien de remar- quable en dehors de la vivacité et de l'acuité de son regard.
Il avait une série de polos identiques mais de couleurs différentes qu'il portait sur un pantalon gris. Son visage, mince et osseux, tout en angles, avait, en permanence, une intense expression de concentration. Chaque fois qu'il venait, il prenait une consommation, par politesse car il ne finissait jamais son verre et il allait regarder une partie.
— Quelque chose me dit que ce type va m'attirer des emmerdements, marmonna Tony.
— Tu as peur qu'il batte Joaquin ? demanda- t-elle.
— Oui. Je ne sais pas comment il joue. J'aurais préféré que Lombard mette à Joaquin un tocard connu. D'autre part, il est sourd et muet. Je crains que ça les excite. Sois gentille, va les prendre en main.
— Si je comprends bien, susurra-t-elle, tu as toujours peur de quelque chose.
Tony serra les dents, se heurta à son regard de
velours et la quitta brusquement. Ils entrèrent l'un derrière l'autre dans le Club-House, Catherine se dirigea vers la table de Joaquin et Tony passa de nouveau derrière Lombard.
— Tu ne peux pas changer le tableau ? lui dit-il.
Ce Denis est en train d'arriver. Il a une gueule qui ne me revient pas. Quoique infirme, si on le cherche, on doit le trouver.
— Joaquin a déjà vu le tableau, fit remarquer Lombard.
— Alea jacta est, murmura Tony en soupirant alors que Denis entrait et allait s'accouder au comp- toir.
A la stupéfaction de Tony, il dit d'une voix gron- dante qui semblait venir de l'estomac :
— Un crème et deux croissants.
C'était un muet qui parlait. Bizarrement, mais il parlait. Cependant, Gino le fit répéter et, cette fois, Denis, forçant sa voix, attira l'attention des quatre jeunes gens. Pradal éclata de rire et aboya, imitant assez fidèlement les sons qu'il venait d'entendre.
— What is it ? demanda Bergougnoux en fron- çant les sourcils.
— C'est l'abominable homme du tennis, dit Poli.
Ils avaient tous les quatre une vingtaine d'années, les cheveux longs, des chemises bariolées et des pantalons collants.
— Un sourd et muet ! annonça Joaquin. C'est tout ce que Lombard a trouvé pour me mettre sous la dent au premier tour.
— L'Américain ménage ses clients, dit Pradal
en ricanant. Cathy ? Quel effet ça te ferait de cou- cher avec un sourd et muet ?
Immobile et impassible, les yeux rivés sur Denis, elle répondit :
— Ça ne doit pas changer grand-chose, non ? Parle-moi plutôt d'un cul-de-jatte... ça, ça doit être marrant !
Lombard, qui savait bien ce qui tourmentait l'Américain et qui voyait la tournure que prenaient les événements, eut une idée. Il attendit que le regard de Denis croise le sien et lui fit signe de s'approcher. Il inscrivit : « Vous avez une licence ? >
sur un morceau de papier et le lui tendit.
Denis sortit son portefeuille et en tira une carte qu'il présenta et que Lombard examina soigneuse- ment. Il faisait partie d'un club niçois et était par- faitement en règle.
Lombard le remercia avec un sourire jaune.
Ensuite, il écrivit : « Vous me devez 20 francs pour les droits d'inscription au tournoi. Vous jouerez à 9 h sur le 3 contre Joaquin. »
Denis lut, paya, sourit et dit :
— Très bien.
Sa voix stridula sur la dernière syllabe et cet éclat amena des sourires sardoniques à la table de Joaquin. Pradal se mit à entonner une tyrolienne.
Tony se frictionna vigoureusement la nuque.
Maintenant, Denis avait gagné le coquetier en or.
Il allait avoir la bande sur le dos. La seule chance pour que ça se tasse était que Catherine s'en mêle.
Elle s'en mêla.
— Bientôt vous vous attaquerez aux enfants, murmura-t-elle avec un air dégoûté.
Denis ne paraissait s'être aperçu de rien. Il alla tremper ses croissants dans son crème, isolé dans son silence.
Les joueurs arrivaient et venaient se renseigner auprès de Lombard avant de passer au comptoir.
Dans le brouhaha, l'Américain donnait des poignées de main, faisait des sourires et des signes de tête, mais il était manifestement absent et son regard préoccupé revenait sans cesse sur Denis.
Joaquin attendit que la salle soit pleine. Elle le fut à 8 h 50. Il se leva solennellement et s'approcha de la table de Lombard.
Tous les gens qui se trouvaient là étaient des habi- tués et connaissaient assez Joaquin pour savoir que quelque incident allait éclater, aussi les conversa- tions s'arrêtèrent net.
Cependant, quelque chose qui n'était pas prévu dans le programme de Joaquin, se passa, lui cas- sant un peu ses effets et ralentissant sa marche.
Denis avait ramassé son sac et sortait, se dirigeant vraisemblablement vers les vestiaires, coupant la ligne droite que suivait Joaquin.
Le sourd et muet ne se rendit pas compte que la foule s'écartait pour laisser passer Joaquin et crut qu'elle se fendait pour lui. Il sourit en hochant aimablement la tête, frôla Joaquin et sortit.
Pour sauver sa dignité, Joaquin choisit de n'avoir rien vu. Il fit encore deux pas et se planta devant Lombard.
— Vous avez fait ça au tirage au sort ou à la tête des clients ? demanda-t-il d'une voix douce.
— Au tirage au sort, bien entendu, balbutia Lombard dans un silence complet.
— Je veux bien vous croire, dit nonchalamment Joaquin. Je craignais que vous n'ayez placé cet infirme contre moi par quelque plaisanterie de mauvais goût.
Il sortit flegmatiquement et se mit au volant de sa Jaguar dont le puissant moteur vrombit et qui disparut sur la route.
Les conversations reprirent. Catherine fila vers les toilettes, décochant au passage un coup d'œil à Tony. Il la rejoignit devant la glace du lavabo et dit :
— Il s'en va ?
— Il va chercher Anglade dont la voiture est en panne. Ensuite, il passera chez Pradal pour pren- dre sa sarbacane. Pradal a l'intention de s'amuser.
Il va lancer des graviers dans les jambes du sourd et muet. Ce ne sera pas une journée de détente. Ils vont faire tourner ce type en bourrique.
L'Américain tapa de son poing fermé sur la cloison, lâcha un juron et sortit des toilettes en coup de vent. Il se dirigea vers le coin du juke- box, mit une pièce, tira sur la manette et attendit que la musique explose. Ensuite, il mit ses deux grandes mains sur la table et courba sa haute taille sur les trois jeunes gens qui le regardaient, les sour- cils levés.
• L'ancien de l'Assistance Publique n'entend pas, Il parle à peine.
Mais si vous l'attaquez, il cogne comme un sourd ! Demandez donc à la bande de blousons dorés qui le harcèlent depuis deux jours!
• Ces jeunes drogués le font sourire. Mais il a tort : leur égérie, la belle Cathy,
va lui faire endosser le meurtre de son mari.
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