M. LHERM,
D.BÉBIN, G. LIÉNARD
INRA
Laboratoire d’Economie de
l’Elevage
Theix - 63122
Saint-Genès-Champanelle
Les élevages
de bovins allaitants
spécialisés
sont profondément
affectés
par la crise bovine
Evolution 1989/90 et à plus long terme d’un groupe d’élevages du Charolais Central. Première analyse
sommaire
L’économie des élevages allaitants spécialisés est particulièrement sensible
auxvariations des
coursqui résultent des déséquilibres cycliques entre l’offre et la
demande de viande bovine. Ceux-ci
sesont amplifiés, à l’échelle européenne, depuis la mise
enplace des quotas laitiers
en1984, et plus récemment du fait de
l’ouverture des frontières
avecles pays de l’Est,
sourcesd’importations de bovins
à bas prix. Depuis la fin 1989, le marché est à
nouveautrès excédentaire :
enFrance, l’excédent (Production-Consommation) est passé de 7 %
en1989 à 15 %
en
1990 et
au1er semestre 1991, alors que les importations n’ont jamais été aussi
fortes (32 % par rapport à la consommation
au1er semestre 1991). La baisse des
cours
est considérable (- 7 % entre juin 1989 et juin 1990, - 15 %
enjuin 1991), entraînant les producteurs dans
unenouvelle crise, dangereuse pour le futur puisque la chute des
revenuslamine les capacités de développement, voire
celle de survie, et affecte la confiance dans l’avenir.
On le constate à travers la régression des résultats économiques 1989 -1990 d’un
groupe d’éleveurs charolais des
zonesherbagères centrales. Il s’agit pourtant
d’élevages représentant les structures de production de demain,
comme entémoigne leur évolution depuis 1978
ou1981, et pour certains depuis 1971.
Résumé
_______________________________________________Après
seulement deux années derépit (1988-1989),
laproduction
de viande bovinefrançaise
eteuropéenne,
entre à nouveau, en 1990, dans une nouvelle crise,qui
se manifeste par uneimportante
chute des cours(-
7 % entre 1989 et 1990, - 15 % en été1991).
Celle-ci affecteparticulièrement
lesexploitations spécialisées
ayant desvaches allaitantes, compromettant
leur avenir.L’étude
présente
l’évolution des résultatstechnico-économiques
d’un groupe de 95élevages
charolais des zonesherbagères
centralesfrançaises (Nièvre,
Creuse,Saône-et-Loire, Allier) disposant
de bonnes structures deproduction (119 hectares,
63vaches,
120UGB).
Lerevenu chute de 27 % entre 1989 et 1990,
malgré
lesaides,
etmalgré
uneaugmentation
de laproductivité
dutravail, qui
atteint enmoyenne 18 000
kg
de viande vive par travailleur.L’analyse
de l’évolution àlong
terme de cesexploitations
montre une forteaugmenta-
tion de la
production
de viande par UTH(+
40 % en Nièvre entre 1978 et 1990, + 32 % en Creuse entre 1981 et1990)
obtenuegrâce
àune amélioration du
chargement
des surfacesfourragères
et surtout àl’agrandissement
continu desexploitations.
Ceci n’a pasempêché
une baisse des revenus, de l’ordre de 21 % par rapport à 1978 et de 30 % par rapport à 1981.
Comment,
dans cesconditions,
résoudre leproblème
de lacapitalisation
nécessaire pour accroître lecheptel
et réaliser leséquipements indispensables
à une bonne efficacité dutravail,
et pourpermettre
la transmission desentreprises,
sansgénérer
un endettement excessifqui hypothèque
l’avenir ?Dans ces
régions
où dominel’herbe,
les solutions deremplacement
moinsexigeantes
encapitaux,
rencontrentégalement
des difficultéséconomiques,
que ce soient les ovins dont leprix (en
francsconstants)
a été divisé par 2 en 10 ans, ou les céréales et lesoléoprotéagi-
neux dont les rendements sont aléatoires et les
prix également
en baisse tendancielle.Les mesures d’extensification
proposées
par la CEE sontégalement
maladaptées
à ces zonesdéjà
peuproductives.
Des mesuresspécifi-
ques seraient nécessaires pour
préserver
cesexploitations qui représentent
unpotentiel
de viande dequalité
etqui
constituent la base de l’entretien du territoire et du maintien de la vie sociale de ces zones défavorisées.La
baisse de
13% du
produit bovin
serépercute intégralement
sur lamargelUGB qui
retombe
au niveaule
plus
bas atteintdepuis
1971.La détérioration de la
conjoncture
bovine àpartir
de novembre 1989 a fortement affecté les résultatséconomiques
desexploitations
allai-tantes charolaises
spécialisées
de la zone Cen-trale.
On
peut
s’en rendrecompte d’après
l’évolu-tion des résultats 1989-1990 observés pour un groupe de 95 éleveurs situés en Nièvre
(45),
Creuse
(31),
Saône-et-Loire(10)
et Allier(9).
Rappelons
que ce groupe, base de nosrecherches sur l’évolution des
exploitations
etdes
systèmes d’élevage,
est constituéd’exploita-
tions « en avance » structurelle et
technique, pouvant représenter
ce versquoi
évoluerontbeaucoup d’exploitations pérennes
«plus
ordi-naires ». On y rencontre une
grande
diversitéde stades de
développement,
avec desjeunes agriculteurs
installésdepuis
peu, comme desexploitants
arrivant à la retraite ;l’âge
moyen est de 43 ans. L’ensemble dessystèmes prati- qués
dans larégion (du
broutard d’automneaux boeufs de 3
ans)
y estreprésenté.
Poursuite de l’évolution
des structures de production
Malgré l’importance
des surfacesdéjà dispo-
nibles et des
troupeaux (en
1989, 115 hectares SAU, 61vaches,
115 UGBherbivores),
lesexploitations
ont accru en 1990 leur dimensionéconomique,
en moyenne de 4 hectares et 5 UGB(tableau 1).
Cela s’est fait sur la lancée de l’effort dedéveloppement qui
avait étérepris
en 1988-89, avec le rétablissement de meilleurs résultats financiers en 1987-1988,après
le reculimportant
de 1985-1986.L’agrandissement s’accompagne
d’unelégère
extension des surfaces consacrées aux cultures céréalières et de vente
(du
moins enNièvre),
d’une très
légère
amélioration duchargement qui
passe de 1,27 UGB par ha SFP à 1,29. Laproductivité
du travail s’accroîtdavantage :
lenombre d’UGB et la
production
de viande vivepar travailleur
augmentent
de 5 et 6 %.Il faut observer que le
chargement
de cesgrandes exploitations
n’est quelégèrement supérieur
à la moyenne de lagrande
zone cha-rolaise
Centrale, qui
est estimée à 1,10 UGB par ha SFP(Julien
1991,d’après SCEES).
Enrevanche l’écart de
productivité
est considéra-ble,
avec 60,2 UGB partravailleur,
contre unemoyenne
régionale
évaluée à 37. On voit la pro-gression possible.
Une productivité technique
du troupeau maintenue,
mais
unemarge
enforte baisse
La
production
de viande viveaugmente
de2
kg
par UGB(essentiellement
du fait d’ani-maux
plus lourds),
mais lesquantités
deconcentrés nécessaires ont dû être accrues de
près
de 20kg
par UGB(séquelle
de la séche-resse de 1989 sur
l’hivernage 1989/90)
de tellesorte que la
quantité
de viande « autonome »(déduction
faite des concentrés utilisés et desfourrages grossiers achetés)
est restée econstante, à 241
kg/UGB (tableau 1).
Le
produit
bovin diminue de 635 F par UGB(soit -
13%),
essentiellement du fait du recul desprix
de toutes lescatégories
de bovinspro-
duits. Le recul du
prix
de vente moyenannuel,
toutes
catégories
confondues(-
7,2%)
ne tra-duit
qu’imparfaitement
la diminution de valeur de laproduction
de l’année. Il faut yajouter
la perte de valeur des élèves(hors cheptel
repro-ducteur)
restant à l’inventaire de sortie. Cetteperte
de valeur surproduits
en stock est bienréelle,
même si nous l’avons estimée au mini- mum, ellereprésente
une perte de 320 F par UGB(qui
se constatera,amplifiée,
sur la réali-sation des ventes en
1991).
A noter que le mon-tant des aides bovines
(355 F/UGB)
est restépratiquement inchangé (en
francscourants).
Les
charges
deproductions
relatives auxtroupeaux
et à la surfacefourragère
restentglo-
balement constantes : un peu moins de concen-
trés en valeur
(les quantités
sont accrues, mais leprix
au kilo estplus faible),
un peuplus
defrais de
production fourragère,
essentiellement dus àl’augmentation
de laproportion
de maïsensilage
récolté(+
0,5ha),
le rendementayant
été affecté par les conditions
climatiques
del’été 1990.
La baisse sur le
produit
bovin serépercute intégralement
sur la marge bovine finale par UGB,qui
passe de 3 393 F à 2 758 F, retrouvant ainsi en francs constants le niveaudéjà
atteinten 1986. Il
s’agit
des valeurs lesplus
bassesobservées
depuis
1971.La marge ovine baisse
également
de 10 %(- 345
F parUGB) malgré
laprogression
desaides (+ 10 %).
Au
total,
compte tenu de laprogression
ducheptel
partravailleur,
la baisse de la marge de la SFP par travailleur est un peu moins forte(-
14%, -
27400F)
que celle de la marge parUGB (- 19 %).
Une baisse plus forte
encoredes résultats globaux
A la baisse des marges sur les
productions
dela surface
fourragère s’ajoutent
deux autres fac-teurs
négatifs :
- La
régression
des marges des céréales et autres cultures de vente, deplus
de 800 F par hectare(-
26%),
sous letriple
effet d’unelégère
baisse du rendement(-
2,5quintaux/ha,
toutes
céréales)
essentiellement due aux cul- tures deprintemps
affectées par lasécheresse,
de la hausse duprix
des intrants(en particulier
en
produits
detraitement)
face au recul desprix
de vente, notamment pour le colza et letournesol,
surlesquels
avaient misé lesexploi-
tants
ayant
laplus
forteproportion
de culture.La baisse des marges céréalières retentit direc- tement sur la trésorerie, la vente du blé et des
autres cultures de vente
(ACV)
étant attenduepour financer les
charges
de l’hiver suivant ;- La très
légère augmentation
descharges
destructures par hectare
(+
40 F, + 1,6%), qui
peut apparaître négligeable,
maisl’agrandisse-
ment des
exploitations
aurait pu en diminuer le montant par lephénomène
des économiesd’échelle. La hausse
provient
essentiellement descharges
sociales( +
2 % parha),
desimpôts
fonciers(+
3%),
du montant desfermages (+ 1, 7 %
par haaffermé),
des frais financiers(+
1%)
et du matériel(+
1,8%).
En
définitive,
le revenu par travailleur dimi-nue de 27000 F soit 27 % en francs courants et 29 % en francs constants. Il s’établit en
moyenne à 74 000 F environ. Trois
exploita-
tions sur 95 ont un revenu
négatif.
Cette diminution aurait été
plus importante
encore s’il
n’y
avait pas eu les aides dont lemontant s’est accru en 1990 d’environ 20 000 F par
travailleur,
les 3/4 provenant de l’aide sécheresse 1989 touchée enseptembre
1990 etdonc
incorporée
au revenu 1990.La
proportion
de l’ensemble des aides(bovines,
ovines etgénérales)
passe ainsi de 27 % du revenu en 1989 à 64 % en 1990.Sans aides le revenu aurait été divisé par trois en francs constants.
Le
capital d’exploitation
n’a que faiblementaugmenté
en 1990(+
8 000 F parUTH), malgré l’augmentation
des effectifs bovinsqui
s’estpoursuivie
encore(+
3,4 % de taux d’accroisse-ment du troupeau des mères, + 13 % de
Entre 1989 et 1990 le
revenu par
travailleur diminue de près de
30%, malgré
l’augmentation des aides qui passent de
27 à 64
% du
revenu.génisses,
entre le début et la fin de l’année1990),
maisl’augmentation
que celareprésente (+
50000 F parexploitation)
est annulée par la baisse des valeurs unitaires constatées sur lecheptel présent
au 31/12/1990.Le
capital d’exploitation
immobiliséapproche
néanmoins 800 000 F par travailleur.Avec le réalisable et le
disponible,
ondépasse
les 850 000 F
Mais, même avec les
aides,
le revenu nereprésente
que 9 % de la valeur ducapital
immobilisé
(soit
untemps
de retour de 11ans).
Cette
proportion
est celle que l’on observe lors-qu’on
établit des bilans sur une dizaine d’an- nées(Liénard
et al1988).
L’ampleur de la baisse des résultats
économiques est la même
dans les quatre départements
Les diminutions de marge par UGB sont, en
proportion,
peu différentes entre lesdéparte-
ments
(tableau 2),
aussi les écarts entre les valeurs absolues se maintiennent : les marges restent, en moyenne, lesplus
faibles en Nièvre(2655 F)
oùprédominent
lesproductions
d’ani-maux
maigres,
enparticulier
desbroutards ;
elles sont semblables en Creuse(2784 F)
etAllier
(2800 F)
oùl’engraissement
est leplus développé ;
elles sont lesplus
élevées enSaône-et-Loire
(3109 F) grâce
auxproductions
de taurillons
maigres
de 15-18 mois et de brou- tards d’hiver relativementlourds,
obtenus avecdavantage
d’herbe et moins d’intrants que dans les autresdépartements.
La baisse du revenu
plus
accentuée en Niè-vre est à relier au
plus
fortdéveloppement
descultures de vente, dont les marges sont
plus
fai-bles par hectare et
davantage
en baisse que la marge par hectare de surfacefourragère.
Dans ces
conditions,
il ne faut pas s’étonner que l’endettement s’accroisse à nouveau. Ainsi les encours des emprunts augmentent de30000 F en Nièvre
(+
3points
de taux d’endet-tement)
et deprès
de 20 000 F en Creuse.L’évolution
surlongue période
pose de nombreuses questions
Nous avons rassemblé dans les tableaux 3 et 4 et les
figures
1 et 2, l’évolution desprinci-
paux
paramètres
structurelstechniques
et éco-nomiques
de deux échantillonspermanents d’exploitations
suivies àlong
terme, en Nièvre(39 exploitations
de 1978 à1990)
et Creuse(21
de 1981 à
1990).
1 - En
Nièvre, agrandissement, changement
desystèmes
avec une orientationmarquée
vers lemaigre, davantage
decéréales, augmentation
de laproductivité
dutravail,
mais évolutionnon
parallèle
des résultatséconomiques (tableau 3).
L’agrandissement
moyen de 22 % des sur- faces par travailleur entre 1978 et 1990 s’ac- compagne d’une tendance àl’augmentation
des
céréales,
notamment dans certaines desplus grandes exploitations
dontl’équilibre
s’estainsi
beaucoup
modifié enquelques
années.Malgré l’agrandissement
etl’importance
dessurfaces
disponibles,
iln’y
a pas eu extensifica- tion des surfacesfourragères,
mais on ne peutpas dire
qu’il
y a eu intensificationpuisque
lechargement
estpassé
de 1,19UGB/ha
SFP en1978 à 1,28 en 1987, pour se stabiliser ensuite autour de 1,25, valeur
qui
reste modérée. Dansces
conditions, l’importance
du troupeau partravailleur,
un des facteurs essentiels du revenude ces
systèmes, augmente
de 21%, passant
de53 à 64 UGB par
travailleur,
en moyenne, entre 1978 et 1990.Parallèlement,
lesexploitations
modifientprofondément
leursystème
bovin. Entre 1978et 1981-84, et contrairement à l’évolution
géné-
rale de la zone où se
généralise
la vente d’ani-maux
maigres,
cet échantillon d’éleveurs(choi-
sis pour
représenter
l’ensemble dessystèmes pratiqués
dans larégion)
a eu tendance à ren-forcer
l’engraissement
de ses animaux, la pro-portion
d’animaux vendusengraissés passant
de moins de 25 % en 1978 à 36 % en 1981 etjusqu’à
38 % en 1986-87,l’augmentation
prove- nantprincipalement
desfemelles,
surtout desgénisses (moins
de 5 % vendues grasses en1978, 25 % en
1987). Depuis,
avec l’interdiction desanabolisants, l’engraissement
a fortementrégressé,
comme onpouvait
leprévoir (Liénard
et al
1987) :
en 3 ans, celui desgénisses
aprati- quement disparu (8
% en1990),
celui des mâles et des vaches se réduit dans desproportions semblables,
de 43 % en 1987 à 29 % en 1990.Avec, pour les
mâles,
une véritabledisparition
des boeufs au
profit
des taurillonsd’auge.
Lesbœufs constituaient la
quasi-totalité
des mâlesengraissés
en 1978, la moitié en 1987, moins de 30 % en 1990, et ils’agit là,
dans laplupart
descas des derniers lots
produits
ou de laproduc-
tion d’éleveurs
approchant
de la retraite etqui
« maintiennent » leur
système.
En 1991 il yaura moins de 10 % de boeufs
parmi
les mâlesengraissés,
alors que le «système
bceuf » est bienadapté
àl’exploitation
de l’herbe dans cestroupeaux ayant
degrands
effectifs par travail- leur. On mesure là l’intérêtqu’il
y a de propo-ser une
méthode
«d’extensification-techniques
de
production
» encourageantl’engraissement
Les
exploitations
sesont
agrandies
maissans
extensifïcation, le chargement
sestabilisant autour de 1,25, et la
productivité du
travail
s’est accrue.Mais
les résultats économiques
nesuivent pas :
entre1978 et
1990,
la diminution duprix
moyen de vente atteint 32
%,
celle de lamargelUGB
bovine
26%, celle du revenulUTH 20 %.
en
cycle long,
à based’herbe,
dans le cadre de circuits commerciaux de viande dequalité.
Parallèlement, malgré l’augmentation
deseffectifs de troupeau, les
performances
zoote-chniques
se sontplutôt
améliorées : ainsi laproduction
de viande autonome(déduction
faite des concentrés utilisés et des
fourrages grossiers achetés) s’améliore,
passant de 213kg
par UGB en 1978 à 239
kg
en 1990, même si cetteproductivité
est très sensible aux condi-tions annuelles
(de
220kg
en 1986 à 246kg
en1988).
Mais l’évolution desprix
de vente est totalement contraire, bien au-delà desprogrès
de
productivité.
En francs constants, et par rap-port à 1978, la baisse des
prix
moyens, toutescatégories
confondues est de 25 % en 1989 et de 32 % en 1990.Malgré
l’amélioration de laproductivité pondérale,
la marge bovine finale par UGB diminue de 26 % entre 1978 et 1990,ce que ne compense pas
l’augmentation
deseffectifs de
troupeaux (21 %) ;
de ce fait lamarge tirée de la SFP
diminue,
en francs constants, de 15 % par travailleur.Dans le même temps, les marges obtenues des céréales et autres cultures de vente
régres-
sent
également,
de 33 % par hectare en francs constants,malgré
uneaugmentation
des rende-ments moyens de 40 à 57
quintaux
par ha. Fortheureusement,
sur celong
terme, lescharges
de structures par hectare ne se sont pas alour-
dies,
en francs constants. Mais celaprovient
enpartie
de deuxphénomènes :
-
l’agrandissement qui
apermis
certaines éco- nomiesd’échelle,
notamment en mécanisation- le « vieillissement » de l’échantillon constant,
composé
enpartie,
comme dans laréalité,
d’éleveursapprochant
de la retraite, sans suc-cesseur, et
qui,
bien que restantperformants,
n’accroissent
plus
leuréquipement.
Enrevanche on constate bien une certaine diminu- tion du montant des
fermages,
moins forte que celle duprix
de la viandequi
sert enpartie
deréférence
(-
28 % contre - 32%),
un maintiendu montant des
impôts
fonciers parha,
et un alourdissement continu descharges
socialesfamiliales
(MSA
+ 36 % parha)
comme du coûtdu travail salarié
(+
15%).
Au
total,
le revenu par hectare diminue d’un tiers, le revenu par travailleur diminue de 20%, malgré l’augmentation
de laproductivité
dutravail,
que l’onpeut
caractériser par deux valeurs : + 39 % de viande viveproduite
et ledoublement de la
production
de céréales etoléagineux (+
110%),
et nonobstant un accrois- sement des aides(moins
de 15 % du revenudans les années 1978-1981 ; 62 % en
1990).
Parallèlement,
lecapital
par travailleur alégère-
ment diminué en francs constants, tout comme les encours
qui représentent
environ 28 % ducapital.
Ce fait peutsurprendre.
Il est directe-ment lié à la diminution
relative,
en francs constants, ducheptel,
dontl’importance
estprépondérante
dans lecapital (72
% dans cegroupe, compte tenu des économies d’échelle
pour le matériel et des stades de
développe- ment).
Cette diminution ducapital
en francsconstant ne
supprime
pas l’effort decapitalisa-
tion que les éleveurs doivent effectuer
chaque
année pour accroître la dimension de leur
appareil
deproduction,
et rembourser lesemprunts.
Ainsi, sur 10années,
entre 1981 et1990, la
capitalisation
« nette» (1)
a absorbé17 % du revenu, les annuités foncières 7
%,
et iln’est resté que 76 % du revenu pour le «
dispo-
nible II
» (qui
sert auxprélèvements privés
±les variations de
l’épargne
et à l’autofinance- ment des achats deterre).
2 - En
Creuse,
même évolutiongénérale
desstructures et des
résultats,
avec unsystème davantage
maintenu surl’engraissement (tableau 4).
Si les
exploitations
sont moinsgrandes qu’en Nièvre,
la tendance àl’agrandissement
est la(1J Capitalisation nette = augmentation du capital personnel de l’exploitant provenant de l’autofinancement prélevé sur le
résultat courant = augmentation du capital d’exploitation - compte exceptionnel (aidis exceptionnelles aux équipe-
ments + ré-évaluation du cheptel reproducteur) + rembour-
sements en capital des emprunts d’exploitation - nouveaux emprunts reçus (sauf pourles c! reprises »). ).
même
(+
19 % par UTH entre 1981 et 1990,avec une
légère augmentation
de la main d’oeu-vre).
Mais laproportion
decéréales, qui
estplus
faiblequ’en
Nièvre, reste constante,autour de 15
%,
car les conditions leur sont moins favorables. Lechargement augmente également
assezrapidement
entre 1981 et 1984, de 1,19 UGB/ha SFP à 1,30, il fluctue ensuite entre 1,30 et 1,25 encorrespondance
avec lecycle «agrandissement -
diminution -récupéra-
tion du
chargement ».
La convergence deschargements
moyens vers les chiffres observésen Nièvre
(et
enAllier),
entre 1,25 et 1,30 estintéressante à noter. Dans le même
temps,
l’im-portance
ducheptel augmente,
de 42 à 53 UGBpar
travailleur,
soit de 26 % sur cettepériode
de10 ans.
Dans cet
échantillon,
dont laplupart
desmembres font
partie
d’ungroupement
de pro- ducteurs actif et trèsprésent,
il y abeaucoup
moins de
changements
dans lessystèmes
deproduction qu’en Nièvre ;
les choix y sontplus
fortement
dépendants
de lalocalisation,
du sys-L’engraissement
semaintient mieux en
Creuse,
maisl’évolution des
résultatséconomiques
suit lamême tendance
qu’en
Nièvre.tème
fourrager (maïs
etcéréales)
et de la maind’oeuvre. L’orientation vers
l’engraissement
estplus marquée qu’en
Nièvre, notamment pour les femelles. Iln’y
avaitdéjà plus
de boeufs en1981 ; les mâles se
répartissent
entrebroutards,
et taurillons de boucherie - taurillons
d’auge
de15-17 mois ou taurillons d’herbe de 20 à 24 mois - et la
proportion
entre les différents types évolue peu, avec 40 à 45 % de mâles vendus pour la boucherie. Les vaches sontengraissées
en forte
proportion (70
à 80%),
avec unléger
reflux en 1990 seulement. En revanche le chan- gement est très
significatif
pour lesgénisses :
celles-ci étaient
engraissées
en forteproportion,
environ la moitié
jusqu’en
1987, en liaison avecles incitations du
groupement :
lacomparaison
des marges par UGB selonl’importance
de l’en-graissement
des femelles en montrait l’intérêt.Mais l’interdiction des anabolisants a affecté immédiatement cette orientation. Les
poids
decarcasses
diminuent,
leur étatd’engraissement
s’accroît, leur commercialisation devientplus
difficile alors que le coût de
production
estalourdi.
L’augmentation
desprix
des femellesd’élevage
en 1988 début 1989 accélère la ten-dance : en 1990 28 % seulement des
génisses
sont vendues
engraissées,
contre 50 % en 1987.Sans incitation
précise
pour cetteproduction, qui
ne peutplus
désormaiss’envisager qu’en
«cycle long » (plus
de 29-30mois),
il sera diffi-cile de retrouver les
proportions antérieures,
même s’il est
possible
de proposer certainesadaptations.
La
productivité pondérale
du troupeau estlégèrement supérieure
à celle de la Nièvre, du fait d’une excellenteproductivité
en veau etsurtout de la
plus
forteproportion d’engraisse-
ment en
cycle
moyen.Malgré l’augmentation
des
effectifs,
elle ne sedégrade
pas sur lapériode,
en se maintenant autour de 255kg
deviande vive autonome par UGB, avec les mêmes fluctuations selon les années
(de
231kg
en1986 à 259
kg
en1987).
Avec 248kg,
laproduc-
tion 1990 est inférieure à la moyenne : davan-
tage
de concentré utilisé(sécheresse
1989-1990),
moinsd’engraissement.
L’évolution des résultats
économiques
estplus
difficile à résumer, car lapremière
annéed’observation
(1981) correspond
à une annéedu
cycle
bovinsupérieure
à la moyenne ; il estpréférable
deprendre
1984 comme « réfé-rence
» plus proche
de la « moyenne ducycle
»(comme
l’étaitégalement
1978, mais à unniveau
plus
élevé en francsconstants).
Entre1984 et 1990, en francs constants, la diminu- tion du
prix
moyen de vente toutescatégories
atteint 14
%,
celle de la marge par UGB est de 25%, conséquence
à la fois de la hausse descharges opérationnelles (qui
absorbent 35 % duproduit
en 1990 contre 30 % en1984)
et de la perte de valeur des stocks élèvesproduits
etnon vendus en 1990. Grâce à
l’augmentation
des
effectifs,
la diminution de la marge tirée de la SFP par travailleur se limite à 17 % en francs constants.La moindre
importance
des céréales atténue les effets de la réduction de leur marge(-
37 %par ha entre 1984 et
1990).
Lescharges
destructure varient peu à l’hectare : - 5 % entre 1984 et 1990, mais + 5 % entre 1981 et 1990,
malgré l’agrandissement.
Cetteaugmentation
1981-90 résulte d’un stade de
développement
«
plus jeune
» de l’échantillon Creuse(43
anspour ces 21 éleveurs contre 48 pour les 39 Niè-
vre)
avecdavantage
d’investissements en maté- riel etbâtiments,
dont lescharges
s’alourdis- sent par hectare(+
3 et + 27%)
tout comme lesfrais financiers
(+
23%).
On retrouve par contre les mêmes tendances de fond que cellesdéjà
notées pour la Nièvre : le montant des fer- mages diminue de 15 %(mais beaucoup
moinsque les
prix
de laviande, -
20 % sur cettepériode),
celui desimpôts
fonciers se main- tient, lescharges
sociales familiales s’alourdis-sent de 20 %.
Au
total,
entre 1984 et 1990, le revenu par hectarerégresse
de 32%,
celui par travailleur de 28 %.Par rapport à 1981,
toujours
en francs constants, le revenu par travailleur est divisé pardeux, malgré
uneaugmentation
de la pro- duction de viande de 32 %(et
de 39 % encéréales),
avec uneaugmentation
ducapital
de8 % ; le montant des encours étant constant, le
taux d’endettement diminue très
légèrement (de
24 à 22%).
Cetteaugmentation
ducapital, qui
contraste avec lalégère
diminution obser- vée en Nièvre,provient
d’uneproportion plus
élevée de matériel et
bâtiment, qui
tend d’ail- leurs à s’accroître sur lapériode (34
% de maté-riel et bâtiment dans le
capital
en 1990 contre 24 % enNièvre) ;
on estdavantage
enaltitude, beaucoup
depetits
bâtiments traditionnels n’étaient pas «recyclables
», lesexploitations
sont de moindre dimension et le
parcellaire
estbeaucoup
moins favorable. De cefait,
lacapita-
lisation « nette » en
capital d’exploitation
absorbe une part
plus
forte du revenu : sur lapériode
1981-1990,près
de 21 % contre 17 % dans l’échantillon Nièvre ; les annuités fon- cières sontplus lourdes,
car on estdavantage propriétaire (61
% en faire valoir direct contre 31 % enNièvre)
et elles absorbent 9 % durevenu
(contre
7 % enNièvre),
de telle sortequ’il
n’est resté pour leDisponible
II que 70 %environ du revenu
(contre
76 % enNièvre) ;
ceDisponible
II est naturellementplus
faible par travailleur familial(69
% de celui de laNièvre) conséquence
de cetteplus
fortecapitalisation (situation
et stade dedéveloppement)
mais sur-tout des structures de
production
moinslarges.
Quel avenir ?
Des évolutions
analogues pourraient
êtredécrites pour les échantillons d’éleveurs bovins allaitants que nous suivons à
long
terme enzone
Salers,
Limousine et dansl’Allier,
enconcertation avec le CEMAGREF et les Cham- bres
Départementales d’Agriculture
avec le sou-tien de l’OFIVAL
(Bousset
et al 1991, Belard etal 1991, Cayla
et al1991). ).
Les évolutions à court terme sont
inquié-
tantes d’autant
plus
que la situations’aggravera
encore en 1991, si rien n’est