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Dans les classes de l Égypte byzantine : à propos de deux tablettes et d un manuel scolaires

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(Bruxelles, 2020) pp. 11-41.

Dans les classes de l’Égypte byzantine : à propos de deux tablettes et d’un manuel scolaires

C’est le plus vieux tango du monde, Celui que les têtes blondes

Ânonnent comme une ronde En apprenant leur latin.

Jacques Brel, Rosa (1962).

(11) Rosa, rosa, rosam… Dans une chanson au ton salutairement impertinent, mais au fond pleine de nostalgie, Jacques Brel se souvenait de quelle manière, jeune collégien, parmi d’autres têtes blondes, il avait ânonné les formes de la première déclinaison latine. Mais, que récitaient donc, dans leurs classes, les élèves de l’Antiquité grecque ou romaine ? Pour répondre à cette question, un détour se recommande par les rives du Nil : en effet, grâce à la documentation papyrologique, l’Égypte est la région du monde classique où les pratiques scolaires sont connues de la manière la plus détaillée1. Les découvertes du siècle écoulé nous ont donné accès à des témoignages de premier ordre sur le matériel pédagogique utilisé dans les écoles, comme le fameux« Livre d’écolier du IIIe siècle avant J.-C. », publié il y a quatre- vingts ans2 – en fait, il s’agirait plutôt de ce qu’on appelle un « livre du maître » – ou comme un manuel scolaire chrétien conservé à la Sorbonne et attribué aux Ve-VIe siècles de notre ère3. Récemment, les fouilles menées par des archéologues américains à Trimithis (Amheida, oasis de Dakhleh) nous ont même permis de nous faire une idée d’un local de cours tel qu’il se (12) présentait au IVe siècle de notre ère, avec ses dipinti muraux invitant les élèves au travail et à l’effort, en hexamètres et en distiques élégiaques grecs4.

Les documents illustrant les différentes phases de l’instruction dispensée en grec (subsidiairement en latin) en Égypte, depuis l’école élémentaire jusqu’aux classes avancées, ont été réunis à plusieurs reprises : au début du XXe siècle, par Erich Ziebarth, dans une anthologie d’une cinquantaine de textes, qui peut encore rendre des services5 ; peu avant la Seconde Guerre Mondiale, par Paul Collart, sous la forme d’une liste (mise à jour par Giorgio Zalateo, puis par Hermann Harrauer et Pieter Sijpesteijn et, à peu près au même moment, par Janine Debut)6 ; il y a une vingtaine d’années, par Raffaella Cribiore, dans le cadre d’une

* Les premiers mots de notre titre s’inspirent de la plaquette publiée par NACHTERGAEL (1980) à l’intention des professeurs de l’enseignement secondaire : Dans les classes d’Égypte d’après les papyrus scolaires grecs. Le regretté Georges Nachtergael, disparu en 2009, fut, avec Ghislaine Viré, l’un des piliers de l’enseignement des langues anciennes à l’Université libre de Bruxelles : des générations de candidats en Philologie classique, comme on les désignait à l’époque, se sont initiées sous leur houlette à la pratique, si enrichissante, du thème et de la version.

1 Parmi les nombreuses synthèses publiées sur le sujet, nous signalons LEGRAS (2002a), part. p. 111-127 ; (2002b), part. p. 95-111 ; CRIBIORE (2009).

2 P. Cair. Inv. 65445 (= Cribiore 379 ; M.-P.3 2642 ; LDAB 1054) [ed.: GUÉRAUD / JOUGUET (1938)]. Le « Livre d’écolier » sera plusieurs fois mis à profit dans la suite de notre contribution.

3P. Bour. 1 (= Cribiore 393 ; M.-P.3 2643 ; LDAB 2744). Pour la datation et la reconstruction du codex, cf. CARLIG (2016) ; pour la réédition de la liste de mots, cf. HUYS / BAPLU (2009).

4 Sur l’« école » de Trimithis, cf. CRIBIORE / DAVOLI / RATZAN (2008) ; DAVOLI / CRIBIORE (2010). Les dipinti sont reproduits dans SEG LVIII 1810 (avec de menues observations par Alain Martin).

5 ZIEBARTH (1910, 19132), 51 nos. S’appuyant sur l’édition originale de cette anthologie, BEUDEL (1911) avait esquissé un premier tableau de l’instruction des enfants en Égypte gréco-romaine.

6 COLLART (1937), 177 nos ; ZALATEO (1961), 374 nos ; HARRAUER / SIJPESTEIJN (1985), p. 14-17, accompagnant l’édition de 184 documents scolaires ; DEBUT (1986), 395 nos.

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étude monumentale, incluant à nouveau une liste des papyrus scolaires, riche de plus de quatre cents numéros7. Parallèlement à ces efforts, Monika Hasitzka a fait paraître en 1990 un corpus des textes scolaires coptes, parmi lesquels de très nombreux inédits8.

Signe de l’intégration progressive des papyrologies en langue égyptienne d’une part et en grec d’autre part, le répertoire de Cribiore fait une place à plusieurs documents coptes ou bilingues. Inversement, celui de Hasitzka inclut de nombreux textes grecs : plus d’une vingtaine de témoins figurent ainsi dans l’un et l’autre des deux recueils. Cribiore justifiait l’élargissement au copte par le fait que, pour ce qui concerne en tout cas l’apprentissage de la lecture, les pratiques grecques et coptes étaient étroitement apparentées9 ; en maintenant la distinction traditionnelle entre les deux domaines, expliquait-elle, on risquerait de susciter de

« graves problèmes conceptuels »10.

Les trois documents scolaires présentés ici montrent, si besoin est, la justesse du point de vue de Cribiore. Il ne s’agit pas à proprement parler de pièces inédites, mais nous croyons utile de les mettre ici en évidence, car les informations qu’elles apportent sur le système scolaire de l’Égypte byzantine sont demeurées largement méconnues, sinon ignorées, même dans les cercles papyrologiques. Nous avons aussi sélectionné ces documents parce que, examinés en séquence, ils illustrent de quelle manière et selon quelle progression les pédagogues de (13) l’Antiquité concevaient l’apprentissage de la lecture et de l’écriture : de la lettre (placée à son rang dans l’alphabet) à la syllabe, puis de la syllabe au mot, plus ou moins long et complexe. Ce programme est celui que préconise notamment Quintilien dans un passage fameux de l’Institution oratoire : le maître d’école veillera à initier l’enfant successivement à la lecture des lettres, puis des syllabes, enfin des mots (in litteris…, in syllabis…, in nominibus)11 ; nous reviendrons sur les recommandations propres à Quintilien en ce qui concerne les syllabes12. Origène, vers 240 après J.-C., distinguait de même, parmi les élèves des classes élémentaires, les abecedarii, les syllabarii et les nominarii (dans la traduction latine de Rufin d’Aquilée, postérieure d’un siècle et demi environ)13 : In litterario ludo, ubi prima pueri elementa suscipiunt, abecedarii dicuntur quidam, alii syllabarii, alii nominarii, alii iam calculatores appellantur; et cum audierimus haec nomina, ex ipsis, qui sit in pueris profectus, agnoscimus14.

C’est aux abecedarii, aux syllabarii et aux nominarii qu’étaient destinées les cinq premières catégories de documents scolaires dans la classification de Cribiore (tabl. I)15.

7 CRIBIORE (1996), p. 173-284, 412 nos.

8 HASITZKA (1990), 332 nos.

9 Faut-il rappeler que l’alphabet copte sahidique, c’est-à-dire le plus usité, ajoute six caractères propres aux vingt-quatre lettres grecques ? En dépit des différences profondes entre les deux langues, on conçoit aisément que l’initiation à la lecture ait fait appel aux mêmes exercices de base.

10 CRIBIORE (1996), p. 29 : « deep conceptual problems ».

11 QUINTILIEN I, 1, 24-35 (part. I, 1, 26 ; 30, pour les expressions citées).

12 Cf. infra, p. 30 et n. 83-84.

13 ORIGÈNE (RUFIN D’AQUILÉE), Homélies sur les Nombres 27, 13, 1. Le texte est signalé par MARROU (1948), p. 364, n. 59. On trouvera dans cet ouvrage monumental deux exposés bien construits sur l’« instruction primaire» dans le monde hellénistique et à Rome : cf. MARROU (1948), p. 210-222 ; 359-368. Comme la mention de calculatores le montre, l’initiation au maniement des chiffres est étroitement associée à l’entraînement à la lecture et à l’écriture. « Le calcul, … c’est essentiellement l’apprentissage du vocabulaire de la numération pour lequel on s’aide de petits jetons, calculi », explique MARROU (1948), p. 366. L’association des deux matières s’impose particulièrement dans le monde grec, puisque les nombres y sont notés au moyen de lettres. On aimerait connaître les équivalents grecs – s’ils existaient – des dénominations utilisées dans la traduction de Rufin.

14 « Au jeu des lettres où les enfants apprennent à lire, on appelle les uns ‘abécédaires’, d’autres des ‘syllabaires’, d’autres des ‘nominaires’, d’autres déjà des ‘calculateurs’. À l’énoncé de ces dénominations, nous connaissons le niveau des enfants » (trad. L. DOUTRELEAU, Sources chrétiennes). Le traducteur juge le résumé « cavalier » (?) ; le témoignage d’Origène (ou de Rufin), confronté aux témoignages sur papyrus de la vie scolaire, nous paraît au contraire singulièrement bien informé.

15 Pour cette classification, cf. CRIBIORE (1996), p. 31. L’auteure consacre ensuite une brève présentation à chacune des catégories qui nous intéressent : lettres et alphabets (p. 37-40) ; syllabaires (p. 40-42) ; listes de mots (p. 42-43) ; exercices d’écriture (p. 43-45).

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Classe Cribiore… Nombre %

1 . Lettres de l’alphabet 1-40 40 22,9

2 . Alphabets 41-77 37 21,2

3 . Syllabaires 78-97 20 11,4

4 . Listes de mots 98-128 31 17,8

5 . Exercices d’écriture 129-174 46 26,4

TABL.I

(14) Ces documents, au nombre de 174 en 1996, constituent autant de témoignages sur la marche de l’enseignement élémentaire, auquel nous limitons ici notre champ d’investigation16. Suivons maintenant abecedarii, syllabarii et nominarii dans leurs classes respectives, et penchons-nous sur des exercices que le maître a préparés à leur intention. Les deux premiers documents que nous examinerons ont été copiés sur des tablettes de bois, l’un des supports caractéristiques du matériel utilisé dans les écoles d’Égypte17 ; le troisième est un codex de parchemin.

1. UNE TABLETTE DE BRUXELLES PRÉTENDUMENT MAGIQUE (Alain DELATTRE / Alain MARTIN)

Le document qui ouvre notre sélection a longtemps été tenu à l’écart des travaux relatifs à l’histoire de l’éducation. Acquis à Paris en 1934 pour le compte des Musées royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles, où il a été inventorié sous le no E. 6801, l’objet a été présenté dès 1935 dans un article de Claire Préaux paru dans la Chronique d’Égypte18. Le contenu des séquences écrites a amené l’éditrice à identifier une tablette magique, plus précisément une amulette. Sur une face, se lit, copié six fois, le verset 3 du Psaume 28 (29) : † Φωνὴ Κυρίου ἐπὶ τῶν ὑδάτων· ὁ Θεὸς τῆς δόξης (ἐβρόντησεν)19. L’autre côté, moins bien conservé, présente un alphabet copte complet, c’est-à-dire les vingt-quatre caractères grecs et les six lettres supplémentaires du copte sahidique20, ainsi que les voyelles grecques, le tout copié à nouveau six fois. Dans son commentaire, érudit et élégant, Claire Préaux croit déceler une

« unité d’inspiration » dans chacun des éléments qu’offrent les deux faces de l’objet : « Si le verset du Psaume 28 (29) rappelle la force écrasante du Seigneur, les six alphabets invoquent, eux aussi, des puissances universelles… Comme le Psaume 28 (29), comme l’alphabet, [les sept voyelles] désignent ce qu’il y a de plus puissant dans l’univers, elles évoquent les forces infinies qui régissent le monde. On sent qu’une remarquable unité d’inspiration a présidé au choix des éléments de notre tablette. Celui qui l’a confectionnée a voulu sans doute réunir toutes les façons d’évoquer les puissances les plus formidables. C’est une protection générale qu’il a cherché à requérir »21.

(15) L’interprétation de Claire Préaux, bientôt confirmée par Viktor Stegemann, expert renommé des textes magiques coptes22, a été généralement bien accueillie ; elle a été longtemps reprise ou résumée sans interrogation particulière23. Au cours des dernières années,

16 Les cinq classes suivantes de documents, qui portent le total général à 412 nos dans le catalogue de Cribiore, ne seront donc pas prises ici en considération.

17 WORP (2012) a dressé un catalogue, de toutes les tablettes de l’Antiquité « classique » qui nous sont parvenues, quelle que soit la langue des textes qu’elles portent ; sa liste comporte 525 nos.

18 PRÉAUX (1935).

19 « La voix du Seigneur est sur les eaux, le Dieu de gloire (a fait gronder le tonnerre) ». Le verbe final ne se lit qu’une fois, à la fin de la l. 2, réduit d’ailleurs à ses deux premières lettres.

20 L’absence de la lettre khaï (ϧ), typique du dialecte bohaïrique parlé au nord de l’Égypte, exclut la Basse- Égypte comme provenance.

21 PRÉAUX (1935), p. 367 ; 369-370.

22 STEGEMANN (1936).

23 La lecture magique de la tablette est admise dans les instrumenta de la papyrologie : en 1976, dans le bref commentaire de van Haelst 129, « Amulette » ; en 1993, en tête de SB XVIII 13323, « Christliches Amulett mit Psalm-Zitat ». Elle a trouvé des échos récents notamment chez DELATTRE / WORP (2012), p. 379-382 ; MINUTOLI (2017), p. 576.

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Scott Bucking l’a encore défendue avec conviction24. Pourtant, une lecture scolaire de la tablette, en dehors de tout contexte magique, a également cours depuis quelque temps : discrètement amorcée par Patrice Cauderlier en 199125, celle-ci a reçu l’adhésion de Cribiore, qui range l’objet parmi les exercices d’écriture26 ; elle a été formulée ensuite de manière plus affirmée dans la solide enquête méthodologique que Nathan Carlig et Magali de Haro Sanchez ont consacrée précisément aux « amulettes ou exercices scolaires »27. Les auteurs relèvent, dans l’aspect physique du document, une « accumulation de marqueurs significatifs » qui plaident en faveur de l’identification d’une tablette scolaire : la planchette, de forme oblongue (les petits côtés correspondent à un peu plus du tiers des longs côtés28), couverte d’un enduit, présente le long de ses bords des perforations (en partie rebouchées avant le dernier emploi), comme celles qui permettaient, selon l’opinion la plus répandue, de réunir plusieurs tablettes en un cahier, à l’aide de cordons29 ; des lignes incisées dans la surface du bois délimitaient la zone destinée au texte et servaient de guide à l’écriture. Ces constats objectifs n’ont pas eu raison de l’interprétation magique de l’objet, il est vrai séduisante et bénéficiant du prestige de la savante qui l’avait énoncée. On comprendra que des hésitations s’observent (16) (Fig. 1) (17) (Fig. 2) (18) aujourd’hui entre lectures magique et scolaire30. Examinons de plus près le texte des deux faces avant d’essayer de nous faire une opinion à ce sujet.

L’extrait du Psaume 28 (29) a été repris dans SB XVIII 13323 sur la base du travail de Claire Préaux ; nous le reproduisons toutefois ici, pour la commodité du lecteur. En revanche, l’autre face, simplement décrite jusqu’à présent, mérite d’être éditée en bonne et due forme, en dépit du caractère répétitif du texte31.

T. Brux. Inv. E. 6801 = SB XVIII 13323

(= Cribiore 169 ; M.-P.3 2736.01 ; LDAB 3365 ; van Haelst 129 ; Worp 59) [descr. : PRÉAUX (1935)]

Tablette de bois 30 × 12 cm Haute ou Moyenne-Égypte

Fig. 1-2 VIe-VIIe siècles

24 BUCKING (1997), p. 137-138 ; (2006), p. 67-68 ; (2011), p. 92-93 ; (2012), p. 232-233.

25 CAUDERLIER (1991), p. 153.

26 CRIBIORE (1996), p. 213 : « An amulet (ed.pr.). The repeated writing and the tablet’s size point to an exercise ». Le catalogue des manuscrits grecs de l’Ancien Testament soutient la même interprétation ; cf. RAHLFS (2004), p. 47, no 2114.

27 CARLIG / DE HARO SANCHEZ (2015), p. 77-78.

28 Ce rapport, un tiers ou un peu plus (rarement jusqu’à la moitié), s’observe dans la majorité des tablettes, quel qu’en soit d’ailleurs l’usage.

29 D’autres explications ont été envisagées pour rendre compte de ces perforations caractéristiques, en fonction notamment de leur position et de leur forme. On a prétendu qu’elles permettaient de transporter les tablettes de la maison à l’école ou, dans la classe même, de suspendre celles-ci au mur (en ce cas, éventuellement sans cordons passés dans les trous) : cf. VAN MINNEN (1995), p. 177, n. 17 ; DELATTRE / WORP (2012), p. 379-382, qui font remarquer que, en suspendant certaines tablettes, on en aurait empêché pratiquement la lecture.

30 La tablette est bien classée parmi les amulettes dans la liste dressée par DE BRUYN / DIJKSTRA (2011), p. 212- 213, no 179, mais les auteurs jugent cette interprétation douteuse : « doubt.? » ; cf. déjà DE BRUYN (2010), p. 181. Les deux hypothèses figurent côte à côte dans la notice de Worp 59 : « School text: Exercise (Cribiore) or Amulet (ed.princ.) ». Dans deux de ses travaux, Bucking lui-même est prêt à concéder à la tablette une double fonction, à la fois éducative et magique (une telle combinaison, à notre connaissance, serait dépourvue de parallèle) : BUCKING (2006), p. 67-68 ; (2011), p. 92-93.

31 Les dénominations « recto » et « verso » sont ici en grande part conventionnelles. Claire Préaux appelait

« recto » ce que nous désignons comme « verso » et inversement ; nous expliquerons plus loin le motif de notre choix (n. 48).

(5)

ro † ⲁⲃⲅⲇⲉⲍⲏ̣ⲑⲓⲕⲗⲙ̣ⲛ̣ⲝ̣[ⲟⲡⲣ] ⲥⲧⲩⲫ̣[ⲭⲯⲱ] ϣ̣ϥ̣ϩ̣ϫϭϮ̣ [ⲁⲉ]ⲏⲓⲟⲩⲱ

2 ⲁⲃⲅ̣ⲇ̣ⲉ̣ⲍ̣ⲏ̣ⲑ̣ⲓ̣ⲕⲗⲙ̣ⲛ̣ⲝ̣ⲟ̣ⲡⲣ ⲥⲧⲩ̣ⲫ̣[ⲭ]ⲯⲱ̣ ϣ̣ϥ̣ϩ̣ϫ̣ϭϮ ⲁⲉⲏ̣[ⲓⲟⲩⲱ]

ⲁ̣ⲃ̣ⲅ̣ⲇ̣ⲉ̣ⲍ̣ⲏ̣ⲑ̣ⲓ̣ⲕⲗ̣ⲙ̣ⲛ̣ⲝ̣ⲟ̣ⲡⲣ ⲥⲧ̣ⲩ̣ⲫ̣ⲭ̣ⲯ̣ⲱ̣ ϣ̣ϥ̣ϩ̣[ϫϭϮ] ⲁⲉⲏⲓ[ⲟⲩⲱ]

4 ⲁ̣ⲃ̣ⲅ̣ⲇ̣ⲉ̣ⲍ̣ⲏ̣ⲑ̣ⲓ̣ⲕⲗⲙⲛⲝⲟ̣ⲡ̣ⲣ̣ ⲥⲧⲩⲫⲭⲯⲱ ϣϥϩϫϭϮ ⲁⲉⲏⲓⲟⲩⲱ̣

ⲁ̣ⲃ̣ⲅ̣ⲇ̣ⲉ̣ⲍ̣ⲏ̣ⲑ̣ⲓ̣ⲕⲗⲙⲛⲝⲟⲡⲣ ⲥⲧⲩⲫⲭⲯⲱ ϣϥϩϫϭϮ ⲁⲉⲏⲓ̣ⲟ̣ⲩ̣[ⲱ]

6 ⲁⲃⲅ̣ⲇ̣ⲉ̣ⲍ̣ⲏ̣ⲑ̣ⲓ̣ⲕⲗⲙⲛⲝⲟⲡⲣ ⲥⲧⲩⲫⲭⲯⲱ ϣϥϩϫϭϮ [ⲁⲉⲏⲓⲟⲩⲱ]

vo † Φωνὴ Κυρίου ἐπὶ τῶν ὑδάτων· ὁ Θεὸς τῆς δόξης

2 Φωνὴ Κυρίου ἐπὶ τῶν ὑδάτων· ὁ Θεὸς τῆς δόξης ἐβ̣(ρόντησεν) Φωνὴ Κυρίου ἐπὶ τῶν ὑδάτων· ὁ Θεὸς τῆς{ς} δόξης ἐ(βρόντησεν)

4 Φωνὴ Κυρίου ἐπὶ τῶν ὑδάτων· ὁ Θεὸς τῆς δόξης̣

Φωνὴ Κυρίου ἐπὶ τῶν ὑδάτων· ὁ Θεὸς τῆς δόξης̣

6 Φωνὴ Κυρίου ἐπὶ τῶν ὑδάτων· ὁ Θεὸς τῆς̣ δ̣ό̣[ξης]

L’identification d’un objet à destination magique, plus précisément d’une amulette, telle qu’elle a été défendue en dernier lieu par Bucking, repose pour l’essentiel sur deux éléments du texte que porte la tablette32 :

• (19) la présence, au verso, d’une citation psalmique. Il est exact que des extraits des Psaumes sont insérés dans nombre de textes magiques ; on pense en premier lieu à l’omniprésent Psaume 90 (91)33. Bucking a même pu produire à l’appui de sa thèse le témoignage de P. Oxy. LXV 4469, de nature incontestablement magique34, dont les l. 38- 39 offrent un extrait du verset 7 de notre Psaume 28 (29)35 ;

• la présence, au recto, de la série des voyelles grecques. L’usage des voyelles en contexte magique est effectivement attesté de manière massive36. Un exemple : parmi les amulettes sur parchemin de coloration chrétienne, P. Vindob. Inv. K 8302 présente une séquence composée des sept voyelles : ⲁⲉⲏⲓⲟⲩⲱ37.

À dire vrai, les deux éléments du texte exploités ci-dessus peuvent également être produits en faveur d’une interprétation strictement scolaire de la tablette :

• les Psaumes étaient régulièrement mis à profit dans les écoles de l’Égypte chrétienne.

Ainsi, MPER N.S. IV 24, dont le caractère scolaire ne fait pas de doute, cite le Psaume 32 (33) aux p. 1-9 ; à la p. 15 du même cahier, se lit un alphabet grec complet ; ailleurs, des exercices mathématiques38. Le catalogue de Hasitzka permet d’identifier d’autres utilisations scolaires des Psaumes39. Dans plusieurs cas, le ou les versets sont répétés à de nombreuses reprises ou accompagnent, sur le même support, soit des alphabets (comme

32 En plus des deux arguments développés ci-dessous, PRÉAUX (1935), p. 362, notait encore : « L’écriture est si ferme et si experte qu’il n’est pas permis de supposer qu’elle a été tracée par une main d’enfant, même en guise d’exercice de calligraphie ». Cette observation, qui tend à exclure un contexte scolaire, ne tient pas : elle montre simplement que c’est le maître ou un élève très doué, et non un jeune enfant, qui a tracé le texte, comme le suggèrent déjà CARLIG / DE HARO SANCHEZ (2015), p. 72-73 ;78.

33 Cf. KRAUS (2005).

34P. Oxy. LXV 4469 (= LDAB 1). Le papyrus porte un charme de guérison, qui reprend la lettre d’Abgar en grec, ainsi que des formules de guérison en grec et en copte.

35 BUCKING (2012), p. 233.

36 Cf. FRANKFURTER (1994), p. 199-205.

37 P. Vindob. Inv. K 8302 (= LDAB 91437) [ed. : STEGEMANN (1934), p. 70-76, no 45] ; cf. MEYER / SMITH

(1994), p. 113-115, no 61.

38MPER N.S. IV 24 (= Cribiore 403 ; M.-P.3 2644.2 ; LDAB 3215 ; van Haelst 136 ; cf. SB XXVIII 17151).

« Signe des temps, dans ce cahier d’écolier, les Psaumes ont remplacé Homère », commente van Haelst.

39P. Rain. Unterricht kopt. 34 ; 188 ; 192 ; 196 ; 202 ; 212 ; 218 ; 240. Les extraits des Psaumes n’ont pas toujours été correctement identifiés dans ces textes ; on trouvera une liste plus complète, avec des compléments bibliographiques, dans DELATTRE (en préparation).

(6)

dans l’exemple qui précède), soit des listes de mots ou des formules épistolaires40. Notons enfin que le Psaume 28 (29), qui nous intéresse en particulier, est copié, avec le début du Psaume 29 (30), sur la tablette T. Varie 9, où tous les mots sont séparés par de petits traits pour en faciliter la lecture, ce qui pointe de manière assurée en direction d’un contexte scolaire41 ;

• les voyelles aussi apparaissent dans de plusieurs textes scolaires : nous mentionnerons deux tablettes où les sept voyelles sont associées à des alphabets (20) et à un syllabaire, T. Mich. Inv. 76342 et T. Schøyen Inv. MS 1760/343. Dans le manuel scolaire P. Cotsen- Princeton 1, dont il sera question plus loin, on trouve, au bas de la p. 137, quatre colonnes : la première cite les sept voyelles ; la deuxième, des diphtongues ; la troisième, des séquences difficiles à prononcer ; la dernière, les lettres coptes.

Les deux éléments régulièrement utilisés pour asseoir le caractère magique de la tablette de Bruxelles ne sont donc pas décisifs, puisqu’on les relève aussi dans des textes clairement scolaires. Pour départager les deux interprétations, un retour s’impose vers les indices formels, dans la foulée des « marqueurs significatifs » déjà mis en évidence par Carlig et de Haro Sanchez, dont nous souhaitons compléter ici l’argumentation. Il nous semble d’abord que les dimensions de la tablette de Bruxelles, 30 × 12 cm, excèdent de beaucoup celles qui caractérisent les objets reconnus avec assurance comme des amulettes de bois, destinées à protéger les personnes qui les portaient44 ; au contraire, elles trouvent sans peine des parallèles parmi les tablettes d’usage scolaire45. De manière plus décisive, la planchette est pourvue, en tout cas au verso, de lignes horizontales et verticales, incisées dans la surface du bois : les premières avaient pour fonction de guider l’écriture46 ; les secondes délimitaient les zones prévues pour recevoir le texte. Nous ne connaissons pas de mise en page de ce genre, semblable au fond à la réglure des manuscrits médiévaux, dans les tablettes assurément magiques, en particulier parmi les amulettes. En revanche, nous relevons des dispositifs très proches dans plusieurs tablettes scolaires : par exemple, T. Bodl. Inv. Gr. Inscr. 3017, où des lignes horizontales simples et des lignes verticales doubles partagent l’espace sur les deux faces47.

Au terme de notre examen, les arguments formels nous paraissent faire pencher la balance résolument en faveur d’une lecture scolaire, et seulement scolaire, de la planchette de Bruxelles. L’extrait du Psaume 28 (29) copié six fois range le (21) verso parmi les exercices d’écriture, lesquels constituaient en 1996 la catégorie la mieux illustrée dans la documentation relative à l’enseignement élémentaire (26,4 % du total, cf. tabl. I) ; le recto rejoint les alphabets, qui étaient à peine moins bien représentés (21,2 %)48. En somme, en tant qu’objet

40 Pour les versets maintes fois répétés, on verra, par exemple, P. Rain. Unterricht kopt. 212 [cf. DELATTRE

(2012b), p. 389-390, no 2] ; pour un extrait psalmique associé à une liste de mots, P. Rain. Unterricht Kopt. 240, – à des formules épistolaires, O. Frangé 433, 434, etc.

41T. Varie 9 (= Cribiore 321 ; LDAB 3405 ; Worp 308).

42 T. Mich. Inv. 763 (= Cribiore 83 ; M.-P.3 2708 ; LDAB 5817) [ed. : BOAK (1920), p. 189-191, no 1].

43 T. Schøyen Inv. MS 1760/3 (= LDAB 699692) [ed. : DELATTRE / HARRAUER / PINTAUDI (2015), p. 34-36, no 3].

44 Par exemple, l’amulette βους T. Brit. Mus. Inv. EA 24591 (= Worp 190) [ed. : DELATTRE / WORP (2012), p.

377-378] mesure 2,9 × 2,3 cm ; sur les amulettes βους, cf. KRAUS (2007-2008). Afin d’admettre une fonction d’amulette pour un objet aussi grand que la tablette de Bruxelles, il faut imaginer un mode d’emploi radicalement différent : la planchette n’aurait pas été portée sur une personne, mais par exemple « accrochée soit à un mur, soit à la paroi d’un bateau, ou bien encore […] déposée dans une tombe », comme l’envisageait, avec un peu de liberté, PRÉAUX (1935), p. 363-364.

45 Par exemple, une autre tablette de Bruxelles, portant un passage d’Isocrate, T. Brux. Inv. E. 8507 (= Cribiore 306 ; M.-P.3 1257.01 ; LDAB 2537 ; Worp 60) [ed. : LENAERTS (1989)], mesure 28,8 × 13,8 cm.

46 En général, sur ces lignes-guides, cf. CRIBIORE (1996), p. 67 ; 76.

47 T. Bodl. Inv. Gr. Inscr. 3017 (= Cribiore 333 ; M.-P.3 1176 ; LDAB 1844 ; Worp 241) [ed. : HOMBERT / PRÉAUX (1951)].

48 L’exercice de copie qui porte sur l’alphabet copte et les voyelles grecques nous paraît d’une nature plus élémentaire que celui qui concerne le Psaume 28 (29) : c’est la raison pour laquelle, contre l’usage qui a cours depuis Claire Préaux, nous appelons « recto » (c’est-à-dire face de première utilisation) le côté de la tablette qui présente les alphabets et les voyelles, « verso » le côté réservé aux citations psalmiques.

(7)

scolaire, notre tablette s’inscrit dans des séries banales et n’appelle à ce titre aucun commentaire particulier. Tout au plus convient-il de relever que le recto présente, à la suite de l’alphabet, les sept voyelles grecques, α ε η ι ο υ ω. Ainsi mises en évidence, les voyelles, susceptibles de constituer chacune à elle seule une syllabe49, assuraient la transition entre deux types d’exercices, ceux qui visaient à la maîtrise de l’alphabet et ceux qui initiaient les élèves au jeu complexe des syllabes50. Remarquons aussi, sans nier son intérêt religieux, que l’extrait psalmique du verso procède d’un choix plutôt judicieux de la part d’un maître chargé d’enseigner l’écriture et la lecture : si un exercice de syllabation est prévu dans la suite du programme, comme il est normal, la citation n’offrira aucune difficulté notable pour le débutant, la majorité des syllabes qui la constituent (ἐβρόντησεν mis à part) étant bilitères et ouvertes, soit du type le plus simple. Nos réflexions nous mènent ainsi vers le chapitre suivant de notre enquête, consacré aux syllabaires : pour nous exprimer comme Origène (ou Rufin), quittons les abecedarii et rejoignons la classe des syllabarii.

2.UNE TABLETTE PORTANT UN SYLLABAIRE GREC (AlainDELATTRE / AlainMARTIN)

Le document par lequel nous poursuivons notre parcours à travers les méthodes pédagogiques de l’Égypte byzantine est absent des répertoires de textes scolaires énumérés dans notre introduction, en raison sans doute du caractère confidentiel des publications dont il a fait l’objet. Il s’agit à nouveau d’une tablette de bois ; celle-ci a été ramenée de Panopolis (aujourd’hui Akhmîm) à la fin du XIXe siècle par l’archéologue et collectionneur strasbourgeois Robert Forrer (1866-1947). D’origine suisse, mais fixé tôt en Alsace, cet amateur d’antiquités s’est imposé graduellement comme un chercheur de premier plan, dans des domaines très (22) variés51. Il a dirigé pendant de longues années le Musée préhistorique et gallo-romain (aujourd’hui Musée archéologique) de sa ville d’adoption, traversant sans encombre le changement de régime consécutif à la défaite allemande de 1918, ce qui témoigne de l’estime dans laquelle il était tenu52.

Au printemps de 1894, le jeune Forrer entreprend un voyage archéologique dans la région de Panopolis : il réalise quelques fouilles rudimentaires, en particulier dans le secteur des nécropoles, et visite les boutiques des antiquaires ; il se constitue ainsi une collection assez hétéroclite d’objets de différentes époques53. Forrer tient ses amis strasbourgeois au courant de ses travaux et de ses excursions en publiant une série de lettres dans une revue locale, intitulée Antiquitäten-Zeitschrift, dont il est l’un des rédacteurs. La septième lettre, parue le 15 juillet 1894, met en vedette plusieurs objets inscrits : étiquettes de momies, stèles funéraires, tessons de céramique ; la série se termine par une tablette portant un exercice d’écriture où se lisent, disposées verticalement, les séquences νολ νυλ νωλ (Fig. 3) 54. Toutes

49 Les Anciens admettaient, non sans réticence, l’existence de syllabes « unilitères », réduites à une voyelle isolée : cf. DENYS LE THRACE, Grammaire 7, 3 (p. 44 LALLOT), qui considère qu’il s’agit là d’un usage

« abusif », καταχρηστικῶς.

50 Nous avons déjà noté la présence, sur deux autres tablettes, de la série des voyelles en guise d’amorce à un syllabaire : T. Mich. Inv. 763 et T. Schøyen Inv. MS 1760/3 (cf. supra, p. 19-20 et n. 42-43). Remarquons que, dans ces deux cas, les voyelles sont disposées verticalement (selon l’usage propre à la majorité des syllabaires, comme nous l’indiquerons) ; dans la tablette de Bruxelles, elles se font suite horizontalement, c’est-à-dire sur la ligne.

51 On se fera une idée de l’étendue des intérêts scientifiques de Forrer, de Babylone au Mont Saint-Odile, en parcourant les 943 pages (avec 3 000 illustrations) de son monumental Reallexikon der prähistorischen, klassischen und frühchristlichen Altertümer : FORRER (1907).

52 Sur Robert Forrer, cf. SCHNITZLER (1999). L’ouvrage, publié par la Société savante d’Alsace, accompagnait une exposition organisée au Musée archéologique de Strasbourg.

53 Une pièce de la maison de Forrer, joliment dénommée « Villa Panopolitana », sera réservée à la collection ramenée d’Akhmîm (environ 2 000 pièces) : une photographie de 1902 montre un amoncellement d’objets autour de deux vitrines abritant des momies ; il ne paraît pas possible d’y distinguer notre tablette. Cf.

SCHNITZLER (1999), p. 25 ; 35 ; 54.

54 FORRER (1894), col. 253-254 ; 257. Les objets inscrits ont été repris dans le SB, à l’exception de la tablette scolaire (comme il est normal, puisque le texte qu’elle porte n’est pas de nature documentaire) ; cf. SB I 3932- 3935. La stèle SB I 3935 a été rééditée par GASCOU (2004) ; cf. SEG LIV 1745.

(8)

ces antiquités, y compris la tablette, sont évoquées à nouveau dans le livre de vulgarisation que Forrer tire de son voyage dès 189555.

L’auteur mentionne une dernière fois la tablette dans un article paru en 1904-1905, dans lequel il passe en revue non seulement des restes de couvertures de codices, comme l’annonce le titre, Antike Bucheinbände von Achmim-Panopolis, mais aussi un petit rouleau de papyrus, une lettre encore pliée, ainsi que d’autres objets d’intérêt bibliologique appartenant à sa collection personnelle56. Un extrait un peu plus généreux du texte est inséré là (Fig. 4), mais Forrer ne prend malheureusement pas la peine de fournir un dessin de la tablette elle-même, comme il le fait pour d’autres pièces.

(23) (Fig. 3) (Fig. 4) Forrer n’hésitait pas à faire commerce des pièces égyptiennes en sa possession ; sa collection s’est ainsi progressivement dispersée et des objets lui ayant appartenu ont été signalés en de nombreux endroits57. Nous ignorons dans quelle institution, publique ou privée, la tablette scolaire de Panopolis est aujourd’hui conservée, à condition même qu’elle ait survécu à l’émiettement de la collection. La présentation qui suit combine donc les informations contenues dans les publications de 1894, de 1895 et de 1904-1905.

Nous tenons pour acquis, en raison de la similitude des extraits cités, que ceux-ci appartiennent à une seule et même tablette.

Dans la description publiée en 1904-1905, Forrer présente la tablette comme suit : « eine 47 cm lange, in der Breite defekte, heute nur noch 7 cm messende hölzerne Schreibtafel »58. La mesure fournie pour le côté le plus long n’est pas anodine : avec 47 cm, l’objet se classe parmi les tablettes scolaires de très grande taille59. Le petit côté n’était plus complet lorsque Forrer prit possession du document : 7 cm à peine – si la comparaison avec la tablette de Bruxelles, examinée ci-dessus, est pertinente, on peut estimer à une quinzaine de cm la (24) dimension originale du côté incomplet de la planchette60. Nous ne savons pas si, à l’instar de l’exemplaire de Bruxelles et de tant d’autres objets du même type, la surface du support avait été recouverte d’un enduit clair ; Forrer précise seulement que le texte était écrit à l’encre noire. Il signale enfin que des trous avaient été percés dans la tablette, à nouveau comme dans le parallèle bruxellois61 ; elle faisait donc peut-être partie d’un cahier rendu solidaire au moyen de cordons passés dans les perforations62.

Forrer cite trois lignes de quatre colonnes consécutives, mais ne fournit aucune indication sur la position que cette séquence occupait sur le support63. Nous supposons que, comme sur de nombreuses autres tablettes scolaires64, les colonnes étaient parallèles au petit côté, soit à la hauteur. Le fait que les l. 1-4 de chaque colonne manquent (mais il est très aisé de les restituer) s’explique selon toute vraisemblance par la perte, signalée par Forrer, d’une partie de la planchette, en l’occurrence de sa partie supérieure. Nous doutons que l’extrait cité par

55 FORRER (1895), p. 59-65 : « Die Funde von Achmim ». La prédilection de Forrer pour le site de Panopolis se manifeste encore dans son Reallexikon : FORRER (1907), p. 7-12, s.v. Achmim (sans renvoi à la tablette).

56 FORRER (1904-1905).

57 Des objets tirés de la collection Forrer ont été identifiés à Strasbourg même, à Berlin, à Bâle et à Leyde, d’après P. Batav., p. 243, n. 112. Il faut au moins ajouter Amsterdam à la liste, cf. TORALLAS TOVAR / WORP

(2013), p. 257 : « The Forrer collection ». Sur Forrer marchand d’antiquités, cf. SCHNITZLER (1999), part. p. 35- 41 (où il est fait état de tentatives de ventes aux enchères à Amsterdam, ce qui peut expliquer la présence de pièces de la collection aux Pays-Bas) ; 193 (à propos de la poursuite des ventes après le décès de Forrer).

58 FORRER (1904-1905), p. 313. Pour préciser les dimensions d’une tablette de bois, on distingue d’ordinaire largeur et hauteur (plutôt que longueur et largeur).

59 Dans la liste dressée par WORP (2012), on ne relève qu’une douzaine de tablettes (sur plus de cinq cents – mais les dimensions sont inconnues dans un grand nombre de cas) atteignant ou dépassant 50 cm.

60 Rappelons que, dans la tablette de Bruxelles, dont les dimensions sont représentatives de ce type de matériel, le petit côté équivaut à un bon tiers du long côté, cf. supra, p. 15 et n. 28.

61 FORRER (1904-1905), p. 313, précise : « Die Tafel ist in den vier Ecken mit Löchern versehen ». La mention des quatre coins ne laisse pas de surprendre puisque Forrer explique lui-même que la tablette était brisée (et donc qu’elle ne présentait plus tous ses coins).

62 Sur l’usage qui consister à perforer puis à relier les tablettes, cf. supra, p. 15 et n. 29.

63 L’extrait des col. I-III reproduit par FORRER (1904-1905), p. 313, est ici combiné avec celui de la col. IV

mentionné par FORRER (1894), col. 257 ; (1895), p. 65.

64 Par exemple, T. Mich. Inv. 763 et T. Schøyen Inv. MS 1760/3 (cf. supra, p. 19-20 et n. 42-43).

(9)

Forrer ait suffi à occuper toute la largeur de l’objet ; après les séries καλ → κωλ à ναλ → νωλ de nos col. I-IV, le tableau se poursuivait, peut-on penser, par les séries ξαλ → ξωλ, etc.

T. Forrer sans no d’Inv.

[descr. : FORRER (1894), col. 257 ; (1895), p. 65 ; (1904-1905), p. 313]

Tablette de bois 47 × 7 cm Panopolis (Akhmîm)

Fig. 3-4 Ve-VIIIe siècles (?)

COL. I COL. II COL. III COL. IV

[καλ] [λαλ] [µαλ] [ναλ]

2 [κελ] [λελ] [µελ] [νελ]

[κηλ] [ληλ] [µηλ] [νηλ]

4 [κιλ] [λιλ] [µιλ] [νιλ]

κολ λολ µολ νολ

6 κϋλ λϋλ µϋλ νϋλ

κωλ λωλ µωλ νωλ

(25) La tablette de Forrer porte un fragment de syllabaire, ainsi que l’on désigne les exercices consistant à générer des syllabes selon un schéma donné. Le répertoire de Cribiore incluait en 1996 à peine vingt témoins relevant de cette catégorie (soit 11,94 % de la documentation scolaire de niveau élémentaire, la proportion la plus faible parmi les classes concernées ; cf. tabl. I). Une enquête menée aujourd’hui de manière systématique accroîtrait dans une certaine mesure le total ; P. Cotsen-Princeton 1, dont il sera question dans la troisième partie de la présente contribution, occuperait une place d’honneur dans un supplément de ce genre, tant est développé le syllabaire que comporte ce manuel65.

William A. Johnson a récemment attiré l’attention sur le rôle joué par les syllabaires dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, non seulement en Grèce et à Rome, mais déjà peut-être en Mésopotamie, et plus tard assurément à travers les pratiques médiévales et modernes66. Ainsi, le « programme d’enseignement de l’école maternelle » publié au Journal Officiel français du 12 mars 2015, à l’initiative de la Ministre Najat Vallaud-Belkacem, met encore l’accent sur la découverte des syllabes dans le chapitre intitulé : « L’acquisition et le développement de la conscience phonologique »67.

Divers types doivent être distingués dans les syllabaires grecs ou coptes en provenance d’Égypte, selon que les syllabes comportent deux ou trois lettres : on parle de types bilitères et trilitères respectivement68. On peut ensuite perfectionner la classification en fonction de l’ordre dans lequel se présentent consonnes et voyelles dans les combinaisons syllabiques.

Nous adoptons ici la typologie développée sur cette double base par Bernard Boyaval (tabl.

II)69 :

Type bilitère 1. – La consonne précède la voyelle.

Type bilitère 2. – La voyelle précède la consonne.

65 Le syllabaire de P. Cotsen-Princeton 1, dans son état actuel, occupe les p. 31-62 (avec des lacunes), mais il faut préciser le début et la fin de l’exercice manquent.

66 JOHNSON (2010-2011).

67 Le français utilise de manière significative l’expression « b.a.-ba » pour désigner les rudiments d’une science ou d’une technique ; d’autres langues, comme l’anglais, utilisent plutôt l’expression « abc », qui renvoie à l’étape précédente dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture selon le modèle antique.

68 Sur les syllabes constituées par une voyelle isolée, cf. supra, p. 21 et n. 49. Boyaval ne prend pas en considération cette catégorie.

69 BOYAVAL (1971), p. 59, part. n. 1 ; cf. CAUDERLIER (1991), p. 142. Boyaval cite deux exemples au moins pour chacun des sous-types.

(10)

Type trilitère 1. – Deux consonnes encadrent la voyelle. La première consonne est fixe de colonne en colonne ; la seconde varie.

Type trilitère 2. – Deux consonnes encadrent la voyelle. La seconde consonne est fixe ; la première varie.

Type trilitère 3. – Les deux consonnes sont identiques, de part et d’autre de la voyelle. (26)

βα γα δα αβ αγ αδ βαβ βαγ βαδ βαβ γαβ δαβ βαβ γαγ δαδ βε γε δε εβ εγ εδ βεβ βεγ βεδ βεβ γεβ δεβ βεβ γεγ δεδ βη γη δη ηβ ηγ ηδ βηβ βηγ βηδ βηβ γηβ δηβ βηβ γηγ δηδ βι γι δι ιβ ιγ ιδ βιβ βιγ βιδ βιβ γιβ διβ βιβ γιγ διδ βο γο δο οβ ογ οδ βοβ βογ βοδ βοβ γοβ δοβ βοβ γογ δοδ βυ γυ δυ υβ υγ υδ βυβ βυγ βυδ βυβ γυβ δυβ βυβ γυγ δυδ βω γω δω ωβ ωγ ωδ βωβ βωγ βωδ βωβ γωβ δωβ βωβ γωγ δωδ

Type bilitère 1 Type bilitère 2 Type trilitère 1 Type trilitère 2 Type trilitère 3

TABL. II

Remarquons que, quel que soit le type ou sous-type envisagé, l’ordre alphabétique des voyelles commande l’ordonnancement vertical de chaque colonne, celui des consonnes (du moins celles qui varient) la succession horizontale des colonnes sur le support70.

Le syllabaire de la collection Forrer appartient au type trilitère 2. Boyaval en relevait déjà quatre témoins papyrologiques (signalés ci-dessous au moyen de l’astérisque). Nous avons identifié trois exemples supplémentaires (y compris notre tablette), que nous intégrons dans la liste qui suit ; celle-ci, rangée de manière chronologique71, ne prétend pas à l’exhaustivité.

Tous les supports usuels des documents scolaires sont maintenant illustrés, à l’exception du parchemin.

1 . *« Livre d’écolier » (cf. supra, n. 2), pl. I, 9-15. Fin du IIIe s. avant notre ère.

2 . *P. Rain. Unterricht 8 (= Cribiore 79 ; M.-P.3 2735 ; LDAB 4399)72, col. II-VI. Ier s. (27) 3 . SB XXVI 16598 (= M.-P.3 2744.03 ; LDAB 9914). IIe/IIIe s.

4 . P. Mich. Inv. 2816 (= Cribiore 81 ; M.-P.3 2734.2 ; LDAB 5909) [ed. : K. MCNAMEE (1982), p. 124- 126, no 2]. IVe s.

5 . *P. Rain. Unterricht Kopt. 207 (= LDAB 107875)73, f. 2 ro - 5 ro. IVe s. ?

6 . *T. Louvre Inv. MND 552 c [et non 562 c] (= Cribiore 85 ; M.-P.3 2734.1 ; LDAB 6065 ; Worp 287) [ed. : BOYAVAL (1971), p. 58-60, no I ; cf. CAUDERLIER (1991), p. 148-152], vo. VIe s.

7 . T. Forrer sans no d’Inv., étudiée ici. Ve-VIIIe s.

On pourrait être tenté, en complétant la classification de Boyaval, d’ajouter un type quadrilitère au tabl. II. Quelques syllabaires présentent en effet des séquences de quatre lettres. Mais, à y regarder de plus près, il apparaît que ces formes procèdent en général d’un simple élargissement du type trilitère 2, la première consonne est suivie d’une liquide, là où la chose est possible. Nous joignons donc à la liste un syllabaire alignant des formes de ce genre.

8 . P. Leid. Inv. Y = UPZ I 147 (= Cribiore 78 ; M.-P.3 2742 ; LDAB 6837), col. XIX-XXIX74. IIe s. avant notre ère.

Dans ce document, les formes quadrilitères font suite à la série des voyelles simples α → ω, qui sert d’amorce au tableau75, puis à un sage syllabaire bilitère de type 1, de βα → βω à ψα

70 Ce double principe connaît quelques exceptions, dont voici deux exemples. Dans O. Lond. sans no d’Inv. (=

Cribiore 82 ; M.-P.3 2717 ; LDAB 5810) [ed. : MILNE (1908), p. 123, no 3], un tesson apparenté au type bilitère 1, les déclinaisons vocaliques se développent sur la ligne : ainsi, la séquence ξα ξω occupe de manière horizontale toute la l. 8. Dans un autre tesson, apparenté lui au type trilitère 1, O. Deir el Gizāz Inv. 14 = P. Rain.

Unterricht kopt. 82 (= Cribiore 91) [ed. : DI BITONTO KASSER (1988), p. 169-175, no 3], la séquence complète ϥⲁⲃ → ϥⲁⲯ, sans changement de voyelle, occupe verticalement la col. II du côté convexe.

71 Sur le caractère incertain de ces datations, cf. infra, p. 32, n. 97.

72 Cité par Boyaval comme : « WESSELY, Stud. Pal., II, p. XLIX, no 5 ».

73 Cité par Boyaval comme : « WINTER, Life and letters in the papyri, p. 67 ».

74 On a reconnu dans ce papyrus scolaire la main d’Apollônios fils de Glaukias, l’un des célèbres reclus du Sarapieion de Memphis. Sur les exercices scolaires compris dans les papiers des reclus, cf. LEGRAS (2011), part.

p. 221, n. 162.

(11)

→ ψω. Enfin se présentent, disposées en colonnes plus ou moins régulières, des combinaisons où la lettre ρ occupe en général la deuxième position : de βρας → βρως à χρας → χρως. La lettre ρ étant exclue à la suite de µ, les col. XXIII-XXIV portent la série quadrilitère µνας → µνως ; la même exclusion frappant les consonnes ν et ξ, ce sont de simples formes du type trilitère 2 qui comblent la lacune aux col. XXIV-XXV : νας → νως, ξας → ξως76.

Revenons à la planchette de Forrer. Les séquences trilitères qu’elle offre, de καλ → κωλ à ναλ → νωλ, trouvent des parallèles exacts dans deux documents de la liste dressée ci-dessus, l’un antérieur à la tablette, l’autre postérieur. L’ostracon SB XXVI 16598 (3) couvre les séries θαλ → θωλ à ξαλ → ξωλ, ainsi que χαλ → χωλ et ψαλ → ψωλ (toutes avec des lacunes, plus ou moins importantes). P. Rain. Unterricht Kopt. 207 (5) incorpore les séries qui nous intéressent au f. 2 ro, dans un jeu complet qui va de βαλ → βωλ à ψαλ → ψωλ.

(28) Nous évoquions plus haut, à la suite de Johnson, la place que les syllabaires occupent de manière persistante, à travers les âges, dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Le type trilitère 2, dont la tablette de Forrer fournit un nouvel exemple, bénéficie, hors d’Égypte, du témoin grec le plus ancien parmi tous les syllabaires. Il s’observe en effet déjà sur un ostracon athénien attribué au IVe siècle avant notre ère77, où se succèdent les séries verticales βαρ → βωρ, γαρ → γωρ, δαρ → δωρ, θαρ → θωρ et καρ → κωρ, sans que des colonnes ne les distinguent clairement (fig. 5). Une série de type bilitère 2, αρ → ωρ, précède les combinaisons trilitères, auxquelles elle sert à nouveau d’amorce. (Fig. 5)

Plusieurs siècles séparent assurément l’ostracon d’Athènes et notre tablette. L’écart exact est difficile à apprécier. En l’absence d’indice paléographique sûr (serait-il raisonnable de se fier aux caractères de type copte choisis par Forrer pour transcrire des extraits de l’objet ?), nous plaçons la tablette dans une fourchette assez lâche, entre le Ve siècle et le VIIIe siècle78. On peut relever que la lettre υ est pourvue de manière répétée d’un tréma79. Cet usage, mieux connu pour la lettre ι, s’observe notamment sur la tablette de Bruxelles déjà examinée et attribuée aux VIe-VIIe siècles80.

(29) Si la datation de la tablette de Forrer est entourée d’incertitudes, sa provenance ne soulève aucun doute : le document provient de Panopolis, une cité qui, selon toute apparence, a constitué un centre de diffusion actif de la culture et de la littérature aux époques gréco- romaine et byzantine. Il est donc légitime de supposer que la ville comptait un certain nombre d’écoles de différents niveaux où un enseignement était dispensé en grec81 : notre tablette a sans doute aidé un ou des élèves d’une classe élémentaire de Panopolis à ânonner leur syllabaire82.

75 Nous avons déjà noté deux exemples de cet usage : dans T. Mich. Inv. 763 et T. Schøyen Inv. MS 1760/3 (cf.

supra, p. 19-20 et n. 42-43), une colonne réunissant les voyelles isolées amorce le syllabaire.

76 Manquent les séries θρας θρως et τρας τρως : distraction du rédacteur ? Rien non plus pour les consonnes λ, ρ et ψ, derrière lesquelles ρ est bien sûr impossible ; le rédacteur n’a pas songé à compléter son syllabaire au moyen des séries trilitères, comme il l’a fait dans le cas de ν et de ξ.

77IG II-III2 2784, cité par Boyaval, de manière un peu trompeuse, comme : « KRALL, Mitteil. Samml. Pap. Erzh.

Rainer, IV, p. 130 ». On a d’abord hésité pour le tesson entre lectures magique et scolaire, à l’exemple des interprétations qui ont eu cours successivement pour la tablette de Bruxelles. JOHNSON (2010-2011), p. 446, le rapproche, comme témoin précoce des syllabaires, d’un fragment comique prétendument emprunté à Callias (PCG, IV, p. 39-40, test. *7 KASSEL / AUSTIN) et transmis par ATHÉNÉE, Deipnosophistes 10, 453d-e.

78 La fourchette ainsi définie s’inspire des dates extrêmes admises pour les syllabaires sur tablettes dans les recueils de CRIBIORE (1996) et de WORP (2012).

79 Notons que cette particularité n’apparaît que dans la citation reproduite par FORRER (1904-1905) ; elle est passée sous silence dans l’extrait divulgué antérieurement.

80 Au verso de la tablette de Bruxelles, le mot ϋδατων présente un tréma sur l’initiale ; cf. PRÉAUX (1935), p.

361-362, n. 2. Dans le syllabaire de P. Cotsen-Princeton 1, qui date également des VIe-VIIe siècles, la lettre ι seule est régulièrement pourvue du tréma ; en revanche, dans la suite du manuel, il arrive que υ porte un tréma à l’initiale : part. p. 82, col. I, dans la liste des dissyllabes en υ.

81 Sur l’ambiance littéraire de Panopolis, cf. MARTIN / PRIMAVESI (1999), p. 43-51, part. p. 44, pour la mention, dans un rouleau administratif rédigé peu après 298, de trois διδάσκαλοι et de deux ῥήτορες actifs dans la ville.

82 Nous ignorons tout des détails de l’acquisition de la tablette. Forrer l’a-t-il acquise chez un antiquaire ou l’a-t- il découverte lors des fouilles qu’il a menées dans les nécropoles de la ville ? La seconde hypothèse n’est pas improbable : des tablettes scolaires ont déjà été trouvées en contexte funéraire (cf. P. Bad. IV 60-65 ; sur le caractère scolaire de ces tablettes, cf. DE BRUYN (2010), p. 164 et n. 89).

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