LES
ETUDIANTS ETRANGERS EN FRANCE
éracinés, loin de leur culture et de leur famille, les étu- diants étrangers connaissent des problèmes de santé phy- sique et morale énormes. De surcroît, ils suivent souvent des filières littéraires trop générales ou des formations trop spécia- lisées pour pouvoir ensuite contribuer au développement de leur pays, et y trouver du travail. » C'est ce qu'a déclaré, il y a quelque temps, Mme Alice Saunier-Seïté, ministre des Universités, et ces propos avaient suscité une protestation d'un groupe d'oppo- sition. Par ailleurs, une certaine émotion dans le monde intel- lectuel, dont on sait la sensibilité à l'égard de tout ce qui peut res- sembler à de la xénophobie, était née d'une déclaration du premier ministre il y a quelques semaines et de la parution d'une circulaire du ministère de l'Intérieur en décembre dernier. Autant de motifs pour tenter, à travers textes et déclarations, de définir la poli- tique française à l'égard de ces étudiants.
Si, au cours des années récentes, les effectifs d'étudiants se sont stabilisés, la situation est très différente pour les seuls étudiants étrangers, dont le nombre a pratiquement doublé depuis 1973. Cette situation, pour favorable qu'elle soit au rayonnement et à la diffusion de la culture française, ne manque pas de poser à ceux qui ont la responsabilité de l'accueil et de la formation de ces étudiants des problèmes qui s'accroissent avec le nombre de bénéficiaires ; qu'il s'agisse des effectifs, de l'orientation dans les disciplines, des niveaux d'études et de l'accueil, les solutions à apporter ne sont pas simples. Raison de plus pour ne pas éluder la difficulté.
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S ur un peu plus de huit cent mille étudiants, il y a environ cent mille étudiants étrangers inscrits dans les universités françaises. Parmi eux, 49 000 — près de la moitié — suivent des études de premier cycle, 30 000 des études de second cycle (licence et maîtrise) et 23 000 seulement des études de troi- sième cycle. Or cette dernière proportion a tendance à diminuer, tandis que la part des étudiants qui suivent le premier cycle a tendance à augmenter. Cette tendance est fâcheuse, car, pour le maintien de l'influence française à l'étranger, la pratique de notre langue, il faut privilégier surtout les étudiants venant en France pour se préparer à des responsabilités dans leur pays d'origine. Des étudiants étrangers de premier cycle recherchent seulement un diplôme que leurs titres universitaires locaux et leur niveau ne leur permettent pas d'acquérir chez eux. En bref, le nombre de ces étudiants a doublé depuis 1973 et il n'est pas suffisamment contrôlé.
Le choix des disciplines aussi est important du point de vue français comme du point de vue de ces étudiants. Ils sui- vent pour 40 % d'entre eux des études littéraires, et surtout dans le premier cycle. Au contraire en droit et en sciences éco- nomiques, par exemple, 26 % des étudiants étrangers sont en troi- sième cycle, contre 10 % seulement en premier cycle. Derniers chiffres : la moitié des étudiants étrangers fréquentent les univer- sités parisiennes, soit 53 000 étudiants, dont 15 000 pour la seule université de Vincennes, alors que 35 % des étudiants français seulement sont inscrits dans la région parisienne. Mme Saunier- Seïté avait souligné quelques points importants qui devraient guider nos universités : «
Les pays d'Afrique et d'Amérique latine ont leur propre politique de développement des universités, et celles-ci ne peuvent être désertées par leur jeunesse. Il arrive même que des étudiants, refusés dans les universités de leur pro- pre pays à cause d'un niveau trop faible, viennent étudier en France, notamment dans certaines universités peu exigeantes. »Elle ajoutait : «
Nous devons leur offrir notre collaboration — qui sera alors précieuse, car ces universités sont encore jeunes — davantage au niveau du troisième cycle.» De son côté, le pre- mier ministre a demandé aux présidents d'université de ne pas
« accepter systématiquement un flux illimité d'étudiants étran- gers » et de « concentrer les efforts à leur égard au niveau du troisième cycle ».
L
'accueil de ces étudiants, leur orientation, sont diversement organisés. Le décret du 15 novembre 1971 prévoit qu'au sein de chaque établissement l'accueil des étudiants étrangers est assuré par un service commun aux unités d'enseignement et de recherche et par un service commun à l'ensemble des univer- sités lorsqu'une ville en comporte plusieurs. Ce texte est inéga- lement appliqué. Sur onze agglomérations comportant plusieurs universités, quatre, Toulouse, Rennes, Strasbourg et Paris, ne disposent pas de service commun interuniversitaire ; certains établissements, arguant de leur autonomie, ont, en effet, refusé la coopération prévue et préféré conserver ou organiser leur pro- pre service. Dans les vingt-neuf villes qui ne comportent qu'une université ou un centre universitaire, treize n'ont pas de service d'accueil. Mais si utile soit un service universitaire ou interuni- versitaire, il ne saurait suffire, et une organisation centrale doit assurer une coordination en même temps que traiter les pro- blèmes qui se posent à l'échelon, national. Cette charge incombe à la fois à la direction générale des relations culturelles, scienti- fiques et techniques du ministère des Affaires étrangères, à la Direction de la coopération culturelle et technique du ministère de la Coopération et à la Délégation aux relations universitaires internationales qui a été mise sur pied en 1975 au ministère des Universités. Des résultats positifs ont été obtenus, et des univer- sités comme celles de Grenoble ou de Montpellier se sont spécia- lisées dans l'accueil et la formation des étudiants étrangers.Pour que les étudiants étrangers tirent le plus grand profit de leur séjour en France, il convient qu'ils aient été suffisam- ment préparés par leurs études antérieures à bénéficier de l'en- seignement supérieur français et qu'ils aient acquis, au surplus, une connaissance de la langue leur permettant de suivre dans de bonnes conditions les cycles d'enseignement auxquels ils s'ins- crivent. Sur le premier point, les universités jugent elles-mêmes des conditions d'accès aux deuxième et troisième cycles. En revan- che, pour l'entrée dans le premier cycle, des dispositions régle- mentaires arrêtent la liste des diplômes de fin d'études secon- daires considérés comme équivalents au baccalauréat français.
Ces textes sont anciens (1915 et 1934) ; des dispositions du droit interne français ainsi que des accords bilatéraux ou multilatéraux en ont élargi l'application de telle sorte que l'aptitude des étu- diants étrangers à bénéficier de notre enseignement supérieur
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n'est pas toujours assurée. Allant plus loin, beaucoup d'univer- sités ont de surcroît choisi de s'ouvrir plus largement encore aux étudiants étrangers. Il en résulte qu'en 1976, selon des statistiques émanant du ministère des Universités, 26,4 % des étudiants étrangers n'étaient titulaires ni du baccalauréat ni d'un titre étran- ger admis réglementairement en équivalence. Ce pourcentage aurait même atteint 31,8 % en ce qui concerne les nouveaux inscrits.
Des circulaires du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l'Intérieur se sont efforcées de réglementer cet accueil dans des conditions qui n'ont rien d'illégal, de discriminatoire ou de contraire aux conventions internationales que la France a signées. Ces règles concernent le niveau des connaissances de notre langue et les conditions matérielles du séjour des étudiants étrangers. Quelques universités, s'appuyant sur le décret du 15 novembre 1971, qui leur confie la mission d'examiner l'apti- tude des étudiants à suivre les enseignements qu'ils choisissent, ont organisé des examens de français avant le début des cours.
De son côté, le service d'orientation pédagogique des étudiants étrangers organise depuis presque vingt ans, dans de nombreuses villes étrangères, des examens soumis à des directives communes et qui bénéficient d'une correction centralisée en France. Une instruction du ministère des Affaires étrangères, en date du 3 novembre 1977, a prévu de subordonner l'entrée en France d'étudiants étrangers aux résultats d'examens analogues dès l'an- née universitaire 1978-1979. Mais une nouvelle instruction, dif- fusée le 12 janvier 1978, a reporté cette mesure à la rentrée de 1979.
De son côté, la circulaire du 12 décembre 1977, adressée aux préfets par le ministère de l'Intérieur, vise à améliorer la qualité du recrutement par un contrôle préalabre du niveau des candidats avant leur départ du pays d'origine. L'obtention d'un visa est désormais liée à une attestation de pré-inscription, ren- voyée après que la demande d'inscription dans une université française eut reçu un avis favorable du conseiller culturel de notre ambassade dans le pays concerné. Ces mesures ne s'appli- quent pas aux ressortissants de la Communauté économique européenne, ni aux résidents de longue date, ni aux boursiers.
Enfin, une attestation bancaire de ressources d'un montant égal aux bourses délivrées par le gouvernement français empêche que les étudiants démunis ne se fassent exploiter — comme c'est
malheureusement le cas dans toute immigration — par des étu- diants ou d'anciens étudiants de même nationalité installés en France depuis plus longtemps.
Observons que ces textes ne faisaient qu'appliquer une recommandation de la Conférence des présidents d'université qui en 1974 avait approuvé, à l'unanimité, un remarquable rap- port établi par M . Jean-Claude Dischamps, alors président de"
l'université de Nice et actuellement recteur de l'université de Clermont-Ferrand. Sur le plan international, constatait ce rap- port, il y avait en effet un déséquilibre entre la politique fran- çaise de libre accès et la politique plus sélective des autres Etats : le souci des présidents d'université portait, alors, sur le risque de préjudice que pouvait subir, à terme, le prestige de l'ensei- gnement supérieur français. Une meilleure préparation de l'étu- diant étranger, avec une vérification de son niveau de connais- sances générales, mais aussi linguistiques, et une information sur le genre de vie en France avaient été considérées par les parti- cipants comme les instruments indispensables d'une nouvelle politique. Une répartition plus équilibrée des étudiants étrangers entre les cycles, les disciples et les établissements universitaires avait été jugée indispensable. C'est sans doute à ces principes simples que reviennent les différentes mesures prises l'an der- nier, ou les déclarations ministérielles de ces derniers mois, émanant au demeurant d'universitaires sachant ce dont ils par- laient.
n équilibre est à trouver entre la tradition libérale d'accueil des étrangers en France qui englobe tout naturellement, et au premier chef, à la fois ceux qui ont dû fuir leur pays et ceux qui désirent y retourner pénétrés de notre culture, aptes à déte- nir les responsabilités les plus élevées. Ces principes n'empêchent pas qu'il faut éviter, dans nos universités, un encombrement ou des échecs qui ne seraient profitables à personne. Et il n'est pas interdit de rappeler à tout étranger qu'il est soumis en France comme tout national au respect de nos lois.
PASCAL ARRIGHI