N ° 8 – AV R I L 2 0 2 1
LA TRANSITION
ALIMENTAIRE
UN CATALYSEUR DES
MUTATIONS DU XXI E SIÈCLE ?
DAN TEN CES
THINK TANK SCET
en partenariat avec
ET DEMAIN ?
SO MM Ai RE
3 INTRODUCTION
4 Une réponse aux nouvelles attentes sociétales 5 La crise sanitaire réinterroge les fonctionnalités et
les interdépendances des territoires
7 LA PRODUCTION ET L’APPROVISIONNEMENT AU PRISME DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE 7 La vulnérabilité du monde agricole
9 L’industrie agroalimentaire, un géant bousculé
10 La grande distribution sur le recul face au e-commerce et aux circuits alternatifs
11 Des circuits d’approvisionnement et de consommation déstabilisés
13 L’AGROALIMENTAIRE, UN SECTEUR EN MUTATION ACCÉLÉRÉE 13 Reconnecter au niveau local producteurs, distributeurs et consommateurs 14 Le numérique, accélérateur des mutations
15 Planifier et animer des stratégies territorialisées
15 DES PISTES POUR AGIR 19 Repenser les services publics 23 Financer les projets
3
ALIMENTATION
ET DEMAIN ?
?
Le système agro-industriel, encore
prépondérant aujourd’hui, s’est développé au cours du siècle dernier dans un contexte d’accroissement démographique et
d’urbanisation exponentielle. Il repose essentiellement sur des principes de spécialisation, de mécanisation, de massification, de concentration des productions et d’utilisation de la chimie. Ce modèle a permis d’absorber le choc démographique du XX
esiècle, de réduire considérablement les coûts de production et, par là même, la précarité alimentaire dans les pays dits « développés ».
Pour autant, ce modèle agricole prééminent, basé sur l’agriculture industrielle, montre aujourd’hui ses limites tant d’un point de vue environnemental que sanitaire et social.
Les défaillances sont de plusieurs ordres
1et couvrent l’incapacité à fournir un régime alimentaire sain, pour tous et de manière durable en limitant les impacts sur les sociétés humaines et l’environnement.
Par ailleurs, la filière agro-alimentaire, secteur économique français de premier rang, est mise sous tension dans une économie mondialisée, sous la pression constante de la diminution des prix et de l’érosion de la marge qui en découle. La répartition inéquitable de la valeur en défaveur de l’agriculture et, dans une moindre mesure, de l’industrie au profit des services, témoignent de la nécessité de dessiner une trajectoire renouvelée pour la filière.
C’est pourquoi la transition alimentaire actuelle - qui serait la cinquième de l’histoire – est avant tout le produit d’une réaction échelonnée dans le temps à l’ensemble de
ces externalités négatives. Elle marque le passage d’un modèle agro-industriel à des
« systèmes alimentaires territorialisés » (SAT) durables.
1- Béné, C., Oosterveer, P., Lamotte, L., Brouwer, I. D., de Haan, S., Prager, S. D., ... Khoury, C. K. (2019). When food systems meet sustainability – Current narratives and implications for actions. World Development, 113, 116-130. https://doi.org/10.1016/j.
worlddev.2018.08.011
LA TRANSITION ALIMENTAIRE : UN CATALYSEUR DES MUTATIONS DU XXI E SIÈCLE ?
INTRODUCTION
I n t r o d u c t I o n
RETROUVER LA CONFIANCE DES CONSOMMATEURS
D
epuis le début des années 2000, l’exigence grandissante des consommateurs quant à la trans- parence des informations et à la traçabilité des aliments prend de l’ampleur : 86 % des personnes interrogées réclament plus d’informations sur ce qu’ils mangent1. Avec la pandémie de covid-19, l’enjeu de la confiance et de l’adaptation au risque sani- taire devient plus prégnant encore.CONCILIER SANTÉ ET POUVOIR D’ACHAT
Les régimes alimentaires des sociétés occi- dentales se caractérisent aujourd’hui par une surconsommation de produits ultra-trans- formés, de sucres raffinés et d’additifs. La
1- Etude Opinion Way pour French Food Capital –
« Les Français et l’Alimentation », octobre 2018 2- Etude INSEE, « Cinquante ans de consommation
alimentaire – Une croissance modérée, mais de profonds changements », octobre 2015 3- 62 % des interrogés selon l’étude Opinion Way
pour French Food Capital – « Les Français et l’Alimentation », octobre 2018
4- La consommation a baissé de 12 % entre 2007 et 2017 en France – Etude CREDOC « Consommation et mode de vie », 2018
part des produits transformés a augmenté dans le panier alimentaire alors que la part des fruits et légumes a diminué entre 1960 et aujourd’hui2, soulevant des enjeux de taille en matière de santé publique. L’explosion des déséquilibres nutritionnels et des pa- thologies qualifiées de maladies non trans- missibles ou chroniques engendre des coûts économiques considérables : en Europe, 7 % du budget de la santé est destiné au traite- ment des pathologies liées à l’obésité.
Surtout, la question alimentaire et nutrition- nelle est un fort marqueur d’inégalités éco- nomiques et sociales, aggravées par la crise sanitaire. Le prix reste aujourd’hui encore un critère prépondérant dans les décisions d’achat, souvent aux dépens de la qualité et de l’équilibre nutritionnel de l’alimentation3. Garantir l’accessibilité du plus grand nombre à des produits sains et de qualité, dans des conditions économiques soutenables, reste donc l’enjeu principal de la transition alimentaire.
UNE CONSOMMATION PLUS ÉTHIQUE Plusieurs tendances de fond sont facteurs de changement :
• certains modes de production sont récusés, en raison des conditions de travail imposée à la main d’œuvre dans les unités de pro- duction et de transformation.
• La baisse continue de la consommation de viande, traduit le souci d’une alimentation moins carnée et plus variée4.
• La préoccupation du bien-être animal porte l’attention de manière beaucoup plus accrue sur les conditions d’élevage et d’abattage.
UNE RÉPONSE AUX NOUVELLES ATTENTES SOCIÉTALES
La transition alimentaire prend son origine dans l’évolutions des pratiques et les prises de conscience des citoyens, soulevant des enjeux socio-économiques, sanitaires et culturels.
Le concept émergent de « sécurité sociale alimentaire » vise à étendre le régime de la sécurité sociale à l’alimentation : doter chaque citoyen d’un budget alimentaire, en conservant la valeur ajoutée sur le territoire (rayon d’approvisionnement limité, produits bios…).
Arthur Grimonpont
I n t r o d u c t I o n
• La protection et la juste rémunération des producteurs agricoles fait aussi par- tie des préoccupations grandissantes des consommateurs.
ALIMENTATION ET GASTRONOMIE : UNE FORCE CULTURELLE ET UN LEVIER POUR TRANSFORMER LE SYSTÈME
En 2010, la gastronomie française a été re- connue par l’unESco comme élément du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
En retour, la France, qui s’engage à proté- ger et à promouvoir ce patrimoine, a vu se développer une intense activité touristique,
particulièrement bien valorisée, notamment dans le secteur viticole
Pourtant, le rapport des français à la nour- riture a évolué au cours des cinquante der- nières années avec un recul de la part de l’alimentation dans le budget des ménages : dans les années 1960, l’alimentation repré- sentait 35 % du budget des ménages contre 20 % en 2015. Pour replacer l’alimentation saine et durable au cœur des priorités de cha- cun, les institutions ont donc aussi un rôle à jouer en éduquant les citoyens au goût et à la nutrition et les sensibilisant aux enjeux de la transition alimentaire.
L
a crise engendrée par l’épidémie de covid-19 a fortement ébranlé la compétitivité de l’industrie agroali- mentaire ainsi que la résilience des systèmes alimentaire, mis à l’épreuve par le confinement au cours du printemps 2020.Elle a également révélé la très forte inter- dépendance des territoires, en raison de leur spécialisation marquée, et ce à toutes les échelles.
En France, l’attention soudainement portée sur le rôle vital de la production agricole et des acteurs de la chaîne alimentaire nous a obligé à sortir d’un schéma de pensée tradi- tionnellement centré sur les métropoles et à dépasser la hiérarchisation établie entre les territoires, polarisée sur les centres ur- bains aux dépends des espaces agricoles.
Ainsi la déstabilisation de la chaîne alimen- taire a conduit à une remise en question du modèle de redistribution de la valeur entre les différents types de territoires : là où les métropoles concentrent encore l’essentiel des richesses, comment replacer les terri- toires agricoles productifs au centre de nos priorités ?
Au-delà de ces défis conjoncturels, la tran- sition alimentaire en elle-même nous incite donc à requestionner notre vision des ter- ritoires : les outils et les approches de l’amé- nagement doivent permettre de repenser la structuration des territoire et la logique de spécialisation des zones rurales, urbaines et périurbaines, afin de garantir leur résilience face aux crises. En particulier, l’aménage- ment doit pouvoir revaloriser et redynami- Source : Unsplash.com, Stefan Vladimirov
LA CRISE SANITAIRE RÉINTERROGE LES FONCTIONNALITÉS ET LES
INTERDÉPENDANCES DES TERRITOIRES
I n t r o d u c t I o n
ser les territoires ruraux en s’appuyant sur les nombreux leviers offerts par la transition alimentaire, située à la croisée de toutes les autres transitions :
• transition énergétique : le développement des énergies renouvelables sur les exploita- tions par exemple permet de diversifier les sources de revenus des producteurs tout en soutenant la dynamique et l’attractivité du secteur (filières plus rémunératrices, inno- vations durables, diversification des com- pétences, développement des activités…)
• transition écologique : la mise en place d’une économie circulaire permet de créer des synergies vertueuses à l’échelle locale, en lien notamment avec l’essor des modes de production agroécologiques…
• transition démographique : les démarches ambitieuses de transition alimentaire constituent en elles-mêmes un levier d’at- tractivité pour les territoires ruraux (pers- pectives d’emploi, cadre de vie préservé, dynamiques locales, attractivité touris- tique…)
• transition économique et sociale : répar- tition plus équitable de la valeur non seu- lement entre les types de territoires, mais également entre les acteurs des filières ali- mentaires, émergence d’industries durables et de clusters spécialisés, plus grande ac- cessibilité à une alimentation saine et de qualité…
La mise en place de politiques de transition agroalimentaire à l’échelle locale, consti- tue à notre sens, une condition essentielle pour amorcer et accélérer ces profondes mutations, afin de dépasser les limites du modèle existant :
• Les territoires sont le point d’ancrage de la transition alimentaire, dans la mesure où elle s’appréhende à partir d’éléments géo- graphiques, de ressources, de populations.
• Ils constituent par ailleurs un espace de dia- logue entre acteurs de la filière pour faire valoir la coopération entre les acteurs éco- nomiques interdépendants (agricultures, industries agroalimentaires...). L’enjeu est de développer des stratégies gagnantes dans un contexte concurrentiel mondialisé qui exige de renforcer le marché français.
• cela demande de construire localement des outils qui structurent les filières et l’em- ploi, mais aussi d’accompagner la reterri- torialisation d’une partie de l’alimentation et le développement de nouvelles IAA in- novantes. Au-delà des aides directes, il est également nécessaire d’étudier les méca- nismes d’ingénierie financière les plus ef- ficaces.
C’est pourquoi, la transition alimentaire peut porter une vision renouvelée du dé- veloppement des territoires et constituer un levier de redynamisation de leur écosys- tème territorial. Multidimensionnelle et sys- témique, elle contribue ainsi à la refondation des politiques publiques, notamment locales.
Le fait d’avoir repoussé toujours plus loin les fonctions productives de la ville, pour tendre vers le « tout voiture » et des territoires mono-fonction, a complètement chamboulé notre rapport à l’espace.
Julien Blouin
Source unsplach.com, Annie Spratt
L A P r o d u c t I o n E t L ’ A P P r o v I S I o n n E M E n t
01
LA PRODUCTION ET
L’APPROVISIONNEMENT
AU PRISME DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE
L
e secteur de la production agricole couvre les exploitants qui produisent des denrées végétales ou animales issues de l’agriculture, de l’élevage ou de la pêche. Son rôle est décisif en matière de résilience alimentaire en France et pourtant, il fait partie des secteurs les plus vulnérables en cas de dysfonctionnement :• Il n’occupe désormais qu’une place margi- nale dans l’économie française : il pesait 4 % du PIB en 1983 et plus que 1,5 % en 2017.
• Il fait face à l’érosion continue de ses effec- tifs depuis les années 1970 : environ 1,6 mil- lions d’agriculteurs recensés en 1970, plus que 429 000 en 2017 (en baisse de 12 % par rapport à 2010).
• Le vieillissement de la population agricole compromet le renouvellement des généra- tions et la transmission des exploitations dont le nombre diminue, les moyennes et grandes exploitations étant majoritaires.
• La situation économique, souvent critique, des exploitations et des agriculteurs conti- nue de se dégrader depuis les années 1990.
LA VULNÉRABILITÉ DU MONDE AGRICOLE
des agriculteurs de moins en moins nombreux
664
490 1 01 7
1 263 1 588
429
1970 1979 1988 2000 2010 2017
en milliers
− 26 %*
− 19 %*
− 20 %*
*Taux de variation intercensitaire estimé
− 35 %*
− 12 %*
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estimé
en milliers
− 26 %*
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*Taux de variation intercensitaire
− 35 %*
− 12 %*
Nombre total d’exploitations agricoles en France métropolitaine
Source : réseau des Chambres d’Agriculture, « Repères socio-économiques sur l’agriculture française », 2019
La baisse des effectifs d’agriculteurs est régulière depuis les années 1970, selon les Recensements Agricoles décennaux. Elle se ralentit en fin de période.
L A P r o d u c t I o n E t L ’ A P P r o v I S I o n n E M E n t
UN ÉQUILIBRE ÉCONOMIQUE PRÉCAIRE
Le système agroalimentaire a permis de très importants gains de productivité de la terre et du travail : augmentation des rendements et forte baisse du prix des denrées alimentaires. À partir des années 1990, on observe un plafonnement de ces rendements. La production agricole totale a continué à progresser en volume, mais elle recule en valeur, avec une baisse des prix continue depuis lors, et ce sur de très nombreux produits. Au global, les prix des produits agricoles ont davantage diminué que ceux des produits alimentaires : pour une base 100 en 1970, le prix des produits atteint 93 à la consommation en 2016, et 48 à la production1.
depuis le début des années 2000, l’endet- tement des exploitations est passé de 37 à 42 % du total des actifs agricoles. celles-ci restent très dépendantes des aides et sub- ventions : sans elles, 50 % auraient un reve- nu avant impôt négatif. La baisse continue de ces aides et subventions – elles repré- sentent 25,6 % du revenu agricole en 2017, soit 10 points de moins que 10 ans aupara- vant – a contribué à leur appauvrissement, de façon parfois dramatique : avec la dis- parition du système des quotas en 2015, les éleveurs laitiers ont subi une baisse de près de 50 % de leur revenu entre 2012 et 2016.
1- Source : réseau des Chambres d’Agriculture,
« Repères socio-économiques sur l’agriculture française », 2019
LE DÉVELOPPEMENT DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE
L’agriculture biologique représente un mar- ché estimé à plus de 8,37 Md€ en consom- mation à domicile et restauration hors domicile, soit près de 4,4 % du marché ali- mentaire1. cette hausse est constante depuis plus de 10 ans avec une augmentation de 17 % en 2017 par rapport à 2016. Les ventes sont réalisées pour 44 % dans les grandes et moyennes surfaces alimentaires, pour 34 % dans les magasins spécialisés et pour 12 % en vente directe. Le reste des ventes s’effec- tuent chez les artisans commerçants et en restauration collective et commerciale.
Si la hausse de la production suit – difficile- ment - l’essor de la demande, on constate
1- Panorama des industries agroalimentaires, Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, 2018
en même temps une certaine inertie dans la répartition entre production convention- nelle et production biologique. Le rythme des conversions ne permet à la France de rattra- per un retard global, notamment en termes de surface agricole, par rapport à d’autres pays européens. on constate également une disparité nord-sud (agriculture bio moins pré- sente dans la moitié nord du pays), qui ré- sulte de différents facteurs, parmi lesquels la place plus ou moins grande d’exploitations intensives. cette relative inertie justifie aussi l’intervention des institutions pour accom- pagner et pérenniser les conversions d’ex- ploitations, notamment là où elles sont plus difficiles.
Le succès de l’agriculture biologique se tra- duit également par l’essor des réseaux de distribution sur tout le territoire, et qui se confirme d’année en année, signe de la ma- turité de modèles économiques alternatifs et de nouvelles relations entre producteurs et distributeurs.
Surface bio certifiée Surface en conversion
en milliers d’hectares
1800 1600 1400 1200 1000 800 600 400 200 0
1995 1996 1997 1998 20001999 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017
En 2017, le nombre d’exploitations en agriculture biologique est de 36 691, ce qui correspond à 8,3 % du total des exploitations agricoles et 6,5
% de la SAU totale en France.
Évolution des surfaces en biologique et en conversion depuis 1995
Source : réseau des Chambres d’Agriculture, « Repères socio-économiques sur l’agriculture française », 2019
Le système alimentaire est la première activité humaine responsable du
changement global et de la dégradation des
grands équilibres environnementaux… et il est,
en retour, l’activité la plus menacée par ces
mêmes déséquilibres
Arthur GrimonpontL A P r o d u c t I o n E t L ’ A P P r o v I S I o n n E M E n t
VERS DES FILIÈRES AGROALIMENTAIRES DURABLES
Les externalités négatives engendrées par le système agro- industriel sont multiples et de plus en plus décriées par les citoyens – habitants et consommateurs :
• démembrement des parcelles pour exploiter des surfaces plus éten- dues, à des fins de mécanisation et d’industrialisation des cultures.
• Effondrement de la biodiversité et accroissement des pollutions, causées par la généralisation de vastes monocultures et l’utilisa- tion intensive d’engrais et de pesticides.
• Erosion et dégradation des sols engendrées par la mécanisation et les intrants chimiques.
• ressources en eau fragilisées par le recours conséquent à l’irriga- tion et l’infiltration de polluants.
Ainsi, 18 % des sols français sont menacés d’érosion et, à l’échelle de l’union Européenne, plus de 40 % des zones d’écosystème terrestre et d’eaux douces sensibles reçoivent des dépôts azotés atmosphé- rique au-delà des charges critiques1. ces limites interrogent sur la pérennité économique du modèle agro-industriel, alors que, simul-
tanément, la productivité et la fertilité des sols s’érodent, et que le coût socio-économique de ces impacts augmente : quel mo- dèle inventer pour monétiser ou rémunérer les services environnementaux rendus par les sols ?
Enfin, l’empreinte carbone du système agroalimentaire français est conséquent : les émissions de GES générées par l’alimentation des ménages s’élèvent en France à 163 Mt d’eqco2 soit près d’un quart de leur empreinte carbone en 20122. La production agri- cole est le premier poste d’émissions, avec 109 Mt d’eqco2, et les produits importés représentent près de 13 Mtco2 d’émissions.
rapprocher les lieux de production des lieux de consommation constitue donc l’un des principaux leviers pour un système agroa- limentaire décarboné.
1- Près de deux tiers des dépôts azotés proviennent des émissions d’ammoniac de l’agriculture et un tiers des oxydes d’azote dus aux processus de combustion (transports principalement). Cf. Les sols portent notre avenir, ADEME, novembre 2015
2- L’empreinte énergétique et carbone de l’alimentation en France de la production à la consommation, Club Ingénierie Prospective Energie et Environnement, janvier 2019
Habitat Autres usages Agriculture et
sylviculture Activités industrielles
Réseaux routiers Autres transports
Sports et loisirs Services publics Autres services
42 % 24 % 9 %
4 % 4 %
5 % 5 % 1 % 7 %
Répartition des sols artificialisés par uasge en France métropolitaine en 2014
Source : ADEME / Agreste, rapport ADEME « Les sols portent notre avenir »
L’INDUSTRIE AGROALIMENTAIRE, UN GÉANT BOUSCULÉ
S
on poids dans les industries manu- facturières était de 17 % en 20171. Elle est constituée à 76 % d’entre- prises de moins de 10 salariés. Les EtI2 et les grandes entreprises ne repré- sentent que 2 % mais réalisent près de 85 % du chiffre d’affaires global. Le secteur est ainsi confronté à une forte concentration sectorielle.Au cours des dernières années, au contraire des industries manufacturières, le secteur des IAA3 a un nombre d’emplois stable.Au- jourd’hui, cette industrie subit diverses pres- sions, au niveau des prix, tirés vers le bas, de
1- Panorama des industries agroalimentaires : chiffres et indicateurs clés, Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, février 2020
2- Entreprises de taille intermédiaire (250 à 5000 salariés) 3- Industries agroalimentaires
4- Agence bio, « Les chiffres 2019 du secteur bio », dossier de presse du 9 juillet 2020
la réglementation et des normes sanitaires.
Ainsi, le secteur investit peu et souffre d’une diminution graduelle des marges. La pres- sion sur les prix est liée à la concentration du secteur de la grande distribution ainsi qu’à la baisse de compétitivité des agriculteurs français face aux autres pays européens.
Pour s’adapter, l’industrie agroalimentaire mise sur le développement qualitatif des pro- duits : ainsi, de 2018 à 2019, le nombre total de transformateurs engagés en bio a augmenté de 19 %, et de 24 % pour les distributeurs4.
Située au deuxième rang européen derrière l’Allemagne,
l’industrie agroalimentaire constitue un secteur d’activité
majeur pour la France.
L A P r o d u c t I o n E t L ’ A P P r o v I S I o n n E M E n t
E
ntre 2010 et 2018, les hypermarchés ont perdu 3,3 % de chiffre d’affaires, avec une baisse importante des produits non alimentaires (-30 %) et une légère hausse des produits alimen- taires et d’entretien (+7 %)1. ce recul est dû notamment à la progression du e-commerce et du commerce de proximité. durant le confinement, la baisse de fréquentation1- Article Nielsen, « Hypermarchés : 8 ans de recul du non-alimentaire », 3 mai 2019 2- Article Nielsen, « Les hypermarchés fragilisés avec le confinement », 31 mars 2020
3- Chiffre Kantar Worldpanel 2020 cité par LSA Conso, « [Coronavirus] L’e-commerce a recruté 2,5 millions de nouveaux clients », 16 avril 2020
4- Article Nielsen, « Covid-19 : un nouveau palier atteint en france par le e-commerce », 22 avril 2020
des hypermarchés au profit des commerces de proximité s’est accentuée : ils ont perdu 24 % des ventes sur la première semaine du confinement, alors que dans le même temps ventes des commerces de proximité progres- saient de 28 % en milieu urbain et de 39 % en milieu rural2.
ces dernières années ont aussi été marquées par l’explosion du e-commerce alimentaire, une évolution largement confirmée lors du confinement : sur le seul mois de mars 2020, le e-commerce a recruté 2,5 millions de nou- veaux clients3. En avril 2020, la part de mar- ché de ce secteur a atteint 10 %, comparé à 6 % en 20194. Autres tendances de fond,
LA GRANDE DISTRIBUTION SUR LE RECUL FACE AU E-COMMERCE ET AUX CIRCUITS ALTERNATIFS
L’ensemble des acteurs de la chaînes se voient bousculés de toutes parts, aboutissant à un recul de l’hyper :
augmentation du drive et du e-commerce, montée en puissance de nouvelles exigences chez les consommateurs ou encore développement des circuits alternatifs…
PRÉÉMINENCE DES GRANDES MULTINATIONALES ET DES GRANDES COOPÉRATIVES
L’économie française compte plusieurs fleurons industriels. Au 31 décembre 2017, les IAA françaises employaient 461 544 EtP au sein de 15 040 entreprises. Elles réali- saient un chiffre d’affaires de 213 milliards d’euros. Les IAA comprennent toutes les entreprises qui agrègent ou transforment les productions végétales et animales is- sues de l’agriculture, de l’élevage ou de la pêche. Elles les commercialisent soit à d’autres industries agroalimentaires, soit via des circuits de distribution (grossistes, GMS, commerces de détail, rHd), soit di- rectement auprès du consommateur. on y trouve toute taille d’entreprises, des PME aux grands groupes, positionnées sur diffé- rents marchés.
Parmi les grands groupes de transforma- tion, on trouve le groupe danone, Lactalis, Pernod ricard, Avril… Quant à la distribu- tion alimentaire en France, elle est structu- rée autour de 6 groupes : carrefour, Leclerc, Mousquetaires-Intermarché, casino, Sys- tème u, Auchan. Le confinement au prin- temps 2020 a surtout impacté les PME, qui ont vu leur carnet de commande diminuer et leurs charges stagner, voire augmenter.
Chiffre d’affaires HT des pays de l’UE en 2017 (milliards d’euros) Sources : Ministère de l’agriculture, « Panorama des industries agroalimentaires », 2018
Commerce gros prod. agric. brut* Commerce gros prod. alim. boisson & tabac Industries alimentaires Fabrication de boissons
* Y compris animaux vivants
** Les données de la fabrication des boissons sont indisponibles pour l’Irlande depuis 2014 et pour le Royaume-Uni depuis 2012. L’évolution des industries alimentaires a été appliquée pour estimer le chiffre d’affaires de ce secteur en 2017.
0 100 200 300 400 500
Rép. tchèque Grèce Roumanie Portugal Suède Danemark Autriche Irlande**
Belgique Pologne Pays-Bas Royaume-Uni**
EspagneItalie France Allemagne
L’agroalimentaire français est le deuxième européen après l’Allemagne en termes de chiffre d’affaires.
L A P r o d u c t I o n E t L ’ A P P r o v I S I o n n E M E n t
21,6 % des ventes en supermarchés et hy- permarchés se font faites sous promotion en 20175, et le nombre de drives a augmenté 13,6 % entre 2017 et 20186.
dans le même temps, des circuits alterna- tifs de distribution se sont développés. Selon l’AdEME, 6 à 7 % des produits alimentaires sont désormais achetés en circuits courts
5- Chiffre Nielsen 2017, cite par LSA Conso, « Comment les promotions vont se réinventer : notre enquête », 7 mars 2018 6- Luckycart, « Les chiffres clés du drive en 2019 » : 5 205 points de vente en drive en 2018
7- 1600 AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), 650 ruches et 250 magasins de producteurs recensés à ce jour par l’ADEME
avec différentes formes de vente : vente di- recte à la ferme et sur les marchés ; points de vente collectifs, paniers et AMAP7 ; vente en tournée, au domicile ou point relais de livraison (drive fermier, lieu de travail) ; circuits mixtes (commerce de proximité, marque « petits producteurs » en grande distribution).
L
a crise liée à la pandémie de covid-19 a de nouveau mis sa résilience à l’épreuve avec des mesures parfois drastiques (fermeture de frontières, confinement…). c’est toute la chaîne de production (transport, transformation, dis- tribution, emballage…) qui a été touchée, menaçant la souveraineté alimentaire du pays.certes, la France n’est pas confrontée à un risque de pénurie alimentaire et ses secteurs
1- La France Agricole – « L’activité agricole et agroalimentaire recule de 4 % », 30 mars 2020. Selon les dernières estimations de la Banque de France, les deux mois de confinement ont coûté près de six points de produit intérieur brut à l’économie française.
agricole et agroalimentaire sont globa- lement restés épargnés par la crise sani- taire1. Pour autant, beaucoup territoires, notamment les zones urbaines, ne sont pas auto-suffisants, leur approvisionnement dé- pendant des chaines logistiques. Soucieux
DES CIRCUITS D’APPROVISIONNEMENT ET DE CONSOMMATION DÉSTABILISÉS
Du fait des crises pétrolières (1973 et 1979), de la hausse du prix des denrées (2007-2008) ou encore des épidémies de SRAS (2002-2004) et d’Ebola (2014), le système
d’approvisionnement alimentaire a été déstabilisé à plusieurs reprises ces dernières années.
AGROALIMENTAIRE : DES ENJEUX GÉOPOLITIQUES
Le secteur de l’agroalimentaire est caractérisé par une mondialisation marquée induisant une interdépendance entre tous les acteurs et des logiques de spécialisation. certaines puissances mondiales telles que la chine, confrontées à une poussée démo- graphique, préoccupées par leur sécurité alimentaire, sont en quête de réserves foncières agricoles en Afrique, Amérique du Sud voire en Europe. ces tensions géopolitiques créent des déséquilibres supplémentaires dans un secteur caractérisé par une forte volatilité des marchés.
Premier pays producteur de l’union Européenne, la France est directement concernée1. Et ce, d’autant plus qu’elle ne produit pas tout ce qu’elle consomme et ne consomme pas tout ce qu’elle produit : si elle exporte du vin, des spiritueux, des céréales, et des produits laitiers, elle importe de la viande bovine et porcine (environ 25 %), du poulet (40 %), des fruits et légumes (60 %)2… Globalement, 21 % de notre alimentation est importée selon l’InSEE avec des disparités entre régions. de plus, pour fonctionner, l’agriculture dépend elle aussi des importations (carburant, engrais et phytosanitaires, machines agricoles) et de l’emploi de tra- vailleurs saisonniers étrangers.
1- Les produits agricoles et alimentaires représentent en moyenne 11 à 13 % du total des exportations françaises
2- Souveraineté alimentaire… Consommateurs, savez-vous vraiment de quoi on parle ?, Jean-Marie Séronie, l’Opinion, 30 avril 2020
L A P r o d u c t I o n E t L ’ A P P r o v I S I o n n E M E n t
de garantir l’accès d’un très grand nombre de consommateurs à l’alimentation durant le confinement, tous les acteurs des chaînes d’approvisionnement ont dû et pu imaginer des solutions pour faire face à l’urgence, pour les agriculteurs, pour les consommateurs et pour les différents maillons de la chaîne af- fectés par les mesures de sécurité. cette crise a cependant révélé certaines limites du « modèle » français :
• Le « juste à temps » et le manque de stock fragilisent les chaînes d’approvisionne- ment : ainsi, l’augmentation de 230 %2 des ventes de pâtes, riz et semoule sur le pre- mier mois du confinement n’a pas pu être absorbée en raison des stocks réduits des distributeurs et s’est heurtée aux pénuries de conditionnement.
• certains circuits d’approvisionnement et de consommation ont été interrompus
2- D’après le Syndicat des industriels fabricants de pâtes alimentaires de France, cité par La Tribune dans un article du 26 mars 2020
avec une baisse de débouchés pour cer- taines productions. La diminution des re- pas à l’extérieur (25 % de la consommation, habituellement) a contraint le mode de consommation actuel. L’arrêt des cantines et de la restauration collective a réorienté les circuits d’acheminement et de vente de certains produits. de même, la fermeture de la restauration commerciale a exposé les produits haut de gamme a des problèmes de débouchés (fromages AoP, vins, mor- ceaux nobles de viande bovine).
• Les chaînes d’approvisionnement se sont avérées rigides, empêchant les producteurs et distributeurs de se connecter à d’autres acteurs et induisant des difficultés d’appro- visionnement de certains territoires isolés.
Les perturbations dans les transports, en bouleversant les circuits de logistique ha- bituels, ont accentué ces fragilités.
Le manque de main d’œuvre dans l’industrie agro-alimentaire a nécessité une nouvelle organisation du travail. on peut citer la mise en place de la plateforme « des bras pour ton assiette » par le ministère de l’Agriculture et la FnSEA.
L’énergie en agriculture passe beaucoup par le transport et la réfrigération de produits à faible valeur-ajoutée, volumineux, parfois non stockables, ce qui est d’autant plus coûteux.
La remise en question des circuits de transport doit être au cœur des reconfigurations territoriales
Karine Daniel
L ’ A G r o A L I M E n t A I r E , u n S E c t E u r E n M u t A t I o n A c c é L é r é E L ’ A G r o A L I M E n t A I r E , u n S E c t E u r E n M u t A t I o n A c c é L é r é E L ’ A G r o A L I M E n t A I r E , u n S E c t E u r E n M u t A t I o n A c c é L é r é E
02
L’AGROALIMENTAIRE,
UN SECTEUR EN MUTATION ACCÉLÉRÉE
D
e nombreuses initiatives s’ins- crivent dans ce concept1. Elles sont inspirées par un objectif de réduction des externalités néga- tives et de valorisation des impacts sociaux, environnementaux et économiques :• L’agriculture vivrière, qui a reculé au profit des cultures commerciales, opère un timide retour via les fermes urbaines, par exemple.
• La relocalisation de la production au plus proche de la consommation est une ten- dance de fonds avec le développement des circuits courts de proximité.
La crise sanitaire a stimulé l’émergence de solutions s’inscrivant dans la logique des SAt.
Pour pallier les difficultés d’approvisionne- ment, des dispositifs exceptionnels ont été mis en place par les villes avec l’aide des ac- teurs de l’agroalimentaires. on notera par exemple le renforcement de la vente directe ou la création de capacité de stockage inter- médiaire dans certains locaux municipaux.
Les plateformes numériques et les carto- graphies interactives se sont multipliées sur la quasi-totalité du territoire national, afin d’identifier les producteurs locaux, recenser
1- Systèmes alimentaires territorialisés : 100 initiatives locales pour une alimentation responsable et durable, Resolis
#04, mars 2015
2- Ainsi, le marché de Rungis a créé une plateforme « Rungis livré chez vous » avec la région Ile-de-France
3- Loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous. Voir dans la seconde partie « Des pistes pour agir »
leurs offres, les lieux de stockage, les points de vente et d’achat, les drives, les commer- çants-livreurs et les invendus. Les marchés d’intérêts nationaux (MIn), éléments essen- tiels de la chaine d’approvisionnement, ont dû s’adapter2.
ce mouvement de relocalisation est aussi motivé par le souci de mieux protéger et rémunérer plus justement les producteurs agricoles. ce principe d’équité a d’ailleurs été inscrit dans la loi EGalim qui vise à garantir des prix véritablement rémunérateurs pour les agriculteurs3.
RECONNECTER
AU NIVEAU LOCAL PRODUCTEURS,
DISTRIBUTEURS ET CONSOMMATEURS
Face aux limites de la mondialisation, la recherche
de modèles agroalimentaires alternatifs s’est développée.
C’est le cas notamment des systèmes alimentaires territorialisés (SAT) qui visent à la relocalisation de l’alimentation à l’échelle d’un territoire.
Les grossistes essayent de plus en plus de répondre au souhait d’avoir des produits biologiques et recherchent des filières locales en bio…
Isabelle Cambier
L ’ A G r o A L I M E n t A I r E , u n S E c t E u r E n M u t A t I o n A c c é L é r é E
LE NUMÉRIQUE, ACCÉLÉRATEUR DES MUTATIONS
L’innovation technologique joue un rôle clef pour le secteur agricole et les IAA. De nombreuses unités de recherche et développement maillent le territoire, structurées aujourd’hui dans 11 pôles de compétitivité directement suivis par
le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et 10 autres pôles comportant une thématique agricole.
Source : lafoodtech.fr D’après Karine Daniel, les nouvelles technologies, aujourd’hui mobilisées dans le cadre de schémas de développement agricole, n’ont pas eu d’effet d’homogénéisation des systèmes alimentaires mais bien d’accompagnement sur le long-terme
P
armi leurs domaines d’activité, on peut mentionner le développement des bio-intrants (plantes, champi- gnons, micro-organismes), permet- tant de lutter contre les maladies, d’améliorer l’assimilation des nutriments et de stimuler le développement des cultures.L’irruption du numérique vient cependant bousculer cet écosystème en bouleversant la logique linéaire de la chaîne de valeur. Les utilisations numériques s’imbriquent à tous
1- L’AgTech désigne les technologies utilisées dans l’agriculture, l’horticulture et l’aquaculture dans le but d’améliorer le rendement, l’efficacité et la rentabilité 2- La Foodtech désigne un vaste écosystème
d’entrepreneurs et de startups utilisant la technologie pour améliorer ou faciliter la production et la distribution alimentaire
les maillons de la chaîne alimentaire et gé- nèrent de nouveaux modèles économiques :
• outils prédictifs pour anticiper les risques sur le rendement, la qualité et les prix, faire face à la multiplication des aléas : utilisa- tion du big data, alimenté par des capteurs, drones ou véhicules connectés.
• Amélioration du suivi et de la traçabilité des produits, de la réception à la distribu- tion, avec des systèmes de traçabilité de plus en plus performants (rFId, Qr code, blockchain…) : une problématique mise en lumière par la crise sanitaire et l’impact des zoonoses, soulignant l’urgence d’améliorer la prévention des risques biologiques.
• développement de nouveaux modes de consommation : explosion du recours aux services de livraison (deliveroo, uber Eats, Stuart…), plateformes en ligne mettant en relation consommateurs, restaurateurs et commerçants alimentaires (too Good to Go) ou proposant des box repas à cuisiner chez soi sans effort (HelloFresh, Quito- que…), accès facilité aux circuits cours (La ruche qui dit oui !).
• Information du consommateur sur la qua- lité des produits (Yuka, Foovisor…).
L’émergence de startups, issues de l’Agtech1 et de la Foodtech2, soutenues par de nou- veaux incubateurs spécialisés dans l’inno- vation dans les domaines de l’agriculture et des IAA, comme Euratechnologies, près de Lille est symptomatique de cette évolution.
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03 DES PISTES POUR AGIR
L
es secteurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire sont régis par dif- férentes strates d’encadrement rè- glementaires et administratives. Au niveau international, cela se traduit par :• L’établissement de droits de douane sur les importations et les exportations, condition- nant la création et la captation de valeur générée par les flux du système alimentaire.
• des mesures normatives, pouvant œuvrer au renforcement de la confiance dans les marchés, mais impactant parfois la com- pétitivité de certains secteurs.
Au niveau européen, la PAc (politique agri- cole commune) fixe un cadre d’action poli- tique déterminant pour l’agriculture, tant par l’enveloppe qu’elle mobilise – près de 30 % du budget annuel européen prévus sur 2017- 20271 – que par son impact sur l’alimenta- tion des citoyens et sur les modèles agricoles.
À travers le nouveau « Pacte vert » européen, et notamment la stratégie « de la fourche à la fourchette » sur le volet agricole2, l’union européenne vise la neutralité carbone d’ici à 2050. La refondation de la PAc représente donc un tournant pour repenser le système agricole et alimentaire européen et accom- pagner sa transition.
Au niveau national, la politique de l’alimenta- tion, déployée à travers le programme natio-
1- Commission Européenne, Communiqué de presse, 1er juin 2018
2- Commission Européenne, Farm to Fork Strategy – for a fair, healthy and environmentally-friendly food system
nal de l’alimentation (PnA), a pour finalités d’« assurer à la population l’accès à une ali- mentation sûre, saine, diversifiée, de bonne qualité et en quantité suffisante, produite dans des conditions économiquement et so- cialement acceptables par tous, favorisant l’emploi, la protection de l’environnement et des paysages et contribuant à l’atténuation et à l’adaptation aux effets du changement climatique ». réunis en 2017, les états géné- raux de l’alimentation, réunissant l’ensemble des parties prenantes de la chaîne de valeur (producteurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs, pouvoirs publics), avaient pour ambition d’insuffler une dynamique col- lective pour la transformation du système
PLANIFIER ET ANIMER DES STRATÉGIES TERRITORIALISÉES
Source : Commission Européenne
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3- Loi n° 2018-938 du 30 octobre 2018 pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire et une alimentation saine, durable et accessible à tous
4- Article 39 de la loi n° 2014-1170 du 13 octobre 2014 d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt (dite LAAF)
agricole et agroalimentaire en France. Les objectifs retenus à l’issue de ces états géné- raux sont de :
• relancer la création de valeur et en assurer l’équitable répartition – permettre aux agri- culteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes.
• Accompagner la transformation des mo- dèles de production afin de répondre da- vantage aux attentes et aux besoins des consommateurs.
• Promouvoir les choix de consommation privilégiant une alimentation saine, sûre et durable.
Les états généraux de l’alimentation se sont traduits par l’adoption de la loi du 30 octobre 2018 dite EGalim3 qui constitue un pilier de la politique de transition alimentaire du pays.
cette loi met particulièrement en avant des dispositions concernant la restauration col- lective publique, comme levier d’action sur la demande et la distribution de produits de qualité et bios favorisant l’accès au plus nombre à une alimentation de qualité. Elle confirme également le rôle majeur dévolu aux projets alimentaires territoriaux.
CONSOLIDER LES ÉCOSYSTÈMES LOCAUX : LES PROJETS
ALIMENTAIRES TERRITORIAUX
Inscrire un territoire dans la transition alimen- taire, c’est structurer à son niveau des éco- systèmes générateurs d’innovations visant l’évolution et la relocalisation des modes de production, transformation, distribution et consommation.
c’est l’objet des projets alimentaires terri- toriaux (PAt). Mettant en œuvre le principe des systèmes alimentaires territorialisés, ils
« visent à rapprocher les producteurs, les transformateurs, les distributeurs, les collec- tivités territoriales et les consommateurs et à développer l’agriculture sur les territoires et la qualité de l’alimentation »4. Ils peuvent être portés par une large gamme d’acteurs, privés comme publics, et prennent la forme d’un contrat passé entre ses différentes parties prenantes. Ils doivent être élaborés et mis en œuvre de manière concertée avec l’ensemble des acteurs de la chaîne, des producteurs aux Source : agriculture.gouv.fr
LES PAT, DERNIERS NÉS DES OUTILS DE PLANIFICATION STRATÉGIQUE LOCALE
Les PAt s’inscrivent dans une lignée fournie d’outils mobilisables pour la tran- sition agricole. Les documents de planification territoriale (SrAddEt, Scot et PLui) permettent d’inscrire des objectifs de préservation des terres agri- coles. Les fonds nationaux et européens, programmés et distribués à l’échelle régionale (FEAdEr, FEdEr, LEAdEr, PEAn...), permettent, de leur côté, de fi- nancer l’installation de nouvelles exploitations et leur modernisation.
Leurs objectifs ont été précisés par le gouvernement* : structurer les filières agricoles et alimentaires, favoriser le développement de systèmes alimen- taires territorialisés (SAt), couvrir l’ensemble des champs de l’alimentation et des systèmes agricoles (économie, nutrition et santé, environnement, culture et patrimoine, attractivité, éducation, accessibilité…) et enfin créer une ins- tance de gouvernance locale intégrant l’ensemble des acteurs.
41 PAT labellisés à fin septembre 2020 Source : RnPAT
* Instruction du gouvernement DGAL/SDPAL/2017-294 du 30 mars 2017
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consommateurs, s’appuyer sur un diagnostic partagé et intégrer dès l’amont des indica- teurs d’évaluation ex post.
depuis leur lancement en 2014, les PAt se sont imposés comme un nouvel outil ma- jeur de planification locale, permettant de structurer une réflexion sur l’ensemble de la chaîne de valeur locale, de la production à la consommation. traduisant un réel engoue- ment de la part des territoires, 150 PAt sont en cours de réalisation à l’automne 2020, 41 étant « reconnus » par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation5. Il reste ce- pendant du chemin à parcourir, l’état visant 500 PAt, ce qui implique une plus forte mo- bilisation des acteurs locaux et des moyens en ingénierie et appui à l’animation.
recréant une gouvernance locale, les PAt contribuent à décloisonner les sujets de pro- duction, de distribution et de consommation.
5- Pour plus d’information, consulter le site du réseau des PAT : RnPAT
En formulant un cadre stratégique partagé sur les orientations agricoles, ils permettent de réorienter les actions sur le territoire et d’articuler un ensemble d’actions sur toute la chaîne de valeur : préservation foncière, ré- orientations et mutations des exploitations, sécurisation des débouchés, mobilisation de la restauration collective, programmes d’investissement pour des équipements stra- tégiques, accompagnement à l’installation, formations, sensibilisation…
Les collectivités territoriales doivent s’approprier la transition alimentaire et reprendre leur rôle central en réparant les failles du marché : il est nécessaire pour cela de coordonner l’action publique aux
différentes échelles.
Arthur Grimonpontfaire entrer en résonnance producteurs locaux, filières de transformation, réseaux de distribution et consom- mateurs pour favoriser le développement de circuits courts et valoriser la production locale. Il est aussi question d’appuyer des filières stratégiques alimen- taires mais fragiles économiquement, notamment la filière laitière.
un travail de pédagogie a d’abord être mené auprès du pôle d’équilibre territorial et rural pour mener à bien ce projet dans une démarche concertée et co- construite entre politiques et acteurs économiques.
Les « citoyens-consommateurs » seront aussi les ac- teurs-clés de la construction du projet alimentaire, notamment lors de temps de concertation publique.
cette expérience a aussi bien mobilisé des expertises techniques agronomes amenées par triesse-Gres- sard, que les expertises d’animation, d’enquête et de conduite de projet apportées par la ScEt.
Le Pays de Sarrebourg, riche d’un patrimoine agricole important, a voulu être appuyé dans la conception de son projet alimentaire. En effet, tout l’enjeu est de
L’ÉMERGENCE D’UN PROJET ALIMENTAIRE TERRITORIAL : L’EXEMPLE DU PAYS DE SARREBOURG
Z o o M P r o J E t
Source : SCET – Marie-Sophie Martin (territoire du PETR de Sarrebourg)
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PILOTER L’INNOVATION ET ACCOMPAGNER LES RÉSEAUX
Les collectivités doivent renforcer leur po- sitionnement d’ensemblier pour piloter de grands programmes d’innovation, permet- tant de tester l’articulation et la transfor- mation globale. c’est le modèle des projets territoires d’Innovation, qui structure cette approche méthodologique. Il s’agit pour les territoires d’être en capacité d’animer des écosystèmes créateurs d’emplois, de liens et d’innovations :
• techniques pour la reconversion de fonciers issus de friches, le développement de tech- niques de semences…
• numériques : collecte de la donnée et maî- trise des flux d’un territoire, simplification de la chaîne d’approvisionnement et de distribution par des plateformes…
• Financières : création de fonds avec cri- tères d’engagement à impact (évaluation socio-économique des projets, comptabi- lité triple capital…).
Les champs de prospection en matière d’innovation pour accompagner la transi- tion agricole sont extrêmement larges, et les territoires représentent des laboratoires pour tester l’articulation entre différents dispositifs. À travers notamment la créa- tion et l’animation de clusters, de pôles d’excellence, de mécénats de compétence, les collectivités permettent à des filières agroalimentaires territorialisées de se struc- turer et se développer. c’est le cas dans le Grand Est (cluster IAr-Bioéconomie), en Auvergne-rhône-Alpes (cluster Bio), en côte d’or (Pôle vitagora), à Lille (Euralimentaire)...
cela peut aussi consister dans l’accompa- gnement à l’entrepreneuriat et à l’innovation numérique avec la création et le dévelop- pement d’incubateurs et d’accélérateurs de start-ups (Foodentropie à nanterre, Smart Food Paris intégré au programme Paris&co), de pépinières d’entreprises…
Source : Euralimentaire.com
élément central de développement économique en- dogène durable, avec des bénéfices majeurs – santé, restauration du capital naturel, et service d’approvi- sionnement alimentaire pour le cœur de la métro- pole ».
Le projet vise à tester à grande échelle un nouveau modèle agricole adapté aux territoires périurbains et s’articule notamment autour de la Ferme de l’Envol, implantée sur une ancienne base militaire et étendue sur 75 ha, pour un budget prévisionnel de 76 M€. La construction de cette ferme a permis d’agréger de nombreux acteurs, de lancer une réflexion collective et de structurer un réseau à l’échelle de l’Ile-de-France – incluant les agglomérations voisines. cette approche collaborative permet ainsi de travailler sur un essai- mage national du modèle.
La ScEt a accompagné la structuration de la can- didature finale de cEA au PIA tIGA (territoires d’in- novation - grande ambition dans le cadre du Plan d’Investissements d’Avenir), depuis la définition de la stratégie de candidature, jusqu’à l’appui à la matura- tion et au montage de projet.
SÉSAME, UN PROJET DE CŒUR D’ESSONNE AGGLOMÉRATION POUR
RELOCALISER L’ALIMENTATION
Z o o M P r o J E t
Sources : Terres-en-villes.org
L’ambition du projet est d’engager l’ensemble du ter- ritoire de cœur d’Essonne Agglomération (cEA) vers une transition agricole et alimentaire. Pour Isabelle ciekanski, « il s’agit de faire de cette transition un
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AGIR SUR LE FONCIER
L
a question de la maîtrise foncière est centrale. Historiquement, les transi- tions agricoles se sont toujours ap- puyées sur des mutations profondes du foncier : mouvement des « enclosures » à partir du 17e siècle, remembrement foncier après la sortie de guerre… La transition agri- cole en cours nécessite elle aussi une action foncière pour préserver les sols face à l’artifi- cialisation, en faciliter l’accessibilité pour les exploitants et inciter à la mutation d’usages :• Sur la production : la rotation génération- nelle, l’accompagnement de jeunes agricul- teurs, l’évolution vers de nouveaux modes de production moins intensifs… nécessite de mobiliser des outils favorisant l’accès à un foncier à un juste prix.
• Sur la distribution : la localisation stra- tégique des équipements logistiques né- cessite une action volontaire, foncière et immobilière.
• Sur la compensation agricole et envi- ronnementale : les lois LAAF et Biodiver- sité1 réintroduisent des mécanismes de compensation face à l’artificialisation.
Au-delà des prescriptions réglementaires, les collectivités peuvent se doter d’outils de
1- Loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages
maîtrise et de portage foncier pour soute- nir la relocalisation et la diversification de la production et sécuriser les implantations logistiques stratégiques. L’objectif doit être de protéger le foncier du point de vue quan- titatif (sa superficie), qualitatif, de son usage et de son accessibilité.
Au-delà de la planification traditionnelle qui offre la possibilité de préserver et/ou maî- triser le foncier agricole et logistique (PLui et Scot principalement), les collectivités peuvent également se doter d’outils dédiés pour relocaliser et diversifier la production, assurant ainsi une plus grande autonomie alimentaire de leur territoire :
• Foncières et régies agricoles : volets finan- cier, juridique, gouvernance.
REPENSER LES SERVICES PUBLICS
Faciliter l’accès au foncier agricole, mieux contrôler la logistique et l’approvisionnement, relocaliser la production, agir sur la demande... : les pouvoirs publics disposent de plusieurs leviers d’action.
Examen des modalités d’intervention Diagnostic
du foncier Identification
des exploitations Montage
juridico-financier Diagnostic
territorial Financement
Repérage du foncier à préserver Intervention sur le foncier Installation/maintien des exploitations
Mise en
exploitations Transmission d’exploitation
Intervenir sur toute la chaîne de valeur du foncier agricole
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L’accès au foncier est un frein pour de nombreux pro- jets d’installation, de transmission ou de confortation d’exploitations agricoles.
Afin de maintenir et renforcer les filières de son terri- toire, la région réfléchit à la création d’un fonds d’in- tervention sur le foncier public / privé.
dans ce but, la ScEt a analysé les besoins en matière d’acquisition foncière sur l’ensemble du territoire de l’occitanie, avant d’étudier la faisabilité juridique et financière du fonds d’investissement et de ses moda- lités d’intervention.
OCCITANIE : UN FONDS RÉGIONAL POUR FACILITER L’ACCÈS AU
FONCIER AGRICOLE
Z o o M P r o J E t
• Projets expérimentaux de type agriculture urbaine, fermes ou potagers municipaux…
• dispositifs partenariaux en collaboration avec les acteurs concernés : producteurs, coopératives agricoles et interprofessions, chambres d’agriculture, SAFEr et struc- tures associatives telles que terre de Liens.
REPENSER LA LOGISTIQUE DE DISTRIBUTION ET DE COMMERCIALISATION
La transition alimentaire se traduit autant par l’évolution des modes de productions que par la transformation des systèmes lo- gistiques, la fragmentation des modes de consommations étant, dans les deux cas, un moteur déterminant : supermarchés en ville, poids du hard discount, développement du drive, émergence d’une multitude de circuits alternatifs, commande en ligne…
Face à ces mutations, l’organisation des systèmes de stockage, de distribution et de commercialisation est remise en cause. c’est toute une chaîne d’équipements et d’acteurs - marchés de gros et de détails, coopératives agricoles, logisticiens… - qui doivent revoir leurs modèles.
Interface essentielle en matière de distribu- tion alimentaire, les marchés de gros doivent se transformer et se moderniser : restructura- tion en vue d’une meilleure valorisation des productions locales, couplage avec des ou- tils digitaux permettant de mieux mettre en valeur l’offre locale et sa disponibilité, mise
LES MIN, DES OUTILS ESSENTIELS POUR LA TRANSITION ALIMENTAIRE
de par leur positionnement, les MIn ont le potentiel pour établir de nou- veaux équilibres dans la répartition de la valeur ajoutée entre les différents intervenants.
• MIN positionnés comme moteur dans la stratégie alimentaire des Métropoles
• lnscription du projet stratégique des MIN dans les outils d'action pubique
• Mise en œuvre d’unee gouvernance partenariale sur les projets d'envergure
• Ouverture vers de nouvelles filières
• Repositionnement sur la chaine de valeur amont et/ou aval
• Développement de services annexes et d'une nouvelle offre immobilière
• Valorisation de la production locale et des circuits courts
• Renforcemen, des filières Bio
• Mise en œuvre de politiques de professionnalisation internes
• Développement de solutions de logistique mutualisée
• Développement de la logistique urbaine
• Développement de nouvelles formes de production d’énergie verte
• Valorisation des déchets
• Réduction de la consommation de fluides (eau / électricité)
Par adaptation aux mutations des pratiques d'achat
Par la requalification de sites pour accueillir des activités de logistiques urbaines, y compris en lien avec le e-commerce
Avec la mise en œuvre de solutions technologiques en faveur de la transition écologique
Par diversification des activités et services et Intégration de la chaine de valeur
En lien avec les stratégies territoriales des politiques publiques
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à disposition d’équipements mutualisés pour favoriser le développement de petits distri- buteurs alternatifs…
En complément, les collectivités peuvent susciter voire soutenir la création – ou la ré- novation – d’infrastructures de distribution adaptées aux circuits courts :
• Halles-marchés et marchés couverts.
2- Voir, par exemple, ANDES, constitué en réseau national ayant permis l’essaimage de près de 400 épiceries
• Points de vente mutualisés, à l’instar du drive Fermier de dijon.
• Epiceries solidaires2, via des partenariats (au travers des ccAS) avec le mode asso- ciatif, et tiers-lieux susceptibles d’héberger une activité alimentaire (transformation, distribution, restauration ou animation/
sensibilisation).
Le Drive Fermier créé à l’initiative de la chambre d’agriculture de Côte d’Or et Dijon Métropole : une trentaine d’agriculteurs proposent leurs produits, que les clients viennent récupérer sous forme de panier au drive, situé au Marché de l’Agro à Dijon
le champ des produits frais, sur le territoire métropo- litain de Lille.
Isabelle cambier précise qu’« Euralimentaire s’appuie sur les liens historiquement forts entre le MIn et les filières locales implantées à proximité : celles-ci re- présentent 40 % des légumes commercialisés, soit environ 40 000 tonnes par an ». Par ailleurs, l’ou- verture récente de son capital a permis d’élargir la gouvernance du projet et d’y intégrer de nouveaux partenaires. c’est le cas par exemple de l’entreprise SAMFY, qui accompagne le site dans sa transforma- tion énergétique et ses projets d’autoconsommation, ou encore d’urby, filiale du groupe la Poste, qui déve- loppe ses activités autour de la logistique du dernier kilomètre.
Géré par la SEM éponyme, Euralimentaire s’articule donc désormais autour d’une multiplicité de briques : incubation (30 start-ups accueillies), innovation, for- mation, digitalisation des modes marchands, logis- tique, transition énergétique, productions locales et de niches, approvisionnement local des cantines, site de recherche en permaculture (piloté par l’InrA), ou encore valorisation des produits en fin de cycle auprès d’épiceries solidaires (avec l’AndES).
EURALIMENTAIRE, UN PÔLE D’EXCELLENCE ET D’INNOVATION
DÉDIÉ AUX PRODUITS FRAIS ET LOCAUX POUR LA MÉTROPOLE
EUROPÉENNE DE LILLE
dans son rôle d’accompagnement des territoires, la caisse MIn historique de la métropole lilloise, Eu- ralimentaire associe aujourd’hui un marché de gros (déclassé en 2019) et un vaste écosystème d’acteurs, intervenant sur toute la chaîne de valeur alimentaire.
ce pôle d’excellence a pour vocation de dynamiser la création d’entreprises innovantes et d’emplois dans
Z o o M P r o J E t
Source : SEM Euralimentaire
d E S P I S t E S P o u r A G I r
RELOCALISER LA TRANSFORMATION ET LE CONDITIONNEMENT
La transformation est l’étape principale où se créé aujourd’hui la valeur dans le système agroalimentaire moderne. La réappropria- tion par les territoires d’outils opérationnels est un élément essentiel pour accompagner la transition agricole et favoriser une redis- tribution plus équitable pour les producteurs locaux. cela passe par :
• La création ou le redéploiement d’outils locaux de transformation : légumeries, conserveries, cuisines centrales en vue d’augmenter la part de produits locaux en restauration collective.
• L’émergence de nouveaux modèles écono- miques pour les filières locales : mutualisa- tion, coopératives, circularité…
AGIR SUR LA DEMANDE : LE LEVIER DE LA RESTAURATION COLLECTIVE Les territoires doivent par ailleurs agir sur le développer de nouveaux débouchés pour sé- curiser les à l’œuvre mutations, notamment en travaillant à une plus forte valorisation des produits locaux dans la restauration.
L’évolution de la restauration collective, dans le cadre de la Loi EGalim, est un levier prio- ritaire :
• Intégrer la notion de circuits courts en res- tauration collective : évaluer les besoins en approvisionnement et identifier l’offre et les circuits disponibles localement.
• commande publique : redéfinir et adap- ter les cahiers des charges en restauration collective, en vue de répondre aux objectifs fixés par la loi en matière de produis biolo- giques et/ou locaux.
• repenser les modèles économiques et les modes de gestion : modèle d’investisse- ment et d’exploitation de cantines (régie, dSP, voir SEMoP…).
Afin de s’engager dans la transition alimentaire, la communauté d’agglomération royan Atlantique souhaite mieux valoriser les produits locaux de son territoire. dans ce but, elle a initié la création d’un pôle de transformation alimentaire, permettant aux producteurs locaux - notamment les éleveurs, particu- lièrement affectés par la crise - d’augmenter la valeur ajoutée de leurs produits.
cet outil mutualisé a l’ambition de structurer une fi- lière , facilitant l’accès à des produits locaux de qua- lité, issus d’une agriculture durable et transformés à proximité.
Après avoir analysé les attentes et les modalités d’en- gagement des différents acteurs du territoire, la ScEt a pu élaborer un modèle écono mique et juridique de la future plateforme.
ROYAN : UN PÔLE DE TRANSFORMATION
DES PRODUITS POUR RELOCALISER LA VALEUR AJOUTÉE
Z o o M P r o J E t
Source : Corset-Roche & Associés