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Le logiciel libre : quelle opportunité pour les PME?

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Academic year: 2022

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Spécialité Contenus et Projets Internet Parcours Gestion et Développement de Projets

Le logiciel libre :

quelle opportunité pour les PME ?

Mémoire en vue de l’obtention du master 2 Mention Information, communication et société

présenté et soutenu Régis Bellerpar

http://www.nagadoudi.info/

Directeur de recherche : Brigitte Simonnot

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Table des matières

Introduction...5

1. Évolution de l’informatique en entreprise...8

1.1. Historique du logiciel... 9

1.2. Un phénomène récent : les logiciels libres...12

1.2.1. Définition... 13

1.2.2. Un modèle de développement inédit... 14

1.2.3. Évolution dans l’utilisation du logiciel libre... 17

1.3. La situation actuelle... 18

1.3.1. Un secteur privé encore réticent...18

1.3.2. Le secteur public ouvre la voie du libre... 25

2. Obstacles à l’adoption de l’open source... 27

2.1. Critiques à l’encontre du libre... 28

2.2. Des risques décisionnels importants... 29

2.2.1. L’incertitude légale...29

2.2.2. Un risque personnel pour le DSI...31

2.2.3. La peur des coûts non maîtrisés... 32

2.2.4. Des inquiétudes sur la pérennité...33

2.3. Des logiciels peu ergonomiques...34

2.4. Quelle compatibilité avec l’existant ?... 35

2.5. Conclusion des obstacles à l’adoption de l’open source...36

3. Pourquoi utiliser le logiciel libre en entreprise ?... 39

3.1. Réduction des coûts... 40

3.2. Fiabilité...43

3.3. Sécurité...45

3.4. Indépendance et interopérabilité... 47

3.5. Une reconnaissance croissante... 51

3.5.1. Dans les administrations... 52

3.5.2. Au sein des entreprises...53

3.5.3. Parmi les constructeurs informatiques...54

3.5.4. Chez les éditeurs informatiques... 54

3.6. Conclusion des raisons de l’utilisation du libre...55

4. Expériences de migrations...58

4.1. Deux PME du secteur tertiaire... 60

4.2. La gendarmerie nationale...62

4.3. La CCI de Meurthe-et-Moselle... 63

4.4. La chaîne de supermarchés Auchan...65

4.5. Une PMI – secteur industriel... 66

5. Conclusion générale... 70

Pour approfondir...74

Bibliographie... 76

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Préambule

Ce document est publié sous licence Creative Commons – paternité – partage des conditions initiales à l’identique 2.5.

Vous êtes libres :

de reproduire, distribuer et communiquer cette création au public ;

de modifier cette création ;

d’utiliser cette création à des fins commerciales...

... selon les conditions suivantes :

paternité : vous devez citer le nom de l’auteur original ;

partage des conditions initiales à l’identique : si vous modifiez, transformez ou adaptez cette création, vous n’avez le droit de distribuer la création qui en résulte que sous un contrat identique à celui-ci.

Vous n’êtes pas obligé de me prévenir en cas de réutilisation ou distribution, mais un petit message me fera toujours plaisir. ;-)

Plus de précisions à l’adresse http://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5/legalcode.

Je remercie :

Jean-Philippe Guillaume, Olivier Lutz et Sacha Goepp, responsables en agences web,

pour avoir répondu au questionnaire sur l’utilisation des logiciels libres dans leur entreprise ;

Brigitte Simonnot, Maître de conférences à l’Université de Metz, pour son aide et sa disponibilité ;

La communauté francophone Wikipédia,

pour la formidable mine d’information dans laquelle généreusement j’ai puisé.

Ce dossier a été réalisé à l’aide de logiciels libres :

rédaction et graphiques : OpenOffice.org ;

illustrations : The Gimp ;

impression : Linux.

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Introduction

Dans l’économie de marché qui est la nôtre, la bonne santé des entreprises régit celle du pays. Il est important qu’elles soient efficaces et rentables. Pour réduire leurs coûts, elles se sont massivement équipées de l’outil informatique depuis plusieurs décennies : elles ont ainsi pu notamment gagner du temps et améliorer leur gestion. Les plus petites structures ont suivi le mouvement plus récemment.

Un certain équilibre entre les constructeurs de matériel informatique, les éditeurs de logiciels et les utilisateurs semble s’être trouvé. En effet, les quasi- monopoles d’un nombre croissant d’éditeurs –chacun dans son ou ses domaines–

imposent une certaine homogénéité aux utilisateurs. Mais en y regardant de plus

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près, on constate qu’une nouvelle famille de logiciels gagne sensiblement des parts d’utilisateurs : les logiciels dits « libres ».

Les logiciels libres

L’utilisation de tout logiciel est soumise à l’acceptation d’un contrat d’utilisation, aussi appelé licence. Pour la plupart des logiciels, dits « propriétaires », seule l’utilisation est autorisée, ce qui satisfait généralement le client. Leurs équivalents libres sont soumis à des contrats plus permissifs. Ils permettent à toute personne qui possède une copie du logiciel non seulement de l’utiliser, mais aussi de l’étudier, le modifier et le redistribuer.

Il existe de nombreux travaux traitant des logiciels libres. Ils abordent souvent ce thème sous son aspect « idéaliste ». En effet, le « mouvement du libre » est né d’une philosophie du partage de l’information qui ne place pas les contraintes financières au cœur de la réflexion. Le présent mémoire considérera le logiciel libre d’un point de vue plus pragmatique, en tenant compte des réalités économiques du système.

Les PME

Il est important pour les utilisatrices que sont les entreprises de connaître objectivement l’offre logicielle existante. Or, la position dominante et les moyens marketing des grands acteurs en place biaise l’information dont elles bénéficient.

Les plus petites structures, dont les moyens investis en « recherche et développement » sont généralement moindres, sont davantage lésées par ce manque d’informations neutres. Pourtant, les petites et moyennes entreprises françaises, ou PME, jouent un rôle capital dans l’économie du pays car elles représentent 99 % des sociétés et deux tiers de l’emploi.

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Ce mémoire va principalement aborder le thème des logiciels libres du point de vue de ces PME. La nomenclature de l’Union européenne retient le seuil maximal de 250 employés pour cette catégorie d’entreprises. La France y ajoute le seuil minimal de 10 employés ; en deçà, il s’agit de très petites entreprises. L’approche du mémoire sera restreint aux PME utilisatrices de logiciels ; les entreprises contributrices (éditrices de logiciels) ne seront pas directement concernées... même si la contribution implique généralement l’utilisation.

Le dossier commencera par une description de la situation : après avoir retracé l’évolution passée de l’informatique en entreprise, il dépeindra la situation actuelle, dominée par les logiciels propriétaires. Puis l’attention sera portée sur les logiciels libres dans leur ensemble (incluant ceux fonctionnant avec des systèmes d’exploitation propriétaires tels que Windows et MacOS : les obstacles à leur utilisation, les bénéfices que les PME peuvent en attendre et quelques retours d’expérience d’organismes qui ont franchi le pas. Un récapitulatif pratique donnera quelques pistes aux décideurs néophytes désireux de migrer, partiellement ou non, vers cette solution alternative.

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1. Évolution de l’informatique en entreprise

Pour bien comprendre le phénomène des logiciels libres, il est important de bien assimiler celui des logiciels. C’est pourquoi ce premier chapitre en retracera l’évolution, depuis l’apparition de la notion de logiciel jusqu’à la situation actuelle.

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1.1. Historique du logiciel

L’ère de l’informatique moderne commence en 1938 en Allemagne, avec l’apparition des premiers calculateurs électromagnétiques, les Séries-Z. Pendant plusieurs décennies, le matériel fonctionne seul et lorsque les premiers programmes apparaissent, ils sont indissociables des machines pour lesquels ils sont conçus.

1969 – années 1970 : les premiers logiciels

En 1969, le fabricant d’ordinateurs américain IBM innove en séparant pour la première fois le matériel et le logiciel (phénomène de unbundling, en anglais). Mais tout le monde considère encore à cette époque les applications comme annexes : la principale source de revenus, en informatique, est le matériel. Le logiciel n’est là que pour affiner les réglages. Personne n’imagine encore qu’il puisse être vendu séparément.

Les échanges de logiciels entre fabricants et groupes d’utilisateurs sont la règle. Chacun y trouve son compte : les utilisateurs bénéficient gratuitement des applications et, en cas de dysfonctionnements, ils corrigent les bogues1 et renvoient les améliorations aux fabricants. Cette opération est rendue possible car n’importe qui peut avoir accès au code source des programmes. Il faut dire qu’alors, les rares informaticiens sont principalement des chercheurs et des étudiants passionnés.

Jusque dans les années 1970, il n’est pas commun d’appliquer le droit d’auteur au secteur du logiciel.

1 Bogue ou bug : anomalie de fonctionnement d’un programme.

Logiciel

« Un logiciel, ou application, est un en- semble de programmes qui permet à un ordinateur ou à un système informatique d’assurer une tâche ou une fonction en particulier (exemple : logiciel de compta- bilité, logiciel de gestion des prêts). On oppose en général, dans un système infor- matique, la partie matérielle (l’ordinateur et ses périphériques) et la partie logicielle, immatérielle (les programmes “écrits”

sur le disque dur). » Source :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Logiciel

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Années 1970 – années 1980 : l’informatisation spécifique Mais un nouvel acteur va bientôt

changer la donne. En 1975, deux jeunes hommes d’une vingtaine d’années, Bill Gates et Paul Allen, créent la toute première société d’édition de logiciels : Microsoft. Visionnaires, ils anticipent la forte croissance à venir dans le secteur de l’informatique. C’est pourquoi ils tentent, avec succès, d’inverser la situation, comme l’atteste la lettre ouverte aux hobbyistes2 rédigée par Bill Gates en 1976. Il y explique pourquoi un programme est un bien commercial comme un autre et pourquoi le développeur qui en est à l’origine mérite une rétribution. Il s’agit d’une véritable révolution !

Comme il l’avait prévu, le marché informatique explose dans les années qui suivent. La commercialisation du premier PC d’IBM en 1981 fait l’effet d’une bombe.

Il n’est désormais plus nécessaire de dédier une salle complète à l’installation d’une seule machine. Les grandes entreprises et les administrations s’équipent massivement en micro-ordinateurs et en logiciels.

La principale caractéristique de cette période réside dans le prix très élevé des programmes. En effet, la plupart d’entre eux sont écrits sur mesure, pour les besoins d’un client spécifique. Il existe encore très peu de logiciels standards comme on les connaît aujourd’hui.

2 An Open Letter to Hobbyists : la lettre est disponible en annexes en versions originale et française.

Code source

« Le code source est un ensemble d'ins- tructions [...] humainement compréhen- sible, permettant d’obtenir un programme pour un ordinateur. »

Analogie de la recette culinaire

« Le code source peut être apparenté à une recette culinaire. Par exemple, si on mange un plat, il est fort probable que l’on puisse deviner les éléments princi- paux de sa composition et imaginer dans les grandes lignes comment le faire.

Néanmoins, pour un plat très raffiné et subtil (comme l’est un programme) on ne pourra pas savoir comment le chef a procédé. Il faut la recette détaillée (pour un programme la recette peut compter plusieurs millions de lignes de code !) pour pouvoir reproduire le plat... ou bien on est obligé d’acheter les plats préparés.»

Source :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Code_source

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Années 1980 à aujourd’hui : normalisation de l’informatique

Le développement galopant de la micro-informatique entraîne de profondes mutations. Les éditeurs de logiciels fleurissent et les licences d’utilisation deviennent banales.

Légalement, un client n’achète pas le logiciel mais uniquement le droit de l’utiliser pour son propre usage. La copie, par exemple, devient interdite, sauf à des fins de sauvegarde personnelle. Techniquement, les programmes sont diffusés de manière « compilée », c’est-à-dire en « langage machine », sans leurs codes sources.

Ainsi, seuls les ordinateurs peuven les comprendre et les exécuter. Aucun humain ne peut y arriver.

Les entreprises s’équipent en logiciels de plus en plus standardisés.

L’exemple le plus connu est certainement le traitement de texte : la plupart des entreprises, quelles que soient leurs tailles ou leurs domaines d’activités, rédigent leurs textes avec le même logiciel. Du petit commerçant au coin de la rue à la grande multinationale, pratiquement toutes les entreprises utilisent Microsoft Word3. L’avantage de cette normalisation se fait sentir au niveau des coûts : une application développée une fois et vendue à des millions d’exemplaires peut être vendue moins chère qu’un programme spécifique à un seul client.

La diffusion croissante de l’informatique au sein des entreprises s’accompagne de l’apparition des sociétés de services en ingénierie informatique, communément appelées SSII. Elles fournissent différentes prestations, telles que le conseil, la vente de licences, la formation, la maintenance...

Petit à petit, l’homogénéisation aboutit à la situation que l’on connaît aujourd’hui. Quelques éditeurs ont pris le dessus sur les autres, jusqu’à un quasi- monopole dans certains cas. Ainsi, la grande majorité des ordinateurs sont équipés du système d’exploitation Microsoft Windows ; la suite bureautique incontournable

3 Microsoft Word est le logiciel de traitement de la suite bureautique Microsoft Office.

http://www.microsoft.com/france/office/word/

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est Microsoft Office ; SAP équipe généralement les entreprises en progiciels4 de gestion intégrée ; Adobe domine le secteur de l’infographie...

1.2. Un phénomène récent : les logiciels libres

Depuis la fin des années 1990, un nouveau phénomène vient bouleverser cet équilibre apparent. Il s’agit des logiciels libres. Imprévisibles car ne respectant aucun des schémas de développement connus jusqu’alors, aucun professionnel n’osait y croire sérieusement. Mais la situation est en passe de changer depuis quelques années.

Curieusement, ils trouvent leur source à l’apparition des premiers logiciels propriétaires, c’est-à-dire tous les autres. Au début des années 1980, Richard M.

Stallman, développeur au laboratoire d’intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technology, se dit très déçu de la tournure « marchande » que prennent les logiciels.

C’est pourquoi il fonde en 1983 le « projet GNU5 », dont l’objectif est de développer des logiciels librement partageables pour le système d’exploitation Unix, très répandu à l’époque.

Parallèlement, il crée la Free Software Foundation (FSF). L’objectif de cette association est de définir le concept de « logiciel libre » et de valider ou non les nombreuses licences qui se revendiquent comme tel. En 1989, il rédige la première version de la licence publique générale GNU6 (en anglais GPL), référence des licences libres.

4 Un progiciel est un logiciel vendu sous forme d’un produit complet, « clés en main ».

5 GNU est l’acronyme récursif de “GNU’s not Unix” (« GNU n’est pas Unix »).

6 La GPL en anglais : http://www.gnu.org/licenses/gpl.html et sa traduction française (non officielle) : http://www.linux-france.org/article/these/gpl.html

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1.2.1. Définition

Pour être considéré comme libre au sens de la FSF, un logiciel doit respecter quatre libertés fondamentales.

1. Liberté d’exécution. Le programme peut être exécuté par tous et pour tous les usages : privés, professionnels...

2. Liberté d’étude. Chacun peut étudier le fonctionnement du programme.

Cela suppose l’accès au code source.

3. Liberté de redistribution. Tout le monde peut redistribuer autant de copies de l’application qu’il le souhaite, gratuitement ou contre rémunération.

4. Liberté d’amélioration. Chacun a le droit de modifier le programme dans le but de l’améliorer, puis de publier ces changements. Cette quatrième liberté est peut-être la plus intéressante, car en plus de supposer l’accès au code source, elle encourage la création d’une communauté de

développeurs autour du logiciel. De plus, elle autorise la séparation du projet en deux branches concurrentes, en cas de désaccord entre les développeurs. Ce phénomène, assez courant, s’appelle en anglais un fork.

Dans les faits, la « meilleure » branche finit souvent par prendre le dessus sur l’autre.

Richard Stallman illustre le principe des quatre libertés par la métaphore de la recette. Selon lui, le logiciel libre peut être assimilé à une recette obtenue légalement par un moyen quelconque (revue culinaire, bouche à oreille...) Le marmiton peut, s’il le souhaite, redistribuer la recette ou l’adapter « à sa sauce » et diffuser la version modifiée. Selon le principe du logiciel propriétaire, le cuisinier n’a pas accès à la recette, mais uniquement au gâteau déjà fait, en l’état. Il n’est de plus autorisé à le manger que dans une seule cuisine et sans le partager.

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Confusion entre libre et gratuit

À tort, un amalgame est souvent commis dans les esprits entre « libre » et

« gratuit », pour deux raisons. La première est que les logiciels libres sont généralement gratuits. Mais ce n’est pas systématique : les éditeurs de distributions Linux7 vendent généralement leurs produits. La seconde raison est que « libre » et

« gratuit » sont homonymes en anglais : ils se traduisent tous deux par « free ». Pour cette raison, le terme français « libre » est quelquefois utilisé pour éviter la confusion (« a “libre” software »).

Les licences

Il existe plus d’une soixantaine de licences qualifiées de libres8. La plus répandue est celle écrite par Stallman, la licence public générale GNU (GPL). Parmi les autres, on compte la Apache Software License (ASL), la BSD License (BSD), la Common Public License (CPL), la Mozilla Public License (MPL)...

Toutes ont en commun de respecter les quatre libertés fondamentales. Elles se différencient sur d’autres points. Les modifications d’un programme protégé par la GPL, par exemple, doivent obligatoirement être publiées sous la même licence. S’il est intégré à une autre application, le résultat devra lui aussi être publié en GPL. La licence BSD, en revanche, est plus permissive : un logiciel libre peut être modifié en logiciel propriétaire.

1.2.2. Un modèle de développement inédit

Une des raisons à l’origine du manque de crédibilité des logiciels libres à leurs débuts est leur modèle de développement décentralisé, ne ressemblant à aucun autre.

7 GNU/Linux est un système d’exploitation libre. Son succès en fait le produit de référence du monde du libre. Par abus de langage, le terme « Linux » remplace l’appellation officielle

« GNU/Linux ». Une « distribution Linux » correspond au système d’exploitation de base,

accompagné d’un ensemble de logiciels. Les principales sont Mandriva, Debian, RedHat, Ubuntu...

8 Source : article Free software licenses sur Wikipédia anglophone (http://en.wikipedia.org/wiki/Free_software_licenses)

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Les communautés du libre

On évoque souvent la communauté du libre. Pour être précis, il en existe de deux sortes.

1. Les communautés sous dépendance. Elle sont initiées par un acteur unique, par exemple une société qui met son code sous licence libre, comme c’est le cas pour Mozilla et OpenOffice.org. L’inconvénient majeur en est que si la politique de l’entreprise change et qu’elle décide d’abandonner le produit, la succession n’est pas forcément assurée. Il sera question plus loin des communautés sous dépendance.

2. Les communautés dites « matures » : elle sont nourries par un noyau de partenaires multiples et équilibrés.

Concernant ce second cas, les logiciels libres sont développés de manière décentralisée : un individu passionné lance un projet et le fait savoir autour de lui par le biais d’Internet. Si l’idée séduit, il peut être rejoint par un groupe de programmeurs bénévoles qui se répartissent les tâches de manière à optimiser le développement. En ce sens, la communauté du libre est fortement liée à Internet.

En effet, sans ce média, les développeurs amateurs répartis sur le globe ne pourraient communiquer aussi facilement.

Ce modèle de développement présente un aspect connexionniste : un ensemble d’idées est injecté dans un projet, ce qui aboutit à un certain résultat.

Constatant le produit obtenu, les programmeurs décident de le modifier pour l’améliorer, éventuellement dans une autre direction. Ainsi, il est souvent impossible de prévoir le résultat final dès le début du projet. Ce schéma peut paraître

« brouillon » ; c’est pourtant celui qu’a suivi le système d’exploitation libre de référence : Linux. Dans son premier message annonçant la naissance du système d’exploitation en 1991 (voir en annexes), Linus Torvalds affirme avoir créé un petit

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système, pour le plaisir, fonctionnant sur la plate-forme PC (Intel x86) uniquement, qui ne sera certainement jamais portable. Quinze ans plus tard, il s’avère que cette prédiction est totalement fausse car Linux est aujourd’hui un des systèmes d’exploitation les plus portables qui soit : il fonctionne notamment sur les architectures PowerPC, ARM, StrongARM, Alpha, SPARC, MIPS, m68k, IA-64, PA- RISC, MIPS, S/390... (À titre de comparaison, Windows est uniquement disponible pour x86 et MacOS pour PowerPC et, depuis peu, x86.)

L’idée de partage de l’effort de création est quelquefois associée à une idéologie communiste. Pourtant, Linus Torvalds fait remarquer le caractère darwinien de la production de logiciels libres : face à la concurrence, seuls les meilleurs projets survivent ; les autres ne rencontrent le succès ni chez les développeurs, ni chez les utilisateurs. En ce sens, le modèle de développement du libre rejoint l’idéologie libérale.

L’économie du libre

Il est bien entendu que « libre » n’est pas synonyme de « gratuit ». Pourtant dans les faits, les logiciels open source9 sont souvent téléchargeables sans frais. Mais alors, comment les entreprises orientées sur ce secteur génèrent-elles leurs revenus ?

Avec le modèle de développement, un autre des aspects novateurs du libre est le mélange qu’il produit entre la couche communautaire et celle de l’économie classique.

Les programmeurs passionnés et bénévoles et le milieu de la recherche universitaire sont à l’origine d’un projet de logiciel libre. Ils investissent du temps et des efforts par plaisir, par défi ou pour répondre à un besoin réel. Puis ils proposent le fruit de leur travail sur Internet. L’avantage de cette couche communautaire réside

9 Selon la définition de l’organisation Open Source Initiative, un logiciel open source est librement redistribuable, son code source est disponible et les travaux dérivés sont possibles. Par abus de langage, « libre » et « open source » désignent la même famille de logiciels.

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dans le fait que, œuvrant en dehors du circuit traditionnel, les développeurs prennent le temps de créer des produits fiables et non bâclés sous prétexte que les contraintes économiques imposent de publier un logiciel, même s’il est clairement bogué.

À cette couche de base viennent se greffer les acteurs classiques du marché, chargés de la diffusion. Il s’agit d’une part de constructeurs vendant des ordinateurs sur lesquels des logiciels libres sont pré-installés ou de simples magazines accompagnés de compilations de logiciels sur CD-ROM. On distingue d’autre part les éditeurs de logiciels libres et une nouvelle famille de SSII spécialisée dans le libre : les SSLL, pour « sociétés de services en logiciels libres ».

Cette seconde catégorie est intéressante car elle a su mettre en place un nouveau modèle économique. En effet, la source de revenus, initialement obtenue par le commerce de licences, a été transférée vers la vente de services : conseil, assistance, formation des entreprises.

1.2.3. Évolution dans l’utilisation du logiciel libre

L’intérêt des acteurs classiques pour le logiciel libre est le signe que ce marché récent devient lucratif.

Recherche et universités

Comme aux États-Unis, les pionniers du libre en France ont été les universités.

Il est d’usage dans ce milieu que les résultats théoriques et expérimentaux des recherches soient partagés avec la communauté, quel qu’en soit le domaine. Il était donc tout naturel que ce principe s’applique également à l’informatique.

Le web a par exemple été conçu au CERN (Centre Européen pour la Recherche Nucléaire), en Suisse10. De même, le courriel a été inventé au MIT

10 Le 6 août 1991, Tim Berners-Lee, chercheur au CERN, met en place « le projet World Wide Web (WWW) qui permet de faire des liens vers des informations, où qu’elles se trouvent ». La première

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(Massachusetts Institute of Technology). Mais la référence, dans le cadre des logiciels libres, reste la Free Software Foundation fondée elle aussi au MIT, par Richard Stallman.

Service public

Les logiciels libres sont récemment sortis des universités pour s’attaquer au secteur public. En France et dans le monde, de plus en plus d’administrations migrent leurs parcs informatiques vers le libre à une vitesse croissante. Les raisons invoquées sont les coûts et la pérennité. Il sera question du service public au paragraphe suivant (1.3. Situation actuelle), puis au chapitre 3.5. Une reconnaissance croissante (page 51).

Secteur privé

Il en va de même pour les entreprises. Bien qu’à la traîne, elles prennent petit à petit conscience de l’existence du libre. Les très grandes entreprises ont été les premières à s’y intéresser. Les moyennes et petites structures, quant à elles, ignorent encore généralement l’existence d’une telle offre...

1.3. La situation actuelle

Il s’impose de faire un point sur la situation actuelle de l’informatique : d’une part dans les entreprises, parce qu’elles sont la cible de ce mémoire, et d’autre part dans le secteur public, qui est plus en avance et qui pourrait bien refléter l’évolution future de l’informatique dans le privé.

1.3.1. Un secteur privé encore réticent

Si l’ordinateur est bien maîtrisé par les grandes entreprises, il apparaît

page de l’Histoire fut créée à l’adresse http://info.cern.ch.

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clairement que les structures plus modestes sont en revanche encore sous- informatisées. À titre d’exemple, seules 55 % des PME françaises ont un site web, ce qui place le pays derrière ses voisins européens l’Espagne (62 %), l’Italie (64 %) et l’Allemagne (65 %). Le taux de connexion à Internet est meilleur puisque 93 % d’entre elles sont connectées, mais là encore, ses voisins européens sont meilleurs (respectivement 94 %, 95 % et 99 % de PME connectées)11.

11 Source : BNP Parisbas Lease Group, concernant les PME de 6 à 200 salariés chiffres 2004.

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Mais ce retard informatique est en passe d’être rattrapé : Microsoft évalue le marché des PME-PMI à 11,5 milliards de dollars dans les prochaines années !

Un marché dominé par quelques éditeurs

Le paysage informatique actuel est dominé par quelques éditeurs, dont Microsoft est le plus puissant : son système d’exploitation Windows est installé sur 89,9 % des ordinateurs professionnels dans le monde (ce chiffre monte à 94,6 % chez les particuliers).

Microsoft domine également le marché des suites bureautiques avec son célèbre pack Microsoft Office. Mais il n’est pas seul à dominer son secteur : Adobe Photoshop est le seul logiciel de traitement d’image « crédible » aux yeux des graphistes professionnels, SAP est le progiciel de gestion intégré12 de référence et la liste est longue...

La notion de certification, proposée par certains éditeurs de logiciels, témoigne de leur caractère dominant, voire de l’oligopole qui en résulte : Microsoft

12 Un progiciel de gestion intégré est, selon le grand dictionnaire terminologique, un « logiciel qui permet de gérer l’ensemble des processus d’une entreprise [...] comme la gestion des ressources humaines, la gestion comptable et financière, l’aide à la décision, mais aussi la vente, la

distribution, l’approvisionnement, le commerce électronique. »

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ou Oracle13, par exemple, proposent des formations payantes et délivrent des certificats de maîtrise de leurs logiciels. Un informaticien certifié peut ainsi prétendre à un salaire plus élevé.

Cependant, une riposte se prépare du côté des logiciels libres, pour les systèmes BSD14. En effet, des passionnés ont créé le « Groupe de certification BSD » en janvier 2005, chargé de communiquer autour de leurs systèmes et, à terme, de délivrer des certifications.

Malgré la dominance de quelques éditeurs, il est intéressant d’apprendre que les PME-PMI n’ont pas d’attachement à une marque plutôt qu’à une autre.

Contrairement aux grands groupes victimes de leur rigidité, les petites structures n’hésitent pas à expérimenter diverses solutions15.

Place du logiciel libre

Si l’utilisation des logiciels libres n’est plus marginale comme auparavant, elle reste toutefois très limitée. La principale raison en est qu’ils sont encore très mal connus. Selon une enquête de l’AWT16, les deux premiers motifs invoqués par les PME pour justifier le non-usage de logiciels libres sont qu’elles n’en perçoivent pas l’utilité et qu’elles n’en connaissent pas l’existence. Les réticences qui arrivent ensuite sont d’ordre psychologique : craintes, résistance au changement... tandis que les raisons pragmatiques, telles que les coûts de formation ou de migration sont très peu citées.

Certains responsables informatiques, ou DSI17, utilisent aussi des logiciels libres sans le savoir. C’est le cas notamment avec les « boîtes Internet ». Il s’agit

13 Oracle est un système de gestion de base de données. http://www.oracle.com/fr/

14 BSD, acronyme de “Berkeley Software Distribution”, est une famille de systèmes d’exploitation.

15 Source : enquête du cabinet d’études Jupiter Research, 2003

16 Enquête de l’Agence wallonne des télécommunications, effectuée en mars 2005 auprès de 1554 entreprises entre 5 et 250 travailleurs.

17 Un DSI (acronyme de « directeur des systèmes d’information ») est le responsable des composants matériels et logiciels du système d’information d’une entreprise.

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d’ordinateurs achetés « clés en mains » et servant d’interface entre le réseau de l’entreprise et Internet : routeurs, pare-feu... Ils fonctionnent souvent avec le système d’exploitation Linux et le serveur web Apache, par exemple, mais de façon transparente.

Dans le cas où le contenu de ces boîtes Internet est connu, leur progression permet une première acclimatation des solutions à base de Linux. Ce premier pas vers les logiciels libres est sans grandes conséquences puisque le contenu des boîtes est indépendant du reste du système. En cas de déception, il est facile de revenir en arrière, ce qui est rassurant pour les DSI.

On constate également que, selon un schéma classique, les décideurs font davantage confiance aux éditeurs reconnus (RedHat, Mandriva18...) et aux SSII car, dans ce cas, l’offre proposée a déjà été testée par d’autres et parce que l’opportunité d’une amélioration est plus facilement mesurable. Dans nombre de cas, l’informatique n’est pas le cœur du métier des entreprises ; le DSI bénéficie donc d’une plus grande liberté pour essayer ces systèmes alternatifs.

Mais l’appréhension reste toujours présente. Le spectre du manque de contrôle et du bricolage intempestif plombe la confiance dans les logiciels libres. De plus, certains DSI reprochent aux SSLL de se contenter de décrire l’offre existante, sans vraiment répondre à leurs craintes : pour certains, elle n’est ni crédible, ni industrialisable. Ces obstacles à l’adoption du libre seront détaillés au chapitre suivant.

18 RedHat et Mandriva sont des éditeurs de distributions Linux. http://www.fr.redhat.com/ ; http://www.mandriva.com/fr/

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L’enquête de l’AWT (note 16, page 21) démontre que le recours aux logiciels libres augmente avec la taille de l’entreprise.

Ce graphique montre que les entreprises de 50 à 99 employés sont les plus enclines à migrer vers le libre. En-dessous, l’effort d’adaptation n’est pas rentable et au-dessus, la rigidité des sociétés freine la réactivité.

La répartition par secteurs de l’enquête de l’AWT met en avant le fait que les entreprises des TIC sont logiquement en tête dans l’utilisation des solutions open source. Puis, à part dans les garages, les agences immobilières et les sociétés de services aux entreprises, les logiciels libres sont très peu utilisés.

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Une enquête, menée en janvier 200619, permet de mettre en évidence les types d’applications pour lesquels les entreprises ont recours aux logiciels libres. On constate qu’en général, le libre est davantage utilisé côté serveur que côté station de travail, où les utilisateurs y ont plus recours pour des logiciels isolés que pour des systèmes d’exploitation. Avec 58,3 % et 57,6 %, les serveurs web et les systèmes d’exploitation serveur sont les deux types d’applications les plus utilisés. Ils sont suivis par les navigateurs web et la bureautique. Dans les dernières places, on trouve la sécurité sur les postes utilisateurs et les applications de gestion d’entreprises. Les DSI font en effet plus facilement confiance aux géants tels que Symantec (Norton Antivirus) pour la mise à jour régulière de la base de données des virus. Quant aux applications de gestion d’entreprises, elles sont souvent très complexes et les migrations sont jugées trop risquées.

19 Enquête menée par ITRmanager avec le concours du salon Solutions Linux, auprès de 400 répondants, en janvier 2006.

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1.3.2. Le secteur public ouvre la voie du libre

Le système d’information de l’administration française a entamé une profonde mutation, orchestrée par le ministère du Budget et de la réforme de l’État20.

Dans son rapport d’information du 9 juin 2004 relatif à la stratégie de sécurité économique nationale, le député Carayon relève la vulnérabilité des systèmes d’exploitation actuels et préconise l’utilisation de solutions libres. Fin juin 2004, le ministre de la Fonction publique Renaud Dutreil annonce vouloir diviser par deux le coût des logiciels utilisés par l’État, alors que la plupart des 900 000 licences expirent fin 2007. Cette déclaration a eu pour conséquences de nombreuses migrations, qui seront décrites plus loin, au chapitre 3.5. Une reconnaissance croissante (page 51).

D’après une étude menée par l’Université de Maastricht et commandée par l’Union européenne, 49 % des collectivités régionales ou locales interrogées21 ont installé des logiciels libres. L’Apronet avance le chiffre de 74 %22, concernant les collectivités territoriales et administrations d’État. Il est à noter que 29 % des administrations les utilisent sans même le savoir !

Les raisons expliquant ce choix ne sont pas politiques : il s’agit de diminuer les coûts d’installation et de maintenance, tout en assurant la pérennité des données.

L’enjeu est de taille car le secteur public représente 13 % des dépenses informatiques totales en France, soit 5,6 milliards d’euros en 200423.

Les logiciels libres sont souvent utilisés en complément aux logiciels propriétaires déjà en place, ce qui indique une tendance à la migration en douceur.

20 http://www.modernisation.gouv.fr/

21 Cette étude a été menée en 2005 dans le cadre du projet FLOSS - POLS (Free / Libre / Open Source Software - Pols pour policy support), dirigé par l’Université de Maastricht et subventionné par l’Union européenne. Plus de 4 000 collectivités ont été interrogées dans 13 pays membres, dont la France.

22 L’Apronet est l’Association des professionnels Internet des collectivités publiques locales.

http://www.apronet.asso.fr/. Chiffre juin 2005.

23 Source : IDC, groupe de conseil et d’étude sur les marchés des technologies de l’information.

http://www.idc.com/france/

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En bref...

Après des débuts « ouverts », les éditeurs se sont emparés des logiciels et ont commercialisé des licences d’utilisation restrictives. La croissance exponentielle du marché a abouti à une standar- disation de l’informatique. Depuis une dizaine d’années, un nombre restreint d’éditeurs se par- tage le marché mondial. Mais un nouveau mou- vement fait parler de lui : celui des logiciels libres.

Ils peuvent bien entendu être exécutés, mais également étudiés, redistribués et améliorés par les utilisateurs. Une communauté de passionnés s’est créée autour de ce principe, qui a su développer un nouveau modèle économique.

Aujourd’hui, si le secteur privé hésite encore à considérer cette alternative comme crédible, les instances publiques lui font davantage confiance.

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2. Obstacles à l’adoption de l’open source

Le premier chapitre a décrit l’évolution des logiciels en entreprises. Il est clair que l’écart de popularité entre programmes classiques et libres est énorme. Quelques unes des limitations de l’open source ont été survolées... Ce chapitre tentera d’apporter des réponses plus détaillées sur les raisons qui limitent leur utilisation dans le monde professionnel.

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2.1. Critiques à l’encontre du libre

Le libre rassemble une communauté nombreuse de défenseurs qui ont en commun de croire en une même idéologie. Il existe pourtant également un courant de pensée opposé, qui voit un certain

nombre critiques à formuler à l’encontre du logiciel libre.

Le premier, et probablement le plus important, concerne la propriété

intellectuelle. Elle est une des bases de notre économie de marché. Il est évident qu’un créateur –de logiciels ou autre– qui a consacré du temps, de l’énergie et des capitaux pour fabriquer un produit innovant doit pouvoir le protéger contre les opportunistes qui seraient tentés de l’imiter à moindre frais. En d’autres termes,

« tout travail mérite salaire ». Or, le principe de base du logiciel libre consiste à partager à qui le veut le fruit de son travail en échange... de la reconnaissance de la communauté. D’un point de vue économique, cette logique ne tient pas la route.

D’autre part, un pays qui souhaite une industrie du logiciel forte doit favoriser les éditeurs traditionnels, qui génèrent des revenus et créent des emplois.

Le modèle économique « classique » du logiciel est à même de contribuer à faire tourner l’économie ; le principe de passionnés, qui programment bénévolement sur leur temps libre, ne participe pas à la circulation des capitaux et, si le mouvement devait prendre de l’ampleur, il aboutirait à la mort de l’industrie logicielle telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Dans un article intitulé Il n’a de libre que le nom, le président de la fondation Robert-Schuman24, Jean-Dominique Giuliani, se positionne clairement en détracteur du logiciel libre. Une copie de son pamphlet est jointe en annexe.

24 http://www.robert-schuman.org/

“First they ignore you, then they laugh at you, then they fight you, then you win.”

« D’abord ils vous ignorent, puis ils se moquent de vous, ensuite ils vous combat- tent, et enfin vous gagnez. »

Ghandi

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2.2. Des risques décisionnels importants

Le logiciel libre appartient à un monde encore trop récent, qui suscite de nombreuses craintes pour le DSI. La migration d’un parc informatique vers le libre s’apparente encore à un saut vers l’inconnu car beaucoup de questions effraient : quelles seront les conséquences imprévues de ce changement, en termes de coûts cachés, de changements d’habitudes des utilisateurs, de pérennité ?

La migration d’un parc informatique (dans un sens ou un autre) est synonyme de prise de risques, de dépenses d’énergie et d’argent. La faible visibilité à long terme des avantages potentiels n’incite pas les décideurs à prendre ces décisions.

2.2.1. L’incertitude légale

Du fait de leur caractère très récent, les logiciels libres « cherchent » encore leur place dans la société. Rien n’est encore stabilisé, à commencer par la législation les concernant. Elle évolue encore fortement et les différences peuvent être importantes entre les pays.

Les brevets logiciels

Aux États-Unis, les éditeurs sont autorisés à déposer des brevets pour protéger leurs logiciels. Ainsi, la plupart des concepts sont protégés : du principe de barre de progression à l’algorithme de stockage des fichiers sur le disque dur, ce sont des dizaines de milliers de brevets qui ont été déposés.

Le brevet protégeant le format d’image GIF est un exemple du tort fait aux logiciels libres. La société américaine CompuServe a mis au point le format d’image numérique GIF en 1987, qui est rapidement devenu un « standard » de fait, car largement utilisé partout dans le monde. En 1994, la société Unisys, à l’origine de deux brevets de compression utilisés par le format GIF, a soudainement décidé de taxer tous les éditeurs de logiciels utilisant son format. Ce choix a eu entre autres conséquences la

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disparition de la prise en charge du GIF par les logiciels libres (parmi lesquels le logiciel de traitement d’images The Gimp). Ceux-ci, généralement distribués gratuitement, n’avaient pas les moyens de payer cette taxe. Depuis 2004, le brevet détenu par Unisys est arrivé à expiration et le format GIF est à nouveau intégré aux logiciels libres.

Dans le même ordre d’idées, la société Open Source Risk Management, spécialisée dans la gestion des risques juridiques, a identifié 283 brevets logiciels susceptibles de menacer le cœur de Linux ! Ces brevets ont été publiés, mais sont encore en attente de validation par l’office américain des brevets et marques (US PTO25). Leur mise en application pourrait être désastreuse pour le système d’exploitation libre... Bien qu’un tiers de ces brevets ont été déposés par des sociétés favorables à Linux (IBM, Oracle, HP, RedHat...), les deux tiers restant sont détenus par Microsoft (27 brevets) et d’autres petites entreprises, qui n’auraient sans doute aucun scrupule à les faire appliquer si les tribunaux leur donnaient raison.

La situation est moins préoccupante en Europe, où les brevets logiciels sont interdits depuis la convention de Munich en 1973. Les géants de l’informatique tentent néanmoins régulièrement de les rendre légaux et n’hésitent pas pour cela à créer une pression sur les gouvernements. Le dernier débat dans ce sens a eu lieu en juillet 2005, mais le parlement européen n’a pas donné raison aux requérants.

L’office européen des brevets (OEB) a pourtant déjà reçu 30 000 dépôts de brevets logiciels, en attente de légalisation ! Qui peut affirmer que les brevets logiciels n’auront pas d’existence légale dans cinq, dix ou vingt ans ?

La loi DADVSI

La toute récente loi DADVSI (« droit d’auteur et droits voisins dans la société de l’information »), publiée au Journal officiel le 3 août 2006, est un autre exemple de

25 United States Patent and Trademark Office, http://www.uspto.gov/

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danger planant sur les logiciels libres. Cette transposition française de la directive européenne EUCD (« European Union copyright directive ») suscite de nombreuses craintes au sein de la communauté du libre car, au nom de la protection des droits d’auteurs, elle interdit certains logiciels libres ! En effet, elle autorise les formats de fichiers musicaux ou vidéos à être protégés par des algorithmes de cryptage autorisant ou non leur lecture, selon que l’utilisateur ait payé ou copié illégalement le fichier. Ce système de protection est connu sous l’acronyme DRM (Digital Rights Management, gestion numérique des droits). Mais la loi interdit la lecture de ces fichiers par des logiciels open source, qu’un programmeur mal intentionné pourrait modifier pour faire sauter la protection. Pour lire des DVD et des sons ou vidéos protégés sous Linux, une solution serait de fermer une partie des codes sources. Mais les associations de défense du libre la refusent en bloc. C’est pourquoi les auteurs de la distribution Linux Debian ont refusé catégoriquement d’y inclure un logiciel capable de lire des DVD protégés par DRM.

La polémique est encore d’actualité et la plupart des développeurs du libre attendent les jurisprudences pour prendre des décisions.

Ces deux exemples démontrent l’instabilité légale du logiciel libre aujourd’hui et peuvent être à l’origine de craintes de la part des décideurs.

2.2.2. Un risque personnel pour le DSI

Par ailleurs, un DSI qui décide de passer au libre prend un risque personnel.

En effet, la notion de logiciel gratuit n’est ni sérieuse, ni professionnelle dans les mentalités. Si la mise en place de logiciels libres venait à échouer, le DSI serait accusé de faute professionnelle. En revanche, les problèmes engendrés par les logiciels classiques sont acceptés par tous. Dans les mentalités, le DSI « n’y peut pas grand chose si tel logiciel (propriétaire) ne fonctionne pas selon les attentes ».

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Ainsi, la situation de l’informatique propriétaire est beaucoup plus confortable pour le responsable informatique, qui a par conséquent tendance à opter pour ce choix moins risqué. C’est une des raisons pour lesquelles les logiciels libres sont rarement utilisés pour les applications critiques des entreprises.

2.2.3. La peur des coûts non maîtrisés

Toute migration informatique demande un effort d’adaptation, que ce soit depuis une solution propriétaire vers une solution libre ou dans le sens contraire. La difficulté consiste à pronostiquer le coût de la migration, sans se laisser surprendre par des dépenses imprévues.

Le « coût total d’appropriation », appelé aussi TCO (total cost of ownership) se compose de l’achat des licences, de la migration et de la formation aux utilisateurs.

L’entreprise peut éventuellement faire appel à des compétences externes, comme une SSLL. L’enquête menée par ITRmanager (note 19, page 24), indique que lorsque les entreprises font appel à des prestataires externes pour la mise en œuvre de logiciels libres, elles demandent des formations dans un cas sur deux.

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Dans le cas d’une migration vers des logiciels libres, la principale économie se réalise au niveau des licences, car elles sont généralement beaucoup moins onéreuses que leurs équivalentes propriétaires, voire souvent gratuites. Mais selon l’argumentaire développé par Microsoft, le prix de la licence serait mineur par rapport à l’ensemble du TCO.

L’utilisation de logiciels répandus, tels que Microsoft Office ou Internet Explorer, n’est pas toujours satisfaisante. Mais les imperfections sont acceptées et les dépenses connues, donc prévisibles, ce qui est rassurant pour le DSI. Avec des solutions alternatives, les coûts sont plus flous.

Aux formations nécessaires, il faut ajouter la perte de productivité des employés, le temps de l’adaptation. En effet, un stage n’empêchera ni l’utilisateur de voir ses habitudes perturbées, ni d’être éventuellement mécontent, en attendant de s’habituer aux nouveaux outils de travail.

L’expérience prouve qu’en changeant de logiciel, les utilisateurs commencent par critiquer les aspects négatifs de la nouvelle solution, comme par exemple un changement dans l’interface, une fonctionnalité manquante ou un bogue.

La durée de cette période transitoire est très difficile à estimer.

2.2.4. Des inquiétudes sur la pérennité

Le doute sur la pérennité est un facteur d’hésitation pour le responsable informatique : l’avenir d’un logiciel libre qui n’est pas soutenu par un éditeur classique est-il assuré à long terme ?

Le discours des défenseurs du libre se veut rassurant : ils assurent que la pérennité est basée sur la « communauté ». Selon eux, si le responsable d’un projet libre décide de l’abandonner, il y aura toujours quelqu’un d’autre pour prendre le relais et continuer à le faire évoluer, étant donné que son code source est connu et modifiable légalement.

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Ce genre de discours est catastrophique et produit l’effet inverse auprès du DSI, qui préfère ne pas baser sa stratégie informatique sur une supposition théorique, mais continuer à accorder sa confiance dans des éditeurs propriétaires chez qui la pérennité a déjà été prouvée.

2.3. Des logiciels peu ergonomiques

Il convient de distinguer ici deux catégories de logiciels libres : d’une part, les projets conséquents, aboutis et reconnus, tels que OpenOffice.org ou Mozilla Firefox et d’autre part, les projets modestes, les plus nombreux, menés par quelques bénévoles.

Seule cette seconde catégorie est concernée par cette critique. Initiées par des programmeurs passionnés qui sont excellents dans leur discipline mais qui n’ont que des connaissances très restreintes en matière d’ergonomie, ces applications sont souvent trop techniques et souffrent d’une difficulté de prise en main. De plus, les modes d’emploi ne sont généralement pas disponibles. Or, l’absence de documentation est une « erreur de jeunesse » bien connue chez les informaticiens... ce qui renforce la suspicion de la part du DSI.

Par ailleurs, les petits projets libres sont souvent inadaptés pour un usage en entreprise. Les programmeurs qui en sont à l’origine « se font plaisir » et ne prennent pas forcément le recul nécessaire à l’analyse des besoins. Par conséquent, l’offre ne répond pas à la demande. En d’autres termes, ces logiciels libres sont trop

« universitaires ». Selon le libre blanc Di&Mark26, 13 % des entreprises reprochent aux logiciels libres leur manque de maturité.

26 Livre blanc « Organisations et logiciels libres » de Di&Mark, http://www.diemark.net/texte_livreblanc.htm

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2.4. Quelle compatibilité avec l’existant ?

La compatibilité est un élément clé pour passer d’une solution à une autre.

Dans l’hypothèse d’une migration depuis une solution libre vers une solution propriétaire, aucun problème de compatibilité ne devrait survenir, étant donné que les logiciels open source utilisent généralement des formats de fichiers documentés. En revanche, une migration inverse est généralement entravée par l’aspect « fermé » du logiciel propriétaire en place. Lorsque tout un système est dirigé par Microsoft ou SAP par exemple, il est difficile d’en sortir.

On constate aujourd’hui que les logiciels libres qui rencontrent le plus grand succès sont ceux qui sont parvenus à être compatibles avec leurs homologues propriétaires. OpenOffice.org, par exemple, lit et écrit quasiment parfaitement dans le format fermé « doc » de Microsoft Word.

Il en va de même pour le navigateur Mozilla Firefox. Une série de standards ont été définis pour le web. Mais Internet Explorer y a ajouté ses propres règles. Étant dominant sur le marché, les créateurs de sites Internet s’y sont pliés, quelquefois sans le savoir. Lorsque Firefox est arrivé, il s’est appliqué à respecter scrupuleusement les standards définis pour le web. Mais pour assurer la compatibilité avec son rival, il a su s’adapter dans certains cas et interpréter le code source des pages à la manière de Microsoft.

OpenOffice.org et Mozilla Firefox sont deux excellents exemples de compatibilité, tant au niveau des formats de fichiers qu’au niveau de l’interface graphique, proche des homologues propriétaires afin de ne pas dérouter l’utilisateur.

Mais rares sont les logiciels libres qui suivent cet exemple. Dans de nombreux cas, la compatibilité n’est pas assurée et c’est à l’utilisateur de « bricoler » s’il souhaite réellement migrer.

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2.5. Conclusion des obstacles à l’adoption de l’open source

Les principaux freins à l’adoption de logiciels libres dans une PME sont d’ordre humain : méconnaissance du domaine, craintes des DSI, critiques des utilisateurs... La difficulté dans le déploiement du libre réside davantage dans la décision de changer que dans le changement lui-même.

Lorsque les sondeurs de l’enquête ITRmanager (note 19, page 24) demandent aux 400 répondants quels seraient les freins à la mise en œuvre de logiciels libres dans leurs entreprises, deux des trois réponses les plus citées sont d’ordre humain : les changements dans les habitudes des utilisateurs arrivent en tête, suivie de l’incompatibilité avec l’existant et du manque de compétences en interne.

(37)

Le même sondage pose la question des obstacles au déploiement d’un poste client open source. Le manque de compétences arrive cette fois en deuxième position.

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En bref...

Si certains critiquent les principes de base du mouvement du libre, ce sont des raisons plus pragmatiques qui freinent son adoption dans les PME. Le manque de recul, synonyme de prise de risques, est généralement cité.

Les DSI évoquent l’incertitude des coûts de mi- gration, de formation et de maintenance des solu- tions libres. Ils préfèrent payer des licences pro- priétaires, peut-être plus chères, mais dont le prix est connu d’avance.

Le principal obstacle à la migration vers un environnement libre n’est pas technique mais humain. Les utilisateurs ne maîtrisent pas ces nouveaux outils, ce qui se traduit par une forte appréhension et d’importantes dépenses en formations.

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3. Pourquoi utiliser le logiciel libre en entreprise ?

Rien n’étant ni tout noir, ni tout blanc, les logiciels libres ont bien évidemment aussi des qualités intéressantes ! Seules seront traitées celles qui concernent directement les PME et qui peuvent influencer les décideurs dans leurs choix. À eux, ensuite, de trancher...

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3.1. Réduction des coûts

Le premier avantage qui vient naturellement à l’esprit pour les logiciels libres concerne leurs prix. Leurs licences sont soit beaucoup moins chères que chez leurs équivalents propriétaires, soit totalement gratuites.

Une critique qui revient souvent de la part des entreprises est le prix exorbitant de certains produits. L’achat d’une licence Microsoft Word27 est-il justifié si le traitement de texte n’est utilisé que pour rédiger des courriers ?

Les licences d’utilisation des programmes classiques sont généralement monopostes, c’est-à-dire qu’un achat autorise l’utilisation de l’application sur un seul ordinateur. Ce n’est pas le cas avec les logiciels open source. Une licence libre, même payante, donne à l’acheteur le droit d’installer et d’utiliser le programme sur tous les postes de l’entreprise. On la qualifie de multiposte.

Selon l’enquête ITRmanager (note 19, page 24), l’achat de licences n’est pas adapté aux besoins des entreprises : elles préféreraient payer un abonnement annuel pour le support technique de logiciel acquis gratuitement.

27 Une licence Word monoposte est vendue environ 300 € et la suite Office environ 650 €. À titre de comparaison, la suite StarOffice coûte environ 70 € et la suite OpenOffice.org est gratuite.

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Et les coûts cachés ?

Si le faible coût d’acquisition des licences permet aux entreprises d’économiser beaucoup d’argent, la question du coût total, comprenant la migration et la formation, rebute encore les DSI.

La SSLL RyXéo28 apporte un élément de réponse. Selon elle, l’économie réalisée au niveau des licences est redistribuée dans les frais d’adaptation : appel à un prestataire externe, formation des utilisateurs, baisse de rentabilité. L’entreprise ne connaît ni économie, ni surcoût, le temps de la transition. En revanche, le gain d’argent est clairement quantifiable au bout de quelques mois ou années –selon l’ampleur de la migration–, lorsque la mise à jour du parc informatique ne nécessite plus l’achat de licences coûteuses.

28 RyXéo est une SàRL localisée en Aquitaine et spécialisée dans le développement de logiciels libres, l’administration système et réseaux et la sécurité des systèmes informatiques. http://www.ryxeo.com/

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Dans les faits, il s’avère que la peur des coûts non maîtrisés est injustifiée car le passage au libre finit par être rentable à court ou moyen terme.

Lorsque la Chambre de commerce et d’industrie de Meurthe-et-Moselle a migré ses 160 stations de travail vers un environnement totalement libre, en 2005, elle a planifié une économie de 1 000 € par poste et par an, soit 160 000 € par an ! Le témoignage d’un responsable de l’opération sera joint au chapitre 4.3. La CCI de Meurthe-et-Moselle (page 63).

La migration de la Direction générale des impôts française va également dans le sens d’une claire économie. Fin 2006, le Trésor public migrera son parc informatique de 80 000 postes vers la suite bureautique OpenOffice.org. La validité des licences de Microsoft Office arrivant à échéance, une migration s’impose. Les responsables estiment que la migration vers Office XP coûterait 29,5 millions d’euros, alors que le choix de OpenOffice.org coûtera 0,2 millions d’euros. Après le prix, la deuxième raison invoquée est le nombre de fonctionnalités inutiles dans le produit de Microsoft. La migration se déroule dans le cadre du programme Copernic lancé en 2001, qui prévoit une refonte totale du système d’information sur 7 ans.

Une gestion simplifiée

L’utilisation de logiciels libres demande moins d’efforts, quant à la gestion des licences. Le responsable informatique n’a plus besoin de s’en soucier, il sait que son entreprise est en règle.

Actuellement, le taux de logiciels piratés est de 35 % dans le monde et il atteint 47 % en France, ce qui place le pays au troisième rang mondial en terme de manque à gagner pour l’industrie du logiciel, après les États-Unis et la Chine29.

Les licences libres autorisant un nombre illimité d’utilisateurs, les salariés de

29 Source : BSA. http://www.bsa.org/france/press/newsreleases/2006-Global-Piracy-Study.cfm

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l’entreprise peuvent installer chez eux les mêmes logiciels, gratuitement et en toute légalité. La remarque est la même pour les clients, fournisseurs et partenaires commerciaux.

Mais le coût est loin d’être le seul critère en faveur des logiciels libres. En 2003 a eu lieu « l’affaire de la municipalité de Munich ». La ville allemande a été une des premières à choisir d’équiper son parc de 14 000 ordinateurs du système d’exploitation Linux Suse. Pour contrer cette opération dangereuse pour Microsoft, la firme américaine a proposé une série de rabais. Au final, son offre était moins chère que celle de Linux... de 12 millions de dollars, selon le quotidien américain USA Today ! Mais l’offre a été rejetée ; la municipalité a préféré migrer vers le système libre, pour des raisons qui sont a priori autres que le prix des licences.

Il en va de même pour les PME. Le prix est un argument, mais il n’est pas forcément déterminant. Les entreprises cherchent prioritairement des produits de qualité.

3.2. Fiabilité

Un des points forts déterminants pour les logiciels libres est leur fiabilité.

L’expérience montre qu’ils connaissent moins de dysfonctionnements que leurs équivalents propriétaires.

Lorsqu’un programmeur développe en open source, il expose son code à la communauté. Il s’assure donc que celui-ci soit de qualité. Dans le cas contraire –et c’est souvent ce qu’il se passe–, son code est repris et amélioré par un autre développeur.

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Un autre avantage qui découle de l’accès libre au code est l’absence de chevaux de Troie30. En effet, la source est lue et relue par plusieurs individus. Si un bout de code espion était inséré dans le programme, il serait vite détecté et supprimé.

Mais il semble que ce cas de figure ne soit jamais arrivé.

Les débogueurs sont nombreux parmi les programmeurs et les utilisateurs du libre. Par conséquent, les dysfonctionnements sont rapidement identifiés et corrigés, ce qui est une bonne chose, car le coût de correction des bogues est fonction du stade où ils sont identifiés.

Exemples

Une étude a été menée pendant trois mois Syscontrol31, sur une centaine de sites suisses à fort trafic. Il en résulte que ceux fonctionnant avec le serveur web open source Apache auraient une disponibilité plus de trois fois meilleure que ceux utilisant l’équivalent Microsoft IIS.

30 En informatique, un cheval de Troie est un bout de code destiné à épier les actions de l’utilisateur à son insu. Un programme doté d’un cheval de Troie est appelé logiciel espion, espiogiciel ou encore spyware.

31 Syscontrol est une société suisse de mesure des performances sur Internet. http://www.syscontrol.ch/

« Étant donnés suffisamment d'observa- teurs, tous les bogues sautent aux yeux. » C’est ce que j’appelle: « La Loi de Linus ».

“Given enough eyeballs, all bugs are shal- low.” I dub this: “Linus's Law”.

Eric S. Raymond, fouineur (hacker) célèbre

(45)

ZDNet.fr32 a procédé à un test de fiabilité sur dix mois, pour comparer les systèmes d’exploitation Windows NT et Linux. Lors de ce test, le système de Microsoft est tombé en moyenne une fois toutes les six semaines, immobilisant le serveur pendant une trentaine de minutes. Les deux serveurs Linux –RedHat et Caldera– ne se sont jamais arrêtés.

3.3. Sécurité

Contrairement à une idée reçue, l’ouverture du code source d’une application ne le rend pas vulnérable, bien au contraire. Plusieurs faits expliquent ce phénomène.

32 ZDNet.fr est un site d’information pour les décideurs et les utilisateurs professionnels IT en France.

http://www.zdnet.fr/

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D’une part, le nombre d’informaticiens accédant au code étant plus important, les failles sont découvertes plus rapidement. D’autre part, les pirates informatiques, ou crackers, s’attaquent principalement aux logiciels fermés, par défi et par convictions.

La communauté du libre est réputée pour sa forte réactivité : lorsqu’une faille de sécurité est détectée, quelques heures à quelques jours suffisent pour que le correctif soit proposé au téléchargement. Plus un projet est important, plus ce fait se vérifie.

Dans le cas des logiciels fermés développés par un éditeur unique, les correctifs sont souvent longs à être appliqués. L’utilisateur est totalement dépendant de son fournisseur et ne peut qu’attendre en espérant ne pas être attaqué par un individu mal intentionné. C’est notamment le cas du navigateur Internet Explorer, comme le démontrent ces graphiques.

Références

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