Bernard, Jean Jacques
Le voyage a deux
JEAN-JACQUES BERNARD
Le
Voyage à deux
COMÉDIE EN UN ACTE
LIBRAIRIE THEATRALE
30,
RUE
DEGRAMMONT.
3oI9IO
Tousdroits de reproduction, de traduction etreprésentation réservés pour tous lespaysycomprisla Suède,laetNorvège.
Theplay Le Voyage iîdeuxisentered aceordingto act ol Congress. in tlie year iqoq byM.Jean-Jacques Bernard,in tlieoffice ottheLibrarian
ofCongress atWashington. AUrights reserved.
LE VOYAGE A DEUX
COMÉDIE
EN "UN ACTEii>;>résentéepourlapremièrefoisparla sociétél'• Inédit auCercleartistiqueetlittérairedelarueVolaey
le22mars1909.
JEAN-JACQUES BERNARD
LE VOYAGE A DEUX
COMÉDIE EN UX ACTE
PARIS
LIBRAIRIE THEATRALE
30,
RUE DE
G R AMMONT,
30 1910Droitsdetraduction,dereproduction etdereprésentationréservéspour touslespays,y comprislaSuèdeet laNorvège.
TlioplayLe Voyage à deuxisentered accordingto actof Con^rpss,in tbe year 100°liyM. Jean-Jacques Bernard, intheofficeof the Libiarian of
CongressatWashington.AUrightsreserved.
PQ
PERSONNAGES
ALBERT,
entre 30et35 ans .MM.
Marcel ieGbhminy,JULIEN, même
âge Edouard Bouche/..ADBIENNE,fe
d'Albert. M"' Germaine Sylyes^/rvoFTov
LE VOYAGE A DEUX
Un salon quelconque, avec deux portes au moins, an fond et àdroite. Agauche, unepetite table avec un vase.
SCÈNE PREMIERE
ALBERT
est assis.ADRIEXXE
traverse la pièce.ALBERT.
Ma
petite Adrienne, peux-tum
'accorderun mo- ment
?ADRIKNNi:.
Et pourquoi pas? Je suis entièrement à tes or- dres.
ALBEHT.
Oh! la belle soumission! Seulement le quart de cela chaquejour, etje n'aumi plus le droitde
me
plaindre.
b LE
VOYAGE
ADEUX
A DRIENXE
.
Tu
în'étonnes, Albert.ALBERT.
Hé
non,Adrienne, je ne suispas content du tout.ADRIEN
NE.Rien ne pouvait
me
troubler plusque
d'avoir mérité tes reproches.ALBERT.
Habile
femme, comme
tu te joues demon
affec- tion!ADRIENNE.
Que
de phrases!ALBERT.
Bon! J'arrive au but. Je passerai sous silence l'entrecôte d'hier soir et la serviette-éponge de mardi.
Mais
parlonsun
peu, veux-tu?deM,
Louis Desphalanges.ADRIENNE.
Ce jeune
daim
?ALBERT.
N'empêche
que trois fois déjà,aux
Français, l'autrejour, chez les ïîigault, mercredi, et avant- hier eii&zClémentine, tu ascausé assez chaleureu- sement avec lui.ADRIENNE.
Oh!,
ALBERT.
N'empêche
qu'hier, à trois heures, je l'ai ren- contré sortant d'ici., •
ADRIKNNE.
Je ne l'ai pas reçu.
LE
VOYAGE
ADEUX
7ALBERT.
•ju'ensais-je?
Ta femme
dechambre
m'a 'lit lamême
chose.ADRIENNE.
Ali bien! tu m'espionnes? Bien! Bien!
Oh!
si jen'étais pastrop au-dessus des soupçons, cette porte aurait déjà claqué.
ALBERT.
Ton
câlineme
rassureun
peu.ADRIENNE.
C'estheureux!
ALBERT.
Je ne suis tout de
même
pas entièrement satis- fait. Je crois aisémentque
tu méprises ce jeunesot.
Pardon
d'avoir soupçonné...ADRIENNE.
Quoi?
ALBERT.
Bien! Bien! Je[n'ai rien soupçonné. Mais...
Ho!
ma
petite Adrienne, je ne suispas heureux.ADRIENNE.
Quelle révélation!
ALBERT.
Pourquoi
te soucies-tu si peu de moi ?ADRIENNE, Cher
petit égoïste!ALBERT.
Adrienne, pourquoi ne m'aimes-tu pas?
ADRIENNE.
C'est la première nouvelle.
Jamais
je n'ai cessé8
LÉ VOYAGE
ADEUX
de t'aimer.
Que
te faut-il donc? Des baisers .lumatin au soir? Et que toutes les
deux
minutes, je te metteun
coussin sous îes pieds etun
oreiller sous latète?ALBEKT.
Ce
ne serait pas désagréable. Mais je n'en de-mande
pas tant.Seulement un
petitpeu
plusde sollicitude.Le minimum
de sollicitude qu'accorde àsonmari
unefemme
qui sait l'aimer.ADRIENNE.
Pauvre
enfant!Comme
tu te crois facilementmalheureux! Mais
si jeme
plaignais, moi...ALBERT.
Bien,jet'écoute.
ADRIENNE.
Non,merci.
Pour que
tu ailles rire demoi
avec tonami
Julien.ALBERT.
J'ignore vraiment ce
que
tu ascontremon ami
Julien.Pourquoi
ce ton ironique?ADRIENNE.
Jen'ai
absolument
rien contre lui.ALBERT.
Encore un,en tout cas,
que
tu ne sais pasappré- cier.ADRIENNE.
Je tejure queje l'apprécie à savaleur.
ALBERT.
Ce
n'est pas assez. Julien méritebeaucoup
d'es- time.LE
VOYAGE
\DEUX
VJAD
RIEN
NE.Je lui en accorde suffisamment, il
me
semble.ALBERT.
Je saisbien qu'il n'estpas aussi bel
homme
que Desphalanges.ADRIENNE.
Me
crois-tu donc accessible...ALBERT.
Aces
considérations? Certainement. Julien estun
garçon d'une intelligence et d'une valeur re-marquables.
Mais
il est très laid, aussi cesdames
lui préfèrent ce niais deDesphalanges.
AURIENNE.
C'est presque une injure, sais-tu? Et d'ailleurs, tu exagères. Julien n'est pas beau, mais il n'est pas aussi laid que tule crois.
ALBERT.
Il est affreux.
ADRIENNE.
Affreux!
Comme
tu y vas! Je t'assure, Albert,que
je suis assez intelligente pour reconnaître son mérite.Mais
c'est tout.ALBERT.
Jet'aidit que ce n'étaitpas assez...Est-ce qu'on n'a pas sonné?
ADRIENNE.
Non.
Tu
attendsquelqu'un?
ALBERT.
J'attends quelqu'un cematin :
un
ami.ADRIENNE.
Julien?
10
LE VOYAGE
A JJEUX
ALBEEtT. Oui.ADRIENNE.
Naturellement.
ALBERT.
Ecoute,
ma
chérie, jepeux
te le diremaintenant.J'ai envoyé Julien
aux
Messageries maritimes.ADRIENNE.
Et après?
Pourquoi
cette émotion?ALBERT.
Tu
necomprends
pas? Il y a quinze jours, rap- pelle-toi, tu nousas avoué le plaisirquetu aurais à voir l'Egypte. Julien est allôretenir troisplaces sur lepaquebot d'Alexandrie, et nous partons de-main
soir.ADRIENNE.
Demain
soir?ALBERT.
Oui. Es-tu oontente?
ADRIENNE.
Oh!
je suis très contente.Oh!
Oui!Tu
es très gentil!Tu
essi gentilquej'en suistoutesurprise...Une
seule chose m'ennuie...ALBERT.
Ah! une
chose?ADRIENNE.
Je devais essayer
ma
toque de velours après-demain
matin...Mais
je m'arrangerai.ALBERT.
J'ycompte bienquetu t'arrangeras.
Ah
!tevoilàLE VOYAGE
ADEUX
11bien, toi! Je
me
donne unmal
inouïpour
te faire une surprise, je faisretenir troisplaces sur un pa- quebot,jedépensemon
argent, j'abandonnemes
af- faires:madame
n'est pas contente parce qu'elle doit essayerun
chapeau.ADRIENNE.
Oh!
tu attaches bien de l'importance à une pa- role en l'air...Mais
pourquoi trois places?ALBERT.
Eh
bien, nousdeux
et...ADRIENNE.
Et... ?
ALBERT.
Julien.
ADRIENNE
Ah! bon!ALBERT.
Oa
t'ennuieque Julien... ?AI)RIEN NE.
Non,
non
!ALBERT.
:Je vois bien, à ta façon de nier, queça t'ennuie.
ADRIENNE.
On
le verrait à moins.ALBERT.
'Oh! que
c'est fâcheux! Pouvais-jeme
douter...ADRIENNE.
Tu
t'en doutais bien.'
ALBKRT.
Je suis désespéré.
12
LE VOYAGE
ADEUX
ADIITENNE.Il est vraiment temps!
ALBERT.
Au
moins, ne lui faispasune figure maussade.ADRIENNE.
Je ferai la figure queje pourrai.
ALBERT.
Laisse-luicroire
que
ça te fait plaisir.ADRIENNE.
Tu veux me
faire mentir?ALBERT.
Si j'avais su!
Oh!
si j'avais su... Adrienne, je vais lui direcarrémentque
nous préféronsvoyager seuls.ADRIENNE.
Tiens, nelui dis rien.
Pour
te faire plaisir,j'ac- cepte Julien.ALBERT.
Ah! que
tu es une gentillefemme!
N'est-ce pan que Julienn'est pas si désagréableque
ça?ADRIENNE.
Oui, quelquefois, c'est
un
bon garçon.ALBERT.
Oh
!mon
Adrienne!Tu
eslaplus dévouée,la plus- adorable,la plus douce, laplus tendre, la plus ai-mable, la meilleure des
femmes.
ADRIENNE.
Il est
temps que
tu le reconnaisses!...Ah! mon
vieux, tu n'es pas autre chose
que
le plusterrible des moutons.Deux coups de sonnette.
LE VOYAIJE A
DEUX
1:)ALBERT.
Ah!
c'est Julien!Il court ù la portedu fond.
SCENE
IILes Mêmes, JULIEN.
ALBERT,
ouvrant la porte.Te
voilà,mon
cher. Entre ici.JULIEN, entrant.
Bonjour,
mes
amis.Vous
vous portez bien, Adrienne? Belle journée, Albert.ALBERT.
Oui, elle va très bien. Il fart très beau, bavard!
As-tu pris lesplaces;'
JULIEN, hésitant.
Les places?
Heu!
je...ALBERT.
Tu peux
parler devant Adrienne, je lui ai tout dit.JULIEN.
Ah
! il a avoué? N'est-ce pas que c'est une sur- prisecharmante?
Mais, dis donc, Albert, il y a unedifficulté. C'estétonnant ce qu'on va enEgypte cette année.Sur
le paquebot d'après-demain, il restait justedeux
places. Et ensuite, pas avant huitjours.ALBERT.
Tu
n'aspas pris lesdeux
places, j'espère?14 LE
VOYAGE
ADEUX
JULIEN.Xe
voudrais-tu pasque...ALBERT.
Tant mieux. Je craignaisdéjà cette bêtise de ta part.
JULIEN.
Mais, Albert, tu dois être à Paris le 1er mars.
ALBERT.
Eh! c'est vrai,
ma
foi, le voyage seraun
peu court... Imbécile!ilfallait retenirlesdeux
places!JULIEN.
Je les ai retenues.
ALBERT.
Sans me
consulter?JULIEN.
C'étaiturgent.
ALBERT.
Il fautdonc que l'unde nous reste à Paris...
JULIEN.
Ou
bienretrouve les autres àAlexandrie.ALBERT.
Te
serait-ildésagréable de...JULIEN.
Moi, ça m'est égal.
ALBERT.
Eh
bien, tune partirasque la semaineprochaine.JULIEN.
C'est toutnaturel..
LE
VOYAGE
ADEUX
L5ALBERT.
Nullement.
Ce
n'est pas naturel. Je te confierais très bienmon
Adrienne. C'est simplement parceque ça t'est égal d'attendre.
JULIEN.
oh!
j'ai dit ça seulement pour arranger les cho ses.AI.i:ERT.
Oui, oui, je sais que tu es très gentil...
Tu
dé-jeunes avec nous?
JULIEN.
Impossibleaujourd'hui. J'ai
même
peu detemps à vousaccorder.AL
BERT.
Alors, viens dîner. Veux-tu m'attendre cinq mi- nutes? Je m'habille et je descends avec toi.
Ma femme
te tiendra compagnie..iri.IEX.
Cela ne vous ennuie point,
Adrienne?
ADRIEN
xi:.Mais
pasdu
tout.Au
contraire.ALBERT.
Elle est ravie... Allez! vousêtes bien faitspour vous entendre.
11 sort par la droite.
LE VOYAGE
ADEUX
SCENE
IIIADRIENNE, JULIEN.
ADRIENNE,
à voix basse.A
te parler franchement,Julien, cette combinai- son neme
plaît pasbeaucoup.JULIEN.
Mais,
ma
chérie, que voulais-tuquejefisse?ADRIENNE.
A
la rigueur,j'accepterais facilement une sépa- ration de huitjours. Notre liaison esfassezvieillepour m'interdire d'en pleurer.
Mais
ce qui m'é- tonne, c'est -la facilité avec laquelle tu as ac- quiescé.JULIEN.
Aurais-tu préféré
un
refusdangereux
et mala- droit?ADRIENNE.
Pour
l'amour demoi
tu aurais pu le risquer. Je ne reconnais pasmon
Julien.JULIEN.
Adrienne,
mon
cœur, tu ne partiraspas avec ton mari.ADRIENNE.
C'est
toi-même
quilui as conseillé dem'emme-
ner. Tire-nous de là maintenant.
JULIEN.
('/est avec
moi que
tu partiras,mon.Diseauchéri!LE VOYAGE
ADEUX
lfADRIENNE.
Comment
cela?JULIEN'.
Je
ne
lui ai pas remis les billets.Tu
ne rentres pas ce soir, ettu passes la nuit chez moi.Demain, mon amour, nous
partonspourMarseille, et après*demain
pour l'Egypte. Qu'en penses-tu ?ADRIENNE.
C'est idiot! mais j'accepte?
JULIEN.
Pourquoi idiot?
a
du
iex
ni:.Qu'importe, si j'accepte?
JULIEN.
Je ne veux pas que tu acceptes, si c'est idiot.
ADRIENNE.
Eli bien c'est idiot, parce
que
nous nous lançons trte baissée dansune
aventure folle, parceque nous renonçons à une situation ambiguë,soit, mais quiavÀ
son charme, parce qu'enfin nous ne savons pas ce qui nous attend.JULIEN.
C'est
moi
maintenant qui ne reconnais plusmon
Adrienne.
ADRIEN
NE,Tu me
décides.Nous
partirons ensemble pour l'Egypte.JULIEN.
Ah
Imon âme!
Embrasse-moi.JADRIENNE.
Chut!
Enfant!...Mais
j'aiun
scrupule. C'est18-
LE VOYAGE
ADEUX
Albert qui a payé les billets. Iln'est pastrès déli- cat de s'en servir.
JULIEN.
Pas du tout, il devait
me
les rembourser.ADRIENNE.
Alors, j'accepte sansremords.Ileûtété
dommage
de contrarier ce bravehomme.
.JULIEN.
Il revient.
SCÈNE IY
Les Mêmes, ALBERT.
ALBERT.
Dites donc, j'ai réfléchi. Je ne tiens pas
du
tout àquitterParismaintenant. D'autant plus quej'aideux
affaires en trainquime
tracassent. Alors,j'ai adoptéune
autre combinaison. C'est toi qui parti- rasdemain
avec Adrienne.JULIEN.
Demain...
Avec
tafemme?
ALBERT.
Si ce n'étaitpas
ma femme,
jeneme
permettrais pointd'en disposer.ADRIENNE.
Merci.
JULIEN.
Mais, franchement, est-ce bien convenable?
LE
VOYAGE
ADEUX
19ALBERT.
Julien,
mon
ami, tume
fais injure en supposantque
je puisse t'effleurer d'un soupçon !JULIEN.
Ce
n'est pas ceque
jeveux
dire. Maisque
pen- sera-t-on?ALBERT.
Ça me
regarde... M'as-tu donné les billets tout à l'heure ?JULIEN, luitendant les billets.
Les
voici.ALBERT,
les prenant.Je vais les vérifier. Fais-moi penser
demain
à te les rendre.JULIEN.
Mais
vraiment, crois-tu...ALBERT.
Alors, c'est
convenu?
JULIEN.
Eh
bien, mais... Certainement.ALBERT.
Ma
chérie, c'estinsupportable, je n'arrive pas à trouverma
boîte de faux-cols.ADRIENNE.
Ah
! je l'ai mise dans l'armoire dema chambre.
Tiens, voici la clef.
ALBERT.
Merci. Julien,je suis àtoi dans cinq minutes.
Il sort.
20 LE
VOYAGE
ADEUX
SCENE V ADB1EXNE,
.IL'LIEX.ADR
IEN NE
.Crois-tu que nous puissions accepter ?
JULIEN.
Je t'en faisjuge.
ADRIENNE.
Voyons, franchement, serait-il bien délicatd'ac- cepter?
.1ULIEN.
Ce serait,en effet, assez indélicat.
ADRIENNE.
Pour
moi, c'est impossible.JULIEN.
C'était bien
mon
avis.Nous
ne pouvons pas ac- cepter.ADR
[EN NE.Et pourquoi donc?
JULIEN.
Mais,
ma
foi, c'est toi-même quime
l'as dit.•ADRIENNE.
Je ne t'ai rien dit. Je t'ai fait entendre que j'a- vaisde bonnes raisonspour refuser.
Mais
en as-tu, toi?JULIEN.
J'ai les tiennes.
ai>i;i;.\ \: .
Et si je n'en avais pus :' JULIEN.
Tu
esdéconcertante.Tu
viens deme
direque tu en avais.A.DRIENNE.
Oh
!mon
cher, tu estrop précis pour savoir ja- mais discuter avec unefemme. Eh
bien, oui, j'aides raisons, quoi que tu puisses croire, et surtout une bonne raison :je ne veux pas tromperce brave
homme.
JULIEN.
Scrupule bien tardif!
A.DRIENNE.
Entendons-nous. Je n'appelle pas le tromper, être la maîtresse de son
ami
intime;mais
abuser de sabonne
foi,accepter à son su et à son gré une situationfausse, choquante,et. jepuis bien le dire, compromettante...JULIEN.
C'est insensé!
Tout
à l'heure, tu acceptais avecempressement
lamême
situation.ADRIKNNE.
Ce
n'était pas lamême
situation.Nous
serions partis en claquant les portes, et tout lemonde
au raitsu à quoi s'en tenir, parceque nous le voulions bien.Mais
avec cette nouvelle combinaison, en ad- mettantmême
qu'Albert ne se doutât de rien, nos amis,lemonde,
seraient en droit de supp»ser des choses...JULIEN.
Qui
existent.H LE VOYAGE
ADELX ADRIEN
NE.Mais
qu'ils n'ont pas le droit de supposer, tant queje n'ai pas quittémon
mari.JULIEN.
Ce
sont des raisons trop subtilespour
moi.ADRIENNE.
Parbleu! je t'ai dit
que
tu n'avais pas assez de précision dans les idéespour
savoir jamais discu- teravecunefemme.
Maintenant,mon
cher, tu saismes
raisons, donne-moi les tiennes.JULIEN.
J'ai
mauvaise
mémoire, sans doute, car celles quetu m'as données m'ont faitoublier les miennes.
ADRIENNE.
Je te croyais plus intelligent.
JULIEN.
Adrienne. tu n'espas danston état normal. Je ne sais quel serpent t'a
mordu,
mais vraiment, tu as une manière deme
bousculer sans motif...ADRIENNE.
Sans motif, oh!
JULIEN.
Adrienne, écoute-moi. Jesuis trèsmécontent. Je veux bien oublier quelques petites contrariétés.
Mais
si nous parlionsdeM.
Louis Desphalanges.ADRIENNE.
Décidément,ilsse sontdonné le mot.
juliEx
.
Que
taisait-il,hier, iciîLE yOYAGE
ADEUX
28 A.DBIENXE,•Te ne l'ai pasreçu.
Af-r.rÊx
.
Qui
me
le dit?ADRIEN
NH.Ma femme
de chambre.j(j r.ie x
.
Je n'aipas l'habitude de te faire espionner.
ADRIEN
NE.<Ja ne prouve pas ton adresse.
JULIEN.
Enfin,
me
répondras-tu ?ADRIENNE.
Demande
àmon
mari.JULIEN.
Tu
temoques
de moi.ADRIENNE.
Desphalanges est
un
sot, une brute,un
mulet.Albert le sait, je le lui ai dit.
JULIEN.
Ah
! lui aussis'est aperçu...ADRIEXXK.
Le
croyais-tu si bête?JULIEN.
Tu
avoues donc ?ADRIENNE.
Je n'ai rienà avouer. Je
me
soucie aussi peu de Desphalangesquedes autreshommes.
Je ne trom- perai plusmon
mari, car j'ai assez d'undaim
dansma
vie.24 LE
VOYAGE
ADEUX
JULIEN.Ton emportement
m'interdit de relever tes inju- res.Un mot
seulement.Tu
as raison de devenir lidèle à ton mari. C'est un excellenthomme.
Jesais l'apprécier, il est
mon
meilleur ami. Il m'estsi cher
que
s'il venait'encoreme demander
d'em-mener
safemme
en Egypte, jerefuserais.ADRIENNE.
Etde quel droit?
JULIEN.
Ah
! tuy viens!Où
?A
l'Egypte.ADRIENNE.
JULIEN.
ADRIENNE.
Maladroit! J'allais y venir. Jem'en
moque
bien de votre Egypte!JULIEN.
Tu
es surprenante aujourd'hui...Ne
crie pas si fort, tonmari
varevenir.ADRIENNE.
Mais
non, il chercheses faux-cols. (Tombant dans ses bras.)Ah!
Julien.JULIEN.
Eh
bien,quoi?
Qu'est-ce qu'elle a? Adrienne;' Elle est toute blanche ! Elle se trouvemal
! Al- bert!ADRIENNE,
ae redressant.Non! Non
!Oh
! non,ne l'appelle pas.Ah
! Julien noussommes
perdus, Julien! Je lui aidonné laLE
VOYAfiK ADEUX
-J"»clef de
mon
armoire.Ta
dernière lettre... sur ledeuxième
rayon... prèsdes faux-cols...Nous
s -mes
perdus.JULIEN'.
Comment
?Tu
laisses traînermes
lettres n'im- porte où?ADRIEN
NE.J'étais pressée, ce matin...
La
modiste m'atten- dait... Albert entrait... J'étais en peignoir... J'aifermél'armoire...Je n'aipas eule temps dela ran- ger.
JULIEN.
Où
les mets-tu d'ordinaire?ADRIEN
NE.Ah
! jene sais pas.JULIEN.
C'est tout à fait charmant...
Mais
il ne l'apeut- êtrepaslue?ADRIENNE.
Elleétait grande ouverte.
JULIEN.
Grande
ouverte! C'est le comble.ADRIENNE.
Oh
! pardon, Julien..1ELIEN.
Pardon!
Hum...
Enfin, pauvre enfant!ADRIEN
Ni:.J'irai chez toi ce soir, et nous partirons pour l'Egypte.
JULIEN.
Si tu ne changes pas d'avis.
26
LE VOYAGE
ADEUX
A.DRIBNNE.Que
feraisje maintenant:'JULIEN.
C'est vrai... Enfin, je t'attends ce soir. Quelle joie! Es-tu heureuse au
moins?
ADRIEN
NE.Oh
! très heureuse.Pourvu
qu'Albertait trouvé la lettre!JULIEN.
Mais tu viendras danstous les cas ?
AJDRIENNE.
Certes non.
JULIEN.
Mais
s'il n'apas trouvé la lettre?ADRIEN
NE.il l'a trouvée.
JULIEN.
Qu'en
sais-tu?ADRIKNNE.
Il nepeut pas encore être prêt, etle voiciquire- vient.
Entre Albert.
SCENE VI
Les Mêmes, ALBERT.
Un silence.
ADRIENNE.
Comment
? Déjà prêt ?LE VOYAGE
ADEUX
27ALBERT,
sec.Je
me
suis dépêché.Un silence gênant.
JULIEN.
Nous
descendons?ALBERT.
Je ne descends pas. Je veux dire
deux
mots à Adrienne...Deux mots
en particulier.JULIEN.
Je
m'en
vais donc.ALBERT.
Bien!
Nous
ne dînons pas chez nous ce soir. Ni demain. Alors, adieu. Jesuis revenu àmon
premier projet. C'estmoi
qui pars avec Adrienne.Une
fois à Alexandrie, nousn'y resterons pas, et jene sais pas où nous irons. Adieu!JULIEN.
Je vous souhaiteun...
ALBERT.
('.est bon. (Julien veut lui tendre la main, mais Albert
s avanceversAdrienne. Alors Julien recule à petits pas vers le fond. Soudain Albertse met à le regarder. Un silence.) Julien !
JULIEN, s arrêtant.
Albert?
ALBERT.
•l'ai changé d'idée. C'est ù toi
que
je veux diredeux mots
en particulier... Adrienne.ADRIENNE.
(>ui, je vous laisse.
bMle sort par la droite avec uue satisfaction évidente.
28 LE
VOYAGE
ADEUX
SCENE VII
ALBERT, JULIEN.
ALBERT.
Tu
ne te doutespas de ceque
j'ai àte dire '.JULIEN.
Je le sais.
ALBERT.
J'ai trouvé unede tes lettres.
JULIEN.
Je le sais.
ALBERT.
Tu
es sonamant
!JULIEN.
Je le sais.
ALBERT.
Ah!
Un silence.
JULIEN.
Oui, jesais que tu sais tout.
A
quoi bon nier :'Ce
serait trahir notre amitié une fois de plus. Je suis bienhumble
et bien triste devant toi, maisl'âme tranquilleetsans remords, et je t'écoute.
ALBERT.
Oh!
n'aie pas peur. Je serai court. Je ne perdrai pasmon temps
en reproches et lamentations, mal- gréma
douleur, carje suis assez grandpour en sa- voir l'inutilité. Je ne voulais pas te dire dès l'a-LE VOYAGE
ADEUX
J9 bord que jesavais tout, (l'estdur
à dire.C'est pres- que gênant.Tu
'as mis ies choses au point. C'est trèsbien.Tu
as avoué sans rougir. C'est cynique.mais
c'est bien.Tu me
mets habilement au pied dumur. Tu
m'écoutes, dis-tu.Mais
crois-tu donc que j'aieun
discours à te servircomme
un plut toutchaud?
Crois-tu, Julien, qu'une tellesurprise ne puisse pétrilierl'homme
lemieux
averti et leplus résistant?
JULIEN, Albert!
Mais
ce matin encore, pareille choseme
semblait aussi incroyable que la disparition du soleil; y songeais-jemême?
Et voilà que cette chose est.J'ail'impressiond'une attaquesubite, par derrière, en pleine nuit.
Que
vais-je faire?Nous
battre ?Ridicule. Alors?
Te
tuer ?La
tuer?Me
tuer ? Ri- dicule! Ridicule! Ridicule!Vous
chasser ensem- ble ? Grotesque ! Etque
deviendrais-je?L'emme-
nerde force? Elleme
ferait souffrir et elle souffri- rait...julien.
Celaest-il sûr?
ALHEhT.
Crois-tu vraiment qu'elle ne souffrirait pas?
JULIEN.
Elle est
femme
à se consoler vite. Et les vieillesliaisons...
.VLDERT.
Vieille liaison ? Alors il y avait longtemps:'
30 LE VOYAGE
ADEUX
JULIEN.Albert, maintenant il faut queje te parle. Je te
donnerai des explications d'autant plus volontiers que tu n'en as pas exigées. Rassure-toi :je ne vais pas faire
un
plaidoyer en notre laveur. Franche- ment,même,
nousn'avionspasd'excuses,si ce n'est qu'elle était unefemme,
moi,un homme,
ettoi,un
mari.ALBERT.
Et vous vous aimiez?
JULIEN.
Un
peu, naturellement. Mais il y abeaucoup
de ta faute dans ce qui s'est passé.ALBERT.
Gomment
?JULIEN.
Oui, tu asvraiment exigé trop vite et trop tôt
une
intimité trop grande entre tafemme
et moi.Sans doute,
comme camarade
d'enfance,me
croyais- tuun homme
d'une autre essence, et m'ornais-tu de qualitésd'abnégation assez rares!Que veux
tu?Nous
étionsjeunes.ALBERT.
Quoi?
Y
aurait-il si longtemps?JULIEN.
Une
dizaine d'années.ALBERT.
Un
an seulement! elle n'est restée fidèle qu'un an!JULIEN.
Tu
comptesmal
! deux ans. C'était à Lucerne,LE
VOYAGE
ADEUX
31 durant notre grand voyage en Suisse.Te
rappel- les-tu ? Il faisaitun
temps affreux, et tu attendais de l'argent. Aussi, tu nous as envoyé tousles deux en avantàBurgen, pourretenirdeschambres.Nous
avonspris le bateau, Adrienne etmoi, à six heuresdu
soir.Pendant
latraversée, le temps s'est remis au beau.Nous
étions presque seuls,et l'air étaitdoux, et le lac traîtreusement calme. Et depuis
deux mois
déjà, une intimité croissante,et que tu avais voulue, avait précipité l'évolution de nos sen- timents mutuels.Nous
avonsparlé peu,mais
bien, et noussommes
arrivés àBurgen
sans y penser,comme
dansun
rêve.Nous
avons choisi le premier hôtel.Par
distraction, nous avons pris descham-
bres contiguës, etpardistraction, noussommes
en- trés dans lamême... et...ALBERT.
Oh!
Julien!JULIEN.
Et
par distraction, nous avons continué pendant dix ans.ALBERT.
Oh!
Julien! Julien !Comment
as-tu pu...JULIEN.
T'ai-je dit que j'avais
pu?
al
i;EUT.Je ne
comprends
pas.JULIEN.
Je n'ai pas
pu
agir de la sorte demon
plein gré.C'estarrivé malgré moi. Alors, machinalement,je
me
suis résigné à une odieuse, mais inévitable si-62 LE VOYAGE
ADEUX
tuation.
Mais
je te jure qu'enmoi-même
je ne l'ai flimais acceptée.ALBERT.
Dans
ce cas, que ne m'as-tu averti tout de suite?JULIEN.
. Jecraignais
du
gâchis, des souffrances,des pleurs, la rupture d'une vieille et forteamitié.D'ailleurs, franchement, lespremières années, j'ai voulu tout t'avouer. Centfois, j'ai ouvert labouche
danscette intention, mais je disais n'importe quoid'autre, ce quime
passait par la tête, ce quejevenais de liredansle journal. C'est alors
que
j'ai tantparum'in- téresser à la politique extérieure. Puis, peu àpeu,il a ététrop tard pour
un
telaveu. J'étais pareil à un voyageur qui hésite à prendre son train, et le laisse partir. Est-ce lui qui risquerait alors les aléas d'un train spécial? Et puis, l'habitude était prise; letassement s'était fait, tout marchait biencomme
ça.Pourquoi
aller briser de but en blanc, parun
aveu inopportun, trois vies heureuses, la tiennesurtout?ALBERT.
Et vousavez tout de
même
eu le couragede con- tinuer...JULIEN".
Eh!
nous vois-turompant
une liaison si pleine de souvenirs?Ce
n'estpasque
nousn'yayons point songé.Nous
l'aurionsbien fait,ù cause detoi.Mais
après?Pouvais-je revenirici,enami
de tafemme
?Que
luiaurais-je dit?Quellegêneentrenous!Quelle situationambiguë
? Pouvais-jerompre
et ne plus revenir ? Qu'aurais-tu pensé?Tu
ne te serais pas contenté despremières raisons.Tu
aurais cherché.LE
VOYAGE
ADEUX
:j:jTu
aurais trouvé.Pourquoi
t'affliger ? G'esl paramour
.le toi que nous t'avons trompé, Albert.ALBERT.
Vraiment! Vraiment!jenesaisplusque penser !...
• JULIEN.
Me
vois-tu renonçantbrusquement
ànotre vieille amitié ? Impossible, n'est-cepas?
Et certes tu au- rais agicomme
moi.AL UERT.
Ah
! le sais- je ?JULIEN.
Ce «toute est une approbation.
Tu
m'as compris, Albert. Merci. Non, non, tu n'aurais pas voulurompre
avec trente ans de camaraderie et d'affec- tion. Il faut bien consentir parfois des sacrifices à l'amitié. Déjà, tout jeune, aulycée, n'étais-tupas touchant,quand
tu contrefaisais la signature demes
parents pour m'éviter des reproches?Nous
avons passé nosexamens
ensemble. Ensemble, qous avons étérefusésàla licence.L'un
au bras de l'autre, nous noussommes
consolés.Deux
fois nous avons eu lamême
maîtresse. Qu'importe ! nuire amitiéétait trop fortepour s'inquiéter de cesvétil- les.Nous
admirions lesmêmes
actrices, lesmêmes
écrivains, les
mêmes
musiciens, lesmêmes
jockeys, lesmêmes
autos. Notre premier grand voyage,nous
l'avonsfait ensemble. C'était au mois de sep- tembre, en Espagne.Tu
as étémalade aux
courses de taureaux, et une fois, à Saragosse, nous avons passéune
nuit, sans trouver de chambre, àerrer par la ville.Nous sommes
restés six jours àMa-
drid, troisjours à Séville, deux à Tolède, et au re-
34
LEVOYAGE
A DE' Stour, cinq joursà Barcelone.Mai >e m'éci ites pas.
ALBERT.
Neus sommes
restés troisjours à ' ède.JULIEN.
Tu
asraison. Etde là, nousavoiv t toute l'An- dalousie.ALBERT.
Et la seule Andalouse dont y- btenir quel-
que
faveur était odieusement rouss ec desyeux
bleus.JULIEN.
De
retour en France, tu es rent eul à Paiis.Jesuisallé chez
mon
oncledeGhà
!cmarchand
deChampagne.
Puis enSuisse, pou conduirema mère
malade. Six semaines aprè- . j'arrivai à Paris où j'appris tes fiançailles.ALBERT.
Vraiment?
Je ne t'avais pas écrJULIEN.
Oh!
ce n'est pasun
reproche, q ûqu'alora Eu m'aiesun
peu négligé.ALBERT.
M'as-tu pardonné?
JULIEN.
De
toutmon
cœur, dans la suit* . incore une fois notre amitié a triomphé.Mais
que e épreuve elle devait traverser, par tonimprudence*
Allons!avoue-le,
mon
silencel'a sauvée.ALBERT.
N'empêche
que sije ne m'étais pas marié...LI.
VOYAGE
ADEUX
35.I1J1,1EN.
C'estmoi qui l'eussefait, et c'aurait pu être pire.
ALBERT.
Ah!
sans doute, l'épreuve était nécessaire.Tu
as raison, Julien, notre affection reste intacte. Félici- tons-nous de nous en être tirés à si bon compte.Pourquoi
briserune
amitié plusdurable ensomme
qu'un
mariage?
Affermissons-la parun
oubli réci- proque de nos torts.Me
pardonnes-tu les miens:'JULIEN.
Oh!
du plus profond demon
cœur. Aujourd'hui, plusque
jamais, jeme
sens porté àlaclémence.ALBERT.
Ce
noussera une leçon salutaire.Nous
ne nous lancerons plus à l'étourdie dans de dangereuses aventures.Ne
retenons de celle-làque
l'enseigne-ment
qu'ellecomporte,avecun
brinde mélancolie.Car
ce n'estpas sans quelque tristesseque
jeson^e que notre Adrienneme
mentait depuisdix ans.JULIEN.
Albert, soyons grands! Englobons-la dans notre pardon.
ALBERT.
Ce
n'estplussatrahisonqueje luireproche,mais sa fausseté.Pourquoi me
disait-elle tant de mal de toi?JULIEN.
Une
tactique, sans doute.ALBERT.
Bien maladroite, en tout cas, et
que
j'aurais dû éventer: etsurtout bien inutile, et bien exagérée.:;g
le voyage
adeux
Sans cesse
me
rebattre Jes oreillesde tamédiocrité etde ta laideur n'étaitpas pourme
faire plaisir.JULIEN.
Est-ce ainsi qu'elle te parlait de
moi
?ALBERT.
Absolument.
JULIEN.
C'était exagéré, en effet.
Oh!
d'ailleurs ça ne m'étonne pas.ALUEKT.
Malgré tout, c'est
une
bonne fille.JULIEN.
Oui, une assez bonne fille.
ALBERT.
Assez intelligente
même.
JULIEN.
Je le crois... Pourtant,
comme
elle est surtout jolie, on lui passe plus de choses qu'à une autre.,ALBERT.
En
effet.:JULIEN.
Non, en réalité, elle n'est pasd'une bien grande intelligence.
ALBERT.
Tu
dois avoir raison...Tout
demême,
ellea une certaine finesse.JULIEN.
Oui, il lui arrive d'être assez spirituelle.
r
ALBERT.
Elle a parfois de bons mots.
\.v: \OYAG.E A
DEUX
JULIEN.Euh!
entre nous, laplupart sont «les rosseries...D'ailleurs,elleagit souventsanss'enrendre compte.
AI.IlEHT.
C'est vrai; elle est d'une légèreté...
JULIEN, Parfois énervante.
ALBERT.
Jenele sais
que
trop.JULIEN.
Bien frivole aussi,et terriblementcoquette.
ALBERT.
Franchement,elle nestpas toujours supportable.
JULIEN.
Pas toujours!
ALBERT.
Sais-tu ce que nous avons de
mieux
à faire...C'estde partir ensemble.
JULIEN.
Voilà bien la meilleure idée que tu aies eue de- puis longtemps.
ALBERT.
Eli bien! qu'est-ce que nous attendons?
JULIEN.
Où
allons-nous ?ALBERT.
En
Egypte... Il y adeux
billets!JULIEN.
Très bien. Viens chez
moi
jusqu'à demain.On
OS
LEVOYAGE
ADEUX
plutôt, partons ce soir pour Marseille. Ce sera plussûr.
ALBERT.
Mais, écoute.
Ne
crains-tu pas...JULIEN.
Que
pouvons-nous craindre ?ALBERT.
Une
vengeance.JULIEN.
Tu
temoques
de moi.ALBERT.
Il y a
un
certain monsieur...JULIEN.
Desphalanges'?
Aucun
danger de ce côté.ALBERT.
D'ailleurs, c'était bien
mon
avis.JULIEN.
Au
reste,que
t'importe ?... Es-tu content, Albert :'ALBERT.
Julien,je suis
aux
nues.JULIEN.
Eh
bien, embrassons-nous.Ilstombent danslesbras l'un de l'autre. Entre Adrienne habillée et en chapeau.
LE
VOYAGE
ADEUX
SCÈNE VIII Les Mkmks, ADRIENNE.
ADRIENNE.
Qu'est-ce
que
ça veut dire!ALBERT,
troublé.Ah!
Adrienne!...Tu
sors?...Tu
vois, nous...Où
vas-tu ?ADRIENNE.
J'ai une course urgente... sans intérêt [pour vous.
ALBERT.
Adrienne...
Nous
avons pris une décision... une décision...JULIEN.
Importante.
ADRIEXN'E, sans le.; écouter et mettant ses gants.
Ah!
j'y pense... Cette porte ne ferme pas très bien. Et quelqu'un quiseraitplacé derrière enten- drait parfaitement tout ce qui se dit ici. (Les deux hommes se regardent, interloquée. Adrienne en profite pour placerune lettre.sur un vase.)A
bientôt,mes
aiuis!Elle sortpar le fond.
'jO
le voyage
adeux
SCÈNE IX
ALBERT, JULIEN.
ALBERT.
Qu'est-ce qu'elle raconte?
JULIEN. , .
Je crains d'avoir compris.
ALBERT.
Moi,j'ai compris.
JULIEN.
Elle a entendu.
ALBERT.
Après tout, çasimplifie les choses.
JULIEN.
Profitons-en: partons tout de suite.
ALBERT.
Tiens! qu'est-ce
que
c'estque
cette lettre?JULIEN.
Elle n'étaitpaslà,Adviennea
dû
l'y mettre.ALBERT,
prenant la lettre.Pasde suscription.
Pour
qui est-ce ?JULIEN.
Tu
eschez toi. Ouvre-la.ALBERT.
Vvaiment, tu CVOÏS ? (ri ouvre lentement a lettre et
LE VOYAGE
ADEUX Al
lit. Avecstupéfaction )
Ah
!bon! bon! C'étaitbienpour moi,en effet. C'étaitmême
pournous
deux.JULIEN.
.. C'est griffonné au crayon.
Que
dit-elle ?ALBERT.
Oh!
si tu y tiens. (Lisant.)Ne
m'attendez pas à dîner ce soir... Qu'Albert ne s'inquiète pointpoul- ies billets d'Egypte qu'ila laissésdans lachambre.Je les emporte.
M.
Desphalanges les luirembour-
sera.
JULIEN.
Ah
! elle est forte!ALBERT.
Courons-y!
JULIEN.
Où
donc ?ALBERT.
Ohez
Desphalanges.JULIEN.
Pourquoi?
ALBERT.
En
effet, pourquoi?JULIEN.
Tiens-tu
beaucoup
à voir l'Egypte?ALBERT.
Oh!
moi
!...JULIEN.
Connais-tu*'le"bridge a
deux
i42 LE VOYAGE
ADEUX ALBERT.
A
deux,je ne l'aijamais joué.JULIEN.
Eh
bien, viens chezmoi
ce soir : je te l'appren- drai.Rideau.
ImprimerieGénérale de Châtillon-s-Seine. »•A.Pi<' t.