DE LA BAIE DÉCEPTION
pour le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche Direction de l'Aménagement et de l'Exploitation de la Faune
Région 10
Jean-Guy Lavoie
Conseiller en Environnement Septembre 1981
REMERCIEMENTS
Nous remercions les Docteurs C. Barbeau (chimiste, Uhivvrsité Laval) I3oulva, J. O. Outil et J. G. Hunter (biologistes, Pêches et Océans Canada); j. L. Fréchette et R. Péloquin (pathologistes-vétérinaires, Université dé Montréal et Laboratoire de Pathologie Vétérinaire de Rock Forest, respectivement); ainsi que G. Moisan (SAGMAILA, Batterman (U.S.E.P.A.) et S, Alalouf (Statisticien, U.O.A.M.).
Merci également à Messieurs G. Alain, J. Bergeron, Y. Grave], M. Lagacé, V. Legendre (biologistes au MLCP), I. Babos, G. Roy et P.A. Roy (respectivement techniciens et dessinateur au MLCP). Nous tenons aussi â dire que nous avons grandement apprécié la collaboration obtenue de Monsieur Augustin Lebeau et de Madame Diane Trudel, tous deux à l'emploi d'Environnement Canada. Merci aussi à Messieurs G. Lompré (chimiste au M.E.Q.)., P. Trudel
(biologiste, Université Laval), J. R. Côté (responsable des stages à l'U.Q.A.M.).
Merci enfin à Mark Allard (technicien, Société Makivik) pour son aide sur le terrain. Merci également à la Société Asbestos Ltée qui nous a fourni transport et hébergement.
Nous sommes aussi reconnaissant à notre guide Willy Keatainak et à sa famille, ainsi qu'aux membres du Conseil municipal de Salluit.
Section
Résumé Abstract
Page
3 Liste des figures
Liste des tableaux 5
1, Introduction g
L'Omble chevalier {Sa.e.ve.UnLu5 atpinti3 L.) 12
2,1 Généralités 12
2,2 Capacité de nage 14
A) Vitesse de nage 14
B) Capacité de saut 14
2,3 Migration et reproduction 16
3. L'Omble chevalier anadrome de la baie
Déception 18
3,1 Caractéristiques biologiques 19
A) Méthode 19
B) Croissance 20 .
i) Relation longueur-masse 28
ii) Relations longueur-âge et masse-âge 28
iii) Croissance et sexe 32
iv) Taux de croissance
v) Comparaisons entre des populations
33
différentes. 33
• 0
Sexe et maturation des gonades34 D) Âge
35 E) Régime alimentaire
35 3,2 Etat de santé
38 A) Mercure et PCB
38
B) Fibres d'amiante 38
C) Blessures externes 40
D) Maladies et parasites 41
3,3 Niveau d'exploitation
42 3,4 Présence de quatre ponceaux sur la rivière Duquet
46 A) Migration des ombles dans la rivière Duquet
51 B) Facteurs de nuisance à la migration
53 C) Effets potentiels que pourraient occasionner
des délais
54
D) Conclusion 55
4.
Pollution par les fibres d'amiante57
4,1 Problématique 57
A) Effets sur l'homme 58
8) Effets sur les poissons 63
4,2 Présence de fibres d'amiante dans l'eau
63 1) Méthodologie
65 ii) Analyse des résultats
67
6,1 Conclusions 77
6,2 Recommandations 78
7. Bibliographie BO
Cette étude, réalisée pour le MLCP (Région 10) visait à déterminer si les installations minières de la Société Asbestos Ltée nuisaient à l'Omble chevalier anadrome
(Sa.eve,Linu atpinu L.) de la baie Déception.
Nous avons soigneusement examiné un ponceau situé sur la rivière Duquet, car on craignait qu'il puisse nuire à la migration des ombles. Toutefois, nous pouvons désormais affirmer que ce ponceau ne représentait pas un obstacle in- franchissable pour la majorité des ombles, à l'automne 1980.
Ce même ponceau est cependant, quant à nous, mal aménagé, en mauvais état et susceptible de causer des blessures aux ombles.
Les analyses d'eau effectuées par le ministère de l'Envi- ronnement du Québec ne révèlent rien de particulier. La contamination par l'amiante est de faible importance, mais elle est particulièrement manifeste en mer lors du chargement des navires. Ailleurs, les teneurs en chrysotile peuvent être interprétées comme étant le "bruit de fond" normal de la région, il reste toutefois à déterminer les effets des fibres d'amiante sur les ombles chevaliers.
Les ombles chevaliers de la baie Déception auraient un taux de croissance moyen de 45,1 mm/année (293 g/année) et leur moyenne d'âge est de 9 ans. Quant à leur masse moyenne et à leur longueur moyenne, elles sont respectivement de 1,081 kg et de 458,7 mm. Même si les données récoltées à l'été de 1980
sur la biologie des ombles de la baie Déception ne sont pas exhaustives, elles permettent d'avoir une bonne image de la population actuellement exploitée. Cependant, il ne semble pas exister de moyen pour comparer adéquatement les différentes populations d'ombles entre elles. Chaque po- pulation semble donc devoir• être étudiée séparément.
Nous sommes toutefois porté â croire que les baisses
observées dans les rendements et les captures, sont causées par une surexploitation, car la pollution est inexistante, l'état de santé des ombles est excellent et il n'y a pas de véritable obstacle â leur migration.
3
ABSTRACT
This study, carried out for the MLCP (Région 10), was devised to determine whether the Société Asbestos Ltee's mining installations threatened the Arctic char (SaZve- ,eillta L. population of baie Déception.
We carefully examined a culvert located on the rivière Duquet since we felt that it might prove
harmful to the migration of the char. But this culvert was not an obstruction to the majority of the char
population in Autumn, 1980. However, this same culvert is, in our opinion, badly set up, in poor condition and as such, may cause injury to the char population.
The water analysis conducted by the ministère de
l'Environnement du Québec reveals nothing in particular.
The contamination, caused by asbestos, is minôr but parti- cularly evident in sea water while ship-loading. Elsewhere, the content of chrysotile can be interpreted as the normal backgound level of the Region. However, the effects of asbestos fiber on the Arctic char are still unknown.
The Arctic char of baie Déception has an average growth rate of 45,1 mm per year (293 g/year) and averages 9 years of age. Average weight and length are, respectively, 1,081 kg and 458,7 mm. The data collected during the summer of 1980 on the biology of char of baie Déception are not exhaustive, they provide a valid image of the population that is actually being exploited. Moreover,
there seems not to exist a means of adequately comparing 'the different populations of char among one another, Each population would need to be studied separately.
There is virtually no pollution in this River, the health of the char is excellent and there is no réal obstruction to their migration. So we tend ta believe - that the
decreases both in yield and catches result from overexploi- tation of this char population.
5
LISTE DES FIGURES
Figure
1,1
2,1
Carte générale du Québec.
'The relationship between foré length and ability to move 100 m against water velocities of 0-80 cm/sec. in 10 min.
Page
11
15
3,1 Distribution de fréquence des longueurs
des ombles de la baie Déception. 24
3,? Distribution de fréquence des masses des
ombles de la baie Déception. 25
Distribution de fréquence des longueurs des ombles de la baie Déception, selon
le sexe. 26
Distribution de fréquence des masses des ombles de la baie Déception, selon le
sexe. 27
3,5 Relation longueur-masse chez l'Omble che-
valier de la baie Déception. 29
3,6 Relation longueur-âge chez l'Omble che-
valier de la baie Déception, Été 1980. 30
3,7 Relation masse-âge chez l'Omble cheva-
lier de la baie Déception. 31
3,8 Localisation des ponceaux sur la ri- vière Duquet ainsi que des stations 6, 7 et 9.
3,9 Caractéristiques des ponceaux situés sur la rivière Duquet, baie Déception.
4,1 Degré d'exposition de la population cana- dienne aux fibres d'amiante provenant des
eaux de consommation. 60
5,1 Bassin hydrographique de la baie Déception. 71
5,2 Localisation des stations 4 et 5. 72
5,3 Localisation des stations 1 et 2. 72
5,4 Localisation des stations 3, 8, 9, 10, 10-A
et 11. 73
5,5 Fjord de Salluit et localisation des
stations A, B, C et D. 74
LISTE DES TABLEAUX
Tableau Page
3,1 Perte de niasse à l'éviscération chez l'Omble chevalier anadrome de la baie
Déception. 21
3,2 Répartition des ombles chevaliers ana- dromes de la baie Déception, par clas-
ses de longueur. 22
3,3 Répartition des ombles chevaliers ana- dromes de la baie Déception, par clas-
ses de masse. 23
3,4 Longueur et masses par classe d'âge,
des ombles de la baie Déception. 36
3,5 Relation longueur moyenne-âge pour cinq populations d'omble chevalier
du Québec, 37
3,6 Degré de contamination en mercure et en PCB de l'Omble chevalier anadrome
de la baie Déception. 39
3,7 Captures effectuées par Willy Keatainak
et Tayara Kudulak, à la baie Déception. 45
3,8 Profondeur moyenne de l'eau dans les ponceaux de la rivière Duquet entre le
22 août et le 2 septembre 1980. 50
4,1 Teneur en fibres de chrysotile des systèmes d'approvisionnement en eau potable de certaines municipalités du
Québec. 59
4,2 Teneur maximale estimée en chrysotile à différentes stations d'échantillonnage de la baie Déception et de Salluit, à l'au-
tomne de 1980. 5.6
4,3
Teneur maximale estimée en chrysotile decertaines boissons. 68
4,4 Teneur maximale estimée en chrysotile de
différentes eaux du Québec. 68
5 :;1 Résultats des analyses physico-chimiques. 75
5,2 Description des stations d'échantillonnage. 76
1. Introduction
La baie Déception est située au Nouveau-Québec, au sud du détroit d'Hudson par 6208' et 74041'. Cet endroit semble avoir fait l'objet d'une occupation ancienne, d'après certains vestiges.archéologiques qui y sont
présents. L'occupation, par les allochtones, d'une partie de cette baie remonterait â une quinzaine d'années environ.
Pour l'instant toutefois, c'est la Société Asbestos Ltêe qui utilise ce site pour l'expédition de fibres d'amiante.
Ce minerai provient d'une exploitation à ciel ouvert, située à environ 50 km au sud, soit à Purtuniq (Asbestos Hill). Une route, servant au transport de ces fibres, relie les deux sites. Or, cette route franchit deux rivières qui servent à la migration de l'Omble chevalier anadrome (Seyeeimuà L.); ce sont: la rivière Déception et la décharge du lac Duquet, nommée rivière Duquet dans ce rapport.
Les travaux entrepris sur ce territoire, ont peu à peu con- tribué à modifier le paysage naturel et l'habitat de la faune, Il y a entre autres un "pont", formé de quatre ponceaux, si- tué â la croisée de la rivière Duquet et du chemin reliant Déception à Purtuniq. Ces ponceaux ont fait l'objet de plusieurs plaintes de la part de la communauté autochtone de Salluit. En effet, depuis plusieurs années, ce problème fut discuté à de nombreuses reprises par les membres du Comité conjoint de chasse, de pêche et de piégeage. Une première visite, effectuée en 1978, par la partie fédérale *
*Boulva et Lebeau (1979).
place, afin de dresser un premier bilan de la situation.
L'étude entreprise pour le compte du MLCP visait quatre objectifs: 1 0 connaître l'état de santé de cette popula- tion d'omble (parasites, blessures externes, dommages aux branchies et.â d'autres organes internes); 20 déterminer certaines caractéristiques biologiques de cette espèce;
30 connaître la qualité physico-chimique des eaux d'une partie de ce bassin hydrographique; 40 déterminer si les ponceaux font obstacle à la migration de l'Omble chevalier vers le lac Duquet.
Etant donné que ce poisson constitue une ressource alimen- taire intéressante et facile d'accès, les Inuit s'inquie taient des baisses survenues dans leurs captures. L'étude effectuée visait donc principalement à déterminer la (ou les) cause (s) de cet état de choses; il s'agissait d'examiner objectivement ce problème, en considérant prioritairement la ressource pisccole. C'est pourquoi nous nous sommes attardé é évaluer la pression de pêche exercée par les Inuit et les allochtones. Nous nous sommes aussi Intéressé au commerce illé- gal de ce poisson. Sachant que l'Omble chevalier est une espèce particulièrement vulnérable à la pêche intensive et que les po- pulations surexploitées mettent plusieurs années à •retrouyer leur équilibre, il est apparu essentiel d'examiner sérieusement cette question.
11
•
7
L
DA JE
D'HUDSON MER
DI) LABRADOR
Figure 1,1: carte générale du Québec,
L'Omble chevalier (Sevelinu.s aepinw, L.)
2,1 Généralités
L'Omble chevalier est sans doute le poisson le plus exploité de l'Arctique canadien. Le rapport du Comité de Recherche sur la Récolte autochtone (CRRA) concer- nant les niveaux de récoltes des Inuit pour 1976, montre bien l'importance de cette ressource biologique pour les autochtones. Malgré tout, l'Omble chevalier demeure une espèce peu étudiée dont on ne connaît que partiellement 1a biologie. On pourrait peut-être résumer l'ensemble des connaissances actuelles sur ce poisson par la phrase qui suit: L'Omble chevalier est une espèce polymorphe, aux moeurs variables, très adaptable aux conditions du milieu, dont les diverses populations vivent pratiquement
isolées les unes des autres. Ces caractéristiques font de ce poisson une espèce difficile à étudier, et pour laquelle on doit se méfier des généralisations.
L'aire de répartition de l'Omble chevalier s'étend vers le nord, plus loin que celle de toute autre' espèce de poissons d'eau douce. Sa distribution est circumpolaire et on le trouve dans les eaux du littoral océanique, ainsi que dans lacs et rivières de l'hémisphère nord il vit en Amérique du Nord (est du Canada, ainsi que quelques états américains de la côte Atlantique), en Asie, en Europe (Scandinavie et Basses-Alpes), en Islande, au Groenland et sur de nombreuses îles arctiques.
Dans toute son aire de répartition septentrionale, l'Omble chevalier ne s'aventure•généralement pas très loin â l'intérieur. Les études, concernant l'Omble chevalier anadrome, effectuées en territoire quebécol sont peu nombreuses: Le Jeune (1959, 1960, 1961, 1963, 1967, 1968), Lee (1969), Saunders et Power (1969) et Paré (1971) sont les seuls biologistes à avoir travail- lé sur ces populations au Québec. Cependant, plusieurs travaux d'inventaires furent réalisés le long ou F) proxi- mité des côtes québécoises par divers chercheurs,. dont:
Dymond (1932), Vladykov (1933), Manning (1942), Harper (1948), Legendre et Rousseau (1949), Dunbar (1952),
Dunbar et Hildebrand (1952), Martin (1955), Bergeron (1960), Edwards (19610cAllister (1964), Hunter (1968), Jessop et coll. (1970), Le Jeune et Faucher (1972), Hunter et coll. (1976), Talbot et Le Jeune (1976), Power et, Le jeune 1976), Talbot et Legendre (1977), Ahger et Power (1978).
Pour leur part, Power et coll. (1973) ainsi que Dadswell (1974) ont examiné la distribution post-glaciaire de l'espèce.
Les ouvrages généraux qui traitent de la biologie de l'Omble chevalier sont de Hunter (1966), Leim et Scott
(1972) ain.si que de Scott et Crossman (1974). La plus récente revue bibliographique est celle de Johnson (1980).
Il faut cependant mentionner deux publications classiques, soit Grainger (1953) ainsi que Andrews et Lear (1956).
Marshall (1977) a, pour sa part, publié une bibliographie concernant cette espèce.
2,2 Capacité de nage et de saut
La lomotion des poissons est un phénomène complexe qui a fait l'objet de très nombreuses études et il est hors de question d'en discuter les détails ici.
A ce sujet, trois excellentes publications sont â citer: Blaxter (1969), Hoar and Randall (1978) et Webb (1978).
A) Vitesse de nage
Les performances de nage de l'Omble chevalier furent examinées par Jones et coll. (1974) puis revues et corrigées par Welch (1979). 9e leurs résultats, il ressort clairement que l'Omble chevalier est une espèce dont les capacités de nage la rendent apte à franchir des ponceaux de 100 m de long, où la vitesse d'écoulement de l'eau est de 80 cm/sec. (ou moins). Pour des ponceaux plus courts, les courbes de la figure 2,1 gardent la même forme mais elles seront déplacées vers la droite. Il faut aussi noter que l'état de motivation des poissons diffère probla- blement lorsque ceux-ci sont dans des conditions_expé- rimentales (Bainbridge › 1962). On peut donc penser qu'un poisson, en nature, sera plus motivé à franchir un obstacle qu'un poisson en laboratoire.
[3) Capacité de saut
La capacité de saut ("leapine) chez l'Omble chevalier n'a
tri CM (1!
{) .F.1 CI e 1)
LIJ
W i a o
P., 4:r bd) J-1
•ei CSJ
e
C C-1 °NI r-41-1 P-1
40
20
LENGTH (cm)
0 IO 20 30 40 80 00 70 80
WATER VELOCETY (cm-s -1) , Fiure 2,1:
"The relationship between foré length and ability to move 100 m against water velocittes of 0-80 cm/
sec. in 10 min. The same curves may also be-used to indicate the ability to cake progress against.
these eurrents over shorter distances. For ins- tance, to cross a 50 m barrier in 10 min the curves should be shifted 8 cm/sec to the right; to cross a 25 ni barrier in 10 min the curves should be shif- ted 12 cm/sec to the right. The line for char is derived from the hypothethical equation V .-- 17 L0
e 5 and represents the measured value in these experi- mentsu (Veich, 1979; voir aussi Joues et coll., 1974).
jamais rait l'objet de publication, Un article de Grainger (1953) semble être à l'origine de la confu- sion qui règne autour de cet aspect du comportement locomoteur de ce poisson. C'est ainsi par exemple que Leim et Scott (1972: 124) en viennent à conclure que l'Omble chevalier est "ctitt(i7. pait de,5 obt/Luction4 tk;i4 bauee. Il est à noter que ces auteurs ne spéci- fient. pas ce qu'ils entendent par 'obistAuction4 .0U,6 bc.(3.,se.O. Hunter (1976) affirme, quant à lui, que ce poisson est arrêté par des chutes de 1,5 6 1,8 m, Pour sa part, Grainger * (comm. pers,) précise que l'expression 'a 6ew i4eet." (Grainger, 1953: 356) corres- pond à un saut pouvant varier entre 1 et 1 9 25 ni. C'est aussi l'avis de Le Jeune ** et de Hunter * (comm. pers.).
Il est â noter, toutefois, que la capacité de saut est fonction de la pente de l'obstacle, des caractéristiques du cours d'eau (débit, profondeur, etc.) à cet endroit et enfin, de la taille des poissons,- Le saut lui-même est un phénomène grandement affecté par les conditions existant au pied de l'obstacle.et Stuart (1962) est le seul à l'avoir étudié. L'Omble chevalier profite en géné- ral de la marée montante pour franchir les obstacles qu'il.
rencontre (Grainçer, 1953; Andrews et Lear, 1956),
2,3 Migration et reproduction
Le résumé qui suit est tiré de Johnson (1980), L'Omble chevalier est soit anadrome, descendant vers la mer au printemps et revenant en eau douce 'a l'automne, soit
*Station de Biologie Arctique, Ste-Anne-(e-Bellevue.
**Biologiste consultant, Deschailions.
cantonné ("landlockél en permanence en eau douce.
Cette espèce séjourne généralement plusieurs années en eau douce entre le moment de son éclosion et celui où elle atteint sa maturité sexuelle. Ce n'est toutefois qu'après quelques (2, 3 ou 4) migrations en mer, que les ombles
commencent à se reproduire. Les femelles ne frayent qu'à tous les deux, trois ou même 4 ans et il est probable que la fréquence des pontes soit décroissante avec l'âge.
La première migration se fait, selon les endroits, entre la deuxième et la neuvième année; les ombles amorcent leur descente vers la mer, tût au printemps Bien qu'ils demeurent le plus souvent au voisinage de leur estuaire d'origine, des individus marqués furent retrouvés à plus de 900 km de leur rivière natale. Après un bref séjour en mer, les poissons retournent en eau douce â compter de la mi-août jusqu'en septembre.
La migration effectuée par l'Omble chevalier n'est pas une migration de reproduction. On ne retrouve donc que rarement des individus sexuellement matures dans la fraction migratrice d'une population anadrome.
C'est dire, qu'à chaque année, un contingent plus ou moins considérable de la population ne migre pas.
17
Cette fraction non-migratrice demeure en eau douce et ne redescend normalement à la mer que l'année suivante. La proportion des migrateurs au sein d'une population est très variable, selon les populations et les années, La migration en mer est essentiellement pour l'alimentation de
l'espèce.
Le retour au lieu de naissance ("homing") est un phénomène relatif chez.l'Omble chevalier. Il arrive en effet que des poissons circulent tout l'été
d'amont en aval de leur rivière. Il devient alors difficile de cerner la véritable migration vers la frayère d'origine. De plus, cette migration peut s'effectuer par étapes; les poissons peuvent ainsi, dans certains cas, passer l'hiver dans un lac inter- médiaire et ne reprendre leur voyage qu'au printemps suivant. Cette situation est toutefois associée à une baisse marquée du niveau de l'eau à l'automne.
Au printemps, alors que le niveau d'eau est favorable, les ombles en profiteront pour remonter le courant jusqu'à leur site de fraie, Ainsi les ombles qui des- cendent vers la mer, croiseront ceux qui ont passé un ou deux hivers dans ce lac intermédiaire.
3.
L'Omble chevalier anadrome de la baie Déception Le MUR, ayant la responsabilité de la gestion de la faune au Québec, désirait connaître la situation-
19de la pêche dans le secteur Purtuniq-Déception.
Comme nous ne disposions ni du temps, ni de l'équi- pement, ni du personnel nécessaire pour effectuer une étude exhaustive etj devant l'urgence de la situa- tion, nous avons fait une première évaluation de
l'état de cette population d'ombles, par le biais de la masse moyenne. Cette procédure, bien qu'im- parfaite, permet malgré tout de se faire une idée du niveau actuel d'exploitation (Le Jeune, 1968 et comm. pers.).
3,1 Caractéristiques biologiques
A) Méthode
Au cours de l'été 1980, nous avons procédé à l'exa- men de plus de 650 poissons. Cependant, à cause de nombreuses difficultés, il ne nous a pas été possible de récolter des données sur plus de 451 individus.
Entre 90% et 95% de ces poissons furent capturés au filet par les Inuit, les autres furent pris à la ligne par des travailleurs de la Cie Asbestos ou avec un filet à mailles de 10 cm appartenant au MLCP.
Les Inuit utilisent des filets à mailles étirées de 9 à 13 cm, .dont la longueur varie de 30 à 60 m et la hauteur varie entre 1 et 1m50.
La longueur des spécimens fut mesurée à la fourche
de la caudale (LE) sur une règle métrique, aux - b mm près. Quant è la masse, elle fut déterminée
J'aide d'une balance Chatillon d'une précision de l'ordre de 30 g. Les masses furent prises en général sur des poissons éviscérés; cependant, plusieurs individus furent pesés intacts de manière à établir la perte de masse due è l'éviscération (Tableau 3,1).
L'âge fut déterminé par lectures des otolithes;
ces otolithes furent lavées avec une solution de NaOH à 1%, puis demeuraient au moins 24 heures dans cette même solution avant que l'on effectue une
première lecture. En' général, trois lectures furent faites pour chaque otolithe.
B) Croissance
La répartition des ombles, par classes de longueur (Tableau 3,2) et de masse (Tableau 3,3), permet de
constater que la classe de longueur prédominante est celle des 421 à 445 mm, tandis que la classe de masse la plus fréquente est celle des 841 à 991 g. (Fi_gures .5,1 et 3,2). Les femelles et les mâles se distribuent sensiblement de la même façon (Figures 3,3 et 3,4).
La masse moyenne est de 1,081 kg et la longueur moyenne se situe à 458,7 mm.
il III, MIS ■ s MM MB MIR MI Ille IIIIII UNI MS fila Ille—_ OMM MM SIOU
Tableau 3,1: Pgrte de masse à l'évisceration, chez l'Omble chevalier anadrome de la baie Déception. Été 1980.
Date Sexe
20 - 23 juillet
dr
9
Total
21 ao0t - 2 sept.
9
Total
Nombre de poissons
Masse moyenne Brute
(g) Nette
Perte à absolue
l'éviscération (g) relative (,%)
5 1887 1651 236 12,6
5 1520 1291 229 15,1
10 T/03 1471 232 13,6
8 1329 1102 227 17,1
38 1589 1367 222 13,9
41 1381 1150 231 16,7
87 1417 122 195 13,8
rv
Tableau 2 : Répartition des Ombles chevaliers anadromes de la baie Déception par classes de longueur.
Eté 1980.
Fréluences Classes de
longueur (mm)
Total
0-170 0 0 1 1
171-195 0 0 2 2
196-220 o 0 6 6
221-245 0 0 7 7
246-270 •2 0 11 13
271-295 0 2 5 7
296-320 2 4 9 15
321-345 4 2 2
-
8346-370 7 10 5 22
371-395 9 8 18 35
396-420 15 20 22 57
421-445 15 26 22 63
446-470 15 22 24 61
471-495 14 17 18 49
496-520 14 10 12 36
521-546 8 3 11 22
546-570 10 3 10 23
571-595 2 2 7 11
596-620 2 0 3 5
621-645 4 0
646-670 1 1
5
671-695 1 0 0
Total 125 130 96 451
sexe) (49, (50,9%) (100%)
Moyenne Ecart-type
486,44 82,6
460,80 62,2
440,53 458,65 103,8 89,9 Erreur
de la moyenne 7,4 7,4 4,2
23
Tableau 3,3 : Répartition des Ombles chevaliers anadromes de la baie Déception par classes de masse.
Eté 1980.
Classes de masse (g)
Fréquences
9
2Total
0- 85 1 0 18 19
86- 236 1 6 16 23
237-- 387 4 6 3 13
388- 538 7 12 6 25
539- 689 8 17 17 42
690- 840 7 11 6 24
841- 991 6 10 15 31
992-1142 8 9 5 J 22
1143-1293 8 6 8 22
1294-1444 7 4 5 16
1445-1595 4 3 5 12
1596-1746 6 1 1 8
1747-1897 4 1 3 8
1898-2048 2 1 4 7
2049-21:99 1 0 4 5
2200-2350 2 0 0 2
2351-2501 1 0 1 2
2502-2652 1 0 1 2
2653-2803 2 0 1 3
2804-2594 0 0 0 0
2955-3105 0 0 0 0
3106-3256 0 1 0 1
3257-3407 1 0 0 1
Total 81 88 119 288
(% sexe) (47,9%) (52,1%) (100%)
Moyenne 1326,26 1024,51 956,61 1081,32
Ecart type 652,7 462,7 654,6 619,8
Erreur
de la moyenne 72,5 49,3 60,0 36,5
LONQUEUR (m.m.)
1gure D3.5tribution de fri5quence debi Longueurs des ombles d la baie Déc ption, été 1980.
4Z1
44
1
4
1142 3407 3
4
POIDS (g)
ea
o
z
Figure 3,2: Distribution de fréquence de'masse des ombles de la baie Déception. Été 1 9 8{IL
25
N=125 29
eze 20 15 12 1
4
1
4
12
20 4
.;.n
295LONGUEUR
Figure a xa: Distribution de fréquence des longo,eurs des ombles de la baie Déception selon le sexe. E t é 1980.
4 ge5 695
E
12 I.
E o
2A
e
d
r -r-
387 1 142 197 2652 3Kera
POIDS
(g)Figure 3,4: Distribution de fréquence de,5- masses de s ombles de la baie t/Icetiori selon sexe 1980.
i) Relation longueur-masse
Puisque nous étions absent lors de la migration de printemps, la relation entre la longueur et la masse fut déterminée seulement pour les ombles qui remontaient vers leur lac, ce qui nous donne l'équa- tion suivante: 17 -, 0,000012 L 2,974845 , avec un coefficient de corrélation de 0,976 où
masse en grammes
longueur en millimètres.
Puisque l'équation est de la forme P= aLn, on constate que la valeur de n est voisine de 3;
ainsi la croissance de cette population serait à peu près isométrique (Figure 3,5), ce qui corres- pond à ce que l'on retrouve dans la littérature (Johnson, 1980).
ii Relations longueur-ë,ge et masse-âge
Nous avons établi deux courbes de croissance, en longueur(Figure 3,6) et en masse (Figure 3,7), pour les ombles de la baie Déception. La relation mathé- matique qui relie ces deux paramètres à I (e est
inconnue car, étant donné la variabilite1 importante l'intérieur de chaque classe d'âge, plusieurs modèles de croissance étaient théoriquement disponibles, mais aucun d'entre eux n'offrait un coefficient de corréla- tion supérieur â 0,63. De plus, nous avons été inca-
P 2L
4000 •
3500 î
73000
2500
0, 2000
150
1000 r
500 I
•
200 300 400 500 6C-0
LONGUEUR.
Relation longueur-masse chez er".5 e
chevalier de la baie Déception. Été 1980, Fie!re a n a:
0 tc-' . . . .. LONGUEUR A LA FijUiRCHE:(rimi 0 0 0 0 0
0 0
•,..,.., ---,,..-J..----,....,.../..-
:.--...L.-- YJ e‘
• •• e-» C5 — trl
rr, tfl ETC 01
4
4. a.)MASSE
)
(ai toi O Liavons préféré attendre une nouvelle collecte de données avant de proposer un modèle quelconque pour la croissance de cette population.
iii) Croissance et sexe
Grâce au test d'homogénéité (n r de Student-Fisher) des moyennes, nous pouvons affirmer qu'il existe des différences très significatives entre les masses et les longueurs moyennes des mâles et des femelles (Tableaux 3,2 et 3,3):
T masses e 2,80 T 0,01 2,58 T longueurs 3944 >10,01 2,58
Il existerait donc un dimorphisme sexuel pour ces deux paramètres, Ce phénomène fut observé, quant à la taille, pour les ombles du Kagnersoualoudjouark (Le jeune, 1967) et, quant la masse, pour les ombles du fleuve Arnaud (Paré, 1971). Selon johnson (1980), il y aurait dans
les populations anadromes, une légère tendance chez les mâles â être plus gros que les femelles. Les mies adultes du lac Matamek étaient eux aussi , plus longs que les femelles (Saunders et Power, 1969).
33
iv) Taux de croissance
Les taux de croissance moyens, relativement à la masse et â la longueur, sont respectivement de 293 g/année et de 45,1 mm/année (Tableau 3,5).
Ces valeurS présentent toutefois des variations aléatoires imvortantes dans le temps. C'est ainsi que l'on observe pour la niasse des taux extrêmes limites situés entre 76 g/année (8-9 ans) et 635 g/année (11-12 ans), et pour la longueur, entre 6 mm/année (4-5 ans) et 94 mm/année (5-6 ans)
Saunders et Power (1969) ont obtenu au lac Matamek un taux moyen de 23,7 mm/année. Nous avons évalué ce taux à 32,4 mm/année pour le Kagnersoualoudjouark, à 5,4 mm/année pour l'Arnaud et à 33,9 mm/année pour le cratère du Nouveau T Québec (Tableau 3,5)
v) Comparaisons entre des populations différentes
Même si ces valeurs sont intéressantes à examiner, nous ne croyons pas que l'on puisse les utiliser pour comparer adéquatement la croissance entre des populations différentes. En effet, les taux de croissance (moyens ou spécifiques) sont beaucoup trop variables d'une année à l'autre et d'une saison à l'autre. Il semblerait bien, qu'en fait, comme l'affirme Johnson (1980): "that the e.owth kate Ls moite acif,se.ty cofutaated with tength Chan with
chkono,eogica.e agen (Page 63).
Il n'existerait donc aucun moyen pour comparer les populations d'ombles chevaliers entre elles.
Ainsi, en ce qui concerne la relation longueur- masse: "The vcd_ue3
pnodueed
by the icuLgetand
“4h tend to excit.t arr exaggekated
inti,euence
and dié4ekencu
between 3tocks thuyatend to become
bttoTiLed " (Jonhson, 1980: 65). Pour ce qui est du facteur de condition K=(P/L 3), il ne serait utile que pour comparer des individus appar- tenant préférablement au même stock:"atdiééekent
timu oé the yeak
on between yeak3...6ok the centkaUyUcated
.tength3gkoup4
onLj" (Johnson, 1980: 65).Ce facteur n'est donc d'aucune utilité pour cette étude.
Sexe et maturation des gonades
Nous avons déterminé le degré de maturation des gonades des ombles anadromes en nous servant des critères établis par Vladykov (1956). De toutes les femelles examinées à cette fin (soit plus de 200), environ 85% étaient entre les stades ovariens I et II ., 14% environ étaient au stade III et seulement 1% au stade IV. Ainsi les ombles migrateurs n'ont donc pas les gonades suffisam- ment développées pour se reproduire au retour de leur migration. Les femelles du fleuve Arnaud sont généra- lement plus avancées (stade III) à la même époque (Paré, 1971).
35
Le rapport des sexes est voisin de l'unité bien que les femelles paraissent un peu plus nombreuses (Tableaux 3,2 et 3,3). Ce rapport est aussi en faveur des femelles pour les ombles du Kagnersoualoudjouark bien que la proportion de femelles, tende à s'accroître en fin de saison (Le Jeune, 1967). Cependant, dans la rivière
Aux. Feuilles, la proportion des femelles semblait diminuer avec le temps pour égaler celle des males en fin de saison (Lee, 1969).
D) Age
Les ombles composant cet échantillon, étaient âgés de 4 à 15 ans. La classe d'âge la plus représentée, étant celle des 10 ans, bien que la moyenne soit de 9 ans (Tableau 3,4). La classe d'âge dominante dans le cas des ombles du Kagnersoualoudjouark, était celle des 1.1 ans (Le jeune, 1967). Par contre, chez les ombles du fleuve Arnaud, c'est la classe deys 10 ans qui figure en premier lieu (Paré, 1971).
E) Régime alimentaire
Le régime alimentaire des ombles de la baie Déception se compose * à 95% d'amphipodes (Gammaridés à 98%
et Hypéridés pour le reste), à 4% de lançons et à moins de 1% d'autres organismes.
*Il s'agit d'une évaluation volumétrique.
Tableau 3,4: Longueur et masse par classe d'âge, des ombles de la baie Déception. Été 1980.
—1
V)
(t) u) L)
IV V VI VII VIII IX X XI XII XIII XIV XV
10 11 30 32 44 23 5 1 3
Longueur à la fourche (mm)
CU
• r--
•r--
223 251 270 460 331 464 300 497 375 555 400 560 422 585 545
w w
O
c E
1u Q
G) r—
i:1 Sd
G) _0 E
234 1
240,3
333,8 9 383,4 9 423,7 24 438,8 30 485,6 39 509,3 22 586,2 4
645 1
0
685 1
Maximale
650
Masse (g)
riZ)
E
Maximale
170 283 283 482 652 794 1559
1021 737 1219 1786 1843 2300 2665
113
369 506 842 918 1207 1463 2098 2438
3317
4
n ion >D -5 rD o ur4m • ec, • n -o al 0 0 CD -0 n r+ Cr r) o c • o o p.. 0 (D • CL O - o e' '<° Cr
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(Le.Jeune, 1967)
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baie Déception
(été 1980) CD.
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(M a r t i n , 1955)
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lac Matamek (Saunders et Power, 1969)
3,2 Etat de santé
Puisque l'Omble chevalier est un élément majeur de l'alimentation des Inuit, nous avons examiné l'état de santé de cette ressource; cela devait nous aider par la suite à déterminer si les instal- lations minières de la Cie Asbestos étaient domma- geables.
A) Mercure et PCB
Les analyses effectuées pour le MLCP ne révèlent que de faibles concentrations de ces éléments dans la chair des ombles. Les résultats sont comparables à ceux obtenus par Boulva et Lebeau en 1978 et les concentrations sont inférieures aux normes gouver- nementales canadiennes (Tableau 3,6).
B) Fibres d'amiante
Comme nous le verrons à la Section 4,1 (B), les
effets de la pollution par l'amiante sur les poissons ne sont pas connus. Nous avons cependant expédié des spécimens au Dr A,Batterman * et nous attendons toujours les résultats. Toutefois, les poissons expédiés par Boulva et Lebeau (1979), furent examinés (Batterman et Cook, 1981). Les muscles de ces ombles ne seraient pas contaminés et seuls les reins, semblent contenir un peu de fibres de chrysotile. Toutefois, comme on ne mange
*Environmental Res. Lab., E.P.A., Duluth, Minnesota.
Mercure (ppm)*** PCB (ppm)***
1* 2** 1* 2**
0.05 0.02 0.40 0.11 0.03 0.28 0.07 .(0.01 0.28
0.03 0.09
0.03 0.08
0.02 0.10
0.04 0.04
0.02 0.05
0.03 0.12
0.13 0.07 0.24
39
Tableau 3,6: Degré de contamination en mercure et en PCB de l'Omble chevalier anadrome de la baie Déception.
*D'après Boulva et Lebeau (1979). été 1978.
**Échantillons de l'été 1980, prélevés par Willy Keatainak dans la baie Déception.
***Analyses effectuées au Laboratoire du Capitaine Bernier, Pêches et Océans Canada, Longueuil.
***Limites maximales tolérables pour le mercure y 0,5 ppni et pour les PCB 2 ppm.
pas les reins, il est permis de penser ce qui suit: _the human ingetion o6 pLom abeto3-contaminated wateu ià un,eikety te be a donceAn in the ca
s
e o6 dkinfzing wateit 3uppti.e. " (Batterman et Cook, 1981: 958).De plus, nous avons expédié des échantillons *
au Dr Robert Péloquin ** afin qu'il tente d'établir si les fibres peuvent affecter les branchies, le foie, la rate, les reins et les intestins. Les résultats obtenus par le D' Péloquin ne permettent pas de déduire que les fibres d'amiante affectent la santé des ombles. Ces examens furent effectués
au microscope optique et n'ont pas permis de découvrir la présence de lésions.
C) Blessures externes
Sur un total excédant 650 poissons, nous n'avons observé que trois individus qui portaient des traces de lésions externes. il ne nous a pas été possible d'établir l'origine de ces lésions.. Cependant, il est connu que les poissons peuvent se blesser en traversant des ponceaux dans certaines conditions (Dryden et
jessop, 1974).
Un seul de ces spécimens (parce qu'il venait tout juste d'être capturé) fut envoyé***au D' Robert Pêlo- quin pour examen. L'analyse a permis de constater qu'il
* Conservés dans une solution modifiée de formol à 10%.
** Laboratoire de Pathologie Vétérinaire, Rock Forest.
** *Congelé et expédié dans la glace sèche,
41
ne s'agissait que de lésions superficielles non- susceptibles de causer la mort du poisson. De plus, les dangers d'infection sont très réduits, à cause de la forte teneur en sel de l'eau de mer et de la température relativement basse de l'eau.
D) Maladies et parasites
Cinq spécimens * furent expédiés à l'Ecole de méde- cine vétérinaire de Saint-Hyacinthe * *, pour examen pathologique et microbiologique.
Les essais de détection de la nécrose pancréatique infectieuse, de la maladie bactérienne du rein, de la vibriose et de la furonculose se sont avérés négatifs.
L'examen parasitologique n'a rapporté aucun Myxoonla cetebiLa.e.i.a et seulement 2 CytidieoZa et 2 Acatho- cepha /5p. Toutefois, les travaux de terrain nous ont démontré un taux de parasitisme extrêmement varia- ble; ainsi, en laboratoire * *, le Dr Fréchette a
dénombré jusqu'a 215 Cyathocepha1u.s t)utncatu dans l'in- testin d'un même individu qui avait attiré notre atten- tion et que nous avions conservé. Ce parasite pourrait, selon certains auteurs, amener des problèmes de croissance et de reproduction. Quant a Aeanthocephatu,s bp, il est peu abondant (1 â 5 spécimens). Nous avons également
*Congelés et expédiés dans la glace sèche.
**Dr J.-L. Fréchette, Faculté de médecine vétérinaire (U.de M.), Saint-Hyacinthe.
a 3p. Les parasites trouvés sont habituels et n'affectent en rien la chair du poisson.
3,3 Niveau d'exploitation
La pêche que pratiquent les Inuit se fait tant dans les lacs (en hiver) que dans les rivières et sur le littoral de la baie. Cette pêche peut être qualifiée de commerciale puisqu'une bonne partie des prises est vendue aux allochtones*. Cette acti- vité est donc illégale, puisqu'elle s'effectue sans permis,
Les Inuit qui pêchent â la baie Déception viennent pour la plupart de Salluit mais sporadiquement,
quelques familles de Maricourt viennent y pêcher. Au cours de l'été 1980, il y a toujours eu 4 ou 5 tentes en bordure de la baie et le nombre d'inuit adultes présents en même temps, se situe aux environs d'une quinzaine.
Nous n'avons pu déterminer avec précision ni l'effort de pêche ni le niveau de capture. il faut cependant souligner que, pour certains Inuit, la pêche n'est pas la raison principale de leur présence â Déception;
en effet, plusieurs Inuit de la région étant sculpteurs sur stéatite (pierre â savon), ils se retrouvent â
Déception à la recherche, d'une part, de cette pierre
*Aux travailleurs de la Cie Asbestos, aux équipages des navires marchands et des gardes-ceitières canadiennes;
ainsi qu'aux employés d'une ligne de transport aérien,
43
contenue dans le gisement d'amiante de la Cie
Asbestos et'd'autre part, pour vendre leurs oeuvres aux travailleurs de cette même compagnie, On peut affirmer que, pOur ces Inuit, la pêche est avant tout une activité "complémentaire".
En général, les deux activités sont pratiquées simul- tanément. Â marée haute, on travaille la pierre â savon et, à marée basse, on récolte le poisson. En- suite, on se rend sur le site de la Société Asbestos
pour y vendre ces deux types de produits; les poissons sont vendus â un prix variant de 3, 00 $ à 10,00 $ pièce ou échangés contre autres choses...
Lorsque, pour une raison quelconque, les Inuit n'arri- vent pas à trouver un acheteur, ils en sont réduits à abandonner leurs prises sur place. Ceci tient princi- palement à deux facteurs: l'absence de lieux pour con- server leurs prises au froid et, le refus occasionnel des non-autochtones de payer le prix demandé par les Inuit. Nous avons été en mesure d'établir ces faits, alors qu'au mois de juillet 1980, nous avons dénombré 296 ombles pourrissant sur la plage Bombardier. Ces ombles mesuraient en moyenne 509,5 mm. Selon plusieurs témoins, ce genre de situation s'est déjà produit dans le passé.
Les observations effectuées au moment de l'étude nous ont permis d'évaluer que les Inuit capturaient une
4 l'autre, il semble raisonnable de penser que les autochtones peuvent prendre une quantité appré- ciable de poissons, au cours de la saison estivale (12 semaines environ), mais on ignore le niveau réel d'exploitation et les chiffres du CRRA de 1976 ne semblent pas très réalistes (Le Jeune, 1958 et commo pers.; Power et Le jeune, 1976).
Le niveau d'exploitation par les allochtones n'est pas mieux connu, mais les estimations faites sur le terrain permettent de le situer au-dessous de
celui des Inuit et,au cours de l'été 1980, les prises des non-autochtones ne nous semblent pas avoir dépassé le quart de celles des Inuit, Cette évaluation peut s'expliquer par plusieurs facteurs; 10 il n'y aurait qu'une quarantaine de véritables pêcheurs sportifs et ceux-ci sont principalement logés à Déception;
20 la majorité des allochtones (marins et travailleurs miniers) préfèrent acheter le poisson; 3 0 les pêcheurs qui résident à Purtuniq doivent franchir environ 100 km aller-retour s'ils veulent se rendre à la baie; 40 ces travailleurs ne disposent que d'un autobus et doivent tous retourner à la mine tous les soirs vers 22:00 heures; 5 0 depuis 1980, il n'y a plus de véhicules individuels disponibles pour les simples travailleurs;
6 0 l'été de 1980 fut désastreux en terme de rendement
I
46 Tableau 3,7: Captures effectuées par Willy Keatainak
et Tayara Kudulak*, à la baie Déception**.
-t,é 1980.
Date Captures Date Captures
80-08-21 46 80-08-30 23
80-08-22 54 80 - 08-31 26 + (56)* 82 80-08-23 44 80-09-01 30 + (14)* 44 80-08-24 65 80-09--02 19
80-08-25 35 80-09-03 21 80-08-28 31 80-99-04 12
*Captures de Tayara Kudulak.
**Il s'agit de poissons apportés pour vendre et il n'y a aucun moyen de savoir combien d'autres furent capturés en plus.
de pêche et, selon les plus anciens travailleurs*, 1980 fut la pire saison jamais vue à ce jour et, qui plus est, les poissons capturés étaient les plus petits jamais récoltés.
Il semble bien que l'on ait surexploité cette popu- lation et qu'actuellement, le stock aurait besoin d'un temps de repos pour récupérer. Puisque "les pêches industrielles littorales du Nouveau-Québec sont fondées sur des ressources faibles, les exploitants sont con- damnés à chercher, pour conserver une partie de leurs marchés, un équilibre entre la régularité de prélêve- ments minimes sur de grandes étendues et la rentabilité de moissons ponctuelles occasionnelles" (Le Jeune, 1968:
127). On peut donc penser qu'il faudrait prendre des mesures afin de trouver et de maintenir ce fragile équilibre.
Ainsi, la fragilité des peuplements d'ombles observée au Kangiqsualujjuaq, au Tasiujaq, au Kangirsuk,tout autour de la baie d'Ungaval qui a conduit à des arrêts répétés de l'exploitation â grande échelle, depuis quinze ou vingt ans (Le jeune, 1968; Power et Le jeune, 1976), paraît s'étendre aussi à la population d'ombles de la baie Déception (Le Jeune, comm. pers.).
3,4 Présence de quatre ponceaux sur la rivière Duquet
Les ponceaux qui permettent à la route, reliant Purtuniq
*Certains. travaillent à Déception depuis 8 à 10 ans.
11:7
à Déception, de franchir la rivière Duquet sont du type elliptique (Dane,1978a). Ces ponceaux, au nombre de quatre, sont situés à 54 km de la mine
(Figure 3,8). Leurs caracLéristiques sont décrites à la Figure 3,9 et au Tableau 3,8.
Comme l'ont souligné Boulva et Lebeau (1979), ces installations sont en très mauvais état. La négli- gence dont fait preuve la Cie Asbestos est manifeste;
d'ailleurs tous les ouvrages consultés sont unanimes quant aux normes minimales à respecter lors de l'ins- tallation de ponceaux. Îl ne fait donc aucun doute que les ponceaux de la rivière Duquet sont très mal installés et en très mauvais état (Kay et Lewis, 1970;
Gebhards et Fisher, 1972; Lotspeich et Helmers, 1974;
Watts, 1974; Dryen et Stein, 1975; Curran et Etter, 1976; Wightman et Taylor, 1976; S.D.B.J., 1977; Case et Rowe, 1978; Dane, I978a, 1978b).
Les ponceaux de la rivière Duquet ne respectent donc pas de normes et les "correctifs" apportés à l'hiver de 198081 par la Cie Asbestos le furent â la demande du M.E.R. et ne représentent pas une solution à long terme. Ces modifications furent entreprises sans aucune consultation préalable d'experts. Il convient aussi de souligner que personne, dans la littérature spécialisée, n'a jamais signalé de telles modifications qui d'ailleurs, ne règlent absolument pas le problème
Vers Déception
0 Station igse. Filet
Route
\ LAC DZIOUE,
(}1
2 km
Ponceaux
Vers Purtuniq
Figure 3,8: locallsation des ponceaux sur la rivière Duquet ainsi que des •stations 6, 7 et 9.
P = profondeur moyenne de l'eau à l'entrée, à la sortie et au centre des ponceaux (voir le tableau 3,7).
Vue de face d'un ponceau.
Vue de côté d'un ponceau quelconque.
Vue de face d'un ponceau elliptique.
H hauteur moyenne (m) 3,0 L = largeur moyenne (m) = 4,9 1 d longueur moyenne (m) ® 16,5
Figure 3,9: Caractéristiques des ponceaux situés sur la rivière Duquet, baie Déception.
ponceaux de la rivière Duquet, entre le 22 aoLit et le 2 septembre 1980**.
Ponceau*
profondeur valeurs extrêmes moyenne (cm) (min.) (max.)
I (effondrê) Il
III IV
8,9 38,1
15,2 30,5
12,7 22,9
38,1 45,7
25,3 21,0 16,5 41,1
*Numêrotatton de gauche à droite à partir de la rive droite.
**I1 s'agit d'une moyenne obtenue à partir de deux mesures quotidiennes.
51
actuel et pourrait peut-être même l'aggraver puisque, auparavant, les ombles pouvaient emprunter trois de ces quatre ponceaux, alors que dorénavant ils n'en pourront emprunter qu'un. Désormais, il n'y en a plus qu'un seul de libre, dont les caractéristiques hydrologi- ques sont fortement modifiées. l'examen de photos et suite à plusieurs communications ver- bales avec des ingénieurs et des biologistes non impliqués, il appert qu'il se pourrait fort bien que les ombles ne puissent désormais plus revenir au lac Duquet, point restant à vérifier.
A) Migration des ombles dans la rivière Duquet
En 1980, la migration a débuté vers le 15 juin et les ombles sont demeurés en mer environ deux mois.
Ainsi, le retour a débuté vers le 20 août pour se terminer vers le 4 septembre.
La vitesse d'écoulement de l'eau ne fut pas mesurée avec précision mais évaluée à partir d'une méthode rudimentaire qui a consisté à mesurer le temps de parcours entre deux points, d'un objet flottant.
La vitesse d'écoulement dans les quatre ponceaux se situait aux environs de 40 cm/s, entre le 22 août et le 2 septembre 1980.
Malgré tout, au moment de leur migration de retour,
D'ailleurs, d'après les performances de nage de l'espèce (Figure 2,1), il ne fait aucun doute que les ombles sont capables de remonter jusqu'au lac Duquet. Ce phénomène fut en fait observé en pré- sence de plusieurs travailleurs de la Cie Asbestos et de visiteurs* dont, le député fédéral de ce comté électoral. Le passage de l'obstacle a été démontré en posant un filet qui bloquait complète- ment la rivière â quelques 70 m en amont des ponceaux
(Figure 3,8).
La longueur moyenne des ombles ainsi capturés était
de 451,9 mm pour les mâles et 438,8 mm pour les femelles.
Ces valeurs sont comparables à celles obtenues pour les poissons de la rivière Déception. Cependant, les données ne furent pas analysées statistiquement à cause de la différence des engins de pêche dans les deux cas. Toute- fois, les spécimens provenant de la rivière Déception sont légèrement plus gros avec une moyenne de 483,8 mm pour les mâles et de 444,1 mm pour les femelles, les mas- ses moyennes variant dans les mêmes proportions.
On peut donc dire que les ponceaux ne sont pas un
obstacle pour une bonne partie des poissons. Les plus petits individus capturés en amont des ponceaux mesuraient entre 150 et 200 mm.
Selon les normes recommandées par les divers auteurs
*Une trentaine en tout. Malheureusement, les représentants de la Société Makivik ainsi que ceux du Conseil municipal de Salluit, n'ont pas jugé bon de se présenter sur les lieux.
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cités plus haut et en particulier par Dune (1978a), on pourruiL probablement dirirmer que les ponceaux de la rivière Duquet constituent une "obstruction temporaire"!
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by debitie.B) Facteurs de nuisance à la migration
Puisque les ponceaux sont mal installés, on a dO
procéder â des modifications visant à réduire l'érosion en amont et en aval de ces structures: des blocs de béton armé mesurant 0,66 m X 0,66 m X 0,33 m furent donc mis en place. Ces blocs n'étant pas indestructibles, des tiges de métal ont été mises à nu et sont potentiellement dan- gereuses pour les ombles, lors de leur migration de prin- temps.
Les ombles ne franchissent pratiquement pas les ponceaux à marée basse; ils attendent, dans une fosse naturelle en aval, que le niveau d'eau soit favorable, c'est alors qu'ils se lancent dans les ponceaux. Les marées de
Duquet s'accroît rapidement et considérablement.
Nous n'avons malheurement pas de données compara- tives parce que 'plusieurs personnes sont venues
cueillir les poissons dans nos filets à notre place".
Nous savons néanmoins qu'à cette époque, la hauteur de la chute à la sortie des ponceaux est inférieure à 1 m, ce qui favorise sûrement le passage des ombles.
C) Effets potentiels que pourraient occasionner des délais
Dane (1978a, b) relève plusieurs problèmes associés aux délais au cours de la migration des salmonidés.
Toutefois, ces problèmes ne s'appliquent pas nécessaire ment à l'Omble chevalier de la baie Déception. Ainsi, s'il survenait un délai quelconque, celui-ci n'influen- cerait pas la reproduction de l'année même car, il ne s'agit pas d'une migration de reproduction mais d'une migration d'alimentation.
Nul n'a prouvé que les déperditions des réservés éner- gétiques peuvent être néfastes à la survie de cette espèce. L'Omble chevalier est un poisson qui supporte des pertes considérables en protéines et en lipides entre deux migrations (Dr Jean-Denis Outil, comm. pers.). Ces pertes peuvent donc être interprétées comme étant un processus naturel auquel l'omble est bien adapté; de
55 plus, la distance à franchir pour traverser les ponceaux n'est que de 17 m environ. Enfin, la distance qui sépare le lac Duquet des ponceaux est inférieure à 2 km. Le "stress" migratoire semble donc a priori minime, d'autant plus que
les ombles ne séjournent pas plus de 24 heures dans la fosse située en aval des ponceaux*.
Si par hasard, aucun des ombles n'arrivait â se rendre au lac Duquet que se passerait-il ? Se pourrait-il que cela affecte les effectifs des deux rivières ? Nous n'avons aucune certitude, mais nous savons que cette espèce est très adaptable et qu'il est raisonnable de penser que les poissons pourraient fort bien aller passer l'hiver dans le lac Malherbe. Nous savons, en effet, qu'il existe des populations d'omble dont les comportements migra- toires sont fort variables. Il faut aussi se rappeler (Section 2,3) que les ombles ne migrent pas tous en même temps et qu'en plus, il y a toujours des migrants qui s'égarent, même en temps normal (Johnson, 1980;
Le jeune, comm. pers.).
D) Conclusion
L'obstacle réputé a priori, infranchissable et néfaste aux ombles, n'est peut-être pas aussi important qu'on le supposait et ne semble pas le véritable problème. Il demeure toutefois évident que l'on devrait procéder
*Constatation vérifiée en utilisant un filet en amont et un autre en aval des ponceaux (Figure 3,8).
l'on respecte des normes minimales et acceptables pour cette espèce.
Nous insistons aussi sur le fait que tous les aména- gements, susceptibles d'impliquer une modification des caractéristiques d'un cours d'eau, sont obliga- toirement soumis à la Loi de la qualité de PenvIron- nement.
Puisque les ombles semblent aisément remonter la rivière Duquet et qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter de leur santé, on peut supposer que la baisse de rendements observée dans les pêches, est une conséquence d'une
mauvaise exploitation de cette ressource. On peut aussi supposer qu'en laissant, à l'occasion, des poissons pourrir sur place, on utilise mal cette même ressource.
L'hypothèse d'une surexploitation se base autant sur
l'expérience des experts en la matière que sur les données des pêches commerciales du Nouveau-Québec (Le Jeune, 1968 et comm., pers.; Power et Le Jeune, 1976). Cependant, cette hypothèse ne pourra être vérifiée qu'avec le temps. Cela tient au fait que nous ne disposons d'aucune donnée anté- rieure à cette étude. Si l'exploitation se poursuit au même rythme et que la masse moyenne continue de décroître ou si l'on cesse la pêche et que la masse moyenne augmente,
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on pourra se prononcer avec plus de certitude (Le Jeune, comm. pers.).
Pollution par les fibres d'amiante
4,1 Problématique
Suite au rapport de Roulva et Lebeau (1979), le MLCP a décidé de réexaminer la question de la conta- mination par l'amiante à la baie Déception. Essen- tiellement, nous avons cherché à connaître les concen- trations en fibres dans l'eau en nous référant à un site non-pollué (Salluit). Nous avons,par la suite, cherché à situer le problème en rapport avec l'ensemble des boissons et eaux de consommation utilisées au Canada, mais surtout au Québec.
Plusieurs chercheurs se sont intéressés à la présence de fibres d'amiante dans les breuvages (Cunningham et Pontefract, 1971; Bignon et coll., 1977; Barbeau et coll., 1979) et dans les systèmes d'approvisionnement en eau potable (Cunningham et Pontefract, 1971; Kay, 1973; Kuschner et coll., 1974; Masson et coll., 1974;
Olson, 1974; Levy et coll., 1976; Hallenbeck et coll., 1977; Schreier et Taylor, 1980).
Malgré ces acquis, la détermination du degré de contami- nation du milieu aqueux demeure un problème sérieux. Les diverses techniques, utilisées à ce jour, offrent toutes
mesures à caractère statistique, et les comparaisons de résultats entre laboratoires peuvent varier énor- mément (Harwood et Yamate, 1975; Chopra, 1978; 'Chat-
field et coll., 1979; Shugar, 1979). Schreier et Taylor (1980) estiment que, pour des concentrations moyennes en fibres/litre variant entre 9 et 310 millions, le degré de précision espéré se situe entre 34% et 60%.
Au Canada, la concentration de fibres dans l'eau potable suit une distribution à peu prés log-normale (Figure 4,1).
Ainsi, environ 5% des Canadiens utilisent une eau dont la concentration en fibres dépasse (10 X 106 fibres) le million de fibres/litre et que environ 0,6% emploie une eau dont la teneur en fibres dépasse 10 millions de fibres/litre (Chatfield et coll., 1979). Les teneurs en fibres de chrysotile pour quelques villes du Québec figurent au Tableau 4,1.
A) Effets sur l'homme
"A la lecture de ces chiffres, on peut se demander quel est le danger représenté par ce type de pollution. La production chez les humains de cancers, suite à l'inha- lation de fibres d'amiante, est une chose bien connue.
Cependant, la corrélation entre l'ingestion de ces fibres et la présence de cancers du système digestif est loin d'être évidente. Cela tient entre autres au fait que les tumeurs gastro-intestinales sont beaucoup
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Tableau 4,1: Teneur en fibres de chrysotile contenues dans les systèmes d'approvisionnement en eau potable de certaines municipalités du Québec
Ville concernée
(Chatfield et coll., 1979).
concentration (fibres / litre)
Québec 0,5 X 106
Hull 0,5 X 106
East Broughton 0,5 X 106 Trois-Rivières 0,5 X 106
Montréal 1 X 106
Val d'Or 1 X 106
Banville 2,5 X 106
Chicoutimi 5 X 106
Beaulac 60. X 106
Asbestos 170 X 106
Thetford Mines 200 X 106
Sherbrooke 200 X 106
Disraëli 1200 X 106
0.01 0.05 0 02 0.5
Concentration
'AnaPn.w.:
2 5 1 20 30
1000
Figure 4,1: Degré d'exposition de la population canadienne aux fibres d'amiante provenant des eaux de consommation(Chatfield et Coll., 1979),
u
100
Pourcentage de la population canadienne expose des eaux contaminées par l'amiante.
(Echelle de probabilité)
are
an- MO ri — oie
61
moins spécifiques en ce qui concerne l'amiante, que le mésothéliome malin de la plèvre et du péri-
toine* par exemple, A cause de cette faible spéci-
ficité, il est très difficile d'établir des liens entre la présence de fibres d'amiante dans l'eau de consomma- tion et l'incidence de cancers du tractus digestif.
Il est à peu près impossible d'examiner séparément l'effet des fibres ingérées. On sait néanmoins que
les fibres ingérées peuvent traverser la muqueuse gastro- intestinale et se rendre vers d'autres organes; on sait aussi qu'une forte proportion des fibres qui sont inhalées se trouvent forcément en contact avec l'oesophage et
qu'elles sont, de ce fait, ingérées (Shugar, 1979;
Schreier et Taylor, 1980; Allan Batterman, comm. pers.).
La question de cancers du système digestif qui résulte- raient de l'ingestion de ces fibres mérite donc une certaine attention. Plusieurs études à ce jour ont cependant permis de jeter un peu de lumière sur ce problème. Notons tout d'abord, que les effets connus de l'amiante sur la santé humaine concernent l'inhala=
tion et l'ingestion simultanées de ce contaminant. C'est ainsi que Selikoff et coll. (1973) ont examiné l'inci- dence des cancers de l'estomac, du colon, du rectum et l'oesophage chez 3 cohortes de travailleurs de l'amiante Les résultats montrent une plus grande incidence de ces cancers chez ce groupe de travailleurs comparativement à l'ensemble de la population. D'autres travaux d'intérêt
*Le mésothéliome de la plèvre et du péritoine est l'une des 4 maladies industrielles causées par l'inhalation d'amiante. Les autres maladies sont: l'amiantose (ou fi- brose interstitielle diffuse du parenchyme pulmonaire);
la fibrose de la plèvre et la formation de plaques pleurales;
et enfin le cancer bronchogénique(Cossette, 1978).