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Histoire des peuplements pré-dogon et dogon sur le plateau de Bandiagara (Mali)

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Histoire des peuplements pré-dogon et dogon sur le plateau de Bandiagara (Mali)

MAYOR, Anne, HUYSECOM, Eric

Abstract

L'étude présentée ici est en cours de réalisation dans le cadre du projet de recherche FNRS-FSLA intitulé « Evolution paléoclimatique et peuplement humain en Afrique de l 'Ouest

». Le gisement archéologique d'Ounjougou, situé sur le plateau de Bandiagara au Mali, constitue un terrain particulièrement propice à l' application de la thématique large de ce projet, puisqu' il présente une séquence de niveaux sédimentaires érodés livrant des témoins d'occupations humaines couplés à des restes paléobotaniques variés, couvrant une période allant du Paléolithique ancien à nos jours. Nous considérerons ici la période historique, qui a vu se développer les grands empires de la boucle du Niger (Ghana, Mali, Sonraï, Mossi, Bambara de Ségou, Peul du Massina et Toucouleur). La combinaison de plusieurs approches - l'ethnohistoire, l'ethnoarchéologie et l'archéologie historique- a pour but de reconstituer la mise en place des peuplements pré-dogon et dogon sur le plateau de Bandiagara, en périphérie de ces vastes formations étatiques.

MAYOR, Anne, HUYSECOM, Eric. Histoire des peuplements pré-dogon et dogon sur le plateau de Bandiagara (Mali). In: Roost Vischer, L., Mayor, A. & Henrichsen, D. Brücken und Grenzen - Passages et frontières. Forum suisse des Africanistes, 2. Münster : LIT, 1999. p.

224-243

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:16537

Disclaimer: layout of this document may differ from the published version.

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Die Deulsche Bibliothek - CIP-Eioheilsaufoahme

Brücken und Greozen - Passages el frontières: Werkschau Afrikastudien 2 - Le forum suisse des africanistes 2 1 Lilo RoosI Vischer, Anne Mayor, Dag

Henrichsen (Hg./éds.). - Münster: LIT, 1999 (Afrikanische Studien ; 13.)

ISBN 3-8258-4398-x

NE:GT

©

LIT VERLAG Münster - Hamburg - London

Grevener SIr. 179 48159 Münster Tel. 0251-235091 Fax 0251-231972

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Histoire des peuplements pré-dogon et dogon sur le plateau de Bandiagara (Mali)

Anne Mayor et Eric Huysecom

(avec la collaboration de N. Coulibaly, A. Dembélé et A. A. Tembély)

L'étude présentée ici est en cours de réalisation dans le cadre du projet de recherche FNRS-FSLA intitulé « Evolution paléoclimatique et peuple- ment humain en Afrique de l'Ouest », dirigé par E. Huysecom (Univer- sité de Genève) et mené en collaboration avec des chercheurs d'instituts maliens, belges et français'.

Le gisement archéologique d'Ounjougou, situé sur le plateau de Bandia- gara au Mali (fig. 1), constitue un terrain particulièrement propice à l'application de la thématique large de ce projet, puisqu'il présente une séquence de niveaux sédimentaires érodés livrant des témoins d'occupations humaines couplés à des restes paléobotaniques variés, couvrant une période allant du Paléolithique ancien à nos jours (Huyse- corn 1996 ; Huysecom et al. 1998 ; Robert et al. dans ce volume).

, Le fmancement de la partie suisse a été assuré par le Fonds national de la re- cherche scientifique suisse (subside 12-49472.96), et par la Fondation Suisse- Liechtensteio pour les recherches archéologiques à l'étranger (FSLA). Toute notre gratitude va au Dr H. P. Koechlio, consul honoraire du Mali en Suisse, pour son soutien ioconditionnel.

Outre les auteurs, plusieurs personnes ont participé aux travaux sur le terraio : - Mali : Nafogo Coulibaly (Institut des sciences humaioes), Adama Dembélé et Ambaeré André Tembély (Mission culturelle de Bandiagara), l'équipe des vil- lageois dogon Tessougué, Nantumé et Kelepili de Dimmbal et Gologou.

- Suisse: Alioe Robert, Elena Burri, un diplômant Francesco Raeli et 6 étu- diants du Département d'anthropologie et d'écologie de l'Université de Genève, aiosi qu'une restauratrice Jeannette Jacobs-Kocher.

- Belgique : Dr Hans Beeckman, Dr Joris Dewolf, Hughes Doutrelepont, Guy Dohmen, Koen Deforce et deux diplômants (Université de Gand et Africa- museum de Tervuren)

- France : Dr Nicolas Fedoroff (Institut national agronomique de Paris- Grignon) et Sylvaio Soriano (Université de Paris X-Nanterre).

Les dessios d'objets ont été effectués par S. Aeschlirnann au Département d'anthropologie et d'écologie de l'Université de Genève.

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Kokoloe Colc»&ou-JoT

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Fig. 1. Plan de localisation des sites sur le gisement d'Ounjougou

Autour de ce gisement, dans la région du pays dogon appelée « pays donna », plusieurs villages d'agriculteurs parlant le dialecte donna-sa exploitent les terres, essentiellement pour l'agriculture du mil en saison des pluies et le maraîchage en saison sèche. Un point d'eau permanent, formé par la rencontre de quatre rivières, joue un rôle essentiel dans leur système de production ; il est par ailleurs considéré comme le lieu de résidence des génies des eaux, les Nomma, d'où la nécessité, pour les Dogon et pour nous-mêmes, de respecter de nombreux interdits, toute transgression impliquant une purification des eaux par le biais d'un sacri- fice de bouc noir. Ceci est l'une des manifestations des nombreux rituels liés à la religion ancestrale, qui perdure parallèlement à la religion mu- sulmane introduite dans la région par les Peul du Massina au 19" siècle (Mayor 1997).

Nous considérerons ici la période historique, qui a vu se développer les grands empires de la boucle du Niger (Ghana, Mali, Sonraï, Mossi, Bam- bara de Ségou, Peul du Massina et Toucouleur). La combinaison de plu- sieurs approches - l'ethnohistoire, l'ethnoarchéologie et l'archéologie historique- a pour but de reconstituer la mise en place des peuplements pré-dogon et dogon sur le plateau de Bandiagara, en périphérie de ces

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Anne Mayor, Eric Huysecorn

vastes fonnations étatiques. Les quelques résultats présentés dans cet article sont fondés sur des données récoltées lors de deux missions de terrain effectuées en février-mars 1998 et de novembre 1998 à janvier 1999. Ces données se répartissent en trois corpus complémentaires, de nature distincte:

• Un corpus d'infonnations concernant les traditions céramiques ac- tuelles, obtenues auprès des potières, de leurs maris forgerons ou agriculteurs, ou auprès d'autres personnes en relation avec cette acti- vité, tels les responsables des sacrifices nécessaires à l'exploitation de la mine d'argile;

• Un corpus de traditions orales concernant l'histoire du peuplement, obtenues en interrogeant les personnes maîtrisant le mieux ce savoir, soit essentiellement des chefs de village ou de lignage, maîtres de terre, imams, chefs des chasseurs, des forgerons, etc... Les repré- sentants de huit villages ont ainsi été questionnés, individuellement, en groupe ou en conseil de village;

• Enfin, un corpus de données archéologiques, prélevées lors de la fouille d'un abri-sous-roche et de ramassages en surface de trois vil- lages en ruines, dont l'existence nous a été indiquée lors de nos en- quêtes sur l'histoire du peuplement.

Comme l'a déjà montré la synthèse réalisée sur la base des données an- ciennes disponibles (Gallay et al. 1995), la mise en corrélation de don- nées issues de ces trois corpus pennet d'approcher le peuplement du pays dogon d'une façon plus complète que ne pourraient le faire des recher- ches entreprises sur la base d'un seul type d'infonnations. Par ailleurs, un modèle a été proposé par A. Gallay (1994), mettant en relation la dyna- mique entre sociétés englobantes (les Etats médiévaux de la Boucle du Niger) et société englobée (le pays dogon central) avec les diverses tradi- tions céramiques dogon connues. L'analyse intensive d'une région cen- trale du plateau dogon, sur le plan ethnohistorique et ethnoarchéologique, ainsi que la constitution de nouvelles séquences archéologiques, de- vraient nous pennettre, parallèlement aux études extensives prévues, d'avancer dans le processus de validation / réfutation de ce modèle.

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Etbnoarcbéologie et etbnobistoire : les traditions céramiques actuelles

Démarche

Le but de ces études ethnoarchéologique et ethnohistorique des traditions céramiques consiste à donner un contexte de référence utile à la formula- tion des interprétations des découvertes archéologiques régionales, no- tamment en termes d'histoire du peuplement.

Durant le programme de recherches ethnoarchéologiques sur la cérami- que du Delta intérieur du Niger mené par la MAESAO de 1988 à 1994 (Gallay et al. 1998), nous avions adopté une démarche « extensive », visant à toucher une zone géographique la plus vaste possible, guidés par des objectifs limités. Cette démarche a l'avantage d'englober un grand nombre de populations, permettant ainsi une approche comparative, mais présente le corollaire inévitable de la superficialité de l'enquête. C'est toutefois grâce à cette approche que nous avons pu reconnaître la variété des traditions céramiques en pays dogon, et l'intérêt de les étudier. Les études menées par l'équipe néerlandaise (Bedaux et al. 1983 ; Bedaux 1986) ne mentionnaient en effet qu'une seule tradition. Reprise sous le nom de « tradition A» par A. Gallay dans son modèle (1994), elle y est rendue caractéristique de la zone centrale (falaise et plateau) du pays dogon, par opposition aux autres traditions dites périphériques.

Dans le cadre du présent programme d'études lié au gisement archéolo- gique d'Ounjougou, nous avons opté pour une démarche « intensive », en ciblant une région restreinte voisinant directement le site, le paysdonno, localisé au centre du plateau de Bandiagara. Nos objectifs visent d'une part à caractériser les productions céramiques sur le plan technique, sty- listique et social (identité des potières), d'autre part à évaluer le mélange des traditions au niveau de la consommation (importance des traditions locales par rapport aux étrangères), et enfin à comprendre les mécanis- mes à la base de la genèse de ces traditions, de leur évolution, répartition spatiale et complémentarité. Dans ce type d'enquête, les questionnaires sur fiches sont complétés par des dialogues plus libres, permettant à la personne interrogée d'apporter d'autres éléments, ouvrant des pistes d'interprétation nouvelles. Nous avons donc privilégié ici l'approche qualitative, de façon à compléter les données obtenues par ailleurs à l'aide de l'approche quantitative.

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Anne Mayor, Eric Huysecom

Résultats préliminaires

Le pays donno est caractérisé par la coexistence de deux traditions diffé- rentes et non d'une seule, comme proposé dans le modèle (fig. 2) :

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Fig. 2. Les traditions céramiques A et D pratiquées actuellement dans la région

d 'Ounjougou

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• d'une part la tradition des femmes d'agriculteurs dogon, utilisant la technique du pilonnage sur une base concave au-dessus d'une natte nouée en fibres de baobab, appelée « tradition A ».

• d'autre part une tradition des femmes de forgerons jèmè-irin (de pa- tronyme Karambé, Yanaogé, Kassogé, Sèba, Dégoga, Saï, ... ), par creusement d'une motte d'argile au-dessus d'un moule de terre crue. Nous avions identifié cette tradition en 1993 dans le village de Nion- gono, à 35 km à l'ouest, et appelée « tradition D» (Gallay et al.

1998).

Ces deux traditions se différencient parfaitement sur le plan morphologi- que et décoratif, même sur de petits fragments, la tradition A présentant une surface externe couverte d'impressions liées au montage sur natte, et la tradition D une panse décorée d'impressions roulées de cordelette et

d'épi végétal décortiqué de Blepharis sp. (publié précédemment comme

Barleria Linariifolia). En revanche, vouloir distinguer ces productions par des analyses céramologiques de la pâte argileuse est illusoire, car toutes les potières s'approvisionnent à la même mine, quelle que soit la techni- que de montage pratiquée. En effet, le plateau étant pauvre en argile, les artisanes d'une trentaine de villages, situés dans une aire d'environ 12 km de rayon, viennent chercher la matière première à la mine de Yagoubon- do (2 km au nord-est du site d'Ounjougou).

Concernant la consommation des céramiques, il est intéressant de remar- quer que l'inventaire de la concession de forgerons de Gologou-joï com- prend une céramique sur deux de production propre (tradition D), et une sur deux de tradition A, soit des récipients fabriqués par des femmes dogon non forgerons. Les vases de tradition D sont de formes variées mais de petite taille (vases à ablutions, à cuire la viande, couvercle, ... ), tandis que ceux de tradition A montrent une morphologie unique dans toute la gamme des tailles. Selon la doyenne des potières, les poteries des deux groupes sont désignées par des termes vernaculaires différents (danga pour les vases de tradition D et dèin pour ceux de tradition A).

Par ailleurs, les poteries des femmes de forgerons (tradition D) sont plus durables et supportent mieux le feu culinaire que celles des femmes do- gon (tradition A), mais elles n'atteignent jamais de grandes tailles. Il est donc préférable de choisir les premières (D) pour les fonctions de con- servation et de cuisson quotidienne des aliments et les secondes (A) pour les fonctions de stockage de l'eau, de fabrication de la bière de mil et de préparation des aliments lors des fêtes. Il existe donc une complémenta- rité fonctionnelle entre les récipients des deux traditions et les choix opé-

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Anne Mayor, Eric Huysecom

rés tirent le meilleur parti des caractéristiques de chacun d'eux. Ce savoir local correspond tout à fait à l'analyse statistique faite sur la durée de vie des poteries du Delta intérieur du Niger (Mayor 1994). En effet, cette dernière a permis de mettre en évidence l'influence de la technique de montage et de la taille sur la durée de vie des céramiques : tandis que l'âge moyen des vases construits par pilonnage sur forme concave (tech- nique de la tradition A) atteint 3,3 ans toutes tailles confondues, il atteint 7,2 ans pour les vases montés par creusage de la motte (technique de la tradition D) ! Par ailleurs, les grands récipients étant plus durables que les petits de par leur relative immobilité, il est avantageux d'utiliser les vases de tradition A de grande taille (âge moyen : 5,8 ans) et de négliger les petits, fragiles (2, 7 ans) et facilement remplaçables par des petites pote- ries de tradition D, plus résistantes (4,2 ans) et fabriquées sur place.

Enfin, deux enquêtes nous ont donné des pistes pour expliquer la diffé- renciation de ces deux traditions, l'une à Gologou-joï chez la doyenne des potières Yasagou Karambé, et l'autre à Soroli chez le doyen des for- gerons, Pèbèlou (Hamadou) Yanaogé.

Selon Yasagou, seules les femmes dogon fabriquaient anciennement des céramiques. Les femmes de forgerons ont commencé à modeler des vases sur commande, uniquement dans des buts rituels, notamment en relation avec la consommation de nourriture et de bière par les jumeaux ou avec la cuisson de la viande et de la sauce destinés aux sacrifices. De là, elles se sont lancées dans la fabrication de petits vases de formes variées et des couvercles, destinés à des fonctions domestiques telles que conserver ou cuire les aliments, faire fermenter ou servir la bière, laver les enfants ou faire ses ablutions.

Pour Pèbèlou, le groupe des forgerons Jèmè-na était le seul présent dans la région anciennement. Il vint une époque où ils ne furent plus assez nombreux pour les besoins en fer des Dogon (outils, armes, ... ). Plusieurs clans d'agriculteurs dogon ont donc désigné quelques-uns de leurs fils non mariés pour aller apprendre la métallurgie du fer auprès des forge- rons Jèmè-na. Après la "libération "mettant fin à cet apprentissage (ces jeunes étaient considérés symboliquement comme captifs des forgerons), les agriculteurs dogon les ont appelé irin (irinè au sing.), signifiant

"mieux que "(sous-entendu mieux que les Dogon pour le travail du fer) ';

ils leur ont en outre donné leurs filles comme épouses. Désormais, les , Selon Martinelli (1995), les irim ou irimbè (iri-nê au sing.) descendraient des

captifs des forgerons mythiques qui habitent la plaine, les dyemme-na.

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descendants de ces unions durent se marier uniquement entre eux, d'où la séparation progressive entre le groupe des forgerons Jèmè-irin et les groupes d'agriculteurs. Ces artisans du fer ont cependant gardé leurs patronymes, qui restent ainsi identiques à ceux des Dogon non forgerons dont ils sont issus. Concernant la céramique, les femmes des Jèmè-irin ont dû trouver, elles aussi, une façon de faire « mieux ». Elles ont donc modi fié leur façon de fabriquer les poteries pour se différencier des potiè- res dogon qui gardaient la technique ancestrale. Les Jèmè-irin étant ré- putés avoir beaucoup « voyagé», leurs femmes ont perfectionné leur nouvelle technique au contact des potières des groupes voisins qu'elles côtoyaient. Maintenant, elles font comme elles ont vu faire leur mère, avec qui elles ont appris dès leur enfance.

Ces deux témoignages complémentaires affirment l'antériorité de la tra- dition A sur la tradition D, conformément au scénario historique proposé sur la base du modèle. En revanche, ce dernier doit être nuancé dans la mesure où il semble que nous ne puissions pas considérer toutes les tra- ditions pratiquées par les forgerons comme des traditions périphériques de populations d'origine étrangère, apparues suite aux pressions extérieu- res des sociétés englobantes. D'après les données présentées ci-dessus, la tradition D serait plutôt révélatrice d'une différenciation socio- professionnelle au sein du groupe dogon, répondant à des contraintes en partie internes (besoins en forgerons et processus d'individualisation identitaire dus à des contraintes économiques et sociales). Les contacts que les femmes de forgerons ont entretenus avec les potières des peuples voisins, bambara, bobo, mossi, somono ou peul, permettent d'expliquer la variété des techniques adoptées par ces groupes (traditions B, C, D, etc. ; Gallay et al. 1998). Ainsi, si certaines de ces traditions ne sont plus qualifiables de périphériques, elles semblent toutefois avoir été influen- cées par les traditions des groupes périphériques aux Dogon.

Traditions orales: l'histoire du peuplement dogon sur le pla- teau

Les premières données sur 1 'histoire du peuplement dogon ont été pu- bliées par G. Dieterlen (1941), qui a établi la trame générale des migra- tions anciennes des « tribus» Dyan, Ona et Arau. Par la suite, J. Gallais (1975) a cartographié certains trajets migratoires dogon, en insistant sur les délocalisations récentes en direction de la plaine. B. Martinelli a éga- Iement apporté une contribution importante à 1 'histoire du peuplement de

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Anne Mayor, Eric Huysecom

la plaine du Séno (1995). Plus informatives sur le peuplement du plateau, les études de J. Bouju (1984 et 1995) et du missionnaire M. Kervran, aidé d'A. A. Tembély (l993 et 1999), constituent des références précieuses pour notre étude.

Lors des deux premières missions, nous avons mené des enquêtes dans huit villages proches du site d 'Ounjougou : Gologou-joï, Gologou-da, Andioumbolo, Kokolo, Soroli, Kaï, Dandoli et Ebègèlè. Les nombreuses informations, recueillies avec l'aide de A. Dembélé et de A. A. Tembély (Mission culturelle de Bandiagara), nous apportent des éléments intéres- sants concernant les trajets migratoires, les récits de fondation des villa- ges, la compétition territoriale et les alliances entre les différentes fa- milles venues s'installer. Les reconstructions généalogiques et les don- nées se rapportant aux relations entre les Dogon et les divers envahis- seurs (Bambara de Ségou, Peul du Massina, Toucouleur, Français) per- mettent une approximation de la profondeur historique des événements cités. Ainsi, plusieurs villages voisins du site d 'Ounjougou, peuplés de Dogon de la « tribu » Arou (familles Nan/ume, Ke/epili, Tembé/y et Wo- /ogèm), semblent avoir été fondés au cours du 18e siècle. Ces nouveaux arrivants ont trouvé plusieurs populations déjà installées : des Dogon dits K%un (patronyme Karambé, devenu parfois Napo), des Dogon dits D%u (patronyme Kassoge') et des Dogon dits Dog%u (patronyme Tapi/ou). Un peuplement antérieur bobo et/ou tellem semble également avoir existé sur le plateau.

Vu la richesse et la complexité des données déjà récoltées, une analyse poussée est nécessaire avant de pouvoir rendre compte du peuplement de la région plus précisément que ne le fait cet aperçu succinct. Des enquê- tes sont par ailleurs prévues pour retracer l'histoire des villages d'une zone plus vaste, recouper les informations déjà obtenues et approfondir certaines thématiques.

Archéologie:

un

abri-sous-roche à rituels et des villages dogon abandonnés

Contexte et démarche

Les connaissances concernant l'archéologie de la période historique re- posent essentiellement sur les travaux de l'équipe néerlandaise, menés dès 1964 dans la région de Sanga, à env. 25 km à l'ENE d'Ounjougou

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(Bedaux 1983 et 1991). A partir de fouilles effectuées dans plusieurs grottes utilisées pour des fonctions différentes - sépulture collective, lieu de rituels funéraires ou entrepôt pour les récoltes céréalières -, les cher- cheurs ont mis en évidence une occupation dite Toloy datée des 2'-4' siècles av.

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et une occupation dite Tellem, datée entre le II' et le 16' siècle de notre ère, cette dernière étant remplacée par l'occupation dogon après une période de coexistence. Les vestiges céramiques attribués aux Tellem montrent une grande différence stylistique selon qu'ils provien- nent des grottes à rituels funéraires (II' au 16' s.) ou des grottes à gre- niers (dès le 14' s.), d'où l'hypothèse que cette différence ne soit pas chronologique, comme on pourrait le penser, mais plutôt fonctionnelle. Si les récipients des grottes rituelles montrent un éventail de formes com- prenant essentiellement des coupes à pieds multiples et des petits bols, ornés d'incisions au peigne et d'impressions roulées de diverses tresses végétales, en revanche les vases découverts dans les grottes à greniers sont principalement des récipients à fond rond montés par martelage sur forme concave et ornés d'impressions de natte et de cordons incisés sous le bord, très proches des céramiques actuelles de tradition A. Compte tenu de ces informations issues du contexte particulier que constitue la falaise-refuge, il était intéressant d'examiner la situation aux mêmes pé- riodes sur le plateau, et de tenter d'interpréter les vestiges archéologiques en s'aidant du corpus de données ethnoarchéologiques et de celui des traditions orales. Dans cette optique, nous avons mené deux types de recherches :

• d'une part la fouille d'un abri-sous-roche au lieu-ditDangandouloun.

Après avoir procédé à une coupe stratigraphique, la fouille a consisté en 3 à 4 décapages, pour relever en 3 dimensions la position de tous les vestiges métalliques et céramiques sur une surface d'environ 10 m2 ,

• d'autre part des ramassages de céramiques en surface de trois villa- ges de pierres en ruines, connus des traditions orales dogon: Dan- gandouloun, Bondo et Doumbono. Vu la dispersion des artefacts, nous avons adopté la stratégie de ramasser, sur toute l'étendue habi- tée et en un temps déterminé, tout fragment de poterie d'une dimen- sion suffisante pour être identifié.

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Anne Mayor, Eric Huysecom

Résultats préliminaires et hypothèses d'interprétation

La fouille de l'abri-sous-roche a pennis de mettre en évidence un dépôt sédimentaire, d'une épaisseur variant de 10 cm à l'intérieur de l'abri à 45 cm devant le porche. Ce dépôt est caractérisé par une couche de silts beiges, homogène en surface et plus caillouteuse en profondeur, sur- montant des lentilles résiduelles d'une couche compacte à gros graviers, présente au-dessus du substrat rocheux. De nombreux objets de fer, com- prenant des pointes de flèche de divers types, des anneaux et une tige de 32 cm appointée d'un côté et biseautée de l'autre (enclume portative ?) ont été découverts en grande majorité dans la partie supérieure de la stra- tigraphie et à l'intérieur de l'abri (fig. 3). D'autre part, un magnifique ensemble de plusieurs dizaines de poteries, dont certaines sont intactes, a été découvert dans la couche silteuse, en forte concentration dans la par- tie inférieure de la stratigraphie à l'aplomb du porche, à l'exception de quelques vases déposés à l'intérieur de l'abri. L'éventail des céramiques comprend des vases à fond rond, à pied unique ou tripodes, de taille moyenne et petite. Les fonnes les plus caractéristiques sont les coupes tripodes et les petits bols. Les décors montrent fréquemment des incisions au peigne et des impressions de tresses roulées (simple, double, al- terne ... ), ainsi que des cordons horizontaux simples ou incisés (fig. 4).

Plusieurs charbons de petite taille prélevés au sein de cette couche, panni les céramiques, nous fourniront prochainement des dates radiocarbone (par accélérateur).

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Fig. 3. Objets de fer découverts dans la fouille de l 'abri-sous-roche de Dangan- douloun

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Anne Mayor, Eric Huysecom

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Fig. 4. Céramiques découvertes dans la fouille de l 'abri-sous-roche de Dangan- douloun

Enfin, un gros charbon de bois de karité, découvert juste au-dessus du substrat rocheux sur lequel reposaient les céramiques, nous a déjà donné une date radiocarbone de 4005 ± 40 BP, soit 2620-2460 av. J.-C (date calibrée à 2 sigma, Ly-8849). Ce charbon doit probablement être associé aux lambeaux de la couche gravillonneuse inférieure, et interprété comme un vestige d'une occupation antérieure, peut-être néolithique, détruite par l'érosion.

La comparaison du matériel métallique découvert à Dangandouloun avec d'autres objets est difficile vu la rareté des données publiées. La seule

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pointe de flèche illustrée (Bedaux 1991 : 25), datée du 14' s., semble se rattacher à un modèle différent.

Concernant le matériel céramique en revanche, de fortes parentés de for- mes et de décors existent avec le groupe des poteries provenant des grot- tes rituelles Tellem de la falaise, datées du 11'-12' siècle (Bedaux 1983).

La configuration de l'abri de Dangandouloun (surface au sol exigue, plafond bas, estrade naturelle), la répartition spatiale des céramiques (ali- gnement à l'aplomb du porche), ainsi que leur taille réduite et leur mor- phologie particulière (notamment les coupes tripodes), suggèrent que ce lieu a aussi été fréquenté pour la pratique de rituels.

Que nous rapportent les traditions orales locales? Plusieurs personnes

interrogées dans les villages voisins de Dangandouloun, qui nous ont

indiqué de nombreux sites abandonnés de la région, ont affirmé ne pas connaître l'existence d'une occupation ancienne dans cet abri-sous-roche. Le maître des terres de Gologou-joï, quant à lui, a autorisé le prélèvement des objets, après mûre réflexion et examen des pointes de flèche et cou- pes à pied, en disant qu'ils n'appartenaient pas à ses ancêtres. Seul

l'informateur dogon Nantumé, qui nous a indiqué l'endroit, l'a désigné comme un lieu de refuge pour ses ancêtres lors des attaques de cavaliers peul du Massina, où l'empoisonnement des flèches était pratiqué. Cette affirmation peut procéder d'un phénomène connu de ré-appropriation d'un lieu de culte ancien, ou indiquer véritablement une cachette pendant ces périodes d'insécurité attestées par l'histoire. Le chef des chasseurs de Gologou-da, à qui nous avons montré certains objets découverts sur la fouille, a reconnu les pointes de flèche, qu'il a classées en flèches mâles (deux barbelures symétriques) et flèches femelles (barbelures multiples alternes), et nous a montré des exemplaires analogues qu'il possèdait. En revanche, l'identification des coupes à pieds a été plus vague, ces pote- ries n'étant plus utilisées aujourd'hui.

Enfin, les données des enquêtes ethnohistoriques et ethnoarchéologiques (§2) nous amènent plusieurs informations importantes pour l'interprétation de cet abri :

• les femmes de forgerons Jèmè-irin sont originellement spécialisées dans la fabrication des poteries rituelles; elles utilisent d'autres tech- niques de montage et d'autres outils de décors que les potières dogon actuelles, responsables de la tradition A ;

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Anne Mayor, Eric Huysecom

• les traditions des femmes de forgerons Jèmè-irin (C et D) se retrou- vent au moins en partie sur le même territoire que la tradition des femmes dogon (A) ;

• les céramiques faites par les femmes de forgeron Jèmè-irin (tradi- tions C et D) diffèrent dans leurs formes et leurs décors des cérami- ques archéologiques découvertes dans l'abri de Dangandouloun et dans les grottes de la falaise.

• le clan des forgerons Jèmè-irin s'est constitué après celui des Jèmè- na, à partir d'un substrat de populations dogon ;

Ainsi, les comparaisons archéologiques et l'analyse des données ethno- historiques et ethnoarchéologiques nous incitent à proposer plusieurs hypothèses de scénarios:

Hl : Après une possible occupation ancienne (4000 BP), l 'abri-sous- roche de Dangandouloun a été fréquenté par les Tellem pour y pratiquer des rituels; les céramiques représentent la production des femmes d'un clan de forgerons présent dans la région en même temps que les Tellem, peut-être le clan des Jèmè-na. L'abri a été réutilisé au 18-19" s. comme cachette et lieu de préparation de flèches (afffitage et empoisonnement) par les habitants du village de Dangandouloun, ancêtres des Dogon Nan- tumé de Gologou-joï.

H2 : Après une possible occupation ancienne (4000 BP), tous les vestiges

(céramiques et métalliques) sont attribuables aux Tellem. La tradition orale locale citée par l'un des informateurs procède d'un phénomène de récupération d'un lieu de culte antérieur.

H3 : Après une possible occupation ancienne (4000 BP), tous les vestiges sont attribuables aux Dogon. Les femmes de forgerons qui ont fabriqué les céramiques pour les Tellem n'ont pas disparu avec eux, mais ont con- tinué à produire à l'intention des Dogon.

Les datations en cours, l'étude détaillée du matériel archéologique de Dangandouloun, la comparaison avec le matériel non publié de la falaise, ainsi que la poursuite des études ethnoarchéologiques concernant les traditions céramiques actuelles du pays dogon (notamment la caractérisa- tion de celle encore inconnue pratiquée par les femmes des forgerons Jèmè-na), permettront de choisir entre ces hypothèses concurrentes.

Afin d'évaluer l'ancienneté des traditions céramiques actuelles, nous avons en outre procédé à des ramassages de tessons dans des villages

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abandonnés connus de la tradition orale. Le village de Dangandouloun, fondé par les ancêtres des Nantumé de Gologou-joï, et celui de Bondo, habité par les ancêtres des Bannou de Andioumbolo, ont tous deux livré la preuve de la coexistence, déjà aux 18-19< siècles, des traditions A et D. En revanche, le village de Doumbono, dont l'attribution culturelle fait encore l'objet de contradictions, mais dont l'occupation semble contem- poraine des précédents, montre un inventaire différent, caractérisé par la présence de céramiques décorées de tresses et de roulettes et par l'absence de céramiques dogon de traditions A et D. Plusieurs autres villages doivent faire l'objet de semblables collectes lors de la mission prochaine. L'examen attentif de ces échantillons et la confrontation sys- tématique avec l'histoire orale permettra de préciser la profondeur histo- rique de ces traditions, et de mettre en évidence continuités et ruptures dans l'histoire du peuplement.

Conclusion

Les deux premières missions de terrain nous ont déjà permis de recon- naître les deux traditions céramiques présentes actuellement sur le plateau de Bandiagara, de commencer dans huit villages des enquêtes sur l'histoire des familles d'agriculteurs et de forgerons dogon, de mener à terme la fouille archéologique d'un abri-sous-roche et de prélever plu- sieurs échantillons de céramiques sur des villages abandonnés dogon, connus des traditions orales. En recoupant les divers types de données, la reconstitution d'une dynamique du peuplement sur le plateau lors de la période historique prend peu à peu corps. L'analyse fine du matériel ar- chéologique et la poursuite des travaux de terrain (ramassages complé- mentaires sur des sites historiques connus, approfondissement des en- quêtes ethnoarchéologiques et enquêtes sur l'histoire du peuplement dans d'autres villages voisins) devraient nous permettre de proposer un scéna- rio de l'histoire du peuplement dogon et pré-dogon de la région complé- tant ceux des périodes plus anciennes (paléolithique, néolithique, proto- historique), étudiés par les autres chercheurs du projet.

Zusammenfassung

Die hier vorgelegte Studie ist Teil des von Eric Huysecom (UniversiUit Gent) geleiteten Forschungsprojelcts des Schweizerischen Nationalfonds

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Anne Mayor. Eric Huysecom

« Die palaoklimatische Entwicklung und die Besiedlung West-Afrikas », an dem im Moment in Zusammenarbeit mit Forschem aus Mali, Frank- reich und Belgien gearbeitet wird. Die archaologischen Ablagerungen von Ounjougou, die sich in der Bandiagara-Ebene in Mali befinden, bil- den ein besonders gUnstiges Terrain fUr die Untersuchung der weit ge- fassten Thematik dieses Projekts. Denn sie enthalten eine erodierte Sedi- mentsequenz, die sowohl Zeugnisse menschlicher Besiedelung aIs auch vielfliltige palaobotanische Reste enthalt, die die Periode vom ftühen Palaolithikurn bis zur Gegenwart abdecken. Die Untersuchung der ge- schichtlich jUngsten Periode wird in Kombination mehrerer Untersu- chungstypen, ethnohistorischen, ethnoarchaologischen und archaolo- gischhistorischen, durchgefuhrt. Ziel ist es dabei, den Yerlauf der Yordo- gon- und Dogon-Besiedlu,ng an der Peripherie der grossen Staatengebilde des Nigerbogens zu rekonstruieren. Wir haben uns dabei entschieden, unsere Arbeit auf die Gegend der Ebene zu beschranken, die die archao- logische Ausgrabungsstatte einschliesst, das heisst auf das donno Gebiet.

Unsere ethnoarchaologische Untersuchung interessiert sich einerseits fUr die technischen, stilistischen und sozialen Aspekte der aktuellen Produk- tion von Keramik. Andererseits bemUht sie sich um eine Einschatzung der Mischung von Traditionen in den Gehoften, um 50 zu einem Yer- stiindnis der Mechanismen zu gelangen, die der ortlichen Yerteilung die- ser Traditionen zugrunde liegen. Dabei ist es uns bereits gelungen, die Koexistenz zweier verschiedener, komplementarer Keramiktraditionen aufzuzeigen. Die erste, sie ist alter, ist charakteristisch fUr die Frauen der Dogon-Bauem (Tradition A), die zweite, jUngere, ist typisch fUr die Frauen der Schrniede Jèmè-irin (Tradition D). Zwei einander komple- mentare Erzahlungen erklliren die Unterscheidung dieser zwei Traditio- nen.

Die mUndlich bewahrten Traditionen über die Geschichte der Besiede- lung, die wir in acht benachbarten Dorfem der Ausgrabungsstlitte sam- meln konnten, liefem interessante Angaben über die Migrationswege, die Gründung von Dorfem, die Konlrurrenz um Landbesitz und die Yerbin- dungen zwischen den verschiedenen Familien, die sich auf dem Plateau niedergelassen haben. So sind die Familien der Arou bei ihrer Ankunft im Laufe des 18. Jahrhunderts auf andere, bereits etablierte Dogon-Gruppen gestossen (D%u, Dog%u, K%un), die ihnen erlaubt haben, bestimmte Felder zu bestellen, die unter ihrer Kontrolle waren.

Die archaologische Arbeit hat aus der Ausgrabung eines sogenannten Felsabris bestanden. Dabei wurden Objekte aus Eisen (pfeilspitzen, Rin- ge, etc.) und Keramiken, unter anderem dreifUssige Becher, zu Tage be-

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tOrdert. Den ethnohistorischen und ethnoarchiiologischen Befunden zu- folge und nach einem Vergleich mit dem archiiologischen Material, das in den Hohlen des Hanges entdeckt wurde, scheint es sich um einen Un- terstand zu handeln, der zu rituellen Zwecken von den Tellem (Bevolke- rung, deren Anwesenheit zwischen dem Il. und 16. Jahrhundert in dem Hang nachgewiesen ist) oder den Dogon, bzw. von den beiden abwech- selnd, genutzt wurde. Die Datierung der Holzkohle, die sich in den ent- sprechenden Schichten befindet, wird es erlauben, sich auf eine der bei- den Hypothesen festzulegen. Schliesslich hat das Sammeln von Kerami- ken in verlassenen Dorfem der Dogon, die aus der mOndlichen Tradition bekannt sind, es ermoglicht nachzuweisen, dass die beiden Keramiktra- ditionen A und D bereits im 18. und 19. Jahrhundert gleichzeitig zur An- wendung gekommen sind. Die Analyse des bereits gesammelten Materi- aIs und die Fortsetzung der Arbeit vor Or! wird es erlauben, die Ge- schichte der Besiedlung dieser Region, des Landes der Dogon zu rekon- struieren.

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