Article
Reference
Zones Courmayeur-Airolo et Chamonix-Urseren
AMSTUTZ, André
AMSTUTZ, André. Zones Courmayeur-Airolo et Chamonix-Urseren. Comptes rendus
hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 1962, vol. 255, p. 2998-3000
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:150669
Disclaimer: layout of this document may differ from the published version.
1 / 1
GÉOLOGIE.
Z~6'
CoKrMr~<?!<r-ro~ f/ C/0~.r-L~s<?~'n.Note de M. AfMRE AMSTurz, présentée
par
M. Pierre Pruvogt.Enraciner les nappes helvétiques dans la Zone de Courmayeur est une- habitude qui dure depuis longtemps, mais qui me
paraît
erronée et gênante pour la compréhension du mécanisme orogénique de la chaîne alpine.En effet,
par
les coupes et cartes d'Argand et Lugeon cette jonction tec- tonique est devenue une conception classique dont il nefaut
pas s'étonner, car à l'époque onmanquait
de données et même d'aussi grands géologues que Lugeon et Argand pouvaient alors, dans ces conditions, faire une jonction erronée; mais encontinuant aujourd'hui
encore dans la voieainsi tracée M. Trumpy (') et quelques autres auteurs méconnaissent les faits chronologiques et géométriques suivants.
't. Les nappes helvétiques comportent toutes de l'Oligocène inférieur:
['Ultrahelvétique contient du Priabonien; et dans la Zone de Chamonix il
a été trouvé du Nummulitique probablement priabonien. Tandis que dans les « nappes préalpines )) et dans la Zone de Courmayeur, le Tertiaire
ne monte pas au-delà du Flysch paléocène, malgré que cette zone ait été fouillée
par
plusieurs géologues (Schoeller, Barbier, Elter, Cita, Trumpy, Grasmuck, Tricker, Burri, et récemment encore Baggio, Elter, Mataroda).Autrement
dit,
sur une carte del'Helvétique
et du Préalpin qui grouperait par définition en vert les éléments comportant du Tertiairejusqu'au
Priabonien ou à l'Oligocène inférieur, et en bleu ceux qui ne comportent pas de Tertiaire au-delà du Paléocène, onaurait
d'une part Helvétides, Ultrahelvétique et Zone de Chamonix en vert, etd'autre
part Nappes préalpines et Zone de Courmayeur en bleu (').Comment s'expliquer clairement et complètement cette
répartition stratigraphique
si cen'est par
deux groupes de diastrophismes, deux séries de subductions, l'une éocène,l'autre
oligocène ? 11appert,
en effet,par
la discrimination chronologique faite ci-dessus, que les diastrophismes tertiaires se sont passés comme s'ils avaient créé, p~?- une série des:
~:«~'on&- éocènes, les nappes préalpines dans un
état
embryonnaire et la Zone radicale de Courmayeur dans sonétat
actuel (abstraction faite, bien entendu, des ajustements isostatiques) et comme si les Helvétides,l'Ultra-
helvétique et la Zone de Chamonix étaient postérieurs et dus à MW série
de
.s'uM~'o~
oligocènes; un écoulement subséquentayant
porté et étatéencore plus au Nord les Nappes préalpines
qu'avaient
créées, dans leur état embryonnaire, les subductions éocènes (').2.
Les faits géométriques suivants corroborent cette explication.Venant de la Maurienne (beau travail de R. Barbier) et du vallon de Contamines, la bande mésozoïque et tertiaire Chamonix-Urserens'allonge sur le Hanc méridional des Aiguilles-rouges
jusqu'à la
vallée du Rhône,apparaît
d'une manière encore meilleure près de Sion, et se poursuit jusqu'à l'Urseren et au-delà,traçant
sur la carte une ligne relativement continue si l'ontient
compte des profondeurs à l'origine.La bande mésozoïque et paléocène Courmayeur-Airolo présente,
par
contre, de trèsimportantes
discontinuités. Elleatteint 5km
d'épaisseur près de Courmayeur et se poursuit dans les ValsFerret
et le bas du Val de Bagnes avec une épaisseur qui est aussi très grande; tandis que près du Rhône son épaisseur seréduit
brusquement etn'a
guère plus de i kmprès de Sion. De plus, en
rencontrant
près du Rhône la bande Chamonix- Urseren, sa directionvarie
brusquement d'cnv; 3o° et devient parallèleà celle-ci, exactement
co~~e
bande ~e<OM~ue?H~H<éocène Co!<~<M/e:Airolo aw<:< été coupée et en grande partie détruite
par
la première des&
ductions
o~'goce~C/mo~sere~.
3. La
structure
à première vue très étrange du front des nappes sim- ploniques s'explique aussipar
les subductions précédentes. Il y a là, en effet, des plis accentués et serrés (et des têtes gneissiques courbées et tirées en profondeur) qui sont mis en évidencepar
quelques profils de Schmidt- Preiswerk et quimontrent nettement
que les parties frontales de cesnappes simploniques ont été remaniées et comprimées postérieurement à leur écoulement; carévidemment à
l'antipode
de tellesdes étalementscompressions,par
écoulementde telles structures, sontque devraient normalementgravité des parties indemnesprésenter
lesstrates
comprisesen ces lieuxentre cette(le régimezoned'écoulementfrontale etpar
leszones radicales
étant
mis en évidencepar
l'involution du Monte-Leone- Wasenhorn).Or, comme je
l'ai
dit dès j~54 et comme on peut levérifier
dans toutesles zones de subductions, dans
toutes
ou presquetoutes
les zones radicalesde nappes, les
parties surmontant
la surface principale de cisaillementprésentent
(lorsqu'elles ne sont pas proches d'une subduction antérieure)des phénomènes de contraction, sous forme de plis, d'écailles, de fronce-
ments
tandis
que les parties sous-jacentes sont toujours laminées, étirées, avec une schistosité parallèle à cette surface de cisaillement mais graduel- lement décroissante avec l'éloignement (").Il est donc plus que probable, d'après les emplacements, que les
coures-.
sions <~ autres déformations secondaires 6~<
front
des nappes simploniques~r~e~<
des subductions éocènesCoMrma~Mr-o~;
elles en sont <'?'a:s<??K-MaMem~
un effet accessoire. Car ce front de nappes est situé à faible distance au-dessus des surfaces de cisaillement Courmayeur-Airolo, et c'est justement là, en cette zone limitrophe pennique, que doivent nor- malement setrouver
les contractions caractéristiques des parties sur-montant
Conclusion.la surface principaleIl nefaut
plusde cisaillementenraciner leslorsHelvétidesdes subductions (').à Courmayeur;elles sont à raccorder à la bande
tectoniquement
oligocène Chamonix-Urseren tandis que les nappes préalpines, elles seules, proviennent de
la bande tectoniquemcnt eocène Courmayeur-Airolo. Le changement de direction et l'amincissement de celle-ci près du Rhône résultent de sa destruction partielle
par
les subductions oligocènes Chamonix-Urscren.D'autre part,
les compressions et autres déformations secondaires dufront des nappes simploniques, surprenantes au premier abord, sont vraisemblablement un elïet accessoire des subductions Courmayeur-Airolo et,
partant,
sont bien normales en cette zone limitrophe pcnnique sur-montant
la première des surfaces de cisaillement de ces subductions.Tels sont les changements de conception qui s'imposent actuellement
ft
quipermettent
de mieux comprendre une partieimportaute
du méca- nisme orogénique alpin.(') Esquisse tectonique de la feuille Saint-Bernard parue en io58.
(~ Bleu et vert sont les teintes adoptées pour ces éléments sur une carte tectonique parue dans les Comptes r~M/ns, 244, 1957, p. ~53i.
(~) Lugeon a noté quelque part qu'une ébauche de nappes préalpines existait proba- blement sur le dos des nappes helvétiques lors de la naissance de celles-ci, mais sans préciser davantage spatialement et chronologiquement. D'autre part, la distribution
des schistosités étudiées par P. Fourmarier s'accorde très bien avec cette conception.
(*) Étirements d'une part et contractionsd'autre part se compensent en majeure partie
(cf. les 480km de rétrécissementdu géosynclinal alpin découverts par M. Cadisch).
(<) Peut-être s'est-il produit à l'Éocène un effet accessoire du même genre dans les
calcaires des Pontis contraction et épaississement de la masse par des plis serrés, mais
ce n'est évidemment qu'une hypothèse.