A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
J EAN D ELSARTE
Les rotations fonctionnelles
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 3
esérie, tome 20 (1928), p. 47-127
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LES ROTATIONS FONCTIONNELLES
Par M. JEAN DELSARTE
INTRODUCTION
Nous nous sommes
proposés
dans ce mémoire d’étudier une classeparticulière
de
transformations
linéaires fonctionnelles rentrant dans letype
de Fredholm :Ces transformations
auxquelles
nous avons donné le nom de rotations fonction- . nelles -K(st)
est alors un noyau de rotation -généralisent
dansl’espace
fonc-"tionnel les transformations
orthogonales
à n variableset
correspondent
au cas où onremplace
les deux indices iet j
par des variables continues.Nous étudions dans la suite les
propriétés
fonctionnelles de ces rotations. Nous donnons d’abord la condition nécessaire et suffisante pourqu’un
noyau soit de rotation. Cette condition n’estqu’une
extension dufait,
connudepuis longtemps, .qu’il
existe une liaisonprofonde
entre les déterminantsorthogonaux
et les détermi- nantssymétriques gauches.
Nousétablissons
ensuite deuxpropriétés importantes
de ces rotations : à savoir
qu’une
rotation fonctionnelle laisse invariant leproduit symbolique
de deux fonctions de carré sommablef,(s)
et12(S).
.Comme
conséquence,
une rotation fonctionnelle transforme unsystème orthogonal complet
de fonctions( fi)
en unsystème
de même nature. Nous faisons voir ensuite ’qu’une
rotation fonctionnelle transforme une suite de fonctionsorthogonales
nor-~nées
également
ou normalement denses en une suiteayant
la mêmepropriété.
48
De là résulte que les rotations fonctionnelles sont les transformations fonction- nelles
qui
serapprochent
leplus
desdéplacements
de lagéométrie ordinaire, puis- qu’elles
conservent non seulement les distances et lesangles,
mais aussi les notions.introduites par MM. Paul LEVY et GATEAUX de
surface, courbure, volume,
moyenne, dansl’espace
fonctionnel.Nous étudions ensuite les
rapports
de la théorie des noyaux de rotation avec celle dessystèmes
de fonctionsorthogonales complets
et nous sommes conduits à consi- dérer le tableau infini à double entrée des coefficients de FOURIER d’un noyau de rotation relativement à unsystème orthogonal complet.
Un tableauqui
ne diffèredu
précédent
que par ses élémentsprincipaux joue
un rôle fondamental dans la théorie. Il estorthogonal
etcomplet (ou
deSCHMIDT)
dans les deux sens et forme deplus
un déterminant infini normal au sens de M. vonKocH,
dont la valeur nedépend
que du noyau de rotation et non dusystème
de fonctionsorthogonales
parrapport auquel
on «repére »
le noyau.Nous donnons enfin une condition nécessaire et suffisante pour que deux
systè-
mes
orthogonaux complets puissent
se superposer par une rotation fonctionnelle.Nous sommes ainsi amenés à introduire la notion de
systèmes orthogonaux
sembla-.blement ordonnés.
Quand
un de cessystèmes
estcomplet,
l’autre lui est superpo- sable par une rotationfonctionnelle,
et est par suitecomplet.
En
analysant
cette condition d’un peuplus près,
nous montronsqu’elle
a pourconséquence
que les deuxsystèmes
sontasymptotiquement identiques;
d’où résultece fait
qu’une
rotation fonctionnelledérange
très peu les coordonnées dansl’espace
’
fonctionnel.
Nous donnons pour terminer les
principales propriétés
des noyaux de rotationque
nousappelons
finis etqui
sont caractérisés par le fait de n’avoirqu’un
nombrefini de valeurs
singulières.
Les rotations fonctionnellescorrespondantes
sonttopo- logiquement identiques
aux rotations euclidiennes dans les espaces à ndimensions,
n étant aussi
grand qu’on
le veut.Nous
reviendrons,
dans un mémoirequi paraîtra prochainement,
sur ces noyaux,.sur leur
composition
et sur les groupes finis de rotations fonctionnelles finies.MM.
GouRSAT, VESSIOT,
VILLAT ont bien voulu s’intéresser audéveloppement
de.ce travail et nous encourager
fréquemment
de leurs conseils. Nous sommes heureuxde
leur exprimer
ici notreprofonde gratitude.
Ce travail a été fait en
grande partie
à la FondationThiers;
nous tenonsà remer-
cier M.
REBELLIAU,
Directeur de laFondation,
et son Conseil,qui
ont bien voulunous admettre
parmi
sespensionnaires.
Paris, le 17
juillet
.
ROTATIONS FONCTIONNELLES EN GÉNÉRAL _
.Sommaire. - Les substitutions
orthogonales
dansl’espace
fonctionnel. --- Généralisations diverses. - Les rotations fonçtionnelles. - Définition et construction. -Propriétés
fondamentales. -
Rapport
avec la théorie des suites de fonctionsorthogonales.
-Suites
également
et normalement denses. - Suites semblablement ordonnées. - Condition nécessaire et suffisante. -Rapports
avec la théorie des déterminants de Von Koch. - Les rotations fonctionnelles finies, .1. - Substitutions
orthogonales
dansl’espace fonctionnel (’)
- Généralisations.Les substitutions
orthogonales
dansl’espace
à n dimensions sont définies pardes formules du
type
les nt coefficients
Cij
formant un déterminantorthogonal
d’ordre n ; c’est-à-direremplissant
les conditionsavec
et -
Comme il est bien connu, les conditions
(2)
entraînent les relationset la
résolubilité
deséquations (1)
par les formules .(t)
Voir à ce sujet P. LÉvy. Analysefonctionnelle,
Ire partie, chap. vo, et 2e partie,chap.
Ilt.Fac. des
3e série, t. XX. 7Ces formules
peuvent
aussis’interpréter
comme celles d’unchangement
decoordonnées dans
l’espace
à n dimensions.Quand
on veut passer àl’espace fonctionnel,
différentesgénéralisations
sontpossibles.
On
peut
d’abord supposerqu’on
se trouve dans un espace à une infinité dénbm- brable decoordonnées,
espace co lieu despoints (x) représentant
une suite dénom- brable de nombres x, ; ; x ; ... ; ... ; tels que~ x2 ~t converge,
ladistancé
n den
deux
points (x)
et(x’)
étant définie par la formuleCet espace est
quelquefois appelé l’espace
hilbertien. Leschangements
de coor-données dans un tel espace sont définis par les formules
où les coefficients
Cij
forment un tableauorthogonal infini,
c’est-à-dire que les sériessont
convergentes
et ont pour somme(La
convergence de ces séries pour1 = j ;
entraîne
qu’elles
sont toutes absolumentconvergentes
et que les séries y; sont aussi absolumentconvergentes moyennant
leshypothèses
faites sur les Le tableaudes
Cij
est dit un tableau de Schmidt dans le sens deslignes.
Mais ici se
présente
une différenceimportante.
On nepeut
pastoujours
inverserles formules
(i’).
Pour que cela soitpossible,
il est nécessaire et suffisantque(’)
~
converge ; si cela a
lieu,
le tableau desCi;
est aussi un tableau de Schmidt dans le (’ j Voir Fr. RiEsz . Sur les systèmesd’équations
linéaires à uneinfinité
d’inconnues, chap. m.sens des
colonnes,
et on a Ies relationsles formules de résolution du
système (i’)
sontOn démontre que cette solution est
unique (voir
Fr.RiEsz).
En
résumé,
onpeut
direqu’il
y a véritablement substitutionorthogonale
dans (,)si les formules
(i’)
sont celles d’un véritablechangement
decoordonnées,
c’est-à-dire donnent un
point (y)
del’espace w.
Il existe une
deuxième généralisation
fortimportante
des tableauxorthogonaux qui
conduit à laconception
des suites de fonctionsorthogonales.
Elle consiste sim-plement
àremplacer
dans un tableauorthogonal
d’élémentsCij,
un des indices ’ par une variable continue s variant de a àb,
l’intervalle(ab)
étantégal
à i. Onpasse alors au
point
de vue del’espace
fonctionnel à une infinité continue de dimensions et onremplace
les coefficientsoù j
varie de 1 à l’infini par une fonction de carré sommable où sjoue
le rôle de secondindice.
Les relationstelles que
(2) sont remplacées
par ,On dit que la suite
fi (s)
estorthogonale
etnormée,
et coordonnel’espace
fonction-nel,
ou tout au moins une de ses sections.‘
Rappelons
que l’on dit que la suite( f )
estcomplète
si toute fonction de carrésommable
estdéveloppable
en une série de Fourierprocédant
suivant les fonc-tions
f.
-Le
changement
de coordonnées dans cet espacepeut s’interpréter
comme il suit.Il
consiste,
étant données deux suitesorthogonales
et normées( f )
et à lesrepérer
l’une parrapport
à l’autre en introduisant les coefficientsSi le
système ( f )
estcomplet,
le tableauC~f
estorthogonal
et normé dans le sensdes colonnes. Si le
système (p)
estcomplet
cela a lieu dans le sens deslignes.
Si( f )
et(;)
sontcomplets,
cela a lieu dans lesdeux
sens..Nous sommes ainsi ramenésau
point
de vueprécédent.
Nous aurons à revenir là-dessus.En se bornant à la considération du
système (f),
si on veutgénéraliser
lesrelations
(3)
on est conduit à la notiond’égale
densité d’une suiteorthogonale (Cf.
PaulLÉVy).
Par interversion de l’indice et de lavariable s,
et enremplaçant
les sommes par des moyennes, on est amené à considérer le
système
avec
les limites étant
prises
en moyenne.On démontre que la seconde
condition
esttoujours remplie
si( f )
estorthogo-
nale et normée. Mais il n’en est pas de même pour la
première. Quand
elle estvérifiée on dit que la suite est
également
dense. Le faitqu’une
suite est ou nonégalement
densedépend
engénéral
de l’ordre danslequel
sont numérotées les fonc- tions de lasuite,
bienqu’il
existe des suiteségalement
ou nonégalement
densesquel
que soit leur ordre.Nous aurons aussi à revenir là-dessus et à
préciser
cesnotions.
2. - Rotations fonctionnelles.
’
.
Le but de ce mémoire est d’étudier une troisième
généralisation
dessubstitutions orthogonales
dansl’espace fonctionnel, généralisation qui s’imposait après
lesprécé-
dentes. Cette
généralisation
consistesimplement
àremplacer dans
un tableauortho- gonal
les deux indices par des variables s et t variant de a àb,
ensupposant toujours
pourplus
desimplicité
b - a === 1. Les coefficientsCij
sont alorsremplacés
par un certain noyau
K(s, t)
que nousappellerons
un noyau de rotation. La trans.-formation orthogonale
qui permet
de passer des variables x aux variables y seraremplacée
par une trans- formation linéairefonctionnelle, faisant
passer d’une fonction decarré
sommablej(s)
à une autre Cette transformation étant unetransformation
de Fred’holm dont le noyau estK(st),
soit doncA
l’avenir,
il ne seraplus question
qued’intégrales
deLebesgue prises entre
leslimites a et b; pour
plus
desimplicité,
nous ne ferons pasfigurer
ces limites saufindication contraire.
Pour définir les noyaux
K(st)
nous devons d’abord observer que la formulepré-
cédente doit avoir un sens
quelle
que soit la fonction de carré sommablef (s).
Unecondition suffisante pour cela est
d’après
la formule de Schwarzque K(st)
soit decarré
intégrable
parrapport
à la variabled’intégration.
En fait nous feronsl’hypo-
thèse que
K(st)
est de carréintégrable
parrapport
à chacune de ses deux variablesprises séparément,
c’est-à-dire que les deux fonctions .existent et sont bornées
quel
quesoit ,s
dans l’intervalle(ab)
et nous verrons queces
hypothèses
en apparence distinctes se réduisent à une seule.Nous obtiendrons la définition des noyaux
K(st)
engénéralisant
le fait que les formules(1)
sont résolubles par les formules(4) qu’on
obtient enéchangeant
le rôledes indices. Nous supposerons donc que la formule
(5)
a pourconséquence
En éliminant entre
(5)
et(6)
on obtient immédiatementde
même,
éliminantI(s)
on trouveLes conditions
(7)
et(8)
sontéquivalentes,
car l’uneexprime
queK(st)
est noyaude
rotation,
tandis que l’autreexprime qu’il
en est de même deK(ts).
Or le fait que .K(st)
est de rotation entraînequ’il
en est ainsi deK(ts) d’après
la définition mêmed’un
tel noyau. On vérifierait aisément d’ailleursl’équivalence
de(7)
et de(8)
par un’ calcul direct.
Remarquons
que si dans(7)
et(8)
on fait s = t, on obtient tNous ferons donc
simplement l’hypothèse complémentaire
queK(ss)
existe et estbornée dans
l’intervalle(ab).
,Les conditions nécessaires
(7)
ou(8)
sont d’ailleurs sumsantes. Considérons eneffet
l’équation
de Fredholm1’)
à
laquelle
se réduit(5)
pour ), _ - ~ . Elle est résolue par la formuleoù
r(st; À) désigne
le noyau résolvant deK(st)
pour la valeur À duparamètre ;
faisant dans ces formules À = - 1, on doit
avoir, quel
que ,d’où
condition
nécessaire
et suflisante pour queK(s1)
soit de rotation. Or la formule(7)
n’est autre que
l’équation
fonctionnelle de la résolvantepour À
== 2014 Iquand
onremplace r(st,
--1)
parK(ts).
Par suite cette formule(7)
est aussi une conditionnécessaire et suffisante.
Il est d’ailleurs aisé de résoudre
l’équation (g)
et de déterminer les noyaux Kpossibles.
Considérons
r(st ,
-i)
comme un noyau; son noyau résolvant est X -~);
soit
À)
le noyau résolvant dunoyau - K(ts);
- il faut et il suffit que l’on ai tDéterminons
i,).
Les itérés successifs de -K(ls)
sont(1)
Pour l’accord sur les notations et le signe, voir Traité d’analyse, tome III, chap. xxx, § n.puis
et
où
K; K~~~; K~’~;
sont les itérés successifs deK(st).
~
Il en résulte immédiatement
d’où
l’équation
fonctionnelle de la résolvante d’un noyau de rotationPosons
p)
n’est autre que le noyau résolvant du noyauet
vérifie l’équation
fonctionnelleOr
pour
c assezpetit
on aoù
h~3~(st)
sont les itérés successifs deh(st).
Et nous avons immédiatement les conditions °qui expriment simplement
queh(st)
est un noyausymétrique gauche.
C’est néces- saire et sumsant. Revenant au noyauK(st)
~nous voyons qne
K(st)
est la valeurprise
par le noyau résolvant d’un noyausymé-
trique gauche
pour ï, =I ,
d’où : ’ ,2 .
La condition nécessair°e et
suffisante
pourqu’un
noyau soit de rotation est que ce noyau soit lavaleur prise
par la résolvante d’un noyausymétrique gauche
pourla
valeur 7, =I
duparamètre.
2
On a de même .
’
’
, -
~
~ ~ - , .
,
qui
est la valeurpour
~,= 1
du noyau résolvant tdu
noyausymétrique gauche
-
h(st).
2 ’ . ’i’
Nous voyons donc que les noyaux de rotation
qui généralisent
dansl’espace
fonctionnel les substitutions et les déterminants
orthogonaux
sont intimement liésaux noyaux
symétriques gauches.
Ce n’est là en somme que l’extension de ce faitconnu
depuis
CAYLEY(i)
que l’on passe del’équation
en s d’un déterminant ortho-gonal
àl’équation
en s d’un déterminantsymétrique gauche
par la substitution3. -
Propriétés
fondamentales. -Groupe. -
Invariant.De même que les substitutions
orthogonales
à n variables forment un groupe dansl’espace
à ndimensions,
de même les rotationsfonctionnelles forment
un groupe dansl’espace
fonctionnel. - Soient en effet deux noyaux de rotationK(st)
etH(st)
et une fonction arbitraire de carré sommable
f(s);
faisons subir àf(s)
successive- ment les deux rotations de noyaux K et H. On obtientet en éliminant
’f(s)
(’)
Voir CAYLEY, OEuvres. Surquelques propriétés
des déterminants gauches, 1-52 ;I-6g;
II-I37; et J. DE CRELLE, t. XXXII, pp.
II9-I23;
t. XXXVIII, pp. t.’ L, pp.288-289.
avec
qui
est la formule decomposition.
Il faut vérifier queL(st)
est un npyau de rota- tion. C’est ce que montre un calculfacile,
mais un peulong.
Formons en effetil vient
qu’on peut
écrire encore sous la formeaprès quelques
transformationssimples.
’Ceci
montre que est nul pourvu queat[H]
etal[K]
le soient - d’où laproposition
annoncée.Remarquons
en passant que si = o sans lesoit,
on aLa
quantité R[H]
est donc invariantequand
on compose à laFredholm,
c’est- à-diresuivant
la formule(10)
le noyauH(st)
avec un noyau de rotation.Si l’on
prend H(st)
=K(ts),
il vientL(st)
=~[K]
= o et la rotation de noyauL(st)
seréduit
à latransformation identique.
La rotation de noyauK(ts)
sera diteinverse de la rotation de noyau
K(st).
Fac. des Sc., 3e série, t. XX. 8
La formule de
composition (10) permet
aussi de définir lespuissances
succes-sives d’une rotation de noyau Prenant
H (st)
=K (st)
on trouveoù
K~$?
est lepremier
itéré de K.Composant
à son tour ce noyauK~, qui
est le noyau de la rotation carrée de larotation de noyau
K;
avec K on trouved’une
manière générale
on voit sanspeine
que le noyau de lapuissance nème (n
entier~ o)
de la rotation de noyau K estégale symboliquement
àoù les
exposants
de K dans le second nombre doivent être considérés comme des indicesd’itération.
’
-
Passons maintenant à une seconde
propriété importante
des rotations fonction- nelles. - Les transformationsorthogonales à
n variables sont desdéplacements
dans
l’espace
à ndimensions,
et comme tels laissent invariants les éléments fonda- mentaux distances etangles.
De même les rotations fonctionnelles sont desdépla-
cements dans
l’espace
fonctionnel et laissent invariant leproduit
intérieursymbo- lique
de deux fonctions de carré sommableSoit en effet un noyau de rotation
K (st) qui
transforme ~,(s)
et -~~(s)
enOn a immédiatement
qu’on peu
t encore écri red’après
la condition(7),
d’où lapropriété
annoncée.Remarquons qu’inversement
le calculprécédent
montre que si l’on s’était pro-posé
de trouver tous les noyauxK (st)
tels que la transformatiou de Fredholmcorrespondante
laisse invariant leproduit symbolique [(p,.
de deux fonctionsquelconques
de carrésommable,
on aurait trouvé la condition(7)-comme
conditionnécessaire et suffisante. Les noyaux de rotation sont donc les seuls
ayant
la pro-priété
enquestion.
Comme
conséquence importante,
nous voyonsqu’une
rotationfonctionnelle
transforme un
système orthogonal
normé de fonctions(’fi)
en unsystème
ortho-gonal
normé de fonctions(~.~i).
Les coefficients de Fourier d’une fonctionf
parrapport
ausystème (i)
étant les mêmes que ceux de satranformée g
par la rota- tion de noyau K relativement ausystème (~i).
Il découle immédiatement dé là et de la condition nécessaire et
suffisante
de Lauri-cella
(’)
pourqu’un système orthogonal
normé defonctions
soitcomplet,
que les rota- tionsfonctionnelles,transforment
unsystème complet
en unsystème complet.
’
Cette
propriété
est essentielle.,
Donnons en troisième lieu une
propriété géométrique
desrotations
fonction-nelles
qui justifie
leur nom. ’Rappelons
d’abord qued’après
un théorème de Lalesco(~)
les valeurssingulières
d’un noyau
symétrique gauche
sontimaginaires
pures et deux à deuxconjuguées ;
et que les fonctions fondamentales
correspondantes
sont deux à deuxconjuguées
etisotropes (leur carré symbolique
estnul).
,Ceci
posé, employons
lelangage géométrique
et proposons-nous de déterminer dansl’espace
fonctionnel les linéaires fonctionnellesqu’une
rotation fonction-. nelle de noyau
K (st)
laisse invariantes. ’Une telle
multiplicité
passe évidemment parl’origine qui
est invariante partoutes
lesrotations; et p (s) étant
une fonction de lamultiplicité
est transforméen
kcp (s)
ou k est une constante. On a donc(1) Voir LAURICELLA. Rendiconti di Palermo, t. XXIX, , IgIO.
(2)
Voir LALESCO. Introduction à la théorie deséquations intégrales (Hermann, I9I2)
et GOURSAT. Traité, t. III, chap. XXXII, §
597.
En se souvenant que
K(st)=(st,I 2)
valeurpour 03BB = I 2
de la résolvante d’un noyausymétrique gauche h (s1),
nous voyons que si ’on a aussi
ou
par suite
ou enfin
- I
est donc une valeursingulière
du noyausymétrique gauche h (st); et y (s)
la fonction fondamentale
correspondante.
Nous supposerons ici que cette valeursingulière
estsimple. Alors (s)
est déterminée à une constanteprès.
. Nous poserons donc , ,
ce étant
réel;
etV étant un
angle
réelles limites étant pour le moment exclues. Le
changement
de V en - V revient àprendre
la valeursingulière conjuguée.
On a alorsSoit
la fonction fondamentale de
h(st) correspondant
à la valeursingulière
on. Cettefonction est
isotrope,
c’est-à-dire que u et v sont deux fonctions réelles vérifiant les conditionsqui
entraînentétant déterminé à une constante
près,
nousprendrons
A la valeur
singulière conjuguée -
(Xicorrespond
lafonction
fondamentale con-juguée
qui
estégalement isotrope.
On a deplus
Désignons
d’une manièregénérale
parK [ f ~
la transformée de la fonctionf
par ria rotation du noyau K. Nous avons,d’après
cequi précède,
d’où l’on
tire, puisque
la rotation fonctionnelle est unetransformation linéaire, ’
’Soit
maintenant f(s)
une fonctionquelconque de l’espace,
etg (s)
sa transforméeConsidérons les «
composantes » de f et g
sur les fonctions unitaires u et v, ,a savoi r ’
ia
propriété
d’invariance donned’où
et par suite
,
En
particulier,
les fonctionsf
de’la forme au où 03B1 et 03B2 sont des constan- tesqui
sont desfonctions appartenant
à la linéaire fonctionnelle construite surles fonctions u et v, ou
plan (uv),
restent dans ceplan
et tournent dans ceplan
autour de
l’origine
del’angle 2 V;
et il y a dans cette «canonique » qui glisse
sur elle-même
pendant
la rotation deux invariantesqui glissent
aussi sur elles-mêmes,
ce sont lesisotropes
de cette lieu des fonctionset
où 03BB est un
paramètre
invariable.Les
fonctions
et c~ sontisotropes
etconjuguées,
et on aA
chaque
valeursingulière simple
du noyauK(st) correspond
une telle cano-nique..
Nous verrons dans d’autres cas
plus particuliers
cequi
se passequand
la valeursingulière
estmultiple.
Nous terminerons ce
paragraphe
en donnant unepropriété
trèsimportante
desrotations fonctionnelles. Nous allons démontrer
qu’une
rotation, fonctionnelle
trans-forme
unsystème
defonctions orthogonales
norméeségalement
dense en unsystème
de même nature.
Soit donc un
système orthogonal
normé de fonctionsposons
(cf.
PaulLEVY)
Comme le
système (pi)
estorthogonal
etnormé,
on sait que tend enmoyenne vers o pou r n infini dans le carré
a s b;
; , Si(CPi)
estéga-
lement
dense,
tend en moyenne vers 1 dans l’intervalle(ab);
ou tenden moyenne vers ï sur la droite s = t ..
Soit un noyau de rotation
K(st) qui
transforme lesystème (CPi)
en unsystème orthogonal
normé(~i i)
avecposons encore
ici encore
~°?,(st)
tend en moyenne vers o dans le carréa s b; a t b
;puisque (~Z)
estorthogonal
et normé. Ils’agit
de montrer queWn(s)
tend en moyennevers ï dans l’intervalle
(ab).
Or on àpuis
et enfin
Posons
alors
par
hypothèse 03B4n(s)
tend en moyenne vers o. Je disqu’il
en est de même dei
03B2n(s).
En
effet, d’après
la formule deScnwARz,
on a .. ’Mais la fonction
positive
est
bornée
parhypothèse (voir § 2)
dans l’intervalle(ab)
On a donc
puis
qui peut
être rendue aussipetite qu’on
le veutpuisque
tend en moyennevers o. Il résulte bien de là que
an(s)
tend en moyenne vers o dans l’intervalle(ab).
Remarquons qu’ici l’hypothèse
queK(st)
est de carréintégrable
parrapport
à chacune des deux variablesprises séparément joue un
rôle essentiel - netendrait pas forcément vers o- en moyenne n’était pas bornée par
rapport
à la variable s. -Passons à
(~n(s).
La formule de SCHWARZ donne ici
ou
puis
puisque
l’intervalled’intégration
vaut I. De cetteinégalité
résulte commeplus
hautque tend en moyenne vers o.
L’inégalité précédente
montre même que tend vers o au sensordinaire
du mot dans l’intervalle(ab).
’ .En définitive
En(S)
seprésente
comme la somme de trois fonctions tendant res-pectivement
en moyenne vers o.Sans
qu’il
soit besoin d’entrer dans ledétail,
il résulte de là que~,~(s)
tend aussien moyenne vers o. On le voit aisément en raisonnant d’abord sur deux fonctions et
s’appuyant
surl’inégalité
évidentepuis
en raisonnant ensuite deproche
enproche.
,’
Par suite le
système (r.~i)
est bienégalement
dense et les rotations fonctionnelles conserventl’égale
densité dessystèmes orthogonaux.
Une extension
importante
de la notiond’égale
densité a été donnée par M. Paul LÉVY. C’est ce que cetauteur appelle
la notion de densité normaled’une
suite defonctions
orthogonales.
,Quand
une telle suite(fi)
estégalement dense,
la fonction~’l(,st), qui tend
enmoyenne vers o dans le carré
a s b;
et par suite dans tout domainesuperficiel
intérieur à cecarré,
tend en moyenne vers 1 sur la bissectrice s = l.M. Paul
LÉVY
dit que la suite(p,)
est normalement dense si deplus
tend enmoyenne vers o sur toute
courbe
tracée dans cecarré;
sauf naturellement la bissec- trice s = t, et saufpeut-être
sur desparallèles
aux axes.Nous allons démontrer que toute rotation
fonctionnelle transforme
une suiteootho-
gonale
normée normalement dense en une suite de mêmeespèce.
Soit
K(st)
le noyau de rotationqui
tranforme la suite(-.~i)
en la suite(~~~Z).
On acomme
plus
haut .On
peut évidemment,
sanschanger
la limite en moyenne de sur unecourbe, s’arranger
pour que cette courbe ait unetangente
en chacun de sespoints ;
et onpeut toujours
supposer ces courbespartagées
en un nombre fini d’arcs AB satisfai-sant aux conditions suivantes :
Cet arc AB est rencontré en un seul
point
par uneparallèle
à l’un des axes(l’axe
des t parexemple).
Lelong
del’arc,
lapente
de latangente
relativement à l’autre axe(celui
dess)
a une limite inférieure non nulle. Latangente
pourra deve- nirparallèle
à l’axe des t à l’une des extrémités de l’arc A ou B.Par
exemple
si nous prenons un arcayant
la formeci-contre,
on ledécompose
en arcspartiels :
~
(ab)
Les conditionsprécédentes
sont rem-plies (avec éehange
de s ett);
(bc) idem ;
(ce) idem ;
_(ef )
idem(sans échange) ; ( fg)
idem(sans échange) ; (gh)
idem(avec échange) ; (hi) idem ; (fig. ~).
Pour
qu’une
telledécomposition
soitpossible,
il faut que l’arc ne contienneaucune
portion parallèle
à l’un des axes.Prenons donc un
petit
arc ABremplissant
les conditionsprécitées plus
haut etsoient 03B1 le s de
A; 03B2
celui de B .. et supposons que le
long
de cet arc converge en moyenne vers o.Je dis
qu’il
en est de même de’
D’après
leshypothèses faites,
onpeut
définir l’axe AB par une relation ,où est une fonction définie pour a
s (3 ;
admettant une dérivée bornée inférieurement en valeur absolueLe
long
de AB on aou
en
posant
commeplus
hautPar
hypothèse
tend en moyenne vers o ,dans l’intervalle(~~).
Nous allons montrerqu’il en
est de même de~(~) ; ~(~) ;
et par suite aussi deVoyons-le
d’abord pour et~~,,~ (s)
où le raisonnement est le même que pourl’égale
densité.’
La formule de Schwarz donne
car
f (s)
restecompris
entre a et bquand s
varie entre exet ~ ; puis
qui peut
être rendue aussipetite qu’on
le veut. Par suite tend bien enmoyenne vers o.
On a ensuite par le même
procédé
-qui peut
être rendue aussipetite qu’on
le veut. Donc tend vers o au sensordinaire du mot
quel
que soit s dans l’intervalle(â~).~
Il tend par suite en moyenne vers o dans cet intervalle.,
Passons maintenant
à03B1n(s). Le
mêmeprocédé
donne encore - ,on a ensuite
où R est le
rectangle
défini par lesinégalités
faisons dans la 2ème
intégrale
lechangement
de variablet varie de avec ,;
= f (x);
â= f (~);
comme cette. deuxièmeintégrale
est .certainement
positive
et queIr Cs) garde
unsigne
constant, onpeut
l’écrireoù R’ est le
rectangle défini
par a~
ub; t cornpris entre y
et ô et on aMais tenant
compte
de la conditionon a ensuite
qui peut
être rendue aussipetite qu’on
le veut.Donc, moyennant
leshypothèses
faites sur l’arc
AB; an(s)
tend aussi en moyenne vers o sur cet axe. Le raisonne- ment s’achève ensuite commepour l’égale densité,
et on voit de même que~?~(s)
tend en moyenne vers o sur l’arc AB. D’une manière
plus générale
ce raisonne-ment prouve que sur un tel arc
AB,
et ont même limite en moyenne,car si cette limite en moyenne est
1; (s),
il suffit deprendre
dans le raisonnementprécédent
tet il résulte bien de là que si la suite
(cpi)
est normalementdense,
il en est de même de la suite(~i).
Ceci a une
conséquence importante.
On sait en effet qued’après
les travaux deMM. Paul
Lévy
et Gâteaux(’)
le fait que les fonctions coordonnées soient ordonnées(’)
Voir Paul LÉvy, Leçons d’analysefonctionnelle,
IIIepartie ;
et R. GÂTEAUX, Bulletin de la Sociétémathématique
de France, I9I9.d’une manière
également
ou normalementdense,
suivant les cas,joue
un rôle.important quand
on veut définir dansl’espace
fonclionnel’certaines notions comme la valeur moyenne d’unefonctionnelle,
ouplus spécialement
lelaplacien
d’unefonctionnelle,
le volume d’undomaine,
la courbure d’unesurface,
etc. Les rota- tions fonctionnelles ne modifiant pasl’égale
densité ou la normale densité de la suiteorthogonale
des fonctionscoordonnées,
nous voyons que ces rotations laisse- rontpareillement
invariantes les notions énuméréesplus
haut. D’une manière.générale,
une transformation linéaire fonctionnelleayant
cettepropriéié
doit êtreune transformation
d’égalité,
c’est-à-dire laisser invariant leproduit symbolique
dedeux fonctions. C’est bien le cas des rotations
fonctionnelles,
et ces rotations four-nissent,
à notreconnaissance,
lepremier exemple
d’uneclasse,
d’ailleursétendue,
de transformations linéairesayant
lapropriété précitée.
Cequi
nous semble avoirune certaine
importance.
Il serait intéressant de rechercher s’il existe d’autres transformations linéairesfonctionnelles,
ne rentrant pas dans le groupe de Fre-,dholm, qui
soient des transformationsd’égalité,
oudéplacements,
etqui
laissent. invariantes les notions de Gâteaux.
4. -- Extensions diverses de la notion de rotation fonctionnelle.
Avant
d’appliquer
les rotations fonctionnelles à la théorie dessystèmes
de fonc-’
tions
orthogonales,
il est nécessaire tout d’abord d’étendre un peu la définition des rotations fonctionnelles. Nous donnerons d’abord unepremière
extensionqui,
sansnous être
directementutile,
nousparaît cependant
avoirquelque
intérêt.L’idée est d’introduire un
paramètre
variable dans la définition.Nous dirons que le noyau
K (st)
est un noyau de rotation deparamètre
e,quand
la relation
est résolue inversement
quelle
que soitf (s)
parLes noyanx définis
plus
hautcorrespondent
au cas où e = 1.Le
calculqui
va déterminer ces noyaux que nousdésignerons
par la notation:Kt (st)
est entièrementidentique
à celuidu §
2. On doit avoir comme à cet endroit.r
(st, î,)
étant le noyau résolvant de K(st).
On tire de là en
passant’
aux résolvantespuis posant
où
1~1 (st, p)
est la résolvante du noyau _-_ on a la conditionB a /
d’où l’on tire comme
plus
haut que h(st)
estsymétrique gauche.
Par suite
est la valeur
prise
pour î,_ ~
par la résolvante d’un noyausymétrique gauche
2
h (st).
De mêmevaleur
prise
pour X_ ~ 2
par la résolvante du noyausymétrique gauche -
h(st).
Ces noyaux ne différent d’ailleurs pas en fait des noyaux de rotation de
para-
mètre ~. Il suffit de remarquer que est un noyau de
paramètre
i. D’ailleursEA( st, 1
est bien la résolvante pour A=;
dunoyau symétrique gauche
Ehst .
A cause de cela les noyaux K~
(st)
ont toutes lespropriétés
des noyaux K. Remar- quons encore que si ~~o ; A(st, ~ 2~ h(st) et K, devient un noyau symétrique
gauche.
Onpeut
doncprendre
comme rotations fonctionnelles infinitésimales les transformations linéairesoù E est infiniment
petit,
etsymétrique gauche.
Ce résultat adéjà
été ren-contré dans un ordre d’idées tout différent par G.
Kowalewsky(*).
Nous n’insisterons pas ici sur ces noyaux K~ nous réservant t