A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION A
F RÉDÉRIC P HAM
Singularités des processus de diffusion multiple
Annales de l’I. H. P., section A, tome 6, n
o2 (1967), p. 89-204
<http://www.numdam.org/item?id=AIHPA_1967__6_2_89_0>
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p. 89
Singularités des processus de diffusion multiple
Frédéric PHAM
(C.
E. R. N.-Genève et C. E.N.-Saclay).
Vol. VI, n° 2, 1967
Physique théorique.
ABSTRACT. - As Coleman and Norton
recently noticed,
thephenomeno- logical
notion of «multiple scattering
» allows a verysimple interpretation
of Landau
singularities
of the S matrix in thephysical region,
for processes with anarbitrary
number ofparticles.
Here thisphysical interpretation
is
deepened through
ageometrical
idea : Landausingularities
are apparentcontours.
Using
certain methods of differentialtopology, inspired by Thom,
anddeveloped
in theAppendices,
one shows that theseapparent
contours have in the
physical region
a muchsimpler
structure than onewould
imagine.
Thisgives
theopportunity
offormulating
in aprecise
way the usual
conjectures
on theanalyticity
of the S matrix(distorsion
ofthe
physical region, Cutkosky’s rules, etc.),
and ofproviding
asimple
link between these
conjectures
and themultiple scattering
idea: thusCutkosky’s
rules lead verydirectly
to thefactorization
propertyof
the Smatrix
for large
timelike intervals.Still
using
theapparent
contouridea,
one studiessystematically
the«
hierarchy
» of thesingularities
for the various processes, thussupporting
the
conjectures through
many mathematicalconsistency
arguments.RÉSUMÉ. - Comme Coleman et Norton l’ont
remarqué récemment,
la notion
phénoménologique
de « diffusionmultiple » permet d’interpréter
très
simplement
lessingularités
de Landau de la matrice S dans larégion physique,
pour des processus à un nombrequelconque
departicules.
Cetteinterprétation physique
est iciapprofondie, grâce
à une idéegéométrique :
les
singularités
de Landau sont des contours apparents. Utilisant des méthodes detopologie
différentielleinspirées
parThom,
etdéveloppées
dans lesAppendices,
on montre que la structure de ces contoursapparents
dans larégion physique
estbeaucoup plus simple qu’on pouvait l’imaginer.
On enANN. INST. POINCARÉ, A-VI-2 7
profite
pour formuler avecprécision
lesconjectures
habituelles surl’analy-
ticité de la matrice S
(détournement
de larégion physique, règles
de Cut-kosky, etc.),
et pour les rattacher trèssimplement
à l’idée de « diffusionmultiple »
ainsi lesrègles
deCutkosky
conduisent tout droit à lapropriété
de
factorisation
de la matrice S pour des événementséloignés
dans le temps.Toujours grâce
à l’idée de contourapparent,
on étudiesystématiquement
la « hiérarchie )) des
singularités
des divers processus,étayant
ainsi lesconjectures
par de nombreuxarguments
de cohérencemathématique.
PLAN
INTRODUCTION. -
Qui
traite à fond l’idéephysique
de diffusionmultiple,
et résume les résultats
topologiques
lesplus frappants ...
90CHAPITRE 0. -
Étude
de la notion abstraite(combinatoire)
degraphe,
où l’on voit
poindre
l’idée d’une «catégorie
desgraphes »
... 110CHAPITRE Ier. -
Étude topologique
des espaces que laPhysique
associeaux «
graphes
de diffusionmultiple
», et desapplications
associées aux« contractions » de ces
graphes ;
on y met en relief lespropriétés
desapplications
composées obtenues en composant les contractions.. 127 CHAPITRE II. - Où l’on voitapparaître
la « hiérarchie » dessingularités,
en étudiant les
propriétés analytiques
de la matrice S et de sesparties
absorptives
... 145CHAPITRE III. - Où les bizarreries des
graphes
àlignes multiples
sontexpliquées
par l’existence des processusélastiques ...
163APPENDICE 0. - Un lemme
d’analyse,
utile pour établir la factorisationde la matrice S lors d’une diffusion
multiple ...
108APPENDICE I.
- Quelques
idées de Thom sur les types stables desingula-
177rités
d’applications
différentiables ...APPENDICE II. - Comment la
composition
desapplications
donne nais-sance à de nouveaux types de
singularités...
184APPENDICE III. - Où l’on étudie les « détournements
complexes »
devariétés
réelles,
et lespropriétés analytiques
desintégrales
« presqueréelles M... 190
APPENDICE IV. - Un cas
simple
de groupe fondamental commutatif . 2011
INTRODUCTION
Les difficultés
auxquelles
se heurtait la théorie deschamps
avaient conduiten 1943
Heisenberg [11]
àdégager
la notion de « matrice S »,qu’il présen-
tait comme étant l’observable fondamentale de la
physique,
et le seulconcept
destiné à survivre dans « la théorie future ».
Depuis lors,
degrands progrès
ont été faits dans l’étude des
propriétés générales
de la matriceS,
et surtoutde son
analyticité, permettant
de relier entre eux de nombreux résultatsexpérimentaux
et donnant des vuesprofondes
sur ladynamique
des inter-actions fortes. Dans l’étude
générale
de cespropriétés analytiques,
onpeut distinguer
deuxstyles
de recherche : lepremier
consiste à démontrerrigou-
reusement, à
partir
des axiomes de la théorie deschamps (aujourd’hui épurée
et affermie sur ses bases[17] [36])
que la matrice S est certainementanalytique
dans tel ou tel domaine(de l’espace complexe
desimpulsions- énergies) ;
bien que cette route soitlongue
etdifficile,
elle adéjà
conduit àquelques prédictions
vérifiablesexpérimentalement.
La secondevoie, heuristique,
est celle que nous allonsadopter :
elle consiste à essayer dedeviner,
aucontraire,
àquels
endroits la matrice S seraobligatoirement singulière;
le pas décisif a été fait par Landau[18],
seguidant
sur la théoriedes
perturbations;
les études faitesaprès
lui ontélargi
notrecompréhension,
confirmant l’existence des «
singularités
de Landau » à un niveauplus profond
que la théorie desperturbations,
mais en cequi
concerne lesrésultats bruts on n’a
guère gagné
enprécision :
parexemple,
on ne saittoujours
pas délimiter engénéral
le « feuilletphysique
», ni donner de critèressimples
pourqu’une singularité
de Landau y soit effectivementprésente.
En attendant decomprendre
cemystérieux
« feuilletphysique
»,il est intéressant de voir ce
qu’on peut
dire de larégion physique : après
tout, c’est làqu’ont
lieu lesexpériences.
Pour les processus à deux corps, les seulessingularités
de Landauprésentes
dans larégion physique
sont les« seuils normaux », ce
qui
ne nous conduit pas très loin. Maisquand
onaugmente
le nombre departicules,
lessingularités
de «graphes
deFeynman »
de
plus
enplus compliqués
se mettent à rencontrer larégion physique,
cequi
intuitivement secomprend
ainsi : les processus « virtuels » que décri- vaient cesgraphes
deviennent « vraiment »possibles,
processus dediffusion multiple
telsqu’on peut
en observer dans une chambre à bulles. A cettesimplification
del’interprétation physique (1), s’ajoute
unesimplification mathématique :
nous montrerons que la structuretopologique
dessingula-
rités de Landau est, dans la
région physique,
laplus
banalequ’on puisse imaginer,
tout à fait semblable à la structure des seuils normaux, et celanous
permettra
de formuler defaçon simple
etprécise
lesconjectures
usuellessur
l’analyticité
de la matrice S(règles
deCutkosky [4], etc.), qui
étaientjusqu’à présent enveloppées
d’un brouillardprotecteur.
Il nous faudra(1) Mise en relief récemment par Coleman et Norton
[3].
bien sûr donner des
arguments précis
en faveur de cesconjectures (n’ayant
pas encore l’ambition de les démontrer en théorie des
champs).
La notionphénoménologique
dediffusion multiple
nous fournira de tels arguments.En
particulier,
nous verrons que lesrègles
deCutkosky
sont liées à lapropriété
defactorisation
de la matrice S pour une succession de processuslargement séparés
dans le temps,propriété
trèsimportante (2) qui
permet decomprendre pourquoi
la matriceS,
définie seulement en termes d’étatsasymptotiques
de diffusion auxtemps - 00
et +peut
néanmoins servir à décrire uneexpérience
delaboratoire,
où lesparticules
initiales doi-vent être
préparées
et lesparticules
finales détectées à des instantsfinis.
Ces
arguments physiques (développés
dans la section 3 de cetteintroduction)
me semblent fournir une
justification beaucoup plus
convaincante que la théorie desperturbations (3).
Nous lescompléterons
par un autretype d’arguments,
destinés à servir dejalons
pour la preuve future desconjec-
tures : on
soupçonnait depuis longtemps,
et cette idée s’est un peupréci-
sée
[30], qu’une
certaine « hiérarchie » desgraphes
rend leurssingularités logiquement dépendantes
les unes des autres; cetteinterdépendance
feral’objet
dans leschapitres
suivants(et
surtout auchap. II)
d’une étudesystématique qui j’espère
convaincra le lecteur de lapuissance
des méthodestopologiques (4) ;
enparticulier,
desarguments mathématiques
tout à faitgénéraux
nouspermettront
de déduire « enpartie » (5)
lesconjectures
pour lesgraphes
d’ordresupérieur
une fois admises pour lesgraphes
d’ordreinférieur.
(2) Goldberger
et Watson [8]. Il est amusant de noterqu’une propriété
trèsanalogue
de factorisation desamplitudes
est lepoint
dedépart
de la formulation de lamécanique quantique
selon Feynman [6], formulationqui
lui ajustement permis
de découvrir sesgraphes.
(3)
Cequi
ne nousempêchera
pas dejustifier
lesconjectures
aussi en théoriedes
perturbations : cf.,
section 4 de cette introduction.(~) Joueront un rôle essentiel : d’une part les idées de Thom sur les
singularités
des
applications
différentiables [37] ; d’autre part les techniques générales d’étude de l’analyticité des intégralesmultiples,
techniques issues du travail de Leray[22],
et
développées
par Fotiadi, Froissart, Lascoux et l’auteur[7]
[28] ; pour unexposé
d’ensemble, cf. [29] ; pour lasimplification apportée
ici par la restriction audomaine réel, cf.,
l’appendice
III du présent travail.(5) Pour les déduire en totalité (et aussi pour donner le départ de la récurrence), il faudrait
ajouter
à ces argumentsmathématiques
un ingrédient supplémentaire : l’unitarité de la matrice S est un candidatévident,
et permet en effetd’aller jusqu’au
bout dans des cas
particuliers simples,
mais je n’ai pas essayé de m’attaquer aucas général, craignant de me perdre dans l’extrême
complexité
combinatoire des relations d’unitarité.I.
Rappel
depropriétés générales
de la matrice S.1.1. La matrice S.
Le fait
fondamental, qui permet
deparler
de la matriceS,
est l’existence d’étatsasymptotiques [31 ],
c’est-à-dire le fait que toutsystème physique
tend à se
séparer (6),
auxtemps -
oo et + oo, en dessystèmes (appelés in
et
out)
departicules
biendifférenciées, indépendantes.
Pour décrire unensemble 1 de
particules indépendantes,
on peut choisir comme variablescanoniques,
outre lesspins (7)
et nombresquantiques
internes de chacune de cesparticules,
leursimpulsions-énergies
pl(i El), appartenant
à la napped’hyperboloïde
où m; est la niasse
(supposée ~ 0)
de laparticule
i. Un état dusystème
estdonné par une « fonction d’onde » de carré sommable sur la « couche de masse » fli
J6;
munie de la mesure/6l
On
note ( ~ ) S j ~ ~
l’élément de matrice S entre deux telsétats,
c’est-à-direl’amplitude
de transition d’un état in décrit par la fonction d’onde àun état out décrit par la
fonction
d’onde Il est commoded’introduire
le «noyau intégral » pJ | S |pI>
défini parl’expression symbolique
où le
symbole doit s’interpréter
comme uneintégration
sur la couchede masse avec la mesure Ce noyau
intégial pJ|S|pI>
est une(a)
Pourvu qu’aucuneparticule
de masse nulle n’entre enjeu.
(’)
On se limitera poursimphfier
au cas departicules
de spin zéro.distribution
(8)
sur la variété L’invariance par translation(9)
de lamatrice S entraîne immédiatement que la
distribution pJ 1 S 1 pI )
se facto-rise en
où l’on a
posé
/?i =pl,
PJdésigne
une distri-bution
qui peut
être restreinte à{7?ï 2014
p, =0 }.
On utilisera les notations suivantes :la
distribution (
est considérée comme définie sur cette variété ~IJ.1.2. «
Décomposition
enpaquets » (cluster décomposition).
Imaginons
un processus 1 - J où lesparticules
de 1 u J sontgroupées
en «
paquets »
situés à degrandes
distancesd’espace
les uns des autres.Intuitivement,
on s’attend[39]
à ce que tous cespaquets représentent
desprocessus
indépendants
les uns des autres, de sorte quel’amplitude
detransition sera
simplement
leproduit
desamplitudes
de chacun de cesprocessus. Et en
effet,
on démontre[12]
laPROPRIÉTÉ DE « CLUSTER »
Soient une
partition
non triviale de 1 uJ, a
= une famille dequadrivecteurs
tels que toutes leursdifférences
aK - aK- soient du genre espace(c’est-à-dire (aK - aR~)2 0),
~pa[resp.
la fonction d’onde déduite(8)
C’est uneconséquence
du théorème nucléaire de Schwartz et du fait que la matrice S est un opérateur borné(cet
argument m’a étéindiqué
par D.Iagolnitzer qui
l’avait appris de D. Ruelle).’
(9)
L’invariance par translation s’écrit (9 1 s 1 cp )
=(Ya S 1 90
B où Qa[resp. Ça]
désigne
l’état « translaté du quadrivecteur a », défini par[resp. ~]
enopérant
surchaque particule
i E 1[resp. J]
unetranslation
de vecteuragl, Ki 3 i [c’est-à-dire
Alors, quand
tous les(aK - aK,)2
tendent vers moins1 S
tend vers
l’expression
1.3. Définition des
amplitudes tronquées.
Les
amplitudes tronquées pJ|S|pI>T
sontdéfinies,
par récurrencesur les ensembles 1 et
J,
par lesdécompositions
où la somme
porte
sur toutes lespartitions
~’ de I u J(y compris
lapartition triviale).
Chacun des termes ainsi définis satisfait évidemment la conserva-tion de
l’impulsion-énergie
de sorte que seulel’amplitude tronquée pJ 1 S pI )T
contribueraà ~ c~ j 1 S J cp)
pourvu que lessupports
des fonc- tions d’ondec~(p’)
interdisent toute conservation «partielle »
del’impulsion-énergie.
Il est
intéressant
de voir ce que devient lapropriété
de « cluster »quand
on
remplace
chacun de ses termes par sadécomposition
enamplitudes
tron-quées :
on voit que seules contribueront lespartitions
3l’plus
fines que lapartition
Xdonnée;
enparticulier,
la contribution duterme ( p’ [ S
sera nulle pour toute
partition
3l nontriviale,
cequi
veut dire que la trans- formée deFourier aJ|S|aI>T de (p] [ S 1 pl B
tend vers zérolorsque
les vecteurs a « relatifs » tendent vers l’infini dans des directions du genre espace. Cette
propriété
de la transformée de Fourier est intimement liéeau caractère « peu
singulier »
del’amplitude
en
effet,
il semble que celle-ci soit une distributionplutôt
« douce »,proba-
blement une « brave » valeur au bord de
fonction analytique.
En gros, onpeut
dire quel’amplitude tronquée
est cequi
reste une fois extraits del’amplitude
totale les termes lesplus singuliers (ceux qui
contiennent les fonctions S de conservationpartielle
del’impulsion-énergie),
termesqui
sont
responsables
de la factorisation de la matrice S pour degrandes sépa-
rations du genre espace. Nous verrons dans les sections suivantes
qu’il
reste aux
amplitudes tronquées
d’autressingularités (moins graves),
corres-pondant
aux factorisations de la matrice S pour degrandes séparations
dugenre
temps (processus
dediffusion multiple) .
2.
Singularités
de Landau de la matrice S.2.1. La
remarque
de Coleman et Norton.La
plus simple
dessingularités
deLandau,
lepôle
dû à lapropagation
d’une
particule
intermédiaire(fig. 1 ),
est connuedepuis
les débuts de lamécanique quantique
relativiste. Soninterprétation
en termes de « diffusiondouble » a suscité une abondante littérature
(1°).
Mais assezcurieusement,
c’est seulement récemment
qu’on
s’est aperçu[3]
que la notionphénoméno- logique
de diffusionmultiple
fournit pour ungraphe quelconque
une inter-prétation
trèssimple
des «équations
de Landau ».Considérons,
pour fixer lesidées,
legraphe
de lafigure
2. Onpeut
l’inter-préter
commereprésentant
trois diffusionssuccessives,
chacune des trois« collisions »
ayant
lieu dans unepetite région A, B, C, pratiquement ponctuelle,
del’espace-temps. Classiquement,
si "t"7, ïg, T9 sont les «temps
propres » desparticules 7, 8,
9 entre l’instant de leur création et celui de leurdestruction,
les « vélocités » de cesparticules
seront lesquadrivecteurs
(1°)
Cf. parexemple [14]
[38].de sorte que leurs
impulsions-énergies
serontoù l’on a
posé
«; = La donnée des moments Pi et desparamètres positifs
oc, détermine donc defaçon unique,
à une translation d’ensembleprès,
laposition
dansl’espace-temps
despoints A, B, C,
pourvu que l’on ait == 03B18p8 +Plus
généralement,
pour un «graphe
de diffusionmultiple » quelconque,
un raisonnement
analogue
fournit leséquations
où I
désigne
l’ensemble deslignes
internes dugraphe
et zn’importe quel cycle
construit sur ceslignes
internes[z(i)
= 0 si lecycle
z ne contient pas laligne i,
+ 1 s’il la contient avec la bonneorientation, -
1 s’il la contientavec l’orientation
opposée].
Auxéquations (L)
on doit naturellementjoindre
leséquations
de conservation del’impulsion-énergie
àchaque
vertex, et toutes les contraintes de masses
(il).
On obtient de cettefaçon
les
équations
de Landau bien connues de la théorie desperturbations.
Enéliminant les moments internes p et les
paramètres positifs (12)
«; entre ceséquations,
on obtient des relations entre les moments externes : ce sont leséquations
dessingularités
de Landau dugraphe
considéré. Nous pouvons dès maintenant énoncer laCONJECTURE A. - La
distribution pI2|S|pI1 B
estégale
à unefonction analytique
en tous lespoints
desauf
sur les «singularités
de Landau » de tous lesgraphes
de diffusionmultiple,
connexes,ayant Il
et12
comme ensembles delignes
entrantes et sortantes.2.2. Les
singularités
de Landau comme « contoursapparents
».A tout
graphe
G associonsl’espace ~(G),
intersection de la couche demasse J6I
(1
étant l’ensemble de toutes leslignes,
internes comme externes,du
graphe)
avecl’espace
euclidien8(G)
défini par la conservation del’impul- sion-énergie
àchaque
vertex. On verra(Chap. Ier)
que pour presque toutes(11)
Sans oublier les conditions de positivité del’énergie.
(12)
Les cx/ doivent êtrepositifs
parce que les Ti le sont(les particules
ne peuvent pas « remonter letemps »).
les valeurs des masses cet espace
~(G)
est une variété. Soit x laprojection canonique
de cette variété sur la variété JI1I2 des moments externes du gra-phe.
On vérifieraqu’un point pI
E estcritique (13)
pour laprojection r
siet seulement s’il existe des
paramètres
«; non tous nuls tels que leséqua-
tions
soient satisfaites pour tout
cycle
z construit sur l’ensemble I deslignes
internes du
graphe.
Leséquations
de Landau sont doncsimplement
leséquations
de l’ensemblecritique (avec
enplus
les contraintes >0),
desorte que les
singularités
de Landau sont un morceau du contour apparent(image
de l’ensemblecritique).
Engénéral,
un contourapparent
est un êtregéométrique
extrêmementcomplexe (pensez
aux formes bizarres queprennent
les « surfacescaustiques »
del’optique géométrique). Pourtant,
nous allons voir que le morceau
correspondant
aux ce; > 0 a au contraireune structure très
simple.
Commençons
par la remarque suivante :2.3. Convexité des
singularités
de Landau hors de la couche de masse.Sortons de
l’espace ~(G)
pour nousplacer
dansl’espace
(contraintes
de masses pour leslignes
internesseulement).
On voit aisément que le caractèrecritique
d’unpoint pI
E~f(G)
-~ 61112s’exprime
aussi parc
les
équations (L).
Soitdonc pI
E~’(G)
unpoint
où leséquations (L)
admet-tent une solution avec «; > 0
V z e 7,
etconsidérons,
dansl’espace
euclidien
6(G),
la fonction linéaire(13) Le
point x e lf
est dit critique pourl’application 03C0 : J (source)
- 03B2(but)
si
l’application
tangente Txr : Txlf - n’est pas surjective. Autrement dit,l’espace
tangent à la source a pourimage
un espace vectorielplus
petit quel’espace
tangent au but : la codimension de cette
image s’appelle
le corang au but dupoint
critique.on voit immédiatement que restreinte à la couche de masse cette expres-
c c
sion est >
0,
car il en est ainsi dechaque
terme(Pi
- autrementdit,
c
l’hyperplan {t(pI)
= 0}, qui
passe parpI,
«supporte » l’espace
c
d’autre
part,
cethyperplan
est évidemment « vertical »(puisque
lepoint pi
est
critique),
c’est-à-direqu’il
seprojette
suivant unhyperplan (14)
deil est d’ailleurs facile de vérifier
directement,
à l’aide deséquations (L),
que
t(pI)
est en fait une fonction des moments externespI1I2
seulement.Ainsi,
par toutpoint singulier
de Landau passe unhyperplan
par rapportauquel
toutl’espace lf’(G)
seprojette
d’un mêmecôté,
de sorte que cethyper- plan
supporte, enparticulier,
tout le contourapparent.
2.4. Comment « détourner la
région physique
» dessingularités
de Landau au
voisinage
d’unpoint
« lisse »(15).
Revenant sur la couche de masse, nous voyons que tout
l’espace
se
projette
d’un même côté de sasingularité
de Landau : nous dironsqu’un point pI1I2
Eproche
de lasingularité
de Landauconsidérée,
est« au-dessus ou au-dessous du seuil de G » selon
qu’il appartient
ou non àl’image
de~(G).
Cette définition nous servira àcompléter
laconjecture
Asur
l’analyticité
del’amplitude
de diffusion dans larégion physique,
enindiquant
parquels
« détournementscomplexes »
il faut franchir lessingu-
larités de Landau pour connecter les différentes fonctions
analytiques qu’elles séparent.
Toutpoint
lisse(15)
de Landau admet unvoisinage
Udans
lequel
la variété de Landau Lpeut
être donnée par uneéquation analytique
réelle 1 = 00).
Nous choisirons lesigne
de 1 defaçon
que 1 > 0 au-dessus du seuil. La fonctionanalytique
l admet unecomplexifiée
1qui,
dans unvoisinage complexe
U assezpetit,
estl’équation
d’une variété(car 0) analytique complexe
de codimension 1 : c’est la «complexifiée »
L de L. On énoncera alors la
CONJECTURE B. - Restreinte au
voisinage
U assezpetit,
la distribu-valeur au
bord,
suivant le domainecomplexe />0},
d’unefonction analytique prolongeable analytiquement
le
long
de tout chemin de U - L.(14)
Suivant un usagerépandu,
nous réservons lepréfixe
«hyper-
»(hyperplan, hypersurface)
à la codimension 1.(15)
Nous dirons qu’unpoint
de Landau est lisse s’il admet unvoisinage
Udans
lequel
lessingularités
de Landau de tous lesgraphes possibles
forment unesous-variété
analytique
L de codimension 1.REMARQUE : Le fait que la fonction
analytique
enquestion
a L pourseule
singularité garantit
que la valeur au bord estindépendante
de laforme exacte du domaine
f Im
1 >0 } (c’est-à-dire indépendante
del’équa-
tion locale 1
choisie).
Pour avoir un énoncéintrinsèque,
il faut utiliser la notion de « classe de détournement », introduite dansl’appendice
III.La raison pour
laquelle
la classe dedétournement {Im
1 >0 }
a été choisie depréférence
à la classeopposée {
Im 10 } apparaîtra
dans la section 3 decette introduction.
2.5. Structure des
singularités
«principales
».La remarque
2.3,
enprouvant
la convexité dessingularités
deLandau,
montre
déjà
que celles-ci ne peuvent pas souffrir « d’accidents »trop
visi- bles(tels
quepoints
derebroussement, etc.),
tout au moins hors de la couche de masse. Nous démontrerons auchapitre
Ier un résultatbeaucoup plus précis,
et valable aussi bien sur la couche de massequ’en dehors,
concernant la structure des «
singularités principales »
desgraphes :
considé-rons un
point critique
de corang au but1,
c’est-à-dire unpoint
où leséqua-
tions
(L)
sont satisfaites par un seulsystème
deparamètres
oc~(à
un facteurcommun
près) (16) ;
nous dironsqu’un
telpoint critique
estprincipal
si cesparamètres
OCi sont tous strictementpositi.f’s (17); l’image
d’unpoint critique principal
seraappelée
«point
de Landauprincipal (du graphe
consi-déré)
». Lechapitre
Ier démontrera que toutesingularité principale
est dutype Si
deThom,
cequi signifie (cf., Appendice I)
que dans unvoisinage
du
point critique
la situationpeut
être décrite ainsi :Type Si de
ThomL’ensemble
critique
est une variétéanalytique
de dimensionégale
à celledu but moins un, et sa
projection
sur le contourapparent
est un isomor-phisme
de variétésanalytiques (18);
restreinte àl’image réciproque
d’unedroite
(19)
transverse au contourapparent, l’application
7r(qui
devient unefonction)
a unpoint critique quadratique
nondégénéré (c’est-à-dire
que sa (16) Defaçon générale,
le corang au but est égal à la dimension del’espace
vectoriel des (x/) solutions des équations (L).
(17)
Cette définition,provisoire,
seraélargie
auChapitre
Ier, § 1.2.5.(18)
Enparticulier,
toute valeurcritique (point
deLandau)
est l’image d’un seulpoint critique (localement).
(11) Puisqu’on
décrit une situation locale, il est bien naturel de dire « droite »au lieu « d’ensemble analytique à une dimension ».
différentielle s’annule - par définition - au
point critique,
mais pas son« Hessien », déterminant de ses dérivées
secondes).
REMARQUE :
1 Un cas un peuspécial
est celui où la dimension de la« source »
~(G)
estégale
à celle du but moins un. Ce que nousappelons
« contour
apparent »
est alorssimplement
laprojection
de et lespoints
de corang 1 sontceux
pourlesquels
cetteprojection
est(localement)
un
isomorphisme
de variétésanalytiques (Théorème
des fonctionsimpli- cites).
Commeexemples
de cettesituation,
citons legraphe
de lafigure 1,
et celui de la
figure
3. Nous ne considéreronsjamais
les cas(de
corang >1)
où la dimension de la source est encore
plus petite,
parexemple égale
àcelle du but moins
deux,
comme lesgraphes
desfigures
4 et 5. Eneffet,
les
singularités
de Landau de telsgraphes
ont une codimension > 1 et sontsimplement
des intersections desingularités
d’autresgraphes (la figure
4provient
de deuxgraphes analogues
à celui de lafigure
1 et lafigure
5 desix
graphes analogues
à celui de lafigure 3).
2.6. Parties
absorptives.
La
conjecture
B adéfini,
dans unpetit
ouvertcomplexe
U contenant unevariété de Landau
L,
une fonctionanalytique (en général multiforme) dont (pIS
était la valeur au bordsuivant {Im
1 >0 }.
Consi-dérons
maintenant,
dans ledomaine {lm
1 0},
la détermination de cette fonctionqui
coïncideS 1 ph ~T
au-dessous duseuil,
et soit(pIs )-r(L)
la valeur au bord de cette fonction. La «partie absorptive
suivant L » sera par définition la distribution
(définie
seulement dans levoisinage U) :
On posera
Nous allons énoncer une
règle (« règle
deCutkosky ») permettant
de calculer lesparties absorptives.
Considérons un
point
de Landau telqu’il
existe ungraphe
et un seul Gl’ayant
pourpoint
de Landauprincipal.
Il résulte alors duparagraphe
2.5que ce
point
estlisse,
de sortequ’on peut
définir lapartie absorptive
suivantla variété de Landau
L,
dans unvoisinage
dupoint
considéré.CONJECTURE C. - Dans ces
conditions,
et si deplus
legraphe
G estsimple (2°),
c’est-à-dire si toutepaire
de vertex est reliée par auplus
uneligne,
lapartie absorptive
suivant L est donnée parl’expression
où le
produit
a lieu sur tous les vertex v dugraphe G; ~ SV)T désigne
l’élé-ment de matrice S du « processus élémentaire » que
symbolise
le vertex v;f désigne,
commed’habitude, l’intégration
sur la couche de masse desI
moments
internes,
avec la mesure =1 d p~~(p2 - m2) (21).
t67
(2°)
Le cas des graphes à lignesmultiples
sera traité auChapitre
III.(21) Rappelons
que les conditions de positivité del’énergie p°
> 0 sont incluses dans la définition de la couche de masseSi l’on extrait de la formule
(A)
la fonction- pi) exprimant
laconservation de
l’impulsion-énergie totale,
on obtient la formuleoù
l’intégration
sur la « fibre » c se fait avec la mesuredésignant
la mesurecanonique
sur le sous-espace euclidien deimage réciproque
dupoint Compte
tenu del’analyticité
(conjectures
A etB),
on voit quel’intégrale (A)
au-dessus du seuil est dutype
étudié dansl’Appendice III,
et définit donc une fonctionanalytique,
dont nous
préciserons
lespropriétés
auChapitre
II.3. Factorisation de la matrice S.
Soit G un
graphe
de diffusionmultiple,
connexe,ayant Il
et12
comme ensembles delignes
entrantes et sortantes. Nous nous proposons d’étudier lecomportement asymptotique
del’amplitude
du processus élémen- taireIi - 12 lorsqu’on opère
sur lespaquets
d’onde des diversesparticules
des translations
d’espace-temps convenables,
destinées à nous mettre dans les conditions d’observation du processus G. Achaque
vertex v dugraphe
G onassociera un
quadrivecteur
av, dont seront translatées toutes lesparticules
externes incidentes à v. Le choix du
système (at,)
se fera de lafaçon
sui-vante : soit
pI1I2
E JI1I2 unpoint
deLandau,
censéreprésenter
lesimpulsions- énergies
moyennes desparticules
externes; on supposeraqu’il s’agit
d’unpoint
de Landauprincipal
dugraphe G,
de sorte que(vu
leparagraphe 2.5)
c
sont associés à ce
point
des moments internes Pi définis defaçon unique,
et des
paramètres positifs
définis à un facteur communprès; l’analyse
de Coleman et Norton
suggère d’interpréter
ce facteur commun r commec
l’échelle de
temps
du processus, et, considérant lesquadrivecteurs a1
= Talpl, d’en déduire lesa v
par leséquations a.
=a Vi "
- et zdésignant
l’origine
et l’extrémité de laligne
i(on
ne détermine ainsi les avqu’à
l’addi-tion d’un vecteur commun
près,
mais peuimporte,
vu l’invariance partranslation de la matrice
S).
Sous l’action des translations ainsichoisies,
l’élément de matrice S
tronqué
devient
où Pv
désigne
la « sommealgébrique »
des moments externes incidents auvertex v
(comptés positivement
s’ils y entrent,négativement
s’ils ensortent),
encore
égale, d’après
la conservation del’impulsion-énergie,
à la « sommealgébrique » (avec
lesigne opposé)
des moments internes incidents à v : uncalcul enfantin donne ainsi
de sorte que le facteur de
phase
dansl’intégrale peut
s’écrireoù est la fonction linéaire définie au
paragraphe 2.3, équation
dec
l’hyperplan tangent
à la variété de Landau aupoint pIlI!. L’intégrale
seprésente
donc comme transformée de Fourier(facteur
du pro- duit d’une fonction que nous choisirons C~ àsupport compact
c
dans un
petit voisinage
depIlla,
par une valeur au bord defonction analytique
dans un
demi-voisinage
limité audemi-plan supérieur (22). D’après l’Appen-
dice
0,
cetteintégrale ~ S > (ï)
tend donc vers zéroquand
"t" - - 00,plus
t.ite que toute
puissance
inverse de ’t". La mêmepropriété
estvalable, quand
T - -)- oc, pour la définie en
remplaçant
la distribu-(22)
Plusprécisément,
choisissons unsystème
de coordonnées locales dont lapremière
sera la fonction t tandis que les autres seront appelées(Ut). Evidemment, puisque dt L
= 0, aucun desdu; L
ne pourra s’annuler.Compte
tenu de la Conjecture B, on en déduit que1)
1 plI
)T est line fonction continue de à valeurs distributions dans la variable t ;2) pour
chaque
(u;) réel, cette distribution est une valeur au bord de fonc- tionanalytique
dans undemi-voisinage
limité au demi-plan supérieur en t (Im t > 0).On est donc exactement dans les conditions du Corollaire final de