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La productivité du travail aux Etats-Unis note hussonet n°21, septembre 2010

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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La productivité du travail aux Etats-Unis

note hussonet n°21, septembre 2010

Dans le Wall Street Journal, Justin Lahart souligne que les limites de la croissance de la productivité aux Etats-Unis sont

« de bon augure pour l'emploi ». Et, en effet, la progression de la productivité horaire du travail ralentit depuis un an, et elle a même reculé de 0,5 % au deuxième trimestre 2010. Les témoignages de patrons recueillis par le journaliste sont bien résumés par une économiste de Merrill Lynch : « Les entreprises ont réussi à comprimer leurs effectifs, mais cela ne pouvait durer ». Elles seront donc obligées d’embaucher, même avec la croissance faible, qui est prévue jusqu’à la fin de l’année, et c’est plutôt une bonne nouvelle pour les salariés

La productivité du travail est une variable-clé pour la dynamique du capitalisme, parce que c’est elle qui détermine le rythme auquel il produit ses marchandises. Aux Etats-Unis, la croissance de la productivité du travail connaît de très fortes fluctuations à court terme et une évolution très marquée par les cycles. On retrouve aussi les grandes périodes du dernier demi-siècle : tendance à la hausse jusqu’à la récession de 1967, puis ralentissement jusqu’au début des années 1980, en fin reprise très inégale et très fluctuante depuis (graphique 1).

Graphique 1

La productivité du travail aux Etats-Unis 1950-2010

-3 -2 -1 0 1 2 3 4 5 6 7 8

1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000 2005 2010 Taux de croissance annuel Lissage

Source : Bureau of Labor Statistics

Si on se concentre sur les deux dernières décennies, la périodisation est plus simple à établir. A partir de 1995 et jusqu’au tournant du siècle, c’est la « nouvelle économie » avec ses illusions sur une croissance durablement forte de la productivité, grâce aux nouvelles technologies. Et c’est aussi la période de l’euphorie boursière.

Ensuite, la réalité a tranché : la productivité du travail n’avait pas franchi de manière irréversible une marche d’escalier, mais parcouru un cycle high tech, particulièrement marqué il est vrai. Il suffisait de ne pas participer à l’« exubérance irrationnelle » de l’époque pour anticiper cette évolution1. Avant l’éclatement de la crise, la progression de la productivité du travail tend à ralentir (graphique 2).

1 voir par exemple Michel Husson, « Après la nouvelle économie », Variations n°3, 2002

(2)

2 Graphique 2

La productivité du travail aux Etats-Unis 1990-2010

-1 0 1 2 3 4 5 6 7

1990 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 Nouvelle

économie Fin du cycle

high tech La crise

Pendant la crise, l’évolution est extrêmement heurtée et il faut agrandir encore la focale (graphique 3) : - juste avant la crise, la pression sur les salariés permet de dégager d’importants gains de productivité ;

- la crise survient : la productivité s’effondre en 2008 parce que les licenciements ne réussissent pas à accompagner la récession

- 2009 est l’année du grand rattrapage: les patrons licencient à tour de bras et obtiennent des gains de productivité époustouflants, conçus pour rétablir leurs profits mis à mal par la crise

- mais le mouvement s’épuise : le rendement des licenciements est en quelque sorte décroissant et débouche sur le recul de la productivité au deuxième trimestre 2010.

Graphique 3

La productivité du travail aux Etats-Unis 2007-2010

0.2 2.6

4.1 3.6

-1.4 1.2

-1.3 -0.1

3.4 8.4

7.0 6.0

3.9

-1.8

2007 2008 2009 2010

Taux de croissance trimestre par trimestre en équivalent annuel

Ce blocage de la productivité est une mauvaise nouvelle pour les capitalistes. Leur réticence à embaucher et à investir (rétablissement du profit oblige) contribue à entretenir une conjoncture relativement médiocre qui vient à son tour peser sur leurs profits et qui les renforcera malgré tout dans leur désir d’une reprise sans emplois Voilà pourquoi, malgré les « bons augures », le taux de chômage (9,6 % aujourd’hui) risque de mettre du temps avant de redescendre.

Références

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