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Fabrication et usage des écoquartiers français

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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N° ordre 2012ISAL0052 Année 2012

Thèse

Fabrication et usage des écoquartiers français

Eléments d’analyse à partir des quartiers De Bonne (Grenoble), Ginko (Bordeaux) et Bottière-Chénaie (Nantes)

Volume 1

présentée devant

l’Institut National des Sciences Appliquées de Lyon

pour obtenir le grade de docteur

Formation doctorale : Géographie, Aménagement, Urbanisme École doctorale : ED 483 ScSo (sciences sociales)

par

Vincent Renauld

(Ingénieur)

Membres du jury

Rapporteur D. PINSON Professeur (IAR-Université Aix-Marseille)

Rapporteur T. SOUAMI Maître de conférence (Institut français d’urbanisme) P. BONNIN Directeur de recherche (CNRS, Paris)

Y. FIJALKOW Professeur (ENSAPVS, Paris) Directeur J-Y TOUSSAINT Professeur (INSA de Lyon)

Laboratoire de recherche : Ingénieries, Techniques, Urbanisations, Sociétés UMR 5600 « Environnement, ville, société »

Cette thèse est accessible à l'adresse : http://theses.insa-lyon.fr/publication/2012ISAL0052/these.pdf

© [V. Renauld], [2012], INSA de Lyon, tous droits réservés

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Remerciements

Merci à tous ceux qui par leur présence et leurs encouragements ont rendu ce travail possible et joyeux.

aussi, en particulier, merci

à M. Jean-Yves Toussaint, pour nos discussions, ses exigences et sa confiance face à mes doutes.

à M. Pinson, M. Souami, M. Bonnin, et M. Fijalkow pour avoir accepté d’examiner et de rapporter mon travail.

à tous les membres de la composante ITUS du laboratoire EVS et en particulier à Isabelle pour sa radieuse présence et à M. Deleuil pour la pertinence de ses conseils.

à tous les doctorants de mon laboratoire et en particulier à Perrine et Noura pour les chaleureux moments partagés ensemble.

à tous les collègues de la SCET à Lyon et en particulier à Estelle et Marie-Odile pour leur permanente bienveillance à mon égard.

à Thomas, incroyable compagnon de route dans cette aventure, pour son amitié.

à Murielle et Damien, pour m’avoir sans cesse accueilli à Grenoble, pour nos discussions face au coucher du soleil.

à Tony, la maman, pour les merveilleuses pauses déjeuners à l’Arc en Ciel.

à tous mes amis d’ici et ailleurs, pour nos passionnantes discussions, pour leur soutien et leurs encouragements et en particulier à Frede, Blandine, Justin, Cedric, Julie, Vincent, Goulven, Jean- Marie, Dili, Benjamin, Sophie, Arnopoulos, Maria, Julia, Ndjaka, Elise, Panpan, Laure, Benoit, Marie- Ja, Olivier, Anaïs, Liesse, Jean-Baptiste, Godefroy, Marie, Rubén et Sylvain.

à mes parents pour leur relecture et leur indéfectible soutien, à Pierre pour la traduction anglaise et nos déjeuners au Pastel.

à Armelle, pour son ineffable amour et soutien quotidien.

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Résumé

Contrairement aux communautés écologiques pionnières et militantes (années 70/90) ainsi qu’aux premiers écoquartiers nord-européens pilotés par les collectivités lors de grands évènements médiatiques (milieu des années 90), les écoquartiers français relèvent de l’intégration progressive des préceptes de la ville durable au sein des modes de production ordinaires de l’urbain (années 2000). A ce titre, ils consistent à fabriquer dans un cadre émancipé du militantisme et de l’expérimentation de nouveaux aménagements (espaces verts rustiques, voiries douces, etc.) et de nouvelles constructions (isolation par l’extérieur, ventilation double-flux, sols écologiques, etc.) en adéquation avec les principes de durabilité. Cette tentative de généralisation de techniques innovantes au sein de la fabrication urbaine française s’accompagne alors d’une myriade de dispositifs éducatifs à destination des travailleurs du projet et futurs habitants du quartier. Ces outils consistent à inculquer aux différents publics ciblés les nouveaux savoir-faire et savoir-vivre nécessaires à la mise en œuvre et au fonctionnement des techniques écologiques. Ainsi, les usages sociaux des travailleurs et habitants posent problème à ceux qui fabriquent les écoquartiers. Ce problème traduit le hiatus entre la figure imaginaire de l’usager escomptée par la fabrication et la réalité des pratiques sociales régulées par les usages. Il indique le caractère socialement subversif de la production d’innovations techniques écologiques et par là même l’existence de nouvelles attentes sur les pratiques sociales.

Ces nouvelles attentes sociales que sous-tend la fabrication de nouveautés techniques écologiques mettent en forme à la fois une figure de l’usager des aménagements et une nouvelle représentation de l’habitant. Ainsi, sur les espaces publics, l’usager est imaginé dans des activités d’apprentissage (découverte du terroir), de repos (délectation des paysages bucoliques), de divertissement (jeux champêtres) et de loisirs (pique-nique et ballade champêtre). Il met donc exclusivement en scène des registres de la vie humaine (éducation, jeux, loisirs, détente) nécessaires à la reproduction du monde et de la vie sociale, autrement dit des types de pratiques qui à la fois précèdent et excluent l’activité politique. Concernant l’habitat écologique, la représentation de l’habitant ne forme pas un projet social cohérent mais prolonge plutôt – à l’image des ingénieurs environnementaux dominants à la conception – des principes hygiénistes hérités du XIXe siècle, tels que la rupture entre l’architecture et le feu dans le domaine du chauffage ou le mythe de l’air sain dans celui de la propreté.

Dans la vie quotidienne des usagers, ce projet social est contrarié par le face-à-face entre innovations techniques et habitants qui tourne au duel. En effet, ces derniers rusent, contournent et bricolent les nouveautés techniques en raison du problème qu’elles posent pour habiter. Ce problème s’explique par les ruptures entre innovations techniques et usages sociaux. Ces ruptures ne sont pas systématiques mais partielles, graduelles et situées, c’est-à-dire s’expriment à des degrés divers dans des situations spatio-temporelles particulières. Elles montrent que l’aptitude technique (dextérité, virtuosité) des habitants à habiter selon leurs usages est mal instrumentée par les objets écologiques contemporains.

Cette situation de production des écoquartiers français du début des années 2000 rappelle tout particulièrement celle des grands ensembles des années 50/70. Elle reproduit au nom de la durabilité ce que les grands ensembles imaginaient au nom de la modernité : un projet social abstrait, qui ne vise pas à s’ajuster aux usages sociaux mais à les subvertir afin de renouveler une offre en nouveaux objets exigée par le système économique de production. La promesse de « l’homme durable », encastrée dans les usages économiques dominants, succède ainsi à celle de « l’homme moderne ».

Mots clés : écoquartier, usage, innovation, dispositif, logement, projection, technique, habiter

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Abstract

Contrarily to the pioneer and militant ecological communities (in the 70s and 90s), and also to the first north-European eco-neighbourhoods run by local authorities during the huge press events in the middle of the 90’s, French eco-neighbourhoods come under progressive integration of the durable city’ principles within the modes of production for the ordinary urban space (years 2000). On this account, they consist in fabricating within an emancipated frame, activism and experimentation of new facilities (parks, road works, etc.) in compliancy with principles of durability. This attempt to generalise innovative techniques within the French urban fabrication is accompanied by a myriad of educative plans of action instilled to workers concerned by the project, and future inhabitants of the quarter. These tools assist in instilling new savoir-faire and savoir-vivre necessary for the implementation and functioning of ecological techniques to the different targeted publics. Thus, social usages of workers and inhabitants matter to those who fabricate eco-neighbourhoods. This matter underscores the hiatus between the imaginative figure of the user expected by the fabrication and reality of social practices, which usages regulate. It is indicative of the socially subversive character in the production of ecological and technological innovations, and at the same time the existence of new expectations on social practices.

These new social expectations, which underpin the fabrication of innovative ecological techniques, shape both a figure of the user of facilities and a new representation of the inhabitant. Thus, with regard to public spaces, the user is imagined through apprenticeship activities (discovery of the land), rest (delectation of bucolic landscapes), entertainment (rural games), and hobbies (picnic and country walk). Therefore, it stages exclusively scenes and registers of human life (education, games, hobbies, relaxation) necessary to the reproduction of the world and social life, in other words, to types of practices, which both precede and exclude political activity. With regard to the ecological home, the representation of the inhabitant does not shape a coherent social project but, rather - in the image of environmental engineers dominant at the conception – prolongs hygienic principles inherited from the XIX century, such as the rupture between architecture and fire in the domain of heating or myth of clear air concerning property.

In the users’ daily life, this social project is counterpoint by the face to face between technical innovations and inhabitants, which turns into confrontation. Indeed, the latter use cunning, circumventing and tinkering about technical novelty because of the matter they are for living. This matter is due to ruptures between technical innovations and social usages. These ruptures are not systematic but partial, gradual, and situated, that is to say they express themselves to varying extents through particular spatio-temporal situations. They show that inhabitants’ technical aptitude (dexterity, virtuosity) to inhabit space, according to their usages, is badly instrumented by the contemporary eco- friendly objects.

This production situation of French eco-neighbourhoods at the beginning of the 2000s is particularly reminiscent of that of the 50’s and 70’s large housings. It reproduces in the name of durability what large housings imagined in the name of modernity: an abstract social project which does not aim to adjust itself to social usages but to subvert them in order to renew an offer in new objects demanded by the economic productive system. The promise of the ‘sustainable man” embedded in the dominant economic usages, therefore, succeeds to that of the ‘modern man.’

Key words : eco-neighbourhood, usage, innovation, arrangement, housing, projection, technique

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Table des matières

Remerciements ... 3

Résumé... 5

Abstract ... 7

Table des abréviations ... 13

Table des illustrations ... 15

Introduction générale ... 21

Emergence de l’écologie politique et des premières communautés de vie militantes : fin des années 60 – milieu des années 90 ... 23

Avènement du développement durable et des premiers écoquartiers expérimentaux pilotés par les collectivités nord-européennes : milieu des années 90 ... 27

L’intégration des préceptes de la ville durable dans les modes de production ordinaires, le cas des écoquartiers français : années 2000... 29

Les dysfonctionnements techniques constatés ... 31

Situation du problème dans le monde de la fabrication et dans celui de l’usage ... 35

Plan de l’exposé ... 39

Méthodologie ... 41

1. Protocoles de recherche sur la fabrication ... 43

1.1. Le choix des projets d’aménagement ... 43

1.1.1. Description ... 43

1.1.2. Justification ... 49

1.2. Les protocoles d’enquête utilisés ... 49

1.2.1. Le dépouillement des documents internes des projets ... 49

1.2.2. Les entretiens d’explicitation et les situations observées ... 51

1.2.3. La réalisation d’un modèle économique pour la SCET ... 54

2. Protocoles de recherche sur la l’usage ... 58

2.1. Le choix du bâtiment Le Pallium à Grenoble ... 58

2.1.1. Description ... 58

2.1.1. Justification ... 63

2.2. Les protocoles d’enquête mobilisés ... 64

2.2.1. Les entretiens d’explicitation... 64

2.2.1. L’observation directe in-situ ... 66

3. Modes de constitution des corpus et règles d’exploitation ... 67

3.1. Le découpage des entretiens et la constitution des corpus ... 67

3.2. Les règles d’exploitation du corpus sur l’usage... 68

3.3. Les règles d’exploitation du corpus sur la fabrication ... 70

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Première partie. Fabriquer, une organisation économique ... 73

Chapitre 1. Organisation et jeu d’acteurs ... 75

1. Une chaîne de commanditaires usuelle ... 75

2. Des ingénieurs environnementaux émergents en phase conception ... 81

3. Des nouveaux experts de savoir-faire en phase réalisation ... 85

3.1. L’organisation de la formation des travailleurs du bâtiment (De Bonne) ... 85

3.2. Le déroulement des modules pédagogiques (De Bonne) ... 86

4. Des nouveaux experts de savoir-vivre en phase fonctionnement ... 89

4.1. L’organisation de la formation des habitants propriétaires... 89

4.2. L’organisation de la formation des locataires sociaux (De Bonne) ... 91

4.3. Les types de stratégies éducatives mobilisées par les bailleurs sociaux ... 99

Chapitre 2. Conditions économiques de production... 105

1. L’aménageur et la collectivité ... 105

1.1. Les conditions générales de production ... 105

1.2. Les promesses financières de la végétalisation et de la concentration des espaces publics ... 110

1.3. Les économies de gestion escomptées sur les espaces rustiques ... 113

2. Les promoteurs et investisseurs ... 115

2.1. Les conditions générales de production ... 115

2.2. Les promesses fiscales de la commercialisation des bâtiments écologiques ... 118

3. Les bailleurs sociaux ... 121

3.1. Les conditions générales de production ... 121

3.2. Les règles de majorations des loyers et la promesse de l’équilibre financier ... 124

Conclusion de la première partie. ... 129

Un mode de fabrication économique conservateur ... 129

Des usages sociaux comme problème de la fabrication économique ... 135

Deuxième partie. Fabriquer, une projection sociale ... 141

Préambule ... 143

La projection sociale : des figures de l’usager implicites et explicites ... 143

Chapitre 3. La figure idéale-type de l’usager des espaces publics ... 147

1. La mise en forme de la figure idéale-type dans le projet ... 147

1.1. Les mécanismes-types de mise en forme dans le jeu d’acteurs ... 147

1.2. Les étapes déterminantes de mise en forme ... 150

2. Les types d’activités et mondes sociaux de la figure idéale-type ... 152

2.1. L’usager en apprentissage : la découverte du terroir ... 152

2.1.1. La découverte de la biodiversité endémique ... 152

2.1.2. La découverte des cycles du monde champêtre ... 155

2.2. L’usager au repos : l’apaisement des sens ... 157

2.2.1. La délectation des paysages bucoliques : visuelle, sonore et olfactive ... 157

2.2.2. L’apaisement thermique du corps ... 159

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