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Academic year: 2022

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ÉCOLE DOCTORALE VILLE TRANSPORT ET TERRITOIRE

Thèse de doctorat

Aménagement de l'espace, urbanisme

Anna Cristofol

MESURER L'ENCLAVEMENT DANS LES ESPACES URBAINS À L'AIDE D'UN SYSTÈME D'INFORMATION GÉOGRAPHIQUE.

Application aux territoires de la Politique de la ville

Thèse dirigée par Frédéric De Coninck (ENPC) et Patricia Bordin (ESTP) Soutenance le 18 décembre 2017

Jury :

BOULIER Joël Maître de conférence, Université Paris 1 Rapporteur

HÉRAN Frédéric Maître de conférence, Université Lille 1 Rapporteur

BOURDEAU-LEPAGE Lise Professeur, Université Lyon 3 Examinateur

LIBOUREL Thérèse Professeur, Université Montpellier Examinateur

DE CONINCK Frédéric École des Ponts Paristech Directeur de thèse

BORDIN Patricia ESTP Paris Co-directrice de thèse

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Résumé

L'enclavement des territoires de la Politique de la ville fait l'objet d'un débat. D'un côté, l'image des zones urbaines sensibles comme enclavées est forte dans les discours sur la ville et dans les représentations collectives. La lute contre l'enclavement est ainsi un des objectifs du Programme national de rénovation urbaine (PNRU). D'un autre côté, cet enclavement est nuancé, voire réfuté, par de nombreux chercheurs qui suggèrent de se concentrer sur les facteurs socio-économiques de l'exclusion de leur habitants.

Positionné à « l’entre-deux » entre sciences humaines et sociales et géomatique, ce travail de doctorat élabore une méthode générique de mesure de l'enclavement dans les espaces urbains à l'aide d'un système d'information géographique. Nous questionnons ainsi l'apport de la géomatique à une problématique relevant jusque là de disciplines comme la géographie, la sociologie ou l'urbanisme.

Nous entendons l'enclavement comme une situation de faible potentiel de contact avec l'altérité, qui réduit les échanges entre une entité et le reste du territoire, et provoque une mise à l'écart de ses habitants. Nous proposons de distinguer trois dimensions de l'enclavement : la Fermeture, l'Isolement et la Diférenciation. Ces trois dimensions structurent notre méthode. Chacune renvoie à des axes de recherche diférents – les coupures urbaines, les mobilités piétonnes, la caractérisation de la forme urbaine, l'accessibilité, la mesure de ségrégation – que nous mobilisons pour construire des indicateurs géographiques d'enclavement.

Nous appliquons ensuite cete méthode aux zones urbaines sensibles. Cete application spéciique nous permet à la fois de valider notre méthode, en recoupant des résultats connus avec d'autres approches (urbanisme, sociologie), et à la fois de contribuer au débat sur l'enclavement des territoires de la Politique de la ville au moyen d'une approche quantitative.

Mots clés : Enclavement, Système d'information géographique, Politique de la ville, Zones urbaines sensibles, Coupures.

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Abstract

In France, there is a debate in Urban Policies: are the “zones urbaines sensibles”, underprivileged urban areas beneiting from speciic public policies, sufering from geographical isolation ? On the one hand, these areas are perceived in collective representations as “enclaves” where inhabitants are blocked in their district. hereby, the ight against geographical isolation is one of the objectives of the National Urban Renewal Program. On the other hand, this isolation is nuanced, even refuted, by many researchers who suggest focusing on the socio-economic factors of exclusion.

With an approach in between social sciences and geomatics, this PhD thesis develops a generic method of measuring geographical isolation in urban spaces by using a geographic information system. We aims to question the contribution of geomatics to a debate that until then belong to disciplines such as geography, sociology or planning.

We deine geographical isolation as a situation of weak potential for contact with otherness, which reduces the exchanges between an entity and the rest of the territory, and causes the severance of its inhabitants. We propose to distinguish three dimensions of geographical isolation: Enclosing, Remoteness and Diferentiation.

hese three dimensions give a frame to our method. Each refers to diferent ields of research – “community severance” or “barrier efect”, pedestrian mobility, characterization of urban form, accessibility, segregation measure – that we mobilize to construct indicators of geographical isolation.

We then apply this method to the “zones urbaines sensibles”. his speciic application enables us both to validate our method, by combining known results with other approaches (planning, sociology), and both to contribute to the debate on the geographical isolation of the “zones urbaines sensibles” with a quantitative approach.

Keywords : Enclave, Isolation, Geographical Information Systems, Urban Areas, Community Severance.

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Remerciements

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TABLE DES MATIÈRES

Résumé...3

Abstract...5

Remerciements...7

Introduction générale : Mesurer d'enclavement dans les zones urbaines sensibles, une recherche à « l'entre-deux » entre sciences humaines et géomatique...15

Objet de la thèse et problématique...15

Méthodologie...18

Organisation de la thèse...22

Chapitre 1. L'émergence de la question de l’enclavement et la Politique de la ville ...27

I. Dès la naissance de Politique de la ville : la question de l’enclavement...28

I.1. Le rejet des grands ensembles aux prémices de la Politique de la ville et de ses liens avec l’enclavement...28

I.2. La question urbaine des années 1960-70 : droit à la ville et cadre de vie...38

I.3. La mission Banlieues 89...40

II. Fragmentation socio-spatiale et enclavement...45

II.1. La ville éclatée...46

II.2. Politique de la ville, mixité sociale et enclavement...52

III. La mobilité : nouvel angle d’approche de l’exclusion...57

III.1. Mobilité, accessibilité et inégalités socio-spatiales...58

III.2. Mobilités et politiques de la ville...60

III.3. Un regain d’intérêt pour la proximité : rénovation urbaine et écoquartier....62

IV. Conclusion du chapitre et présentation de la problématique...65

Chapitre 2. Définir et expliciter le concept d’enclavement : proposition de trois dimensions, la fermeture, l’isolement et la différenciation...67

I. L’enclavement, un terme polysémique, mais qui s’affirme comme une notion pertinente pour les géographes...68

I.1 Enclavé / non enclavé ?...68

I.2 L’enclavement : glissements et élargissements sémantiques...69

I.3 L’enclavement est-il un concept en géographie ?...72

I.4 Au-delà des cas particuliers, vers une définition globale de l’enclavement...85

II. Décomposer pour mieux analyser : analyse sémantique de l’enclavement...88

II.1 Décomposer l’enclavement : proposition de trois dimensions...88

III. Synthèse : Formalisation de la notion d’enclavement en Géographie...94

III.1. L’enclavement géographique, un concept générique...94

III.2 Un concept qui peut-être dérivé sous des formes spécifiques...95

IV. Conclusion du chapitre et définition de l'enclavement...97

(10)

Chapitre 3. Application de la définition de l’enclavement dans les espaces urbains :

au croisement entre coupures, ségrégation et accessibilité...99

I. Quels objets et quel niveau d’observation pour étudier l’enclavement dans les espaces urbains ?...100

II. La Fermeture : discontinuités physiques dans le tissu urbain freins aux déplacements piétons...103

II.1. Fermeture exogène : l’impact des coupures urbaines sur les déplacements piétons...103

II.2 La Fermeture endogène : la morphologie urbaine vecteur intrinsèque d'enclavement...111

III. L'isolement comme accessibilité aux réseaux de transport...115

III.1. Accessibilité(s) à la ville : de qui et à quoi ?...116

III.2. Décomposition de l’Isolement dans les espaces urbains...117

IV. Différenciation : discontinuités sociales et morphologiques...121

IV.1 Une identité urbaine spécifique visiblement perceptible dans l'espace...122

IV.2 Du quartier particulier à l'enclave : une question de degré...126

V. Interactions entre Fermeture, Isolement et Différenciation...127

V.1. Une approche multi-échelle de l’enclavement...128

V.2. Des dimensions distinctes, mais parfois corrélées...129

VI. Conclusion du chapitre et présentation de la problématique méthodologique...130

Chapitre 4. La modélisation des espaces urbains à l'aide d'un SIG : un préalable à la mesure de l'enclavement...133

I. Élaboration d’indicateurs à l'aide d'un SIG...134

I.1 Qu'est-ce qu'un système d’information géographique (SIG) ?...134

I.2 Apport des SIG dans ce travail...135

I.3 Les SIG, outils d’abstraction et de modélisation du monde réel...137

II. Analyse et qualification des données de référence...145

II.1 La qualité des données : définition et point méthodologique...145

II.2 Formalisation de nos besoins : niveau de détail fin et richesse sémantique..147

II.3 Qualification des référentiels utilisés par rapport à ces besoins...150

III. Les îlots routiers : un rôle central dans la modélisation...155

III.1 L'îlot routier, unité spatiale pertinente pour l'analyse des espaces urbains. .155 III.2 Caractérisation de l'occupation du sol à partir des Îlots routiers et de la BD Topo...161

III.3 Les îlots routiers : un rôle pivot dans le croisement de données hétérogènes ...168

IV. Conclusion du Chapitre 4...170

Chapitre 5. Mesurer la Fermeture dans les territoires urbains : choix et construction des indicateurs...173

I. Mesurer la Fermeture comme un potentiel de marche à pied...174

I.1 De la mesure des détours au potentiel de marche à pieds...174

I.2 L'indicateur de Fermeture par comparaison de surface...176

(11)

I.3 Un exemple d'enrichissement du FCS : prise en compte de la pente...181

I.4 Modéliser l'impact de l'environnement sur les déplacements : introduction de l'occupation du sol dans le FCS...183

II. Distinguer effets de coupure et enfermement : prendre en compte la fragmentation de l'espace urbain...196

II.1 De la nécessité de distinguer Fermeture et effets de coupures...197

II.2 Division du territoire en morceaux urbains...199

III. Deux limites à notre approche et autant de perspectives...211

III. Conclusion du Chapitre...212

Chapitre 6. Mesurer la Différenciation dans les espaces urbains : choix et construction des indicateurs...215

I. Les indicateurs de ségrégation spatiale, des outils de mesure pertinents pour la Différenciation...216

I.1 Construire une approche quantitative de mesure de la Différenciation...216

1.2 Quels indicateurs de mesure des disparités socio-spatiales pour mesurer la Différenciation ?...219

II. Méthodologie de mesure de la Différenciation socio-économique...225

II.1 Données sources...225

II.2 Sélection des variables pertinentes grâces aux indicateurs de ségrégation.. .226

II.3 Proposition d'une mesure en deux indicateurs : spécificité et démarcation. .241 III. Utilisation des indicateurs de ségrégation pour déterminer les frontières morphologiques dans le tissu urbain...251

III.1 Corpus et sources de données...252

III.2 Caractérisation de la forme du bâti...254

III.3 Agrégation des variables à l'échelle de l'îlot routier...255

III.4 Création d'un indice de Différenciation morphologique...257

IV. Conclusion du Chapitre...263

Chapitre 7. Mesurer l'Isolement dans les territoires urbains : choix et construction des indicateurs...265

I. Accessibilité, mobilité, desserte, efficacité des réseaux : positionnement méthodologique vis-à-vis de l'état de l'art...266

I.1 L'accessibilité une notion aux multiples facettes...266

I.2 Une approche centrée sur l'efficacité géographique des réseaux de transport. ...268

I.3 Quelle mesure de l'accessibilité géographique ?...269

II. Mesurer l'accès aux services de transport...272

II.1 Accessibilité géographique...273

II.2. Intégrer la capacité de déplacement des populations...281

III. Mesurer l'efficacité des réseaux de transports en commun...284

III.1 Une approche centrée sur le potentiel de déplacement plus que sur l'accessibilité à des ressources...284

III.2 Présentation de la méthode d'acquisition des données...284

(12)

III.3 : Construction d'indicateurs d'Isolement à partir des calculs d'itinéraires....288

IV. Conclusion du Chapitre et synthèse des indicateurs d'Isolement...289

Chapitre 8. Application des indicateurs d'enclavement dans les zones urbaines sensibles, dimension par dimension...291

I. Précisions méthodologiques : îlots résidentiels et îlots en zones urbaines sensibles ...292

I.1 Maille élémentaire de calcul : les îlots résidentiels...292

I.2 Des indicateurs appliqués uniquement à l'agglomération parisienne...293

I.3 Définition des mailles situées dans les territoires de la Politique de la ville. .293 II. Les ZUS, des territoires particulièrement marqués par la Fermeture...294

II.1 Résultats de l'indicateur par comparaison de surface (FCS simple)...294

II.2 Les zones urbaines sensibles très sensibles à l'introduction d'un coefficient de rugosité...295

II.3 Analyse de la fragmentation spatiale à travers l'étude des morceaux urbains ...297

III. La Différenciation, caractéristique forte des zones urbaines sensibles...302

III.1 Une Différenciation en moyenne plus élevée dans les zones urbaines urbaines sensibles...302

III.2 Croisement de la spécificité et de la démarcation...302

III.3 La Différenciation est-elle corrélée à d'autres variables socio-économiques ? ...308

IV. L'Isolement : les ZUS, des territoires inégalement desservis par les systèmes de transports en commun...314

IV.1 Étude de la desserte et de l'efficacité des réseaux de transport dans les zones urbaines sensibles...314

IV.2 Construction d'indices à partir des calculs d'itinéraires...322

V. Conclusion et synthèse des résultats obtenus...327

Conclusion générale de la thèse et perspectives...331

I. Synthèse et des principaux résultats obtenus...331

I.1 Rappel de la problématique...331

I.2 Une démarche de modélisation et de mesure de l'enclavement transversale..332

I.3 Construction d'indicateurs d'enclavement selon chacune de ses dimensions : Fermeture, Isolement, Différenciation...334

I.4 L'application aux zones urbaines sensibles confirme la pertinence d'une approche quantitative de l'enclavement...337

I.5 Apports de cette thèse...339

II. Quelles politiques de désenclavement pour les zones urbaines sensibles ?...340

II.1 Le traitement des coupures : densification du maillage...341

II.2 Le traitement des coupures : Améliorer la qualité des cheminements...341

II.3 Atténuer la visibilité des frontières morphologiques dans la ville...343

II.4 Désenclaver : au-delà des actions locales repenser l'organisation spatiale à l'échelle intercommunale...343

(13)

II. Perspectives : enrichir la mesure de l'enclavement grâce à une approche

pluridisciplinaire...344

II.1 Une méthode transversale qu'il est possible de développer...344

II.2. L'approche interdisciplinaire : une approche indispensable à l'analyse de l'enclavement dans les espaces urbains...345

Annexes...349

Annexe 1 : Analyse sémantique des termes enclave, enclavement et enclaver...351

Annexe 2 : Grille de lecture de l'enclavement dans les espaces urbains...357

Annexe 3 : Formalisation des besoins en matière de données...361

Annexe 4 : Présentation des données sur les réseaux de transport en commun...373

Annexe 5 : Résultats des indicateurs de ségrégation sur nos variables...377

Annexe 6 : Résultats des indicateur de ségrégation pour les données morpho :...381

Annexe 7 : Analyse de la colinéarité des variables socio-économiques...387

Annexe 8 : paramétrage du réseau routier et calculs d'itinéraires...391

Annexe 9 : Caractérisation de l'occupation du sol à partir des données de la BD Topo de l'IGN...395

Bibliographie...401

Index des tableaux...415

Index des illustrations...417

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Introduction générale : Mesurer

d'enclavement dans les zones urbaines sensibles, une recherche à « l'entre- deux » entre sciences humaines et géomatique

Objet de la thèse et problématique

Cete thèse porte sur la modélisation et la mesure de l'enclavement dans les espaces urbains, à travers la construction d'indicateurs géographiques. Ain d'éprouver ces indicateurs, nous les appliquons à des territoires spéciiques : les territoires de la Politique de la ville. Par son objet d'étude, cete thèse se positionne donc à « l'entre- deux » entre sciences humaines et sociales et géomatique. D'un côté, les zones urbaines sensibles sont des objets politiques et spatiaux dont l'étude relève fondamentalement des sciences humaines, de l'autre la construction d'indicateurs géographiques nécessite des développements méthodologiques propres à la géomatique.

L'enclavement des territoires de la Politique de la ville au cœur d'un débat

La Politique de la ville peut être déinie par la mise en œuvre d'une politique publique adaptée, visant à réduire « les inégalités sociales et les écarts de développement entre les territoires » (loi du 1er août 2003). Elle désigne la territorialisation d'un ensemble de politiques sectorielles et repose sur une « géographie prioritaire », un zonage du territoire ayant pour but d'identiier les lieux de concentration de diicultés sociales.

Elle dispose d’institutions qui lui sont propres de même qu’un appareil législatif et iscal spéciique (Fourcaut, 2000).

La spéciicité de cet ensemble de mesures repose dans cete notion de territorialisation.

Bien que celle-ci ait évolué dans le temps, les actions de la Politique de la ville ont pour objets des territoires spéciiques plus ou moins délimités. Elle a ainsi une composante intrinsèquement spatiale. Pourtant, les relations entre Politique de la ville et territoire sont loin d’être simples et évidentes. Nous dirons même qu’elles sont

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relativement ambiguës, oscillant entre deux tendances contradictoires : ancrer ces politiques dans le territoire d’un côté et s’en détacher de l’autre. La territorialisation de la lute contre l’exclusion est régulièrement critiquée et à travers cela la légitimité de la Politique de la ville remise en question (Béhar, 1999).

La question de l'enclavement dans les zones urbaines sensibles est une question importante aujourd'hui. Cités déconnectées de la ville, mondes à part, l'image des territoires de la Politique de la ville comme enclavés tend aujourd'hui à s'imposer. Une image forte dans les discours sur la ville et dans les représentations collectives qui se traduit directement dans la Politique de la ville et plus spéciiquement dans son volet urbain, le Programme National de Rénovation Urbaine (PNRU)1. Ainsi, les opérations de désenclavement représentent un des principaux axes de la rénovation urbaine.

Mais l'enclavement des territoires de la Politique de la ville est aujourd'hui encore loin de faire consensus. La question de l'enclavement est au cœur d'un débat qui relète bien cete tension entre une vision ancrée dans le spatial et une autre qui souhaite s'en détacher. D’un côté, les termes de « quartiers enclavés », d’« enclavement » ou de

« désenclavement » sont très présents dans les discours sur les zones urbaines sensibles. On peut citer comme exemple l'étude de Paulete Duarte sur le quartier du Mistral à Grenoble qui montre que « l'ensemble des données produites lors de diagnostics urbains et sociaux ou d'études met en avant l'enclavement physique du quartier » (Duarte, 2010). D’un autre côté, l’enclavement géographique des zones urbaines sensibles est nuancé, voire réfuté, par de nombreux travaux de recherche qui metent l'accent sur des processus d'enfermement sociaux et culturels (Béhar, 1995 ; Vieillard-Baron, 2008).

uel apport de la géomatique sur la question de l'enclavement ?

Malgré la forte composante socio-économique des territoires de la Politique de la ville, nous sommes convaincue qu'il est pertinent, voire indispensable, d'étudier leur insertion spatiale dans le tissu urbain environnant et dans l'agglomération dans son ensemble. Si le désenclavement est un terme très présent dans les discours des diférents acteurs, les travaux questionnant l'enclavement lui-même restent rares, et d'autant plus dans les territoires urbains (Boquet, 2008).

Dans cete optique, la géomatique peut contribuer aux débats sur l’enclavement. Elle représente une approche complémentaire aux méthodes d'analyses généralement utilisées pour aborder cete notion. Elle permet en efet une démarche quantitative qui, en questionnant l'enclavement à l'échelle d'une agglomération entière, arrive en complément des méthodes de la sociologie ou

1 Le PNRU a été remplacé en 2014 par le Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU). Ces changements étant encore récents, nous ne les prenons pas en compte dans ce travail.

Nous revenons cependant sur ce nouveau programme en fin de chapitre 1.

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de l'urbanisme et notamment des travaux de terrain. Par cela, elle nous permet d'apporter un éclairage spéciique ainsi que de recouvrir en partie des choses connues. Ce recouvrement est essentiel car il permet de conirmer les résultats obtenus grâce aux indicateurs et ainsi de poser les bases d'un outil de diagnostic territorial pertinent pour les politiques de la ville.

L'apport de la géomatique réside ainsi dans son caractère à la fois quantitatif et spatial.

Disposer d'indicateurs géographiques quantitatifs ofre une base dans la mise en place d'un outil d’aménagement. Ils permetent en efet de caractériser des zonages existants ou d'en proposer de nouveaux, de comparer des situations diférentes dans l'espace puis, si l'on introduit une dimension temporelle, d'évaluer les décisions prises et enin de proposer de nouvelles mesures dans une démarche d'aide à la décision. Malgré leurs contraintes et limites intrinsèques les indicateurs géographiques sont un support pertinent à l'analyse des politiques urbaines.

À travers ce travail, nous questionnons donc à la fois l'enclavement dans les zones urbaines sensibles et l'apport de la géomatique dans des champs de recherche généralement approfondis par les sciences humaines.

Ce positionnement s'inscrit dans une volonté croissante de construire des approches interdisciplinaires pour enrichir notre compréhension du monde. Il correspond également à un parcours personnel. Géographe de formation, spécialisée par la suite en géomatique, cete thèse nous permet de réunir mes deux spécialités, géographie urbaine et géomatique, et de les faire dialoguer. Elle relète ainsi un intérêt personnel sur les interactions entre sciences humaines et géomatique. La géomatique peut-être un outil pertinent pour analyser des problématiques associées généralement aux sciences humaines, et inversement les sciences humaines soulèvent des problématiques spéciiques qui vont nourrir des développements méthodologiques en géomatique.

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Méthodologie

Origine et périmètre de la thèse

Le contexte de cete thèse permet de comprendre plusieurs partis-pris sous-jacents que nous présentons plus loin.

Ce doctorat a été réalisé grâce au soutien du Secrétariat Général au Comité Interministériel à la Ville (SG-CIV), organisme chargé de piloter et d'évaluer les politiques de la ville, aujourd'hui intégré au sein du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET). Celui-ci a apporté un inancement2 ainsi qu'un terrain d'application pour les travaux réalisés : les territoires de la Politique de la ville et plus spéciiquement les zones urbaines sensibles (ZUS).

Ce projet trouve son origine dans la constatation du manque d'indicateurs géographiques à disposition du SG-CIV. En efet, celui-ci est chargé de piloter mais aussi d'évaluer la Politique de la ville, avec à sa disposition un large panel d'indicateurs socio-économiques. Mais les travaux quantitatifs sur les caractéristiques géographiques des territoires de la Politique de la ville sont rares et, malgré quelques résultats intéressants, ne proposent pas d'indicateurs pertinents pour l'évaluation des zones urbaines sensibles. Le sujet de recherche initial était très ouvert, concernant l'élaboration d’indicateurs géographiques pour caractériser les territoires de la Politique de la ville et participer à leur évaluation. Or, construire des indicateurs géographiques pour étudier et évaluer les ZUS peut se faire sous plusieurs angles : aussi bien sous celui de l'inscription spatiale des quartiers au sein de l'agglomération qu'à travers des indicateurs de bien-être.

Face au débat présent autour de la question de l'enclavement, nous avons fait le choix de focaliser notre étude sur cete thématique spéciique, rarement abordée en tant que telle dans les travaux quantitatifs.

Une démarche en trois temps : déinition de l'enclavement, construction d'indicateurs et application

Toutefois, un travail préalable d'étude et d'analyse du débat sur l'enclavement dans les zones urbaines sensibles nous a amené à reconsidérer la portée du problème : la notion d'enclavement elle-même pose question. Pouvant être approchée aussi bien sous un point de vue géographique que sociologique ou encore politique, elle est souvent utilisée sans déinition préalable. Or, la complexité de cete notion, qui peut être

2 Financement sous forme de contrat doctoral, qui a duré du 1er décembre 2009 jusqu'au 31 mai 2013.

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utilisée pour désigner des réalités très diférentes les unes des autres, mène à des situations d'incompréhension et de malentendus, et au débat : tel territoire est-il enclavé ou ne l'est-il pas ?

u'est-ce qu'un indicateur ? Si des travaux théoriques ont été menés sur la notion d'indicateurs (Maby, 2003), nous adoptons ici une déinition personnelle relativement simple. A nos yeux, l'indicateur est ce qui est «l'indice de quelque chose », ce qui « fait voir quelque chose ou quelqu'un ». Nous entendons donc par indicateur, une variable simple ou construite à partir de la combinaison d'autres variables, qui nous permet de montrer un phénomène, de souligner une tendance.

L'utilisation d'outils tels que les systèmes d'information géographique (SIG), ainsi que la création d'un ensemble d'indicateurs, porte une exigence de déinition : déinition des termes et objets préalable à la constitution d'une base de données, comme déinition du concept théorique sur lequel va se baser la construction des indicateurs.

Travailler sur la notion d’enclavement à « l'entre-deux » entre sciences humaines et géomatique, exige donc un travail de déinition préalable de ce terme basé sur les travaux existants en sciences humaines, et notamment en géographie, ain de pouvoir servir de socle à une grille d'analyse de l'enclavement que nous pourrons enin transformer en indicateurs géographiques quantitatifs applicables dans un système d'information géographique.

Ainsi, mesurer l'enclavement dans les espaces urbains relève d'un travail de modélisation à plusieurs niveaux : une déinition de la notion d'enclavement, sa transcription en indicateurs, la modélisation géomatique de l'espace urbain et enin la modélisation statistique de l'enclavement dans les territoires de la Politique de la ville.

L'originalité de cette thèse est son approche, transversale à ces diférentes formes de modélisation. Nous avons pour cela procédé en trois temps : comprendre la notion d'enclavement, développer des indicateurs, appliquer ceux-ci aux territoires urbains. Nous abordons ces diférentes facettes de la mesure de l'enclavement, en choisissant de privilégier le passage entre formalisation de l'enclavement et développement d'indicateurs à l'aide de systèmes d'information géographique. En efet, c'est selon nous dans cete articulation entre déinition de l'enclavement dans les espaces urbains et construction d'indicateurs que notre positionnement a un apport spéciique.

Échelle d'étude et granularité : Caractériser l'enclavement au niveau de l'îlot routier

Le périmètre d'application de notre travail est l'agglomération parisienne et plus particulièrement ses zones urbaines sensibles. Toutefois, ain que ce travail puisse avoir une portée opérationnelle pour les politiques de la ville, nous avons choisi

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de constituer des indicateurs applicables dans toutes les agglomérations françaises, ce qui pose une contrainte forte sur les données employées.

Les espaces urbains peuvent être analysés à des échelles et à des niveaux de granularité variés. Le contexte de cete thèse, la Politique de la ville, a un impact notable sur l'échelle de notre analyse et la granularité des données sur lesquelles nous avons choisi de nous appuyer.

Les politiques de la ville ont en efet un rapport spéciique au territoire. Elles possèdent leurs propres zonages qui ne correspondent pas toujours aux Iris ou aux îlots routiers, intégrant des groupes de bâtiments unis par leur histoire et leurs habitants. Elles désignent des actions qui peuvent être très locales, concernant les d'habitants d'un quartier précis ou encore un groupe de bâtiments. Nous souhaitons donc mesurer l'enclavement à l'échelle du quartier de manière à pouvoir participer à la construction de diagnostics urbains.

Mais la notion de quartier ne correspond pas à un zonage administratif ou oiciel.

Nous avons fait le choix de caractériser l'enclavement au niveau de l'îlot routier. Nous souhaitons en efet pouvoir appliquer nos indicateurs aux espaces urbains en général et observer si le comportement des zones urbaines sensibles au regard de ces indicateurs était spéciique par rapport aux autres territoires. Les zones urbaines sensibles étant un zonage spéciique, les caractériser directement posait la question du zonage à adopter pour le reste de l'agglomération. Il était alors nécessaire d'utiliser un maillage de l'espace tiers, applicable en tout lieu de l'agglomération et nous permetant de distinguer les espaces en zones urbaines sensibles du reste des espaces urbains.

Les maillages existants présentent plusieurs inconvénients. Les Iris ont une taille variable en fonction de la densité de population. Ils ne constituent donc pas un maillage homogène dans l'espace. Dans certaines communes de l'agglomération parisienne, ils recouvrent ainsi des quartiers très diférents les uns des autres. Nous aurions pu opter pour un carroyage, homogène dans l'espace et déini par nos soins.

Mais l'enclavement ayant une composante géographique forte, nous avons choisi de nous baser sur des objets dont les limites ont une signiication physique dans l'espace.

L'îlot routier est à nos yeux un support pertinent pour analyser le tissu urbain. Nous le déinissons comme toute portion de territoire délimitée par des tronçons de route ou des zones non construites qui limitent le tissu urbain (leuves, zones naturelles, etc.).

Travailler au niveau de l'îlot routier présente l'avantage de pouvoir caractériser tous les espaces urbains à une résolution relativement homogène dans l'espace et ainsi de pouvoir utiliser ces indicateurs pour caractériser des objets urbains très diférents les uns des autres. Enin, il nous a également semblé pertinent de proiter de l'existence de jeux de données de référence qui détaillent le tissu urbain au niveau du bâtiment pour enrichir une analyse spatiale de l'enclavement. Là encore, les îlots routiers

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représentent un niveau d’agrégation pertinent des données topographiques de référence.

Nous revenons plus en détail sur les questions de granularité et d'articulation entre diférents niveaux d'échelle dans le chapitre 4.

L'illusoire exhaustivité et précision des données topographiques : une approche quantitative à relativiser

Le caractère quantitatif de notre approche, couplée à l'utilisation de données à la granularité très ine, les données topographiques de l'IGN, peut amener à une illusion de précision et d'analyse ine de chaque quartier. Or, toute analyse quantitative s'appuie sur des représentations et des modèles qui reposent sur une nécessaire généralisation du réel et des phénomènes que nous cherchons à saisir. Si nous nous basons sur des données à la granularité ine, notre analyse doit être interprété à l'échelle de l'agglomération parisienne3.

L'exhaustivité et la précision de la BD Topo doivent être relativisées. Toutes les entités qui composent le monde ne peuvent être représentées sur une carte ou dans une base de données géographiques. De même, leur représentation ne peut être parfaitement identique à l'original. Comme nous le détaillons dans le chapitre 4, toute base de données est issue d'un travail de sélection et de spéciication des données qui entraîne une nécessaire généralisation. Une carte est une représentation simpliiée et conventionnelle de la réalité, une certaine représentation du monde qui n'est pas vraie ou fausse, mais qui est par nature inexacte. C'est une représentation du monde vu à travers de nombreux iltres : projection, sélection, spéciication et structuration des données, représentations culturelles et personnelles, etc. Ce caractère illusoire de l'exhaustivité et de la précision des cartes topographiques est relevé par Lewis Carroll dans Sylvie and Bruno concluded (1893) ou par le texte devenu célèbre de Jorge Luis Borges, De la rigueur de la science4, composé d'une unique citation sur une carte à l'échelle 1:1 atribuée à un auteur ictif. Il est rediscuté régulièrement par les chercheurs (Joliveau, 2007 ; Palsky, 1999) et les écrivains (Vasset, 2007).

De la même manière, une analyse quantitative a pour objet de faire émerger des tendances, des formes nouvelles ou encore de caractériser des phénomènes connus.

Une analyse comme celle que nous développons ne peut se substituer à une approche qualitative de terrain focalisée sur la situation précise d'un quartier. Même si nous rappelons ce point à plusieurs moment, notamment lors du chapitre 4, il doit être gardé à l'esprit lors de la lecture de ce travail.

3 Nous revenons sur les notions de niveau de détail et d'échelle lors du chapitre 4.

4 Jorge Luis Borges, L'aleph et autres contes, Folio, 2017.

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Organisation de la thèse

Cete thèse s'organise en 8 chapitres distincts qui portent des enjeux spéciiques.

Raison d'être de cete thèse, la thématique de la Politique de la ville se retrouve aux deux extrémités de notre travail. Le cœur de la thèse se focalise ensuite sur la déinition de la notion d'enclavement et sa transcription en indicateurs.

Chapitre 1 : Comment la question de l'enclavement s'est-elle construite dans les études urbaines et les politiques de la ville ?

Avant de chercher à mesurer l'enclavement dans les territoires urbains et de l’appliquer aux zones urbaines sensibles, il est nécessaire de présenter le contexte dans lequel s'inscrit ce travail. Pour cela, nous reviendrons dans le chapitre 1 sur l’émergence de la question de l’enclavement dans les espaces urbains dans les années 1960, et sur son évolution jusqu’à nos jours, en particulier au sein de la Politique de la ville. Le terme "Politique de la ville" apparaît en 1988. Mais il labellise des politiques existant depuis le début des années 1980. Ainsi, les principes qui sous- tendent ces politiques sont déjà présents dans les procédures de Développement Social des uartiers. Nous engloberons donc celles-ci sous le terme Politique de la ville.

Sans chercher à retracer l’histoire exhaustive ni des études urbaines ni de la Politique de la ville, nous montrons comment la question de l’enclave urbaine s’est construite et transformée au cours du siècle dernier. Nous nous intéressons ici à la question de l’enclavement, sa permanence dans les discours et les actions de la Politique de la ville, de même qu’à la transformation des points de vue avec lesquels cete notion est abordée, de la ségrégation aux mobilités.

Ain de retracer l’émergence de cete notion dans les études urbaines, puis dans un

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second temps de faire un état des lieux des méthodes et outils pouvant permetre de la mesurer, nous ne nous limitons pas aux seules références explicites à la notion d’enclavement ou d’enclave mais nous nous intéressons plus généralement aux travaux concernant des situations de Fermeture, de Diférenciation et d’Isolement, dans les espaces urbains. ue cete situation soit due à une faiblesse ou à des dysfonctionnements des réseaux de transports (individuels ou collectifs), à la présence d’obstacles coupant un territoire de ses voisins, ou encore à la présence d’une population ou d’une morphologie urbaine spéciique et homogène créant un efet de

« bulle » au sein des espaces urbains.

Chapitres 2 et 3 : Déinition de l'enclavement et spécialisation aux espaces urbains

Si l'on désenclave, c'est que l'enclavement est jugé a priori comme négatif. Mais que signiie être enclavé ? Les chapitres 2 et 3 présentent un travail de déinition et de formalisation de la notion d'enclavement qui est selon nous un préalable incontournable à la construction d'indicateurs.

L'enclavement apparaît comme une question courante dans la géographie des transports. Toutefois, durant tout le XXe siècle, le terme lui-même n'est que peu utilisé dans les études urbaines et l’enclavement a très peu été abordé en tant que tel. La référence à l'enclave, bien que récurrente aussi bien dans la litérature scientiique que dans les discours médiatiques, est souvent utilisée sans déinition précise et désigne des situations disparates. Enin, si l'enclave est un objet international, l'enclavement est un terme très peu utilisé dans la litérature anglo-saxonne et les travaux scientiiques sont rares.

Dans une phase préalable à la conception de l'ensemble d'indicateurs d'enclavement, nous commencerons donc par nous demander ce que représente cete forme spatiale spéciique aux yeux des géographes. Pour cela nous réalisons dans le chapitre 2 une analyse sémantique de manière à formaliser une déinition unique de l'enclavement en géographie à partir des diférentes déinitions et usages des termes enclave, enclavement et enclavé dans la langue française en général et dans les travaux existants en Géographie et en Aménagement.

Un recours aux diférents dictionnaires de langue française en général et de géographie montre la diversité des approches particulières de l'enclave et de l'enclavement, de même qu'elle est révélatrice de la faible rélexion sur l'enclavement en tant que concept générique. Les termes « enclave » et « enclavement » renvoient à diférentes déinitions liées aux diférentes branches de la géographie, souvent peu poreuses les unes avec les autres. Au premier abord, on peut donc légitimement questionner l'existence de l'enclavement comme une forme spatiale générique commune aux diférentes approches. Toutefois, deux éléments vont à l'encontre de

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cete position. D'une part, l'étude des diférentes utilisations de ces notions permet de metre en valeur des points communs génériques. D'autre part, les travaux de J. Debrié de ré-évaluation théorique de l'enclavement ont trouvé un écho au delà des travaux de géographie des transports et du développement jusque dans les travaux sur les espaces urbains, montrant ainsi la capacité de cete notion à s'appliquer à d'autres espaces et à d'autres échelles que dans son approche classique.

Dans un second temps, nous cherchons à comprendre comment cete notion générique peut-être dérivée, spécialisée en notions au périmètre plus restreint appliquées à des espaces et des échelles spéciiques. Nous présentons ainsi dans le chapitre 2 une formalisation de la notion d'enclavement en trois dimensions distinctes et complémentaires : la Fermeture, la Diférenciation et l'Isolement.

Passer des fondements théoriques généraux à des indicateurs géographiques pertinents requiert ensuite de s'intéresser aux diférentes facetes que peut prendre cete forme spatiale dans les villes. Ce travail théorique ouvre ainsi, dans le chapitre 3, sur la constitution d'une grille de lecture de chacune de ces dimensions appliquées aux espaces urbains.

Chapitre 4 : Modélisation géomatique des espaces urbains et mesure de l'enclavement

L'utilisation d'outils et méthodes issus de l'analyse spatiale et des systèmes d'information géographique (SIG) permet de construire une méthodologie d'analyse quantitative applicable aux diférentes agglomérations françaises. Après un rapide rappel de quelques notions fondamentales sur les SIG, nous présentons dans le chapitre 4 l'architecture technique sur laquelle repose nos indicateurs. Nous détaillons également l'ensemble des choix méthodologiques et techniques qui ont été réalisés lors de la construction de la base de données et lors de l'implémentation des indicateurs, et notamment les jeux de données qu'il nous a été nécessaire de constituer pour servir de base à notre approche. Ce chapitre s'adresse plus particulièrement au lecteur géomaticien souhaitant comprendre plus précisément les contraintes et les verrous posés par les données utilisées. En efet, ces choix peuvent avoir un impact important sur les résultats obtenus. Il est donc nécessaire d'en préciser la teneur mais aussi, dans la limite du possible, de donner une idée de leur impact sur les résultats de manière à maîtriser leur interprétation.

Chapitres 5, 6 et 7 : Construire des indicateurs d'enclavement au croisement entre accessibilité, ségrégation et perception des espaces urbains

Les chapitres 5, 6 et 7 détaillent, dimension par dimension, la construction des indicateurs d'enclavement que nous proposons d'appliquer aux territoires de la Politique de la ville. Ils permetent à la fois d'expliciter comment nous passons de

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la notion d'enclavement aux indicateurs, c'est-à-dire comment nous transformons la grille de lecture constituée dans le chapitre 3 en des indicateurs quantitatifs. Ces trois chapitres permetent ainsi de mieux comprendre comment les indicateurs ont été construits ain de pouvoir en interpréter les résultats.

Chacune des dimensions de l'enclavement renvoie à des concepts et à des angles d'approche pour lesquels des mesures quantitatives ont d'ors-et-déjà été proposées.

Ainsi, la Fermeture renvoie aux travaux sur les mobilités piétonnes, l'accessibilité à pieds, la caractérisation de la forme urbaine et l'impact des coupures urbaines sur l'espace vécu des populations. L'Isolement renvoie aux nombreux indicateurs d'accessibilité proposés depuis plus d'un siècle. Enin, la Diférenciation renvoie à des questions de caractérisation de la forme urbaine et de mesure de la ségrégation. Dans ce contexte, mesurer l'enclavement dans les espaces urbains signiiera se saisir des indicateurs existants et enrichir cet ensemble de nouveaux indicateurs. L'originalité de notre travail est ainsi de mobiliser ces mesures souvent étudiées distinctement dans une approche transversale.

Chacun des thèmes abordés pourrait-être le sujet d'une thèse à part entière. Ayant fait le choix d'une approche transversale, il était impossible de retracer ici de façon exhaustive les travaux qui ont exploré chacun des thèmes précédemment relevés.

Nous espérons avoir toutefois fait un choix représentatif des diférentes approches quantitatives pertinentes pour notre sujet.

Chapitre 8 : Application des indicateurs aux territoires de la Politique de la ville et analyse des premiers résultats

Enin, nous proposons dans le chapitre 8 d'appliquer les indicateurs que nous avons construits aux espaces urbains de l'agglomération parisienne. Nous cherchons à comprendre comment les territoires de la Politique de la ville se positionnent en termes d'enclavement vis-à-vis des autres espaces urbains, et plus largement s'il existe un lien entre une situation d'enclavement et des variables socio- économiques tels que les revenus ou le niveau de diplôme.

Nous procédons tout d'abord dimension par dimension, de manière à distinguer quelles facetes de l'enclavement sont plus spéciiques aux zones urbaines sensibles.

Puis nous croisons les trois dimensions de l'enclavement dans une même analyse ain de déterminer quels sont les territoires marqués par un cumul des formes d'enclavement et donc par une situation d'hyper-enclavement.

Il est important de noter que la délimitation spatiale des territoires de la Politique de la ville a changé au cours des dernières années de cete thèse. Nous avons conservé dans cete thèse le zonage en vigueur jusqu'en 2015. Toutefois, les indicateurs développés peuvent être aisément appliqués au nouveau zonage de zones urbaines sensibles déini par le Commissariat général à l'égalité des territoires.

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Chapitre 1. L'émergence de la question de l’enclavement et la Politique de la ville

Le débat sur les caractéristiques géographiques des zones urbaines sensibles et leur enclavement est particulièrement important depuis une quinzaine d'années. On observe à la fois un recours très fréquent à la notion d'enclavement au sein des discours politiques et opérationnels et, à la fois, des travaux de recherche qui nuancent ces observations. Pourquoi ce débat ? uels en sont les enjeux ? Pourquoi se cristallisent-ils autour de la question de l’enclavement ? Pourquoi, malgré ce débat, les références aux termes « enclavement » et surtout « enclave » restent-elles si fréquentes ?

La référence à l’enclavement se retrouve depuis le début des politiques de la ville.

Même lorsqu’elle n’est pas explicitée comme telle, elle apparaît à travers les thématiques des transports et de la morphologie urbaine. Cete problématique se développe progressivement dans les territoires de la Politique de la ville en corrélation avec les diférentes approches des espaces urbains. À mesure que le regard porté sur la ville évolue, la perception de l’enclavement va elle aussi se modiier, cristallisant une partie des problématiques urbanistiques et sociales qui sous-tendent les politiques de la ville. Ainsi, à travers la question de l’enclavement, c'est à nos yeux les questions du rejet des grands ensembles et de la crainte de l'éclatement des villes qui sont posées de même que l’étude des disparités socio-spatiales sous l’angle des mobilités.

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I. Dès la naissance de Politique de la ville : la question de l’enclavement

En France, les termes « enclavement » ou « territoires enclavés » font partie des éléments de discours sur les territoires de la Politique de la ville. Notre hypothèse est que l’image d’enfermement persistante rattachée à ces territoires s’explique en partie par le contexte dans lequel cet ensemble de politiques s’est développée. La Politique de la ville trouve ses prémices à la in des années 1970 dans un contexte très spéciique : un rejet grandissant des Grands Ensembles apparaît de façon concomitante à de nouvelles formes de précarité urbaine. Cete période est également caractérisée par le développement d’une pensée marxiste sur la ville qui va mener à la notion de droit à la ville d’Henri Lefebvre et marquer durablement la Politique de la ville, tout particulièrement dans sa relation au territoire. Celle-ci va alors se cristalliser autour de deux notions : le rejet d’une forme bâtie spéciique et, en ce qui nous intéresse ici, l’enclavement.

I.1. Le rejet des grands ensembles aux prémices de la Politique de la ville et de ses liens avec l’enclavement

I.1.1 Retour sur la genèse des grands ensembles

Les deux décennies suivant la Seconde Guerre mondiale sont marquées par un besoin important en logement. Ce problème n’est pas récent, surtout en région parisienne où le retard dans la construction s’accumule depuis des décennies (Soulignac, 1993). La France soufre en efet depuis le début du siècle d’un faible dynamisme de la construction de logement. À la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le parc immobilier est vieillissant et dégradé, caractérisé par des habitats souvent surpeuplés et sans confort (Damon et Micheau éd., 2009). À cete situation s’ajoutent les destructions entraînées par la guerre, mais également des changements sociaux et un dynamisme démographique qui ampliient la pénurie.

La reconstruction après-guerre ne suit pas à satisfaire la demande. L’appareil productif a été mis à mal et le manque de matériaux est un véritable obstacle à la reprise de la construction (Blanc-Coquand et al. éd., 1996, p. 24). Les investissements sont donc répartis entre la reconstruction du bâti, celle des infrastructures de transport, qui ont été fortement détériorées pendant la guerre, ainsi que dans le

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développement de l’industrie. De ce fait, le nombre de logements construits pendant la reconstruction reste faible.

La pénurie va en s’ampliiant : plusieurs vagues de populations à loger vont se succéder durant les dizaines d’années qui suivent la

Seconde Guerre mondiale. La période d’après- guerre est tout d’abord marquée par le « baby- boom », puis par un très fort mouvement d’exode rural, particulièrement marqué entre 1946 et 1962.

La migration des ruraux dans les métropoles françaises est accentuée par un fort besoin de main d’œuvre dans les secteurs de l’industrie et du tertiaire, qui sont alors en plein développement dans les grandes villes (Cornu, 1977). Les années 1960 sont marquées à leur tour par l’arrivée massive de deux types de populations qu’il faut également loger : les rapatriés d’Afrique du Nord et les travailleurs étrangers immigrant depuis l’Afrique du Nord et l’Europe du Sud (Blanc- Coquand et al. éd., 1996, p. 25). Or, il faut atendre le milieu des années 1950 pour que commence une période de construction et de réhabilitation de logements d’une vaste ampleur5, et les problèmes liés à la pénurie de logements perdurent encore à la in des années 1960. L’illustration la plus frappante

de cete pénurie est sans aucun doute les bidonvilles qui leurissent en région parisienne pour abriter les ouvriers immigrés, certains pouvant accueillir plusieurs milliers de personnes6.

Face à une situation de plus en plus tendue, l’État est contraint d’agir rapidement, massivement, et à la fois de façon économique. En efet, une grande part des logements construits sont des logements sociaux dont le inancement est assuré par des capitaux public (Cornu, 1977 ; Peillon, 2001). Des procédures visant à construire beaucoup de logements en peu de temps sont mises en place telles que les Zones à Urbaniser en Priorité (ZUP) en 1958. Elles s’accompagnent d’une industrialisation de la construction de logements qui permet de concentrer les chantiers et de construire de grands ensembles de logements en un temps restreint et à un coût moindre. Ces ensembles d’habitations prennent le nom de « Grands Ensembles » et deviennent alors le mode d’urbanisation de prédilection (Mengin, 1999).

5 Marcel Cornu, 1977, revient sur les statistiques des logements terminés : 60 625 logements en 1949, 76 800 en 1951 pour enfin passer à 210 000 en 1955 et 320 000 en 1959.

6 F. Soulignac (1993) souligne les bidonvilles de Gennevilliers, Courbevoie, ou encore Noisy-le-Grand.

On peut se référer au travail photographique de Henri Cartier-Bresson, Banlieues 1968-1969.

Illustration 1: Bidonville de Franc Moisin début des années 1970. Il accueille principalement des familles portugaises (5000 habitants environ au début des années 1970).

Source : http://archives.ville-saint- denis.fr. Photo Pierre Douzenel

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Solution eicace en termes quantitatifs contre le problème du déicit en logement, cette période de construction massive ofre également une opportunité inédite de proposer un nouveau type d’urbanisation, à une époque où le logement dans le centre des villes est vieillissant et peu attractif.

Ces ensembles d’habitations sont considérés comme une forme d’urbanisation moderne qui apporte un confort jusque là rare (Jacquot, 2006). F. Soulignac (1993) estime qu’en 1962, moins de la moitié des logements de la région parisienne ont le chaufage central et une douche ou une baignoire, et que le surpeuplement ateint à des degrés divers 30 % du parc. Ainsi, diférents témoignages soulignent que :

« ces logements succédaient à des conditions d’habitat diicile, soit du logement en partie insalubre d’avant-guerre, soit du logement provisoire, ces fameuses baraques de la reconstruction. Ces grands ensembles étaient perçus par ceux qui sont venus y vivre, comme le sommet de la modernité et du confort »7.

Plus généralement, au-delà de l’aspect pratique du confort et de l’équipement, les grands ensembles se veulent alors une manière de transformer la société par l’urbain (Chamboredon et Lemaire, 1970). Comme le rappelle en 1990 Jean Frebault, alors directeur de l’architecture et de l’urbanisme, « tous ceux qui à l’époque ont participé à ce développement urbain étaient marqués par l’idée de la modernité et du progrès »8. Cete urbanisation industrielle s’inspire en efet des préceptes de l’architecture moderne, et notamment de la Charte d’Athènes. Les architectes de l’époque se placent en opposition avec l’existant, et rejetent la ville haussmannienne jugée invivable, car trop dense, bruyante et encombrée, n’ofrant pas assez d’espaces naturels à ses habitants. Leur souhait est alors de poser les bases d’une nouvelle forme de ville moderne inspirée des préceptes hygiénistes de l’époque et basée sur l’idée de la ville à la campagne : « créer une ville avec des espaces verts, du soleil, de l’air, de la lumière, sans bruit et sans voiture » (Blanc-Coquand et al. éd., 1996, p. 27). Au départ ces espaces urbains sont donc pensés comme de futures villes à part entière comportant tous les équipements nécessaires, une mixité des fonctions et également des populations. De plus, cete ville moderne est pensée comme égalitaire, ofrant aux diférentes populations les mêmes services ainsi que des logements de même confort. L’idée de fournir un logement confortable et non diférencié à des populations socialement très diférentes tranche face aux formes d’urbanisation précédentes.

7 Pierre Maille, Maire de Brest, Président de la communauté d’agglomération, en avant-propos de (Blanc-Coquand et al. éd., 1996, p. 12).

8 « Entretien avec Jean Frebault, Directeur de l’Architecture et de l’Urbanisme », in Pour en finir avec les grands ensembles, 12 grands ensembles en question, Assises Banlieues89, 1990, pp. 2-5

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I.1.2 Le rejet des grands ensembles au cœur de la question actuelle de l'enclavement

Malgré le confort apporté par ces nouveaux logements, le débat à propos des grands ensembles émerge dès la in des années 1950 avec des critiques virulentes : des voix s’élèvent pour dénoncer la pauvreté architecturale des grands ensembles, leur absence d’équipement, leur site distant des villes (Choay, 1959). Dans un premier temps cependant, la majorité des observateurs y restent tout de même favorables : les logements sont confortables, les quartiers modernes, les populations plutôt satisfaites9. Cete tendance va se renverser et la vision négative des grands ensembles va s’imposer petit à petit comme celle d’un urbanisme aberrant, dans des sites distants des villes, mal reliés par les transports en commun. L’univers des grands ensembles sera jugé « concentrationnaire », « déshumanisé », et engendrant des situations de précarité sociale. Après avoir été le symbole de « la modernisation de la société par l’urbain », les grands ensembles vont représenter l’enfermement (Fortin, 2000).

Cette image d’enfermement est importante dans notre contexte, car elle perdure. Bien que cette représentation ne relète pas la réalité et la diversité de ces territoires (Chaline, 2008), les territoires de la Politique de la ville sont assimilés aujourd’hui aux grands ensembles10. On peut illustrer notre propos par l’exemple du blog « Urbains sensibles, une saison aux 4000 »11 qui revendique une approche de la cité des 4000 à La Courneuve sortant du discours dominant et souhaitant s’inscrire dans la durée. Ce blog a d’ailleurs reçu un bon accueil dans le milieu scientiique des études urbaines. Il est par exemple signalé par le site crévilles.org12, centre de ressources électronique sur les études urbaines. Pourtant, dès le premier article du blog, l’amalgame entre zones urbaines sensibles et grands ensembles est fait : « Nous sommes en “zone urbaine sensible”. C’est ainsi qu’on désigne depuis 1996 des quartiers de grands ensembles à l’habitat dégradé et au fort taux de chômage ». Dans les faits, les ZUS comprennent aussi des quartiers anciens dégradés qui ne comportent pas de grands ensembles. Mais l’image est forte.

9 Y. Lacoste 1995, entretien avec T. Paquot (http://urbanisme.u-pec.fr/documentation/paroles/yves- lacoste-64711.kjsp). Paul Clerc 1967.

10 On peut observer régulièrement l’amalgame réalisé entre zones urbaines sensibles et grands ensembles dans les discours des médias. Par exemple :

11 Le blog Urbains sensibles, une saison aux 4000 est une initiative d’une journaliste, Aline Leclerc et d’une photographe Élodie Ratsimbazafy. L’objectif du blog est de parler de la cité des 4000 dans la durée à travers des entretiens d’habitants et des photos. http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/. Le premier message du blog, http://lacourneuve.blog.lemonde.fr/2010/06/11/chronique-dune-banlieue- ordinaire.

12 Crévilles.org est une initiative de la maison des Sciences de l’Homme de Tours.

http://crevilles.org/mambo/index.php

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Comprendre le rejet et la stigmatisation des grands ensembles apparaît donc indispensable pour comprendre le discours sur l’enclavement dans les politiques de la ville.

On peut distinguer deux approches distinctes de la question, l’une urbanistique et l’autre sociale. Notre optique étant fondamentalement urbanistique et spatiale, nous nous focalisons ici sur cet aspect spéciique du rejet des grands ensembles et ne retraçons sa composante sociale que très rapidement. Nous ne la sous-estimons pas pour autant. Ces deux approches nous semblent non pas opposées, mais complémentaires et, à nos yeux, c’est la conjonction entre des phénomènes de rejet et de stigmatisation à la fois urbanistiques et sociaux qui va donner naissance à la Politique de la ville dans toute sa complexité. Nous renvoyons le lecteur intéressé par la facete sociale de la question vers la litérature spéciique sur le sujet.

Encadré 1 : Une prise en compte rapide des critiques par les architectes

Diférentes périodes de construction de grands ensembles se succèdent, donnant lieu à des réalisations très diférentes les unes des autres. Certaines rencontrent toujours un franc succès.

Les critiques sont prises en compte par les architectes. De plus, l’urgence diminuant, plus d’atention est portée à l’environnement urbain. Ainsi, entre 1955 et 1975 les ensembles construits sont très diférents. Des architectes comme Renée Gailhoustet et Jean Renaudie à Ivry-sur-Seine (centre Jeanne Hachete), ou encore Pierre Parat et Michel Andrault à Évry (Les pyramides), l’agence SCAU à Évry (Les pyramides), vont créer des ensembles de nombreux logements, mais sur des principes diférents: pas d’homogénéité des façades, celles-ci sont irrégulières presque « aléatoires », diférenciation des logements, présence de terrasses nombreuses ou de balcons, une pensée de la transition avec les espaces environnants (par des formes pyramidales notamment). Le cas des Pyramides et du square du Dragon, à Évry, est particulièrement représentatif de ces transformations (Direction régionale des Afaires culturelles d’Ile-de-France, 2010).

I.1.3 La rupture avec le tissu urbain existant

« Au mitan des années cinquante, apparurent d’étranges formes urbaines. Des immeubles d’habitation de plus en plus longs ou de plus en plus hauts, assemblés en blocs qui ne s’intégraient pas aux villes existantes. Ces blocs s’en diférenciaient ostensiblement et parfois, comme systématiquement, s’en isolaient. Ils semblaient faire ville à part. Surtout, ils ne ressemblaient pas à ce qu’on avait l’habitude d’appeler ville. Et leur architecture aussi, qui était tellement déroutante ! » (Cornu, 1977, p. 60)

Marcel Cornu synthétise ici les fondements de la représentation négative des grands ensembles comme forme urbaine : l’absence d’intégration aux espaces urbains existants ainsi que des caractéristiques morphologiques et architecturales tranchant

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radicalement avec la conception classique des villes. Ces caractéristiques découlent directement du contexte dans lesquels ces ensembles d’habitation ont été construits et de la conjonction de trois impératifs : urgence, masse et économie. Elles vont constituer une image du grand ensemble comme un espace à distance, à l’écart. Cete image, tenace, va perdurer au cours des dizaines d’années qui vont suivre. L’image des territoires de la Politique de la ville comme enclavés prend en partie sa source dans cette perception négative des grands ensembles comme des espaces à distance.

Dès leur création, la majorité des grands ensembles est dans une situation de rupture physique avec les espaces urbains voisins.

a) Une localisation à distance des espaces urbains existants

Une première cause de rupture réside dans la localisation de nombreuses ZUP à distance des villes. Si une partie des grands ensembles est construite au centre des villes, lors d’opérations de rénovation urbaine ayant lieu dès les années 1950, la construction de plusieurs milliers de logements nécessite la disponibilité d’une grande étendue foncière. Mais comment obtenir de grandes étendues foncières rapidement et à un prix peu élevé ? La politique du zonage, mis en place avec les ZUP, permet de s’afranchir d’une contrainte forte : construire dans la continuité du bâti existant (Peillon, 2001). Les ZUP prévoient en efet la construction des infrastructures nécessaires aux futurs habitants lors de la planiication du projet. Ainsi, la nécessité de construire à bas prix va pousser les investisseurs à aller chercher des opportunités foncières à distance des agglomérations existantes. Ces opportunités foncières vont se faire généralement sur des terrains non bâtis, en particulier agricoles. En efet, ces derniers répondent aussi bien aux impératifs de coût qu’à ceux de rapidité et de construction massive. Ils permetent de réduire les temps de négociation et de transaction par rapport à l’achat de terrains urbanisés, et ce même malgré les procédures d’expropriation mises en place à cete époque pour faciliter le remembrement des parcelles. De même, il est plus simple d’obtenir une surface de terrain assez étendue et d’un seul tenant en achetant des parcelles agricoles plutôt que par l’achat de parcelles urbanisées plus morcelées (Cornu, 1977).

La distance entre les ZUP et les agglomérations peut être variée. P. Clerc (1967) donne quelques chifres sur le temps d’accès au centre-ville depuis les grands ensembles, en transport en commun. Dans les métropoles de province, la distance est relativement faible : une demi-heure environ, parfois moins. En région parisienne, les temps d’accès peuvent être beaucoup plus longs de 40 minutes à 1H20 ou plus pour ateindre Châtelet ou Opéra. Mais la situation des grands ensembles n’est pas uniforme. Marcel Cornu (1977) s’appuie sur une carte des grands ensembles réalisés à la date de 1965 dans la région parisienne et montre que deux grandes situations peuvent être distinguées. De nombreux grands ensembles se trouvent dans la première couronne

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parisienne à moins de 15Km de Notre-Dame. « La plupart d’entre eux sont dus à l’initiative des Oices Municipaux (ou départementaux) d’H.L.M. de la vieille banlieue ouvrière » (M. Cornu, 1977, p.69). Suit une zone avec peu de grands ensembles, entre 15 et 25 km de Notre-Dame. Puis, au-delà de cete zone, on voit à nouveau de nombreux grands ensembles.

b) Le retard dans la construction des équipements

La situation de rupture avec les espaces urbains existants est d’autant plus fortement ressentie par les habitants que la construction des infrastructures et des équipements collectifs prend du retard. Ces très grandes quantités de logements ont souvent été construites comme de futures villes, mais une ville ne se limite pas à des logements.

Une fois ceux-ci construits, tout reste à faire : des infrastructures de transport, des lieux d’emplois, des écoles, maternelles et crèches, des commerces, des services du type bureau de poste, équipements sportifs et de loisirs… Or, construire ces équipements et infrastructures coûte cher. Le décalage avec lequel arrivent ces équipements s’ajoute à la rupture avec la ville, et la vie dans les grands ensembles est parfois vécue comme un isolement qui marque les esprits de façon durable.

c) Une situation de rupture avec le tissu urbain existant

Par la suite, la dynamique d’extension puis d’étalement urbain va ratraper les grands ensembles qui vont se retrouver englobés dans les territoires urbains. Mais cete avancée de l’urbanisation ne met pas systématiquement in à l’isolement dans lequel ils se situaient. La distance au centre de l’agglomération n’est pas l’unique facteur entraînant un efet de rupture avec la ville. À l’échelle locale de la commune, voire du quartier, on trouve d’autres formes de rupture, telles que la présence d’espaces non bâtis entre les grands ensembles et les espaces urbains voisins.

L’exemple de la cité Pierre Sémard (Saint-Denis) est assez caractéristique de ce phénomène (illustrations 2 et 3 ci-après). Construite à la limite des espaces urbanisés dans les années 1950, la cité Pierre Sémard est bordée par des chemins de fer, des terrains de sport, des champs et une zone résidentielle. La cité Pierre Sémard est ratrapée progressivement par l’urbanisation. Mais la rupture avec les espaces urbains environnants perdure. Les voies de chemin de fer et les terrains de sport constituent des obstacles et forment une frontière entre le quartier et ses voisins (illustration 3).

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