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DE L'ÎLE D'ANTICOSTI

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Academic year: 2022

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(1)

LE RAPPORT DU COMITÉ RESTREINT M.L.C.P.

MINISTÈRE DU LOISIR, DE LA CHASSE ET DE LA PÊCHE JUIN 1987

(2)

LE RAPPORT DU COMITE RESTREINT MLCP LES MEMBRES DU COMITE:

Roch Allen, D.G.P.T.F.

Denis Bourret, S.A.R.S.E.

Laurier Breton, D.G.F.

Lynn Collin, D.G.P.T.F.

André Gingras, D.G.O.R. Côte-Nord Gilles Lamontagne, D.G.O.R. Côte-Nord Magella Morasse, D.G.P.T.F.

Grégoire Ouellet, D.G.F.

François Potvin, D.G.F.

MINISTERE DU LOISIR, DE LA CHASSE ET DE LA PECHE

JUIN 1987

(3)

Page 1ÈRE PARTIE

LA PROBLÉMATIQUE FAUNE—FORÊT À L'ÎLE D'ANTICOSTI

1. L'HYDROGRAPHIE 1

1.1 Précipitation, topographie et nature de la roche.. 1 1.2 Les bassins hydrographiques ... ... ... 4 1.3 Problématique pour le Saumon atlantique...„,.. 5

2. LA VÉGÉTATION 8

2

.1 La sapinière ... .... ... . 01011 4,100001

... 8 2.2 La pessière noire... ... ..

44.0040 00444 ...

10 2.3 La pessière ... ..

1001044.0 lbe4, ...

11

2.4 La tourbière 11

2.5 Les bûchers de 1910 à 1928 11

2.6 Les bûchers de 1946 à 1960.--

1.•...

. .

00 $44

12

2.7 Les bûchers de 1961 à 1972 12

2.8 L'épidémie de 1935

eo.e., ... 444,ele

13

2.9 L'épidémie de 1971 13

2.10 Les feux de 1955, 1959 et 1983 14

3. LA FAUNE 15

3.1 La faune terrestre 16

3.1.1 Le Cerf de Virginie 16

3.1.2 L'Orignal... ...

Ob ... 4

25

3.1.3 Le Castor 27

3.1.4 Le Renard roux.--

.è.fatgaoe.08.,

28

3.2 La faune aquatique 29

3.2.1 Le Saumon atlantique . ..

474 4441044

... 29 3.2.2 L'Omble de fontaine.

000.480160,41400 ...

32

3,3 La faune ailée 36

3.3.1 La sauvagine ... ... .. • .

00,

36

3.3.2 L'Aigle à tête blanche 37

3.3.3 Le Grand Héron ... ...,...., ... 38

3.3.4 Le tétras des savanes.„....—

J • 38

(4)

D'INTERVENTIONS FORESTIÈRES 40

1. Résumé de la problématique 41

1.1 LA FAUNE AQUATIQUE ... .. . .. . . . 41 1.2 LA FAUNE TERRESTRE... .. . ,l., 4 43

1.3 LA FAUNE AILEE 45

2. Les principes devant régir les interventions

forestières 46

2.1 Le statut d'affectation ... ..,... 46 2.2 Les principes... ... 04. ... 47

3ÈME PARTIE:

LES PRESCRIPTIONS D'INTERVENTION FORESTIÈRE POUR LES

FINS DE L'AMÉNAGEMENT D'HABITATS FAUNIQUES 48 1. Prescriptions particulières pour le Cerf de

Virginie par zones forestières homogènes 49

1.1 La sapinière 49

1.2 La pessière noire...,. e* bb1Y,9 1 51

1.3 La pessière humide 52

1.4 La tourbière 52

1.5 Les bûchers de 1910 à 1928 .. .. .... , •• . 52 1.6 Les bûchers de 1946 à 1960 53 1.7 Les bûchers de 1961 à 1972 54 1.8 L'épidémie de 1935.. ... ... 54 1.9 L'épidémie de 1971... . Oef#10.46 55 1.10 Les feux de 1955, 1959 et 1983 55 2. Prescriptions particulières pour le Saumon

atlantique dans les bassins versants 56 2.1 Normes générales à respecter....,..., 56 2.2 Normes spécifiques à appliquer 57 3. Prescriptions générales concernant les

interventions forestières 59

(5)

ANNEXE I: Coordonnées des embouchures des rivières à saumon de l'île d'Anticosti.

Cartes en pochette: - Les zones forestières homogènes - Les bassins hydrographiques

(6)

IERE PARTIE:

LA PROBLEMATIQUE FAUNE-FORET A L'ILE D'ANTICOSTI

MINISTERE DU LOISIR, DE LA CHASSE ET DE LA PECHE

JUIN 1987

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La connaissance des caractéristiques principales de l'hydrogra- phie de l'île d'Anticosti est essentielle dans l'élaboration d'un plan d'aménagement intégré des ressources forestières et fauni- ques. En effet, les divers cours d'eau présents abritent une faune ichtyologique recherchée par les amateurs de pêche par- ticulièrement le Saumon atlantique. Ils servent également d'abri pour certains animaux à fourrure, surtout le Castor. Les activi- tés générées par la présence des espèces ichtyennes ne sont pas étrangères à l'attrait touristique de l'île d'Anticosti. Le pré- lèvement des ressources forestières à des fins commerciales devra donc être assujetti aux exigences de la protection d'un habitat de qualité puisque le rôle de la végétation dans la dynamique de l'écoulement des eaux d'un territoire a été maintes fois démontré particulièrement au chapitre de la régularisation des débits et de l'apport des sédiments dans le bassin versant global d'un cours d'eau.

1.1 Précipitation, topographie et nature de la roche

L'organisation hydrographique particulière de l'île d'Anticosti est fonction de trois éléments principaux: les précipitations, la topographie et la nature du substrat rocheux.

Bien que située dans le golfe du Saint-Laurent, l'île d'Anticosti est une enclave où les précipitations sont curieusement moins

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élevées que dans les provinces maritimes et la Gaspésie. Cette conséquence est probablement due au fait que l'île connaît une influence continentale, héritage des vents soufflant surtout du nord-ouest. A titre comparatif, les précipitations annuelles y sont de l'ordre de 76 à 89 cm alors qu'à Québec elles atteignent 107 cm. Beaubien (1975) ajoute que "le climat d'Anticosti permet à la végétation une période de croissance annuelle de 150 jours;

cette même période est couverte par 30 cm de pluie." Cette observation indique clairement que le régime hydrique des riviè- res et ruisseaux est fortement influencée particulièrement au chapitre de l'apport en eau pendant la période estivale, époque cruciale dans la vie du Saumon atlantique (montaison pour la fraie).

La topographie spécifique de l'île d'Anticosti alliée à ses di- mensions relativement restreintes sur le plan hydrographique (su- perficie: 7 943 km 2, longueur: 222 km, largeur maximale: 56 km) détermine son patron hydrographique. Ce territoire est en réali- té une vaste plaine dont le niveau d'ensemble s'élève à 126 m et dont l'altitude supérieure est de 312 m dans sa partie centrale.

Ces conditions créent un réseau hydrographique caractérisé par la petitesse de ces bassins versants (le plus grand totalisant 918 km 2 et le second, 360 km 2 ) et par la présence de "plusieurs petits cours d'eau entrecoupés de chutes, cascades et rapides qui sillonnent en tous sens l'ensemble du territoire anticostien"

(Beaubien, 1975). Ces caractéristiques influent directement sur la capacité de rétention de l'eau d'un bassin qui, dans ce sens,

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est très faible comme le signale Dumont et Gauthier (1981) lors d'une étude phyto-écologique des platières de la rivière Galiote.

Elles citent: "Le débit actuel de la rivière Galiote est de type torrentiel. Il est caractérisé par des crues printanières d'une force exceptionnelle, suivies d'un faible débit d'étiage en été.

Le bassin de la rivière possède une très faible capacité de rétention en eau et, par conséquent, un temps de réponse très court. C'est ce qui explique les très fortes variations du niveau d'eau au cours d'une même saison. Si l'on se base sur les observations de Marie-Victorin et Rolland Germain faites en juil- let 1925 et les nôtres effectuées au cours de l'été 1981, on peut établir à environ 1 mètre la différence du niveau d'eau dans la rivière durant deux journées pluvieuses consécutives". Ouellet (1977) a observé les mêmes phénomènes sur d'autres rivières de l'île visitées par le Saumon atlantique et a signalé les problè- mes majeurs qu'engendre ce manque de régularité dans les débits également affecté par la faible épaisseur de l'humus et l'absence de lacs de tête importants.

La nature de la roche-mère influence également l'hydrographie de l'île d'Anticosti. En effet, celle-ci presqu'entièrement formée de roches sédimentaires largement dominées par les calcaires est couverte de formes propres aux zones karstiques c'est-à-dire de gouffres, de cavernes, d'avens et de dolines à cause de la disso- lution chimique des calcaires. De plus, la structure relative- ment poreuse de la roche-mère facilite également l'infiltration ce qui contribue à diminuer les débits des cours d'eau en période La fragilité des roches sédimentaires de l'île estivale.

(10)

vis-à-vis l'érosion différentielle se traduit par la présence de chutes et de cascades ornant plusieurs rivières. Citons à titre d'exemple, la chute de la rivière Vauréal. Tous ces éléments sont considérés dans l'évaluation de la qualité de l'habitat du Saumon atlantique en terme d'obstacles à franchir, de physico- chimie de l'eau et de la nature des lieux de fraie.

1.2

Les bassins hydrographiques

D'après Beaubien (1975), le système des bassins de drainage du territoire anticostien est très simple et très hiérarchisé. Sui- vant une ligne de partage des eaux qui traversent l'île dans le sens de la longueur, les rivières se drainent en nombre égal soit vers le littoral sud, soit vers celui du nord. Beaubien (1975) a comptabilisé 168 bassins dont les plus grands sont celui de la rivière Jupiter (918 km 2 ) et celui de la rivière aux Saumons (360 km 2 ). En fait, la rivière Jupiter draine plus de 10% de la superficie totale de l'île. Les autres bassins sont relativement modestes puisque 14 d'entre eux couvrent chacun une superficie de 130 km2 et que 35 couvrent seulement 68 km 2 par bassin. Dans l'ensemble, les rivières qui s'écoulent vers le nord occupent près de 4 420 km 2 tandis que celles du sud couvrent environ 3 380 km 2. Les superficies ainsi drainées sont donc presqu'égales de part et d'autres.

Nous avons déjà vu que Ouellet (1977) signalait l'importance du manque de lacs de tête importants sur la rétention de l'eau d'un bassin hydrographique. En 1974, la Direction générale des eaux

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du ministère des Richesses naturelles a compté 457 lacs pour une superficie totale en eau d'environ 85 km 2 ce qui équivaut à 1,1%

de la surface de l'île d'Anticosti. Ces chiffres démontrent bien l'inquiétude de Ouellet (1977) puisque moins de 10 lacs occupent une grande part (25 km 2 à 30%) de cette superficie lacustre.

Parmi les plus importants citons les lacs Plantain, Gamache, Simone, Wickenden, Louise et du Renard. De plus, la plupart de ces lacs, compte tenu de la topographie de l'île, sont peu profonds. Ils sont caractérisés par une baisse importante du niveau de l'eau durant la période d'étiage laissant apparaître au moins 15% de surface normalement recouverte par l'eau à d'autres moments (Samson, 1984). Ces conditions créent des conséquences importantes sur les populations d'Omble de fontaine surtout en ce qui concerne l'augmentation de la température de l'eau.

1.3

Problématique pour le Saumon atlantique

Selon Ouellet (1977), les rivières à saumon de l'île d'Anticosti, avec des superficies de bassin versant de 250 km 2 et moins, sont de petites rivières à l'exception de la Jupiter qui coule sur une longueur de plus de 60 km. Les aléas de la topographie de l'île laissent des obstacles infranchissables (chutes) sur certaines rivières, particulièrement Vauréal et Natiscotec, qui limitent l'accès des saumons adultes. Les autres rivières sont, en théo- rie, accessibles sur toute leur longueur du moins lorsque leur débit est normal. Cependant, lorsque le niveau de l'eau est bas, les rivières McDonald et aux Saumons présentent des obstacles difficilement franchissables.

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De plus, Ouellet (1977) caractérise ainsi l'hydrographie générale du territoire: "malgré le relief plutôt plat de l'île, le débit des rivières est de type torrentiel. Il est marqué par des crues printanières d'une amplitude supérieure suivies d'un faible débit d'étiage en été. Les bassins des rivières possèdent une très faible capacité de rétention en eau à cause de la faible épais- seur de l'humus et de l'absence de lacs de tête en général. Par conséquent, on observe un temps de réponse très court, c'est-à- dire qu'une forte pluie provoque une augmentation rapide et im- portante du niveau de l'eau qui redescend tout aussi rapidement un peu plus tard. C'est ce qui explique les très fortes varia- tions du niveau de l'eau au cours d'une même saison. Le lit des rivières, dans leur partie aval, est exagérément large si on con- sidère le volume d'eau qui y coule en été; par contre l'absence de végétation indique que tout le lit est utilisé lors des crues printanières, ce qui est une autre caractéristique des torrents.

La dynamique hydrologique de ces cours d'eau est également mar- quée de façon courante, par le colmatage des embouchures ce qui bloque la montaison du Saumon atlantique".

Enfin, le débit estival très faible, excepté sur la rivière Jupi- ter, entrave régulièrement cette montaison. Dans les autres cours d'eau, en période d'étiage, le saumon ne pénètre dans leur lit qu'à la faveur d'une augmentation soudaine du débit. L'oc- currence relativement fréquente depuis 1975, de ces conditions fait que plusieurs rivières, en particulier les petites, peuvent recevoir des montées de Saumon atlantique jusqu'au milieu de

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septembre. Ouellet (1977) conclut donc que les dates de fraie varient donc d'une dizaine de jours selon les années puisque Sal- mo salar, arrivé tôt en saison, est parfois obligé de rester à la mer en attendant un débit adéquat pour la remontée. Toutefois, étant donné la faible longueur des rivières et la forte pluviosi- té habituelle en septembre, la fraie n'est vraisemblablement pas perturbée.

Hydroteck (1978) signale "que les lacs et marais régularisent d'une façon naturelle les cours d'eau, si bien qu'en pratique, plus la densité hydrique est forte, plus les eaux sont normale- ment régularisées". Nous avons vu que les paramètres géographi- ques de l'île d'Anticosti sont particulièrement sévères à l'en- droit des habitats fauniques aquatiques et les correctifs à ap- porter sont parfois inexistants, parfois dispendieux. Il est connu que le couvert forestier agit invariablement comme régula- teur de débit (Pichette, 1971). Il est donc de la première im- portance de porter une attention particulière aux conséquences néfastes que pourrait occasionner la coupe de bois commerciale sur la ressource saumon et sur l'habitat du castor en édictant des normes d'aménagement auxquelles l'exploitant forestier éven- tuel devra se soumettre lors des opérations s'il y a lieu.

(14)

2.

LA VÉGÉTATION

La forêt de l'île d'Anticosti appartient à la section Anticosti de la forêt boréale selon la classification de Rowe (1972). Elle est constituée en grande partie de peuplements résineux dominés soit par le Sapin baumier, l'Epinette blanche, ou l'Epinette noire. On retrouve de plus quelques peuplements de Bouleau à papier et de Peuplier faux-tremble. Il faut noter que la strate arbustive est pratiquement absente partout étant contrôlée systé- matiquement par le cerf, alors que la végétation herbacée est très développée. Ce territoire se divise sommairement en deux grands ensembles: à l'ouest des rivières Saumon et Chaloupe la forêt résineuse a été morcelée par plusieurs perturbations majeu- res tandis qu'à l'est on retrouve des peuplements ouverts de sapin et d'épinette ainsi que d'immenses tourbières.

Pour avoir une idée juste de la situation forestière actuelle d'Anticosti, nous avons retenu la stratification du territoire définie par Potvin (1985) et qui comprend dix unités distinctes (voir carte

1).

2.1

La sapinière

La sapinière comprend trois massifs qui totalisent 830 km2. Les deux essences dominantes sont le sapin et l'Epinette. blanche,

(15)

les arbres sont surannés (plus de 90 ans) et sont extrêmement vulnérables aux épidémies d'insectes, c'est d'ailleurs dans ces milieux que se retrouvent les foyers d'infestation de l'épidémie de tordeuse, en particulier où le sapin est abondant; Potvin (1985) mentionnait que les zones de mortalité couvraient 285 km2 , ce qui est sûrement plus étendu actuellement. Il faut noter que ces peuplements ne se régénèrent pas en sapin mais plutôt en Epinette blanche, toujours à cause de l'action du cerf. Ces peuplements fournissent un bon couvert pour le cerf lorsque la mortalité n'est pas trop sévère tandis que la disponibilité de nourriture d'hiver est faible et est constituée surtout de sapin.

2.2

La pessière noire

La pessière noire se retrouve en deux unités, soit un massif incluant les bassins des rivières Jupiter et la Loutre couvrant 870 km 2 et le bassin de la rivière aux Saumons couvrant 340 km 2.

Il s'agit d'une vieille forêt relativement régulière où le cou- vert est dense. Du strict point de vue de la matière ligneuse disponible pour l'exploitation forestière, ces deux unités pré- sentent un intérêt majeur. Pour le cerf, la pessière fournit un excellent couvert mais la disponibilité de nourriture d'hiver est pauvre; notons que ce sont dans ces peuplements que l'on a obser- vé les densités de cerfs les plus faibles lors des inventaires aériens.

(16)

La pessière humide se retrouve à l'est de l'île, elle couvre 1 060 km 2. Desloges & Emond (1974) soulignent que les milieux tourbeux sont entrecoupés de peuplements de sapin et d'Epinette blanche, assez curieusement l'Epinette noire est peu abondante.

On retrouve de plus quelques îlots de mélèze rabougri. En terme d'habitat d'hiver, le couvert est moyen tandis que la nourriture est rare, elle est composée essentiellement d'éricacées et de sapin.

2.4 La tourbière

La tourbière occupe l'est de l'île, principalement la partie cen- trale et la bande riveraine au sud, elle couvre une superficie de 1 020 km 2. Cette zone comprend de très grands marécages avec des éricacées et peu de végétation arborescente, elle présente un intérêt marginal pour le cerf durant l'hiver dû à l'absence de couvert et de nourriture de qualité.

2.5 Les bûchers de 1910 à 1928

Les bûchers de 1910 à 1928 se retrouvent dans une zone située à l'extrémité ouest de l'île et qui couvre 460 km 2. Les traces de l'exploitation forestière de cette époque ne sont pas évidentes, cependant les peuplements jeunes (environ 50 ans) et denses

(17)

d'Epinette blanche témoignent du remplacement systématique du sapin par l'épinette. Ces peuplements très fermés sont extrême- ment pauvres en terme de production de nourriture d'hiver, la- quelle est constituée de sapin.

2.6 Les bûchers de 1946 à 1960

Les bûchers de 1946 à 1960 se retrouvent dans une zone de 590 km2 située au nord-ouest de l'île, les aires de coupe proprement dites couvrent 315 km 2. La régénération en Epinette blanche apparaît souvent très éparse alors que le sapin est toujours absent. Potvin (1985) mentionne qu'à plusieurs endroits ces bûchers prennent l'allure de prairies boisées à cause de la présence d'arbres clairsemés sur un sol densément recouvert d'herbacées, il ajoute que ces milieux offrent un habitat d'hiver marginal en terme de couvert pour le cerf et très pauvre en regard de la production de nourriture d'hiver, sa strate arbus- tive étant presque nulle; ils offrent cependant une nourriture d'été de qualité.

2.7 Les bûchers de 1961 à 1972

Les bûchers de 1961 à 1972 sont compris dans une zone de 270 km2 située au nord de l'île à environ 85 km de Port-Menier, les par- terres de coupe couvrent 164 km 2. Dans ces aires, la régénéra- tion s'établit encore difficilement et est uniquement composée d'épinette. Potvin (1985) souligne que la strate arbustive est

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beaucoup plus développée que précédemment avec 13 000 tiges/ha et est dominée par le Bouleau è papier, la nourriture d'été est pré- sente en grande quantité.

2.8

L'épidémie de 1935

L'épidémie d'arpenteuse de 1935 couvre environ 290 km 2, elle com- prend grossièrement le bassin de la rivière du Brick. D'après Potvin (comm.pers.) cette épidémie semble avoir été moins sévère que celle de 1971, la forêt composée principalement d'Epinette blanche, se présente en deux étages distincts: des zones de vieille forêt correspondant aux secteurs non touchés par l'arpen- teuse et des zones de forêt jeune correspondant aux aires régéné- rées après 1935. Cette zone fournit un bon couvert tandis que la nourriture d'hiver est relativement abondante de même que la nourriture d'été.

2.9

L'épidémie de 1971

L'épidémie d'arpenteuse de 1971 s'est étendue sur 1 370 km 2 et fut extrêmement sévère, Potvin (1985) rapporte que les zones de mortalité couvrent 1 271 km 2. Il reste quelques îlots d'épinet- te localisés principalement dans les vallées et pouvant offrir un bon couvert pour le cerf. On retrouve une régénération clairse- mée d'Epinette blanche dans l'ensemble de ce territoire et la nourriture d'hiver est de pauvre qualité.

(19)

2.10 Les feux de 19551 1959 et 1983

Les feux de 1955, 1959 et 1983 ont couvert 850 km 2 , les deux pre- miers furent particulièrement sévères et ont rasé 675 km 2 tandis que celui de 1983 localisé à l'ouest de l'épidémie de 1971 fut un peu moins radical à cause probablement de la présence de zones humides. Dans les feux de 1955 et 1959, la régénération s'éta- blit très péniblement, on rencontre une strate arbustive composée de feuillus intolérants, ce sont d'ailleurs les rares secteurs où la strate arbustive n'a pas été totalement contrôlée par le cerf.

En résumé, la forêt de l'île d'Anticosti a subi des perturbations majeures depuis 50 ans, lesquelles ont affecté 36% du territoi- re. L'établissement de la régénération naturelle se fait extrê- mement difficilement dans ces zones et est constituée surtout d'épinette, le sapin est abondant à l'état de semis, mais est graduellement éliminé par le cerf. La partie est de l'île en terme d'exploitation forestière doit être considérée comme impro- ductive tandis qu'à l'ouest des rivières Chaloupe et Saumon les peuplements intéressants dans l'immédiat en terme de matière li- gneuse sont ceux constitués d'Epinette noire et d'Epinette blan- che, ils couvrent grossièrement 1 600 km 2. Finalement, l'épidé- mie de tordeuse décime encore les sapinières et les zones de mor- talité s'agrandissent d'année en année.

(20)

3. LA FAUNE

Avant 1895, Anticosti était un territoire relativement dépourvu de faune, seulement 5 espèces de la faune terrestre y étaient indigènes: la Souris sylvestre anticostienne (Peromyscus manicu- latus anticostiensis), Le Renard roux (Vulpes vulpes),l'Ours noir (Ursus americanus), la Martre d'Amérique (Martes americana) et la Loutre de rivière (Lutra canadensis).

Henri Menier acheta l'île en 1895, et manifesta son intérêt pour ce territoire en introduisant une foule d'espèces, il désirait faire de l'île un paradis de chasse. Parmi les espèces introdui- tes avec succès mentionnons le Lièvre d'Amérique (Lepus america- nus), le Castor (Castor canadensis), le Cerf de Virginie (Odocoi- leus virginianus) et l'Orignal (Alces alces) (Beaubien 1975; Pot- vin 1985).

La faune ichtyenne des rivières de l'île d'Anticosti n'est pas diversifiée, avec le Saumon atlantique (Salmo Salar), l'Omble de fontaine migratrice (Salvelinus fontinalis) et l'Anguille d'Amé- rique (Anguilla rostrata) comme principales espèces. En ce qui concerne les quelques lacs d'importance, ils renferment pres- qu'exclusivement des populations dulcicoles d'Omble de fontaine.

La faune avienne par contre est très diversifiée, étant favorisée par la localisation de l'île au centre du golfe Saint-Laurent elle constitue un refuge de premier ordre pour les oiseaux migra- teurs en quête de nourriture, d'aire de repos ou de sites de ni- dification.

(21)

3.1

La faune terrestre

3.1.1

Le Cerf de Virginie

La population

Depuis l'introduction de quelque 200 cerfs en 1896-1897, dans un habitat qui à première vue semblait peu favorable à l'espèce, le cheptel a connu un accroissement considérable. Bertrand (1983) avance que la population se situerait autour de 80 000 indivi- dus. Cette expansion phénoménale s'explique en partie par la très grande adaptabilité de l'espèce dans des conditions climati- ques favorables et ce en l'absence de prédateur naturel effica- ce. La population s'est accrue à un point tel que les animaux ont modifié considérablement leur habitat: à titre d'exemple nom- bre d'essences feuillues jugées importantes dans la diète ont été pratiquement éliminées tandis que le sapin abondant à l'état de semis est systématiquement contrôlé par le broutement exces- sif (Pichette, 1971).

Le Cerf de Virginie est présent partout sur l'île quoique les densités varient d'un habitat à l'autre. On observe que les plus faibles densités se retrouvent dans les feux et dans la partie est de l'île en raison de l'habitat moins productif. Tandis que les densités les plus élevées se retrouvent dans les milieux per- turbés par l'épidémie.

(22)

De nombreuses études mettent en évidence certaines particularités de la population de cerfs de l'île. Mentionnons entre autre que le taux de fécondité est le plus faible connu pour cette espèce en Amérique du nord, les faons ne participent généralement pas à la reproduction, seulement 40 pour cent des biches mettent bas pour la première fois à deux ans (Goudreault, 1980). De plus, on rapporte que la taille des animaux est inférieure à ceux du con- tinent.

La situation particulière du cerf à Anticosti rend nécessaire la mise au point de nouvelles techniques pour étudier la popula- tion. A titre d'exemple, les inventaires aériens conventionnels qui consistent à délimiter les ravages s'appliquent difficilement à Anticosti étant donné que les animaux sont présents partout.

Le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche met présente- ment au point une technique d'inventaire pour dénombrer les ani- maux: brièvement on procède à des inventaires aériens dans des milieux différents afin d'établir un taux de visibilité pour cha- cun, à l'aide de ce paramètre on fera des estimations précises du cheptel qui permettront une meilleure gestion de la population.

L'habitat

Les conditions d'habitat du cerf à Anticosti diffèrent nettement des conditions rencontrées ailleurs dans la province, ceci s'explique entre autre par la situation plus septentrionale de

(23)

l'île qui atteint presque le 50 ° de latitude soit la même hauteur que Chibougamau. Si l'habitat sur la terre ferme se distingue par la variété des milieux, il en va tout autrement à Anticosti où l'on retrouve essentiellement une forêt résineuse entrecoupée de perturbations majeures ou de tourbières.

L'habitat d'hiver à l'île diffère notamment au niveau du regrou- pement des individus: on sait sur le continent que l'habitat d'hiver (ravages) occupe moins de 10 pour cent de l'aire de dis- tribution continue de l'espèce, par contre sur l'île les animaux se retrouvent à peu près partout exception faite des grandes aires dénudées où il n'y a ni couvert, ni nourriture. S'il n'existe pas de ravage proprement dit, Potvin (comm. pers.) fait remarquer que les animaux recherchent cependant le couvert rési- neux lorsque les conditions de déplacement deviennent de plus en plus difficiles.

En terme de nourriture disponible durant l'hiver, il faut souli- gner la pauvreté extrême de la strate arbustive, celle-ci étant presque totalement contrôlée par le cerf, de fait il a pratique- ment éliminé des essences comme l'If du Canada, le Noisetier à long bec et l'Erable à épis (Smith, 1956; Pimlott,1968; Marie- Victorin et Rolland-Germain, 1969); de plus, il empêche le déve- loppement du sapin pourtant abondant à l'état de semis au profit de l'Epinette blanche. Huot (1982) mentionne que le régime ali- mentaire du cerf se compose surtout de sapin (70%) et de lichens

(24)

(10%) en hiver. Par ailleurs en bordure de la mer, plusieurs in- dividus s'aventurent sur les glaces pour manger le varech alors que dans les tourbières, les animaux se nourrissent d'éricacées ou creusent dans la neige pour atteindre des racines ou des par- ties de plantes encore vertes (Pichette, 1971).

La qualité de l'habitat d'été est déterminante pour la survie du cerf à Anticosti, c'est durant cette période qu'il accumule les réserves nécessaires pour subsister durant la période critique de l'hiver. Huot (1972) souligne que la diète se compose de grami- nées (54%) en mai-juin et d'herbacées à larges feuilles (70% en- viron) de la mi-juin à la mi-décembre. Il faut souligner que la strate herbacée est extrêmement abondante à Anticosti.

Les travaux de Huot (1982) sur la condition physique des animaux et le régime alimentaire, de Tremblay (1982) sur la qualité de la nourriture d'été et de Boulet (1980) sur le bilan énergétique du cerf durant l'hiver permettent d'esquisser les composantes idéa- les de l'habitat du cerf à l'île d'Anticosti. Potvin (1985) ré- sume ainsi ces composantes: "Au sortir de l'hiver, en mai et juin, le cerf doit compter sur l'arrivée hâtive de graminées et autres herbacées, disponibles surtout dans les endroits ouverts où la fonte des neiges est hâtive. Par la suite, tout au long de l'été et de l'automne, les herbacées latifoliées deviennent très importantes: on les retrouvera un peu partout, mais en plus gran- de abondance dans les milieux modérément perturbés. Au cours de

(25)

l'hiver, le cerf recherchera d'abord l'abri offert par les peuplements de sapin et d'épinette. Une strate arbustive abondante, dominée par le sapin et les divers feuillus, de même que les branches basses de sapin offrant des ramilles accessibles seront des atouts importants sur le plan de l'alimentation. La disponibilité de lichens arboricoles, provenant de branches brisées par le vent ou d'arbres renversés, n'est pas à négliger."

Au cours des dernières années, des projets de recherche visant à mesurer l'évolution de l'habitat ont été entrepris, ils permet- tent de quantifier l'effet de diverses perturbations sur l'habi- tat. A partir des résultats préliminaires Potvin (1985) fait ressortir les points suivants: "Anticosti est un milieu qui évo- lue très lentement et où le cerf influence fortement la végéta- tion. En effet, il faut cinq ans pour que la strate herbacée s'installe après une exploitation forestière et quelque 20 ans pour que la strate arbustive se développe après une coupe ou un feu. Dans les peuplements affectés par l'épidémie d'arpenteuse on a constaté une augmentation de la biomasse (herbacées et arbustes), mais la strate arbustive qui se développe est dominée par l'épinette, le sapin étant virtuellement éliminé par le brou- tement du cerf. Pour ce dernier, dont le sapin constitue la principale composante du régime alimentaire, les conséquences risquent d'être majeures".

(26)

Un autre projet de recherche en cours vise à quantifier l'effet du broutement par le cerf sur la végétation. Des exclos construits en 1983 permettent de suivre l'évolution de la végétation en l'absence d'utilisation par le cerf (Laprise, 1983;

Breton, 1984).

L'exploitation sportive

Après l'acquisition de l'île d'Anticosti par le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche en 1974, on a développé considérablement la chasse au cerf: le nombre d'animaux abattus est passé de 1 900 en 1975 à 8 000 en 1986 alors que le nombre de chasseurs grimpa de 1 200 à 4 500 (tableau 1); sachant que chaque chasseur peut abattre deux cerfs, le succès de chasse a presque toujours été supérieur à 1,5 animaux par chasseur, ce succès de chasse très élevé fait d'ailleurs la renommée de l'île. A titre comparatif, pour le reste de la province en 1986, il s'est abattu un peu plus de 8 000 cerfs par 95 000 chasseurs.

La gestion de la chasse a subi des modifications importantes à partir de 1982 alors que le Ministère confia à l'entreprise pri- vée (pourvoirie) une bonne partie du territoire et de plus il ouvrit de nouveaux territoires (Bertrand, 1983). En 1985, la Société des établissements de plein air du Québec remplaçait le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche comme gestion- naire de la partie centrale de l'île. La carte ci-jointe donne

(27)

TABLEAU 1

NOMBRE DE CHASSEURS, RÉCOLTE DE CERFS ET SUCCÈS DE CHASSE

h

ANTICOSTI DE 1975

A

1986

ANNÉE NOMBRE DE CHASSEURS

RÉCOLTE CERFS/100 CHASSEURS

1975 1231 1861 151

1976 1232 2294 186

1977 1334 2122 159

1978 1504 2519 167

1979 1812 2914 161

1980 1897 3285 173

1981 2712 4779 176

1982 3591 5984 167

1983 3761 6470 172

1984 4884 7099 145

1985 5064 7875 156

1986 4509 7976 177

Tiré de: Potvin,

1985;

Lussier,

1985;

Lussier,

1986.

(28)

une idée du découpage de l'île en terme d'unités de gestion pour la chasse, on retrouve cinq pourvoiries et deux territoires gérés par la SEPAQ. (Voir carte 2).

Le niveau d'exploitation visé pour l'ensemble de l'île est de un cerf par km 2 et ce quota a été atteint, cependant il faut viser une meilleure répartition de l'exploitation qui tiendra compte de la population sur pied; Bertrand (1983) mentionne qu'on devrait tendre à équilibrer les densités de récolte entre 0,75 et 1,25 cerf/km 2. Pour atteindre une meilleure répartition, il faudra ouvrir de nouveaux territoires et améliorer l'accès particulière- ment dans la partie sud-est de l'île.

Une équipe permanente de la Direction régionale de la Côte-Nord assure le suivi de l'exploitation par la chasse. Ce programme vise à mesurer la récolte annuelle, à évaluer le recrutement (productivité), et à estimer les pertes en fonction de la rigueur de l'hiver. Il permettra d'ajuster éventuellement les quotas de récolte pour les différents gestionnaires délégués (Potvin et Bertrand, 1984).

(29)

Baie Sainte-Claire Martin 4c. 0

(le &

Baie MacDonald Baie du Caplan

04

en.

—I SECTEUR SAUMONS

Baie Lafayette

SECTEUR CAP de-la-TABLE (POURVOIRIE AQUILA)

49°

45'- N

Baie de l'Ours Baie Natiscotec Baie Bonsecouts

4e

45' N

49°

30' N 49°

30' - N

64° 00' W 63° 00' W 62° 00' W

[7011771 RÉSERVE ÉCOLOGIQUE DE POINTE HEATH

LeMed RÉSERVES FAUNIQUES

TERRITOIRES GÉRÉS PAR SÉPAQ POURVOIRIES

SECTEUR LAC GENEVIÈVE (POURVOIRIE du LAC GENEVIÈVE

De

Baie Pinta

49°

15' -

N — ROUTE PRINCIPALE

Baie des Sables

Baie du Renard 49°

15' N

SECTEUR CHALOUPE (POURVOIRIE CERF -SAU)

H

Baie au Cormoran

D* hos° SECTEUR POINTE du SUD (POURVOIRIE ANTICOSTI INC.)

0 20 Km

64° 00' W 63°00' W 62° 00' W

Der e 0

11111111

CARTE 2: LES GESTIONNAIRES DE LA FAUNE 'A ANTICOSTI

(30)

3.1.2 L'Orignal

La population

L'Orignal a été introduit à l'île d'Anticosti par Henri Menier entre

1895

et

1913, il

a transporté une vingtaine d'individus et même si la population s'est accrue, les densités rencontrées sont considérées comme marginales. Divers inventaires (Pimlott, 1954;

Brassard et al.

1972;

Morasse et Beauchemin,

1978;

Morasse

1979)

ayant pour but d'estimer la population de Cerf de Virginie, font mention de la présence d'Orignal, surtout dans le secteur des brûlés de

1955

et

1959,

sans avancer d'estimation de population.

On considère que la population est stable et en nombre restreint.

En

1983,

le Service de l'aménagement et de l'exploitation de la faune effectuait des inventaires aériens dans le but d'estimer la densité de l'Orignal sur l'ensemble de l'île. Une densité moyen- ne de

0,8

Orignal/10 km 2 fut trouvée soit une population totale d'environ 600 orignaux (Bertrand,

1983).

Bien que l'Orignal soit présent à peu près partout sur le territoire, la distribution n'est pas uniforme, ainsi le secteur du feu de

1955

d'une

superficie d'environ

800

km 2, montre une densité de 2,6 orignaux/10 km 2. Cette densité se traduit par une population d'à peu près 200 bêtes pour ce seul secteur.

(31)

A la lumière des données recueillies lors des inventaires aériens et par observation du nombre de femelles suitées, la population semble être en pleine expansion. De plus, le secteur sud-est de l'île ayant subi un feu à l'été 1983 devrait voir sa densité d'orignaux s'accroître sensiblement aux cours des prochaines années (Bertrand, 1983).

L'exEloitation

Il est indéniable que le gros gibier à privilégier à l'île d'Anticosti est le Cerf de Virginie, le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche a donc adopté comme stratégie de mainte- nir la population d'Orignal à un bas niveau afin de minimiser la compétition entre les deux espèces. C'est pourquoi à l'automne 1983 on instaurait une première saison de chasse à l'Orignal, la récolte maximale fut fixée à 20 bêtes et des informations biolo- giques importantes (incisives, ovaires, tête, poumons, moëlle épinière, foie) furent recueillies sur celles-ci (Bertrand, 1983).

Jusqu'à maintenant, les quatre saisons de chasse ont permis d'abattre 115 orignaux, cette faible récolte s'explique non pas par une offre faunique déficiente mais par l'importance de la chasse au Cerf de Virginie qui relègue la chasse à l'Orignal au

(32)

niveau d'activité accessoire pour les divers pourvoyeurs même si le taux de succès est élevé (85% dans la réserve faunique en 1984 et 1985). La meilleure saison de chasse a permis d'abattre 39 orignaux, soit environ le tiers seulement du potentiel théorique de récolte, car en supposant un taux de récolte aux environs de 20% du cheptel total, la densité actuelle pourrait fournir une récolte annuelle de 120 à 130 bêtes. Le niveau d'exploitation réel pour l'ensemble de l'île (incluant les secteurs non chassés) n'est que de 6 à 7% (1983 à 1985).

3.1.3 Le Castor

Suite à l'introduction de 30 castors en 1900 par Henri Menier, Belsile, 1982 considère son implantation à l'île d'Anticosti com- me étant réussie et ce malgré le faible potentiel du territoire.

Il rapporte que les plus fortes concentrations de castor ont été enregistrées dans les quelques forêts dominées par les feuillus, principalement à proximité de la rive nord, entre les rivières McDonald et Observation.

Un inventaire aérien réalisé en 1982 permet de fixer la densi- té moyenne de colonies à 2,24 par 25 km 2 (Belisle, 1982). C'est en décembre de cette même année qu'a eu lieu la première saison d'exploitation expérimentale. Depuis, seulement deux ou trois

(33)

résidents pratiquent encore cette activité qui rapporte en moyen- ne une dizaine de castors par trappeur (A. Gingras, comm. pers.)

De plus Belisle (1982) mentionne que: "le Castor joue un rôle im- portant dans la régularisation des eaux..., particulièrement sur l'île d'Anticosti où la nature même du substrat et la formation du relief créent un réseau hydrographique très rapide et retenant peu l'eau". Il constate également que: "le Castor occupe la très grande majorité des sites ayant un potentiel de support. Il est même plus que probable que les mortalités hivernales soient très grandes chez les castors établis dans les habitats marginaux (faible rétention d'eau, peu ou pas d'amas). C'est probablement ce facteur d'ailleurs, qui régularise les populations à l'île en l'absence de prédateurs sérieux".

3.1.4

Le Renard roux

Le renard roux indigène à l'île s'est croisé avec la variété ar- gentée introduite par Menier entre 1895 et 1913. Même s'il n'existe aucun inventaire systématique de la population on obser- ve que les densités sur le territoire sont fortes par rapport à celles observées pour le Québec, particulièrement dans le secteur ouest de l'île. Le piégeage effectué par les résidents de Port- Menier permet une récolte d'environ 300 à 400 renards annuelle- ment (P. Bertrand, comm.pers.)

(34)

3.2

La faune aquatique

3.2.1

Le Saumon atlantique

La population

Plus d'une centaine de rivières et de ruisseaux drainent l'île d'Anticosti et plusieurs de ces cours d'eau sont fréquentés, plus ou moins selon leur taille, par le Saumon atlantique anadrome*

(Ouellet, 1977). Le statut de rivière à saumon a été attribué à 27 rivières de l'île. L'annexe 1 donne la liste et les coordon- nées des embouchures des principales rivières à saumon.

La complexité de son cycle vital, ses exigences pour un habitat d'excellente qualité et son potentiel de reproduction relative- ment faible, font du Saumon atlantique une espèce vulnérable. La durée du cycle vital moyen du saumon est de 6 ans: après avoir passé de 3 à 4 ans dans sa rivière natale, il quitte pour un sé- jour d'un an ou 2 en mer avant de revenir frayer dans sa rivière d'origine. Cette remontée a lieu de juin à septembre pour enfin atteindre les frayères vers la fin octobre.

* Anadrome: qui vient de la mer et remonte une rivière pour frayer (Scott & Crossman, 1974).

(35)

Depuis 1982, le Service d'aménagement et d'exploitation de la faune réalise des inventaires des géniteurs afin de déterminer la quantité de madeleineaux* et de rédibermarins** qui vont partici- per à la fraie. Ces opérations, combinées au suivi de l'exploi- tation et aux résultats des pêches électriques, forment les prin- cipales informations servant au suivi global de la population (Therrien, 1986).

Les données obtenues permettent d'établir pour Anticosti, la pro- ductivité des rivières à saumon et de pouvoir planifier l'exploi- tation une ou plusieurs années à l'avance. Dans cet optique, une barrière de comptage fut installée, par la Direction de la faune aquatique sur la rivière aux Becs-Scie (Guay, 1986).

Pour la saison 1986, une montaison totale de 6 800 saumons, pour l'ensemble des 18 rivières exploitées a été enregistrée. On note une légère baisse par rapport à 1985 où la montaison totalisait 7 100 saumons. De ces chiffres, on estime que la population de saumon se répartit dans des proportions d'environ 25% de made- leineaux et 75% de rédibermarins. Une des particularités de la population d'Anticosti étant l'absence de gros saumons (tri- bermarins***).

* Madeleineaux: Saumons qui viennent frayer et ayant séjourné un an en mer.

** Rédibermarins: Séjour de deux ans ou plus en mer.

***Tribermarins: Séjour de trois ans en mer.

(36)

L'habitat

Les frayères sont habituellement situées dans des endroits où le courant est rapide et le lit constitué de graviers de granulomé- trie variable (de 1 à 15 cm). La propreté des gravières de fraie garantit le développement normal des oeufs tout en favorisant un apport continu d'oxygène, éléments essentiels à la survie des em- bryons. De plus, au cours de leur croissance, les saumons juvé- niles restent soumis aux conditions ambiantes de température, de niveaux d'eau et de fertilité en insectes aquatiques.

Toutefois ces conditions essentielles à la survie et au dévelop- pement des jeunes saumons sont directement affectées par le déboisement. En effet, les impacts de l'exploitation forestière se manifestent directement sur le milieu riverain par une augmen- tation de l'écoulement de cru, par une augmentation du transport des sédiments qui provoque l'ensablement des frayères et ainsi diminue la possibilité de reproduction de l'espèce. De plus, la sédimentation d'éléments solides modifie la qualité et la quanti- té de nourriture disponible, provoque lors du colmatage des fonds la mort par asphyxie des oeufs dans le gravier, de même que la disparition des abris existant entre les graviers; nécessaires aux jeunes alevins pour se défendre contre les prédateurs. On observera également des périodes d'étiage plus longues et plus extrêmes entravant la montaison du saumon, une augmentation

(37)

possible de la température de l'eau en été et la diminution de l'oxygène dissous (Pichette, 1976).

L'exploitation

Le Saumon atlantique exerce beaucoup d'attrait et à ce titre, cette ressource fait l'objet d'une pression sans cesse grandis- sante (Therrien 1986). Pour la saison de pêche 1985, le total des captures se chiffre à 1904 ce qui correspond à un taux d'ex- ploitation de 27%. On enregistre une légère baisse des captures en 1986 (1667), représentant un taux d'exploitation de 24%, pro- bablement dû à des conditions de pêche très pauvres en raison du peu d'eau, conséquence de l'été très sec (Tableaux 2 et 3) (Côté

& al. 1986; Lussier, 1985).

3.2.2 L'Omble de fontaine

La population d'Omble de fontaine fréquentent à la fois les lacs et les rivières de l'île d'Anticosti. Bien que souvent délaissée au profit de la pêche en rivière (au Saumon atlantique et à l'Om- ble de fontaine anadrome), la pêche en lac prend de plus en plus d'importance. Laprise (1986) mentionne à ce sujet que: "Tradi- tionnellement seuls deux (2) ou trois (3) plans d'eau faisaient l'objet d'une récolte considérable. Cependant, depuis les

(38)

TABLEAU 2

EVOLUTION DES PRISES SPORTIVES DE SAUMON

A

ANTICOSTI DE 1966

A

1986

Année Prises

1966 2824

1967 2109

1968 1978

1969 2630

1970 2319

1971 1444

1972 2083

1973 1637

1974 2248

1975 1062

1976 1290

1977 1682

1978 1032

1979 463

1980 1630

1981 1143

1982 2161

1983 1312

1984 1586

1985 1904

1986 1667

Tiré de: Côté & al 1986

(39)

TABLEAU 3

STATISTIQUES DE POCHES SPORTIVES AU SAUMON SELON LES CAPTURES RAPPORTÉES EN 1985 ET 1986 À ANTICOSTI

ANNEE NOMBRE DE CAPTURES EFFORT RENDEMENT TAUX

RAPPORTÉES JOURS- CAPTURE/ D'EXPLOI- PÉCHE JOURS- TATION

Mad. Réd. Total

PÊCHE

1985 738 1 163 1 904 3 147 0,61 0,27 39% 61%

1986 476 1 191 1 667 2 916 0,57 0,24 29% 71%

Tiré de: Côté & al, 1986; Lussier, 1985

(40)

dernières années, certains exploitants, en particulier la SEPAQ, tendent 'a louer leurs camps de villégiature avec un droit de pê- che sur un lac proche. A cela s'ajoute les pêcheurs de saumons intéressés è cette activité complémentaire."

Comme mentionné précédemment, les lacs sont caractérisés par une baisse importante du niveau d'eau durant la période d'étiage, pour cette raison la pêche a lieu principalement au mois de juin alors que le niveau d'eau est suffisamment haut.

Il faut remarquer que le suivi de l'exploitation n'a été mis en place que depuis peu par le Service d'aménagement et d'exploita- tion de la faune mais le succès de récolte enregistré jusqu'è maintenant y est faible, la clientèle exploite surtout l'Omble de fontaine anadrome.

(41)

3.3

La faune ailée

3.3.1

La sauvagine

Plusieurs espèces d'oiseaux aquatiques font halte chaque année dans l'île, certaines comme la Bernache crevant, la Sarcelle à ailes bleues, le Petit Garrot et les macreuses s'arrêtent durant leur passage printanier et automnal pour s'alimenter et se repo- ser avant de continuer leur migration. D'autres utilisent les terres humides pour la nidification, il s'agit de:

Bernache du Canada

Sarcelle à ailes vertes Canard noir

Canard pilet Canard chipeau Morillon à collier

Grand Morillon Eider à duvet Garrot commun Grand Bec-Scie

Bec-Scie à poitrine rousse

(Godfrey, 1986; Ouellet, 1969)

Malgré le nombre restreint de lacs et de marais de grande taille, le territoire de l'île d'Anticosti présente une grande variété d'habitats pour la sauvagine. Samson (1984) a identifié les milieux suivants comme étant ceux qui représentent le plus d'in- térêt en terme d'abondance de nourriture, de sites de repos et de nidification, il s'agit des: marais salés ou non, estuaires,

(42)

lagunes, tourbières minérotrophes, lacs entourés de bonnes éten- dues de végétation herbacée et certains cours d'eau lents è rives tourbeuses. Ces habitats, se retrouvent principalement aux ex- trémités est et ouest et au centre de l'île. D'autre part, les régions côtières du versant nord et le secteur centre sud compris entre les rivières La Loutre et Chaloupe sont pratiquement dé- pourvues de zones propices à la sauvagine en raison de la topo- graphie.

La chasse à la sauvagine est une activité accessoire pratiquée principalement par les résidents, ils chassent surtout sur le littoral sauf la Bernache du Canada qui est chassée aussi à l'in- térieur des terres. La pourvoirie du Lac Geneviève fournit cette activité (résidents surtout) et la SEPAQ envisage de l'offrir en raison de son excellent potentiel et de sa sous-exploitation (A.

Gingras, comm. pers.).

3.3.2

L'Aigle à tête blanche

(Pygargue à tête blanche)

L'Aigle à tête blanche est un magnifique oiseau dont le nombre a considérablement diminué au cours des dernières années. Avant tout nécrophage, il se nourrit principalement de poissons aban- donnés par la mer (Godfrey, 1986). C'est pourquoi il se rencon- tre habituellement le long des côtes et à proximité des rivières à saumon, parfois même vers l'intérieur de l'île.

(43)

Cette espèce, réside en permanence à l'île d'Anticosti, on aurait jusqu'à maintenant localisé une vingtaine de nids, juchés à la cime des grands arbres (A. Gingras, comm. pers.). On ne connaît toutefois pas le nombre total d'individus fréquentant le terri- toire, mais beaucoup d'observations faites au cours des dernières années confirment que l'île est un des sites les plus propices dans l'est de l'Amérique du Nord, avec des densités assez élevées (L. Breton, comm.pers.).

3.3.3

Le Grand Héron

Plusieurs Grand Héron viennent s'alimenter dans les eaux peu pro- fondes des rivières et des baies et ce sur tout le pourtour de l'île. On a même observé un regroupement d'environ 40 individus probablement immatures dans la baie Ellis près de Port-Menier.

Cette concentration de Grand Héron dans l'ouest de l'île laisse supposer la présence d'un site de nidification à proximité. Tou- tefois aucune héronnière n'a été aperçue jusqu'à maintenant mais devrait faire l'objet de recherche incessamment (A. Gingras, comm. pers.).

3.3.4

Le Tétras des savanes

(Tétras du Canada)

Le projet d'introduction du tétras des savanes sur l'île d'Anticosti (1985-86) origine d'une volonté du Ministère d'amé- liorer la qualité de la chasse au petit gibier déjà existante

(44)

(Lièvre d'Amérique et Gélinotte huppée) et de développer une ac- tivité complémentaire à la chasse au Cerf de Virginie.

La responsabilité du projet fut confiée à une équipe de cher- cheurs de l'Université du Québec à Rimouski travaillant en colla- boration avec le Service de l'aménagement et de l'exploitation de la faune de la Côte-Nord et de la Direction générale de la faune.

La réalisation s'est échelonnée sur une période de deux ans du- rant laquelle un total de 343 Tétras des savanes furent intro- duits sur l'île d'Anticosti. Les auteurs jugent ce nombre d'oi- seaux transplantés suffisant pour former un noyau de base pour constituer une population de départ. Selon leurs prédictions dé- mographiques, une ouverture de la chasse dès 1990, soit 5 ans après l'introduction de la première cohorte, n'aurait pour effet que de retarder de 2 ans la colonisation de toute l'île d'Anti- costi par le tétras (Ferron & Lemay, 1987). Il faut souligner que l'habitat de l'île convient bien à cet oiseau qui a une pré- férence marquée pour les forêts conifériennes à maturité.

Afin de vérifier la conformité des prédictions démographiques et de jauger l'adaptation de l'espèce à son nouvel habitat, un in- ventaire de suivi de la population sera mis en place par le mi- nistère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche dès mai 1987 (P.

Bertrand, comm. pers.).

(45)

2EME PARTIE:

RESUME DE LA PROBLEMATIQUE ET PRINCIPES D'INTERVENTIONS FORESTIERES

MINISTERE DU LOISIR, DE LA CHASSE ET DE LA PECHE JUIN 1987

(46)

Cette section du plan d'aménagement intégré des ressources fores- tières et fauniques de l'île d'Anticosti résume les éléments principaux de la problématique faune-forêt décrite à la première partie et trace, à la lumière de ces derniers, les principes devant guider les interventions forestières à réaliser pour les fins de l'aménagement faunique.

1- Résumé de la problématique

Ce résumé de la problématique est présenté pour chacune des espè- ces fauniques retenues dans la première partie comme étant celles qui sont les plus susceptibles d'être influencées par les inter- ventions forestières dans leur habitat.

1.1 LA FAUNE AQUATIQUE

Le Saumon atlantique

Les conditions géologiques, physiographiques et climatiques de l'île d'Anticosti créent un habitat particulièrement difficile pour l'évolution du Saumon atlantique. En effet, le régime des précipitations marqué par les faibles pluies d'été, l'hydrogra- phie particularisée par la petitesse des bassins versants, leur faible pouvoir de rétention et l'étalement du lit des cours d'eau de même que la nature poreuse du substrat rocheux se tra- duisent pour le saumon par un débit hydrique irrégulier qui

(47)

affecte sa montaison pour la fraie et sa survie en période d'é- tiage. De plus, la propreté de l'eau est essentielle pour le dé- veloppement des oeufs, des embryons et l'élevage des jeunes ale- vins.

Compte tenu des conditions naturelles déjà difficiles, les inter- ventions forestières devront affecter le moins possible la quali- té de l'eau et le potentiel de rétention des bassins versants.

L'Omble de fontaine:

En rivière, l'Omble de fontaine fait face aux mêmes conditions d'habitat que le Saumon atlantique. De plus, cette espèce est présente dans certains lacs de l'île d'Anticosti. Ceux-ci sont peu profonds et caractérisés par une baisse importante du niveau de l'eau due aux faibles précipitations, à l'évaporation et aux sols poreux. Ces particularités créent des conséquences impor- tantes sur les populations surtout en ce qui concerne l'augmenta- tion de la température de l'eau.

Ici, les interventions forestières devront être effectuées de fa- çon à éviter le plus possible la sédimentation des lacs et la di- minution du potentiel de rétention des bassins versants.

(48)

1.2 LA FAUNE TERRESTRE

Le Cerf de Virginie

L'état actuel de la forêt de l'île d'Anticosti est caractérisé, d'une part, par des perturbations majeures qui ont créé de grands espaces mal régénérés et, d'autre part, par de grandes aires de peuplements matures exposés aux épidémies. Le Cerf de Virginie se retrouve en densité très élevée dans cet habitat qui, à prime abord, semble très marginal. Cependant, il offre une nourriture d'été de très bonne qualité qui permet aux animaux d'accumuler les réserves nécessaires pour survivre l'hiver. A première vue, il ne semble pas essentiel d'intervenir sur son habitat par des coupes forestières pour améliorer ses conditions de couvert et de nourriture. Le problème le plus virulent en est un d'établisse- ment de la régénération naturelle après une perturbation sévère.

A titre d'exemple, nombre d'essences feuillues jugées importantes dans la diète du cerf ont été pratiquement éliminées tandis que le sapin abondant à l'état de semis est systématiquement contrôlé par le broutement excessif. A cela s'ajoutent les difficultés de régénération liées aux conditions difficiles de climat et de sol (particulièrement après les feux de forêt).

Les interventions forestières devraient être effectuées dans le but d'améliorer les conditions de couvert et de nourriture pour cet ongulé dans certains types de peuplement. De plus, l'expé- rience des forestiers devrait particulièrement être mise à con- tribution au chapitre de l'amélioration de l'établissement de la régénération naturelle.

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L'Orignal

Puisque le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche pri- vilégie le Cerf de Virginie pour des raisons évidentes, il a donc adopté comme stratégie de maintenir la population d'orignaux à un bas niveau afin de minimiser la compétition entre les deux espè- ces de gros gibier.

Du strict point de vue des interventions forestières, l'Orignal devra s'adapter à l'évolution du milieu forestier aménagé en fonction des besoins du Cerf de Virginie.

Le Castor

Là où elle est présente, cette espèce joue un rôle important dans la régularisation des eaux de certains bassins versants de l'Ile d'Anticosti. Son habitat devra être protégé, lors des interven- tions forestières, selon des modalités dont le minimum devrait être celles décrites au chapitre des sites fauniques du guide des modalités d'intervention en milieu forestier.

Le Renard roux

Cette espèce pourra s'accommoder des conditions du milieu fores- tier aménagé pour le cerf. Cependant, lors des interventions

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forestières, les tanières devront être protégées en vertu des dispositions de la Loi sur le conservation et la mise en valeur de la faune prévues à cet effet.

1.3 LA FAUNE AILEE

De façon générale, la faune ailée fréquentant l'île d'Anticosti pourra s'accommoder des conditions du milieu forestier aménagé pour le Cerf de Virginie. Lorsque des cas particuliers se pré- senteront, ils feront l'objet de mesures ad hoc édictées par le Service de l'aménagement et de l'exploitation de la faune et par la Direction générale de la faune. A titre d'exemple, citons la présence d'aires de nidification de l'Aigle à tête blanche et possiblement, du Grand Héron qui devront être protégées lors des interventions forestières.

En guise de conclusion, il est évident qu'à la suite de cette brève analyse, le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pê- che privilégie des modalités d'interventions forestières qui vi- seront l'amélioration sinon le maintien d'un habitat de qualité particulièrement pour le Cerf de Virginie et le Saumon atlanti- que.

(51)

2-

Les principes devant régir les interventions forestières

Il est essentiel de définir, dans un premier temps, le statut d'affectation actuel de l'île d'Anticosti puisque l'on y découvre déjà le grand principe de la ressource faunique prioritaire dans l'orientation de son développement.

2.1 Le statut d'affectation

Selon le plan d'affectation des terres publiques du territoire de la municipalité régionale de comté de Minganie, l'ensemble de l'île d'Anticosti arbore le statut de site faunique et se situe dans la zone de conservation. Trois petites exceptions: le territoire municipalisé de Port-Menier, la réserve écologique de la Pointe-Heath et le site écologique du Lac-Salé, ce dernier se situant également dans la zone de conservation.

Presque toute l'île devient alors une unité territoriale où les modalités d'interventions forestières sont subordonnées aux exigences de conservation du milieu concerné. La production forestière y est permise mais elle doit être assujettie aux particularités des habitats de chaque espèce.

(52)

2.2 Les ErineiEes

A- Puisque l'île d'Anticosti est, à toute fin pratique, un vaste ravage de cerf, les interventions forestières doi- vent être faites en adoptant la forme, la période et le calendrier de coupe arrêtés par le ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche.

B- Ces interventions devront être réalisées sur une base ex- périmentale afin de vérifier leurs conséquences sur l'ha- bitat des espèces présentes. Le plan d'intervention ac- tuel ne devra pas excéder une période de cinq années et sa reconduction se fera après une analyse de la situation et la modification de certaines modalités s'il y a lieu.

C- L'intention du ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche est de maintenir la densité de Cerfs de Virginie è un niveau élevé. Ce choix aura des conséquences évidentes sur l'évolution de son habitat à long terme. Le MLCP sur- veillera attentivement cette évolution au cours des pro- chaines années.

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LE PLAN D'AMENAGEMENT INTEGRE DES RESSOURCES FORESTIERES ET FAUNIQUES DE L'ILE D'ANTICOSTI

3EME PARTIE

LES PRESCRIPTIONS D'INTERVENTION FORESTIERE POUR LES FINS DE L'AMENAGEMENT D'HABITATS FAUNIQUES

MINISTERE DU LOISIR, DE LA CHASSE ET DE LA PECHE JUIN 1987

(54)

La description détaillée des prescriptions d'intervention fores- tière sera effectuée d'abord pour l'habitat du Cerf de Virginie puis, pour celui du Saumon atlantique et sera complétée par des prescriptions d'ordre général.

1- Prescriptions particulières pour le Cerf de Virginie par zo- nes forestières homogènes

Les zones forestières homogènes ont été délimitées à partir de la nature semblable d'ensembles végétaux non perturbés et à partir de l'homogénéité d'aires forestières affectées par des perturba- tions. La carte intitulée "Délimitation des principaux milieux forestiers à Anticosti" situe les dix zones forestières homogènes identifiées sur l'île d'Anticosti (en pochette).

1.1 La sapinière

ETAT:

Sans intervention forestière, ce milieu devient de plus en plus productif pour le cerf particulièrement au chapitre de l'ap- port de nourriture à longueur d'année. Ceci est causé par la présence d'infestation de la tordeuse des bourgeons de l'épinet- te. Il présente également un couvert important comme abri, l'une des composantes fondamentales de l'habitat du Cerf de Virginie.

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EFFETS RECHERCHES:

- Maintenir un couvert permanent avec les secteurs où l'épinette domine.

- Augmenter la disponibilité en nourriture à longueur d'année.

ACTIONS:

- Aucune intervention forestière sauf s'il y a de grandes surfaces non touchées par l'épidémie de tordeuse. Ces surfaces devront être définies par un inventaire de la mortalité.

- S'il y a interventions forestières, les ouvertures devront être irrégulières et ne pas excéder une superficie de 5 hectares (Voir prescriptions générales).

- Des méthodes de régénération après coupe devront être appliquées dans cette zone homogène. Cette action devrait nécessiter des études sur le problème de la régénération par le ministère de l'Energie et des Ressources.

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1.2

La pessière noire

ETAT: Ce peuplement forestier est une forêt mûre relativement ré- gulière où le couvert est dense. Il est donc nécessaire d'in- tervenir dans cette zone forestière homogène afin de morceler l'habitat du cerf. En effet, le potentiel pour l'abri est élevé mais la disponibilité en nourriture été-hiver est pauvre.

EFFETS RECHERCHES: L'amélioration de la disponibilité en nourri- ture été-hiver tout en conservant en permanence (normalisation de la forêt) un couvert pour l'abri hivernal de qualité.

ACTIONS:

- Maintenir un couvert permanent sur 75% de la surface de cet- te zone forestière homogène.

- Les coupes forestières pourront couvrir jusqu'à 25% du bloc d'intervention sur la base du rendement soutenu pour cette zone forestière homogène (Voir prescriptions générales).

- Pratiquer soit des coupes par trouées (maximum 5 hectares), soit des coupes de régénération par bandes sur des surfaces n'excédant pas 10 hectares, dans ce dernier cas, la largeur des bandes ne devra pas excéder 20 mètres pour favoriser la régénération de l'épinette.

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Effectuer un suivi comparatif entre l'évolution de la régé- nération entre ces deux types de coupe.

1.3 La pessière humide

ETAT: Compte tenu des particularités de l'écologie végétale de cette zone homogène et de la faible disponibilité de matière li- gneuse à l'hectare, aucune intervention forestière n'est recom- mandée.

1.4 La tourbière

ETAT: Compte tenu des particularités de l'écologie végétale de cette zone homogène, aucune intervention forestière n'est recom- mandée.

1.5 Les bûchers de 1910 à 1928

ETAT: Ces peuplements jeunes (environ 50 ans) très fermés d'épi- nette blanche sont extrêmement pauvres en terme de production de nourriture d'hiver. Il est donc souhaitable d'intervenir dans cette zone forestière homogène.

EFFETS RECHERCHES: Améliorer la disponibilité en nourriture hiver-été tout en conservant un couvert adéquat pour l'abri hi- vernal de qualité.

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ACTIONS: Mêmes prescriptions que celles recommandées pour la pes- sière noire (section 1.2).

1.6 Les bûchers de 1946 à 1960

ETAT: Suite à ces bûchers, on retrouve des peuplements jeunes d'épinette blanche, très ouverts. Ils sont marginaux en terme de couvert pour le cerf et très pauvre en nourriture d'hiver. Ils offrent cependant une nourriture d'été de qualité.

EFFETS RECHERCHES:

- Améliorer le couvert pour reconstituer un abri hivernal de qualité.

- Améliorer l'offre de nourriture d'hiver tout en maintenant une disponibilité en nourriture d'été de qualité.

ACTIONS:

- Intervention souhaitable au chapitre de la régénération.

- Effectuer des expériences de plantation. Citons, à titre d'exemple, la plantation de blocs de différentes superficies (regarnissage) judicieusement localisés sur l'ensemble de la

zone homogène afin de maintenir les prairies boisées.

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- Le couvert résiduel laissé après les coupes de 1946 è 1960 doit être maintenu sans intervention.

1.7 Les bûchers de 1961 à 1972:

ETAT: Dans cette zone forestière homogène, la régénération s'éta- blit difficilement en épinettes. Cependant, la strate arbustive est beaucoup plus développée que dans le cas précédent, ce qui se traduit par un potentiel de qualité pour la nourriture d'été.

EFFETS RECHERCHES:

- Améliorer le couvert en terme d'abri hivernal de qualité.

- Améliorer l'offre de nourriture d'hiver tout en maintenant une nourriture d'été de qualité.

ACTIONS: Aucune intervention.

1.8 L'épidémie de 1935:

ETAT: Etant donné que l'agencement couvert-nourriture est safis- faisant dans cette zone, aucune intervention n'est recommandée.

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